AU FIL DES JOURS...

Prier avec Marie

17/12/2023

12 décembre : Notre Dame de Guadalupe

Mercredi 2 avril 2025

(Catéchèse du Saint-Père préparée pour l’Audience générale du 2 avril 2025)

 Chers frères et sœurs,

Nous continuons à contempler les rencontres de Jésus avec certains personnages de l’Évangile. Cette fois-ci, je voudrais m’arrêter sur la figure de Zachée : un épisode qui me tient particulièrement à cœur, parce qu’il occupe une place spéciale dans mon cheminement spirituel.

L’Évangile de Luc nous présente Zachée comme quelqu’un qui semble irrémédiablement perdu. Peut-être nous arrive-t-il à nous aussi de nous sentir ainsi : sans espérance. Zachée, en revanche, a découvert que le Seigneur le cherchait déjà.

Jésus est en effet descendu à Jéricho, une ville située sous le niveau de la mer, considérée comme une image du monde souterrain, où Jésus veut aller chercher ceux qui se sentent perdus. Et en effet, le Seigneur ressuscité continue à descendre dans les enfers d’aujourd’hui, dans les lieux de guerre, dans la douleur des innocents, dans le cœur des mères qui voient mourir leurs enfants, dans la faim des pauvres.

Zachée, en un certain sens, est perdu; peut-être a-t-il fait de mauvais choix ou peut-être la vie l’a-t-elle placé dans des situations dont il a du mal à se sortir. Luc insiste d’ailleurs sur les caractéristiques de cet homme : non seulement il est publicain, c’est-à-dire qu’il perçoit les impôts de ses concitoyens pour les envahisseurs romains, en plus il est même le chef des publicains, comme pour dire que son péché est démultiplié.

Luc ajoute ensuite que Zachée est riche, ce qui suggère qu’il s’est enrichi sur le dos des autres, abusant de sa position. Mais tout cela a des conséquences : Zachée se sent probablement exclu, méprisé de tous.

Lorsqu’il apprend que Jésus passe en ville, Zachée a envie de le voir. Il n’ose pas imaginer une rencontre, il lui suffirait de le regarder de loin. Mais nos désirs rencontrent aussi des obstacles et ne se réalisent pas automatiquement : Zachée est petit de taille ! C’est notre réalité, nous avons des limites avec lesquelles nous devons composer. Et puis il y a les autres, qui parfois ne nous aident pas : la foule empêche Zachée de voir Jésus. C’est peut-être aussi un peu leur revanche.

Mais quand tu as un désir fort, tu ne te décourages pas. Tu trouves une solution. Il faut du courage et ne pas avoir honte, il faut un peu de la simplicité des enfants et ne pas trop se préoccuper de sa propre image. Zachée, comme un enfant, grimpe à un arbre. Ce devait être un bon poste d’observation, surtout pour regarder sans être vu, caché derrière les branches.

Mais avec le Seigneur, l’inattendu se produit toujours : Jésus lève les yeux, quand il parvient là tout proche. Zachée se sent exposé et s’attend probablement à une réprimande publique. Les gens l’espéraient peut-être, mais ils sont déçus : Jésus demande à Zachée de descendre immédiatement, presque surpris de le voir dans l’arbre, et lui dit : « Aujourd’hui, je dois m’arrêter chez toi ! » (Lc 19,5). Dieu ne peut pas passer sans chercher qui est perdu.

Luc souligne la joie du cœur de Zachée. C’est la joie de celui qui se sent regardé, reconnu et surtout pardonné. Le regard de Jésus n’est pas un regard de reproche, mais de miséricorde. C’est cette miséricorde que nous avons parfois du mal à accepter, surtout lorsque Dieu pardonne à ceux qui, selon nous, ne le méritent pas. Nous murmurons parce que nous voudrions mettre des limites à l’amour de Dieu.

Dans la scène dans sa maison, Zachée, après avoir écouté les paroles de pardon de Jésus, se lève, comme s’il ressuscitait de sa condition de mort. Et il se lève pour prendre un engagement : rendre quatre fois ce qu’il a volé. Il ne s’agit pas d’un prix à payer, car le pardon de Dieu est gratuit, il s’agit plutôt d’un désir d’imiter Celui dont il s’est senti aimé. Zachée prend un engagement auquel il n’était pas tenu, mais il le fait parce qu’il réalise que c’est sa façon d’aimer. Et il le fait unissant à la fois la législation romaine sur le vol et la législation rabbinique sur la pénitence. Zachée n’est donc pas seulement l’homme du désir, c’est aussi quelqu’un qui sait poser des gestes concrets. Son propos n’est ni générique ni abstrait, mais part précisément de son histoire : il a regardé sa vie et identifié le point à partir duquel commencer son changement.

Chers frères et sœurs, apprenons de Zachée à ne pas perdre l’espérance, même lorsque nous nous sentons mis de côté ou incapables de changer. Cultivons notre désir de voir Jésus, et surtout laissons-nous trouver par la miséricorde de Dieu qui toujours vient nous chercher, quelle que soit la situation dans laquelle nous sommes perdus.

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HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Pierre
Jeudi Saint, 14 avril 2022

Dans la lecture du prophète Isaïe que nous venons d’entendre, le Seigneur fait une promesse pleine d’espérance qui nous touche de près : « Vous serez appelés “Prêtres du Seigneur” ; on vous dira “Servants de notre Dieu”, […] loyalement, je leur donnerai la récompense, je conclurai avec eux une alliance éternelle » ( Is 61, 6.8). Être prêtre, chers frères, c’est une grâce, une très grande grâce, qui n’est pas d’abord une grâce pour nous, mais pour les gens. [1] Et, pour notre peuple, c’est un grand don que le Seigneur choisisse, parmi son troupeau, quelques-uns qui s’occupent exclusivement de ses brebis, comme des pères et des pasteurs. C’est le Seigneur lui-même qui assure le salaire du prêtre : « Loyalement, je leur donnerai la récompense » ( Is 61, 8). Et il est, nous le savons, un bon payeur, bien qu’il ait ses particularités, comme celle de payer d’abord les derniers et ensuite les premiers : c’est dans son style

La lecture du livre de l’Apocalypse nous indique ce qu’est le salaire du Seigneur. C’est son Amour et le pardon inconditionnel de nos péchés au prix de son sang versé sur la Croix : « Lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père » (Ap 1, 5-6). Il n’y a pas de plus grand salaire que l’amitié avec Jésus, ne l’oublions pas. Il n’y a pas de paix plus grande que son pardon, cela, nous le savons tous. Il n’y a pas de prix plus élevé que celui de son précieux Sang dont nous ne devons pas permettre qu’il soit méprisé par une conduite indigne.

Si nous lisons avec le cœur, chers frères prêtres, ce sont des invitations du Seigneur à lui être fidèles, à être fidèles à son Alliance, à nous laisser aimer, à nous laisser pardonner ; ce sont des invitations non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour que nous puissions servir le saint peuple fidèle de Dieu avec une conscience pure. Les gens le méritent, et ils en ont besoin également. L’Évangile de Luc nous dit qu’après que Jésus ait lu le passage du prophète Isaïe devant les siens et se soit assis, « tous avaient les yeux fixés sur lui » (4, 20). L’Apocalypse nous parle encore aujourd’hui des yeux fixés sur Jésus, de l’irrésistible attraction du Seigneur crucifié et ressuscité qui nous pousse à l’adorer et à le reconnaître : « Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen ! » (1, 7). La grâce finale, lorsque le Seigneur ressuscité reviendra, sera celle d’une reconnaissance immédiate : nous le verrons transpercé, nous reconnaîtrons qui il est et qui nous sommes, des pécheurs ; rien de plus.

“Fixer les yeux sur Jésus” est une grâce que, en tant que prêtres, nous devons cultiver. À la fin de la journée, il est bon de regarder le Seigneur, et que Lui regarde notre cœur, avec celui des personnes que nous avons rencontrées. Il ne s’agit pas de compter les péchés, mais d’une contemplation amoureuse dans laquelle nous regardons notre journée avec le regard de Jésus, et nous voyons ainsi les grâces de la journée, les dons et tout ce qu’il a fait pour nous, afin de lui rendre grâce. Et nous lui montrons aussi nos tentations, afin de les reconnaître et de les rejeter. Comme nous le voyons, il s’agit de comprendre ce qui est agréable au Seigneur et ce qu’il veut de nous ici et maintenant, dans notre histoire présente.

Et, si nous fixons son regard plein de bonté, il y aura peut-être aussi un signe de sa part pour que nous lui montrions nos idoles. Ces idoles que, comme Rachel, nous avons cachées sous les plis de notre manteau (cf. Gn 31, 34-35). Laisser le Seigneur regarder nos idoles cachées – nous en avons tous. Tous ! Et le fait de laisser le Seigneur regarder ces idoles cachées nous rend forts face à elles et leur enlève leur pouvoir.

Le regard du Seigneur nous fait voir qu’en réalité, nous nous glorifions nous-mêmes en elles, [2] parce que là, dans cet espace où nous vivons comme s’il était exclusif, le diable s’immisce en ajoutant un élément très mauvais : il fait en sorte que, non seulement nous “complaisons” nous-mêmes en donnant libre cours à une passion ou en cultivant une autre, mais il nous amène aussi à substituer par elles, par ces idoles cachées, la présence des Personnes divines, la présence du Père, du Fils et de l’Esprit, qui demeurent en nous. De fait, c’est une chose qui arrive. Même si l’on se dit à soi-même que l’on distingue parfaitement ce qu’est une idole et qui est Dieu, dans la pratique, on enlève de l’espace à la Trinité pour le donner au démon, dans une sorte d’adoration indirecte : celle de celui qui le cache, mais qui écoute continuellement ses discours et consomme ses produits, de sorte qu’à la fin il ne reste même pas un petit espace pour Dieu. Parce qu’il est comme çà, il avance lentement. Une autre fois, j’ai parlé des démons “éduqués”, ceux dont Jésus dit qu’ils sont pires que celui qui avait été chassé. Ils sont “éduqués”, ils sonnent à la porte, ils entrent et prennent peu à peu possession de la maison. Nous devons être attentifs, voilà nos idoles.

C’est que les idoles ont quelque chose – un élément – qui leur est propre. Quand nous ne les démasquons pas, quand nous ne laissons pas Jésus nous montrer que nous nous cherchons nous-mêmes en elles sans nécessité, nous laissons un espace pour que le Malin s’immisce. Nous devons nous rappeler que le démon exige que nous fassions sa volonté et que nous le servions, mais il ne demande pas toujours que nous le servions et l’adorions continuellement, non, il sait se mouvoir, c’est un grand diplomate. Recevoir l’adoration de temps en temps lui suffit pour montrer qu’il est notre vrai seigneur, et même qu’il se sent le dieu de notre vie et de notre cœur.

Ceci étant dit, je voudrais partager avec vous, en cette Messe Chrismale, trois espaces d’idolâtrie cachée dans lesquels le Malin utilise ses idoles pour nous priver de notre vocation de pasteurs et, peu à peu, nous séparer de la présence bienfaisante et aimante de Jésus, de l’Esprit et du Père.

Un premier espace d’idolâtrie cachée s’ouvre là où il y a de la mondanité spirituelle qui est « une proposition de vie, une culture, une culture de l’éphémère, une culture de l’apparence, une culture du maquillage ». [3]  Son critère est le triomphalisme, un triomphalisme sans la Croix. Et Jésus prie pour que le Père nous préserve de cette culture de la mondanité. Cette tentation d’une gloire sans la Croix va à l’encontre de la personne du Seigneur, elle va contre Jésus qui s’humilie dans l’Incarnation et qui, comme signe de contradiction, est le seul remède contre toute idole. Être pauvre avec le Christ pauvre, et “parce que le Christ a choisi la pauvreté”, est la logique de l’Amour, et rien d’autre. Dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons comment le Seigneur se situe dans son humble chapelle et dans son petit village, celui de toute sa vie, pour faire la même Annonce qu’il fera à la fin de l’histoire, quand il viendra dans sa Gloire, entouré des anges. Et nos yeux doivent rester fixés sur le Christ, dans l’ici et maintenant de l’histoire de Jésus avec moi, comme ils le seront alors. La mondanité de la recherche de sa propre gloire nous vole la présence de Jésus humble et humilié, du Seigneur proche de tous, du Christ des douleurs avec tous ceux qui souffrent, adoré par notre peuple qui sait qui sont ses vrais amis. Un prêtre mondain n’est rien d’autre qu’un païen cléricalisé. Un prêtre mondain n’est rien d’autre qu’un païen cléricalisé.

Un autre espace d’idolâtrie cachée prend racine là où l’on donne le primat au pragmatisme des chiffres. Ceux qui ont cette idole cachée se reconnaissent à leur amour des statistiques qui peuvent effacer toute dimension personnelle dans la discussion et donner la prééminence à la majorité, qui devient en définitive le critère de discernement ; c’est mauvais. Cela ne peut être la seule façon de procéder ni le seul critère dans l’Église du Christ. Les personnes ne peuvent pas être “numérotées”, et Dieu ne donne pas l’Esprit “avec mesure” (cf. Jn 3, 34). Dans cette fascination pour les chiffres, nous nous cherchons en fait nous-mêmes et prenons plaisir au contrôle que nous fournit cette logique qui ne s’intéresse pas aux visages et n’est pas celle de l’amour, et aime les chiffres. Une caractéristique des grands saints est qu’ils savent se mettre en retrait afin de laisser toute la place à Dieu. Ce retrait, cet oubli de soi et ce désir de se faire oublier de tous est le propre de l’Esprit qui n’a pas d’image ; l’Esprit n’a pas d’image propre simplement parce qu’il est tout Amour faisant briller l’image du Fils et, en elle, celle du Père. La substitution de sa Personne qui, déjà en soi, aime “ne pas apparaître” – parce qu’elle n’a pas d’image –, est ce que vise l’idole des chiffres, qui fait en sorte que tout “apparaisse”, bien que de manière abstraite et comptabilisée, sans incarnation.

Un troisième espace d’idolâtrie cachée, lié au précédent, est celui qui s’ouvre avec le fonctionnalisme, un milieu séduisant dans lequel beaucoup “s’enthousiasment davantage pour la feuille de route que pour le parcours”. La mentalité fonctionnaliste ne tolère pas le mystère, elle vise l’efficacité. Peu à peu, cette idole remplace la présence du Père en nous. La première idole se substitue à la présence du Fils, la deuxième à celle de l’Esprit, et celle-ci à la présence du Père. Notre Père est le Créateur, non pas quelqu’un qui fait seulement “fonctionner” les choses, mais quelqu’un qui “crée” comme un Père, avec tendresse, en prenant en charge ses créatures et en œuvrant pour que l’homme soit plus libre. Le fonctionnaliste ne sait pas se réjouir des grâces que l’Esprit répand sur son peuple, desquelles il pourrait aussi se “nourrir” comme un ouvrier qui gagne son salaire. Le prêtre à la mentalité fonctionnaliste a sa propre nourriture, qui est son ego. Dans le fonctionnalisme, nous laissons de côté l’adoration du Père dans les petites et grandes choses de nos vies et nous nous complaisons dans l’efficacité de nos programmes. Comme ce qu’a fait David lorsque, tenté par Satan, il se convainquit d’effectuer le recensement (cf. 1 Ch 21, 1). Ceux-ci sont les amoureux de plan, de l’itinéraire, non du chemin.

Dans ces deux derniers espaces d’idolâtrie cachée (pragmatisme des chiffres et fonctionnalisme), nous remplaçons l’espérance, qui est l’espace de la rencontre avec Dieu, par le résultat empirique. C’est une attitude de vaine gloire de la part du pasteur, une attitude qui désintègre l’union de son peuple avec Dieu et façonne une nouvelle idole basée sur les chiffres et les programmes : l’idole “mon pouvoir, notre pouvoir” [4], notre programme, nos chiffres, nos plans pastoraux. Cacher ces idoles (avec l’attitude de Rachel) et ne pas savoir les démasquer dans sa vie quotidienne nuit à la fidélité de notre alliance sacerdotale et attiédit notre relation personnelle avec le Seigneur. Mais que cherche cet évêque qui, au lieu de parler de Jésus, nous parle de ces idoles d’aujourd’hui ? Certains peuvent se dire cela…

Chers frères, Jésus est la voie unique pour ne pas nous tromper dans la connaissance de ce que nous ressentons, de ce à quoi notre cœur nous conduit… ; il est la voie unique pour bien discerner en nous confrontant à Lui, chaque jour, comme si aujourd’hui encore il s’asseyait dans notre église paroissiale et nous disait qu’aujourd’hui s’est accompli tout ce que nous avons entendu. Que Jésus-Christ, en étant un signe de contradiction – ce qui n’est pas toujours quelque chose de cruel ni de dur, puisque la miséricorde est un signe de contradiction et bien plus encore la tendresse – que Jésus-Christ, donc, fasse en sorte que ces idoles soient révélées, que leur présence, leurs racines et leurs rouages soient visibles, et que le Seigneur puisse ainsi les détruire, voilà la proposition : faire de la place pour que le Seigneur puisse détruire nos idoles cachées. Et nous devons nous en souvenir, être attentifs, afin que l’ivraie de ces idoles que nous avons su cacher dans les replis de notre cœur ne repoussent pas.

Et je voudrais conclure en demandant à saint Joseph, le père très chaste et sans idoles cachées, de nous libérer de toute soif de possession, car celle-ci, la soif de possession, est le terreau fertile dans lequel poussent ces idoles. Et qu’il nous obtienne aussi la grâce de ne pas baisser les bras dans la tâche ardue de discerner ces idoles que nous dissimulons ou qui se cachent si souvent. Et demandons aussi à saint Joseph que, là où nous doutons sur la manière de mieux faire, il intercède pour nous afin que l’Esprit éclaire notre jugement, comme il a éclaira le sien lorsqu’il a fut tenté de répudier Marie “en secret” ( lathra), de sorte que nous sachions, avec un cœur noble, subordonner à la charité ce que nous avons appris par la loi [5].

 

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Notes :

[1] Parce que le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun. Le Seigneur a choisi certains pour « exercer officiellement la fonction sacerdotale pour les hommes au nom du Christ » (Conc. Œcum. Vat. II, Décret  Presbyterorum Ordinis, n. 2 ; cf. Constitution dogmatique  Lumen Gentium, n. 10). « Car les ministres qui sont dotés du pouvoir sacré servent leurs frères » ( Lumen Gentium, n. 18).

[2] Cf. Catéchèse de l’Audience générale, 1 er août 2018.

[3] Homélie de la messe à Sainte Marthe, 16 mai 2020.

[4] J. M. Bergoglio, Meditaciones para religiosos, Bilbao, Mensajero, 2014, 145.

[5] Cf Lett. ap. Patris corde, 4, note 18.

Salle du Synode, lundi 25 mai 2026

Chers frères et sœurs,

Je voudrais vous remercier tous d’être présents ici aujourd’hui et de votre intérêt. Je remercie sincèrement tous ceux qui ont organisé cette rencontre aujourd’hui, et en particulier ceux qui ont partagé leurs compétences et leurs expériences dans les différentes réflexions que nous avons écoutées.

Je voudrais remercier en particulier M. Olah d’avoir accepté notre invitation. À mon tour, au nom de l’Église, j’accepte votre invitation à marcher ensemble, à écouter et à parler, et à chercher ensemble le chemin pour l’humanité en cette ère de l’intelligence artificielle.

Quel grand signe d’espérance que, malgré nos différences, nous puissions nous écouter les uns les autres. Cet échange indique clairement la gravité du moment, mais aussi la confiance que, ensemble, nous pouvons discerner les questions les plus importantes de notre temps et donc l’avenir de l’humanité.

Aux moments clés de l’histoire, l’Église est appelée à déchiffrer les « choses nouvelles » à la lumière de l’Évangile et de la dignité de l’être humain. Il y a 135 ans, mon vénérable prédécesseur Léon XIII observait la situation des ouvriers des usines, de leurs familles déracinées et des nouvelles formes de pauvreté générées par la rapide transformation industrielle. Il comprit que l’Église ne pouvait rester éloignée. À un tournant historique menaçant la dignité humaine, l’Encyclique Rerum novarum exprima sa parole évangélique et sociale sur les « choses nouvelles » en cours.

Aujourd’hui, nous nous trouvons face à une transformation d’une ampleur similaire, avec des conséquences peut-être encore plus grandes. L’intelligence artificielle touche déjà de nombreux domaines de notre vie et influence des décisions qui façonnent la coexistence humaine. Elle transforme également de manière dramatique la façon dont les guerres sont menées.

Comme le précédent Léon, je me sens appelé à regarder une autre immense transformation avec les yeux de la foi, avec la lucidité de la raison, avec une ouverture au mystère, et avec les cris des pauvres et de la terre qui résonnent dans mon cœur.

Magnifica humanitas est née de cette écoute, comme le fit Léon XIII. J’ai écouté des scientifiques et des ingénieurs qui travaillent avec un enthousiasme sincère sur des technologies capables de soulager d’immenses souffrances ; des responsables politiques et des fonctionnaires publics qui ont recherché avec ténacité des règles justes ; des parents et des enseignants profondément préoccupés pour l’avenir des jeunes générations.

D’autres voix, très préoccupantes, me sont également parvenues au sujet de systèmes d’armes de plus en plus autonomes, qui échappent pratiquement à toute capacité humaine de les réguler de façon efficace. J’entends des récits très préoccupants d’algorithmes capables de bloquer l’accès aux soins de santé, à l’emploi et à la sécurité sur la base de données teintées de préjugés et d’injustice. Et j’ai entendu le silence de ceux qui n’ont pas de voix lorsque des décisions sont prises — des décisions susceptibles d’engendrer de nouvelles formes d’exclusion et de souffrance.

De cette écoute a mûri une conviction troublante exprimée dans Magnifica humanitas : l’intelligence artificielle doit être désarmée. Le mot est fort, je le sais, mais il a été choisi délibérément, parce que ce moment exige des paroles capables d’attirer l’attention, de réveiller les consciences et d’indiquer le chemin à suivre pour l’humanité.

L’Église œuvre depuis longtemps pour le désarmement nucléaire, consciente que tout grand pouvoir technique peut affecter la vie des personnes et doit donc être accompagné d’un discernement moral adéquat et d’un contrôle public. Le désarmement nucléaire demeure un service de la paix et de la dignité de la famille humaine.

De la même façon, l’intelligence artificielle exige aujourd’hui d’être « désarmée », libérée des logiques qui la transforment en instrument de domination, d’exclusion et de mort. Comme l’énergie nucléaire, elle doit être au service de tous et du bien commun. Les décisions concernant la technologie ne doivent jamais être séparées de la conscience et de la responsabilité. « Ne nous endormons pas, comme font les autres », avertissait l’apôtre Paul, « mais restons éveillés » (1 Th 5, 6). Une telle vigilance est nécessaire aujourd’hui. La paix, qui n’est pas seulement l’absence de guerre, est la justice à l’œuvre. Mais lorsque la technologie affaiblit notre sens critique, la paix elle-même est en danger.

Désarmer, cependant, ne suffit pas. Nous devons construire.

Le mot « construire » me rappelle mes années comme missionnaire au Pérou. En 2017, des pluies torrentielles et des inondations frappèrent le nord du pays : de nombreuses familles virent leurs maisons englouties par la boue, ainsi que de nombreuses routes. Là, j’ai appris que reconstruire ne signifie pas simplement remplacer ce qui a été détruit. Cela signifie réparer les liens, restaurer la confiance et réveiller l’espérance en l’avenir. De plus, personne ne reconstruit seul.

Dans Magnifica humanitas, je parle du prophète biblique Néhémie. Devant les murs détruits de Jérusalem, il rassemble un peuple découragé afin de donner lieu à une renaissance. L’image des murs ne légitime pas les fermetures ni les divisions, mais invite chacun à apporter sa contribution. Brique après brique, une coexistence plus juste prend forme, capable de sauvegarder la dignité de tous. L’effort de Néhémie parle à notre temps. L’intelligence artificielle peut devenir un chantier de l’histoire inscrit dans un horizon de communion, où le progrès technique apprend à servir la vie humaine.

« Que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit » (1 Co 3, 10), avertit saint Paul. Il ne craint pas le chantier ; il met plutôt en garde contre une construction sans fondations solides. Ne craignons pas l’intelligence artificielle, mais gardons toujours à l’esprit la question de l’humain. Nous ne pouvons pas être négligents avec nos instruments techniques les plus puissants.

Le vrai développement, affirme saint Paul VI, concerne toujours « tout homme et tout l’homme ». « Tout homme » signifie qu’aucune personne ne doit être laissée en marge de la transformation numérique. « Tout l’homme » signifie que personne ne doit être réduit à sa productivité, à ses performances cognitives ou à de simples données. La personne porte en elle une liberté, une intériorité et une vocation à aimer et à adorer qu’aucune machine ne peut remplacer ni empêcher.

Ce n’est qu’à travers une telle vision intégrale que l’intelligence artificielle peut être orientée vers le bien commun. Ce n’est qu’ensemble — ceux qui conçoivent les systèmes et ceux qui en subissent les effets, les pays les plus riches et les pays plus pauvres, les institutions et les personnes, les centres de pouvoir et les périphéries — que nous pourrons construire un avenir non pour quelques privilégiés, mais pour toute la famille humaine.

Telle est la civilisation de l’amour dont parlait saint Paul VI et que saint Jean-Paul II proclamait avec tant de force comme horizon à rechercher ensemble. Ce n’est pas un rêve naïf. C’est une direction. C’est le chemin que Jésus-Christ ouvre dans l’histoire.

C’est pourquoi l’Église souhaite, avec humilité et franchise, participer aux discussions sur l’intelligence artificielle. Nous ne possédons pas de réponses techniques et nous ne cherchons pas à remplacer ceux qui possèdent des compétences. Mais nous apportons une sagesse concernant l’être humain dont notre époque a désespérément besoin : chaque personne est unique et irremplaçable, sujet libre et intelligent doté d’une conscience, capable de chercher Dieu, de servir les autres et de prendre soin de notre maison commune.

J’invite donc tous les membres de l’Église et de la famille humaine : apprenons à nous écouter les uns les autres, affrontons les défis actuels avec courage et coopérons à l’édification d’une société plus humaine et plus fraternelle.

De cette présentation de Magnifica humanitas, emportez s’il vous plaît avec vous un engagement à demeurer éveillés et, en tant qu’ « artisans d’espérance », à continuer de construire le chantier de notre temps. Puisse l’Esprit du Seigneur Jésus ressuscité soutenir notre travail commun.

Je confie chacun de vous à notre Mère Marie. Son Magnificat chante la grandeur de Dieu qui élève les humbles. Qu’elle nous apprenne à reconnaître la véritable grandeur de chaque homme et de chaque femme dans l’amour et le service. Que le Seigneur rende féconde la grande œuvre que nous confions aujourd’hui à sa grâce, en faisant mûrir dans l’histoire la civilisation de l’amour.

Sur vous tous, j’invoque de tout cœur la bénédiction de Dieu.

Merci beaucoup.

Copyright © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

 

Vous pouvez lire la lettre encyclique Magnifica humanitas en copiant ce lien dans votre browser :

https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/encyclicals/documents/20260515-magnifica-humanitas.html

 

 

A découvrir au Jesus Festival 2025,

Salle Clémentine, vendredi 16 mai 2025

Éminence,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Que la paix soit avec vous !

Je remercie S.E. M. Georges Poulides, Ambassadeur de la République de Chypre et Doyen du Corps diplomatique, pour les paroles cordiales qu’il m’a adressées en votre nom à tous, et pour le travail inlassable qu’il poursuit avec la vigueur, la passion et l’amabilité qui le caractérisent. Ces qualités lui ont valu l’estime de tous mes prédécesseurs qu’il a rencontrés au cours de ces années de mission auprès du Saint-Siège, et en particulier du regretté Pape François.

Je voudrais également vous exprimer ma gratitude pour les nombreux messages de vœux qui ont suivi mon élection, ainsi que pour les messages de condoléances au décès du Pape François provenant aussi de pays avec lesquels le Saint-Siège n’entretient pas de relations diplomatiques. Il s’agit là d’une marque d’estime significative qui encourage à approfondir les relations mutuelles.

Dans notre dialogue, je voudrais que le sentiment d’appartenance à une famille prenne toujours le pas. En effet, la communauté diplomatique représente toute la famille des peuples, partageant les joies et les peines de la vie ainsi que les valeurs humaines et spirituelles qui l’animent. La diplomatie pontificale est, en effet, une expression de la catholicité même de l’Église et, dans son action diplomatique, le Saint-Siège est animé par une urgence pastorale qui le pousse non pas à rechercher des privilèges, mais à intensifier sa mission évangélique au service de l’humanité. Il combat toute indifférence et rappelle sans cesse les consciences, comme l’a fait inlassablement mon vénérable prédécesseur, toujours attentif au cri des pauvres, des nécessiteux et des marginalisés, mais aussi aux défis qui marquent notre temps, depuis la sauvegarde de la création jusqu’à l’intelligence artificielle.

En plus d’être le signe concret de l’attention que vos pays accordent au Siège Apostolique, votre présence aujourd’hui est pour moi un don qui permet de renouveler l’aspiration de l’Église – et la mienne personnelle – à rejoindre et à étreindre tous les peuples et toutes les personnes de cette terre, désireux et en quête de vérité, de justice et de paix ! D’une certaine manière, mon expérience de vie, qui s’est déroulée entre l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Europe, est représentative de cette aspiration à dépasser les frontières pour rencontrer des personnes et des cultures différentes.

Grâce au travail constant et patient de la Secrétairerie d’État, j’entends consolider la connaissance et le dialogue avec vous et vos pays, dont j’ai déjà eu la grâce d’en visiter un bon nombre au cours de ma vie, en particulier lorsque j’étais prieur général des Augustins. Je suis convaincu que la Divine Providence m’accordera d’autres occasions de rencontres avec les réalités dont vous êtes issus, me permettant ainsi de saisir les opportunités qui se présenteront pour confirmer la foi de tant de frères et sœurs dispersés à travers le monde, et pour construire de nouveaux ponts avec toutes les personnes de bonne volonté.

Dans notre dialogue, je voudrais que nous gardions à l’esprit trois mots clés qui constituent les piliers de l’action missionnaire de l’Église et du travail diplomatique du Saint-Siège.

Le premier mot est paix. Trop souvent, nous considérons ce mot comme “négatif”, c’est-à-dire comme la simple absence de guerre et de conflit, car l’opposition fait partie de la nature humaine et nous accompagne toujours, nous poussant trop souvent à vivre dans un “état de conflit” permanent : à la maison, au travail, dans la société. La paix semble alors n’être qu’une simple trêve, une pause entre deux conflits, car, malgré tous nos efforts, les tensions sont toujours présentes, un peu comme des braises qui couvent sous la cendre, prêtes à se rallumer à tout moment.

Dans la perspective chrétienne – comme dans d’autres expériences religieuses – la paix est avant tout un don le premier don du Christ : « Je vous donne ma paix » (Jn 14, 27). Elle est cependant un don actif, engageant, qui concerne et implique chacun de nous, indépendamment de notre origine culturelle et de notre appartenance religieuse, et qui exige avant tout un travail sur soi-même. La paix se construit dans le cœur et à partir du cœur, en déracinant l’orgueil et les revendications, et en mesurant son langage, car on peut blesser et tuer aussi par des mots, pas seulement par des armes.

Dans cette optique, je considère que la contribution que les religions et le dialogue interreligieux peuvent apporter pour favoriser des contextes de paix est fondamentale. Cela exige naturellement le plein respect de la liberté religieuse dans chaque pays, car l’expérience religieuse est une dimension fondamentale de la personne humaine, sans laquelle il est difficile, voire impossible, d’accomplir cette purification du cœur nécessaire pour construire des relations de paix.

À partir de ce travail, auquel nous sommes tous appelés, il est possible d’éradiquer les prémices de tout conflit et de toute volonté destructrice de conquête. Cela exige également une sincère volonté de dialogue, animée par le désir de se rencontrer plutôt que de s’affronter. Dans cette perspective, il est nécessaire de redonner un souffle à la diplomatie multilatérale et aux institutions internationales qui ont été voulues et conçues avant tout pour remédier aux conflits pouvant surgir au sein de la Communauté internationale. Bien sûr, il faut encore la volonté de cesser de produire des instruments de destruction et de mort, car, comme le rappelait le pape François dans son dernier Message Urbi et Orbi, « aucune paix n’est possible sans véritable désarmement [et] le besoin de chaque peuple de pourvoir à sa propre défense ne peut se transformer en une course générale au réarmement » (1).

Le deuxième mot est justice. Poursuivre la paix exige de pratiquer la justice. Comme je l’ai déjà évoqué, j’ai choisi mon nom en pensant avant tout à Léon XIII, le Pape de la première grande encyclique sociale, Rerum novarum. Dans le changement d’époque que nous vivons, le Saint-Siège ne peut s’empêcher de faire entendre sa voix face aux nombreux déséquilibres et injustices qui conduisent, entre autres, à des conditions de travail indignes et à des sociétés de plus en plus fragmentées et conflictuelles. Il faut également s’efforcer de remédier aux inégalités mondiales, qui voient l’opulence et la misère creuser des fossés profonds entre les continents, entre les pays et même au sein d’une même société.

Il incombe à ceux qui ont des responsabilités gouvernementales de s’efforcer à construire des sociétés civiles harmonieuses et pacifiées. Cela peut être accompli avant tout en misant sur la famille fondée sur l’union stable entre un homme et une femme, « une société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile » (2). En outre, personne ne peut se dispenser de promouvoir des contextes où la dignité de chaque personne soit protégée, en particulier celle des plus fragiles et des plus vulnérables, du nouveau-né à la personne âgée, du malade au chômeur, que celui-ci soit citoyen ou immigrant.

Mon histoire est celle d’un citoyen, descendant d’immigrés, lui-même émigré. Au cours de la vie, chacun d’entre nous peut se retrouver en bonne santé ou malade, avec ou sans emploi, dans sa patrie ou en terre étrangère : cependant sa dignité reste toujours la même, celle d’une créature voulue et aimée de Dieu.

Le troisième mot est vérité. On ne peut construire des relations véritablement pacifiques, même au sein de la Communauté internationale, sans vérité. Là où les mots revêtent des connotations ambiguës et ambivalentes ou le monde virtuel, avec sa perception altérée de la réalité, prend le dessus sans contrôle, il est difficile de construire des rapports authentiques, puisque les prémisses objectives et réelles de la communication font défaut.

Pour sa part, l’Église ne peut jamais se soustraire à son devoir de dire la vérité sur l’homme et sur le monde, en recourant si nécessaire à un langage franc qui peut au début susciter une certaine incompréhension. Mais la vérité n’est jamais séparée de la charité qui, à la racine, a toujours le souci de la vie et du bien de tout homme et de toute femme. D’ailleurs, dans la perspective chrétienne, la vérité n’est pas l’affirmation de principes abstraits et désincarnés, mais la rencontre avec la personne même du Christ qui vit dans la communauté des croyants. Ainsi, la vérité ne nous éloigne pas, mais au contraire elle nous permet d’affronter avec plus de vigueur les défis de notre temps comme les migrations, l’utilisation éthique de l’intelligence artificielle et la sauvegarde de notre Terre bien-aimée. Ce sont des défis qui exigent l’engagement et la collaboration de tous, car personne ne peut penser les relever seul.

Chers Ambassadeurs,

Mon ministère commence au cœur d’une année jubilaire, dédiée d’une façon particulière à l’espérance. C’est un temps de conversion et de renouveau, mais surtout l’occasion de laisser derrière nous les conflits et d’emprunter un nouveau chemin, animés par l’espérance de pouvoir construire, en travaillant ensemble, chacun selon ses sensibilités et ses responsabilités, un monde dans lequel chacun pourra réaliser son humanité dans la vérité, dans la justice et dans la paix. Je souhaite que cela puisse se réaliser dans tous les contextes, à commencer par les plus éprouvés, comme celui de l’Ukraine et de la Terre Sainte.

Je vous remercie pour tout le travail que vous accomplissez afin de construire des ponts entre vos pays et le Saint-Siège, et de tout cœur je vous bénis, ainsi que vos familles et vos peuples. Merci !

[Bénédiction]

Et merci pour tout le travail que vous accomplissez !

(1) Message Urbi et Orbi, 20 avril 2025.

(2) Léon XIII, Lett. enc. Rerum novarum, 15 mai 1891, n. 9

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Chers frères et sœurs,

Par la bouche du prophète Isaïe, le Seigneur promet qu’Il n’oubliera jamais aucun d’entre nous. Il nous assure qu’Il a gravé nos visages dans la paume de ses mains (cf. Is 49, 16) et que son amour est plus grand que celui d’une mère pour son enfant (cf. Is 49, 15). Le prophète nous laisse entrevoir un dialogue intime et intense dans lequel Dieu s’adresse à chacun et au peuple lui-même en utilisant le “tu”. Aujourd’hui encore, nous pouvons lire ces paroles comme s’adressant à chacun de nous, et chacun peut entendre ce « Je ne t’oublierai jamais » qui lui est destiné.

Ce sont des paroles qui remplissent de consolation et de confiance. Elles sont la réponse à un sentiment angoissant qui agite le cœur : « Le Seigneur m’a abandonné, le Seigneur m’a oublié » (Is 49,14). Combien de fois, dans les Saintes Écritures, en particulier dans les Psaumes, la prière naît-elle du désarroi de ceux qui ont l’impression que leur vie n’intéresse personne et qu’elle est négligée ! La douloureuse sensation d’être oublié est malheureusement commune à beaucoup de personnes, et parmi elles, nombreuses sont les personnes âgées.

L’amour de Dieu, qui n’oublie personne, se propose comme un acte de justice et une réponse à l’anonymat dans lequel la vie humaine finit trop souvent par se perdre. Un voile semble recouvrir la vie de nombre de personnes âgées, effaçant les traits de leurs visages et les enveloppant d’oubli. C’est ce qui se passe dans les foyers où règne la solitude, ainsi que dans ces lieux de soin où la singularité de chaque personne risque d’être réduite au numéro de son lit ou à sa pathologie.

La célébration de la Journée mondiale des Grands-parents et des Personnes âgées est l’occasion de redécouvrir que l’Église est appelée à être la mère de tous et qu’à tout âge, il est toujours possible de se découvrir fils et filles de Dieu. Que cette Journée soit donc un encouragement pour tous, en particulier pour les plus jeunes, à reprendre la belle habitude de rendre visite à leurs grands-parents, aux personnes âgées de la famille, ainsi qu’à ceux qui ne reçoivent aucune visite. Apportez-leur, par ce message et par votre présence, la proximité et l’affection du Pape. Faites en sorte que les paroles du prophète « Moi, je ne t’oublierai jamais » prennent la forme d’une rencontre tendre et affectueuse. « À une époque qui tend à tout accélérer et à tout fragmenter, la chair humaine continue de demander à être soignée et reconnue par des mains capables de tendresse, par des esprits attentifs et par de bonnes paroles. La culture numérique multiplie les connexions et offre de nouvelles possibilités de rencontre ; pourtant, le cœur humain conserve un besoin irremplaçable de proximité » (Lettre encyclique Magnifica humanitas, n. 239).

L’Église connaît la souffrance de ses enfants les plus âgés ; elle sait bien qu’on les regarde trop souvent avec des préjugés et qu’on les considère comme un fardeau ; elle est consciente qu’une économie axée sur le profit affaiblit les liens familiaux ; elle sait que de nombreuses personnes âgées sont abandonnées par leurs enfants, contraints d’émigrer ou, dans certains cas, de partir à la guerre. Pour chacune de ces raisons, elle se réjouit d’annoncer la promesse du Seigneur : « Moi, je ne t’oublierai jamais ! ».

Il est doux, à tout âge, mais surtout quand on n’est plus tout jeune, de découvrir, comme l’a dit le Bienheureux Jean-Paul Ier, que « nous sommes de la part de Dieu objet d’un amour sans faille. Nous le savons : Il a toujours les yeux ouverts sur nous même lorsqu’il nous semble qu’il fait nuit. Il est père ; plus encore Il est mère » (Angelus, 10 septembre 1978). Même si cela ne vient pas spontanément à l’esprit, la vérité est que, même dans la vieillesse, on ne cesse pas d’être fils et fille, et c’est pourquoi l’invitation à retourner dans les bras de Dieu, dont l’amour est à la fois paternel et maternel, reste valable chaque jour.

Pour beaucoup, la découverte de la tendresse de Dieu se fait au cours de l’existence, parfois même dans la dernière phase de la vie. En effet, contrairement au passé, il est de plus en plus fréquent de vieillir sans avoir eu une véritable expérience de la foi. Dans ce cas, l’âge avancé, à partir des questions que l’on se pose avec plus d’urgence à cette période de la vie, peut devenir le moment opportun pour commencer ou reprendre une vie spirituelle. Sur ce nouveau chemin, on peut reconnaître que Dieu, comme le dit saint Augustin, « est mère parce qu’il réchauffe, parce qu’il nourrit, parce qu’il allaite, parce qu’il protège » (Commentaire sur le Psaume 26, II, 18). C’est une prise de conscience qui aide à ne pas avoir honte de la fragilité qui se manifeste et aussi à comprendre que nous avons tous, toujours, besoin les uns des autres et que nous sommes tous en quête d’attention et de soins. À Dieu, qui se fait proche et que nous apprenons à reconnaître dans sa tendresse, nous pouvons désormais nous adresser avec une confiance filiale dans la prière. Il n’est jamais trop tard pour commencer à s’adresser à Lui. Cela peut être un grand don pour chacun.

Chers aînés, le Pape François parlait de vous comme d’un « peuple nouveau » (Catéchèse, 23 février 2022), car le nombre de personnes âgées n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de l’humanité. Il est donc plus important que jamais de réfléchir avec vous, « nouveau peuple », à ce que peut être notre vocation lorsque la fragilité, compagne de l’homme depuis sa naissance, semble prendre le dessus. Je voudrais vous dire : n’ayez pas peur de la fragilité ! Cette faiblesse cache en elle-même un nouveau potentiel qui éclaire également les autres âges de la vie. En effet, lorsqu’elle est acceptée et reconnue, la fragilité « ouvre le cœur au soutien mutuel et à l’invocation de Celui qui peut donner ce qu’aucun pouvoir humain n’est en mesure de garantir : la réconciliation profonde des cœurs et, avec elle, la paix véritable » (Rencontre avec la communauté algérienne, Basilique Notre-Dame d’Afrique, Alger, 13 avril 2026).

C’est ainsi que nous pouvons vivre, en tant que chrétiens, le temps de la vieillesse : “fragiles” mais en même temps “appelés”. Un homme et une femme peuvent, en effet, renaître dans leur vieillesse (cf. Jn 3, 4-6) et s’écrier, avec le prophète : « Par la conversion et le calme, vous serez sauvés ; dans la tranquillité, dans la confiance sera votre force » (Is 30, 15). Une force qui peut devenir une invitation à ne pas recourir aux voies de l’arrogance et de la puissance pour garantir la coexistence humaine, mais aux voies de la réconciliation et de la paix véritable. En cette époque, si durement marquée par la violence guerrière et sociale, beaucoup s’interrogent sur ce que sera le monde dans lequel grandiront leurs petits-enfants. Je vous exhorte, bien-aimés, à vous joindre à moi pour prier avec insistance afin que la paix vienne bientôt dans le monde entier.

Chères sœurs et chers frères âgés, je vous remercie de me soutenir chaque jour par vos prières, en particulier lorsque vous récitez le Saint Rosaire. Je vous le rends de tout cœur et je vous laisse ce vœu : que le Seigneur nous renouvelle toujours dans la foi, l’espérance et la charité, Lui qui ne nous oublie jamais !

Du Vatican, le 15 juin 2026

LÉON PP. XIV

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Basilique Saint-Pierre, Autel de la Confession, mardi 24 juin 2025

Merci, merci à tous !

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La paix soit avec vous !

Éminences, Excellences, formateurs et surtout vous tous, séminaristes, bonjour à tous !

Je suis très heureux de vous rencontrer et je vous remercie tous, séminaristes et formateurs, pour votre présence chaleureuse. Merci avant tout pour votre joie et pour votre enthousiasme. Merci, car avec votre énergie, vous alimentez la flamme de l’espérance dans la vie de l’Église !

Aujourd’hui, vous n’êtes pas seulement pèlerins, mais aussi témoins d’espérance : vous me le témoignez, ainsi qu’à tous, parce que vous vous êtes laissés entraîner dans l’aventure fascinante de la vocation sacerdotale à une époque qui n’est pas facile. Vous avez accueilli l’appel à devenir des annonciateurs doux et forts de la Parole qui sauve, des serviteurs d’une Église ouverte et d’une Église en sortie missionnaire.

Y digo una palabra también en español, gracias por haber aceptado con valentía la invitación del Señor a seguir, a ser discípulo, a entrar en el seminario. Hay que ser valientes y no tengan miedo.

[Et je dis aussi quelques mots en espagnol : merci d’avoir accepté avec courage l’invitation du Seigneur à le suivre, à devenir ses disciples, à entrer au séminaire. Il faut être courageux et n’ayez pas peur !]

Au Christ qui vous appelle, vous dites « oui » avec humilité et courage ; et ce « me voici », que vous lui adressez, germe dans la vie de l’Église, et se laisse accompagner par le nécessaire chemin de discernement et de formation.

Jésus, vous le savez, vous appelle avant tout à vivre une expérience d’amitié avec Lui et avec vos compagnons de route (cf. Mc 3, 13) ; une expérience appelée à grandir de manière permanente, même après l’ordination, et qui touche tous les aspects de la vie. Rien en vous ne doit être écarté, en effet, tout doit être assumé et transfiguré dans la logique du grain de blé, afin de devenir des personnes et des prêtres heureux, des « ponts » et non des obstacles à la rencontre avec le Christ pour tous ceux qui vous côtoient. Oui, Il doit grandir et nous diminuer, pour pouvoir devenir des pasteurs selon son cœur (1).

A propos du Cœur de Jésus Christ, comment ne pas rappeler l’encyclique Dilexit nos, que nous a donnée le bien-aimé pape François (2) Précisément en ce temps que vous vivez, c’est-à-dire celui de la formation et du discernement, il est important de porter votre attention vers le centre, vers le « moteur » de tout votre chemin : le cœur ! Le séminaire, quelle que soit la manière dont on l’envisage, devrait être une école des affections. Aujourd’hui plus que jamais, dans un contexte social et culturel marqué par le conflit et le narcissisme, nous avons besoin d’apprendre à aimer et à le faire comme Jésus (3).

Comme le Christ a aimé avec un cœur d’homme (4), vous êtes appelés à aimer avec le cœur du Christ ! Amar con el corazón de Jesús. Mais pour apprendre cet art, il faut travailler sur son intériorité, là où Dieu fait entendre sa voix et d’où partent les décisions les plus profondes ; lieu également de tensions et de luttes (cf. Mc 7, 14-23), à convertir pour que toute votre humanité respire l’Évangile. Le premier travail doit donc se faire sur l’intériorité. Souvenez-vous bien de l’invitation de saint Augustin à revenir au cœur, car c’est là que nous retrouvons les traces de Dieu. Descendre dans son cœur peut parfois faire peur, car on y trouve aussi des blessures. N’ayez pas peur de les soigner, laissez-vous aider : car c’est de ces blessures que naîtra votre capacité à être proches de ceux qui souffrent. Sans vie intérieure, la vie spirituelle n’est pas possible, car c’est dans notre cœur que Dieu nous parle. Dios nos habla en el corazón, tenemos que saber escucharlo. [Dieu nous parle dans notre cœur, il faut savoir l’écouter]. Ce travail intérieur inclut aussi l’apprentissage à reconnaître les mouvements du cœur : pas seulement les émotions rapides et immédiates, caractéristiques de l’âme des jeunes, mais surtout vos sentiments profonds, qui vous aident à découvrir la direction de votre vie. Si vous apprenez à connaître votre cœur, vous deviendrez toujours plus authentiques et vous n’aurez pas besoin de porter de masques. Et le chemin privilégié qui nous conduit à l’intériorité est la prière : à une époque d’hyperconnexion, il devient toujours plus difficile de faire l’expérience du silence et de la solitude. Sans la rencontre avec Lui, nous ne pouvons pas non plus véritablement nous connaître nous-mêmes.

Je vous invite à invoquer fréquemment l’Esprit Saint, pour qu’il façonne en vous un cœur docile, capable de percevoir la présence de Dieu, également en écoutant les voix de la nature, de l’art, de la poésie, de la littérature (5), de la musique, mais aussi des sciences humaines (6). Dans le travail rigoureux des études théologiques, sachez aussi écouter avec un esprit et un cœur ouverts les voix de la culture, comme les défis récents de l’intelligence artificielle et celles des médias sociaux (7). Surtout, à l’exemple de Jésus, sachez entendre le cri souvent silencieux des petits, des pauvres et des opprimés, et de tant de personnes, surtout des jeunes, qui cherchent un sens à leur vie.

Si vous prenez soin de votre cœur, avec des moments quotidiens de silence, de méditation et de prière, vous apprendrez l’art du discernement. Cela aussi est un travail important : apprendre à discerner. Quand on est jeune, on porte en soi beaucoup de désirs, de rêves et d’ambitions. Le cœur est souvent encombré et il arrive de se sentir confus. Au contraire, à l’image de la Vierge Marie, notre intériorité doit devenir capable de conserver et de méditer.  Capable de synballein — comme l’écrit l’évangéliste Luc (2, 19.51) : rassembler les fragments (8). Fuyez la superficialité, et assemblez les morceaux de votre vie dans la prière et la méditation, en vous demandant : qu’est-ce que m’apprend ce que je vis ? Qu’est-ce que cela dit à mon chemin ? Où le Seigneur me conduit-il ?

Très chers amis, ayez un cœur doux et humble comme celui de Jésus (cf. Mt 11, 29). A l’exemple de l’apôtre Paul (cf. Ph 2, 5sq), puissiez-vous avoir les sentiments du Christ, pour grandir en maturité humaine, surtout affective et relationnelle. Il est important, même nécessaire, dès le temps du séminaire, de miser beaucoup sur la maturation humaine, en rejetant tout faux-semblant ou hypocrisie. En gardant le regard fixé sur Jésus, il faut apprendre à nommer et à exprimer aussi la tristesse, la peur, l’angoisse, l’indignation, en apportant tout dans la relation à Dieu. Les crises, les limites, les fragilités ne doivent pas être occultées : elles sont au contraire des occasions de grâce et d’expérience pascale.

Dans un monde souvent marqué par l’ingratitude et la soif de pouvoir, où semble parfois prévaloir la logique du rejet, vous êtes appelés à témoigner de la gratitude et de la gratuité du Christ, de l’exultation et de la joie, de la tendresse et de la miséricorde de son cœur. A pratiquer le style de l’accueil et de la proximité, du service généreux et désintéressé, en laissant l’Esprit Saint « oindre » votre humanité avant l’ordination.

Le cœur du Christ est animé d’une immense compassion : Il est le Bon Samaritain de l’humanité, et Il nous dit : « Va, et toi aussi fais de même » (Lc 10, 37). Cette compassion le pousse à rompre pour les foules le pain de la Parole et du partage (cf. Mc 6, 30-44), en préfigurant le geste du Cénacle et de la Croix, quand Il se donnera Lui-même en nourriture, et Il nous dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37), c’est-à-dire : faites de votre vie un don d’amour.

Chers séminaristes, la sagesse de notre Mère l’Église, assistée par l’Esprit Saint, cherche au fil du temps les formes les plus appropriées de former les ministres ordonnés, selon les exigences des lieux. Quelle est votre tâche dans cet effort ? Celle de ne jamais jouer au rabais, de ne pas vous contenter, de ne pas être de simples récepteurs passifs, mais de vous passionner pour la vie sacerdotale, en vivant le présent et en regardant vers l’avenir avec un cœur prophétique. J’espère que notre rencontre aidera chacun de vous à approfondir votre dialogue personnel avec le Seigneur, dans lequel lui demander d’assimiler toujours davantage les sentiments du Christ, les sentiments de son cœur. Ce cœur qui bat d’amour pour vous et pour toute l’humanité.

Bon cheminement ! Je vous accompagne de ma bénédiction.

______________

(1) Cf. S. Jean Paul II, Exhort. ap. Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 43.

(2) Lett. enc. Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus Christ (24 octobre 2024).

(3) Cf. ivi, 17.

(4) Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 22.

(5) Cf. François, Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation, 17 juillet 2024.

(6) Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 62.

(7) Congrégation pour le clergé, Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, Le don de la vocation presbytérale (8 décembre 2016), n. 97.

(8) Cf. François, Lettre enc. Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ (24 octobre 2024), n. 19.

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Louange du mercredi 12 octobre

Méditation :

 

Noël est la fête du don suprême : la naissance de Jésus. Par amour pour nous, Dieu envoie Son fils pour nous sauver.

Mais pour autant, pourquoi nous offrir des cadeaux ? Sans doute parce qu’ils expriment de façon concrète l’amour que nous avons les uns pour les autres. Nous avons tous besoin d’attention et de tendresse. Or les cadeaux, choisis avec amour, sont le signe de la reconnaissance que l’on porte à chacun. Un cadeau peut être un moyen de dire « je t’aime », « je tiens à toi » ou encore « merci ». La réponse de l’homme à l’admirable don de Noël est la visite des Rois Mages et des bergers dans la crèche. Elle met d’ailleurs en perspective une scène de dons. La myrrhe, l’or et l’encens, mais aussi l’adoration offerts par des Rois et bergers venus de tous horizons sont un geste qui exprime une gratitude et reconnaissance devant ce si grand don !

 

Message du pape Léon XIV pour la 111ème Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2025, qui se tiendra les 4 et 5 octobre 2025

Migrants, missionnaires d’espérance

Du Vatican, le 25 juillet 2025, fête de saint Jacques Apôtre

Chers frères et sœurs,

La 111ème Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, que mon prédécesseur a voulu faire coïncider avec le Jubilé des migrants et du monde missionnaire, nous offre l’occasion de réfléchir sur le lien entre espérance, migration et mission.

Le contexte mondial actuel est tristement marqué par les guerres, les violences, les injustices et les phénomènes météorologiques extrêmes qui obligent des millions de personnes à quitter leur terre d’origine pour chercher refuge ailleurs. La tendance généralisée à ne se préoccuper que des intérêts de communautés restreintes constitue une menace grave pour le partage des responsabilités, la coopération multilatérale, la réalisation du bien commun et la solidarité mondiale au profit de toute la famille humaine. La perspective d’une nouvelle course aux armements et le développement de nouvelles armes, y compris nucléaires, le peu de considération accordée aux effets néfastes de la crise climatique actuelle et les profondes inégalités économiques rendent les défis présents et futurs de plus en plus difficiles.

Face aux théories de dévastation mondiale et aux scénarios effrayants, il est important que grandisse dans le cœur de chacun le désir d’espérer un avenir de dignité et de paix pour tous les êtres humains. Un tel avenir est une partie essentielle du projet de Dieu sur l’humanité et le reste de la création. Il s’agit de l’avenir messianique annoncé par les prophètes : « Les vieux et les vieilles reviendront s’asseoir sur les places de Jérusalem, le bâton à la main, à cause de leur grand âge ; les places de la ville seront pleines de petits garçons et de petites filles qui viendront y jouer […] Oui, il y aura une semence de paix : la vigne donnera son fruit, la terre donnera son produit, le ciel donnera sa rosée » (Za 8, 4-5.12). Et cet avenir a déjà commencé, car il a été inauguré par Jésus-Christ (cf. Mc 1, 15 et Lc 17, 21) et nous croyons et espérons en sa pleine réalisation, car le Seigneur tient toujours ses promesses.

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne : « La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes » (n° 1818). Et c’est certainement la recherche du bonheur – et la perspective de le trouver ailleurs – qui est l’une des principales motivations de la mobilité humaine contemporaine.

Ce lien entre migration et espérance se révèle clairement dans de nombreuses expériences migratoires de notre temps. Beaucoup de migrants, de réfugiés et de personnes déplacées sont des témoins privilégiés de l’espérance vécue au quotidien, à travers leur confiance en Dieu et leur endurance face à l’adversité, dans la perspective d’un avenir où ils entrevoient l’approche du bonheur, du développement humain intégral. L’expérience itinérante du peuple d’Israël se renouvelle en eux : « Dieu, quand tu sortis en avant de ton peuple, quand tu marchas dans le désert, la terre trembla ; les cieux mêmes fondirent + devant la face de Dieu, le Dieu du Sinaï, devant la face de Dieu, le Dieu d’Israël. Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse, et quand il défaillait, toi, tu le soutenais. Sur les lieux où campait ton troupeau, tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre » (Ps 68, 8-11).

Dans un monde assombri par les guerres et les injustices, même là où tout semble perdu, les migrants et les réfugiés se dressent comme des messagers d’espérance. Leur courage et leur ténacité sont le témoignage héroïque d’une foi qui voit au-delà de ce que nos yeux peuvent voir, et leur donne la force de défier la mort sur les différentes routes migratoires contemporaines. On peut également trouver ici une analogie évidente avec l’expérience du peuple d’Israël errant dans le désert, qui affronte tous les dangers avec confiance dans la protection du Seigneur : « C’est lui qui te sauve des filets du chasseur et de la peste maléfique ; il te couvre et te protège. Tu trouves sous son aile un refuge : sa fidélité est une armure, un bouclier. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour, ni la peste qui rôde dans le noir, ni le fléau qui frappe à midi » (Ps 90, 3-6).

Les migrants et les réfugiés rappellent à l’Église sa dimension pèlerine, perpétuellement tendue vers l’atteinte de la patrie définitive, soutenue par une espérance qui est une vertu théologale. Chaque fois que l’Église cède à la tentation de la “sédentarisation” et cesse d’être civitas peregrina – peuple de Dieu en pèlerinage vers la patrie céleste (cf. Augustin, De civitate Dei, Livre XIV-XVI), elle cesse d’être “dans le monde” et devient “du monde” (cf. Jn 15, 19). Cette tentation était déjà présente dans les premières communautés chrétiennes, à tel point que l’apôtre Paul doit rappeler à l’Église de Philippes que « nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. » (Ph 3, 20-21).

De manière particulière, les migrants et les réfugiés catholiques peuvent devenir aujourd’hui des missionnaires d’espérance dans les pays qui les accueillent, en poursuivant de nouveaux chemins de foi là où le message de Jésus-Christ n’est pas encore arrivé ou en engageant des dialogues interreligieux faits de quotidienneté et de recherche de valeurs communes. En effet, par leur enthousiasme spirituel et leur vitalité, ils peuvent contribuer à revitaliser des communautés ecclésiales figées et alourdies, où le désert spirituel avance de manière menaçante. Leur présence doit alors être reconnue et appréciée comme une véritable bénédiction divine, une occasion de s’ouvrir à la grâce de Dieu qui donne une nouvelle énergie et une nouvelle espérance à son Église : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges » (He 13, 2).

Le premier élément de l’évangélisation, comme le soulignait saint Paul VI, est généralement le témoignage : « tous les chrétiens sont appelés et peuvent être, sous cet aspect, de véritables évangélisateurs. Nous pensons spécialement à la responsabilité qui revient aux migrants dans les pays qui les reçoivent » (Evangelii nuntiandi, n. 21). Il s’agit d’une véritable missio migrantium – mission réalisée par les migrants – pour laquelle une préparation adéquate et un soutien continu, fruits d’une coopération inter-ecclésiale efficace, doivent être assurés.

D’autre part, les communautés qui les accueillent peuvent également être un témoignage vivant d’espérance. Espérance comprise comme promesse d’un présent et d’un avenir où la dignité de tous en tant qu’enfants de Dieu est reconnue. Ainsi, les migrants et les réfugiés sont reconnus comme des frères et sœurs, membres d’une famille où ils peuvent exprimer leurs talents et participer pleinement à la vie communautaire.

À l’occasion de cette journée jubilaire où l’Église prie pour tous les migrants et les réfugiés, je voudrais confier tous ceux qui sont en chemin, ainsi que ceux qui se dépensent pour les accompagner, à la protection maternelle de la Vierge Marie, réconfort des migrants, afin qu’elle garde vivante dans leur cœur l’espérance et les soutienne dans leur engagement à construire un monde qui ressemble toujours plus au Royaume de Dieu, la véritable patrie qui nous attend à la fin de notre voyage.

LÉON PP. XIV

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Cap sur Colombie

Avec une pauvreté grandissante et des conditions sanitaires difficiles, la Colombie traverse une situation sociale préoccupante. La dépendance aux drogues connaît une forte augmentation, avec une explosion des cas de surdoses. Bien que des initiatives comme la création de centres de consommation supervisée aient été mises en place, ces efforts demeurent insuffisants face à l’ampleur du phénomène.

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“Ne m’abandonne pas dans la vieillesse” (cf. Ps 70, 9)

Chers frères et sœurs !

Dieu n’abandonne pas ses enfants, jamais. Même lorsque l’âge avance et que les forces diminuent, lorsque les cheveux blanchissent et que le rôle social disparaît, lorsque la vie devient moins productive et risque de paraître inutile. Il ne regarde pas les apparences (1 S 16, 7) et n’hésite pas à choisir ceux qui, aux yeux d’un grand nombre, semblent insignifiants. Il n’écarte aucune pierre. Au contraire, les plus “anciennes” sont la base solide sur laquelle les pierres “nouvelles” peuvent s’appuyer pour construire ensemble l’édifice spirituel (cf. 1 P 2, 5).

Toute l’Écriture Sainte est un récit de l’amour fidèle du Seigneur d’où émerge une certitude réconfortante : Dieu continue à nous montrer sa miséricorde, toujours, dans toutes les phases de la vie et dans n’importe quelle condition où nous sommes, même dans nos trahisons. Les psaumes sont remplis de l’émerveillement du cœur humain devant Dieu qui prend soin de nous, malgré notre petitesse (cf. Ps143, 3-4). Ils nous assurent que Dieu nous a tous tissés dès le sein maternel (cf. Ps 138,13) et qu’il n’abandonnera pas notre vie (cf. Ps 15,10), même dans les enfers. Nous pouvons donc être sûrs que, même dans la vieillesse, Il sera proche de nous d’autant plus que, dans la Bible, vieillir est signe de bénédiction.

Et pourtant nous trouvons aussi dans les psaumes cette invocation pressante faite au Seigneur : « Ne me rejette pas maintenant que j’ai vieilli » (Ps 70, 9). Une expression forte, très crue. Elle fait penser à la souffrance extrême de Jésus qui cria sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46).

Nous trouvons donc dans la Bible la certitude de la proximité de Dieu en toute saison de la vie et, en même temps, la crainte de l’abandon, en particulier dans la vieillesse et dans les moments de souffrance. Ce n’est pas contradictoire. En regardant autour de nous, nous n’avons pas de mal à voir comment ces expressions reflètent une réalité plus qu’évidente. Trop souvent, la solitude est la compagne amère de notre vie, nous qui sommes des personnes âgées et des grands-parents. En tant qu’évêque de Buenos Aires, il m’est souvent arrivé de visiter des maisons de retraite et de me rendre compte à quel point ces personnes recevaient rarement des visites : certaines n’avaient pas vu leurs proches depuis de nombreux mois.

Les causes de cette solitude sont nombreuses. Dans de nombreux pays, surtout les plus pauvres, les personnes âgées se retrouvent seules parce que les enfants sont contraints d’émigrer. Ou encore, je pense aux nombreuses situations de conflit : combien de personnes âgées sont seules parce que les hommes – jeunes et adultes – sont appelés à combattre et les femmes, surtout les mères avec des enfants en bas âge, quittent le pays pour mettre leurs enfants en sécurité. Dans les villes et les villages ravagés par la guerre, beaucoup de vieillards et de personnes âgées restent seuls, uniques signes de vie dans des lieux où règnent l’abandon et la mort. En d’autres parties du monde, il y a une fausse conviction, très enracinée dans certaines cultures locales, qui engendre l’hostilité envers les personnes âgées soupçonnées de recourir à la sorcellerie pour ôter des énergies vitales aux jeunes. C’est pourquoi, en cas de mort prématurée, de maladie ou de sort malheureux touchant un jeune, la faute est rejetée sur une personne âgée. Cette mentalité doit être combattue et éradiquée. Elle est l’un de ces préjugés infondés, dont la foi chrétienne nous a libérés, qui alimente un conflit générationnel entre jeunes et personnes âgées.

Si nous y réfléchissons bien, cette accusation adressée aux personnes âgées de “voler l’avenir aux jeunes” est très présente aujourd’hui partout. Elle se retrouve aussi, sous d’autres formes, dans les sociétés les plus avancées et les plus modernes. Par exemple, la conviction que les personnes âgées font peser sur les jeunes le coût de l’assistance dont elles ont besoin s’est désormais répandue, soustrayant ainsi des ressources au développement du pays, et donc aux jeunes. Il s’agit d’une perception déformée de la réalité. C’est comme si la survie des personnes âgées mettait en danger celle des jeunes ; comme si, pour favoriser les jeunes, il fallait négliger les personnes âgées ou même les supprimer. L’opposition entre les générations est une duperie et un fruit empoisonné de la culture de l’affrontement. Monter les jeunes contre les personnes âgées est une manipulation inacceptable : « Ce qui est en jeu est l’unité des âges de la vie : c’est-à-dire le point de référence réel pour la compréhension et l’appréciation de la vie humaine dans son intégralité » (Catéchèse, 23 février 2022).

Le psaume cité précédemment – où l’on supplie de ne pas être abandonné dans la vieillesse – parle d’une conjuration qui se resserre autour de la vie des personnes âgées. Ces paroles semblent excessives, mais on les comprend si l’on considère que la solitude et le rejet des personnes âgées ne sont ni fortuites ni inéluctables, mais le fruit de choix – politiques, économiques, sociaux et personnels – qui ne reconnaissent pas la dignité infinie de toute personne, « en toutes circonstances et dans quelque état ou situation qu’elle se trouve » (Décl. Dignitas infinita, n. 1). Cela se produit lorsque l’on perd le sens de la valeur de chacun et que les personnes deviennent seulement un coût, trop élevé à payer dans certains cas. Le pire est que, souvent, les personnes âgées elles-mêmes finissent par être sous l’emprise de cette mentalité et en viennent à se considérer comme un poids, voulant elles-mêmes s’effacer.

D’autre part, nombreuses sont les femmes et les hommes aujourd’hui qui cherchent leur épanouissement personnel dans une existence aussi autonome et indépendante que possible des autres. Les appartenances communes sont en crise et les individualités s’affirment ; le passage du “nous” au “je” apparaît comme l’un des signes les plus évidents de notre époque. La famille, qui est la première et la plus radicale contestation de l’idée que l’on peut se sauver tout seul, est l’une des victimes de cette culture individualiste. Mais lorsqu’on vieillit, au fur et à mesure que les forces diminuent, le mirage de l’individualisme, l’illusion de n’avoir besoin de personne et de pouvoir vivre sans liens se révèle pour ce qu’elle est. On se retrouve au contraire à avoir besoin de tout, mais désormais seul, sans aide, sans personne sur qui compter. C’est une triste découverte que beaucoup font quand il est trop tard.

La solitude et le rejet sont devenus des éléments récurrents dans le contexte où nous sommes immergés. Ils ont des racines multiples : dans certains cas, ils sont le fruit d’une exclusion programmée, une sorte de triste “conjuration sociale”. Dans d’autres cas, il s’agit malheureusement d’une décision personnelle. D’autres fois encore, on les subit en prétendant qu’il s’agit d’un choix autonome. « Nous avons perdu le goût de la fraternité » (Lett. enc. Fratelli tutti, n. 33) et nous avons de plus en plus de mal à imaginer quelque chose de différent.

Nous pouvons noter chez de nombreuses personnes âgées ce sentiment de résignation dont parle le livre de Ruth lorsqu’il raconte comment Noémi, âgée, après la mort de son mari et de ses enfants, invite ses deux belles-filles, Orpa et Ruth, à retourner chez elles dans leur pays d’origine (cf. Rt 1, 8). Noémi – comme tant de personnes âgées aujourd’hui – craint de rester seule mais elle ne peut imaginer autre chose. Elle est consciente que, veuve, elle a peu d’importance aux yeux de la société et elle est convaincue d’être un fardeau pour ces deux jeunes qui, contrairement à elle, ont toute la vie devant elles. C’est pourquoi elle pense qu’il vaut mieux se retirer et elle-même invite les jeunes belles-filles à la quitter et à construire leur avenir en d’autres lieux (cf. Rt 1, 11-13). Ses paroles sont un concentré de conventions sociales et religieuses qui semblent immuables et qui marquent son destin.

À ce moment le récit biblique nous présente deux options différentes face à l’invitation de Noémi et donc face à la vieillesse. L’une des deux belles-filles, Orpa, qui aime aussi Noémi, l’embrasse avec affection mais accepte ce qui lui semble être la seule solution possible, et elle s’en va. Ruth, par contre, ne se détache pas de Noémi et lui adresse des mots surprenants : « Ne me force pas à t’abandonner » (Rt1, 16). Elle n’a pas peur de défier les coutumes et le sentiment commun, elle sent que cette femme âgée a besoin d’elle et, avec courage, reste à ses côtés dans ce qui sera le début d’un nouveau voyage pour toutes les deux. Ruth nous enseigne, à nous qui sommes habitués à l’idée que la solitude est un destin inéluctable, qu’à l’invocation “ne m’abandonne pas !” il est possible de répondre “je ne t’abandonnerai pas !”. Elle n’hésite pas à renverser ce qui semble être une réalité immuable : vivre seul ne peut être l’unique alternative ! Ce n’est pas par hasard si Ruth – celle qui reste proche de Noémi âgée – est une ancêtre du Messie (cf. Mt 1, 5), de Jésus, l’Emmanuel, celui qui est le “Dieu avec nous”, celui qui apporte la proximité de Dieu à tous les hommes, de toutes conditions, de tous âges.

La liberté et le courage de Ruth nous invitent à prendre une nouvelle voie : suivons ses pas, mettons-nous en route avec cette jeune femme étrangère et avec la vieille Noémi, n’ayons pas peur de changer nos habitudes et d’imaginer un avenir différent pour nos personnes âgées. Notre gratitude va à toutes les personnes qui, malgré de nombreux sacrifices, ont suivi l’exemple de Ruth et prennent soin d’une personne âgée ou montrent simplement leur proximité quotidienne à des parents ou des connaissances qui n’ont plus personne. Ruth a choisi de rester près de Noémi et a été bénie : par un mariage heureux, une descendance, une terre. Cela vaut toujours et pour tous : en étant proches des personnes âgées, en reconnaissant le rôle irremplaçable qu’elles ont dans la famille, dans la société et dans l’Église, nous recevrons nous aussi de nombreux dons, de nombreuses grâces, de nombreuses bénédictions !

En cette 4ème Journée Mondiale qui leur est dédiée, ne privons pas de notre tendresse les grands-parents et les personnes âgées de nos familles, visitons ceux qui sont découragés et qui n’espèrent plus qu’un avenir différent est possible. À l’attitude égoïste qui conduit au rejet et à la solitude, opposons le cœur ouvert et le visage heureux de celui qui a le courage de dire “je ne t’abandonnerai pas !” et de prendre un chemin différent.

Que ma bénédiction, accompagnée par la prière, vous parvienne à tous, très chers grands-parents et personnes âgées, et à tous ceux qui vous sont proches. Et vous aussi, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 25 avril 2024

François

 

Source : vatican.va
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Chers enfants, nous sommes ici pour prier, pour prier ensemble, pour prier Dieu. Vous êtes d’accord ? Vous êtes d’accord ? Oui ? Et nous prions Dieu, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. Combien y a-t-il de “Dieux” ? Un seul en trois personnes : le Père qui nous a tous créés, qui nous aime beaucoup. Et quand nous prions Dieu le Père, quelle est la prière, quelle est la prière que nous prions tous ? [réponse : le Notre Père].

Nous demandons toujours à Dieu, dans le Notre Père, de nous accompagner dans la vie et de nous faire grandir. Et quel est le nom du Fils ? Quel est le nom du Fils ? [Réponse : Jésus] Je n’entends pas bien ! Jésus, nous prions Jésus pour qu’il nous aide. Pour qu’il soit près de nous, et quand nous communions, nous recevons Jésus, et Jésus nous pardonne tous nos péchés. Est-ce vrai que Jésus pardonne tout ? [réponse : oui] On n’entend pas… C’est vrai ? Oui, mais est-ce qu’il pardonne toujours tout ? [réponse : oui] Toujours, toujours, toujours ? [réponse : oui] Et s’il y a un homme ou une femme, pécheur, pécheur, pécheur, avec beaucoup de péchés, est-ce que Jésus lui pardonne ? [réponse : oui] Est-ce qu’il pardonne même au plus vilain des pécheurs ? [réponse : oui] Oui ! N’oubliez pas ceci : Jésus pardonne tout et pardonne toujours et nous devons avoir l’humilité de demander le pardon. “Pardonne-moi, Seigneur, j’ai mal agi. Je suis faible. La vie m’a mis en difficulté mais tu pardonnes tout. Je voudrais changer de vie et tu m’aides”. Mais je n’ai pas bien entendu, est-ce vrai qu’il pardonne tout ? [réponse : oui] Eh bien, n’oubliez pas cela.

Le problème est le suivant : qui est le Saint-Esprit ? Eh, ce n’est pas facile, parce que l’Esprit Saint est Dieu, il est en nous. Nous recevons l’Esprit Saint par le baptême, nous le recevons par les sacrements. L’Esprit Saint est celui qui nous accompagne dans la vie. On le pense et on le dit ensemble : “L’Esprit Saint nous accompagne dans la vie”. Tous ensemble : “L’Esprit Saint nous accompagne dans la vie”. Il est celui qui nous dit dans nos cœurs les bonnes choses que nous devons faire. Encore une fois : “L’Esprit Saint nous accompagne dans la vie”. Il est celui qui, lorsque nous faisons quelque chose de mal, nous réprimande intérieurement. “L’Esprit Saint…” Avez-vous oublié, je n’entends pas… Une autre fois ! L’Esprit Saint est celui qui nous donne la force, qui nous console dans les difficultés. Ensemble : “L’Esprit Saint nous accompagne dans la vie”.

Alors, chers frères et sœurs, garçons et filles, nous sommes tous heureux parce que nous croyons. La foi nous rend heureux. Et nous croyons en Dieu qui est “Père, Fils et Saint-Esprit”. Tous ensemble : “Père, Fils et Saint-Esprit”. Le Père qui nous a créés, Jésus qui nous a sauvés, et le Saint-Esprit qui fait quoi ?

Merci beaucoup, mais pour être sûrs, nous chrétiens, nous avons aussi une maman. Comment s’appelle notre maman ? Quel est le nom de notre Mère du ciel ? [réponse : Marie] Vous savez prier la Vierge Marie ? [réponse : oui] Vous êtes sûrs ? Faisons-le maintenant, je veux entendre… [ils récitent l’Ave Maria] Bons garçons et bonnes filles, bons garçons et bonnes filles, vous êtes bons. Le Père nous a créés, le Fils nous a sauvés et qu’a fait l’Esprit Saint ? Bravo ! Que Dieu vous bénisse, priez pour nous, pour que nous puissions aller de l’avant, nous tous, priez pour vos parents, priez pour vos grands-parents, priez pour les enfants malades. Il y a ici, derrière moi, beaucoup d’enfants malades. Priez toujours et surtout priez pour la paix, pour qu’il n’y ait pas de guerres. Nous continuons maintenant la messe, mais n’oublions pas ce qu’a fait l’Esprit Saint ? Bravo ! En avant !

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Place Saint-Pierre, XXVIIe dimanche du Temps ordinaire, 5 octobre 2025

Chers frères et sœurs,

Nous célébrons aujourd’hui le Jubilé du Monde missionnaire et des Migrants. C’est une belle occasion de raviver en nous la conscience de notre vocation missionnaire, qui naît du désir d’apporter à tous la joie et la consolation de l’Évangile, en particulier à ceux qui vivent une histoire difficile et blessée. Je pense en particulier à nos frères migrants, qui ont dû quitter leur terre, souvent en laissant leurs proches, traversant des nuits de peur et de solitude, vivant dans leur chair la discrimination et la violence.

Nous sommes ici parce que, près de la tombe de l’apôtre Pierre, chacun de nous doit pouvoir dire avec joie : toute l’Église est missionnaire, et il est urgent – comme l’a affirmé le Pape François – qu’elle « sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 23).

L’Esprit nous envoie poursuivre l’œuvre du Christ dans les périphéries du monde, parfois marquées par la guerre, l’injustice et la souffrance. Face à ces scénarios sombres, resurgit le cri qui s’est souvent élevé vers Dieu au cours de l’histoire : pourquoi, Seigneur, n’interviens-tu pas ? Pourquoi sembles-tu absent ? Ce cri de souffrance est une forme de prière qui traverse toute l’Écriture et, ce matin, nous l’avons entendu chez le prophète Habacuc : « Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? […] Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? » (Ha 1, 1.3).

Le Pape Benoît XVI, qui avait recueilli ces questions lors de sa visite historique à Auschwitz, est revenu sur ce thème dans une catéchèse, affirmant : « Dieu se tait, et ce silence déchire l’âme de l’orant, qui appelle sans cesse, mais sans trouver de réponse. […] Dieu semble si distant, si distrait, si absent » (Catéchèse, 14 septembre 2011).

La réponse du Seigneur, cependant, nous ouvre à une espérance. Si le prophète dénonce la force inéluctable du mal qui semble prévaloir, le Seigneur, quant à lui, annonce que tout cela aura une fin, une échéance, car le salut viendra et ne tardera pas : « Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité » (Ha 2, 4).

Il y a donc une vie, une nouvelle possibilité de vie et de salut qui vient de la foi, car elle nous aide non seulement à résister au mal en persévérant dans le bien, mais elle transforme notre existence au point d’en faire un instrument du salut que Dieu veut encore aujourd’hui opérer dans le monde. Et, comme Jésus le dit dans l’Évangile, il s’agit d’une force douce : la foi ne s’impose pas par la puissance et de manière extraordinaire ; il suffit d’un grain de sénevé pour faire des choses impensables (cf. Lc 17, 6), car il porte en lui la force de l’amour de Dieu qui ouvre les voies du salut.

C’est un salut qui se réalise lorsque nous nous engageons personnellement et que nous prenons soin, avec la compassion de l’Évangile, de la souffrance de notre prochain ; c’est un salut qui se fraye un chemin, silencieux et apparemment inefficace, dans les gestes et les paroles quotidiennes, qui deviennent comme la petite graine dont nous parle Jésus ; c’est un salut qui grandit lentement lorsque nous nous faisons “serviteurs inutiles”, c’est-à-dire lorsque nous nous mettons au service de l’Évangile et de nos frères sans rechercher nos propres intérêts, mais uniquement pour apporter l’amour du Seigneur dans le monde.

Avec cette confiance, nous sommes appelés à renouveler en nous le feu de la vocation missionnaire. Comme l’affirmait saint Paul VI, « il nous appartient de proclamer l’Évangile en ce moment extraordinaire de l’histoire humaine, une époque vraiment sans précédent, où des sommets du progrès jamais atteints auparavant s’associent à des abîmes de perplexité et de désespoir, eux aussi sans précédent » (Message pour la Journée missionnaire mondiale, 25 juin 1971).

Frères et sœurs, aujourd’hui s’ouvre une nouvelle ère missionnaire dans l’histoire de l’Église.

Si, pendant longtemps, nous avons associé la mission au “départ”, au fait de partir vers des terres lointaines qui n’avaient pas connu l’Évangile ou qui vivaient dans la pauvreté, aujourd’hui, les frontières de la mission ne sont plus géographiques, car la pauvreté, la souffrance et le désir d’une plus grande espérance viennent à nous. En témoignent l’histoire de tant de nos frères migrants, le drame de leur fuite devant la violence, la souffrance qui les accompagne, la peur de ne pas y arriver, le risque de traversées périlleuses le long des côtes, leur cri de douleur et de désespoir : frères et sœurs, ces bateaux qui espèrent apercevoir un port sûr où s’arrêter et ces yeux chargés d’angoisse et d’espérance qui cherchent une terre ferme où accoster, ne peuvent et ne doivent pas trouver la froideur de l’indifférence ni la stigmatisation de la discrimination !

Il ne s’agit pas tant de “partir” que de “rester” pour annoncer le Christ à travers l’accueil, la compassion et la solidarité : rester sans nous réfugier dans le confort de notre individualisme, rester pour regarder en face ceux qui arrivent de terres lointaines et tourmentées, rester pour leur ouvrir les bras et le cœur, les accueillir comme des frères, être pour eux une présence de consolation et d’espérance.

Il y a beaucoup de missionnaires, mais aussi de croyants et de personnes de bonne volonté qui travaillent au service des migrants et pour promouvoir une nouvelle culture de la fraternité sur le thème de la migration, au-delà des stéréotypes et des préjugés. Mais ce précieux service interpelle chacun d’entre nous, dans la mesure de ses modestes possibilités : le moment est venu, comme l’affirmait le pape François, de nous mettre tous dans un « état permanent de mission » (Evangelii gaudium, n. 25).

Tout cela exige au moins deux grands engagements missionnaires : la coopération missionnaire et la vocation missionnaire.

Tout d’abord, je vous demande de promouvoir une coopération missionnaire renouvelée entre les Églises. Dans les communautés de tradition chrétienne ancienne comme celles d’Occident, la présence de nombreux frères et sœurs du Sud du monde doit être saisie comme une opportunité d’échange qui renouvelle le visage de l’Église et suscite un christianisme plus ouvert, plus vivant et plus dynamique. En même temps, chaque missionnaire qui part pour d’autres terres est appelé à habiter les cultures qu’il rencontre avec un respect sacré, en orientant vers le bien tout ce qu’il trouve de bon et de noble, et en y apportant la prophétie de l’Évangile.

Je voudrais ensuite rappeler la beauté et l’importance des vocations missionnaires. Je m’adresse en particulier à l’Église européenne : aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouvel élan missionnaire, de laïcs, de religieux et de prêtres qui offrent leur service dans les terres de mission, de nouvelles propositions et expériences vocationnelles capables de susciter ce désir, en particulier chez les jeunes.

Chers amis, j’adresse avec affection ma bénédiction au clergé local des Églises particulières, aux missionnaires et à ceux qui sont en discernement vocationnel. Aux migrants, je dis : soyez toujours les bienvenus ! Les mers et les déserts que vous avez traversés sont, dans l’Écriture, des “lieux de salut”, où Dieu s’est rendu présent pour sauver son peuple. Je vous souhaite de trouver ce visage de Dieu dans les missionnaires que vous rencontrerez !

Je vous confie tous à l’intercession de Marie, première missionnaire de son Fils, qui marche avec hâte vers les montagnes de Judée, portant Jésus dans son sein et se mettant au service d’Élisabeth. Qu’elle nous soutienne, afin que chacun de nous devienne collaborateur du Royaume du Christ, Royaume d’amour, de justice et de paix.

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Chers frères et sœurs, bonjour, Bienvenue !

Nous poursuivons notre catéchèse sur l’Esprit Saint qui guide l’Église vers le Christ, notre espérance. Lui est le guide. La dernière fois, nous avons contemplé l’œuvre de l’Esprit dans la création ; aujourd’hui, nous la voyons dans la révélation, dont la Sainte Écriture est un témoignage qui fait autorité et qui est inspiré par Dieu.

La deuxième lettre de Saint Paul à Timothée contient cette affirmation : « Toute l’Écriture est inspirée de Dieu » (3,16). Et un autre passage du Nouveau Testament dit : « Animés par l’Esprit Saint, ces hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 P 1,21). Ceci est la doctrine de l’inspiration divine des Écritures que nous proclamons comme article de foi dans le Credo, lorsque nous disons que le Saint-Esprit « a parlé par les prophètes ». L’inspiration divine de la Bible.

L’Esprit Saint, qui a inspiré les Écritures, est aussi celui qui les explique et les rend éternellement vivantes et actives. D’inspirées, il les rend inspirantes. « Les Saintes Écritures, inspirées par Dieu – écrit le Concile Vatican II – et consignées une fois pour toutes par écrit, elles communiquent immuablement la Parole de Dieu lui-même et font résonner dans les paroles des prophètes et des Apôtres la voix de l’Esprit Saint » (n° 21). L’Esprit Saint poursuit ainsi, dans l’Église, l’action de Jésus Ressuscité qui, après Pâques, « ouvrit l’intelligence des disciples à la compréhension des Écritures » (cf. Lc 24, 45).

Il peut arriver, en effet, qu’un passage de l’Écriture, que nous avons lu tant de fois sans émotion particulière, nous le lisions un jour dans un climat de foi et de prière, et alors ce texte s’illumine soudain, il nous parle, il éclaire un problème que nous vivons, il rend claire la volonté de Dieu pour nous dans une certaine situation. À quoi ce changement est-il dû, sinon à une illumination de l’Esprit Saint ? Les paroles de l’Écriture, sous l’action de l’Esprit, deviennent lumineuses ; et dans les cas que nous touchons de nos propres mains, combien est vraie l’affirmation de la Lettre aux Hébreux : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; […] » (4,12).

Frères et sœurs, l’Église se nourrit de la lecture spirituelle de l’Écriture Sainte, c’est-à-dire de la lecture faite sous la conduite de l’Esprit Saint qui l’a inspirée. En son centre, comme un phare qui illumine tout, se trouve l’événement de la mort et la résurrection du Christ, qui accomplit le plan du salut, réalise toutes les figures et les prophéties, dévoile tous les mystères cachés et offre la vraie clé de lecture de toute la Bible. La mort et la résurrection du Christ sont le phare qui éclaire toute la Bible, et qui éclaire aussi notre vie. L’Apocalypse décrit tout cela avec l’image de l’Agneau brisant les sceaux du livre “écrit au-dedans et à l’extérieur, scellé de sept sceaux” (cf. 5,1-9), c’est-à-dire l’Écriture de l’Ancien Testament. L’Église, Épouse du Christ, est l’interprète autorisé du texte de l’Écriture inspiré, l’Église est la médiatrice de sa proclamation authentique. Comme l’Église est dotée de l’Esprit Saint – pour cela elle est interprète -, elle est « le pilier et le soutien de la vérité » (1 Tm 3,15). Pourquoi ? Parce qu’elle est inspirée, gardée ferme par l’Esprit Saint. L’Église a pour tâche d’aider les fidèles et tous ceux qui cherchent la vérité à interpréter correctement les textes bibliques.

Une façon de faire une lecture spirituelle de la Parole de Dieu est ce qu’on appelle la Lectio Divina, une parole dont nous ne comprenons peut-être pas bien la signification. Elle consiste à consacrer un moment de la journée à la lecture personnelle et méditative d’un passage de l’Écriture. Et ceci est très important : chaque jour, prends un temps pour écouter, pour méditer, en lisant un passage de l’Ecriture. Et pour cela, je vous recommande d’avoir toujours un Évangile de poche et de le porter dans votre sac, dans vos poches… Ainsi, quand vous voyagez ou quand vous êtes un peu libre, vous le prenez et vous lisez… Cela est très important pour la vie. Prenez un Évangile de poche et, au cours de la journée, lisez-le une fois, deux fois, quand l’opportunité se présente. Mais la lecture spirituelle de l’Écriture par excellence est la lecture communautaire qui se fait dans la Liturgie dans la Sainte Messe. C’est là que nous voyons comment un événement ou un enseignement, donné dans l’Ancien Testament, trouve son plein accomplissement dans l’Évangile du Christ. Et l’homélie, ce commentaire que fait le célébrant, doit aider à faire passer la Parole de Dieu du livre à la vie. Mais l’homélie doit être courte : une image, une pensée, un sentiment. L’homélie ne doit pas durer plus de huit minutes, parce qu’au-delà, l’attention se perd et les gens s’endorment, et avec raison. Une homélie doit être ainsi. Et c’est ce que je veux dire aux prêtres, qui parlent beaucoup, très souvent, et l’on ne comprend pas ce dont ils parlent. Une homélie brève : une pensée, un sentiment et une indication pour l’action, pour le comment faire. Pas plus de huit minutes. Parce que l’homélie doit aider à transférer la Parole de Dieu du livre à la vie. Et parmi les nombreuses paroles de Dieu que nous entendons chaque jour à la Messe ou dans la Liturgie des Heures, il y en a toujours une qui nous est spécialement destinée. Quelque chose qui touche le cœur. Si nous l’accueillons dans le cœur, elle peut illuminer notre journée, animer notre prière. Encore faut-il ne pas la laisser tomber dans le vide !

Terminons par une pensée qui peut nous aider à aimer la Parole de Dieu. Comme certains morceaux de musique, l’Écriture Sainte a aussi une note sous-jacente qui l’accompagne du début à la fin, et cette note, c’est l’amour de Dieu. « Toute la Bible – observe saint Augustin – ne fait que raconter l’amour de Dieu » [1]. Et saint Grégoire le Grand appelle l’Écriture « une lettre du Dieu tout-puissant à sa créature », comme une lettre de l’Époux à son épouse, et nous exhorte à « apprendre à connaître le cœur de Dieu dans les paroles de Dieu » [2]. « Par cette révélation – dit encore Vatican II – le Dieu invisible, s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis et il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie » ( Dei Verbum, 2).

Chers frères et sœurs, continuez à lire la Bible ! Mais n’oubliez pas l’Évangile de poche : le porter dans le sac, dans la poche, et en lire un passage à un moment de la journée. Cela vous rapprochera beaucoup de l’Esprit Saint qui est dans la Parole de Dieu. Que l’Esprit Saint, qui a inspiré les Ecritures et qui maintenant souffle à partir des Ecritures, nous aide à saisir cet amour de Dieu dans les situations concrètes de notre vie. Je vous remercie.

[1] De catechizandis rudibus, I, 8, 4: PL 40, 319.

[2] Registrum Epistolarum, V, 46 (ed. Ewald-Hartmann, pp. 345-346).

 

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Place Saint-Pierre, mercredi 22 octobre 2025

Jésus-Christ notre espérance IV. La résurrection du Christ et les défis du monde actuel – 2. La résurrection du Christ, réponse à la tristesse de l’être humain

Chers frères et sœurs, bonjour ! Et bienvenu à tous !

La résurrection de Jésus-Christ est un événement que l’on ne cesse jamais de contempler et de méditer, et plus on l’approfondit, plus on s’émerveille, plus on est attiré, comme par une lumière insoutenable mais fascinante. C’est une explosion de vie et de joie qui a changé le sens de toute la réalité, du négatif au positif ; cependant, elle ne s’est pas produite de manière retentissante, encore moins violente, mais douce, cachée, on pourrait dire humble.

Aujourd’hui, nous réfléchirons à la manière dont la résurrection du Christ peut guérir l’une des maladies de notre temps : la tristesse. Envahissante et répandue, la tristesse accompagne les journées de tant de personnes. C’est un sentiment de précarité, parfois de profond désespoir, qui envahit l’espace intérieur et semble l’emporter sur tout élan de joie.

La tristesse enlève sens et vigueur à la vie, qui devient comme un voyage sans direction ni signification. Cette expérience très actuelle nous renvoie à la célèbre histoire des deux disciples d’Emmaüs dans l’Évangile de Luc (24, 13-29). Déçus et découragés, ils quittent Jérusalem, laissant derrière eux les espoirs placés en Jésus, crucifié et enseveli. Dans les premières lignes, cet épisode montre un paradigme de la tristesse humaine : la fin de l’objectif sur lequel on a investi tant d’énergie, la destruction de ce qui semblait être l’essentiel de la vie. L’espoir s’est évanoui, la désolation s’est emparée du cœur. Tout a implosé en très peu de temps, entre le vendredi et le samedi, dans une dramatique succession d’événements.

Le paradoxe est vraiment emblématique : ce triste parcours de défaite et de retour à l’ordinaire se déroule le même jour que la victoire de la lumière, de la Pâque pleinement consommée. Les deux hommes tournent le dos au Golgotha, à la terrible scène de la croix encore gravée dans leurs yeux et dans leurs cœurs. Tout semble perdu. Il faut retourner à sa vie d’avant, en faisant profil bas, en espérant ne pas être reconnu.

À un moment donné, un voyageur rejoint les deux disciples, peut-être l’un des nombreux pèlerins qui se sont rendus à Jérusalem pour Pâques. C’est Jésus ressuscité, mais ils ne le reconnaissent pas. La tristesse voile leur regard, annihile la promesse que le Maître a faite à plusieurs reprises : qu’il serait tué et que le troisième jour il ressusciterait. L’inconnu s’approche et s’intéresse à ce qu’ils disent. Le texte dit que les deux « s’arrêtèrent, le visage triste » (Lc 24,17). L’adjectif grec utilisé décrit une tristesse intégrale : sur leurs visages transparaît la paralysie de l’âme.

Jésus les écoute, les laisse exprimer leur déception. Puis, avec une grande franchise, il leur reproche d’être « sans intelligence et lents de cœur à croire à tout ce qu’ont dit les prophètes » (v. 25) et, à travers les Écritures, il montre que le Christ devait souffrir, mourir et ressusciter. Dans le cœur des deux disciples, la chaleur de l’espérance se rallume et, alors que le soir tombe et qu’ils arrivent à destination, ils invitent leur mystérieux compagnon à rester avec eux.

Jésus accepte et se met à table avec eux. Il prend le pain, le rompt et l’offre. À ce moment-là, les deux disciples le reconnaissent… mais il disparaît immédiatement de leur vue (v. 30-31). Le geste du pain rompu rouvre les yeux du cœur, illumine à nouveau la vue obscurcie par le désespoir. Et alors tout devient clair : le chemin partagé, la parole tendre et forte, la lumière de la vérité… Aussitôt, la joie se ravive, l’énergie circule à nouveau dans les membres fatigués, la mémoire devient gratitude. Et tous deux se hâtent de retourner à Jérusalem, pour tout raconter aux autres.

« Le Seigneur est vraiment ressuscité » (cf. v. 34). Dans cet adverbe, vraiment, s’accomplit sûrement notre histoire d’êtres humains. Ce n’est pas un hasard si c’est la salutation que les chrétiens échangent le jour de Pâques. Jésus n’est pas ressuscité avec des paroles, mais avec des faits, avec son corps qui conserve les marques de la passion, le sceau éternel de son amour pour nous. La victoire de la vie n’est pas un vain mot, mais un fait réel et concret.

Que la joie inattendue des disciples d’Emmaüs soit pour nous un doux rappel dans les moments difficiles. C’est le Ressuscité qui change radicalement la perspective, répandant l’espérance qui remplit le vide de la tristesse. Sur les sentiers du cœur, le Ressuscité marche avec nous et pour nous. Il témoigne de la défaite de la mort, il affirme la victoire de la vie, malgré les ténèbres du Calvaire. L’histoire a encore beaucoup à espérer en bien.

Reconnaître la Résurrection signifie changer notre regard sur le monde : revenir à la lumière pour reconnaître la Vérité qui nous a sauvés et qui nous sauve. Sœurs et frères, restons vigilants chaque jour dans l’émerveillement de la Pâque de Jésus ressuscité. Lui seul rend possible l’impossible !

* * *

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins venus de Suisse, de Belgique, du Canada, de France, spécialement des diocèses de Marseille, de Pontoise, Rouen, de Chartres, de Coutances et Avranches, avec leurs Pasteurs respectifs.

Frères et sœurs, adressons-nous fréquemment à Notre Dame du Rosaire en ce mois d’octobre qui lui est dédié. Demeurons vigilants chaque jour dans l’émerveillement de la Pâque de Jésus ressuscité, Lui qui rend possible l’impossible.

Que Dieu vous bénisse !

Copyright © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons nos catéchèses ; le thème que nous avons choisi est : “La passion d’évangéliser, le zèle apostolique”. Parce qu’évangéliser, ce n’est pas dire : « Regarde, blablabla » et rien de plus ; il y a une passion qui mobilise tout : l’esprit, le cœur, les mains, aller… tout, toute la personne est impliquée dans cette proclamation de l’Évangile, et c’est pourquoi nous parlons de passion d’évangéliser. Après avoir vu en Jésus le modèle et le maître de l’annonce, passons aujourd’hui aux premiers disciples, à ce que les disciples ont fait. L’Évangile dit que Jésus « en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3, 14) deux choses : pour qu’ils restent avec Lui et les envoyer prêcher. Il y a un aspect qui semble contradictoire : Il les invite pour être avec Lui et pour qu’ils aillent prêcher. On dirait : soit l’un, soit l’autre, soit rester, soit aller. Pourtant non : pour Jésus, on ne peut aller sans rester et inversement on ne peut rester sans aller. Ce n’est pas facile à comprendre, mais c’est ainsi. Cherchons de comprendre un peu quel est le sens dans lequel Jésus exprime ces choses.

Tout d’abord, on ne peut aller sans rester : avant d’envoyer les disciples en mission, le Christ – dit l’Évangile – « les appelle à lui » (cf. Mt 10,1). L’annonce naît de la rencontre avec le Seigneur ; toute activité chrétienne, et surtout la mission, part de là. On n’apprend pas dans une académie : non ! Cela commence par la rencontre avec le Seigneur. Témoigner de Lui, en effet, signifie Le rayonner ; mais, si nous ne recevons pas Sa lumière, nous serons éteints ; si nous ne Le fréquentons pas, nous porterons nous-même au lieu de Lui – je me porte moi-même et non Lui -, et cela sera totalement vain. Donc, peut porter l’Évangile de Jésus la personne qui reste avec Lui. Celui qui ne reste pas avec Lui ne peut pas porter l’Evangile. Il apportera des idées, mais pas l’Évangile. De même, cependant, on ne peut rester sans aller. En effet, suivre le Christ n’est pas un acte intimiste : sans annonce, sans service, sans mission, la relation avec Jésus ne croît pas. Notons que dans l’Évangile, le Seigneur envoie les disciples avant d’avoir achevé leur préparation : peu après les avoir appelés, il les envoie déjà ! Cela signifie que l’expérience de la mission fait partie de la formation chrétienne. Rappelons alors ces deux moments constitutifs pour tout disciple : rester avec Jésus et aller, envoyés par Jésus.

Après avoir appelé les disciples à lui et avant de les envoyer, le Christ leur adresse un discours, connu comme le « discours missionnaire » – c’est ainsi qu’on le définit dans l’Evangile. Il se trouve au chapitre 10 de l’Évangile de Matthieu et est comme la  » constitution  » de l’annonce. De ce discours, dont je vous recommande la lecture aujourd’hui – c’est une petite page seulement de l’Evangile -, je tire trois aspects : pourquoi annoncer, quoi annoncer et comment annoncer.

Pourquoi annoncer. La motivation réside dans cinq paroles de Jésus, qu’il est bon de rappeler : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (v. 8). Cela fait cinq mots. Mais pourquoi annoncer ? Parce que j’ai reçu gratuitement et que je dois donner gratuitement. L’annonce ne part pas de nous, mais de la beauté de ce que nous avons reçu gratuitement, sans mérite : rencontrer Jésus, le connaître, découvrir que nous sommes aimés et sauvés. C’est un don si grand que nous ne pouvons le garder pour nous, nous ressentons le besoin de le répandre ; mais dans le même style, c’est-à-dire dans la gratuité. En d’autres termes : nous avons un don, nous sommes donc appelés à nous faire don ; nous avons reçu un don et notre vocation est de nous transformer en don pour les autres ; nous éprouvons la joie d’être enfants de Dieu, elle doit être partagée avec nos frères et sœurs qui ne la connaissent pas encore ! C’est cela la justification de l’annonce. Aller et porter la joie de ce que nous avons reçu.

Deuxièmement : Quoi, donc, annoncer ? Jésus dit : « proclamez que le royaume des Cieux est tout proche  » (v. 7). Voici ce qu’il faut dire, avant tout et en tout : Dieu est proche. Mais n’oubliez jamais ceci : Dieu a toujours été proche du peuple, Il le dit Lui-même au peuple. Il dit : « Regardez, quel Dieu est aussi proche des nations comme je le suis de vous ? ». La proximité est l’une des choses les plus importantes de Dieu. Il y a trois choses importantes : la proximité, la miséricorde et la tendresse. Il ne faut pas l’oublier. Qui est Dieu ? Le Proche, le Tendre, le Miséricordieux. Telle est la réalité de Dieu. Dans la prédication, nous incitons souvent les gens à faire quelque chose, et c’est bien, mais n’oublions pas que le message principal est que Lui est proche : proximité, miséricorde et tendresse. Accueillir l’amour de Dieu est plus difficile parce que nous voulons toujours être au centre, nous voulons être protagonistes, nous sommes plus enclins à faire qu’à nous laisser modeler, à parler qu’à écouter. Mais, si ce que nous faisons passe en premier, nous serons encore les protagonistes. Au contraire, l’annonce doit donner la primauté à Dieu : laisser la primauté à Dieu, Dieu au premier plan, et donner aux autres l’opportunité de l’accueillir, de se rendre compte qu’il est proche. Et moi, derrière.

Troisième point : comment annoncer. C’est l’aspect sur lequel Jésus s’attarde le plus : comment annoncer, quelle est la méthode, quelle doit être le langage pour annoncer ; c’est significatif : il nous dit que la manière, le style est essentiel dans le témoignage. Le témoignage n’implique pas seulement l’esprit et le fait de dire quelque chose, des concepts : non. Il implique tout, l’esprit, le cœur, les mains, tout, les trois langages de la personne : le langage de la pensée, le langage de l’affection et le langage de l’action. Les trois langages. On ne peut pas évangéliser seulement avec l’esprit ou seulement avec le cœur ou seulement avec les mains. Tout participe. Et, dans le style, l’important est le témoignage, comme le veut Jésus. Il dit ceci :  » Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups  » (v. 16). Il ne nous demande pas d’être capables d’affronter les loups, c’est-à-dire d’être capables d’argumenter, de contre-argumenter et de nous défendre : non. Nous penserions ainsi : devenons pertinents, nombreux, prestigieux, et le monde nous écoutera et nous respectera et nous vaincrons les loups : non, ce n’est pas ainsi. Non, je vous envoie comme des brebis, comme des agneaux – voilà ce qui est important. Si tu ne veux pas être brebis, le Seigneur ne te défendra pas contre les loups. Arrange-toi comme tu peux. Mais si tu es brebis, sois assuré que le Seigneur te défendra contre les loups. Être humbles. Il nous demande d’être ainsi, d’être doux et avec le désir d’être innocents, d’être prêts au sacrifice ; c’est ce que représente en fait l’agneau : douceur, innocence, dévouement, tendresse. Et Lui, le berger, reconnaîtra ses agneaux et les protégera des loups. Au lieu de cela, des agneaux déguisés en loups sont démasqués et malmenés. Un Père de l’Église écrivait : « Tant que nous serons des agneaux, nous vaincrons, et même si nous sommes entourés de nombreux loups, nous les vaincrons. Mais si nous devenons des loups, nous serons vaincus, car nous serons privés de l’aide du berger. Il ne fait pas paître les loups, mais les agneaux » (Saint Jean Chrysostome, Homélie 33 sur l’Évangile de Matthieu). Si je veux être au Seigneur, je dois laisser que Lui soit mon berger, et Lui n’est pas un berger de loups, Il est un berger d’agneaux, doux, humbles, agréables au Seigneur.

Toujours sur comment annoncer, il est frappant de constater que Jésus, au lieu de prescrire ce qu’il faut apporter en mission, dit ce qu’il ne faut pas apporter. Parfois, on voit quelque apôtre, une personne qui déménage, un chrétien qui dit qu’il est apôtre et qu’il a donné sa vie au Seigneur, et il emporte tant de bagages : mais ce n’est pas du Seigneur, le Seigneur te déleste de l’équipage et te dit ce qu’il ne faut pas emporter : « Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac de voyage, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton » (v. 9-10). Ne rien emporter. Il dit de ne pas s’appuyer sur les sécurités matérielles, d’aller dans le monde sans mondanité. Voilà ce qu’il faut dire : je vais dans le monde non pas avec le style du monde, non pas avec les valeurs du monde, non pas avec la mondanité – pour l’Église, tomber dans la mondanité est le pire qui puisse arriver. J’y vais avec simplicité. Voilà comment on annonce : en montrant Jésus plutôt qu’en parlant de Jésus. Et comment montrons-nous Jésus ? Par notre témoignage. Et enfin, en allant ensemble en communauté : le Seigneur envoie tous les disciples, mais personne ne va seul. L’Église apostolique est toute missionnaire et dans la mission elle retrouve son unité. Donc : aller doux et bons comme des agneaux, sans mondanité, et aller ensemble. C’est là que se trouve la clé de l’annonce, voilà la clé du succès de l’évangélisation. Accueillons ces invitations de Jésus : que ses paroles soient notre point de référence.

Source : vatican.va
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Méditation :

 

« Qu’est-ce que la vérité ? » demande Pilate à Jésus. Jésus lui-même n’a pas répondu à cette question dans l’Évangile ! Si Jésus ne répond pas, c’est peut-être que la réponse n’est pas théorique. On ne peut pas y répondre sur un plan purement conceptuel. La question de la vérité, et la réponse, ne peuvent s’élaborer que dans une relation. Jésus est la vérité. Oui, mais quand Il affirme : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », il affirme qu’il faut considérer les trois mots ensemble. La vérité est au centre, elle est encadrée par le chemin et par la vie. Autrement dit, la vérité se révèle sur un chemin, celui de l’existence et celui de l’Évangile.

La vérité est une personne avec laquelle nous sommes en relation, par la prière, par l’Évangile, par le chemin parcouru a ses côtés. Mais nous ne possédons pas cette vérité : nous la fréquentons. Le chemin qui y conduit est donc celui de l’Évangile où Jésus se dévoile comme la Vie des hommes  !

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