Voyage du Pape François à Bahrein
RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS, LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LE CORPS DIPLOMATIQUE
Jeudi 3 novembre 2022
Majesté,
Altesses Royales,
illustres Membres, du Gouvernement
et du Corps Diplomatique,
Mesdames et Messieurs,
As-salamu alaikum !
Je remercie de tout cœur Votre Majesté pour l’aimable invitation à visiter le Royaume du Bahreïn, pour l’accueil chaleureux et généreux et pour les mots de bienvenue que vous m’avez adressés. Je salue cordialement chacun de vous. Je désire adresser une pensée amicale et affectueuse à ceux qui habitent ce pays : à chaque croyant, à chaque personne et à chaque famille, que la Constitution du Bahreïn définit « pierre angulaire de la société ». J’exprime à tous ma joie d’être parmi vous.
Ici, où les eaux de la mer entourent les sables du désert et où d’imposants gratte-ciel côtoient les marchés traditionnels orientaux, des réalités lointaines se rencontrent : antiquités et modernité se rejoignent, histoire et progrès se mélangent ; Surtout, des gens de diverses origines forment une originale mosaïque de vie. En me préparant à ce voyage, j’ai découvert un “emblème de vitalité” qui caractérise le pays. Je fais référence à ce qu’on appelle “arbre de vie” (Shajarat al-Hayah), auquel je voudrais m’inspirer pour partager quelques réflexions. Il s’agit d’un acacia majestueux qui survit depuis des siècles dans une zone désertique où les pluies sont très rares. Il semble impossible qu’un arbre résiste aussi longtemps et prospère dans de telles conditions. Selon beaucoup, le secret réside dans les racines, qui s’étendent sur des dizaines de mètres sous le sol, puisant dans des dépôts souterrains d’eau.
Les racines : le Royaume du Bahreïn est engagé dans la recherche et la valorisation de son passé, qui parle d’une terre extrêmement ancienne, vers laquelle, il y a des millénaires déjà, les gens accouraient, attirés par sa beauté, en particulier, les sources abondantes d’eau douce qui lui donnèrent la réputation d’être paradisiaque : l’ancien royaume de Dilmun était appelé la “terre des vivants”. En remontant les vastes racines du temps – environ 4.500 ans de présence humaine ininterrompue – il apparaît comment la position géographique, la propension et les capacités commerciales des personnes, sans oublier certains événements historiques, ont donné au Bahreïn l’opportunité de devenir un carrefour d’enrichissement mutuel entre les peuples. Un aspect ressort donc de cette terre : elle a toujours été un lieu de rencontre entre des populations différentes.
Voilà l’eau vitale à laquelle puisent encore aujourd’hui les racines du Bahreïn, dont la plus grande richesse resplendit dans sa variété ethnique et culturelle, dans la coexistence pacifique et dans le traditionnel sens de l’accueil de la population. Une diversité non uniformisée, mais inclusive, représente le trésor de tout pays vraiment développé. Et sur ces îles, on admire une société composite, multi-ethnique et multi-religieuse, capable de surmonter le danger de l’isolement. C’est très important à notre époque, où le repli exclusif sur soi-même et sur ses propres intérêts empêche de saisir l’importance indispensable de l’ensemble. En revanche, les nombreux groupes nationaux, ethniques et religieux qui coexistent ici témoignent que l’on peut et doit cohabiter dans notre monde, devenu depuis des décennies un village global dans lequel, la mondialisation étant considérée comme acquise, “l’esprit de village” est encore méconnu à bien des égards : l’hospitalité, la recherche de l’autre, la fraternité. Au contraire, nous assistons avec préoccupation à la croissance, à grande échelle, de l’indifférence et de la suspicion réciproque, à l’extension de rivalités et d’oppositions que l’on espérait dépassées, à des populismes, des extrémismes et des impérialismes qui mettent en danger la sécurité de tous. Malgré le progrès et les nombreuses réalisations civiles et scientifiques, la distance culturelle entre les différentes parties du monde augmente, et des attitudes odieuses d’affrontement prennent le pas sur les opportunités bénéfiques de rencontre.
Pensons au contraire à l’arbre de vie – votre symbole – et dans les déserts arides de la coexistence humaine, distribuons l’eau de la fraternité : ne laissons pas s’évaporer la possibilité de la rencontre entre les civilisations, les religions et les cultures, ne permettons pas que les racines de l’humain se dessèchent ! Travaillons ensemble, travaillons pour tout, pour l’espérance ! je suis ici, sur la terre de l’arbre de vie, comme semeur de paix, pour vivre des jours de rencontre, pour participer à un Forum de dialogue entre l’Orient et l’Occident pour la coexistence humaine pacifique. Je remercie à présent mes compagnons de voyage, en particulier les Représentants religieux. Ces jours marquent une étape précieuse sur le chemin d’amitié qui s’est intensifié ces dernières années avec différents chefs religieux islamiques : un chemin fraternel qui, sous le regard du Ciel, veut favoriser la paix sur la Terre.
À ce propos, j’exprime mon satisfaction pour les conférences internationales et pour les occasions de rencontre que ce Royaume organise et favorise, en mettant spécialement l’accent sur le respect, la tolérance et la liberté religieuse. Ce sont des thèmes essentiels, reconnus par la Constitution du pays, qui stipule que « il n’y a aucune discrimination sur la base du sexe, de l’origine, de la langue, de la religion ou des opinions » (art. 18), que « la liberté de conscience est absolue » et que « l’État garantit l’inviolabilité des lieux de culte » (art. 22). Il s’agit avant tout d’engagements qui doivent être constamment mis en pratique afin que la liberté religieuse soit totale et non limitée à la liberté de culte ; afin que l’égale dignité et l’égalité des chances soient concrètement reconnues à chaque groupe et à chaque personne ; afin qu’il n’y ait pas de discrimination et que les droits humains fondamentaux ne soient pas violés, mais promus. Je pense avant tout au droit à la vie, à la nécessité de toujours le garantir, même envers ceux qui sont punis, dont l’existence ne peut être éliminée.
Revenons à l’arbre de vie. Les nombreuses branches de différentes dimensions qui le caractérisent ont donné naissance au fil du temps à des feuillages denses, en en augmentant la hauteur et la largeur. Dans ce pays, c’est précisément la contribution de tant de personnes de peuples différents qui a permis un remarquable développement productif. Cela a été rendu possible par l’immigration, dont le Royaume du Bahreïn vante l’un des taux les plus élevés au monde : environ la moitié de la population résidente est étrangère et travaille d’une manière visible pour le développement d’un pays dans lequel, bien qu’ayant quitté sa patrie, elle se sent chez elle. On ne peut pourtant pas oublier qu’à notre époque, il y a encore trop de manque de travail et trop de travail déshumanisant : cela comporte non seulement de graves risques d’instabilité sociale, mais représente aussi une atteinte à la dignité humaine. En effet, le travail n’est pas seulement nécessaire pour gagner sa vie, c’est un droit indispensable pour se développer intégralement et pour façonner une société à mesure d’homme.
De ce pays, attrayant pour les opportunités de travail qu’il offre, je voudrais rappeler l’urgence de la crise mondiale du travail : souvent le travail, précieux comme le pain, manque ; souvent, c’est du pain empoisonné, parce qu’il asservit. Dans les deux cas, ce n’est plus l’homme qui, de fin sacrée et inviolable du travail, est au centre, il est réduit à un moyen pour produire de l’argent. Que soient donc partout garanties des conditions de travail sûres et dignes de l’homme n’empêchant pas, mais favorisant la vie culturelle et spirituelle ; qu’elles promeuvent la cohésion sociale, au bénéfice de la vie commune et du développement même des pays (cf. Gaudium et spes, nn. 9.27.60.67).
Le Bahreïn possède de précieuses acquisitions à cet égard: je pense, par exemple, à la première école féminine née dans le Golfe et à l’abolition de l’esclavage. Qu’il soit un phare dans la promotion dans toute la région des droits et des conditions équitables et meilleures pour les travailleurs, les femmes et les jeunes, en garantissant en même temps respect et attention à ceux qui se sentent les plus en marge de la société, comme les émigrés et les détenus : le développement vrai, humain, intégral se mesure avant tout à l’attention qui leur est portée.
L’arbre de vie, qui se dresse solitaire dans le paysage désertique, me rappelle encore deux domaines décisifs pour tous et qui interpellent avant tout ceux qui, en gouvernant, détiennent la responsabilité de servir le bien commun. Premièrement, la question environnementale : combien d’arbres sont abattus, combien d’écosystèmes sont dévastés, combien de mers sont polluées par l’insatiable avidité de l’homme, qui se retourne ensuite contre lui ! Ne nous lassons pas d’œuvrer en faveur de cette urgence dramatique, en posant des choix concrets et clairvoyants entrepris en pensant aux jeunes générations, avant qu’il ne soit trop tard et que leur avenir ne soit compromis ! Que la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP27), qui aura lieu en Égypte dans quelques jours, soit une avancée dans ce sens !
Deuxièmement, l’arbre de vie, avec ses racines qui, du sous-sol, communiquent l’eau vitale au tronc, et de là aux branches et donc aux feuilles donnant de l’oxygène aux créatures, me fait penser à la vocation de l’homme, de tout homme qui est sur la terre : faire prospérer la vie. Mais aujourd’hui, nous assistons, chaque jour davantage, à des actions et à des menaces de mort. Je pense en particulier à la réalité monstrueuse et insensée de la guerre, qui sème partout la destruction et arrache l’espérance. Dans la guerre surgit le pire côté de l’homme : égoïsme, violence et mensonge. Oui, parce que la guerre, toute guerre, représente aussi la mort de la vérité. Rejetons la logique des armes et inversons la tendance, en transformant les dépenses militaires massives en investissements pour lutter contre la faim, le manque de soins de santé et d’éducation. J’ai dans le cœur la douleur devant tant de situations de conflit. En regardant la Péninsule arabique, ces pays que je voudrais saluer avec cordialité et respect, j’adresse une pensée spéciale et sincère au Yémen, martyrisé par une guerre oubliée qui, comme toute guerre, ne conduit à aucune victoire, mais seulement à de cuisantes défaites pour tous. Je porte dans la prière surtout les civils, les enfants, les personnes âgées, les malades et j’implore : faisons taire les armes, faisons taire les armes, faisons taire les armes ! Engageons-nous partout et vraiment pour la paix !
La Déclaration du Royaume de Bahreïn reconnaît, à ce sujet, que la foi religieuse est « une bénédiction pour tout le genre humain », le fondement « pour la paix dans le monde ». Je suis ici en croyant, en chrétien, en homme et pèlerin de paix, car aujourd’hui comme jamais nous sommes appelés, partout, à nous engager sérieusement pour la paix. Majesté, Altesses Royales, Autorités, amis, je fais donc mien ce vœu pour ces jours désirés de visite dans le Royaume du Bahreïn et je partage avec vous un beau passage de cette même Déclaration : « Nous nous engageons à travailler pour un monde où les personnes à la foi sincère s’unissent entre eux pour rejeter ce qui les divise et rapprocher au contraire ce qui les unit ». Ainsi soit-il, avec la bénédiction du Très Haut ! Shukran ! [merci !]
Source : vatican.va
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DISCOURS À LA CURIE ROMAINE
À L’OCCASION DES VŒUX DE NOËL
Chers frères et sœurs !
1. Le Seigneur nous donne une fois encore la grâce de célébrer le mystère de sa naissance. Chaque année, aux pieds de l’Enfant qui repose dans la mangeoire (cf. Lc 2, 12), nous sommes mis en condition pour regarder notre vie sous cette lumière particulière. Ce n’est pas la lumière de la gloire de ce monde, mais « la vraie lumière, qui éclaire tout homme » (Jn 1, 9). L’humilité du Fils de Dieu venant dans notre condition humaine est pour nous une école d’adhésion à la réalité. De même qu’Il a choisi la pauvreté, qui n’est pas simplement une absence de biens mais sobriété, de même chacun de nous est appelé à revenir à l’essentiel de sa vie, afin de se débarrasser de tout ce qui est superflu et qui peut devenir un obstacle sur le chemin de la sainteté. Et ce chemin de sainteté ne se négocie pas.
2. Il est important, cependant, d’avoir clairement à l’esprit que, lorsque nous examinons notre existence et le temps écoulé, il faut toujours commencer par se souvenir du bien. En effet, ce n’est que lorsque nous sommes conscients du bien que le Seigneur nous a fait que nous sommes alors capables de nommer le mal que nous avons vécu ou subi. Etre conscient de notre pauvreté sans l’être aussi de l’amour de Dieu, nous écraserait. En ce sens, l’attitude intérieure à laquelle nous devrions accorder le plus d’importance est la gratitude.
L’Évangile, pour nous expliquer en quoi celle-ci consiste, nous raconte l’histoire des dix lépreux, tous guéris par Jésus ; un seul, cependant, revient pour remercier, un Samaritain (cf. Lc 17, 11-19). Le fait de remercier obtient pour cet homme, en plus de la guérison physique, le salut total (cf. v. 19). La rencontre avec le bien que Dieu lui a accordé ne s’arrête pas à la surface, mais touche son cœur. C’est ainsi : sans un exercice constant de gratitude, nous ne ferions que dresser la liste de nos chutes, et nous occulterions ce qui compte le plus, à savoir les grâces que le Seigneur nous accorde chaque jour.
3. Beaucoup de choses se sont produites au cours de l’année écoulée, et nous voulons tout d’abord dire merci au Seigneur pour tous les bienfaits qu’il nous a accordés. Mais parmi tous ces bienfaits, nous espérons qu’il y a aussi notre conversion. Celle-ci n’est jamais une affaire réglée. La pire chose qui puisse nous arriver est de penser que nous n’avons plus besoin de conversion, tant au niveau personnel que communautaire.
Se convertir, c’est apprendre de plus en plus à prendre au sérieux le message de l’Évangile et essayer de le mettre en pratique dans notre vie. Ce n’est pas simplement prendre de la distance par rapport au mal, c’est mettre en pratique tout le bien qu’il est possible de faire : c’est cela se convertir. Devant l’Évangile, nous restons toujours comme des enfants qui ont besoin d’apprendre. Croire que nous avons tout appris nous fait tomber dans l’orgueil spirituel.
Cette année a été marquée par le soixantième anniversaire du début du concile Vatican II. Qu’a été l’événement du Concile si ce n’est une grande occasion de conversion pour toute l’Église ? Saint Jean XXIII disait à ce propos : « Ce n’est pas l’Évangile qui change, c’est nous qui commençons à mieux le comprendre ». La conversion que le Concile nous a offerte a consisté dans la volonté de mieux comprendre l’Évangile, de le rendre plus actuel, vivant, opérant en ce moment de l’histoire.
Ainsi, comme cela s’est déjà produit plusieurs fois dans l’histoire de l’Église, nous nous sommes sentis, aussi à notre époque, appelés à la conversion en tant que communauté de croyants. Et ce chemin est loin d’être terminé. La réflexion actuelle sur la synodalité de l’Église découle précisément de la conviction que le parcours de compréhension du message du Christ est sans fin et nous interpelle continuellement.
Le contraire de la conversion, c’est le fixisme, c’est-à-dire la conviction cachée de n’avoir besoin d’aucune autre compréhension de l’Évangile. C’est l’erreur de vouloir cristalliser le message de Jésus dans une forme unique qui serait toujours valide. Au contraire, la forme doit toujours pouvoir changer pour que la substance reste toujours la même. La véritable hérésie ne consiste pas seulement à prêcher un autre Évangile (cf. Ga 1, 9), comme le rappelle Paul, mais aussi à omettre de traduire celui-ci dans les languages et les modalités actuels, ce qu’a fait précisément l’Apôtre des Gentils. Conserver signifie maintenir vivant le message du Christ et non l’emprisonner.
4. Mais le vrai problème, que nous oublions souvent, c’est que la conversion, non seulement nous fait prendre conscience du mal pour que nous puissions choisir le bien, mais en même temps elle pousse le mal à évoluer, à devenir de plus en plus insidieux, à se déguiser sous de nouvelles formes pour que nous ayons du mal à le reconnaître. C’est une véritable lutte. Le Tentateur revient toujours, et il revient déguisé.
Dans l’Évangile, Jésus utilise une comparaison qui nous aide à comprendre cette action qui est faite de différents moments et de différentes manières : « Quand l’homme fort et bien armé garde son palais, tout ce qui lui appartient est en sécurité. Mais si un plus fort survient et triomphe de lui, il lui enlève son armement auquel il se fiait, et il distribue tout ce dont il l’a dépouillé » (Lc 11, 21-22). Notre premier grand problème est de trop nous fier à nous-mêmes, à nos stratégies, à nos programmes. C’est l’esprit pélagien dont j’ai parlé à plusieurs reprises. En fait, certains échecs sont une grâce, car ils nous rappellent que nous ne devons pas nous fier à nous-mêmes, mais seulement au le Seigneur. Certaines chutes, y compris en tant qu’Église, sont un rappel important pour remettre le Christ au centre. Car « celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse » (Lc 11, 23). C’est aussi simple que cela.
Chers frères et sœurs, c’est trop peu de dénoncer le mal, y compris celui qui serpente entre nous. Ce qu’il faut faire, c’est, face à lui, décider une conversion. La simple dénonciation peut nous donner l’illusion d’avoir résolu le problème mais, en réalité, ce qui importe c’est d’opérer des changements qui nous mettent en condition de ne plus nous laisser emprisonner par les logiques du mal, qui sont très souvent des logiques mondaines. En ce sens, l’une des vertus les plus utiles à pratiquer est celle de la vigilance. Jésus décrit la nécessité de cette attention à nous-mêmes et à l’Église – le besoin de vigilance – à travers un exemple efficace : « Quand l’esprit impur est sorti de l’homme, il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer. Et il ne trouve pas. Alors il se dit : “Je vais retourner dans ma maison, d’où je suis sorti”. En arrivant, il la trouve balayée et bien rangée. Alors il s’en va, et il prend d’autres esprits encore plus mauvais que lui, au nombre de sept ; ils entrent et s’y installent. Ainsi, l’état de cet homme-là est pire à la fin qu’au début » (Lc 11, 24-26). Notre première conversion apporte un certain ordre : le mal que nous avons reconnu et essayé d’éradiquer de notre vie s’éloigne effectivement de nous. Mais il est naïf de penser qu’il restera loin pour longtemps. Après un certain temps, il se présente à nouveaux à nous sous de nouveaux vêtements. S’il semblait auparavant grossier et violent, il se comporte maintenant de manière plus élégante et bien élevée. Nous devons alors de nouveau le reconnaître et le démasquer. Permettez-moi cette expression : ce sont les « démons bien élevés » : ils entrent poliment, sans que je m’en aperçoive. Seule la pratique quotidienne de l’examen de conscience peut faire que nous nous en rendions compte. Pour cette raison nous voyons l’importance de l’examen de conscience, pour veiller sur la maison.
Au XVIIe siècle – par exemple – il y eut le célèbre cas des moniales de Port Royal. L’une de leurs abbesses, Mère Angélique, avait pris un bon départ : elle s’était réformée elle-même, de manière « charismatique », ainsi que le monastère, renvoyant de la clôture même ses parents. Elle était une femme pleine de talents, née pour gouverner. Mais après elle devint l’âme de la résistance janséniste, faisant preuve d’une fermeture intransigeante y compris devant l’autorité ecclésiastique. D’elle et de ses moniales, on disait : « Pures comme des anges, orgueilleuses comme des démons ». Elles avaient chassé le démon, mais il était ensuite revenu sept fois plus fort et, sous le couvert de l’austérité et de la rigueur, il avait apporté la rigidité et la présomption d’être meilleures que les autres. Il revient toujours : le démon, chassé, revient ; déguisé, mais il revient. Soyons vigilants !
5. Jésus, dans l’Évangile, raconte de nombreuses paraboles qui s’adressent principalement aux bien-pensants, aux scribes et aux pharisiens, dans le but de mettre en lumière la supercherie qui consiste à se sentir juste et à mépriser les autres (cf. Lc 18, 9). Par exemple, dans les paraboles dites de la miséricorde (cf. Lc 15), Il raconte non seulement les histoires de la brebis perdue ou du fils cadet de ce pauvre père qui le considéré comme mort, histoires qui nous rappellent que la première façon de pécher est de s’éloigner, de se perdre, de faire des choses manifestement mauvaises. Mais, dans ces paraboles, Il parle aussi de la drachme perdue et du fils aîné. La comparaison est efficace : on peut se perdre même à la maison, comme dans le cas de la pièce de monnaie de cette femme ; et on peut vivre malheureux tout en restant formellement dans l’enceinte de son devoir, comme cela arrive au fils aîné du père miséricordieux. Si, pour ceux qui partent, il est facile de se rendre compte de la distance, pour ceux qui restent chez eux, il est difficile de se rendre compte à quel point l’on vit un enfer à cause de la conviction de n’être que des victimes, traitées injustement par l’autorité constituée et, en définitive, par Dieu lui-même. Et combien de fois cela nous arrive-t-il, ici, à la maison !
Chers frères et sœurs, il nous sera à tous arrivé de nous perdre comme la brebis, ou de nous détourner de Dieu comme le fils cadet. Ce sont des péchés qui nous ont humiliés et c’est précisément pour cette raison que, par la grâce de Dieu, nous avons pu les regarder en face. Mais la grande attention que nous devons avoir à ce moment de notre existence doit porter sur le fait que, formellement, notre vie se déroule à la maison, entre les murs de l’institution, au service du Saint-Siège, au cœur même du corps ecclésial ; et, précisément à cause de cela, nous pouvons tomber dans la tentation de penser que nous sommes en sécurité, que nous sommes meilleurs, que nous n’avons plus besoin de nous convertir.
Nous sommes en danger plus que tous les autres, car nous sommes tentés par le « démon bien élevé » qui ne vient pas en faisant du bruit mais en apportant des fleurs. Excusez-moi, frères et sœurs, si je dis parfois des choses qui peuvent sembler dures et fortes, ce n’est pas parce que je ne crois pas à la valeur de la douceur et de la tendresse, mais parce qu’il est bon de réserver les caresses aux personnes fatiguées et opprimées, et de trouver le courage d’ »affliger les consolés », comme aimait à le dire le serviteur de Dieu don Tonino Bello, parce que parfois leur consolation n’est qu’une ruse du diable et non un don de l’Esprit.
6. Enfin, un dernier mot que je voudrais réserver au thème de la paix. Parmi les titres que le prophète Ésaïe attribue au Messie figure celui de « Prince de la paix » (9, 5). Jamais comme en ce moment nous n’avons ressenti un si grand désir de paix. Je pense à l’Ukraine martyrisée, mais aussi aux nombreux conflits qui se déroulent en différentes parties du monde. La guerre et la violence sont toujours un échec. La religion ne doit pas se prêter à alimenter les conflits. L’Évangile est toujours un Évangile de paix, et une guerre ne peut être déclarée « sainte » au nom d’aucun Dieu.
Là où règnent la mort, la division, le conflit, la souffrance des innocents, nous ne pouvons que reconnaître Jésus crucifié. Et, en ce moment, c’est précisément vers ceux qui souffrent le plus que je voudrais que nos pensées se tournent. Nous sommes aidés par les paroles de Dietrich Bonhoeffer qui écrivait dans la prison où il était incarcéré : « Regardant les choses d’un point de vue chrétien, ce n’est pas un problème particulier que de passer Noel dans la cellule d’une prison. Beaucoup, dans cette maison, célébreront probablement un Noel plus riche de signification et plus authentique que là où il ne reste de cette fête que le nom. Un prisonnier comprend, mieux que personne, que misère, souffrance, pauvreté, solitude, abandon et faute ont, aux yeux de Dieu, un sens complètement différent que celui qu’en donnent les hommes ; que Dieu tourne son regard justement vers ceux de qui les hommes ont l’habitude de se détourner ; que le Christ est né dans une étable parce qu’il n’avait pas trouvé de place à l’hôtellerie ; tout cela, pour un prisonnier, est vraiment une heureuse annonce » (Résistance et soumission, Cinisello Balsamo – MI, Ed. Paoline, 1988, p. 324).
7. Chers frères et sœurs, la culture de la paix ne se construit pas seulement entre peuples et nations. Elle commence dans le cœur de chacun d’entre nous. Alors que nous souffrons du déchaînement des guerres et de la violence, nous pouvons et devons apporter notre contribution à la paix en essayant de déraciner de nos cœurs toute racine de haine et de ressentiment envers les frères et les sœurs qui vivent à nos côtés. Dans l’Épître aux Éphésiens, nous lisons ces mots que nous retrouvons également dans la prière des Complies : « Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (4, 31-32). Nous pouvons nous demander : quelle amertume y-a-t-il dans notre cœur ? Qu’est-ce qui la nourrit ? Quelle est la source de l’indignation qui, très souvent, crée une distance entre nous et alimente la colère et le ressentiment ? Pourquoi la médisance, dans toutes ses déclinaisons, devient-elle le seul moyen que nous avons pour parler de la réalité ?
S’il est vrai que nous voulons que la clameur de la guerre cesse faisant place à la paix, il faut alors que chacun commence par lui-même. Saint Paul nous dit clairement que la bienveillance, la miséricorde et le pardon sont les remèdes dont nous disposons pour construire la paix.
La bienveillance, c’est toujours choisir la modalité du bien pour entrer en relation entre nous. Il n’y a pas que la violence des armes, il y a la violence verbale, la violence psychologique, la violence de l’abus de pouvoir, la violence cachée des bavardages, qui font tant de mal et détruisent tant de choses. Devant le Prince de la Paix qui vient dans le monde, déposons toutes les armes de toutes sortes. Que personne ne profite de sa position et de son rôle pour mortifier l’autre.
La miséricorde consiste à accepter que l’autre puisse aussi avoir ses limites. Là aussi, il est juste d’admettre que les personnes et les institutions, précisément parce qu’elles sont humaines, sont également limitées. Une Église pure pour les purs n’est qu’une répétition de l’hérésie cathare. S’il n’en était pas ainsi, l’Évangile, et la Bible en général, ne nous auraient pas raconté les limites et les défauts de beaucoup de ceux que nous reconnaissons aujourd’hui comme des saints.
Enfin, le pardon consiste à accorder une nouvelle chance, c’est-à-dire à comprendre que nous devenons des saints par tâtonnement. Dieu fait cela avec chacun de nous, il nous pardonne toujours, il nous remet toujours sur pied et nous donne une nouvelle chance. Entre nous, il doit en être ainsi. Frères et sœurs, Dieu ne se lasse pas de pardonner, c’est nous qui nous lassons de demander pardon.
Toute guerre, pour s’éteindre, a besoin du pardon, sinon la justice devient vengeance, et l’amour n’est reconnu que comme une forme de faiblesse.
Dieu s’est fait enfant, et cet enfant, devenu grand, s’est laissé clouer sur la croix. Il n’y a pas de choses plus faible qu’un homme crucifié, et pourtant, dans cette faiblesse, la toute-puissance de Dieu s’est manifestée. Dans le pardon, la toute-puissance de Dieu opère toujours. Que la gratitude, la conversion et la paix soient donc les dons de ce Noël.
Je vous souhaite, à chacun, un joyeux Noël ! Et encore une fois, je vous demande de ne pas oublier de prier pour moi. Merci!
Source : vatican.va
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Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous allons conclure ce cycle de catéchèse en nous arrêtant sur une vertu qui ne fait pas partie du septénaire des vertus cardinales et théologales, mais qui est à la base de la vie chrétienne : cette vertu est l’humilité. Elle est le grand antagoniste du plus mortel des vices, c’est-à-dire l’orgueil. Alors que l’orgueil et l’arrogance gonflent le cœur humain, nous faisant paraître plus que ce que nous sommes, l’humilité ramène tout à sa juste dimension : nous sommes des créatures merveilleuses mais limitées, avec des qualités et des défauts. La Bible nous rappelle dès le début que nous sommes poussière et que nous retournerons à la poussière (cf. Gn 3,19), “Humble” en effet dérive de humus, c’est-à-dire terre. Pourtant, dans le cœur de l’homme naissent souvent des délires de toute-puissance, ce qui est très dangereux, et cela nous fait beaucoup de mal.
Pour se libérer de l’orgueil, il suffirait de bien peu de choses, il suffirait de contempler un ciel étoilé pour retrouver la juste mesure, comme le dit le Psaume : « À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? » (8,4-5). La science moderne nous permet d’étendre l’horizon beaucoup plus loin, et de ressentir encore plus le mystère qui nous entoure et nous habite.
Bienheureuses les personnes qui gardent dans leur cœur cette perception de leur propre petitesse ! Ces personnes sont préservées d’un vice monstrueux : l’arrogance. Dans ses Béatitudes, Jésus part précisément d’eux : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux » (Mt 5,3). C’est la première béatitude parce qu’elle est à la base de toutes celles qui suivent : en effet, la douceur, la miséricorde, la pureté du cœur naissent de ce sentiment intérieur de petitesse. L’humilité est la porte d’entrée de toutes les vertus.
Dans les premières pages de l’Évangile, l’humilité et la pauvreté en esprit semblent être la source de tout. L’annonce de l’ange n’a pas lieu aux portes de Jérusalem, mais dans un village reculé de Galilée, si insignifiant que l’on disait : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1,46). Mais c’est précisément de là que renaît le monde. L’héroïne choisie n’est pas une petite reine qui a grandi dans une enfance douillette, mais une jeune fille inconnue : Marie. La première à s’étonner lorsque l’ange lui apporte l’annonce de Dieu, c’est elle-même. Et dans son cantique de louange, c’est précisément cet étonnement qui ressort : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante » (Lc 1, 46-48). Dieu est pour ainsi dire attiré par la petitesse de Marie, qui est avant tout une petitesse intérieure. Et il est également attiré par notre petitesse, lorsque nous l’assumons.
A partir de là, Marie se gardera bien de se mettre en scène. Sa première décision après l’annonce de l’ange est d’aller aider, d’aller se mettre au service de sa cousine. Marie se dirige vers les montagnes de Juda, auprès d’Elisabeth : elle l’assistera dans les derniers mois de sa grossesse. Mais qui voit ce geste ? Personne d’autre que Dieu. De cette vie cachée, la Vierge ne semble jamais vouloir sortir. Comme lorsque, dans la foule, une voix de femme proclame sa béatitude : « Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! ». (Lc 11,27). Cependant Jésus répond immédiatement : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Lc 11,28). Même la vérité la plus sacrée de sa vie – être la Mère de Dieu – ne devient pas pour elle un motif de vantardise devant les hommes. Dans un monde où l’on cherche à paraître, à se montrer supérieur aux autres, Marie marche résolument, par la seule force de la grâce de Dieu, dans la direction contraire.
Nous pouvons imaginer qu’elle aussi a connu des moments difficiles, des jours où sa foi avançait dans l’obscurité. Mais cela n’a jamais fait vaciller son humilité, qui est chez Marie une vertu granitique. Je veux le souligner : l’humilité est une vertu granitique. Pensons à Marie : elle est toujours petite, toujours dépouillée, toujours libre d’ambitions. Cette petitesse est sa force invincible : c’est elle qui reste au pied de la croix, alors que se brise l’illusion d’un Messie triomphant. Ce sera Marie, dans les jours qui précèdent la Pentecôte, à rassembler le groupe des disciples qui avaient été incapables de veiller seulement une heure avec Jésus, et l’avaient abandonné au moment de la tempête.
Frères et sœurs, l’humilité est tout. C’est elle qui nous sauve du Malin et du danger de devenir ses complices. Et l’humilité est la source de la paix dans le monde et dans l’Église. Là où l’humilité n’existe pas il y a la guerre, c’est la discorde, c’est la division. Dieu nous en a donné l’exemple en Jésus et Marie, pour notre salut et notre bonheur. Et l’humilité est précisément la voie, le chemin du salut. Je vous remercie !
« Prends soin de lui ».
La compassion comme exercice synodal de guérison
Chers frères et sœurs !
La maladie fait partie de notre expérience humaine. Mais elle peut devenir inhumaine si elle est vécue dans l’isolement et dans l’abandon, si elle n’est pas accompagnée de soins et de compassion. Quand on marche ensemble, il arrive que quelqu’un se sente mal, qu’il doive s’arrêter en raison de la fatigue ou d’un incident de parcours. C’est là, dans ces moments-là, que l’on se rend compte de la façon dont nous cheminons : si réellement nous cheminons ensemble ou bien si l’on est sur la même route, mais chacun pour son compte, ne s’occupant que de ses propres intérêts et laissant les autres “s’arranger” comme ils peuvent. Par conséquent, en cette XXXIème Journée Mondiale du Malade, au beau milieu d’un parcours synodal, je vous invite à réfléchir sur le fait que c’est précisément à travers l’expérience de la fragilité et de la maladie que nous pouvons apprendre à marcher ensemble selon le style de Dieu, qui est proximité, compassion et tendresse.
Dans le Livre du prophète Ézéchiel, dans un grand oracle qui constitue un des points culminants de la Révélation, le Seigneur parle ainsi : « C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer – oracle du Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces […] je la ferai paître selon le droit » (34, 15-16). L’expérience de l’égarement, de la maladie et de la faiblesse fait naturellement partie de notre chemin : ils ne nous excluent pas du peuple de Dieu, au contraire, ils nous placent au centre de l’attention du Seigneur, qui est Père et ne veut perdre en chemin pas même un seul de ses enfants. Il s’agit donc d’apprendre de lui, pour être véritablement une communauté qui chemine ensemble, capable de ne pas se laisser contaminer par la culture du rejet.
L’Encyclique Fratelli tutti, comme vous le savez, propose une lecture actualisée de la parabole du Bon Samaritain. Je l’ai choisie comme point cardinal, comme pivot, pour pouvoir sortir des « ombres d’un monde fermé » et « penser et engendrer un monde ouvert » (cf. n. 56). Il existe, en effet, un lien profond entre cette parabole de Jésus et les nombreuses façons dont la fraternité est aujourd’hui niée. En particulier, le fait que la personne malmenée et volée soit abandonnée au bord de la route représente la condition où sont laissés trop de nos frères et sœurs au moment où ils ont le plus besoin d’aide. Il n’est pas facile de distinguer entre les assauts menés contre la vie et sa dignité qui proviennent de causes naturelles et ceux qui sont, en revanche, causés par les injustices et les violences. En réalité, le niveau des inégalités et la prévalence des intérêts de quelques-uns affectent désormais tous les milieux humains, de sorte qu’il apparaît difficile de considérer quelque expérience que ce soit comme étant “naturelle”. Toute souffrance prend place dans une “culture” et au milieu de ses contradictions.
Ce qui importe, toutefois, c’est de reconnaître la condition de solitude, d’abandon. Il s’agit d’une atrocité qui peut être surmontée avant toute autre injustice, car – comme le rapporte la parabole – il suffit d’un instant d’attention, d’un mouvement intérieur de compassion, pour l’éliminer. Deux passants, considérés comme des religieux, voient le blessé mais ne s’arrêtent pas. Le troisième, au contraire, un Samaritain, un homme méprisé, est mû par la compassion et prend soin de cet étranger qui gît au bord de la route, le traitant comme un frère. En faisant cela, sans même y penser, il change les choses, il engendre un monde plus fraternel.
Frères et sœurs, nous ne sommes jamais prêts pour la maladie. Et souvent nous ne sommes pas prêts non plus à admettre que nous avançons en âge. Nous craignons la vulnérabilité, et la culture envahissante du marché nous pousse à la nier. Il n’y a pas de place pour la fragilité. Et ainsi le mal, quand il fait irruption et nous assaille, nous laisse à terre, assommés. Il peut alors arriver que les autres nous abandonnent ou qu’il nous semble devoir les abandonner, pour ne pas être un poids pour eux. Ainsi commence la solitude et le sentiment amer d’une injustice nous empoisonne car le Ciel aussi semble se fermer. De fait, nous peinons à demeurer en paix avec Dieu, quand la relation avec les autres et avec nous-mêmes se détériore. Voilà pourquoi il est si important, notamment en ce qui touche à la maladie, que l’Église tout entière se mesure à l’exemple évangélique du Bon Samaritain, pour devenir un bon “hôpital de campagne” : sa mission s’exprime en effet en prenant soin des autres, particulièrement dans les circonstances historiques que nous traversons. Nous sommes tous fragiles et vulnérables ; nous avons tous besoin de cette attention remplie de compassion qui sait s’arrêter, s’approcher, soigner et soulager. La condition des malades est donc un appel qui interrompt l’indifférence et freine les pas de ceux qui avancent comme s’ils n’avaient ni frères ni sœurs.
La Journée Mondiale du Malade, en effet, n’invite pas seulement à la prière et à la proximité envers les souffrants ; en même temps, elle vise à sensibiliser le peuple de Dieu, les institutions sanitaires et la société civile à une nouvelle façon d’avancer ensemble. La prophétie d’Ézéchiel citée au début contient un jugement très dur sur les priorités de ceux qui exercent un pouvoir économique, culturel et gouvernemental sur le peuple : « Vous vous êtes nourris de lait, vous vous êtes vêtus de laine, vous avez sacrifié les brebis les plus grasses, mais vous n’avez pas fait paître le troupeau. Vous n’avez pas fortifié les brebis chétives, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené celle qui s’égarait, cherché celle qui était perdue. Mais vous les avez régies avec violence et dureté » (34, 3-4). La Parole de Dieu est toujours éclairante et contemporaine. Non seulement pour dénoncer, mais aussi pour proposer. De fait, la conclusion de la parabole du Bon Samaritain nous suggère que l’exercice de la fraternité, qui commence par une rencontre en tête-à-tête, peut être élargi à une prise de soin organisée. L’auberge, l’aubergiste, l’argent, la promesse de se tenir mutuellement informé (cf. Lc 10, 34-35) : tout cela fait penser au ministère des prêtres, au travail des agents sociaux et de santé, à l’engagement des familles et des volontaires grâce auxquels, chaque jour, dans chaque partie du monde, le bien s’oppose au mal.
Les années de la pandémie ont augmenté notre sentiment de gratitude pour ceux qui œuvrent chaque jour pour la santé et la recherche. Mais il ne suffit pas de sortir d’une aussi grande tragédie collective en honorant des héros. La covid-19 a mis à dure épreuve ce grand réseau de compétences et de solidarité et a montré les limites structurelles des systèmes de bien-être (welfare) existants. Il faut donc qu’à la gratitude corresponde la recherche active de stratégies et de ressources, dans chaque pays, pour que tout être humain ait l’assurance d’avoir accès aux soins et que le droit fondamental à la santé soit garanti.
« Prends soin de lui » (Lc 10, 35) : telle est la recommandation du Samaritain à l’aubergiste. Jésus la répète aussi à chacun de nous et, à la fin, nous exhorte ainsi : « Va, et toi aussi, fais de même ». Comme je l’ai souligné dans Fratelli tutti, « la parabole nous montre par quelles initiatives une communauté peut être reconstruite grâce à des hommes et des femmes qui s’approprient la fragilité des autres, qui ne permettent pas qu’émerge une société d’exclusion mais qui se font proches et relèvent puis réhabilitent celui qui est à terre, pour que le bien soit commun » (n° 67). De fait, « nous avons été créés pour une plénitude qui n’est atteinte que dans l’amour. Vivre dans l’indifférence face à la douleur n’est pas une option possible » (n. 68).
Le 11 février 2023 aussi, tournons notre regard vers le Sanctuaire de Lourdes comme vers une prophétie, une leçon confiée à l’Église au cœur de la modernité. Il n’y a pas que ce qui a de la valeur qui fonctionne et il n’y a pas que celui qui produit qui compte. Les personnes malades sont au centre du peuple de Dieu qui avance avec elles comme prophétie d’une humanité où chacun est précieux et où personne n’est à exclure.
Je confie chacun de vous, qui êtes malades, à l’intercession de Marie, Santé des malades ; vous aussi qui prenez soin d’eux en famille, par le travail, la recherche et le volontariat ; et vous qui vous engagez à tisser des liens personnels, ecclésiaux et civils de fraternité. J’envoie à tous ma bénédiction apostolique.
Rome, Saint-Jean-de-Latran, 10 janvier 2023
FRANÇOIS
Source : vatican.va
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On connaît la grande sagesse du roi Salomon qui prie Dieu de lui donner « un cœur qui écoute ». Un « cœur qui écoute » résume « toute la vision chrétienne de l’homme », disait Benoît XVI.
Notre qualité de présence à Dieu se manifeste donc par un cœur docile, par un cœur à l’écoute. Plonger dans cette présence de Dieu nous fortifie et nous aide à être plus attentif aux autres. Nous sommes rendus davantage capables d’ouvrir les yeux sur des réalités nouvelles autour de nous ou en renouvelant notre regard sur nos plus proches. Nous sommes invités à prolonger dans une qualité de présence auprès de nos proches cette présence aimante que nous avons reçu de Dieu. Bien souvent celle-ci se traduit alors par une plus grande compassion et une plus grande délicatesse, que nous recevons en goûtant nous-même la patience et la bonté de Dieu à notre égard.

Chers frères et sœurs, bonjour !
Avec la catéchèse d’aujourd’hui, nous entrons dans la seconde phase de l’histoire du salut. Après avoir contemplé l’Esprit Saint dans l’œuvre de la Création, nous le contemplerons pendant quelques semaines dans l’œuvre de la Rédemption, c’est-à-dire de Jésus-Christ. Passons donc au Nouveau Testament et considérons l’Esprit Saint dans le Nouveau Testament.
Le thème d’aujourd’hui est l’Esprit Saint dans l’Incarnation du Verbe. Dans l’Évangile de Luc, nous lisons : « L’Esprit Saint viendra sur toi » – oh Marie – « et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ».(1,35). L’évangéliste Matthieu confirme cette donnée fondamentale concernant Marie et l’Esprit Saint, en disant que Marie « fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint » (1,18).
L’Église a repris ce fait révélé et l’a placé très tôt au cœur de son Symbole de foi. Lors du concile œcuménique de Constantinople en 381 – celui qui a défini la divinité de l’Esprit Saint – cet article s’intégra à la formule du “Credo”, qui s’appelle précisément le Credo de Nicée-Constantinople et que nous récitons à chaque Messe. Il affirme que le Fils de Dieu « par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme ».
Il s’agit donc d’un fait de foi œcuménique, car tous les chrétiens professent ensemble ce même Symbole de foi. La piété catholique, depuis des temps immémoriaux, y a puisé l’une de ses prières quotidiennes, l’Angélus.
Cet article de foi est le fondement qui nous permet de parler de Marie comme de l’ Épouse par excellence, qui préfigure l’Église. En effet, Jésus – écrit saint Léon le Grand – « de même qu’il est né par l’Esprit Saint d’une mère vierge, de même il rend féconde l’Église, son Épouse sans tache, par le souffle vivifiant du même Esprit » [1]. Ce parallélisme est repris dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium du Concile Vatican II, qui dit : « par sa foi et son obéissance, elle a engendré sur la terre le Fils lui-même du Père, sans connaître d’homme, enveloppée par l’Esprit Saint. […]L’Eglise, donc, en contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Église (grâce à la Parole qu’elle reçoit dans la foi) devient à son tour Mère : par la prédication en effet, et par le baptême, elle engendre à une vie nouvelle et immortelle des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu » (nn.63,64).
Nous concluons par une réflexion pratique pour notre vie, suggérée par l’insistance de l’Écriture sur les verbes “concevoir” et “enfanter”. Dans la prophétie d’Isaïe nous entendons : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils », (7,14) ; et l’Ange dit à Marie : “Tu vas concevoir et enfanter un fils” (Lc1,31). Marie a d’abord conçu, puis enfanté Jésus : elle l’a d’abord accueilli en elle, dans son cœur et dans sa chair, puis elle l’a mis au monde.
Ainsi en-est-il pour l’Église : elle accueille d’abord la Parole de Dieu, la laisse “parler à son cœur” (cf. Os 2,16) et “remplir ses entrailles” (cf. Ez 3,3), selon deux expressions bibliques, puis elle l’enfante par sa vie et sa prédication. La seconde opération est stérile sans la première.
À Marie qui demandait : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? », l’ange répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi »(Lc 1,34-35). L’Église aussi, lorsqu’elle est confrontée à des tâches qui dépassent ses forces, se pose spontanément la même question : “Comment est-ce possible ?” Comment est-il possible d’annoncer Jésus-Christ et son salut à un monde qui semble ne rechercher que le bien-être en ce monde ? La réponse est la même qu’alors : « Vous allez recevoir la force de l’Esprit Saint […] et vous serez mes témoins » (Ac 1,8). C’est ce que dit Jésus ressuscité aux Apôtres, presque dans les mêmes termes que ceux adressés à Marie lors de l’Annonciation. Sans l’Esprit Saint, l’Église ne peut pas aller de l’avant, l’Église ne grandit pas, l’Église ne peut pas prêcher.
Ce qui est dit de l’Église en général, s’applique aussi à nous, à chaque baptisé. Chacun de nous se trouve parfois, dans la vie, dans des situations qui dépassent ses forces et se demande : “Comment puis-je faire face à cette situation ?”. Il est utile, dans ces cas-là, de se rappeler et de se répéter ce que l’ange a dit à la Vierge avant de prendre congé d’elle : « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37).
Frères et sœurs, reprenons donc nous aussi, chaque fois, notre chemin avec cette certitude réconfortante dans le cœur : « Rien n’est impossible à Dieu ». Et si nous croyons cela, nous ferons des miracles. Rien n’est impossible à Dieu.
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APPEL
Je continue à suivre la situation au Moyen-Orient avec une grande inquiétude et je réitère mon appel à toutes les parties concernées pour que le conflit ne s’étende pas et qu’il y ait un cessez-le-feu immédiat sur tous les fronts, en commençant par Gaza, où la situation humanitaire est très grave et insoutenable. Je prie pour que la recherche sincère de la paix éteigne les conflits, que l’amour l’emporte sur la haine et que la vengeance soit désarmée par le pardon.
Je vous demande de vous joindre à ma prière pour l’Ukraine, le Myanmar et le Soudan : que ces peuples déchirés par la guerre trouvent au plus vite la paix tant attendue.
Unissons nos efforts et nos prières pour que la discrimination ethnique dans les régions du Pakistan et de l’Afghanistan, en particulier la discrimination à l’égard des femmes, soit éliminée.
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[1] Discours 12° sur la Passion, 3, 6: PL 54, 356.
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Dans l’Evangile d’aujourd’hui, nous voyons Jésus envoyer les 72 disciples “deux par deux” et les exhorter : “La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.” (Lc 10, 1-9) Dans notre Eglise occidentale fragilisée, où nous nous lamentons souvent sur la baisse du nombre de prêtres, mais aussi la chute du nombre de baptisés et de pratiquants, cette parole nous paraît sans doute bien actuelle. Mais, quand nous prions pour les vocations, comprenons-nous que la mission n’est pas qu’une affaire de prêtres ? Et que nous tous, laïcs engagés “dans le monde”, nous avons un rôle tout particulier à jouer. Souvent, on situe spontanément les prêtres en “première ligne” de la mission d’évangélisation, comme si la “troupe” des fidèles laïcs se trouvait à l’arrière-garde… S’engager dans la vie paroissiale a ainsi souvent été compris comme une aide nécessaire apportée à un homme généreux, mais seul : « Il faut bien aider notre curé. » Mais en fait c’est tout l’inverse : le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce baptismal ! (cf. Vatican II, Lumen Gentium paragr. 10, 2).
Une clé réside sans doute dans cet appel pressant du Pape François, dans son message pour la Semaine Missionnaire Mondiale : “La mission pour tous requiert l’engagement de chacun. Il est donc nécessaire de poursuivre le chemin vers une Église tout entière synodale-missionnaire au service de l’Évangile. La synodalité est en soi missionnaire, et vice versa, la mission est toujours synodale.”
Tous les membres du corps sont donc nécessaires à la mission ! Il est urgent de vivre avec simplicité cet esprit de soutien et d’attention réciproques, dans une authentique communion entre prêtres, laïcs et consacrés. Et celle-ci ne peut exister qu’enracinée dans la prière et stimulée par une responsabilité à la fois partagée et différenciée, où chacun peut donner le meilleur de lui-même et de sa vocation propre.
C’est précisément ce que vivent les missionnaires e’M (église en Mission) : ils ont accepté de partir en mission pour 3 ans dans un territoire où ils peuvent s’appuyer sur des temps de prière, des temps fraternels gratuits et des temps de travail, vécus avec les prêtres voire aussi les consacrés qui les accueillent. Dans des paroisses et sanctuaires de zones rurales ou en quartiers populaires, la mission les attend auprès de personnes parfois fragiles et souvent éloignés de l’Eglise.
Posons-nous aujourd’hui la question avec sérieux et demandons à l’Esprit Saint de nous éclairer : et si cet appel était aussi pour moi ?

Notre-Dame de Fatima,
Toi qui t’es levée avec hâte pour porter le Sauveur,
Fais de nous des pèlerins disponibles et joyeux.
Par ton sourire,
affermis les jeunes dans le désir de suivre le Christ.
Sous ton regard de douceur,
renforce l’espérance de tous ceux qui sont éprouvés.
Garde le Saint Père et tous les pèlerins des JMJ dans ton Cœur Immaculé :
que l’Amour ardent qu’ils y puisent rejaillisse sur toute notre Eglise.
Prépare aussi nos cœurs à la rencontre de ceux vers qui tu envoies,
afin que nous leur annoncions l’Evangile vivant :
Jésus Christ, Dieu avec nous !
Amen.


Dans cette série de catéchèses, nous nous mettons à l’école de certains saints et saintes qui, en tant que témoins exemplaires, nous enseignent le zèle apostolique. Rappelons que nous parlons du zèle apostolique, celui que nous devons avoir pour annoncer l’Evangile.
Nous allons rencontrer aujourd’hui un grand exemple de saint de la passion pour l’évangélisation dans une terre très éloignée, à savoir l’Eglise coréenne. Tournons-nous vers le martyr et premier prêtre coréen, saint André Kim Tae-gon. Mais l’évangélisation de la Corée a été faite par les laïcs. Ce sont les laïcs baptisés qui ont transmis la foi, il n’y avait pas de prêtres, parce qu’ils n’en avaient pas: ils arrivèrent plus tard, la première évangélisation a donc été faite par les laïcs. Serions-nous capables d’une telle chose? Réfléchissons: c’est une chose intéressante. Et c’est l’un des premiers prêtres, saint André. Sa vie a été et reste un témoignage éloquent de zèle pour la proclamation de l’Evangile.
Il y a environ 200 ans, la terre coréenne a été le théâtre d’une persécution très sévère: les chrétiens étaient persécutés et anéantis. Croire en Jésus Christ, dans la Corée de l’époque, signifiait être prêt à témoigner jusqu’à la mort. Nous pouvons le remarquer en particulier à partir de deux aspects de la vie de Saint-André Kim.
Le premier est la façon qu’il devait utiliser pour rencontrer les fidèles. Compte-tenu du contexte fortement intimidant, le saint était contraint d’approcher les chrétiens sous une forme non manifeste, et toujours en présence d’autres personnes, comme si ils se parlaient depuis longtemps. Ainsi, pour identifier l’identité chrétienne de son interlocuteur, saint André utilisait les expédients suivants: d’abord, il y avait un signe de reconnaissance préalablement convenu: tu rencontreras ce chrétien et il aura ce signe sur son vêtement ou dans la main; ensuite, il posait subrepticement la question — mais tout bas: «Es-tu un disciple de Jésus?». Etant donné que d’autres personnes assistaient à la conversation, le saint devait parler à voix basse, en ne prononçant que quelques mots, les plus essentiels. Ainsi, pour André Kim, l’expression qui résumait toute l’identité du chrétien était «disciple du Christ»: «Es-tu un disciple du Christ?», mais à voix basse car cela était dangereux. Il était interdit d’être chrétien.
En effet, être disciple du Seigneur signifie le suivre, suivre son chemin. Et le chrétien est par nature quelqu’un qui prêche et qui témoigne de Jésus. Chaque communauté chrétienne reçoit cette identité de l’Esprit Saint, de même que l’Eglise toute entière, depuis le jour de la Pentecôte (cf. Conc. Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 2). C’est de cet Esprit que nous recevons que naît la passion, la passion pour l’évangélisation, ce grand zèle apostolique: c’est un don de l’Esprit. Et même si le contexte environnant n’est pas favorable, comme celui coréen d’André Kim, la passion ne change pas, au contraire, elle acquiert encore plus de valeur. Saint André Kim et les autres fidèles coréens ont montré que le témoignage de l’Evangile donné en temps de persécution peut porter beaucoup de fruits pour la foi.
Voyons maintenant un deuxième exemple concret. Lorsqu’il était encore séminariste, saint André devait trouver un moyen d’accueillir secrètement des missionnaires venus de l’étranger. Ce n’était pas une tâche facile, car le régime de l’époque interdisait rigoureusement à tous les étrangers d’entrer sur le territoire. C’est pour cela qu’il avait été — avant cela — si difficile de trouver un prêtre qui venait en mission: la mission a été faite par des laïcs. Une fois — pensez à ce qu’a fait saint André —, une fois il marcha dans la neige, sans manger, pendant si longtemps qu’il tomba par terre, épuisé, risquant de perdre connaissance et de finir congelé. C’est alors qu’il entendit soudain une voix: «Lève-toi, marche!». En entendant cette voix, André se redressa, distinguant comme l’ombre de quelqu’un qui le guidait.
Cette expérience du grand témoin coréen nous fait comprendre un aspect très important du zèle apostolique. Il s’agit du courage de se relever quand on tombe. Mais les saints tombent? Oui! Mais depuis les premiers temps: pensez à saint Pierre: il a commis un grand péché, mais il a trouvé de la force dans la miséricorde de Dieu et s’est relevé. Nous -voyons cette force en saint André: il était tombé physiquement, mais il a eu la force d’aller, d’aller, d’aller de l’avant, pour apporter le message. Quelle que soit la difficulté de la situation, qui semble parfois ne pas laisser de place au message de l’Evangile, nous ne devons pas lâcher prise et nous ne devons pas renoncer à poursuivre ce qui est essentiel dans notre vie chrétienne, à savoir l’évangélisation. Cela est la voie. Et chacun de nous peut penser: «Mais moi, comment est-ce que je peux évangéliser?». Mais regarde ces grands personnages et pense à ton niveau, pensons à notre niveau: évangéliser la famille, évangéliser les amis, parler de Jésus, mais parler de Jésus et évangéliser avec le cœur plein de joie, plein de force. Et c’est l’Esprit Saint qui la donne. Préparons-nous à recevoir l’Esprit Saint lors de la prochaine Pentecôte et demandons-lui cette grâce, la grâce du courage apostolique, la grâce d’évangéliser, de transmettre toujours le message de Jésus.
Source : vatican.va
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Les paroles que nous venons d’écouter pourraient susciter en nous des sentiments d’angoisse ; en réalité, elles sont une grande annonce d’espérance. En effet, si Jésus semble décrire l’état d’esprit de ceux qui ont vu la destruction de Jérusalem et qui pensent que la fin du monde soit déjà arrivée, Il annonce au même moment une chose extraordinaire : au cœur de l’obscurité et de la désolation, alors même que tout semble s’écrouler, Dieu vient, Dieu se fait proche, Dieu nous rassemble pour nous sauver.
Jésus nous invite à avoir un regard plus pointu, à avoir des yeux capables de “lire au-dedans” des événements de l’histoire, pour découvrir que, même dans les angoisses de notre cœur et de notre temps, brille une espérance inébranlable. En cette Journée Mondiale des Pauvres, arrêtons-nous alors sur ces deux réalités : angoisse et espérance, qui se défient toujours en duel sur le terrain de notre cœur.
Tout d’abord l’angoisse. C’est un sentiment répandu à notre époque où la communication sociale amplifie les problèmes et les blessures, rendant le monde moins sûr et l’avenir plus incertain. Aujourd’hui, l’Évangile s’ouvre par un tableau qui projette dans le cosmos la tribulation du peuple, et il le fait en utilisant le langage apocalyptique : « Le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées » et ainsi de suite (Mc 13, 24-25).
Si notre regard se fixe uniquement sur le récit des faits, l’angoisse prend le dessus en nous. En effet, aujourd’hui encore nous voyons le soleil s’obscurcir et la lune s’éteindre, nous voyons la faim et la disette qui oppriment nombre de frères et de sœurs qui n’ont pas à manger, nous voyons les horreurs de la guerre, nous voyons les morts innocents. Devant cette situation, nous courons le risque de sombrer dans le découragement et de ne pas nous rendre compte de la présence de Dieu au cœur du drame de l’histoire. Nous nous condamnons ainsi à l’impuissance ; nous voyons l’injustice qui provoque la souffrance des pauvres grandir autour de nous, mais nous adoptons la résignation habituelle de ceux qui, par confort ou par paresse, pensent que “ainsi va le monde” et que “je ne peux rien y faire”. Alors la foi chrétienne elle-même se réduit à une dévotion inoffensive, qui ne dérange pas les puissances de ce monde et ne génère pas d’engagement concret dans la charité. Pendant qu’une partie du monde est condamnée à vivre dans les bas-fonds de l’histoire, que les inégalités s’accroissent et que l’économie pénalise les plus faibles, tandis que que la société se consacre à l’idolâtrie de l’argent et de la consommation, souvent les pauvres et les exclus ne peuvent rien faire d’autre que de continuer à attendre (cf. Evangelii gaudium, n. 54).
Mais, dans ce tableau apocalyptique, Jésus ranime l’espérance. Il ouvre grand l’horizon, élargit notre regard pour que nous apprenions à saisir, même dans la précarité et la souffrance du monde, la présence de l’amour de Dieu qui se fait proche, qui ne nous abandonne pas, qui agit pour notre salut. En effet, au moment même où le soleil s’obscurcit, où la lune cesse de briller et où les étoiles tombent du ciel, comme le dit l’Évangile, « on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire » ; et Il « rassemblera ses élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel » (vv. 26-27).
Par ces paroles, Jésus indique avant tout sa mort qui aura lieu peu après. Sur le Calvaire, en effet, le soleil s’obscurcira, les ténèbres descendront sur le monde ; mais précisément à ce moment-là, le Fils de l’homme viendra sur les nuées, car la puissance de sa résurrection brisera les chaînes de la mort, la vie éternelle de Dieu surgira des ténèbres et un monde nouveau naîtra des décombres d’une histoire blessée par le mal.
Frères et sœurs, voilà l’espérance que Jésus veut nous confier. Et Il le fait également à travers une belle image : regardez la plante du figuier, car « dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche » (v. 28). De la même manière, nous sommes nous aussi appelés à lire les situations de notre histoire terrestre : là où il semble n’y avoir qu’injustice, souffrance et pauvreté, à ce moment dramatique précis, le Seigneur se fait proche pour nous délivrer de l’esclavage et faire resplendir la vie (cf. v. 29). Et il se rapproche avec notre proximité chrétienne, notre fraternité chrétienne. Il ne s’agit pas de jeter une pièce dans la main de celui qui a besoin. À celui qui fait l’aumône, je demande deux choses : « Est-ce que tu touches la main des personnes ou est-ce que tu jettes la pièce sans la toucher ? Est-ce que tu regardes la personne que tu aides dans les yeux ou est-ce que tu détournes le regard ?
Ce sont nous, ses disciples, qui, grâce à l’Esprit Saint, pouvons semer cette espérance dans le monde. C’est nous qui pouvons et devons allumer des lumières de justice et de solidarité tandis que s’épaississent les ombres d’un monde fermé (cf. Enc. Fratelli tutti, nn.9-55). C’est nous que sa Grâce fait briller, c’est notre vie imprégnée de compassion et de charité qui doit devenir un signe de la présence du Seigneur, toujours proche de la souffrance des pauvres, pour apaiser leurs blessures et changer leur sort.
Frères et sœurs, ne l’oublions pas : l’espérance chrétienne qui s’est accomplie en Jésus et se réalise dans son Royaume a besoin de nous, il a besoin de notre engagement, il a besoin d’une foi active dans la charité, il a besoin de chrétiens qui ne se détournent pas. Je regardais une photo prise par un photographe romain : ils sortaient d’un restaurant, un couple d’adultes, presque âgés, en hiver ; la femme bien couverte de fourrure et l’homme aussi. À la porte, il y avait une femme pauvre, couchée par terre, qui mendiait, et ils regardaient tous les deux ailleurs… Cela arrive tous les jours. Posons-nous la question : est-ce que je me détourne quand je vois la pauvreté, les besoins, la souffrance des autres ? Un théologien du XXème siècle disait que la foi chrétienne doit générer en nous “une mystique des yeux ouverts”, non pas une spiritualité qui fuit le monde mais – au contraire – une foi qui ouvre les yeux sur les souffrances du monde et le malheur des pauvres afin d’exercer la même compassion que le Christ. Est-ce que j’éprouve la même compassion que le Seigneur devant les pauvres, devant ceux qui n’ont pas de travail, qui n’ont pas à manger, qui sont marginalisés par la société ? Et nous ne devons pas seulement regarder les grands problèmes de la pauvreté dans le monde, mais le peu que nous pouvons tous faire chaque jour par nos modes de vie, par notre attention et notre souci pour l’environnement dans lequel nous vivons, par la poursuite tenace de la justice, par le partage de nos biens avec ceux qui sont plus pauvres, par l’engagement social et politique pour améliorer la réalité qui nous entoure. Cela peut nous sembler peu de choses, mais notre peu sera comme les premières feuilles qui poussent sur le figuier, notre peu sera un avant-goût de l’été qui est maintenant proche.
Bien aimés, en cette Journée Mondiale des Pauvres, je voudrais rappeler une invitation du cardinal Martini. Il dit que nous devons veiller à ne pas penser qu’il y a d’abord l’Église, solide en elle-même, et ensuite les pauvres dont nous choisissons de nous occuper. En réalité, on devient Église de Jésus dans la mesure où nous servons les pauvres, car ce n’est qu’ainsi que « l’Église “devient” elle-même, c’est-à-dire que l’Église devient une maison ouverte à tous, un lieu de la compassion de Dieu pour la vie de chaque homme » (C.M. Martini, Città senza mura. Lettere e discorsi alla diocesi 1984, Bologna 1985, 350).
Et je le dis à l’Église, je le dis aux Gouvernements, je le dis aux Organisations internationales, je le dis à chacun et à tous : s’il vous plaît, n’oublions pas les pauvres.
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DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
Chers frères et sœurs, bon après-midi !
Bien que je ne puisse pas vous accueillir en personne, je voudrais vous souhaiter la bienvenue et vous remercier de tout cœur d’être venus. Je suis heureux d’affirmer avec vous le désir de fraternité et de paix pour la vie du monde. Un écrivain a mis sur les lèvres de François d’Assise ces paroles : « Le Seigneur est là où sont tes frères » (E. Leclerc, La Sagesse d’un pauvre). Vraiment, le Ciel qui est au-dessus de nous nous invite à marcher sur la terre ensemble, à nous redécouvrir frères et à croire en la fraternité comme une dynamique fondamentale de notre pèlerinage.
Dans l’encyclique Fratelli tutti, j’ai écrit que « la fraternité a quelque chose de positif à offrir à la liberté et à l’égalité » (n. 103), parce que celui qui voit un frère voit en l’autre un visage et non un numéro : il est toujours “quelqu’un” qui a de la dignité et qui mérite le respect, et non “quelque chose” à utiliser, à exploiter ou à écarter. Dans notre monde déchiré par la violence et la guerre, les retouches et les ajustements ne suffisent pas : seule une grande alliance spirituelle et sociale qui jaillisse des cœurs et s’articule autour de la fraternité peut remettre au centre des relations le caractère sacré et inviolable de la dignité humaine.
C’est pourquoi la fraternité n’a pas besoin de théories, mais de gestes concrets et de choix partagés qui fassent d’elle une culture de la paix. La question à se poser n’est donc pas qu’est-ce que la société et le monde peuvent me donner, mais qu’est-ce que je peux donner à mes frères et à mes sœurs. En rentrant chez nous, pensons à quel geste concret de fraternité faire : nous réconcilier en famille, entre amis ou entre voisins, prier pour ceux qui nous ont blessés, reconnaître et aider ceux qui sont dans le besoin, porter une parole de paix à l’école, à l’université ou dans la vie sociale, oindre de proximité quelqu’un qui se sent seul…
Sentons-nous appelés à appliquer le baume de la tendresse dans les relations qui se sont gangrénées, entre les personnes comme entre les peuples. Ne nous lassons pas de crier “non à la guerre”, au nom de Dieu et au nom de tout homme et de toute femme qui aspire à la paix. Je me souviens de ces vers de Giuseppe Ungaretti qui, au cœur de la guerre, a ressenti le besoin de parler précisément de ses frères comme d’une « Parole tremblante / dans la nuit / Feuille qui vient de naître ». La fraternité est un bien fragile et précieux. Les frères sont l’ancre de la vérité dans la mer houleuse des conflits qui sèment le mensonge. Évoquer les frères, c’est rappeler à ceux qui combattent, et à nous tous, que le sentiment de fraternité qui nous unit est plus fort que la haine et que la violence, au contraire, il nous unit tous dans la même souffrance. C’est de là que nous partons et repartons, du sentiment de “se sentir ensemble”, étincelle qui peut rallumer la lumière pour arrêter la nuit des conflits.
Croire que l’autre est frère, dire à l’autre “frère” n’est pas un vain mot, mais la chose la plus concrète que chacun de nous puisse faire. Cela signifie, en effet, s’émanciper de la pauvreté de se croire au monde comme des fils uniques. Cela signifie en même temps choisir de dépasser la logique des associés qui ne restent ensemble que par intérêt, en sachant aussi dépasser les limites des liens de sang ou d’ethnies, qui ne reconnaissent que celui qui est semblable et nient celui qui est différent. Je pense à la parabole du Samaritain (cf. Lc 10, 25-37) qui s’arrête avec compassion devant le Juif qui a besoin d’aide. Leurs cultures étaient ennemies, leurs histoires différentes, leurs régions hostiles, mais pour cet homme, la personne trouvée dans la rue et son besoin étaient prioritaires.
Lorsque les hommes et les sociétés choisissent la fraternité, même les politiques changent : la personne l’emporte à nouveau sur le profit, la maison que nous habitons tous sur l’environnement à exploiter pour ses intérêts propres, le travail est rémunéré par un juste salaire, l’accueil devient richesse, la vie devient espérance, la justice ouvre à la réparation et la mémoire du mal commis est guérie dans la rencontre entre les victimes et les coupables.
Chers frères et sœurs, je vous remercie d’avoir organisé cette rencontre et d’avoir donné vie à la “Déclaration sur la fraternité humaine”, rédigée ce matin par les éminents Prix Nobel ici présents. Je crois qu’elle nous donne “une grammaire de la fraternité” et qu’elle est un guide efficace pour la vivre et en témoigner chaque jour de manière concrète. Vous avez bien travaillé ensemble et je vous remercie beaucoup ! Faisons en sorte que ce que nous avons vécu aujourd’hui soit le premier pas d’une marche et puisse amorcer un processus de fraternité : les places reliées de différentes villes du monde, que je salue avec gratitude et affection, témoignent à la fois de la richesse de la diversité et de la possibilité d’être frères même quand nous ne sommes pas proches, comme cela m’arrive. Allez de l’avant!
Je voudrais vous saluer en vous laissant une image, celle de l’étreinte. De cet après-midi passé ensemble, je vous souhaite de garder dans vos cœurs et dans vos mémoires le désir d’étreindre les femmes et les hommes du monde entier pour construire ensemble une culture de la paix. La paix, en effet, a besoin de la fraternité et la fraternité a besoin de la rencontre. Que l’étreinte donnée et reçue aujourd’hui, symbolisée par la place sur laquelle vous vous trouvez, devienne un engagement de vie. Et une prophétie d’espérance. Je vous étreins moi aussi et, vous renouvelant mes remerciements, je vous dis de tout cœur : je suis avec vous !
Source : vatican.va
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MESSE DES JOURNEES MONDIALES DE LA JEUNESSE
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » (Mt 17, 4). Ces paroles, que l’apôtre Pierre a adressées à Jésus sur la montagne de la Transfiguration, nous voulons aussi les faire nôtres après ces journées intenses. Tout ce que nous sommes en train de vivre avec Jésus est beau, ce que nous avons fait ensemble. Et la manière dont nous avons prié est belle, avec une grande joie dans le cœur. Nous pouvons alors nous demander : qu’est-ce que nous remporterons avec nous en retournant à vie quotidienne?
Je voudrais répondre à cette question par trois verbes, en suivant l’Évangile que nous avons entendu. Qu’est-ce que nous remporterons ? : briller, écouter, ne pas craindre. Qu’est-ce que nous remporterons avec nous ? Je réponds par ces trois mots : briller, écouter, ne pas craindre.
Le premier : Briller. Jésus est transfiguré. L’Évangile dit : « Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 2). Il venait d’annoncer sa passion et sa mort sur la croix, brisant ainsi l’image d’un Messie puissant et mondain, décevant les attentes des disciples. Maintenant, pour les aider à accepter le projet d’amour de Dieu sur chacun de nous, Jésus prend trois d’entre eux, Pierre, Jacques et Jean, Il les conduit sur la montagne et est transfiguré. Ce « bain de lumière » les prépare à la nuit de la passion.
Mes amis, chers jeunes, nous avons aujourd’hui encore besoin d’un peu de lumières, d’un éclair de lumière qui soit espérance pour affronter tant d’obscurités qui nous assaillent dans la vie, tant de défaites quotidiennes, pour y faire face avec la lumière de la résurrection de Jésus. Il est la lumière qui ne se couche jamais, Il est la lumière qui brille même dans la nuit. « Notre Dieu a fait briller nos yeux », dit le prêter Esdras (Esd 9, 8). Notre Dieu illumine. Il illumine notre regard, Il illumine notre cœur, Il illumine notre esprit, Il illumine notre désir de faire quelque chose dans la vie. Toujours avec la lumière du Seigneur.
Mais je voudrais vous dire que nous ne devenons pas lumineux lorsque nous sommes sous les projecteurs, non, c’est une erreur. Nous ne devenons pas lumineux lorsque nous affichons une image parfaite, bien ordonnée, bien finie, non. Et non plus lorsque nous nous sentons forts et victorieux. Forts et victorieux mais pas lumineux. Nous brillons quand, en accueillant Jésus, nous apprenons à aimer comme Lui. Aimer comme Jésus : cela nous rend lumineux, cela nous conduit à accomplir des œuvres d’amour. Ne te trompe pas, mon ami, tu deviendras lumière le jour où tu feras des œuvres d’amour. Mais lorsque, au lieu de faire des œuvres d’amour envers les autres, tu te regardes toi-même, comme un égoïste, là, la lumière s’éteint.
Le deuxième verbe est écouter. Sur la montagne, une nuée lumineuse recouvre les disciples. Et le Père parle de cette nuée elle. Et que dit-il ? « Écoutez-le », « Celui-ci est mon Fils bien aimé » (Mt 17, 5). Tout est là : tout ce qu’il y a à faire dans la vie réside dans ce mot : écoutez-le. Écouter Jésus. Tout le secret est là. Écoute ce que Jésus te dit. « Je ne sais pas ce qu’il me dit ». Prends l’Évangile et lis ce que Jésus dit, ce qu’il dit à ton cœur. Car Il a pour nous des paroles de vie éternelle, Il nous révèle que Dieu est Père, qu’Il est amour. Il nous montre le chemin de l’amour. Écoute Jésus. Car, même si c’est avec de la bonne volonté, nous nous engageons sur des chemins qui semblent être des chemins d’amour mais qui, en fin de compte, sont des égoïsmes déguisés en amour. Faites attention aux égoïsme déguisés en amour ! Écoute-le, car Il te dira quel est le chemin de l’amour. Écoute-le.
Briller est le premier mot, soyez lumineux ; écouter, pour ne pas s’égarer ; et enfin, le troisième mot : ne pas avoir peur. N’ayez pas peur. Un mot qui revient si souvent dans la Bible, dans les Évangiles : « N’ayez pas peur ». Ce sont les dernières paroles que Jésus adresse aux disciples au moment de la Transfiguration : « N’ayez pas peur » (Mt 17, 7).
À vous, jeunes, qui avez vécu cette joie, – j’allais dire cette gloire et, de fait, notre rencontre est une sorte de gloire – à vous qui nourrissez de grands rêves mais souvent obscurcis par la crainte de ne pas les voir réalisés; à vous qui pensez parfois ne pas y arriver – un peu de pessimisme nous assaille parfois – ; à vous, jeunes, qui, en ces temps, êtes tentés de vous décourager, de vous juger peut-être inadaptés ou de cacher la douleur en la masquant d’un sourire ; à vous, jeunes, qui voulez changer le monde – et c’est bien de vouloir changer le monde – et qui voulez lutter pour la justice et la paix ; à vous, jeunes, qui y mettez votre engagement et votre imagination, bien que cela vous semble ne pas suffire; à vous, jeunes, dont l’Église et le monde ont besoin comme la terre a besoin de pluie ; à vous, jeunes, qui êtes le présent et l’avenir ; oui, précisément à vous, jeunes, Jésus dit aujourd’hui : « N’ayez pas peur ».
Dans un bref moment de silence, que chacun répète à lui-même dans son cœur ces paroles : « N’ayez pas peur ».
Chers jeunes, je voudrais regarder chacun de vous dans les yeux et vous dire : sois sans crainte, n’aie pas peur ! Mais je vous dis en plus une chose très belle : ce n’est plus moi, c’est Jésus lui-même qui vous regarde maintenant. Il vous regarde, Lui qui vous connaît. Il connaît le cœur de chacun d’entre vous, il connaît la vie de chacun d’entre vous, il connaît les joies, il connaît les peines, les succès et les échecs, il connaît votre cœur. Et aujourd’hui, il vous dit, ici, à Lisbonne, en ces Journées Mondiales de la Jeunesse : « N’ayez pas peur, n’ayez pas peur, courage, n’ayez pas peur ! ».
Source : vatican.va
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4ème jour : le chœur des soeurs
PRIÈRE MARIALE AVEC LE CLERGÉ DIOCÉSAIN (ND de la Garde)
Chers frères et sœurs, bon après-midi !
Je suis heureux de commencer ma visite en partageant avec vous ce moment de prière. Je remercie le Cardinal Jean-Marc Aveline pour son mot de bienvenue et je salue S.E. Mgr Éric de Moulins-Beaufort, les frères évêques, les Pères Recteurs et vous tous, prêtres, diacres et séminaristes, personnes consacrées, qui œuvrez dans cet archidiocèse avec générosité et dévouement pour construire une civilisation de la rencontre avec Dieu et avec le prochain. Merci pour votre présence, pour votre service, et merci pour vos prières !
Arrivant à Marseille, je me rallie aux plus grands : sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Charles de Foucauld, Jean-Paul II, et tant d’autres qui sont venus ici en pèlerinage pour se confier à Notre Dame de la Garde. Nous déposons sous son manteau les fruits des Rencontres Méditerranéennes, avec les attentes et les espérances de vos cœurs.
Dans la lecture biblique, le prophète Sophonie nous a exhorté à la joie et à la confiance en nous rappelant que le Seigneur notre Dieu n’est pas loin, il est là, près de nous, pour nous sauver (cf. 3, 17). C’est un message qui nous renvoie, d’une certaine manière, à l’histoire de cette Basilique et à ce qu’elle représente. En effet, elle n’a pas été fondée en souvenir d’un miracle ou d’une apparition particulière, mais simplement parce que, depuis le XIIIe siècle, le saint peuple de Dieu cherche et trouve ici, sur la colline de La Garde, la présence du Seigneur dans le regard de sa Sainte Mère. C’est pourquoi, depuis des siècles, les Marseillais – spécialement ceux qui naviguent sur les flots de la Méditerranée – y montent pour prier. C’est le saint peuple fidèle de Dieu qui – j’utilise le mot – a “oint” ce sanctuaire, ce lieu de prière. Le saint peuple de Dieu qui, comme le dit le Concile, est infaillible in credendo.
Aujourd’hui encore, la Bonne Mère est pour chacun la protagoniste d’un tendre “croisement de regards” : d’une part celui de Jésus qu’elle nous indique toujours, et dont l’amour se reflète dans ses yeux – le geste le plus authentique de la Vierge est : “Faites ce qu’il vous dira”, en désignant Jésus – d’autre part celui de nombre d’hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions, qu’elle rassemble et conduit à Dieu, comme nous l’avons rappelé au début de cette prière en déposant à ses pieds un cierge allumé. En ce carrefour des peuples qu’est Marseille, je voudrais réfléchir avec vous sur ce croisement de regards, car il me semble que s’y exprime parfaitement la dimension mariale de notre ministère. Nous aussi, prêtres, personnes consacrées, diacres, nous sommes appelés à faire sentir aux gens le regard de Jésus et, en même temps, porter à Jésus le regard de nos frères. Un échange de regards. Dans le premier cas, nous sommes des instruments de miséricorde, dans le second, des instruments d’intercession.
Premier regard : celui de Jésus qui caresse l’homme. C’est un regard qui va de haut en bas, non pas pour juger mais pour relever celui qui est à terre. C’est un regard plein de tendresse qui transparaît dans les yeux de Marie. Et nous, appelés à transmettre ce regard, nous sommes tenus de nous abaisser, d’éprouver de la compassion – j’insiste sur ce mot : compassion. N’oublions pas que le style de Dieu est celui de la proximité, de la compassion et de la tendresse – de faire nôtre « la bienveillance, patiente et encourageante, du Bon Pasteur qui ne fait pas de remontrances à la brebis perdue, mais la charge sur ses épaules et fête son retour à la bergerie (cf. Lc 15, 4-7) » (Congrégation pour le Clergé, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n. 41). J’aime à penser que le Seigneur ne sait pas faire le geste de pointer le doigt pour juger, mais qu’il sait faire le geste de tendre la main pour relever.
Frères, sœurs, apprenons de ce regard, ne laissons pas un jour passer sans nous rappeler le moment où nous-mêmes l’avons reçu, et faisons-le nôtre, pour être des hommes et des femmes de compassion. Proximité, compassion, tendresse. Ne l’oublions pas. Avoir de la compassion veut dire être proche et tendre. Ouvrons les portes des églises et des presbytères, mais surtout celles du cœur, pour montrer par notre douceur, notre gentillesse et notre accueil le visage de notre Seigneur. Que celui qui vous approche ne trouve ni distance ni jugement ; qu’il trouve le témoignage d’une humble joie, plus fructueuse que toute capacité affichée. Que les blessés de la vie trouvent un port sûr, un accueil dans votre regard, un encouragement dans votre étreinte, une caresse dans vos mains capables d’essuyer des larmes. Même dans les nombreuses occupations de chaque jour, s’il vous plaît, ne laissez pas faiblir la chaleur du regard paternel et maternel de Dieu. Et aux prêtres, s’il vous plaît : dans le sacrement de pénitence, pardonnez toujours ! Soyez généreux comme Dieu est généreux avec nous. Pardonnez ! Et avec le pardon de Dieu, de nombreux chemins s’ouvrent dans la vie. Il est bon de le faire en dispensant généreusement son pardon, toujours, toujours, afin de délivrer, par la grâce, les personnes des chaînes du péché et les libérer des blocages, des remords, des rancunes et des peurs dont elles ne peuvent triompher toutes seules. Il est beau de redécouvrir avec émerveillement, à tout âge, la joie d’éclairer les vies avec les sacrements dans les moments heureux et tristes, et de transmettre, au nom de Dieu, des espérances inattendues : sa proximité qui console, sa compassion qui guérit, sa tendresse qui émeut. Proximité, compassion, tendresse. Soyez proches de chacun, surtout des plus fragiles et des moins chanceux, et ne laissez jamais ceux qui souffrent manquer de votre proximité attentive et discrète. C’est ainsi que grandiront en eux – mais aussi en vous – la foi qui anime le présent, l’espérance qui ouvre sur l’avenir, et la charité qui dure pour toujours. Voilà le premier mouvement : porter à vos frères le regard de Jésus. Il n’y a qu’une seule situation dans la vie où il est permis de regarder une personne de haut en bas : c’est lorsque nous essayons de la prendre par la main et de la soulever. Dans les autres situations, c’est un péché d’orgueil. Regardez les personnes qui sont en bas et qui vous demandent – consciemment ou inconsciemment – de les soulever avec votre main. Prenez-les par la main et soulevez-les : c’est un très beau geste, un geste qui ne peut se faire sans tendresse.
Et puis il y a le second regard : celui des hommes et des femmes qui se tournent vers Jésus. De même que Marie à Cana recueillit et porta au Seigneur les inquiétudes de deux jeunes mariés (cf. Jn 2, 3), vous êtes, vous aussi, appelés à être pour les autres – des hommes et des femmes pour les autres -, la voix qui intercède (cf. Rm 8, 34). Alors, la récitation du Bréviaire, la méditation quotidienne de la Parole, le Rosaire et toute autre prière, je vous recommande surtout l’adoration. Nous avons perdu un peu le sens de l’adoration, nous devons le reprendre, je vous recommande cela. Toutes ces prières seront pleines des visages de ceux que la Providence met sur votre chemin. Vous porterez avec vous leurs regards, leurs voix, leurs questions, à la table eucharistique, devant le tabernacle ou dans le silence de votre chambre, là où le Père voit (cf. Mt 6, 6). Vous leur ferez écho fidèlement, en tant qu’intercesseurs, comme des “anges sur la terre”, des messagers qui portent tout « devant la gloire de Dieu » (Tb 12, 12).
Et je voudrais résumer cette brève méditation en attirant votre attention sur trois images de Marie qui sont vénérées dans cette Basilique. La première est la grande image qui la surplombe et qui la représente lorsqu’elle tient l’Enfant Jésus bénissant. Voilà : comme Marie, nous portons partout la bénédiction et la paix de Jésus, dans toutes les familles et dans tous les cœurs. Semez la paix ! C’est le regard de la miséricorde. La deuxième image se trouve en dessous de nous, dans la crypte : c’est la Vierge au bouquet, le don d’un laïc généreux. Elle aussi porte l’Enfant Jésus sur un bras et nous le montre, mais elle tient dans l’autre main, au lieu d’un sceptre, un bouquet de fleurs. Cela nous fait penser à la façon dont Marie, modèle de l’Église, en nous présentant son Fils, nous présente également à Lui, comme un bouquet de fleurs dans lequel chaque personne est unique, est belle et précieuse aux yeux du Père. C’est le regard de l’intercession. C’est très important : l’intercession. Le premier était le regard de miséricorde de la Vierge, celui-ci est le regard d’intercession. Enfin, la troisième image est celle que nous voyons ici au centre, sur l’autel, qui frappe par la splendeur dont elle rayonne. Nous aussi, chers frères et sœurs, nous devenons un Évangile vivant dans la mesure où nous le donnons, en sortant de nous-mêmes, en reflétant sa lumière et sa beauté par une vie humble, joyeuse et riche de zèle apostolique. Que nous y aident les si nombreux missionnaires qui sont partis de ce haut lieu pour annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ au monde entier.
Bien-aimés, portons à nos frères le regard de Dieu, portons à Dieu la soif de nos frères, répandons la joie de l’Évangile. C’est notre vie, et elle est incroyablement belle malgré les difficultés et les chutes, et même nos péchés. Prions ensemble la Sainte Vierge, qu’elle nous accompagne, qu’elle nous garde. Et vous, s’il vous plaît, priez pour moi.
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