AU FIL DES JOURS...

30/09/2019

to delete

Homélie du cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Collège cardinalice

Basilique Saint-Pierre, mercredi 7 mai 2025

On lit dans les Actes des Apôtres qu’après l’Ascension du Christ au ciel, et dans l’attente de la Pentecôte, tous étaient assidus à la prière avec Marie, la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 14).

C’est exactement ce que nous faisons nous aussi, peu avant le début du Conclave, sous le regard de la Vierge Marie placée à côté de l’autel, en cette Basilique qui s’élève sur la tombe de l’Apôtre Pierre.

Nous sentons que tout le peuple de Dieu est uni à nous, avec sa foi, son amour pour le Pape et son attente confiante.

Nous sommes ici pour invoquer l’aide de l’Esprit Saint, pour implorer sa lumière et sa force afin que soit élu le Pape dont l’Église et l’humanité ont besoin en ce tournant si difficile et si complexe de l’histoire.

Prier, en invoquant l’Esprit Saint, est la seule attitude juste qui convienne, alors que les Cardinaux électeurs se préparent à un acte de la plus haute responsabilité humaine et ecclésiale, et à un choix d’une importance exceptionnelle ; un acte humain pour lequel toute considération personnelle doit être abandonnée, en n’ayant que le Dieu de Jésus-Christ et le bien de l’Église et de l’humanité dans l’esprit et dans le cœur.

Dans l’Évangile qui a été proclamé, résonnent des paroles qui nous conduisent au cœur du message suprême, le testament de Jésus, remis à ses apôtres le soir de la Cèn au Cénacle : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). Afin de préciser ce « comme je vous ai aimés » et indiquer jusqu’où doit aller notre amour, Jésus ajoute : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).

C’est le message d’amour que Jésus définit comme un “nouveau” commandement. Nouveau parce qu’il transforme en positif et élargit considérablement l’avertissement de l’Ancien Testament qui disait : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ».

L’amour que Jésus révèle ne connaît pas de limites et doit caractériser les pensées et l’action de tous ses disciples qui doivent toujours, dans leur comportement, manifester un amour authentique et s’engager à construire une nouvelle civilisation, celle que Paul VI a appelée “civilisation de l’amour”. L’amour est la seule force capable de changer le monde.

Jésus nous a donné l’exemple de cet amour au début de la dernière Cène par un geste surprenant : Il s’est abaissé au service des autres, lavant les pieds des apôtres, sans discrimination, n’excluant pas Judas qui allait le trahir.

Ce message de Jésus fait écho à ce que nous avons entendu dans la première lecture de la messe, où le Prophète Isaïe nous a rappelé que la qualité fondamentale des pasteurs est l’amour jusqu’au don total de soi.

Les textes liturgiques de cette célébration eucharistique nous invitent donc à l’amour fraternel, à l’aide mutuelle et à l’engagement en faveur de la communion ecclésiale et de la fraternité humaine universelle. Parmi les tâches de chaque successeur de Pierre, il y a celle de faire grandir la communion : communion de tous les chrétiens avec le Christ ; communion des évêques avec le Pape ; communion des évêques entre eux. Il ne s’agit pas d’une communion autoréférentielle mais tendue vers la communion entre les personnes, les peuples et les cultures, soucieuse que l’Église soit toujours “maison et école de communion”.

L’appel est fort à maintenir l’unité de l’Église dans la voie tracée par le Christ aux Apôtres. L’unité de l’Église est voulue par le Christ ; une unité qui ne signifie pas uniformité, mais une communion solide et profonde dans la diversité, à condition de rester dans la pleine fidélité à l’Évangile.

Chaque Pape continue d’incarner Pierre et sa mission et représente ainsi le Christ sur terre ; il est le roc sur lequel l’Église est édifiée (cf. Mt 16, 18).

L’élection du nouveau Pape n’est pas une simple succession de personnes, mais c’est toujours l’Apôtre Pierre qui revient.

Les Cardinaux électeurs exprimeront leur vote dans la Chapelle Sixtine où, comme le dit la Constitution apostolique Universi dominici gregis, « tout concourt à nourrir la conscience de la présence de Dieu, devant lequel chacun devra un jour se présenter pour être jugé ».

Dans le Triptyque romain, le Pape Jean-Paul II souhaitait que, au moment de la grande décision à travers le vote, l’image imposante de Jésus Juge rappelle à chacun la grandeur de la responsabilité de remettre les “clés suprêmes” (Dante) entre de bonnes mains.

Prions pour que l’Esprit Saint, qui nous a donné au cours des cent dernières années une série de Pontifes vraiment saints et grands, nous donne un nouveau Pape selon le cœur de Dieu, pour le bien de l’Église et de l’humanité.

Prions pour que Dieu accorde à l’Église le Pape qui saura le mieux réveiller les consciences de tous ainsi que les énergies morales et spirituelles dans la société actuelle, caractérisée par de grands progrès technologiques mais qui tend à oublier Dieu.

Le monde d’aujourd’hui attend beaucoup de l’Église pour la sauvegarde de ces valeurs fondamentales, humaines et spirituelles, sans lesquelles la coexistence humaine ne pourra s’améliorer ni porter du bien aux générations futures.

Que la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église, intervienne par sa maternelle intercession, afin que l’Esprit Saint éclaire l’esprit des Cardinaux électeurs et les rende unanimes dans l’élection du Pape dont notre temps a besoin.

Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

 

Louange du mercredi 18 mai

Jour 2 en audio 

Rencontre avec les Autorités, les représentants de la Société civile et le Corps diplomatique

Palais royal de Madrid, samedi 6 juin 2026

Majestés,
Altesses Royales,
Distinguées Autorités et membres du Corps diplomatique,
Mesdames et Messieurs,

Je rends grâce au Seigneur pour cette rencontre et je vous exprime ma gratitude pour l’invitation à effectuer ce Voyage apostolique en Espagne : un itinéraire en plusieurs étapes, dont chacune révélera un aspect de la richesse multiforme d’un grand pays qui, depuis près de deux millénaires, a accueilli la Parole de l’Évangile. La tradition a toujours lié la première évangélisation de la Péninsule ibérique à la prédication de l’apôtre Jacques le Majeur. Ce lien revêt une importance théologique considérable, car il exprime la conscience de l’Église locale d’être en continuité avec la mission apostolique née à la Pentecôte. Ce lien très ancien entre la foi chrétienne et cette terre, sans épuiser l’identité multiforme de votre peuple, a profondément façonné sa culture et représente une source d’espérance et d’orientation face aux défis que nous devons aujourd’hui relever ensemble en tant que famille humaine. Je pense aux expressions de la foi populaire qui, dans chaque ville et chaque village, représentent une véritable mise en scène du salut au rythme de l’année et dans les divers contextes de la vie. Avec le patrimoine artistique et musical, avec les multiples confréries et associations à caractère caritatif, elles témoignent de la rencontre féconde entre Jésus-Christ et votre peuple. C’est un peuple plein de passion qui aime la vie et le montre !

Je viens parmi vous pour confirmer, encourager et inspirer une fidélité renouvelée des croyants à l’Évangile, ainsi qu’une réconciliation et une coopération plus profondes entre les différentes forces de cette nation. En effet, votre propre histoire montre que ce n’est pas la culture de l’affrontement mais celle de la rencontre qui engendre la stabilité et la prospérité. À bien y regarder, le message de paix, qui, en ces temps, résonne malheureusement pour certains comme naïf et pour d’autres comme provocateur, trouve un écho chez ceux qui ne s’enferment pas dans des idéologies toutes faites, mais s’ouvrent à la vérité. Comme nous l’a enseigné le Pape François « Il existe aussi une tension bipolaire entre l’idée et la réalité. La réalité est, tout simplement ; l’idée s’élabore. Entre les deux il faut instaurer un dialogue permanent, en évitant que l’idée finisse par être séparée de la réalité. Il est dangereux de vivre dans le règne de la seule parole, de l’image, du sophisme » (Evangelii gaudium, n. 231). En effet — concluait-il —, « la réalité est supérieure à l’idée » (ibid.). La vérité est toujours plus grande que nous et c’est pourquoi elle nous surprend et nous attire vers des chemins de purification et de réconciliation où le dialogue avec les autres — et avec l’Autre avec un grand A — devient fondamental.

À cet égard, je voudrais évoquer deux figures de ce pays qui, depuis cinq siècles, nourrissent la vie de l’Église et la quête spirituelle de nombreuses personnes, même au-delà de ses frontières visibles. Il s’agit de Jean de la Croix et de Thérèse d’Ávila, dont la passion pour le mystère divin a fait d’eux des amis. Leur mystique est une mystique « des yeux ouverts », c’est-à-dire qu’elle n’est pas étrangère à l’histoire, mais qu’au contraire, elle nous conduit à la racine des questions, au cœur de la réalité. En particulier, le thème de la nuit, si cher à saint Jean de la Croix, dont nous célébrons l’Année Jubilaire, nous aide à interpréter les transformations et à supporter les tensions qui rendent notre époque si obscure. Dans sa soif de lumière, paradoxalement, il a appris à apprécier l’obscurité — « nuit bienheureuse » (Nuit obscure, 3) — comme le temps où l’âme se libère de ce qu’elle croyait connaître et posséder. Aujourd’hui encore, c’est l’inconnu qui nous effraie le plus, provoquant chez beaucoup l’obscurcissement de la raison et la violence des émotions, et face auquel peut prévaloir le sentiment de ne plus avoir de repères et de se sentir désorienté. C’est pourquoi nous avons besoin, dans la vie publique aussi, d’hommes et de femmes qui pressentent dans l’obscurité, la lumière ; dans la fin, un commencement possible, presque l’irruption d’une vérité comme une lumière qui aveugle encore, mais qui — si nous faisons confiance et trouvons la paix — nous conduira délicatement vers elle-même : « Ô nuit qui m’as guidé ! Ô nuit plus aimable que l’aurore ! Ô nuit qui as réuni l’Aimé avec son aimée, l’aimée transformée en son Aimé ! » (ibid., 5).

Notre époque, en apparence secouée par de terribles déséquilibres et conflits, aspire au plus profond d’elle-même à la paix, à une nouvelle connaissance de la personne humaine et de sa dignité inviolable, à la civilisation de l’amour (cf. Magnifica humanitas, n. 186).

Sainte Thérèse décrit ce même parcours à travers l’image du château intérieur. En avançant de pièce en pièce vers le lieu le plus intime — c’est-à-dire, chacun vers son propre cœur, sanctuaire de la vérité —, l’espace s’élargit, l’esprit s’ouvre, les contradictions se résolvent, les tensions se dissolvent, les autres trouvent leur place, l’univers devient un foyer. Il ne s’agit pas d’une fuite intimiste, mais d’une ouverture radicale au totus Alius et semper Novus, qui se réalise lorsque nous revenons à nous-mêmes. Cette dimension de l’être humain est la raison pour laquelle il faut protéger la liberté religieuse et la liberté de conscience.

Aujourd’hui, la tentation de gagner en popularité en attisant le feu des polarisations semble grandir, au lieu de s’atténuer ; la dignité humaine continue d’être bafouée. C’est pourquoi nous avons besoin de culture, d’intériorité, d’une éducation libre et de qualité, nous avons besoin de transcendance. Et pourtant, depuis ces nuits sombres, des hommes et des femmes fidèles à la vérité ont été poussés à avancer de pièce en pièce jusqu’au point où, dans la conscience, la justice et la paix s’étreignent. C’est de leur liberté que nous apprenons à être libres.

L’Église catholique est au service de cette soif du cœur humain. Non pas de manière imposante, mais par le témoignage évangélique soutenu par une multitude de martyrs et de saints, et elle est aujourd’hui disposée à se mettre au service de l’avenir d’un peuple en quête de réconciliation et de paix.

J’invite chacun, par amour de la vérité, à abandonner les discours qui divisent et polarisent votre réalité sociale et votre histoire, afin de passer des simplifications stériles à une appréciation féconde de la complexité. Je vois là une vocation spécifique de l’Europe, dont l’Espagne est un acteur fondateur et essentiel. C’est le cadeau que le Vieux Continent peut offrir au monde s’il veut rester jeune, car jeune est celui qui a le sentiment d’avoir un avenir et une mission encore à accomplir. Apprécier la complexité et l’étudier, apprendre à ne pas la nier et à la vivre comme une bénédiction, fuir ces approches identitaires qui semblent tout éclairer, mais qui peuplent le monde de fantômes et d’ennemis : telle est la tâche de celui qui a une grande histoire derrière lui. Les nouvelles technologies sont devenues un environnement artificiel où nos choix fondamentaux sont mis à l’épreuve : en leur sein, les préjugés s’exacerbent, la pensée critique s’affaiblit, les intérêts dominateurs sèment des pulsions de mort. D’un autre côté, le bien peut résister et se communiquer.

Il est nécessaire, surtout de la part de ceux qui ont des responsabilités économiques, politiques et institutionnelles, de faire un saut qualitatif, un changement de cap dans les investissements destinés à l’école, à l’université et à la recherche, aux communautés locales et à la société civile en tant que terreau de la participation et de la médiation culturelle. La sécurité, que nous espérons trop souvent trouver dans les armes et les murs, mûrit plutôt en apprenant à avancer aux côtés de l’autre, à grandir ensemble, côte à côte. Votre propre histoire en témoigne. La présence de l’islam dans la péninsule ibérique, par exemple, a constitué une réalité politique, culturelle et religieuse de longue durée. Au cours de cette période, il n’y eut pas seulement des affrontements, mais on tenta de créer un espace de rencontre, de conversation et de dialogue sur le sens de la vérité entre chrétiens, musulmans et juifs. À l’école des traducteurs d’Alphonse X le Sage, des experts issus des trois religions ont collaboré à la traduction du riche patrimoine arabe, grec et hébraïque, contribuant ainsi à la diffusion de textes, tels que notamment, ceux des philosophes Averroès (1126-1198) et Maïmonide (1138-1204). En particulier, des villes comme Cordoue et Tolède se convertirent en lieux de médiation entre les langues, les religions et les savoirs. Mais telle est la vérité que manifestent les villes européennes, leur stratification historique, le tissu de solidarité qui, au fil des siècles, a façonné leurs différences, transformant les conflits inévitables en points de départ.

Comme nous l’a enseigné un autre noble fils de cette terre, c’est dans les épreuves et les échecs qu’il est possible de tout repenser : Ignace de Loyola a eu cette audace, en prêtant attention aux désolations et aux consolations de son cœur, dans un exercice de discernement et d’imagination par lequel il a préféré la paix aux armes et les saints aux puissants. Il comprit que le bien qui l’attirait n’était pas utopique, et sa crise se transforma alors en grâce. Il peut en être de même avec les “nouveautés” qui nous inquiètent aujourd’hui et sur lesquelles nos sensibilités sont partagées. « Évitons les mots qui humilient ou opposent. Choisissons la lumière qui éclaire et la franchise qui ouvre des voies. Ne bénissons pas des enthousiasmes naïfs, n’alimentons pas des peurs stériles. Indiquons plutôt des critères de discernement – dignité de la personne, destination universelle des biens, option pour les pauvres, soin de la Maison commune, paix – et traduisons-les en pratiques : une approche responsable, des évaluations d’impact humain et social, l’inclusion des plus fragiles, une alphabétisation numérique, une recherche et une industrie orientées vers la justice et la paix » (Magnifica humanitas, n. 14).

Majestés, Altesses Royales, Mesdames et Messieurs, j’exprime ma gratitude à votre pays pour sa fidélité au droit international et au multilatéralisme, qui se traduit par un engagement constant en faveur de la paix et de la solidarité entre les peuples. Dans le même temps, je vous encourage à cultiver également en vous-même le dialogue et l’amitié sociale, à prendre en compte les perspectives des pauvres et des jeunes lorsque vous imaginez l’avenir, à concilier les exigences de l’autonomie et de l’unité, et à faire progresser le processus d’union européenne, non pas en opposition à d’autres puissances, mais comme un don pour toute la famille humaine.

Que Dieu bénisse l’Espagne !

Veillée de prière avec les jeunes

Place de Lima (Madrid), samedi 6 juin 2026

(1) Nous savons que saint Augustin est très important pour vous, mais quels autres saints et quelles autres figures de référence vous ont aidé dans votre croissance personnelle en tant que chrétien ?

(2) J’aimerais maintenant vous interroger sur vos années comme missionnaire au Pérou. Quel souvenir ou quelle expérience de ces années gardez-vous comme un trésor ?

Eh bien, tout d’abord : bonjour à vous tous ! Merci d’être ici et merci de partager votre foi avec tout Madrid et toute l’Espagne. Pour répondre à la première question concernant certains saints qui ont été pour moi des modèles durant mon enfance et ma jeunesse, mais aussi en tant qu’évêque et en tant que Pape… On a déjà mentionné saint Augustin — et nous savons tous que saint Augustin est une figure très importante pour toute l’Église —, mais j’ai également pensé à l’un des Pères de l’Église orientale qui s’appelait saint Jean Chrysostome, son nom signifie “bouche d’or”, un titre que ce Père de l’Église a mérité parce qu’il avait une très belle éloquence. Avant son baptême, qui eut lieu en 368 après J.-C., il étudiait la philosophie. Il se consacra ensuite à l’exégèse des Saintes Écritures, en compagnie d’autres jeunes d’Antioche, sa ville natale. Après une expérience d’ermite, il se mit au service de l’Église comme prêtre et ensuite comme évêque. Et j’en profite pour vous dire à tous : n’ayez jamais peur d’envisager un appel à la vie sacerdotale, à la vie religieuse ou à d’autres services au sein de l’Église ! Car Jean Chrysostome, qui portait dans son cœur cet amour pour la Parole de Dieu, après être devenu prêtre puis évêque, a donné un témoignage extraordinaire, surtout par la cohérence de sa vie. S’il prêchait, c’était parce qu’il vivait ce message. Personnellement, j’ai été particulièrement impressionné par ses catéchèses, ses sermons, ses homélies et ses écrits, qui allient l’amour de la vérité et la droiture de sa vie. Mais il faisait aussi preuve d’un grand courage. Il n’avait pas peur de parler devant l’Empereur, de dire des choses en faveur de la justice et non pas seulement pour plaire à autrui. C’était un homme de parole.

Un autre saint auquel j’ai pensé est saint Thomas de Villanueva, un augustin, qui fut appelé à devenir, aussi, pasteur de l’Église. Il était espagnol. Il étudia à l’université d’Alcalá et, par sa sagesse il gagna l’estime de l’empereur Charles Quint. Il fut ensuite nommé évêque de Valence et il entreprit un intense travail de réforme de l’Église, surtout du clergé, exhortant ses frères à la persévérance dans la prière, la vie de chasteté et l’obéissance. En raison de sa charité ardente, il est encore connu aujourd’hui comme “l’évêque des pauvres”. C’est cette charité qui m’a soutenu dans les moments d’épreuve et dans les moments de service.

Un autre compagnon de route est saint Toribio de Mogrovejo, lui aussi espagnol. Au XVIe siècle, il fut missionnaire au Pérou, où il se consacra avec un grand zèle à l’évangélisation, en étudiant les langues locales. Saint Toribio sut allier une vie intense de prière à un engagement en faveur de la justice, en particulier face aux abus et à la corruption de son époque. C’est pourquoi il est pour moi un modèle de dévouement envers le peuple, en particulier les plus pauvres, au nom du Christ.

En contemplant la vie de ces saints, comme saint Augustin, je me suis dit : s’ils en ont été capables, pourquoi pas moi ? (cf. Confessions, VIII, 27). C’est une question que je vous confie volontiers, en vous invitant à choisir de bons exemples de vie qui soient attrayants tant pour vous que pour les autres.

Quant aux années passées au Pérou, en tant que missionnaire et ensuite comme évêque, je me souviens surtout du témoignage de foi des gens, marqués par de nombreuses difficultés, mais pleins d’espoir. C’est précisément la rencontre avec les souffrances comme avec les joies du peuple qui m’a fait grandir sur le chemin à la suite de Jésus. Tout en l’annonçant, j’étais moi aussi transformé par l’Évangile, transformé par la vie et la foi de ces peuples, souvent matériellement très pauvres, mais riches en foi. Et en faisant l’expérience de cette foi dans la parole du Seigneur, j’ai vu comment la Parole de Dieu peut transformer le conflit en paix. Elle peut être une source de réconciliation, de paix et de justice.

(3) Selon vous, comment pourrions-nous reconnaître la voix de Dieu parmi tant d’autres voix ?

(4) Comment pouvons-nous, nous qui sommes en chemin, accompagner les autres dans leur cheminement vers la découverte de la beauté de la foi ? 

Tout d’abord, nous pouvons parler de la manière d’écouter cette voix de Dieu, comment discerner si c’est vraiment Dieu qui nous parle ou autre chose, une autre tentation, une autre difficulté.

Pour reconnaître la voix de Dieu, le silence peut avant tout nous aider, je pense qu’il est très important que chacun d’entre nous s’efforce de développer sa capacité à rester en silence. Souvent, nous avons nos écouteurs, nous écoutons de la musique, nous nous laissons distraire et nous ne savons pas rester en silence. Je crois que c’est souvent précisément dans cette expérience du silence que Dieu peut nous parler ou que nous pouvons discerner la voix de Dieu. Lorsque nous recherchons le silence, nous décidons de ce que nous ne voulons pas entendre et des bruits qui ne doivent pas nous distraire. En nous libérant du vacarme de mille voix, nous reconnaissons que certaines trompent nos désirs, d’autres nous achètent sans nous nourrir, d’autres encore parlent par intérêt. Dans le silence, nous comprenons que les idéologies passent, tandis que la vérité demeure. Je voudrais également souligner ici l’importance de la recherche de la vérité, car de nombreuses voix et de nombreuses informations sur les réseaux sociaux nous trompent et nous racontent des mensonges. Recherchez toujours la vérité ! Dieu est la vérité ! Si cela vous éloigne de Dieu, ce n’est pas la vérité ! Ne l’oubliez pas !

Deuxièmement, soyez certains que Dieu connaît bien ta voix, votre voix : Il vous écoute et vous répondra. Ne craignez pas d’exprimer ce que vous ressentez dans votre cœur. Il y a un psaume qui dit : « Lui qui forma l’oreille, Il n’entendrait pas » (Ps 94, 9). Notre dialogue intérieur se transforme en prière, en louange et en supplication lorsqu’il est confié à Celui seul qui peut l’entendre. La prière est une voix libre précisément parce qu’elle ne s’exprime pas pour rendre des comptes, pour prouver que nous sommes prêts ou pour nous donner de l’importance. Lorsque nous nous faisons nous-mêmes prière, le Seigneur nous répond par son Verbe, qui s’est fait homme pour nous, en affirmant qu’Il nous aime de tout son être.

Troisièmement, pour reconnaître la voix de Dieu, il faut écouter la Parole. La Parole de Dieu est vivante parce qu’elle est le Christ, dont la voix continue de résonner dans l’Église qui est son Corps. Il accomplit toutes les Écritures, cet ancien et ce nouveau Testament donnés aux hommes comme promesse de salut. L’adoration eucharistique aussi, que nous vivons ensemble ce soir, est précisément le lieu idéal pour garder le silence, libérer notre cœur et “être” nous-mêmes devant le Seigneur, en dialoguant avec Lui, de sorte qu’Il s’exprime avec éloquence dans son amour devenu nourriture pour toute l’humanité.

En outre, chers jeunes, pour accompagner les autres à découvrir la beauté de notre foi, rappelez-vous qu’aucun de nous n’est né maître, et que devant le Seigneur, nous sommes tous des disciples. Partagez donc votre cheminement spirituel, témoignez-en par la cohérence de votre vie : la volonté de suivre Jésus vous renouvellera constamment, surtout dans les moments de lassitude. À cet égard, il est important de comprendre que personne n’est seul à croire en Jésus. Regardez combien vous êtes nombreux ici ! Et de la même manière, au sein de la communauté, dans les groupes de jeunes, au sein de la famille, nous pouvons tous découvrir la beauté de notre foi. Car en partageant votre cheminement spirituel la volonté de suivre Jésus vous renouvellera sans cesse. Il marche à notre rythme et éclaire notre chemin. À l’exemple du Maître : c’est ainsi que je vous invite à agir, en tant que pasteurs, éducateurs et comme des amis. Si vous priez avec amour, les jeunes apprécieront l’importance de la prière. Si vous brûlez de foi, vous transmettrez son feu vivant. Cherchez tous dans vos cœurs ce feu de l’amour de Dieu ! Car c’est là que se trouve la présence de Jésus, et la présence proche de Jésus se fait sentir même dans les moments où nous tombons, car Jésus ne nous abandonne pas. C’est aussi lorsque nous devenons une main tendue, une étreinte fraternelle, lorsque nous cherchons des occasions de servir les autres et lorsque nous cherchons comment toucher la vie de l’autre à travers ses blessures, sa tristesse, ses difficultés. C’est là que la foi en Jésus-Christ prend vie, et c’est là que Jésus nous aidera à nous soutenir mutuellement sur le chemin.

(5) Comment pouvons-nous, jeunes chrétiens engagés, vivre au sein de cette société ?

(6) Quelle est la mission concrète que vous nous confiez, à nous, les jeunes de l’Église ?

Eh bien, félicitations pour ton mariage, Fernando ! J’ai vu ici d’autres couples qui vont se marier : félicitations et que Dieu vous bénisse ! Car, si j’ai dit tout à l’heure « n’ayez pas peur d’envisager une vocation », le mariage est lui aussi une vocation. N’ayez pas peur du mariage et de fonder une famille !

Au cours des siècles d’histoire de l’Église, nous, chrétiens, avons vécu dans toutes sortes de sociétés, traversant les changements des cultures que nous avons partagées et contribué à façonner. Il y a un texte ancien, qui s’appelle la Lettre à Diognète, qui nous offre à ce sujet une belle intuition : « Les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps » (VI). Telle est notre manière de vivre : les disciples de Jésus sont toujours contemporains, mais jamais prisonniers du temps qui passe. Nous sommes libres en Christ ! Et le Christ nous a libérés par son amour. Grâce à cet amour, nous sommes toujours libres face à toute contrainte et à toute tromperie. Nous sommes libres des modes, car nous sommes disciples de la vérité ; nous sommes ouverts à l’avenir, car nous savons que la mort ne nous attend pas. Au contraire, le sens de l’histoire culmine dans la communion éternelle de vie que Dieu prépare pour tous. Dans cette perspective, vous surtout, les jeunes, êtes appelés à donner une nouvelle orientation à la société, en devenant les protagonistes du changement à partir de vos liens quotidiens, de ce que vous vivez en famille, à l’université et au travail. En vous voyant, chers jeunes, pleins de cet enthousiasme motivé par la foi, je me réjouis de penser à votre capacité à témoigner du Christ dans le monde, y compris dans la réalité numérique, pour communiquer les valeurs et la beauté de l’Évangile (cf. Christus vivit, n. 105 ; Salutation lors du Jubilé des missionnaires numériques, 29 juillet 2025).

Je vous invite donc tous à être ensemble le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13). Pour vivre ainsi, il faut avant tout comprendre la société actuelle, en vivant avec sagesse, afin de pouvoir ensuite la transformer en tant que témoins de l’Évangile. Le jeune chrétien, en effet, rayonne tant dans la joie que dans l’épreuve, donnant du goût à la réalité parce qu’il l’habite comme une personne qui savoure la vie en son for intérieur, sans attendre que la richesse, le plaisir ou le pouvoir lui en donnent la saveur. Telle est notre liberté, qui trouve sa source dans la foi, capable de donner lumière et saveur à toute société, à toute expérience humaine. En revanche, quand la vie n’a plus de goût, c’est comme si elle nous était arrachée : nous ne la sentons plus comme la nôtre. Face au vide de l’indifférence et du conformisme, face à la violence de la guerre et du mensonge, soyez vous-mêmes l’étincelle d’une humanité nouvelle.

C’est pourquoi je voudrais vous confier à tous une mission : soyez humains. Oui, soyez humains ! : des hommes et des femmes de chair et d’os. Pas des apparences mais des visages fiables. Des personnes qui recherchent la justice parce qu’elles en ont faim, comme du pain quotidien. Des personnes qui désirent une vie honnête et droite, parce qu’elles font volontiers aux autres ce qu’elles voudraient que les autres leur fassent. Soyez humains comme l’est le Christ, l’homme parfait, le Ressuscité qui partage avec nous l’histoire en tout temps. En cultivant cet engagement, regardez les Apôtres, les premiers chrétiens, habitants d’un monde païen. À leur exemple, soyez des missionnaires de l’Évangile face aux pauvretés matérielles et spirituelles de notre temps, sachant bien que notre foi est un style de vie qui s’accomplit dans la charité (cf. Ga 5, 6). Telle est, chers jeunes, la vertu qui change l’histoire plus que toute autre. Vous pouvez changer le cours de l’histoire ! Faites-le avec amour ! Merci beaucoup.

Copyright © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

Louange du mercredi 9 juin

Je Chanterai

Matt et Sarah Marvane

Play Video

Cap sur le Cameroun

Lors du 48e séminaire annuel des évêques en janvier 2025, Mgr Andrew Nkea, président de la Conférence épiscopale du Cameroun, a lancé un message d’espérance : malgré les difficultés, il a appelé à garder foi en « un Cameroun de l’unité, un pays qui va prendre soin de tous les camerounais. » Face aux défis du pays — pauvreté, accès limité à l’éducation et aux soins, crises régionales — l’Église joue un rôle clé. Écoles, centres de soins, construction d’infrastructures : les 26 diocèses du pays œuvrent à l’accompagnement des plus fragiles à travers la mise en œuvre de nombreux projets.

A découvrir au Jesus Festival 2025,

Message pour la 9ème Journée Mondiale des Pauvres célébrée le 16 novembre 2025, 33ème dimanche du Temps Ordinaire

 

C’est Toi mon espérance (cf. Ps 71, 5)

1. « Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance » (Ps 71, 5). Ces paroles jaillissent d’un cœur accablé par de graves difficultés : « Tu m’as fait voir tant de maux et de détresses » (v. 20), dit le psalmiste. Malgré cela, son âme est ouverte et confiante, car elle est ferme dans la foi, qui reconnaît le soutien de Dieu et le professe : « Ma forteresse et mon roc, c’est toi » (v. 3). De là jaillit la confiance inébranlable que l’espérance en Lui ne déçoit pas : « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge : garde-moi d’être humilié pour toujours » (v. 1).

Dans les épreuves de la vie, l’espérance est animée par la certitude ferme et encourageante de l’amour de Dieu répandu dans les cœurs par l’Esprit Saint. C’est pourquoi elle ne déçoit pas (cf. Rm 5, 5) et saint Paul peut écrire à Timothée : « Si nous nous donnons de la peine et si nous combattons, c’est parce que nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant » (1 Tm 4, 10). Le Dieu vivant est en effet le « Dieu de l’espérance » (Rm 15, 13) qui dans Christ, par sa mort et sa résurrection, est devenu « notre espérance » (1 Tm 1, 1). Nous ne pouvons pas oublier que nous avons été sauvés dans cette espérance dans laquelle nous devons rester enracinés.

2. Le pauvre peut devenir témoin d’une espérance forte et fiable, justement parce qu’il la professe dans des conditions de vie précaires, faites de privations, de fragilité et d’exclusion. Il ne compte pas sur les certitudes du pouvoir et des biens ; au contraire, il les subit et en est souvent victime. Son espérance ne peut reposer qu’ailleurs. En reconnaissant que Dieu est notre première et unique espérance, nous accomplissons nous aussi le passage entre lesespérances éphémères et l’espérancedurable. Face au désir d’avoir Dieu comme compagnon de route, les richesses sont relativisées car découvrant le véritable trésor dont nous avons réellement besoin. Les paroles avec lesquelles le Seigneur Jésus exhortait ses disciples résonnent clairement et avec force : « Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. Mais faites-vous des trésors dans le ciel, là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler » (Mt 6, 19-20).

3. La plus grande pauvreté consiste à ne pas connaître Dieu. C’est ce que nous rappelait le Pape François lorsqu’il écrivait dans Evangelii gaudium: « La pire discrimination dont souffrent les pauvres est le manque d’attention spirituelle. L’immense majorité des pauvres ont une ouverture particulière à la foi ; ils ont besoin de Dieu et nous ne pouvons pas manquer de leur offrir son amitié, sa bénédiction, sa Parole, la célébration des sacrements et la proposition d’un chemin de croissance et de maturation dans la foi » (n° 200). Il y a là une conscience fondamentale et tout à fait originale de la manière de trouver en Dieu son trésor. L’apôtre Jean insiste en effet : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20).

C’est une règle de la foi et un secret de l’espérance : tous les biens de cette terre, les réalités matérielles, les plaisirs du monde, le bien-être économique, bien qu’importants, ne suffisent pas à rendre le cœur heureux. Les richesses sont souvent trompeuses et conduisent à des situations dramatiques de pauvreté, à commencer par celle de penser que l’on n’a pas besoin de Dieu et de mener sa vie indépendamment de Lui. Les paroles de saint Augustin me reviennent à l’esprit : « Que toute ton espérance soit en Dieu : sens que tu as besoin de Lui pour être comblé par Lui. Sans Lui, tout ce que tu auras ne servira qu’à te rendre encore plus vide » (Enarr. in Ps. 85,3).

4. L’espérance chrétienne à laquelle renvoie la Parole de Dieu est une certitude sur le chemin de la vie, car elle ne dépend pas de la force humaine, mais de la promesse de Dieu qui est toujours fidèle. C’est pourquoi, depuis les origines, les chrétiens ont voulu identifier l’espérance au symbole de l’ancre, qui offre stabilité et sécurité. L’espérance chrétienne est comme une ancre qui fixe notre cœur sur la promesse du Seigneur Jésus qui nous a sauvés par sa mort et sa résurrection et qui reviendra parmi nous. Cette espérance continue à indiquer comme véritable horizon de la vie les « cieux nouveaux » et la « terre nouvelle » (2 P 3, 13), où l’existence de toutes les créatures trouvera son sens authentique, car notre véritable patrie est dans les cieux (cf. Ph 3, 20).

La cité de Dieu nous engage donc pour les cités des hommes. Celles-ci doivent dès maintenant commencer à lui ressembler. L’espérance, soutenue par l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint (cf. Rm 5, 5) transforme le cœur humain en terre féconde, où peut germer la charité pour la vie du monde. La Tradition de l’Église réaffirme constamment cette circularité entre les trois vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité. L’espérance naît de la foi qui la nourrit et la soutient sur le fondement de la charité, qui est la mère de toutes les vertus. Et c’est de charité que nous avons besoin aujourd’hui, maintenant. Ce n’est pas une promesse mais une réalité vers laquelle nous regardons avec joie et responsabilité : elle nous engage et oriente nos décisions vers le bien commun. Celui qui manque de charité, en revanche, non seulement manque de foi et d’espérance, mais enlève l’espérance à son prochain.

5. L’invitation biblique à l’espérance comporte donc le devoir d’assumer sans tarder des responsabilités cohérentes dans l’histoire. En effet, la charité « représente le plus grand commandement social » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 1889). La pauvreté a des causes structurelles qui doivent être affrontées et éliminées. Pendant ce temps, nous sommes tous appelés à créer de nouveaux signes d’espérance qui témoignent de la charité chrétienne, comme l’ont fait tant de saints et saintes à travers les âges. Les hôpitaux et les écoles, par exemple, sont des institutions créées pour accueillir les plus faibles et les plus marginaux. Ils devraient désormais faire partie des politiques publiques de chaque pays, mais les guerres et les inégalités l’empêchent encore souvent. De plus en plus, les foyers d’accueil, les communautés pour mineurs, les centres d’écoute et d’accueil, les cantines pour les pauvres, les dortoirs, les écoles populaires deviennent aujourd’hui des signes d’espérance : autant de signes souvent cachés auxquels nous ne prêtons peut-être pas attention mais qui sont pourtant si importants pour secouer l’indifférence et susciter l’engagement dans différentes formes de volontariat !

Les pauvres ne sont pas une distraction pour l’Église, ils sont nos frères et sœurs les plus aimés, car chacun d’eux, par son existence et aussi par les paroles et la sagesse dont il est porteur, nous invite à toucher du doigt la vérité de l’Évangile. C’est pourquoi la Journée mondiale des pauvres veut rappeler à nos communautés que les pauvres sont au centre de toute l’œuvre pastorale. Non seulement en son aspect charitable, mais également en ce que l’Église célèbre et annonce. Dieu a pris leur pauvreté pour nous rendre riches à travers leurs voix, leurs histoires, leurs visages. Toutes les formes de pauvreté, sans exception, sont un appel à vivre concrètement l’Évangile et à offrir des signes efficaces d’espérance.

6. Telle est l’invitation qui nous est faite par la célébration du Jubilé. Ce n’est pas un hasard si la Journée mondiale des pauvresest célébrée vers la fin de cette année de grâce. Lorsque la Porte Sainte sera fermée, nous devrons garder et transmettre les dons divins qui ont été déversés dans nos mains tout au long d’une année de prière, de conversion et de témoignage. Les pauvres ne sont pas des objets de notre pastorale, mais des sujets créatifs qui nous poussent à trouver toujours de nouvelles façons de vivre l’Évangile aujourd’hui. Face à la succession de nouvelles vagues d’appauvrissement, le risque est de s’habituer et de se résigner. Nous rencontrons chaque jour des personnes pauvres ou démunies et il arrive parfois que ce soit nous-mêmes qui ayons moins, qui perdions ce qui nous semblait autrefois sûr : un logement, une alimentation suffisante pour la journée, l’accès aux soins, un bon niveau d’éducation et d’information, la liberté religieuse et d’expression.

En promouvant le bien commun, notre responsabilité sociale trouve son fondement dans le geste créateur de Dieu, qui donne à tous les biens de la terre : comme ceux-ci, les fruits du travail de l’homme doivent également être accessibles à tous de manière équitable. Aider les pauvres est en effet une question de justice avant d’être une question de charité. Comme le fait remarquer saint Augustin : « Tu donnes du pain à celui qui a faim, mais il vaudrait mieux que personne n’ait faim, même si cela signifie qu’il n’y aurait personne à qui donner. Tu offres des vêtements à celui qui est nu, mais combien il serait préférable que tous aient des vêtements et qu’il n’y ait pas cette indigence » (Commentaire sur 1Jn, VIII, 5).

Je souhaite donc que cette Année jubilaire puisse encourager le développement de politiques de lutte contre les formes anciennes et nouvelles de pauvreté, ainsi que de nouvelles initiatives de soutien et d’aide aux plus pauvres parmi les pauvres. Le travail, l’éducation, le logement, la santé sont les conditions d’une sécurité qui ne s’affirmera jamais par les armes. Je me félicite des initiatives déjà existantes et de l’engagement quotidien au niveau international d’un grand nombre d’hommes et de femmes de bonne volonté.

Confions-nous à la Très Sainte Vierge Marie, Consolatrice des affligés, et avec elle, élevons un chant d’espérance en faisant nôtres les paroles du Te Deum : « In Te, Domine, speravi, non confundar in aeternum – En toi, Seigneur, j’ai espéré, je ne serai jamais confondu »

Du Vatican, le 13 juin 2025, mémoire de saint Antoine de Padoue, Patron des pauvres

LEO PP. XIV

Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

 

Méditation : Se laisser rencontrer

 

Prendre soin, c’est être attentif ou encore veiller à. C’est aussi aider, protéger, ou tendre la main. C’est ce que le Seigneur veut faire pour chacune de nos vies.

Car, Il a pour chacun de nous des projets, une orientation intime qu’il veut donner à notre vie. Dieu prend et prendra toujours soin de nous, et cela, mieux que nous-mêmes. Seulement, nous devons nous approcher de Lui avec assurance et Lui faire confiance. Dans la foi chrétienne cela s’appelle Le rencontrer !

Benoît XVI, dans Deus Caritas I l’affirme « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et, par-là, son orientation décisive. (…) »

Cap sur l’Égypte

Confrontée à une crise énergétique et à une forte hausse des prix alimentaires et des carburants, la population égyptienne traverse de nombreuses difficultés. Les défis économiques et la situation politique actuelle font persister les problématiques sociales du pays, puisque près de 30% des Egyptiens vivent sous le seuil de pauvreté. Dans la vie quotidienne, beaucoup peinent à accéder à des services essentiels comme les soins de santé, l’éducation ou une alimentation suffisante, tandis que les coupures d’électricité sont devenues fréquentes, notamment en été.

Chers amis,

Je vous remercie de me donner l’occasion de m’adresser à vous en cette toute fin de Ramadan. C’est une heureuse coïncidence, cette année, que le mois sacré de l’Islam s’achève quelques jours après la célébration de Pâques, la fête la plus importante pour les chrétiens.

Mais ce moment de joie, qui nous pousse à lever les yeux vers le ciel et à adorer le Seigneur « miséricordieux et tout-puissant »(Nostra Aetate, 3), contraste fortement avec la tristesse du sang qui coule sur les terres bénies du Moyen-Orient.

Frères et sœurs, notre père Abraham a levé les yeux vers le ciel pour regarder les étoiles : la lumière de la vie, qui nous enveloppe et nous embrasse d’en haut, nous demande de vaincre la nuit de la haine pour que, selon la volonté du Créateur, ce soient les étoiles qui illuminent la terre, et non la terre qui brûle, ravagée par les flammes des armes qui embrasent le ciel !

Dieu est paix et veut la paix. Celui qui croit en Lui ne peut que répudier la guerre, qui ne résout pas, mais augmente les conflits. La guerre, je ne me lasse pas de le répéter, est toujours et uniquement une défaite : c’est un chemin sans but ; elle n’ouvre pas de perspectives, mais éteint l’espérance.

Je suis bouleversé par le conflit en Palestine et en Israël : cessez immédiatement le feu dans la bande de Gaza, où se produit une catastrophe humanitaire ; que l’aide arrive à la population palestinienne qui souffre tant ; que les otages enlevés en octobre soient libérés ! Et je pense à la Syrie martyrisée, au Liban, à tout le Moyen-Orient : ne laissons pas s’attiser les flammes du ressentiment, poussées par les vents mortels de la course aux armements ! Ne laissons pas la guerre s’étendre ! Arrêtons l’inertie du mal !

Je pense aux familles, aux jeunes, aux travailleurs, aux personnes âgées, aux enfants : je suis certain que dans leur cœur, dans le cœur des gens ordinaires, il y a une grande aspiration à la paix. Et que, face à l’expansion de la violence, alors que les larmes coulent de leurs yeux, un seul mot sort de leur bouche : « assez ». Assez ! – Moi aussi, je le répète – à ceux qui ont la grave responsabilité de gouverner les nations : assez, stop ! S’il vous plaît, arrêtez le bruit des armes et pensez aux enfants, à tous les enfants, comme à vos propres enfants. Regardons tous l’avenir avec les yeux des enfants. Ils ne demandent pas qui est l’ennemi à détruire, mais qui sont les amis avec lesquels ils peuvent jouer ; ils ont besoin de maisons, de parcs et d’écoles, pas de tombes et de fosses !

Mes amis, je crois que les déserts peuvent fleurir : comme dans la nature, il en va de même dans le cœur des gens et dans la vie des peuples. Mais les pousses d’espoir ne germeront des déserts de haine que si nous savons grandir ensemble, côte à côte ; si nous savons respecter les croyances des autres ; si nous savons reconnaître le droit de chaque peuple à exister et le droit de chaque peuple à avoir un État ; si nous savons vivre en paix sans diaboliser qui que ce soit. Je crois et j’espère en cela, et avec moi les chrétiens qui, au milieu de nombreuses difficultés, vivent au Moyen-Orient : je les embrasse et les encourage, en demandant qu’ils aient toujours et partout le droit et la possibilité de professer librement leur foi, qui parle de paix et de fraternité.

Je vous remercie de votre attention. Je vous salue avec affection, en vous assurant que je porte le Moyen-Orient dans mon cœur. À chacun d’entre vous, je souhaite tout le bien et la bénédiction du Très-Haut.

Shukran! [merci].

 

Texte original en italien. Traduction en français non officielle
Copyright © Dicastère pour la Communication – Libraire Editrice Vaticane

Salle Paul VI, mercredi 20 août 2025

Jésus-Christ notre espérance – III. La Pâque de Jésus. 3.  Le pardon. « Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,2)

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, nous nous arrêtons sur l’un des gestes les plus bouleversants et lumineux de l’Évangile : le moment où Jésus, lors de la Dernière Cène, tend une bouchée à celui qui s’apprête à le trahir. Ce n’est pas seulement un geste de partage, c’est bien plus : c’est l’ultime tentative de l’amour de ne pas se rendre.

Saint Jean, avec sa profonde sensibilité spirituelle, nous décrit ainsi ce moment : « Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer […]  Jésus, sachant que son heure était venue […] les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1-2). Aimer jusqu’au bout : telle est la clé pour comprendre le cœur du Christ. Un amour qui ne s’arrête pas face au rejet, à la déception, ni même à l’ingratitude.

Jésus connaît l’heure, mais ne la subit pas : il la choisit. C’est lui qui reconnaît le moment où son amour devra endurer la blessure la plus douloureuse, celle de la trahison. Et au lieu de se retirer, d’accuser, de se défendre… il continue d’aimer : il lave les pieds, imbibe le pain et l’offre.

« C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper » (Jn 13, 26). Par ce geste simple et humble, Jésus montre pleinement son amour. Non pas qu’il ignore ce qui se passe, mais précisément parce qu’il voit clairement. Il a compris que la liberté des autres, même quand on se perd dans le mal, peut encore être atteinte par la lumière d’un geste doux.  Car il sait que le véritable pardon n’attend pas le repentir, mais s’offre d’abord, comme don gratuit, avant même d’être reçu.

Judas, malheureusement, ne comprend pas. Après la bouchée — dit l’Évangile — « Satan entra en lui » (v. 27). Ce passage nous frappe : comme si le mal, jusque-là caché, se manifestait après que l’amour eut montré son visage le plus désarmé. Et c’est précisément pour cela, frères et sœurs, que cette bouchée est notre salut : parce qu’elle nous dit que Dieu fait tout — absolument tout — pour aller vers nous, même à l’heure où nous le rejetons.

C’est ici que le pardon se révèle dans toute sa puissance et manifeste le visage concret de l’espérance. Il n’est ni oubli, ni faiblesse. Il est la capacité de laisser l’autre libre, tout en l’aimant jusqu’au bout. L’amour de Jésus ne nie pas la vérité de la douleur, mais il ne permet pas au mal d’avoir le dernier mot. Tel est le mystère que Jésus accomplit pour nous, auquel nous aussi, parfois, nous sommes appelés à participer.

Combien de relations se brisent, combien d’histoires se compliquent, combien de non-dits restent suspendus. Pourtant, l’Évangile nous montre qu’il y a toujours une façon de continuer à aimer, même lorsque tout semble irrémédiablement compromis. Pardonner ne signifie pas nier le mal, mais l’empêcher d’engendrer un autre mal. Il ne s’agit pas de dire qu’il ne s’est rien passé, mais de tout faire pour que le ressentiment ne décide pas de l’avenir.

Quand Judas quitte la pièce, « il faisait nuit » (v. 30). Mais aussitôt après, Jésus dit : « Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié » (v. 31). La nuit est encore là, mais une lumière a déjà commencé à briller. Et elle brille parce que le Christ reste fidèle jusqu’au bout, et ainsi son amour est plus fort que la haine.

Chers frères et sœurs, nous aussi, nous vivons des nuits douloureuses et difficiles. Des nuits de l’âme, des nuits de déception, des nuits où quelqu’un nous a blessés ou trahis. Dans ces moments-là, la tentation est de se renfermer, de se protéger, de riposter. Mais le Seigneur nous montre l’espérance qui existe, d’une autre voie qui existe toujours. Il nous enseigne que nous pouvons offrir une bouchée même à ceux qui nous tournent le dos. Que nous pouvons répondre par le silence de la confiance. Et que nous pouvons avancer avec dignité, sans renoncer à l’amour.

Demandons aujourd’hui la grâce de savoir pardonner, même lorsque nous nous sentons incompris, même lorsque nous nous sentons abandonnés. Car c’est précisément dans ces moments-là que l’amour peut atteindre son apogée. Comme Jésus nous l’enseigne, aimer signifie laisser l’autre libre — même de trahir — sans jamais cesser de croire que même cette liberté, blessée et perdue, peut être arrachée aux illusions des ténèbres et ramenée à la lumière du bien.

Lorsque la lumière du pardon parvient à filtrer à travers les  fissures les plus profondes du cœur, nous comprenons qu’il n’est jamais inutile. Même si l’autre ne l’accepte pas, même s’il semble vain, le pardon libère celui qui le donne: il dissout le ressentiment, restaure la paix et nous rend à nous-mêmes.

Jésus, par le geste simple du pain offert, montre que toute trahison peut devenir une occasion de salut, si elle est choisie comme espace d’un amour plus grand. Il ne cède pas au mal, mais le vainc par le bien, l’empêchant d’éteindre ce qu’il y a de plus vrai en nous: la capacité d’aimer.

______________________________________

APPEL

Vendredi prochain, 22 août, nous célébrerons la mémoire de la Bienheureuse Vierge Marie Reine. Marie est la Mère des croyants ici sur terre et est invoquée également comme Reine de la paix. Tandis que notre terre continue d’être blessée par des guerres en Terre Sainte, en Ukraine et dans beaucoup d’autres régions du monde, j’invite tous les fidèles à vivre la journée du 22 août dans le jeûne et la prière, en suppliant le Seigneur de nous accorder la paix et la justice et de sécher les larmes de ceux qui souffrent à cause des conflits armés en cours.

Que Marie, Reine de la paix, intercède afin que les peuples trouvent la voie de la paix.

___________________________

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les groupes de pèlerins venus du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, du Sénégal et de France.

Demandons aujourd’hui, à la ressemblance de Jésus, la grâce de savoir pardonner, même lorsque nous ne nous sentons pas compris, même lorsque nous nous sentons abandonnés. C’est précisément dans ces moments-là que l’amour peut atteindre son sommet.

Que Dieu vous bénisse !

 

 

Play Video
Play Video
Play Video

Méditation :

Dieu qui est « communauté d’amour » nous a créés par amour, pour participer en ensemble, en Église, à sa vie d’amour et d’unité. Cette « assomption communautaire » à laquelle nous sommes appelés n’empêche pas l’intimité de chaque personne avec Dieu. Notre vocation est de communier personnellement à la vie divine, mais surtout d’y communier ensemble. Notre joie sera d’autant plus grande que nous aimerons Dieu ensemble et que nous nous aimerons les uns les autres du même amour dont Il aime chacun.

Notre amour fraternel sera d’autant plus ardent que nous aurons dès ici-bas travaillé ensemble à établir cette communion d’amour et à préparer l’Église éternelle. Nous goûterons alors la vérité de ce psaume « Voyez qu’il est bon et doux d’habiter en frères tous ensemble ! » (Ps 132, 1)

Play Video

Parler avec le cœur.
« Selon la vérité, dans la charité » (Ep 4, 15)

 

Chers frères et sœurs !

Après avoir réfléchi, les années précédentes, sur les verbes  » aller et voir  » et  » écouter  » comme conditions d’une bonne communication, je voudrais, avec ce message pour la 57 ème Journée Mondiale des Communications, m’arrêter sur « parler avec le cœur ». C’est le cœur qui nous a poussé à aller, voir et écouter, et c’est le cœur qui nous pousse à une communication ouverte et accueillante. Après nous être formés à l’écoute, qui demande attente et patience, ainsi que le renoncement à affirmer au préalable notre point de vue, nous pouvons entrer dans la dynamique du dialogue et du partage, qui est précisément celle du fait de communiquer cordialement. Une fois que nous aurons écouté l’autre avec un cœur pur, nous réussirons également à parler selon la vérité dans l’amour (cf. Ep 4, 15). Nous devons avoir peur non pas de proclamer la vérité, même si elle est parfois inconfortable, mais de le faire sans charité, sans cœur. Parce que « le programme du chrétien – comme l’a écrit Benoît XVI – est « un cœur qui voit » » [1] . Un cœur qui, par ses pulsations, révèle la vérité de notre être et qui, pour cette raison, doit être écouté. Cela incite celui qui écoute à se mettre sur la même longueur d’onde, au point de pouvoir sentir dans son propre cœur les pulsations de l’autre. Alors le miracle de la rencontre peut se produire, qui nous amène à nous regarder les uns les autres avec compassion, accueillant avec respect les fragilités de chacun, plutôt que de juger par ouï-dire et de semer la discorde et les divisions.

Jésus nous avertit que tout arbre se reconnaît à ses fruits (cf. Lc 6, 44) : « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (v. 45). Par conséquent, pour pouvoir communiquer selon la vérité dans la charité, l’on doit purifier son propre cœur. Ce n’est qu’en écoutant et en parlant avec un cœur pur que nous pouvons voir au-delà des apparences et surmonter le bruit indistinct qui, également dans le domaine de l’information, ne nous aide pas à discerner dans la complexité du monde où nous vivons. L’appel à parler avec le cœur interpelle radicalement notre temps, tellement enclin à l’indifférence et à l’indignation, parfois même sur la base de la désinformation qui falsifie et instrumentalise la vérité.

Communiquer cordialement

Communiquer cordialement signifie que celui qui nous lit ou nous écoute est amené à saisir notre participation aux joies et aux craintes, aux espoirs et aux souffrances des femmes et des hommes de notre temps. Celui qui parle ainsi aime l’autre parce qu’il se soucie de lui et veille sur sa liberté, sans la violer. Nous pouvons voir ce style dans le mystérieux Voyageur qui converse avec les disciples sur le chemin d’Emmaüs après la tragédie advenue sur le Golgotha. Jésus ressuscité leur parle avec le cœur, accompagnant respectueusement le chemin de leur douleur, se proposant plutôt que s’imposant, leur ouvrant avec amour l’esprit à la compréhension du sens plus profond de ce qui est arrivé. En effet, ils peuvent s’exclamer avec joie que leur cœur brûlait intérieurement tandis qu’Il conversait en chemin et leur expliquait les Écritures (cf. Lc 24, 32).

Dans une période de l’histoire marquée par des polarisations et contrapositions – dont, malheureusement, la communauté ecclésiale n’est pas exempte – l’engagement pour une communication « à cœur et à bras ouverts » ne concerne pas seulement les professionnels de l’information, mais est une responsabilité de tout un chacun. Nous sommes tous appelés à rechercher et à dire la vérité, et à le faire avec charité. Nous chrétiens, en particulier, sommes continuellement exhortés à garder notre langue du mal (cf. Ps 34, 14), puisque, comme l’enseigne l’Écriture, avec elle nous pouvons aussi bien bénir le Seigneur et maudire les hommes créés à l’image de Dieu (cf. Jc 3, 9). De notre bouche ne devraient pas sortir de paroles mauvaises, « mais plutôt une parole bonne et constructive, profitable à ceux qui écoutent » (Ep 4, 29).

Parfois, un discours aimable ouvre une brèche dans les cœurs les plus endurcis. Nous en trouvons également des traces dans la littérature. Je pense à cette page mémorable du chapitre 21 du roman Les Fiancés (Promessi Sposi) où Lucia parle avec son cœur à l’Inconnu jusqu’à ce que celui-ci, désarmé et tourmenté par une crise intérieure salutaire, cède à la douce force de l’amour. Nous en faisons l’expérience dans la coexistence civique, où la gentillesse n’est pas seulement une question de “bonnes manières”, mais un véritable antidote à la cruauté, qui malheureusement peut empoisonner les cœurs et envenimer les relations. Nous en avons besoin dans les médias, afin que la communication ne nourrisse pas un ressentiment qui exaspère, génère de la colère et mène à la confrontation, mais qu’elle aide les gens à réfléchir calmement, à décrypter, avec un esprit critique et toujours respectueux, la réalité dans laquelle ils vivent.

La communication de cœur à cœur : « Il suffit d’aimer bien pour bien s’exprimer ».

L’un des exemples les plus lumineux et les plus fascinants du « parler avec le cœur » est celui de saint François de Sales, Docteur de l’Église, à qui j’ai récemment dédié la lettre apostolique Totum amoris est, 400 ans après sa mort. Parallèlement à cet important anniversaire, il me plaît de rappeler en la circonstance un autre anniversaire en cette année 2023 : le centenaire de sa proclamation comme patron des journalistes catholiques par Pie XI avec l’Encyclique Rerum omnium perturbationem. Intellectuel brillant, écrivain prolifique, théologien d’une grande profondeur, François de Sales est évêque de Genève au début du XVIIe siècle, dans des années difficiles marquées par de vives disputes avec les calvinistes. Sa douceur, son humanité, sa disposition à dialoguer patiemment avec tout le monde et surtout avec ceux qui s’opposaient à lui, firent de lui un témoin extraordinaire de l’amour miséricordieux de Dieu. On pouvait dire de lui que « la parole agréable attire de nombreux amis, le langage aimable attire de nombreuses gentillesses » (Sir 6,5). D’ailleurs, l’une de ses déclarations les plus célèbres, « le cœur parle au cœur », a inspiré des générations de fidèles, dont saint John Henry Newman qui en a fait sa devise, Cor ad cor loquitur : « Il suffit de bien aimer pour bien s’exprimer », était l’une de ses convictions. Cela montre comment, pour lui, la communication ne doit jamais être réduite à un artifice, à – nous dirions aujourd’hui – une stratégie de marketing, mais doit être le reflet de l’âme, la surface visible d’un noyau d’amour invisible aux yeux. Pour saint François de Sales, c’est précisément « dans le cœur et par le cœur que s’accomplit ce processus d’unification subtil et intense en vertu duquel l’homme reconnaît Dieu ». [2] En « aimant bien », saint François est parvenu à communiquer avec le sourd-muet Martin, devenant son ami ; c’est pourquoi on se souvient aussi de lui comme protecteur des personnes souffrant de handicap de communication.

C’est à partir de ce « critère de l’amour » que, par ses écrits et son témoignage de vie, le saint évêque de Genève nous rappelle que « nous sommes ce que nous communiquons ». Une leçon qui va à contre-courant aujourd’hui, à une époque où, comme nous le vivons notamment sur les réseaux sociaux, la communication est souvent instrumentalisée pour que le monde nous voie comme nous voudrions être et non comme nous sommes. Saint François de Sales diffusa de nombreux exemplaires de ses écrits dans la communauté genevoise. Cette intuition « journalistique » lui valut une réputation qui rapidement dépassa le périmètre de son diocèse et qui perdure encore de nos jours. Ses écrits, comme l’a fait remarquer saint Paul VI, constituent « une lecture extrêmement agréable, instructive et stimulante » [3] . Si l’on observe le paysage de la communication aujourd’hui, ne s’agit-il pas précisément des caractéristiques auxquelles doit satisfaire un article, un reportage, une émission de radio ou de télévision ou un post sur les réseaux sociaux ? Puissent donc les professionnels de la communication se laisser inspirer par ce saint de la tendresse, en recherchant et en racontant la vérité avec courage et liberté, tout en rejetant la tentation d’utiliser des expressions percutantes et agressives.

Parler avec le cœur dans le processus synodal

Comme je l’ai souligné, « même dans l’Église, il y a un grand besoin d’écouter et de s’écouter. C’est le don le plus précieux et le plus généreux que nous pouvons offrir les uns les autres ». [4] D’une écoute sans préjugés, attentive et disponible, naît une « prise de parole » selon le style de Dieu, nourrie de proximité, de compassion et de tendresse. Nous avons un besoin urgent dans l’Église d’une communication qui embrase les cœurs, qui soit un baume sur les blessures et qui éclaire le chemin de nos frères et sœurs. Je rêve d’une communication ecclésiale qui sache se laisser guider par l’Esprit Saint, douce et en même temps prophétique, qui sache trouver de nouvelles formes et modalités pour la merveilleuse annonce qu’elle est appelée à porter dans le troisième millénaire. Une communication qui mette au centre la relation avec Dieu et le prochain, en particulier les plus démunis, et qui sache allumer le feu de la foi plutôt que préserver les cendres d’une identité autoréférentielle. Une communication dont les fondements sont l’humilité dans l’écoute et la parresia dans le parler, qui ne sépare jamais la vérité de la charité.

Désarmer les esprits en promouvant un langage de paix

« Une langue délicate peut broyer un os » dit le livre des Proverbes (25,15). Parler avec le cœur est plus que jamais nécessaire aujourd’hui pour promouvoir une culture de la paix là où il y a la guerre ; pour ouvrir des sentiers qui permettent le dialogue et la réconciliation là où la haine et l’inimitié font rage. Dans le contexte dramatique de conflit mondial que nous connaissons, il est urgent d’affirmer une communication qui ne soit pas hostile. Il est nécessaire de surmonter « l’habitude de disqualifier instantanément l’adversaire en lui appliquant des épithètes humiliantes, en lieu et place d’un dialogue ouvert et respectueux ». [5] Nous avons besoin de communicateurs disposés au dialogue, impliqués dans la promotion du désarmement intégral et engagés à dissiper la psychose de la guerre qui se niche dans nos cœurs, comme l’exhortait prophétiquement saint Jean XXIII dans l’encyclique Pacem in Terris : « La vraie paix ne peut s’édifier que dans la confiance mutuelle » (n. 61). Une confiance qui a besoin de communicateurs qui ne soient pas retranchés, mais audacieux et créatifs, prêts à prendre des risques pour trouver un terrain d’entente où se rencontrer. Comme il y a 60 ans, nous vivons aujourd’hui une heure sombre où l’humanité craint une escalade de la guerre, qu’il faut endiguer au plus vite, y compris au niveau de la communication. On est consterné d’entendre avec quelle facilité sont prononcés des paroles appelant à la destruction de peuples et de territoires. Des propos qui, malheureusement, se transforment souvent en actions guerrières d’une violence féroce. C’est pourquoi toute rhétorique belliqueuse doit être rejetée, de même que toute forme de propagande qui manipule la vérité, la défigurant à des fins idéologiques. Au contraire, il faut promouvoir à tous les niveaux une communication qui aide à créer les conditions pour résoudre les conflits entre les peuples.

En tant que chrétiens, nous savons que c’est vraiment grâce à la conversion du cœur que se décide le sort de la paix, puisque le virus de la guerre vient de l’intérieur du cœur humain. [6] Du cœur jaillissent les paroles justes pour dissiper les ombres d’un monde fermé et divisé et construire une civilisation meilleure que celle que nous avons reçue. Il s’agit d’un effort demandé à chacun d’entre nous, mais qui exige tout particulièrement un sens des responsabilités de la part des professionnels de la communication, pour qu’ils exercent leur profession comme une mission.

Que le Seigneur Jésus, Parole pure jaillissant du cœur du Père, nous aide à rendre notre communication libre, limpide et cordiale.

Que le Seigneur Jésus, Verbe fait chair, nous aide à nous mettre à l’écoute de la pulsation des cœurs, à nous redécouvrir frères et sœurs, et à désarmer l’hostilité qui divise.

Que le Seigneur Jésus, Parole de vérité et d’amour, nous aide à dire la vérité dans la charité, afin de nous sentir gardiens les uns des autres.

 

Rome, St Jean de Latran, 24 janvier 2023, mémoire de St François de Sales.

FRANÇOIS

 


[1] Let. enc. Deus caritas est, n. 31.

[2] Let. Apost. Totum amoris est (28 décembre 2022).

[3] Lettre Apostolique Sabaudiae gemmaà l’occasion du quatrième centenaire de la naissancede saint François de Sales, Docteur de l’Église (29 janvier 1967).

[4] Message pour la LVIe Journée Mondiale des Communications Sociales (24 janvier 2022).

[5] Let. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 201.

[6] Cf. Message pour la 56ème Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2023.

 

Source : vatican.va
Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Play Video
Play Video

Méditation :

Prends tout, Seigneur !

« […] Jésus regardait la foule qui mettait de l’argent dans le tronc.
De nombreux riches mettaient beaucoup. Vint une veuve pauvre qui mit deux petites pièces, quelques centimes. » Marc 12.41-44

Le défi qu’a relevé de manière idéale la veuve de l’Evangile avec son obole n’est pas tant de donner beaucoup que de bien donner. Car la manière dont je donne est l’image du don que je fais librement de moi-même. Cette veuve restera un modèle indépassable. Pourquoi ? Parce qu’elle t’offre tout… Elle donne le tout du peu qu’elle a dans une confiance complète.

En Te donnant ces deux piécettes, au fond elle te donne sa vie, puisque c’était tout ce qu’elle avait pour vivre.  Seigneur si nous allons plus loin, Tu ne veux pas tant de ce que nous avons, que ce que nous sommes. Jésus, nous voulons T’offrir notre vie avec ses ombres et ses lumières, le tout du peu que nous sommes nous Te le donnons. Prends tout Seigneur !

Play Video

Méditation :

Philippiens 2, 4 « Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. »

 

Pour nous chrétiens, il s’agit d’un devoir fondamental lié à notre création à l’image de Dieu. Je suis invité à accueillir, aimer mon prochain comme Dieu l’a fait le premier.

 Nous avons été créés pour nous servir les uns les autres. Cela fait partie de notre mandat et c’est notre nature la plus profonde. Mais le péché originel, autrement appelé « la chute », bouscule cet ordre naturel. Il nous divise entre une propension à l’altruisme et à l’égocentrisme. Nous avons besoin d’une parole plus forte que notre égoïsme pour nous sortir de nous-même et cette invitation se fait sous la forme d’un commandement : tu aimeras ton prochain comme toi-même. En renonçant à soi et en choisissant de laisser de l’espace, de la place à l’autre, j’accomplis l’œuvre de Dieu en moi !

La vocation : grâce et mission

Chers frères et sœurs, chers jeunes !

C’est la soixantième fois que nous célébrons la Journée mondiale de prière pour les vocations, instituée par saint Paul VI en 1964, au cours du Concile œcuménique Vatican II. Cette initiative providentielle vise à aider les membres du Peuple de Dieu, personnellement et en communauté, à répondre à l’appel et à la mission que le Seigneur confie à chacun dans le monde d’aujourd’hui, avec ses blessures et ses espoirs, ses défis, ses succès.

Cette année, je vous propose de réfléchir et de prier en étant guidés par le thème « Vocation : grâce et mission ». C’est une occasion précieuse pour redécouvrir avec émerveillement que l’appel du Seigneur est une grâce, un don gratuit, et qu’il s’agit en même temps d’un engagement à partir, à sortir pour apporter l’Évangile. Nous sommes appelés à témoigner de la foi, qui lie fortement la vie de la grâce, à travers les sacrements, la communion ecclésiale, et l’apostolat dans le monde. Animé par l’Esprit, le chrétien se laisse interpeller par les périphéries existentielles et est sensible aux drames humains, en gardant toujours à l’esprit que la mission est l’œuvre de Dieu et qu’elle ne s’accomplit pas seul, mais dans la communion ecclésiale, avec ses frères et sœurs, guidés par les pasteurs. Car tel est, depuis toujours et pour toujours, le rêve de Dieu : que nous vivions avec Lui dans une communion d’amour.

« Choisis avant la création du monde ».

L’apôtre Paul ouvre devant nous un horizon merveilleux : Dieu le Père « nous a choisis dans le Christ, avant la création du monde pour que nous soyons saints, immaculés devant lui dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté » (Ep 1, 4-5). Ce sont des mots qui nous permettent de voir la vie dans sa pleine signification : Dieu nous « conçoit » à son image et à sa ressemblance et veut que nous soyons ses enfants : nous avons été créés par l’Amour, par amour et avec amour, et nous sommes faits pour aimer.

Au cours de notre vie, cet appel, inscrit dans les fibres de notre être et porteur du secret du bonheur, nous rejoint, par l’action de l’Esprit Saint, d’une manière toujours nouvelle, éclaire notre intelligence, donne de la vigueur à notre volonté, nous émerveille et fait brûler notre cœur. Parfois, elle fait même irruption à l’improviste. Ce fut le cas pour moi le 21 septembre 1953, lorsque, me rendant à la fête annuelle des étudiants, j’ai ressenti le besoin d’entrer dans une église et de me confesser. Ce jour a changé ma vie et l’a façonnée d’une manière qui dure encore aujourd’hui. Mais l’appel divin au don de soi se fait progressivement, à travers un cheminement : au contact d’une situation de pauvreté, dans un moment de prière, grâce à un témoignage clair de l’Évangile, à travers une lecture qui nous ouvre l’esprit, lorsque nous écoutons une Parole de Dieu et que nous sentons qu’elle nous est adressée, dans le conseil d’un frère ou d’une sœur qui nous accompagne, dans un temps de maladie ou de deuil… L’imagination de Dieu qui nous appelle est infinie.

Et son initiative et son don gratuit attendent notre réponse. La vocation est « l’entrelacement du choix divin et de la liberté humaine » [1]. C’est une relation dynamique et stimulante qui a pour interlocuteurs Dieu et le cœur de l’homme. Ainsi, le don de la vocation est comme une graine divine qui germe dans le sol de notre vie, nous ouvre à Dieu et aux autres pour partager avec eux le trésor que nous avons trouvé. Telle est la structure fondamentale de ce que nous entendons par vocation : Dieu appelle en aimant et nous, reconnaissants, répondons en aimant. Nous nous découvrons fils et filles aimés par le même Père et nous nous reconnaissons frères et sœurs entre nous. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, lorsqu’elle a enfin « vu » clairement cette réalité, s’est exclamée : « Ma vocation je l’ai enfin trouvée ! Ma vocation, c’est l’Amour ! Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Église […]. Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour » [2].

« Je suis une mission sur cette terre »

L’appel de Dieu, comme nous l’avons dit, comprend l’envoi. Il n’y a pas de vocation sans mission. Et il n’y a pas de bonheur ni de pleine réalisation de soi sans offrir aux autres la nouvelle vie que nous avons trouvée. L’appel divin à l’amour est une expérience qui ne peut être réduite au silence. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile », s’exclame saint Paul (1 Co 9, 16). Et la première Lettre de Jean commence ainsi : Ce que nous avons entendu, vu, contemplé et touché, c’est-à-dire le Verbe fait chair, nous vous l’annonçons aussi pour que notre joie soit complète (cf. 1, 1-4).

Il y a cinq ans, dans l’Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, je m’adressais ainsi à chaque baptisé : « Toi aussi, tu dois concevoir la totalité de ta vie comme une mission » (n. 23). Oui, parce que chacun de nous, sans exception, peut dire : « Je suis une mission sur cette terre, et c’est pourquoi je suis dans ce monde » (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 273).

La mission commune à tous les chrétiens est de témoigner joyeusement, en toute situation, par des attitudes et des paroles, de ce que nous vivons en étant avec Jésus et dans sa communauté qu’est l’Église. Elle se traduit par des œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, par un style de vie accueillant et doux, capable de proximité, de compassion et de tendresse, à contre-courant de la culture du rejet et de l’indifférence. Être le prochain, comme le bon Samaritain (cf. Lc 10, 25-37), nous permet de comprendre le « cœur » de la vocation chrétienne : imiter Jésus-Christ qui est venu pour servir et non pour être servi (cf. Mc 10, 45).

Cette action missionnaire ne découle pas simplement de nos capacités, de nos intentions ou de nos projets, ni de notre volonté, ni même de notre effort pour pratiquer les vertus, mais d’une expérience profonde avec Jésus. Ce n’est qu’alors que nous pouvons devenir les témoins de Quelqu’un, d’une Vie, et cela fait de nous des « apôtres ». C’est alors que nous nous reconnaissons « marqués par cette mission d’éclairer, de bénir, de vivifier, d’élever, de guérir, de libérer » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 273).

Les deux disciples d’Emmaüs sont une icône évangélique de cette expérience. Après leur rencontre avec Jésus ressuscité, ils se confient l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » ( Lc 24, 32). En eux, nous pouvons voir ce que signifie avoir « un cœur brûlant et des pieds en marche » [3]. C’est ce que je souhaite également pour les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse de Lisbonne, que j’attends avec joie et dont la devise est : « Marie se mit en route avec empressement » ( Lc 1, 39).Que chacun se sente appelé à se lever et à partir en hâte, avec un cœur ardent !

Appelés ensemble : convoqués

L’évangéliste Marc raconte le moment où Jésus appela à lui douze disciples, chacun par son nom. Il les constitua pour être avec lui et pour les envoyer prêcher, guérir les maladies et chasser les démons (cf. Mc 3,13-15). Le Seigneur a ainsi posé les fondements de sa nouvelle Communauté. Les Douze étaient des personnes issues de milieux sociaux et de professions différents, n’appartenant pas aux catégories les plus importantes. Les Évangiles nous racontent ensuite d’autres appels, comme celui des soixante-douze disciples que Jésus envoya deux par deux (cf. Lc 10, 1).

L’Église est précisément l’Ekklesía, terme grec qui signifie : assemblée de personnes appelées, convoquées, pour former la communauté des disciples missionnaires de Jésus-Christ, engagés à vivre son amour au milieu d’eux (cf. Jn 13, 34 ; 15, 12) et à le répandre parmi tous, pour que vienne le Royaume de Dieu.

Dans l’Église, nous sommes tous des serviteurs et des servantes, selon des vocations, des charismes et des ministères différents. La vocation au don de soi dans l’amour, commune à tous, se déploie et se concrétise dans la vie des laïcs chrétiens, hommes et femmes, engagés dans la construction de la famille comme petite église domestique et dans le renouvellement des différents milieux de la société avec le levain de l’Évangile ; dans le témoignage des personnes consacrées, toutes données à Dieu pour leurs frères et sœurs comme prophétie du Royaume de Dieu ; dans les ministres ordonnés (diacres, prêtres, évêques) mis au service de la Parole, de la prière et de la communion du peuple saint de Dieu. Ce n’est que dans la relation avec toutes les autres que chaque vocation spécifique dans l’Église se révèle pleinement avec sa vérité et sa richesse propres. En ce sens, l’Église est une symphonie vocationnelle, avec toutes les vocations unies et distinctes dans l’harmonie et ensemble « en sortie » pour rayonner dans le monde la vie nouvelle du Royaume de Dieu.

Grâce et mission : don et engagement

Chers frères et sœurs, la vocation est un don et une charge, une source de vie nouvelle et de joie véritable. Que les initiatives de prière et d’animation associées à cette Journée renforcent la conscience vocationnelle dans nos familles, dans les communautés paroissiales et dans les communautés de vie consacrée, dans les associations et dans les mouvements ecclésiaux. Que l’Esprit du Seigneur ressuscité nous arrache à l’apathie et nous donne la sympathie et l’empathie, afin que nous puissions vivre chaque jour régénérés en tant que fils du Dieu Amour (cf. 1 Jn 4, 16) et être à notre tour générateurs d’amour : capables d’apporter la vie partout, en particulier là où il y a exclusion et exploitation, dénuement et mort. Pour que les espaces de l’amour s’élargissent [4] et que Dieu règne toujours plus dans ce monde.

Que la prière composée par saint Paul VI pour la première Journée mondiale des vocations, le 11 avril 1964, nous accompagne sur ce chemin :

Ô Jésus, divin Pasteur des âmes, qui as appelé les Apôtres à être des pêcheurs d’hommes, attire de nouveau à toi les âmes ardentes et généreuses des jeunes, pour en faire tes disciples et tes ministres ; fais-les participer à ta soif de Rédemption universelle, […] ouvre-leur les horizons du monde entier, […] afin que, répondant à ton appel, ils prolongent ta mission ici-bas, construisent ton Corps mystique, qui est l’Église, et soient « sel de la terre », « lumière du monde » (Mt 5, 13).

Que la Vierge Marie vous accompagne et vous protège. Avec ma bénédiction.

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 30 avril 2023, 4ème dimanche de Pâques.

———————

[1] Document final de la 15ème Assemblée générale ordinaire du Synode des Evêques (2018), Jeunes, foi er discernement vocationnel, n.78.

[2] Manuscrit B, écrit durant sa dernière retraite (septembre 1896): Oeuvres completes, Paris 1992, p. 226.

3] Cf. Message pour la 97ème Journée Missionnaire Mondiale (6 janvier 2023).

[4] « Dilatentur spatia caritatis»: Saint Augustin, Sermon 69: PL 5, 440.441.

———————

Source : vatican.va
Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Voyage apostolique du pape Léon XIV en Turquie et au Liban, avec un pèlerinage à Iznik (Turquie) à l’occasion du 1700è anniversaire du premier Concile de Nicée (27 novembre – 2 décembre 2025)

Rencontre avec Sa Sainteté Bartholomée Ier et signature de la Déclaration commune

Palais Patriarcal (Istanbul), samedi 29 novembre 2025

DÉCLARATION COMMUNE

« Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour »
Psaume 106 (105) : 1

À la veille de la fête de saint André, premier apôtre appelé, frère de l’apôtre Pierre et patron du Patriarcat œcuménique, nous, le Pape Léon XIV et le Patriarche œcuménique Bartholomée, rendons grâce à Dieu, notre Père miséricordieux, pour le don de cette rencontre fraternelle. À l’exemple de nos vénérables prédécesseurs et conformément à la volonté de notre Seigneur Jésus-Christ, nous continuons à marcher avec une ferme détermination sur le chemin du dialogue, dans l’amour et la vérité (cf. Eph 4, 15), vers le rétablissement de la pleine communion tant espérée entre nos Églises sœurs. Conscients que l’unité des chrétiens n’est pas seulement le fruit des efforts humains, mais un don qui vient d’en haut, nous invitons tous les membres de nos Églises – clergé, moines, personnes consacrées et fidèles laïcs – à rechercher sincèrement l’accomplissement de la prière que Jésus-Christ a adressée au Père : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi… pour que le monde croie » (Jn 17, 21).

La commémoration du 1700anniversaire du premier Concile œcuménique de Nicée, célébrée à la veille de notre rencontre, a été un moment de grâce extraordinaire. Le Concile de Nicée, tenu en 325 après J.-C., fut un événement providentiel d’unité. Cependant, le but de cette commémoration n’est pas simplement de rappeler l’importance historique du Concile, mais de nous inciter à rester ouverts au même Esprit-Saint qui a parlé à Nicée, alors que nous sommes confrontés aux nombreux défis de notre temps. Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à tous les dirigeants et délégués des autres Églises et communautés ecclésiales qui ont bien voulu participer à cet événement. Outre la reconnaissance des obstacles qui empêchent le rétablissement de la pleine communion entre tous les chrétiens – obstacles que nous cherchons à surmonter par le dialogue théologique –, nous devons également reconnaître que ce qui nous unit, c’est la foi exprimée dans le Credo de Nicée. Il s’agit de la foi salvatrice en la personne du Fils de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, homoousios avec le Père, qui pour nous et pour notre salut a pris chair et a habité parmi nous, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, est monté au ciel et reviendra pour juger les vivants et les morts. Par la venue du Fils de Dieu, nous sommes initiés au mystère de la Sainte Trinité – Père, Fils et Saint-Esprit – et invités à devenir, en et par la personne du Christ, enfants du Père et cohéritiers avec le Christ par la grâce du Saint-Esprit. Fort de cette confession commune, nous pouvons relever les défis qui nous sont communs en témoignant de la foi exprimée à Nicée dans le respect mutuel, et œuvrer ensemble à des solutions concrètes avec une espérance authentique.

Nous sommes convaincus que la commémoration de cet anniversaire important peut inspirer de nouvelles avancées courageuses sur la voie de l’unité. Parmi ses décisions, le premier Concile de Nicée a également fourni les critères permettant de déterminer la date de Pâques, commune à tous les chrétiens. Nous remercions la divine providence d’avoir permis que le monde chrétien tout entier célèbre Pâques le même jour cette année. C’est notre désir commun de poursuivre le processus d’exploration d’une solution possible permettant de célébrer ensemble la Fête des fêtes chaque année. Nous espérons et prions pour que tous les chrétiens, « en toute sagesse et intelligence spirituelle » (Col 1, 9), s’engagent dans le processus visant à parvenir à une célébration commune de la glorieuse résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.

Cette année, nous commémorons également le 60e anniversaire de la Déclaration commune historique de nos vénérables prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Patriarche œcuménique Athénagoras, qui a mis fin à l’échange d’excommunications de 1054. Nous rendons grâce à Dieu que ce geste prophétique ait incité nos Églises à poursuivre « dans un esprit de confiance, d’estime et de charité mutuelles, le dialogue qui les amènera, Dieu aidant, à vivre de nouveau, pour le plus grand bien des âmes et l’avènement du règne de Dieu, dans la pleine communion de foi, de concorde fraternelle et de vie sacramentelle qui exista entre elles au cours de premier millénaire de la vie de l’Église » (Déclaration commune du pape Paul VI et du patriarche œcuménique Athénagoras, 7 décembre 1965). Dans le même temps, nous exhortons ceux qui hésitent encore à toute forme de dialogue à écouter ce que l’Esprit dit aux Églises (cf. Ap 2, 29), qui, dans le contexte actuel de l’histoire, nous exhorte à présenter au monde un témoignage renouvelé de paix, de réconciliation et d’unité.

Convaincus de l’importance du dialogue, nous exprimons notre soutien continu au travail de la Commission mixte internationale pour le Dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe, qui, dans sa phase actuelle, examine des questions qui ont été historiquement considérées comme sources de division. Outre le rôle irremplaçable que joue le dialogue théologique dans le processus de rapprochement entre nos Églises, nous saluons également les autres éléments nécessaires à ce processus, notamment les contacts fraternels, la prière et le travail commun dans tous les domaines où la coopération est déjà possible. Nous exhortons vivement tous les fidèles de nos Églises, et en particulier le clergé et les théologiens, à accueillir avec joie les fruits obtenus jusqu’à présent et à œuvrer pour qu’ils continuent à croître.

L’objectif de l’unité chrétienne comprend celui de contribuer de manière fondamentale et vivifiante à la paix entre tous les peuples. Nous élevons ensemble nos voix avec ferveur pour invoquer le don de la paix de Dieu sur notre monde. Malheureusement, dans de nombreuses régions du monde, les conflits et la violence continuent de détruire la vie de nombreuses personnes. Nous appelons ceux qui ont des responsabilités civiles et politiques à tout mettre en œuvre pour que la tragédie de la guerre cesse immédiatement et nous invitons toutes les personnes de bonne volonté à soutenir notre requête.

Nous rejetons notamment toute utilisation de la religion et du nom de Dieu pour justifier la violence. Nous croyons qu’un dialogue interreligieux authentique, loin d’être une source de syncrétisme et de confusion, est essentiel à la coexistence des peuples aux traditions et cultures différentes. Conscients du 60e anniversaire de la déclaration Nostra Aetate, nous exhortons tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté à œuvrer ensemble pour construire un monde plus juste et plus solidaire, et à prendre soin de la création qui nous a été confiée par Dieu. Ce n’est qu’ainsi que la famille humaine pourra surmonter l’indifférence, la soif de domination, la cupidité et la xénophobie.

Bien que nous soyons profondément alarmés par la situation internationale actuelle, nous ne perdons pas espoir. Dieu n’abandonnera pas l’humanité. Le Père a envoyé son Fils unique pour nous sauver, et le Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ, nous a donné le Saint-Esprit, afin de nous faire participer à sa vie divine, préservant et protégeant le caractère sacré de la personne humaine. Grâce au Saint-Esprit, nous savons et nous expérimentons que Dieu est avec nous. C’est pourquoi, dans notre prière, nous confions à Dieu chaque être humain, en particulier ceux qui sont dans le besoin, ceux qui souffrent de la faim, de la solitude ou de la maladie. Nous invoquons toutes les grâces et toutes les bénédictions sur chaque membre de la famille humaine, afin que « leurs cœurs soient remplis de courage et pour que, rassemblés dans l’amour, ils accèdent à la plénitude de l’intelligence dans toute sa richesse, et à la vraie connaissance du mystère de Dieu », qui est notre Seigneur Jésus-Christ (Col 2, 2).

Du Phanar, le 29 novembre 2025

Copyright © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

 

Play Video

Basilique Saint-Pierre, IIIe dimanche de l’Avent, 14 décembre 2025

Chers frères et sœurs,

Nous célébrons aujourd’hui le Jubilé de l’espérance pour le monde carcéral, pour les détenus et pour tous ceux qui s’occupent de la réalité pénitentiaire. Par un choix lourd de sens, nous le faisons ce troisième dimanche de l’Avent, que la liturgie dit de “Gaudete !”, d’après les mots qui ouvrent l’antienne d’entrée de la messe (cf. Ph 4, 4). Dans l’année liturgique, c’est le dimanche “de la joie” qui nous rappelle la dimension lumineuse de l’attente : la confiance que quelque chose de beau, de joyeux va arriver.

À ce propos, le 26 décembre dernier, le pape François, en ouvrant la Porte Sainte de l’église du Notre Père, dans la maison d’arrêt de Rebibbia, lançait une invitation à chacun : « Je vais vous dire deux choses – affirmait-il – Premièrement : la corde en main, avec l’ancre de l’espérance. Deuxièmement : ouvrez en grand les portes du cœur ». En faisant référence à l’image d’une ancre lancée vers l’éternité, au-delà de toute barrière d’espace et de temps (cf. He 6,17-20), il nous invitait à garder vivante la foi en la vie qui nous attend, et à toujours croire en la possibilité d’un avenir meilleur. Mais en même temps, il nous exhortait à être, avec un cœur généreux, des artisans de justice et de charité dans les milieux où nous vivons.

À l’approche de la clôture de l’Année jubilaire, nous devons reconnaître que, malgré les efforts d’un grand nombre, il y a encore beaucoup à faire en ce sens, également dans le monde carcéral. Les paroles du prophète Isaïe que nous avons entendues – « Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête » (Is 35,10) – nous rappellent que Dieu est Celui qui rachète, qui libère, et elles résonnent comme une mission importante et exigeante pour nous tous. Certes, la prison est un environnement difficile, et les meilleures intentions peuvent y rencontrer nombre d’obstacles. C’est précisément pour cette raison qu’il ne faut pas se lasser, se décourager ou reculer, mais aller de l’avant avec ténacité, courage et esprit de collaboration. Nombreux sont ceux en effet qui ne comprennent pas encore qu’il faut pouvoir se relever après une chute, qu’aucun être humain ne se résume à ses actes et que la justice est toujours un processus de réparation et de réconciliation.

Mais lorsque, y compris dans des conditions difficiles, on préserve la beauté des sentiments, la sensibilité, l’attention aux besoins des autres, le respect, la capacité de miséricorde et de pardon, alors des fleurs merveilleuses s’épanouissent du sol dur de la souffrance et du péché, et des gestes, des projets et des rencontres uniques dans leur humanité mûrissent, même entre les murs des prisons. Il s’agit d’un travail sur ses propres sentiments et pensées, nécessaire aux personnes privées de liberté, mais avant tout à ceux qui ont la lourde charge de représenter la justice auprès d’elles et pour elles. Le Jubilé est un appel à la conversion et, à ce titre, il est source d’espérance et de joie.

C’est pourquoi il est important de regarder avant tout vers Jésus, vers son humanité, vers son Royaume où « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent […], les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Mt 11, 5). Toutefois, si parfois ces miracles se produisent grâce à des interventions extraordinaires de Dieu, ils sont le plus souvent confiés à notre compassion, à l’attention, à la sagesse et à la responsabilité de nos communautés et de nos institutions.

Cela nous amène à une autre dimension de la prophétie que nous avons entendue : l’engagement à promouvoir dans tous les milieux – et aujourd’hui, nous insistons particulièrement sur les prisons – une civilisation fondée sur de nouveaux critères, et en fin de compte sur la charité, comme le disait Saint Paul VI à la fin de l’Année jubilaire 1975 : « Celle-ci – la charité – voudrait être, surtout sur le plan de la vie publique, […] le principe de la nouvelle heure de grâce et de bonne volonté que le calendrier de l’histoire ouvre devant nous : la civilisation de l’amour ! » (Audience générale, 31 décembre 1975).

À cette fin, le Pape François souhaitait notamment que, pour l’Année sainte, puissent être accordées « des formes d’amnistie ou de remise de peine visant à aider les personnes à retrouver confiance en elles-mêmes et dans la société » (Bulle Spes non confundit, n. 10), et que de réelles possibilités de réinsertion soient offertes à tous (cf. ibid.). J’espère que de nombreux pays donneront suite à son souhait. Le Jubilé, comme nous le savons, dans son origine biblique était précisément une année de grâce où chacun se voyait offrir la possibilité de recommencer à bien des égards (cf. Lv 25, 8-10).

L’Évangile que nous avons entendu nous en parle également. Jean-Baptiste, tout en prêchant et en baptisant, invitait le peuple à se convertir et à traverser à nouveau symboliquement le fleuve, comme au temps de Josué (cf. Jos 3, 17), pour entrer en possession de la nouvelle “terre promise”, c’est-à-dire un cœur réconcilié avec Dieu et avec les frères. Sa figure de prophète est éloquente en ce sens : il était droit, austère, franc au point qu’il se fera emprisonner pour le courage de ses paroles, car il n’était pas « un roseau agité par le vent » (Mt 11, 7). Et en même temps, il était riche de miséricorde et de compréhension envers ceux qui, sincèrement repentis, cherchaient difficilement à changer (cf. Lc 3, 10-14).

À ce propos, saint Augustin, dans son célèbre commentaire sur l’épisode évangélique de la femme adultère pardonnée (cf. Jn 8, 1-11), conclut en disant : « Les bourreaux une fois partis, il n’y avait plus effectivement que la misère et la miséricorde. Et le Seigneur lui dit : […] garde-toi de pécher à l’avenir (Jn 8, 10-11) » (Sermo 302, 14).

Chers amis, la tâche que le Seigneur vous confie – à tous, détenus et responsables du monde carcéral – n’est pas facile. Les problèmes à affronter sont nombreux. Pensons à la surpopulation, à l’engagement encore insuffisant pour garantir des programmes éducatifs stables de réhabilitation et des opportunités de travail. Et n’oublions pas, au niveau plus personnel, le poids du passé, les blessures du corps et du cœur à guérir, les déceptions, la patience infinie qu’il faut avoir envers soi-même et envers les autre lorsqu’on entreprend des chemins de conversion, et la tentation d’abandonner ou de ne plus pardonner. Mais le Seigneur, au-delà de tout cela, continue de nous répéter qu’une seule chose est importante : que personne ne soit perdu (cf. Jn 6, 39) et que tous « soient sauvés » (1 Tm 2, 4).

Que personne ne soit perdu ! Que tous soient sauvés ! C’est ce que veut notre Dieu, c’est son Royaume, c’est le but de son action dans le monde. À l’approche de Noël, nous voulons nous aussi embrasser son rêve avec encore plus de force, constants dans notre engagement (cf. Jc 5, 8) et confiants. Car nous savons que, même devant les plus grands défis, nous ne sommes pas seuls : le Seigneur est proche (cf. Ph 4, 5), il marche avec nous et, avec Lui à nos côtés, quelque chose de beau et de joyeux arrivera toujours.

Copyright © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

 

Retrouvez d'autres publications de cette édition

AU FIL DES JOURS...

Vous pouvez y accéder en vous abonnant à l'email de prière ou en téléchargeant l'application "Prier Aujourd'hui"