
En Tunisie, au carrefour des cultures méditerranéennes et arabes, les défis sociaux demeurent importants, marqués par de profondes disparités dans la répartition des richesses. L’accès à l’école des enfants reste lui aussi très inégal, souvent renforcé par les différences socioéconomiques des familles dans lesquelles ils grandissent.

Nous démarrons cette Semaine Missionnaire Mondiale avec le chapitre 10 de l’Evangile de Marc : la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche (Mc 10, 17-30). Une histoire qui bien souvent nous interpelle. Il faut dire que ce jeune homme suit fidèlement les prescriptions de la Loi, mais lorsque Jésus, avec tout son amour, lui propose de le suivre, il refuse en raison de ses nombreux biens. Cette scène fait écho au discours de Jésus sur la mission dans l’évangile de Matthieu, chapitre 10 : « Ne vous procurez ni or, ni argent, ni monnaie de cuivre, ni sac pour la route, ni tunique de rechange… ».
Appelés personnellement par Jésus, les disciples sont donc invités à adopter une attitude qui est celle de tout missionnaire : envoyé avec ce qu’il est, y compris ses imperfections, mais sans rien pour lui-même, dépendant ainsi des autres. Si nous partons en mission sans éprouver de manque, nous ne serons pas véritablement disponibles. Toute mission exige un appauvrissement, un abandon d’une forme de confort, qui permet deux attitudes essentielles du cœur : l’humilité et la confiance.
L’humilité de reconnaître celui qui nous envoie et celui que nous annonçons, ainsi que l’humilité d’accepter que, malgré nos talents, nous avons beaucoup de faiblesses, ce qui nous place dans une dépendance vis-à-vis de Dieu et des autres.
Et la confiance dans le fait que l’Esprit Saint nous inspirera les paroles à dire et nous montrera vers qui aller.
Aujourd’hui, demandons-nous : de quoi dois-je me dépouiller pour que ma confiance grandisse et que je sois préservé dans une véritable humilité ?
Dans la Bible, une bénédiction est d’abord un acte de Dieu. Dieu veut le bien pour l’homme. Cette bénédiction s’enracine dans la Genèse, où la Création bonne est faite pour le bien de l’homme.
Lorsqu’à son tour l’Eglise bénit, elle affirme la présence de Dieu, déjà à l’œuvre, dans la vie d’une personne. Ainsi, elle l’aide à prendre conscience de la place de Dieu dans sa vie. C’est dans l’eucharistie que se développe pleinement la bénédiction car c’est dans l’eucharistie que se rencontrent, au plus haut point, l’œuvre de Dieu et la réponse de son Peuple.
Tout de l’homme intéresse Dieu ! En acceptant de se laisser bénir dans toutes les dimensions de sa vie, celui qui est béni apprend à reconnaître la présence aimante de Dieu. A son exemple, il saura lui aussi dire du bien de ses frères : les réconfortant, les valorisant, les conduisant à voir eux aussi la présence de Dieu dans leur quotidien, etc.
Depuis l’invasion de la Russie en 2022, l’Ukraine est marquée par une crise humanitaire aiguë : la population a diminué de plus de 10 millions et l’exode, l’insécurité alimentaire, l’absence d’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que la destruction des infrastructures rendent la vie quotidienne extrêmement difficile pour la majorité des habitants. Les conditions de vie de la population restent dramatiques, en particulier pour les personnes déplacées, les personnes âgées ou les familles vulnérables : plus de 14 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire d’urgence, tandis que des millions d’Ukrainiens vivent sous la menace de la pauvreté, sans accès stable au logement, à l’emploi, à l’éducation ou aux soins médicaux.
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous avons expliqué la dernière fois ce que, de l’Esprit Saint, nous proclamons dans le credo. La réflexion de l’Église ne s’est cependant pas arrêtée à cette brève profession de foi. Elle s’est poursuivie, tant en Orient qu’en Occident, à travers l’œuvre des grands Pères et Docteurs de l’Église. Aujourd’hui, en particulier, nous voudrions recueillir quelques miettes de la doctrine de l’Esprit Saint développée dans la tradition latine, pour voir comment elle éclaire toute la vie chrétienne et plus particulièrement le sacrement du mariage.
Le principal instigateur de cette doctrine est saint Augustin, qui a développé la doctrine sur l’Esprit Saint. Il part de la révélation que « Dieu est amour » ( 1 Jn 4,8). Or l’amour suppose quelqu’un qui aime, quelqu’un qui est aimé, et l’amour lui-même qui les unit. Le Père est, dans la Trinité, celui qui aime, la source et le commencement de tout ; le Fils est celui qui est aimé, et l’Esprit Saint est l’amour qui les unit [1]. Le Dieu des chrétiens est donc un Dieu “unique”, mais non pas solitaire ; Il est une unité de communion et d’amour. Dans cette optique, certains ont proposé d’appeler l’Esprit Saint, non pas la “troisième personne” singulière de la Trinité, mais plutôt la “première personne du pluriel”. En d’autres termes, Il est le Nous, le Nous divin du Père et du Fils, le lien d’unité entre les différentes personnes [2], le principe même de l’unité de l’Église, qui est précisément un “seul corps”, résultant de plusieurs personnes.
Comme je l’ai dit, aujourd’hui je voudrais réfléchir avec vous en particulier sur ce que l’Esprit Saint a à dire à la famille. Qu’est-ce que l’Esprit Saint peut avoir à voir avec le mariage, par exemple ? Beaucoup, peut-être l’essentiel, et j’essaie d’expliquer pourquoi ! Le mariage chrétien est le sacrement du don de soi, l’un à l’autre, de l’homme et de la femme. C’est ainsi que l’a voulu le Créateur lorsqu’il « créa l’homme à son image […] : il les créa homme et femme » (Gn 1,27). Le couple humain est donc la première et la plus élémentaire réalisation de la communion d’amour qu’est la Trinité.
Les époux devraient également former une première personne du pluriel, un “nous”. Se tenir l’un devant l’autre comme un « je » et un « tu », et se tenir devant le reste du monde, y compris les enfants, comme un “nous”. Que c’est beau d’entendre une mère dire à ses enfants : « Ton père et moi… “, comme Marie l’a dit à Jésus lorsqu’ils l’ont trouvé à l’âge de douze ans dans le temple enseignant aux docteurs (cf. Lc 2, 48), et d’entendre un père dire : ” Ta mère et moi », comme s’ils ne formaient qu’un sujet unique. Combien les enfants ont besoin de cette unité- papa et maman ensemble- l’unité des parents et combien ils souffrent lorsqu’elle fait défaut ! Combien souffrent, les enfants dont les parents se séparent, combien en souffrent-ils !
Pour correspondre à cette vocation, le mariage a cependant besoin du soutien de Celui qui est le Don, ou plutôt le don de soi par excellence. Là où l’Esprit Saint entre, la capacité de se donner renaît. Certains Pères de l’Église ont affirmé que, étant le don réciproque du Père et du Fils dans la Trinité, l’Esprit Saint est aussi la raison de la joie qui règne entre eux, et ils n’ont pas craint d’utiliser, pour en parler, l’image des gestes propres à la vie conjugale, comme le baiser et l’étreinte [3].
Personne ne dit qu’une telle unité est un objectif facile à atteindre, surtout dans le monde d’aujourd’hui ; mais c’est la vérité des choses telles que le Créateur les a conçues et c’est donc dans leur nature. Certes, il peut sembler plus facile et plus rapide de construire sur le sable que sur le roc, mais Jésus nous dit quel est le résultat (cf. Mt 7, 24-27). Dans ce cas, nous n’avons même pas besoin de la parabole, car les conséquences des mariages construits sur le sable sont malheureusement visibles pour tous, et ce sont surtout les enfants qui en paient le prix. Les enfants souffrent de la séparation ou du manque d’amour de leurs parents ! De tant d’époux, il faut répéter ce que Marie a dit à Jésus à Cana en Galilée : « Ils n’ont pas de vin » (Jn 2,3). L’Esprit Saint est celui qui continue à accomplir, sur le plan spirituel, le miracle que fit Jésus à cette occasion, à savoir transformer l’eau de l’habitude en une nouvelle joie d’être ensemble. Il ne s’agit pas d’une pieuse illusion : c’est ce que l’Esprit Saint a fait dans tant de mariages, lorsque les époux se sont décidés à l’invoquer.
Il ne serait donc pas mal qu’à côté des informations de nature juridique, psychologique et morale qui sont données, cette préparation “spirituelle” des fiancés au mariage soit approfondie, l’Esprit Saint qui fait l’unité. “Entre le mari et la femme, ne mets pas ton doigt”, dit un proverbe italien. Au contraire, il y a un “doigt” à mettre entre le mari et la femme, et c’est précisément le “doigt de Dieu” : c’est-à-dire l’Esprit Saint !
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[1] Cf. saint Augustin, De Trinitate, VIII, 10, 14.
[2] Cf. H. Mühlen, Una mystica persona. L’Église comme mystère de l’Esprit Saint, Città Nuova, 1968.
[3] Cfr S. Ilario di Poitiers, De Trinitate, II,1; S. Agostino, De Trinitate, VI, 10,11.
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On dit souvent qu’il est meilleur de laisser une personne faire un bien plutôt que de le faire soi-même. Pourquoi ? Parce que la plus belle des charités est de donner à l’autre occasion de la pratiquer. Aimer une personne c’est lui révéler sa beauté ; beauté qui est intrinsèquement lié au don de soi. En lui donnant l’occasion ou en la mettant en situation de se donner, on lui donne de réaliser qu’elle est un don de Dieu pour les autres et d’accomplir pleinement sa vocation. Sainte Thérèse disait ainsi : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ! »

MESSAGE DE SA SAINTETÉ LÉON XIV
POUR LA 59e JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX
1er JANVIER 2026
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La paix soit avec vous tous
Vers une paix désarmée et désarmante
« La paix soit avec vous ! ».
Cette salutation très ancienne, encore utilisée aujourd’hui dans de nombreuses cultures, a retrouvé toute sa vigueur le soir de Pâques sur les lèvres de Jésus ressuscité. « La paix soit avec vous » ( Jn 20, 19.21) est sa Parole qui non seulement souhaite, mais réalise un changement définitif en celui qui l’accueille et, ainsi, dans toute la réalité. C’est pourquoi les successeurs des Apôtres donnent de la voix, chaque jour et dans le monde entier, à la plus silencieuse révolution : « La paix soit avec vous ! ». Dès le soir de mon élection comme Évêque de Rome, j’ai voulu inscrire ma salutation dans cette annonce chorale. Et je tiens à le répéter : il s’agit de la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. (1)
La paix du Christ ressuscité
C’est le Bon Pasteur qui a vaincu la mort et abattu les murs de séparation entre les êtres humains (cf. Ep 2, 14) ; c’est Lui qui donne sa vie pour son troupeau et qui a beaucoup de brebis en dehors de la clôture de la bergerie (cf. Jn 10, 11.16) : le Christ, notre paix. Sa présence, son offrande, sa victoire rejaillissent sur la persévérance de nombreux témoins grâce auxquels l’œuvre de Dieu se poursuit dans le monde, devenant même davantage perceptible et lumineuse dans l’obscurité des temps.
Le contraste entre les ténèbres et la lumière, en effet, n’est pas seulement une image biblique pour décrire les souffrances donnant naissance à un monde nouveau : il est une expérience qui nous traverse et nous bouleverse face aux épreuves que nous rencontrons, dans les circonstances historiques dans lesquelles nous vivons. Oui, voir la lumière et croire en elle est nécessaire pour ne pas sombrer dans les ténèbres. Il s’agit d’une exigence que les disciples de Jésus sont appelés à vivre de façon unique et privilégiée, mais qui réussit de bien des manières à se frayer un passage dans le cœur de chaque être humain. La paix existe, elle veut habiter en nous, elle a le doux pouvoir d’éclairer et de dilater l’intelligence, elle résiste à la violence et la surmonte. La paix a le souffle de l’éternel : tandis qu’on crie “assez” au mal, on murmure “pour toujours” à la paix. C’est dans cette perspective que le Ressuscité nous a introduits. C’est dans cette intuition que vivent les artisans de paix qui, dans le drame de ce que le Pape François a appelé “la troisième guerre mondiale par morceaux”, résistent encore à la contagion des ténèbres, comme des sentinelles dans la nuit.
Le contraire, c’est-à-dire oublier la lumière, est malheureusement possible : on perd alors tout réalisme, cédant à une représentation partielle et déformée du monde, sous le signe des ténèbres et de la peur. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, qualifient de réalistes les récits dépourvus d’espérance, aveugles à la beauté des autres, oublieux de la grâce de Dieu toujours à l’œuvre dans les cœurs humains, aussi blessés soient-ils par le péché. Saint Augustin exhortait les chrétiens à nouer une amitié indissoluble avec la paix, afin que, en la gardant au plus profond de leur esprit, ils puissent en rayonner la chaleur lumineuse tout autour d’eux. Celui-ci, en s’adressant à sa communauté, écrivait : « Si vous désirez que les autres aussi soient en paix, soyez-y vous-mêmes, restez-y vous-mêmes. Pour embraser les autres, que la paix de votre charité soit en vous tout ardente ». (2)
Que nous ayons le don de la foi ou qu’il nous semble ne pas l’avoir, chers frères et sœurs, ouvrons-nous à la paix ! Accueillons-la et reconnaissons-la, plutôt que de la considérer comme lointaine et impossible. Avant d’être un objectif, la paix est une présence et un cheminement. Même si elle est entravée à l’intérieur et à l’extérieur de nous, comme une petite flamme menacée par la tempête, gardons-la sans oublier ni les noms ni les histoires de ceux qui en ont témoigné. C’est un principe qui guide et détermine nos choix. Y compris dans les lieux où il ne reste que des ruines et où le désespoir semble inévitable, nous trouvons encore aujourd’hui des personnes qui n’ont pas oublié la paix. Tout comme le soir de Pâques, Jésus est entré dans le lieu où se trouvaient ses disciples effrayés et découragés, ainsi la paix du Christ ressuscité continue de franchir les portes et les barrières grâce aux voix et aux visages de ses témoins. C’est le don qui permet de ne pas oublier le bien, de le reconnaître comme vainqueur et de le choisir encore et ensemble.
Une paix désarmée
Peu avant d’être capturé, dans un moment d’intense confiance, Jésus dit à ceux qui étaient avec Lui : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne ». Et il ajouta immédiatement : « Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie » (Jn 14, 27). Le trouble et la crainte pouvaient bien entendu concerner la violence qui allait bientôt s’abattre sur Lui. Plus profondément, les Évangiles ne cachent pas que ce qui déconcerta les disciples, ce fut sa réponse non violente : une voie que tous, Pierre le premier, contestèrent mais sur laquelle, jusqu’à la fin, le Maître demanda de le suivre. La voie de Jésus continue à être source de trouble et de crainte. Et Il répète avec fermeté à qui voudrait le défendre : « Rentre le glaive dans le fourreau » (Jn 18, 11 ; cf. Mt 26, 52). La paix de Jésus ressuscité est désarmée, car son combat fut désarmé, dans des circonstances historiques, politiques et sociales précises. De cette nouveauté, les chrétiens doivent ensemble témoigner prophétiquement en se souvenant des tragédies dont ils se sont trop souvent rendus complices. La grande parabole du jugement universel invite tous les chrétiens à agir avec miséricorde dans cette prise de conscience (cf. Mt 25, 31-46). Et ce faisant, ils trouveront à leurs côtés des frères et sœurs qui, de différentes manières, ont su écouter la douleur des autres et se sont intérieurement libérés du piège de la violence.
Bien que beaucoup de personnes aujourd’hui aient un cœur disposé à la paix, un grand sentiment d’impuissance les envahit devant le cours des événements de plus en plus incertain. Saint Augustin, en effet, signalait déjà un paradoxe particulier : « Louer la paix, c’est chose plus difficile que de la posséder. Voulons-nous la louer en effet ? Nous désirons des forces, nous cherchons à éveiller la sensibilité, nous équilibrons des mots. Au contraire, voulons-nous la posséder ? Sans travail elle est à nous, nous la tenons ». (3)
Lorsque nous traitons la paix comme un idéal lointain, nous finissons par ne plus considérer scandaleux que l’on puisse la nier et en arriver même à la guerre pour atteindre la paix. Les bonnes idées, les phrases pesées, la capacité à dire que la paix est proche semblent faire défaut. Si la paix n’est pas une réalité vécue, à préserver et à cultiver, l’agressivité se répand dans la vie domestique comme dans la vie publique. Dans les relations entre citoyens et gouvernants, on en arrive à considérer comme une faute le fait de ne pas se préparer suffisamment à la guerre, à réagir aux attaques, à répondre à la violence. Bien au-delà du principe de légitime défense, cette logique antagoniste est, sur le plan politique, la donnée la plus actuelle dans une déstabilisation planétaire qui devient chaque jour plus dramatique et imprévisible. Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres. En effet, la force dissuasive de la puissance, et en particulier celle de la dissuasion nucléaire, traduisent l’irrationalité d’un rapport entre les peuples, fondé non pas sur le droit, sur la justice ou sur la confiance, mais sur la peur et la domination de la force. « En conséquence, comme l’écrivait déjà saint Jean XXIII à son époque, les populations vivent dans une appréhension continuelle et comme sous la menace d’un épouvantable ouragan, capable de se déchaîner à tout instant. Et non sans raison, puisque l’armement est toujours prêt. Qu’il y ait des hommes au monde pour prendre la responsabilité des massacres et des ruines sans nombre d’une guerre, cela peut paraître incroyable ; pourtant, on est contraint de l’avouer, une surprise, un accident suffiraient à provoquer la conflagration ». (4)
Or, au cours de l’année 2024, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 9,4 % par rapport à l’année précédente, confirmant la tendance ininterrompue depuis dix ans et atteignant le chiffre de 2.718 milliards de dollars, soit 2,5 % du PIB mondial. (5) De plus, aujourd’hui, on semble vouloir répondre aux nouveaux défis non seulement par un effort économique considérable en matière de réarmement, mais aussi par un réalignement des politiques éducatives : à la place d’une culture de la mémoire qui préserve les prises de consciences acquises au cours du XX siècle et n’oublie pas les millions de victimes, on promeut des campagnes de communication et des programmes éducatifs, dans les écoles et les universités comme dans les médias, diffusant la perception de menaces et transmettant une conception purement armée de défense et de sécurité.
Cependant, « un ami véritable de la paix aime ceux qui ne l’aiment pas ». (6) Saint Augustin recommandait ainsi de ne pas détruire les ponts et de ne pas s’appesantir dans le registre des reproches, préférant la voie de l’écoute et, dans la mesure du possible, de la rencontre avec les motivations des autres. Il y a soixante ans, le Concile Vatican II se concluait sur la prise de conscience d’un dialogue urgent entre l’Église et le monde contemporain. En particulier, la Constitution Gaudium et spes attirait l’attention sur l’évolution de la pratique belliqueuse : « Le risque particulier de la guerre moderne consiste en ce qu’elle fournit l’occasion à ceux qui possèdent des armes scientifiques plus récentes de commettre des crimes ; et, par un enchaînement en quelque sorte inexorable, elle peut pousser la volonté humaine aux plus atroces décisions. Pour que plus jamais ceci se produise, les évêques du monde entier, rassemblés et ne faisant qu’un, adjurent tous les hommes, tout particulièrement les chefs d’État et les autorités militaires, de peser à tout instant une responsabilité aussi immense devant Dieu et devant toute l’humanité ». (7)
Tout en réitérant l’appel des Pères conciliaires et en estimant que la voie du dialogue est la plus efficace à tous les niveaux, nous constatons combien les progrès technologiques et l’application dans le domaine militaire de l’intelligence artificielle ont radicalisé la dimension tragique des conflits armés. On assiste même à un processus de déresponsabilisation des dirigeants politiques et militaires, en raison de la croissante “délégation” aux machines des décisions concernant la vie et la mort des personnes humaines. Il s’agit d’une spirale destructrice sans précédent de l’humanisme juridique et philosophique sur lequel repose toute civilisation et par lequel toute civilisation est protégée. Il convient de dénoncer les énormes concentrations d’intérêts économiques et financiers privés qui poussent les États dans cette direction ; mais cela ne suffit pas si, dans le même temps, on ne favorise pas le réveil des consciences et de la pensée critique. L’encyclique Fratelli tutti présente saint François d’Assise comme exemple d’un tel réveil : « Dans ce monde parsemé de tours de guet et de murs de protection, les villes étaient déchirées par des guerres sanglantes entre de puissants clans, alors que s’agrandissaient les zones misérables des périphéries marginalisées. Là, François a reçu la vraie paix intérieure, s’est libéré de tout désir de suprématie sur les autres, s’est fait l’un des derniers et a cherché à vivre en harmonie avec tout le monde ». (8) C’est une histoire qui veut se poursuivre en nous, et qui demande d’unir nos efforts pour contribuer les uns et les autres à une paix désarmante, une paix qui naisse de l’ouverture et de l’humilité évangélique.
Une paix désarmante
La bonté est désarmante. C’est peut-être pour cela que Dieu s’est fait petit enfant. Le mystère de l’Incarnation, qui atteint son abaissement le plus complet dans la descente aux enfers, commence dans le sein d’une jeune mère et se manifeste dans la mangeoire de Bethléem. “Paix sur la terre”, chantent les anges en annonçant la présence d’un Dieu sans défense, dont l’humanité ne peut se découvrir aimée qu’en prenant soin de lui (cf. Lc 2, 13-14). Rien ne possède autant le pouvoir de nous changer qu’un enfant. Et peut-être est-ce précisément la pensée de nos fils, des enfants, mais aussi de ceux qui sont fragiles comme eux, qui nous transperce le cœur (cf. Ac 2, 37). À ce propos, mon vénéré prédécesseur écrivait que « la fragilité humaine a le pouvoir de nous rendre plus lucides sur ce qui dure et ce qui passe, sur ce qui fait vivre et ce qui tue. C’est peut-être pour cela que nous avons si souvent tendance à nier les limites et à fuir les personnes fragiles et blessées : elles ont le pouvoir de remettre en question la direction que nous avons choisie, en tant qu’individus et en tant que communautés ». (9)
Jean XXIII fut le premier à introduire la perspective d’un désarmement intégral qui ne peut s’affirmer que par le renouveau du cœur et de l’intelligence. Il écrivait ainsi dans Pacem in terris : « Que tous en soient bien convaincus : l’arrêt de l’accroissement du potentiel militaire, la diminution effective des armements et – à plus forte raison – leur suppression, sont choses irréalisables ou presque sans un désarmement intégral qui atteigne aussi les âmes : il faut s’employer unanimement et sincèrement à y faire disparaître la peur et la psychose de guerre. Cela suppose qu’à l’axiome qui veut que la paix résulte de l’équilibre des armements, on substitue le principe que la vraie paix ne peut s’édifier que dans la confiance mutuelle. Nous estimons que c’est là un but qui peut être atteint, car il est à la fois réclamé par la raison, souverainement désirable, et de la plus grande utilité ». (10)
C’est là un service fondamental que les religions doivent rendre à l’humanité souffrante, en étant attentives à la tentative croissante de transformer en armes même les pensées et les paroles. Les grandes traditions spirituelles, tout comme l’usage approprié de la raison, nous font aller au-delà des liens du sang ou de l’ethnie, et dépasser ces fraternités qui reconnaissent seulement ceux qui leur ressemblent et qui rejettent ceux qui leur sont différents. Aujourd’hui, nous voyons que cela ne va pas de soi. Malheureusement, il est de plus en plus courant dans le panorama contemporain de faire entrer des mots de la foi dans le combat politique, de bénir le nationalisme et de justifier religieusement la violence et la lutte armée. Les croyants doivent réfuter activement, avant tout par leur vie, ces formes de blasphème qui obscurcissent le Saint Nom de Dieu. C’est pourquoi, avec l’action, il est plus que jamais nécessaire de cultiver la prière, la spiritualité, le dialogue œcuménique et interreligieux comme voies de paix et langages de rencontre entre traditions et cultures. Partout dans le monde, il est à souhaiter que « chaque communauté devienne une “maison de paix”, où l’on apprend à désamorcer l’hostilité par le dialogue, où l’on pratique la justice et cultive le pardon ». (11) Aujourd’hui plus que jamais, en effet, il faut montrer que la paix n’est pas une utopie, grâce à une créativité pastorale attentive et fructueuse.
D’autre part, cela ne doit pas détourner l’attention de chacun sur l’importance de la dimension politique. Que ceux qui sont appelés à assumer des responsabilités publiques aux plus hauts niveaux et dans les instances les plus qualifiées « étudient à fond le problème d’un équilibre international vraiment humain, d’un équilibre à base de confiance réciproque, de loyauté dans la diplomatie, de fidélité dans l’observation des traités. Qu’un examen approfondi et complet dégage le point à partir duquel se négocieraient des accords amiables, durables et bénéfique ». (12) C’est la voie désarmante de la diplomatie, de la médiation, du droit international, démentie malheureusement par de plus en plus fréquentes violations d’accords difficilement obtenus, dans un contexte qui nécessiterait non pas la délégitimation, mais bien plutôt le renforcement des institutions supranationales.
Aujourd’hui, la justice et la dignité humaine sont plus que jamais exposées aux déséquilibres de pouvoir entre les plus puissants. Comment vivre une période de déstabilisation et de conflits tout en se libérant du mal ? Il nous faut encourager et soutenir toute initiative spirituelle, culturelle et politique qui maintienne vive l’espérance en contrant la diffusion d’ « attitudes fatalistes, comme si les dynamiques en acte étaient produites par des forces impersonnelles anonymes et par des structures indépendantes de la volonté humaine ». (13) En effet, si « la meilleure façon de dominer et d’avancer sans restriction, c’est de semer le désespoir et de susciter une méfiance constante, même sous le prétexte de la défense de certaines valeurs », (14) on doit opposer à une telle stratégie le développement de sociétés civiles conscientes, de formes d’association responsables, d’expériences de participation non violente, de pratiques de justice réparatrice à petite et à grande échelle. Léon XIII l’avait déjà clairement souligné dans l’encyclique Rerum novarum : « L’expérience que fait l’homme de l’exiguïté de ses forces l’engage et le pousse à s’adjoindre une coopération étrangère. C’est dans les Saintes Écritures qu’on lit cette maxime : « Mieux vaut être deux qu’un seul : le salaire de leur peine sera meilleur. S’ils tombent, l’un relève l’autre. Malheur à l’homme seul : s’il tombe, personne ne le relève. » (Qo 4, 9-10). Et cet autre : « Un frère appuyé sur un autre frère est une citadelle imprenable » (Pr 18, 19). (15)
Que cela soit un fruit du Jubilé de l’Espérance qui a incité des millions d’êtres humains à se redécouvrir pèlerins et à entreprendre en eux-mêmes ce désarmement du cœur, de l’esprit et de la vie auquel Dieu ne tardera pas à répondre en accomplissant ses promesses : « Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur. » (Is 2, 4-5).
Du Vatican, le 8 décembre 2025
LÉON PP. XIV
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(1) Cf. Bénédiction apostolique « Urbi et Orbi » et premier salut, Loggia centrale de la basilique Saint-Pierre (8 mai 2025).
(2) Augustin d’Hippone, Discours 357, 3.
(3) Ibid., 1.
(4) Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 111.
(5) Cf. SIPRI Yearbook: Armaments, Disarmament and International Security (2025).
(6) Augustin d’Hippone, Discours 357, 1.
(7) Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 80.
(8) François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 4.
(9) Id., Lettre au directeur du Corriere della Sera (14 mars 2025).
(10) Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 113.
(11) Discours aux évêques de la Conférence épiscopale italienne (17 juin 2025).
(12) Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 118.
(13) Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 42.
(14) François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 15.
(15) Léon XIII, Lett. enc. Rerum novarum (15 mai 1891), n. 37.
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Chers frères et sœurs, bienvenus, bonjour !
Nous voici devant les reliques de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne universelle des missions. Il est beau que cela se produise durant le moment de notre réflexion sur la passion pour l’évangélisation, sur le zèle apostolique. Aujourd’hui, donc, laissons-nous aider par le témoignage de Sainte Thérèse. Elle est née il y a 150 ans et, à l’occasion de cet anniversaire, j’ai l’intention de lui dédier une Lettre Apostolique.
Elle est la patronne des missions, bien qu’elle ne soit jamais partie en mission : comment explique-t-on cela ? Elle était carmélite et sa vie fut marquée par la petitesse et la faiblesse : elle se définissait elle-même comme « un petit grain de sable ». De santé fragile, elle mourut à l’âge de 24 ans seulement. Mais si son corps était infirme, son cœur était vibrant, était missionnaire. Dans son « diaire », elle raconte qu’être missionnaire était son désir et qu’elle voulait l’être non seulement pour quelques années, mais pour le reste de sa vie, voire jusqu’à la fin du monde. Thérèse fut la « sœur spirituelle » de plusieurs missionnaires : depuis le monastère, elle les accompagnait par ses lettres, ses prières et en offrant pour eux des sacrifices continuels. Sans en avoir l’air, elle intercédait pour les missions, cachée comme un moteur qui donne au véhicule la force pour avancer. Cependant, elle fut souvent incomprise par ses sœurs moniales : elle reçut d’elles « plus d’épines que de roses », mais elle accepta tout avec amour, avec patience, offrant, en même temps que sa maladie, les jugements et les incompréhensions. Et elle le fit avec joie, et elle le fit pour les besoins de l’Église, afin que, comme elle disait, se répandent « des roses sur tous », en particulier sur les plus éloignés.
Mais maintenant, je me demande, nous pouvons nous demander, d’où lui viennent ce zèle, cette force missionnaire et cette joie d’intercéder ? Deux épisodes survenus avant l’entrée de Thérèse au monastère nous aident à le comprendre. Le premier concerne le jour qui changea sa vie – un jour lui a changé la vie -, Noël 1886, où Dieu opère un miracle dans son cœur. Thérèse aura bientôt 14 ans. En tant que benjamine, elle est choyée par tout le monde à la maison mais non pas mal éduquée. Au retour de la messe de minuit, son père, très fatigué, n’a pas envie d’assister à l’ouverture des cadeaux de sa fille et dit : « Dieu merci, c’est la dernière année ! », parce qu’à l’âge de 15 ans, on ne le faisait déjà plus. Thérèse, de nature très sensible et prompte aux larmes, en fut blessée, monta dans sa chambre et pleura. Mais elle réprima rapidement ses larmes, redescendit et, pleine de joie, ce fut elle qui réjouit ainsi son père. Que s’est-il donc passé ? Cette nuit-là, alors que Jésus s’était fait faible par amour, elle était devenue forte dans son âme – un vrai miracle : en quelques instants, elle était sortie de la prison de son égoïsme et de son apitoiement sur elle-même et elle commença à sentir que « la charité entrait dans son cœur- c’est ce qu’elle dit-, avec le besoin de s’oublier elle-même » (cf. Manuscrit A, 133-134). Dès lors, elle oriente son zèle vers les autres, pour qu’ils trouvent Dieu, et au lieu de chercher des consolations pour elle-même, elle se donne pour tâche de « consoler Jésus, [de] le faire aimer des âmes », car – note Thérèse – « Jésus est malade d’amour et […] la maladie de l’amour ne peut être guérie que par l’amour » (Lettre à Marie Guérin, juillet 1890). Voilà donc son objectif quotidien : « faire aimer Jésus » (Lettre à Céline, 15 octobre 1889), intercéder pour que les autres puissent l’aimer. Elle écrit : « Je voudrais sauver les âmes et m’oublier pour elles : je voudrais les sauver même après ma mort » (Lettre à l’abbé Roullan, 19 mars 1897). Plusieurs fois, elle dira : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre ». C’est le premier épisode qui a changé sa vie à l’âge de 14 ans.
Et son zèle était surtout dirigé vers les pécheurs, vers les « éloignés ». C’est ce que révèle le second épisode. C’est intéressant : Thérèse apprend l’existence d’un criminel condamné à mort pour des crimes horribles, il se nommait Enrico Pranzini – elle écrit le nom : reconnu coupable du meurtre brutal de trois personnes, il est destiné à la guillotine, mais ne veut pas recevoir les réconforts de la foi. Thérèse le prend à cœur et fait tout ce qu’elle peut : elle prie de toutes les manières pour sa conversion, afin que celui qu’elle appelle avec une compassion fraternelle « le pauvre Pranzini » ait un petit signe de repentir et fasse place à la miséricorde de Dieu, en qui Thérèse voue une confiance aveugle. L’exécution a lieu. Le lendemain, Teresa lit dans le journal que Pranzini, juste avant de poser sa tête sur l’échafaud, « soudain, saisi d’une inspiration subite, se retourne, saisit un Crucifix que le prêtre lui présentait et baise trois fois les plaies saintes » de Jésus. La sainte commente : « Alors son âme alla recevoir la sentence miséricordieuse de Celui qui a déclaré qu’au Ciel il y a plus de joie pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence ! » (Manuscrit A, 135).
Frères et sœurs, voilà la force de l’intercession mue par la charité, voilà le moteur de la mission. Les missionnaires, en effet, dont Thérèse est la patronne, ne sont pas seulement ceux qui parcourent de longues distances, apprennent de nouvelles langues, font de bonnes œuvres et sont doués pour l’annonce ; non, missionnaire l’est aussi celui qui vit, là où il se trouve, comme instrument de l’amour de Dieu ; c’est celui qui fait tout pour que, par son témoignage, sa prière, son intercession, Jésus soit manifesté. Et c’est le zèle apostolique qui, rappelons-le toujours, ne procède jamais par prosélytisme – jamais ! – ou par contrainte– jamais ! -, mais par attraction : la foi nait par attraction, on ne devient pas chrétien parce qu’on y est forcé par quelqu’un, non, mais parce qu’on est touché par l’amour. Avant tant de moyens, de méthodes et de structures, qui parfois détournent de l’essentiel, l’Église a surtout besoin de cœurs comme celui de Thérèse, de cœurs qui attirent à l’amour et rapprochent de Dieu. Et demandons à la sainte – nous avons les reliques ici – demandons à la sainte la grâce de surmonter notre égoïsme et demandons la passion d’intercéder, d’intercéder pour que cet attrait soit plus grand chez les gens et pour que Jésus soit connu et aimé.
Source : vatican.va
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Salle Paul VI, mercredi 21 janvier 2026
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Nous poursuivons notre catéchèse sur la Constitution dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II, sur la Révélation divine. Nous avons vu que Dieu se révèle dans un dialogue d’alliance, dans lequel il s’adresse à nous comme à des amis. Il s’agit donc d’une connaissance relationnelle, qui ne communique pas seulement des idées, mais partage une histoire et appelle à la communion dans la réciprocité. L’accomplissement de cette révélation se réalise dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous, se rendant présent, et nous nous découvrons reconnus dans notre vérité la plus profonde. C’est ce qui s’est produit en Jésus-Christ. Le document dit que la profonde vérité que cette Révélation manifeste, sur Dieu et sur le salut de l’homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation (cf. DV, 2).
Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui. Dans le Fils envoyé par Dieu le Père, « les hommes […] peuvent se présenter au Père dans l’Esprit Saint et sont rendus participants de la nature divine » (ibid.). Nous parvenons donc à la pleine connaissance de Dieu en entrant dans la relation du Fils avec son Père, en vertu de l’action de l’Esprit. L’évangéliste Luc en témoigne par exemple lorsqu’il nous raconte la prière d’action de grâce du Seigneur : « À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler” » (Lc 10, 21-22).
Grâce à Jésus, nous connaissons Dieu comme nous sommes connus de Lui (cf. Ga 4, 9 ; 1Co 13, 13). En effet, en Christ, Dieu s’est communiqué à nous et, en même temps, il nous a révélé notre véritable identité de fils, créés à l’image du Verbe. Ce « Verbe éternel illumine tous les hommes » (DV, 4) en leur dévoilant leur vérité dans le regard du Père : « Ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera » (Mt 6, 4.6.8), dit Jésus ; et il ajoute que « le Père connaît nos besoins » (cf. Mt 6, 32). Jésus-Christ est le lieu où nous reconnaissons la vérité de Dieu le Père tandis que nous nous découvrons connus de Lui comme des enfants dans le Fils, appelés au même destin de vie pleine. Saint Paul écrit : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, […] afin que nous recevions l’adoption filiale. Et ce qui prouve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : “Abba ! Père !” » (Ga 4, 4-6).
Enfin, Jésus-Christ est révélateur du Père par sa propre humanité. C’est précisément parce qu’il est le Verbe incarné qui habite parmi les hommes que Jésus nous révèle Dieu par sa propre véritable et intégrale humanité: « C’est pourquoi, dit le Concile, le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14, 9) – qui, par toute sa présence et par la manifestation qu’il fait de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et plus particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi enfin de l’Esprit de vérité, achève en l’accomplissant la révélation » (DV, 4). Pour connaître Dieu dans le Christ, nous devons accueillir son humanité intégrale : la vérité de Dieu ne se révèle pas pleinement là où l’on enlève quelque chose à l’humain, tout comme l’intégrité de l’humanité de Jésus ne diminue pas la plénitude du don divin. C’est l’humanité intégrale de Jésus qui nous révèle la vérité du Père (cf. Jn 1, 18).
Ce ne sont pas seulement la mort et la résurrection de Jésus qui nous sauvent et nous rassemblent, mais sa personne même : le Seigneur qui s’incarne, naît, soigne, enseigne, souffre, meurt, ressuscite et reste parmi nous. Par conséquent, pour honorer la grandeur de l’Incarnation, il ne suffit pas de considérer Jésus comme le canal de transmission de vérités intellectuelles. Si Jésus a un corps réel, la communication de la vérité de Dieu se réalise dans ce corps, avec sa manière propre de percevoir et de ressentir la réalité, avec sa manière d’habiter le monde et de le traverser. Jésus lui-même nous invite à partager son regard sur la réalité : « Regardez les oiseaux du ciel, dit-il, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu’eux ? » (Mt 6, 26).
Frères et sœurs, en suivant jusqu’au bout le chemin de Jésus, nous arrivons à la certitude que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu : « Si Dieu est pour nous, écrit encore saint Paul, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, […] comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » (Rm 8, 31-32). Grâce à Jésus, le chrétien connaît Dieu le Père et s’abandonne à lui avec confiance.
* * *
Je salue les pèlerins français en particulier la délégation de militaires du 13e régiment de dragons parachutistes et des Marins pompiers ainsi que le Séminaire provincial de Lyon. Apprenons dans la contemplation de la personne du Christ à aimer et agir comme il nous le révèle afin de servir au mieux nos frères et leur permettre de voir en nous le reflet du visage de Dieu. Que Dieu vous bénisse.
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Mercredi 8 janvier 2025, Salle Paul VI.
Chers frères et sœurs, bonjour !
Je voudrais dédier cette catéchèse et la suivante aux enfants et réfléchir sur le fléau du travail des enfants.
Aujourd’hui nous savons regarder vers Mars ou les mondes virtuels, mais nous avons du mal à regarder dans les yeux un enfant qui a été laissé en marge et qui est exploité et abusé. Le siècle qui génère l’intelligence artificielle et conçoit des existences multi-planétaires n’a pas encore pris la mesure du fléau de l’enfance humiliée, exploitée et mortellement blessée. Pensons à cela.
Tout d’abord, nous nous demandons : quel message l’Écriture Sainte nous donne-t-elle sur les enfants ? Il est curieux de constater que le mot qui revient le plus dans l’Ancien Testament, après le nom divin de Jahvé est le mot ben, c’est-à-dire “fils” : près de cinq mille fois. « Des fils (ben), voilà ce que donne le Seigneur, des enfants, la récompense qu’il accorde » (Ps 127, 3). Les enfants sont un don de Dieu. Malheureusement, ce don n’est pas toujours accueilli avec respect. La Bible elle-même nous emmène dans les rues de l’histoire où résonnent les chants de joie, mais aussi les cris des victimes. Par exemple, dans le livre des Lamentations, nous lisons : « La langue du nourrisson assoiffé colle à son palais ; les petits enfants réclament du pain, mais nul ne leur en donne » (4,4) ; et le prophète Nahum, rappelant ce qui s’est passé dans les anciennes villes de Thèbes et de Ninive, écrit : « ses petits enfants eux-mêmes ont été massacrés à tous les carrefours » (3,10). Pensons au nombre d’enfants qui, aujourd’hui, meurent de faim et de misère, ou qui sont déchiquetés par les bombes.
Même sur Jésus nouveau-né, la tempête de la violence d’Hérode éclate immédiatement, massacrant les enfants de Bethléem. Un drame profond qui se répète sous d’autres formes dans l’histoire. Et voici pour Jésus et ses parents, le cauchemar de devenir des réfugiés dans un pays étranger, comme cela arrive aujourd’hui à tant de personnes (cf. Mt 2,13-18) à tant d’enfants. Après la tempête, Jésus grandit dans un village jamais mentionné dans l’Ancien Testament, Nazareth ; il apprend le métier de charpentier de son père légal, Joseph (cf. Mc 6,3 ; Mt 13,55). C’est ainsi que « l’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui » (Lc 2,40).
Dans sa vie publique, Jésus prêchait dans les villages avec ses disciples. Un jour, des mères s’approchèrent de lui et lui présentèrent leurs enfants pour qu’il les bénisse, mais les disciples les réprimandèrent. Alors Jésus, rompant avec la tradition qui ne considérait l’enfant que comme un objet passif, appelle les disciples et dit : « Laissez les enfants venir à moi, et ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent ». Il désigne ainsi les petits comme un modèle pour les adultes. Et il ajoute solennellement : « Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas » (Lc 18,16-17).
Dans un passage similaire, Jésus appelle un enfant, le place au milieu des disciples et dit : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18,3). Puis il avertit : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer » (Mt 18, 6).
Frères et sœurs, les disciples de Jésus-Christ ne devraient jamais permettre que les enfants soient négligés ou maltraités, qu’ils soient privés de leurs droits, qu’ils ne soient pas aimés et protégés. Les chrétiens ont le devoir de prévenir sérieusement et de condamner fermement la violence ou les abus à l’encontre des enfants.
Aujourd’hui encore, en particulier, trop d’enfants sont contraints de travailler. Mais un enfant qui ne sourit pas, un enfant qui ne rêve pas ne pourra pas connaître et faire éclore ses talents. Partout dans le monde, il y a des enfants exploités par une économie qui ne respecte pas la vie ; une économie qui, ce faisant, brûle notre plus grande réserve d’espoir et d’amour. Mais les enfants occupent une place particulière dans le cœur de Dieu, et quiconque fait du mal à un enfant devra Lui en rendre compte.
Chers frères et sœurs, celui qui se reconnaît enfant de Dieu, et en particulier celui qui est envoyé pour porter aux autres la bonne nouvelle de l’Évangile, ne peut rester indifférent ; il ne peut accepter que les petites sœurs et les petits frères, au lieu d’être aimés et protégés, soient privés de leur enfance, de leurs rêves, victimes de l’exploitation et de la marginalisation.
Demandons au Seigneur de nous ouvrir l’esprit et le cœur au soin et à la tendresse, afin que chaque enfant grandisse en âge, en sagesse et en grâce (cf. Lc 2,52), en recevant et en donnant de l’amour. Je vous remercie !
* * *
Je salue cordialement les personnes de langue française, particulièrement le les prêtres du diocèse de limoges accompagnés de leur évêque Mgr Bozo.
Demandons la grâce de redécouvrir la place importante que chaque enfant occupe dans le cœur de Dieu, afin de ne pas être complices des abus qui leur sont faits, mais de les condamner fermement.
Que Dieu vous bénisse !
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Mercredi 22 janvier 2025, Salle Paul VI
(Le texte ci-dessous comprend des parties non lues qui sont également données comme prononcées).
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous reprenons aujourd’hui la catéchèse du cycle jubilaire sur Jésus Christ notre espérance.
Au début de son Évangile, Luc montre les effets du pouvoir transformateur de la Parole de Dieu, qui arrive non seulement dans les atriums du Temple, mais aussi dans la pauvre maison d’une jeune femme, Marie, qui est fiancée à Joseph et vit encore dans sa famille.
Après Jérusalem, le messager des grandes annonces divines, Gabriel, qui célèbre en son nom la puissance de Dieu, est envoyé dans un village jamais mentionné dans la Bible hébraïque : Nazareth. Il s’agit à l’époque d’un petit village de Galilée, à la périphérie d’Israël, une zone frontalière avec les païens et leur contamination.
C’est là que l’ange apporte un message d’une forme et d’un contenu totalement inédits, à tel point que le cœur de Marie est ébranlé, troublé. Au lieu de la salutation classique « la paix soit sur toi », Gabriel adresse à la Vierge l’invitation « réjouis-toi ! », « réjouis-toi ! », un appel cher à l’histoire sainte, parce que les prophètes l’utilisent pour annoncer la venue du Messie (cf. So 3,14 ; Gal 2,21-23 ; Za 9,9). C’est l’invitation à la joie que Dieu adresse à son peuple lorsque l’exil prend fin et que le Seigneur fait sentir sa présence vivante et agissante.
En outre, Dieu appelle Marie par un nom d’amour inconnu dans l’histoire biblique : kecharitoméne, qui signifie « remplie de la grâce divine ». Marie est pleine de la grâce divine. Ce nom dit que l’amour de Dieu a habité depuis longtemps et continue d’habiter le cœur de Marie. Il dit combien elle est « gracieuse » et surtout combien la grâce de Dieu a accompli en elle une ciselure intérieure, faisant d’elle son chef-d’œuvre : pleine de grâce.
Ce surnom affectueux, que Dieu donne uniquement à Marie, est immédiatement accompagné d’un réconfort : « Ne crains pas ! », « Ne crains pas ! », la présence du Seigneur nous donne toujours cette grâce de ne pas craindre et il dit donc à Marie : « Ne crains pas ! ». « Ne craignez pas », dit Dieu à Abraham, à Isaac, à Moïse, dans l’histoire : « Ne craignez pas ! » (cf. Gn 15,1 ; 26,24 ; Dt 31,8). Et il nous le dit aussi : « N’ayez pas peur, allez de l’avant, n’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! « Père, j’ai peur de cela – Et toi, que fais-tu quand… – Excusez-moi, Père, je vous dis la vérité : je vais chez la voyante… – Tu vas chez la voyante ? – Oh oui : je me fais lire les lignes de la main… ». S’il vous plaît, n’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! C’est beau, ceci : « Je suis ton compagnon de voyage ». C’est ce que Dieu dit à Marie. Le « Tout-Puissant », le Dieu de « l’impossible » (Lc 1,37) est avec Marie, il est avec elle et à côté d’elle, il est son compagnon, son principal allié, le « Je-avec-toi » éternel (cf. Gn 28,15 ; Ex 3,12 ; Jg 6,12).
Gabriel annonce ensuite sa mission à la Vierge, en faisant résonner dans son cœur de nombreux passages bibliques qui se réfèrent à la royauté et à la messianité de l’enfant qui naîtra d’elle et qui se présentera comme l’accomplissement des anciennes prophéties. La Parole d’en-haut appelle Marie à être la mère du Messie, ce Messie davidique tant attendu. Elle est la mère du Messie. Il sera roi, non pas à la manière humaine et charnelle, mais à la manière divine et spirituelle. Son nom sera « Jésus », ce qui signifie « Dieu sauve » (cf. Lc 1,31 ; Mt 1,21), rappelant à tous que ce n’est pas l’homme qui sauve, mais Dieu seul. Jésus est celui qui accomplit les paroles du prophète Isaïe : « Ce n’était ni un messager ni un ange, mais sa face qui les sauva. Dans son amour et sa compassion, lui-même les racheta » (Is 63,9).
Cette maternité ébranle Marie dans ses fondements. Et étant une femme intelligente, c’est-à-dire capable de lire à l’intérieur des événements (cf. Lc 2,19.51), elle cherche à comprendre, à discerner ce qui se passe. Marie ne cherche pas à l’extérieur mais à l’intérieur, car, comme l’enseigne saint Augustin, « in interiore homine habitat veritas » (De vera religione 39,72). Et c’est là, au plus profond de son cœur ouvert et sensible, qu’elle entend l’invitation à faire confiance à Dieu, qui a préparé pour elle une « Pentecôte » particulière. Comme au début de la création (cf. Gn 1,2), Dieu veut « couver » Marie de son Esprit, une force capable d’ouvrir ce qui est fermé sans le violer, sans porter atteinte à la liberté humaine ; il veut l’envelopper dans la « nuée » de sa présence (cf. 1Co 10,1-2) pour que le Fils vive en elle et qu’elle vive en lui.
Et Marie s’illumine de confiance : elle est « une lampe à plusieurs lumières », comme le dit Théophane dans son Canon de l’Annonciation. Elle se livre, elle obéit, elle fait de la place : elle est « une chambre nuptiale faite par Dieu » (ibid.). Marie accueille le Verbe dans sa propre chair et s’engage ainsi dans la plus grande mission jamais confiée à une femme, à une créature humaine. Elle se met au service : elle est pleine de tout, non pas comme esclave mais comme collaboratrice de Dieu le Père, pleine de dignité et d’autorité pour administrer, comme elle le fera à Cana, les dons du trésor divin, afin que beaucoup puissent y puiser à pleines mains.
Chères sœurs, chers frères, apprenons de Marie, Mère du Sauveur et notre Mère, à avoir les oreilles ouvertes à la Parole divine, à l’accueillir et à la chérir, afin qu’elle fasse de nos cœurs des tabernacles de sa présence, des maisons hospitalières où l’espérance peut grandir. Je vous remercie.
Copyright version originale en italien © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana


Le voilà le véritable réveil : dans son amour fou Dieu ne veut pas que nous restions endormis, captifs du mal et des ténèbres. Il a envoyé son propre fils prendre par la main, réveiller tous ceux qui étaient perdus, anesthésiés ou engourdis par le péché. « Réveille en toi le don de Dieu » renchérit le disciple Timothée !
| « Je te l’ordonne: Eveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Eveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible. » |
Basilique Saint-Pierre, IIIe dimanche du Temps ordinaire, 26 janvier 2025
L’Évangile que nous avons entendu nous annonce l’accomplissement d’une prophétie débordante de l’Esprit Saint. Et la personne qui l’accomplit est celle qui vient « dans la puissance de l’Esprit » (Lc 4, 14) : c’est Jésus, le Sauveur.
La Parole de Dieu est vivante : à travers les siècles, elle chemine avec nous et, par la puissance de l’Esprit Saint, elle agit dans l’histoire. En effet, le Seigneur est toujours fidèle à sa promesse qu’il tient par amour pour les hommes. C’est exactement ce que Jésus dit dans la synagogue de Nazareth : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 21).
Sœurs et frères, quelle heureuse coïncidence ! En ce dimanche de la Parole de Dieu, encore au début du Jubilé, est proclamée cette page de l’Évangile de Luc dans laquelle Jésus se révèle comme le Messie « consacré par l’onction » (v. 18) et envoyé pour « annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (v. 19) ! Jésus est la Parole vivante en qui toutes les Écritures trouvent leur plein accomplissement. Et nous, dans l’aujourd’hui de la Sainte Liturgie, nous sommes ses contemporains : nous aussi, émerveillés, ouvrons nos cœurs et nos esprits pour l’écouter, car « c’est Lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures » (Conc. Vat II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 7). J’ai dit un mot : émerveillement. Lorsque nous entendons l’Évangile, les paroles de Dieu, il ne s’agit pas seulement de les entendre, de les comprendre, non. Elles doivent atteindre le cœur et produire ce que j’ai dit : “l’émerveillement”. La Parole de Dieu nous émerveille toujours, elle nous renouvelle toujours, elle entre dans notre cœur et nous renouvelle toujours.
Dans cette attitude de foi joyeuse, nous sommes invités à accueillir l’antique prophétie telle qu’elle est sortie du Cœur du Christ, en nous arrêtant sur les cinq actions qui caractérisent la mission du Messie : une mission unique et universelle ; unique, parce que Lui seul peut l’accomplir ; universelle, parce qu’il veut impliquer tout le monde.
Tout d’abord, il est « envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » (v. 18). Voici l’ « évangile », la bonne nouvelle que Jésus annonce : le Royaume de Dieu est proche ! Quand Dieu règne, l’homme est sauvé. Le Seigneur vient visiter son peuple, en prenant soin de l’humble et du misérable. Cet Évangile est une parole de compassion qui nous appelle à la charité, à la remise des dettes du prochain et à un engagement social généreux. N’oublions pas que le Seigneur est proche, miséricordieux et compatissant. La proximité, la miséricorde et la compassion sont le style de Dieu. Il est ainsi : miséricordieux, proche, compatissant.
La deuxième action du Christ est d’« annoncer aux captifs leur libération » (v. 18). Frères, sœurs, les jours du mal sont comptés, car l’avenir appartient à Dieu. Par la puissance de l’Esprit, Jésus nous rachète de toute culpabilité et libère notre cœur, Il le libère de toute chaîne intérieure, apportant au monde le pardon du Père. Cet Évangile est une parole de miséricorde qui nous appelle à devenir des témoins passionnés de la paix, de la solidarité et de la réconciliation.
La troisième action, par laquelle Jésus accomplit la prophétie, est de donner « la vue aux aveugles » (v. 18). Le Messie nous ouvre les yeux du cœur, souvent éblouis par l’attrait du pouvoir et de la vanité : des maladies de l’âme qui nous empêchent de reconnaître la présence de Dieu et qui rendent invisibles les faibles et les souffrants. Cet Évangile est une parole de lumière qui nous appelle à la vérité, au témoignage de la foi et à la cohérence de la vie.
La quatrième action est de « remettre en liberté les opprimés » (v. 18). Aucun esclavage ne résiste à l’œuvre du Messie qui fait de nous des frères en son nom. Les prisons de la persécution et de la mort sont grandement ouvertes par la puissance d’amour de Dieu ; car cet Évangile est une parole de liberté qui nous appelle à la conversion du cœur, à l’honnêteté de la pensée et à la persévérance dans l’épreuve.
Enfin, la cinquième action : Jésus est envoyé « annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (v. 19). Il s’agit d’un temps nouveau qui ne consume pas la vie, mais la régénère. C’est un Jubilé, comme celui que nous avons commencé, qui nous prépare avec espérance à la rencontre définitive avec le Rédempteur. L’Évangile est une parole de joie qui nous appelle à l’accueil, à la communion et à la marche, en tant que pèlerins, vers le Royaume de Dieu.
Par ces cinq actions, Jésus a déjà accompli la prophétie d’Isaïe. En réalisant notre délivrance, il nous annonce que Dieu s’approche de notre pauvreté, nous rachète du mal, éclaire nos yeux, brise le joug des oppressions et nous fait entrer dans la jubilation d’un temps et d’une histoire où Il se rend présent, pour marcher avec nous et nous conduire à la vie éternelle. Le salut qu’Il nous donne n’est pas encore pleinement réalisé, nous le savons. Cependant les guerres, les injustices, la douleur, la mort n’auront pas le dernier mot. L’Évangile est une parole vivante et sûre, qui ne déçoit jamais. L’Évangile ne déçoit jamais.
Frères et sœurs, en ce dimanche consacré spécialement à la Parole de Dieu, rendons grâce au Père de nous avoir adressé son Verbe fait homme pour le salut du monde. C’est l’événement dont parlent toutes les Écritures, qui ont pour véritables auteurs les hommes et l’Esprit Saint (cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 11). Toute la Bible fait mémoire du Christ et de son œuvre, et l’Esprit l’actualise dans notre vie et dans l’histoire. Lorsque nous lisons les Écritures, lorsque nous les prions et les étudions, nous ne recevons pas seulement des informations sur Dieu, mais nous accueillons plutôt l’Esprit qui nous rappelle tout ce que Jésus a dit et fait (cf. Jn 14, 26). Ainsi notre cœur, enflammé par la foi, attend dans l’espérance la venue de Dieu. Frères et sœurs, nous devons nous habituer à lire les Écritures. J’aime recommander à chacun d’avoir un petit Évangile, un petit Nouveau Testament de poche, et de l’emporter dans son sac, de l’avoir toujours sur soi, de le prendre pendant la journée et de le lire. Un passage, deux passages… Et ainsi, pendant la journée, il y a ce contact avec le Seigneur. Un petit Évangile suffit.
Répondons avec ardeur à la bonne nouvelle du Christ ! Car le Seigneur ne nous a pas parlé comme à des auditeurs muets, mais comme à des témoins, nous appelant à évangéliser en tout temps et en tout lieu. De nombreuses parties du monde, quarante frères et sœurs sont venus ici aujourd’hui pour recevoir le ministère du lectorat. Merci ! Nous leur sommes reconnaissants et nous prions pour eux. Nous prions tous pour vous. Engageons-nous donc à porter la bonne nouvelle aux pauvres, à proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, à remettre en liberté les opprimés et à proclamer une année de grâce accordée par le Seigneur. Alors oui, sœurs et frères, nous transformerons le monde selon la volonté de Dieu, qui l’a créé et racheté par amour. Merci !
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La première mission et la première joie de tout Chrétien, c’est peut-être découvrir l’appel le plus profond de Dieu en nous, cet appel à la vie, à la joie, au débordement de soi-même. Par cette prise de conscience d’être le bien aimé, l’attendu, je me fais missionnaire de ce chemin de vie que Dieu souhaite me faire vivre. En le choisissant, je suis missionnaire de cette joie première même au milieu des vicissitudes.


Abraham
L’appel -2 –
Cette vidéo fait partie du parcours « Héritiers du Sacré-Coeur »
Moïse
« La mer rouge »
Cette vidéo fait partie du parcours « Héritiers du Sacré-Coeur »
Un grand merci d’avoir suivi ce parcours avec fidélité.
Nous vous souhaitons un très joyeux Noël.
« Le parfait ami… » vie de St Claude
Episode 2 : L’enfance et la famille

Chers frères et sœurs, bonjour !
Au nombre des témoins de la passion pour l’annonce de l’Évangile, ces évangélisateurs passionnés, aujourd’hui je présente la figure d’une femme française du XXe siècle, la vénérable servante de Dieu Madeleine Delbrêl. Née en 1904 et décédée en 1964, elle a été assistante sociale, écrivaine et mystique, elle a vécu pendant plus de trente ans dans les banlieues pauvres et ouvrières de Paris. Eblouie par sa rencontre avec le Seigneur, elle écrit : « Quand nous avons connu la parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de ne pas la recevoir ; quand nous l’avons reçue, nous n’avons pas le droit de ne pas la laisser s’incarner en nous ; quand elle s’est incarnée en nous, nous n’avons pas le droit de la garder pour nous : dès lors, nous appartenons à ceux qui l’attendent » (La santità della gente comune, Milan 2020, 71). Beau : beau ce qu’elle écrit…
Après une adolescence vécue dans l’agnosticisme, – elle ne croyait en rien – à vingt ans environ Madeleine rencontre le Seigneur, frappée par le témoignage d’amis croyants. Elle se met alors à la recherche de Dieu, laissant s’exprimer une soif profonde qu’elle ressentait en elle, et comprend que le « vide qui criait dans son angoisse » c’était Dieu qui la cherchait (Abbagliata da Dio. Corrispondenza 1910-1941, Milan 2007, 96). La joie de la foi l’a conduite à mûrir un choix de vie entièrement donnée à Dieu, au cœur de l’Église et au cœur du monde, partageant simplement en fraternité la vie des « gens de la rue ». Poétiquement elle s’’adressait à Jésus, ainsi : « Pour être avec Toi sur Ton chemin, nous devons partir, même quand notre paresse nous supplie de rester. Tu nous as choisis pour être dans un équilibre étrange, un équilibre qui ne peut s’établir et se maintenir que dans le mouvement, que dans l’élan. Un peu comme une bicyclette, qui ne peut tenir debout sans rouler […] Nous ne pouvons tenir debout qu’en avançant, en se déplaçant, dans un élan de charité ». C’est ce qu’elle appelle la « spiritualité de la bicyclette » (Umorismo nell’Amore. Meditazioni e poesie, Milano 2011, 56). Ce n’est qu’en se mettant en route, en marchant que nous vivons dans l’équilibre de la foi, qui est un déséquilibre, mais c’est comme ça : comme la bicyclette. Si tu t’arrêtes, elle ne tient pas.
Madeleine avait le cœur constamment en éveil et se laisse interpeller par le cri des pauvres. Elle comprenait que le Dieu vivant de l’Évangile devait brûler en nous jusqu’à ce que nous ayons porté son nom à ceux qui ne l’ont pas encore trouvé. Dans cet esprit, tournée vers l’agitation du monde et le cri des pauvres, Madeleine se sent appelée à « vivre entièrement et à la lettre l’amour de Jésus, depuis l’huile du Bon Samaritain jusqu’au vinaigre du Calvaire, lui rendant ainsi amour pour amour […] afin qu’en l’aimant sans réserve et en se laissant aimer jusqu’au bout, les deux grands commandements de la charité s’incarnent en nous et n’en fassent plus qu’un » (La vocation de la charité, 1, Œuvres complètes XIII, Bruyères-le-Châtel, 138-139).
Enfin, Madeleine Delbrêl nous enseigne encore une chose : qu’en évangélisant, on est évangélisés : en évangélisant, nous sommes évangélisés. C’est pourquoi elle disait, en écho à saint Paul : » malheur à moi si l’évangélisation ne m’évangélise pas « . En évangélisant, on s’évangélise soi-même. Et c’est une belle doctrine.
En contemplant cette femme témoin de l’Evangile, nous apprenons nous aussi que dans toute situation et circonstance personnelle ou sociale de notre vie, le Seigneur est présent et nous appelle à habiter notre temps, à partager la vie des autres, à nous mêler aux joies et aux tristesses du monde. En particulier, elle nous enseigne que même les milieux sécularisés peuvent aider pour la conversion, parce que le contact avec les non-croyants provoque le croyant à une révision continuelle de sa manière de croire et à redécouvrir la foi dans son essentialité (cf. Noi delle strade, Milan 1988, 268 ss).
Que Madeleine Delbrêl nous apprenne à vivre cette foi “in moto” – » en mouvement « , disons, cette foi féconde qui fait de tout acte de foi un acte de charité dans l’annonce de l’Évangile. Je vous remercie.
Source : vatican.va
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En 2025, l’Afrique du Sud s’efforce de relancer son économie et de réduire les inégalités persistantes. Le président Cyril Ramaphosa a annoncé un plan ambitieux visant à améliorer l’éducation, renforcer la sécurité et stimuler l’emploi, notamment par des investissements massifs dans les infrastructures et la formation professionnelle. Malgré ces initiatives, les fractures sociales restent vives, notamment dans les townships. Le chômage des jeunes atteint des sommets (plus de 60 % dans certaines zones), et l’avenir semble bouché pour beaucoup d’adolescents déscolarisés. À Cape Town, la violence des gangs et la précarité continuent de gagner du terrain, nourries par un sentiment d’abandon.
Le recensement sur toute la terre (cf. Lc 2, 1). Tel est le contexte dans lequel Jésus est né et sur lequel l’Évangile s’attarde. Il aurait pu l’évoquer rapidement, mais il en parle avec précision. Ce faisant, il met en évidence un fort contraste : tandis que l’empereur compte les habitants du monde, Dieu y entre presque en secret ; tandis que ceux qui commandent cherchent à s’élever parmi les grands de l’histoire, le Roi de l’histoire choisit la voie de la petitesse. Aucun des puissants ne le remarque, seuls quelques bergers, relégués aux marges de la vie sociale.
Mais le recensement en dit plus. Dans la Bible, il n’a pas laissé un bon souvenir. Le roi David, succombant à la tentation des grands nombres et à une prétention malsaine à l’autosuffisance, avait commis un grave péché précisément en recensant le peuple. Il voulait en connaître la force et, en neuf mois environ, il obtint le nombre de ceux qui savaient manier l’épée (cf. 2 S 24, 1-9). Le Seigneur s’indigna et un malheur s’abattit sur le peuple. En cette nuit, cependant, Jésus le “Fils de David”, après neuf mois dans le sein de Marie, naît à Bethléem, la ville de David. Il ne sanctionne pas le recensement et se laisse humblement dénombrer.Un parmi tant d’autres. Nous ne voyons pas un dieu en colère qui châtie, mais le Dieu miséricordieux qui s’incarne, qui entre faible dans le monde, avec la proclamation : « Paix sur la terre aux hommes » (Lc 2, 14) qui le précède. Et notre cœur, ce soir, est à Bethléem, où le Prince de la paix est encore rejeté par la logique perdante de la guerre, avec le fracas des armes qui, aujourd’hui encore, l’empêche de trouver une place dans le monde (cf. Lc 2, 7).
Le recensement de la terre entière, en somme, manifeste d’une part la trame trop humaine qui traverse l’histoire : celle d’un monde en quête de pouvoir et de puissance, de célébrité et de gloire, où tout se mesure à l’aune des réalisations et des résultats, des chiffres et des nombres. C’est l’obsession de la performance. Mais en même temps, dans le recensement, le chemin de Jésus, qui vient nous chercher par l’incarnation, se singularise. Il n’est pas le Dieu de la performance, mais le Dieu de l’incarnation. Il ne renverse pas les injustices d’en haut par la force, mais d’en bas par l’amour ; il ne se déploie pas avec un pouvoir illimité, mais s’immerge dans nos limites ; il n’évite pas nos fragilités, mais les assume.
Frères et sœurs, nous pouvons nous demander cette nuit : en quel Dieu croyons-nous ? Au Dieu de l’incarnation ou au Dieu de la performance ? Oui, parce que il y a un risque de vivre Noël avec en tête une idée païenne de Dieu. Comme s’il était un maître puissant dans le ciel, un dieu lié au pouvoir, au succès mondain et à l’idolâtrie du consumérisme. Toujours revient la fausse image d’un dieu détaché et susceptible, qui se comporte bien avec les bons et se fâche avec les mauvais ; un dieu fait à notre image, utile seulement pour résoudre nos problèmes et supprimer nos maux. Au contraire, Il n’utilise pas de baguette magique, Il n’est pas le dieu commercial du “tout et tout de suite” ; il ne nous sauve pas en appuyant sur un bouton, mais il se fait proche pour changer la réalité de l’intérieur. Et pourtant, combien est ancrée en nous l’idée mondaine d’un dieu distant et contrôleur, rigide et puissant, qui aide les siens à l’emporter sur les autres !Très souvent, cette image est enracinée en nous. Mais il n’en est pas ainsi : il est né pour tous, lors du recensement de toute la terre.
Tournons-nous donc vers le « Dieu vivant et vrai » (1 Th 1, 9) : vers Lui qui est au-delà de tout calcul humain et qui pourtant se laisse recenser par nos comptages ; vers Lui qui révolutionne l’histoire en l’habitant ; vers Lui qui nous respecte jusqu’à nous permettre de le rejeter ; vers Lui qui annule le péché en le prenant sur Lui, qui n’enlève pas la souffrance mais la transforme, qui n’enlève pas les problèmes de nos vies mais qui donne à nos vies une espérance plus grande que les problèmes. Il désire tellement embrasser nos existences que, infini, il devient pour nous fini ; grand, il devient petit ; juste, il habite nos injustices. Frères et sœurs, telle est la merveille de Noël : non pas un mélange d’affections sentimentales et de conforts mondains, mais la tendresse sans précédent de Dieu qui sauve le monde en s’incarnant. Regardons l’Enfant, regardons sa mangeoire, regardons la crèche, que les anges appellent « le signe » (Lc 2, 12) : elle est en effet le signe révélateur du visage de Dieu, qui est compassion et miséricorde, tout-puissant toujours et seulement dans l’amour.Il se fait proche, il se fait proche, tendre et compatissant, c’est la manière d’être de Dieu : proximité, compassion, tendresse.
Sœurs et frères, émerveillons-nous car “il s’est fait chair” (cf. Jn 1, 14). Chair : un mot qui rappelle notre fragilité et que l’Évangile utilise pour nous dire que Dieu est entré au plus profond de notre condition humaine. Pourquoi est-Il allé si loin ? – nous nous demandons –. Parce qu’en nous tout est important pour Lui, parce qu’Il nous aime au point de nous considérer comme plus précieux que tout le reste. Frères et sœurs, pour Dieu qui a changé l’histoire lors du recensement, tu n’es pas un numéro, mais tu es un visage ; ton nom est inscrit dans son cœur. Mais toi, en regardant ton cœur, les performances qui ne sont pas à la hauteur, le monde qui juge et ne pardonne pas, peut-être vis-tu mal ce Noël, en pensant que tu ne fais pas bien, en nourrissant un sentiment d’inadéquation et d’insatisfaction à cause de tes fragilités, de tes chutes, de tes problèmes et de tes péchés. Mais aujourd’hui, s’il te plait, laisse l’initiative à Jésus qui te dit : “C’est pour toi que je me suis fait chair, c’est pour toi que je me suis fait semblable à toi”. Pourquoi restes-tu dans la prison de tes tristesses ? Comme les bergers qui ont laissé leurs troupeaux, laisse l’enclos de tes mélancolies et embrasse la tendresse de l’enfant Dieu. Et fais-le sans masque ni armure, jette en lui tes angoisses et il prendra soin de toi (cf. Ps 55, 23). Lui, qui s’est fait chair, n’attend pas tes performances mais ton cœur ouvert et confiant. Et en Lui tu redécouvriras qui tu es : un fils bien-aimé de Dieu, une fille bien-aimée de Dieu. Maintenant tu peux y croire, car, ce soir, le Seigneur est venu dans la lumière pour illuminer ta vie et ses yeux brillent d’amour pour toi.Nous avons du mal à croire en cela, que les yeux de Dieu brillent d’amour pour nous.
Oui, le Christ ne regarde pas les numéros, mais les visages. Mais qui Le regarde, au milieu des innombrables choses et de la course folle d’un monde toujours affairé et indifférent ? Qui le regarde ? À Bethléem, alors que beaucoup de gens, pris dans l’ivresse du recensement, allaient et venaient, remplissaient les gîtes et les auberges en parlant de choses et d’autres, certains étaient proches de Jésus : Marie et Joseph, les bergers, puis les mages. Apprenons d’eux. Ils ont les yeux fixés sur Jésus, le cœur tourné vers Lui. Ils ne parlent pas, mais ils adorent.Cette nuit, frères et sœurs, est le temps de l’adoration : adorer.
L’adoration est le moyen d’accueillir l’incarnation. Car c’est dans le silence que Jésus, le Verbe du Père, se fait chair dans nos vies. Faisons, nous aussi, comme à Bethléem qui signifie “maison du pain” : tenons-nous devant Lui, Pain de Vie. Redécouvrons l’adoration, car adorer ce n’est pas perdre son temps, mais permettre à Dieu d’habiter notre temps. C’est faire fleurir en nous la semence de l’incarnation, c’est collaborer à l’œuvre du Seigneur qui change le monde comme un levain. Adorer c’est intercéder, réparer, permettre à Dieu de redresser l’histoire. Un grand conteur d’épopées écrivait à son fils : « Je t’offre la seule grande chose à aimer sur terre : le Saint Sacrement. Tu y trouveras le charme, la gloire, l’honneur, la fidélité et le vrai chemin de toutes tes amours sur terre » (J.R.R. Tolkien, Lettre n. 43, mars 1941).
Frères et sœurs, ce soir, l’amour change l’histoire. Fais-nous croire, Seigneur, au pouvoir de ton amour, si différent du pouvoir du monde. Seigneur, fais que comme Marie, Joseph, les bergers et les mages, nous nous rassemblons autour de Toi pour T’adorer. Rendus par Toi plus semblables à Toi, nous pourrons témoigner au monde de la beauté de Ton visage.
Source : vatican.va
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Découvrez le Nom de Jésus de l’artiste Ivoirienne Morijah, présente au Jesus Festival 2025,
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans notre parcours de catéchèse que nous avons entrepris sur les vices et les vertus, aujourd’hui nous nous arrêtons sur le vice de la gourmandise.
Que nous dit l’Évangile à ce sujet ? Regardons Jésus. Son premier miracle, aux noces de Cana, révèle sa sympathie pour les joies humaines : il veille à ce que la fête se termine bien et donne aux mariés une grande quantité de très bon vin. Tout au long de son ministère, Jésus apparaît comme un prophète très différent du Baptiste : si l’on se souvient de Jean pour son ascétisme – il mangeait ce qu’il trouvait dans le désert -, Jésus est au contraire le Messie que l’on voit souvent à table. Son comportement suscite scandale pour certains, car non seulement il est bienveillant à l’égard des pécheurs, mais il mange même avec eux ; et ce geste démontrait sa volonté de communion et de proximité avec tous.
Mais il y a aussi autre chose. Si l’attitude de Jésus à l’égard des préceptes juifs révèle sa pleine soumission à la Loi, il fait cependant preuve de compréhension à l’égard de ses disciples : lorsqu’ils sont pris en flagrant délit de faim et qu’ils ramassent des épis le jour du sabbat, il les justifie en rappelant que le roi David et ses compagnons, se trouvant dans le besoin, avaient mangé des pains sacrés (cf. Mc 2, 23-26). Et Jésus affirme un nouveau principe : les invités aux noces ne peuvent pas jeûner quand l’époux est avec eux ; ils jeûneront quand l’époux leur sera enlevé. Tout est désormais relatif à Jésus. Quand il est au milieu de nous, nous ne pouvons pas nous affliger ; mais à l’heure de sa passion, alors oui, nous jeûnons (cf. Mc 2,18-20). Jésus veut que nous soyons dans la joie en sa compagnie- Lui est l’Epoux de l’Eglise ; mais il veut aussi que nous partagions ses souffrances, qui sont aussi celles des petits et des pauvres.
Un autre aspect important. Jésus abandonne la distinction entre aliments purs et impurs, qui était une distinction établie par la loi hébraïque. En réalité – enseigne Jésus – ce n’est pas ce qui entre dans l’homme qui le souille, mais ce qui sort de son cœur. C’est ainsi qu’il » déclarait purs tous les aliments » (Mc 7,19). C’est pourquoi le christianisme ne considère pas les aliments impurs. Mais l’attention que nous devons avoir est intérieure : elle ne porte donc pas sur la nourriture elle-même, mais sur la relation que nous entretenons avec elle. Et Jésus dit clairement que ce qui fait la bonté ou la malignité, pour ainsi dire, d’un aliment, ce n’est pas l’aliment lui-même, mais la relation que nous entretenons avec lui. Et nous le voyons, lorsqu’une personne a une relation désordonnée avec la nourriture, nous observons la façon dont elle mange, elle mange à la hâte, comme avec l’envie de se rassasier et ne se rassasie jamais, elle n’a pas une bonne relation avec la nourriture, elle est l’esclave de la nourriture.
Cette relation sereine que Jésus a établie envers l’alimentation devrait être redécouverte et valorisée, surtout dans les sociétés dites de l’abondance, où se manifestent tant de déséquilibres et tant de pathologies. On mange trop ou trop peu. Souvent on mange dans la solitude. Les troubles des comportements alimentaires se répandent : anorexie, boulimie, obésité… Et la médecine et la psychologie tentent de s’attaquer au mauvais rapport à la nourriture. Une mauvaise relation avec la nourriture est à l’origine de toutes ces maladies.
Il s’agit de maladies, souvent très douloureuses, qui sont principalement liées à des tourments de la psyché et de l’âme. L’alimentation est la manifestation de quelque chose d’intérieur : la prédisposition à l’équilibre ou à la démesure ; la capacité de rendre grâce ou la prétention arrogante à l’autonomie ; l’empathie de qui sait partager la nourriture avec celui qui est dans le besoin ou l’égoïsme de qui accumule tout pour soi-même. Cette demande est très importante : dis-moi comment tu manges et je te dirai quelle âme tu possèdes. Dans la manière de manger se révèlent notre intériorité, nos habitudes, nos attitudes psychiques.
Les anciens Pères donnaient au vice de la gourmandise le nom de « gastrimargie », terme que l’on peut traduire par « folie du ventre ». La gourmandise est une « folie du ventre ». Et il y a aussi ce proverbe qui dit qu’il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. La gourmandise est un vice qui se greffe sur l’un de nos besoins vitaux, comme l’alimentation. Soyons prudents à ce sujet.
Si nous l’envisageons d’un point de vue social, la gourmandise est peut-être le vice le plus dangereux qui est en train de faire périr la planète. Car le péché de ceux qui cèdent devant une part de gâteau, somme toute, ne provoque pas de dommages importants, mais la voracité avec laquelle nous nous déchaînons, depuis quelques siècles, sur les biens de la planète, compromet l’avenir de tous. Nous nous sommes jetés sur tout, pour devenir maîtres de tout, alors que tout avait été confié à notre soin, et non à notre exploitation ! Voilà donc le grand péché, la fureur du ventre : nous avons abjuré le nom d’hommes, pour en prendre un autre, celui de « consommateurs ». C’est ainsi que l’on dit aujourd’hui dans la vie sociale : « consommateurs ». Nous ne nous sommes même pas aperçus que quelqu’un avait commencé à nous appeler ainsi. Nous sommes faits pour être des hommes et des femmes « eucharistiques », capables de rendre grâce, discrets dans l’utilisation de la terre, et au lieu de cela, le danger est de se transformer en prédateurs, et maintenant nous nous rendons compte que cette forme de « gloutonnerie » a fait beaucoup de mal au monde. Demandons au Seigneur de nous aider sur le chemin de la sobriété, et que les différentes formes de gourmandise n’envahissent pas nos vies.
Source : vatican.va
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Audience du mercredi 4 mai
Série de catéchèses du pape François sur la vieillesse
8. Eléazar, la cohérence de la foi, héritage de l’honneur
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd’hui, écoutons bien la catéchèse car ensuite nous aurons le cirque qui fera quelque chose pour nous divertir
Poursuivons notre itinéraire sur les vices et les vertus ; les anciens Pères nous enseignent qu’après la gourmandise, le deuxième « démon », c’est-à-dire vice, qui se tient toujours accroupi à la porte du cœur c’est celui de la luxure. Alors que la gourmandise est une voracité envers la nourriture, ce second vice est une sorte de « voracité » envers une autre personne, c’est-à-dire la relation empoisonnée que les êtres humains entretiennent entre eux, en particulier dans le domaine de la sexualité.
Attention : dans le christianisme, il n’y a pas de condamnation de l’instinct sexuel. Un livre de la Bible, le Cantique des Cantiques, est un merveilleux poème d’amour entre deux fiancés. Cependant, cette belle dimension de notre humanité, la dimension sexuelle, la dimension de l’amour, n’est pas sans danger, à tel point que saint Paul doit déjà aborder la question dans la première Lettre aux Corinthiens. Il écrit : « On entend dire partout qu’il y a chez vous un cas d’inconduite, une inconduite telle qu’on n’en voit même pas chez les païens » (5,1). Le reproche de l’Apôtre concerne précisément une gestion malsaine de la sexualité par certains chrétiens.
Mais regardons l’expérience humaine, l’expérience de tomber amoureux. Ici, il y a tant de nouveaux mariés, vous pouvez parler de cela ! Pourquoi ce mystère se produit, ni pourquoi il s’agit d’une expérience si bouleversante dans la vie des personnes. Aucun d’entre nous ne le sait. Une personne tombe amoureuse d’une autre, cela arrive de tomber amoureux. C’est l’une des réalités les plus surprenantes de l’existence. La plupart des chansons que nous entendons à la radio en parlent : des amours qui s’illuminent, des amours toujours recherchés et jamais atteints, des amours pleins de joie ou des amours qui tourmentent jusqu’aux larmes.
S’il n’est pas pollué par le vice, tomber amoureux est l’un des sentiments les plus purs. Une personne amoureuse devient généreuse, aime faire des cadeaux, écrit des lettres et des poèmes. Il cesse de penser à lui pour se projeter entièrement vers l’autre, que c’est beau. Et si vous demandez à une personne amoureuse : “pour quel motif tu aimes ?”, elle ne trouvera pas de réponse : à bien des égards, son amour est inconditionnel, sans aucune raison. Patience si cet amour, si puissant, est aussi un peu naïf : l’amoureux ne connaît pas vraiment le visage de l’autre, il a tendance à l’idéaliser, il est prêt à faire des promesses dont il ne saisit pas immédiatement le poids. Ce « jardin » où se multiplient les merveilles n’est pourtant pas à l’abri du mal. Il est souillé par le démon de la luxure, et ce vice est particulièrement odieux, pour au moins deux raisons.
Tout d’abord parce qu’il dévaste les relations entre les personnes. Pour documenter une telle réalité, l’actualité quotidienne suffit malheureusement. Combien de relations qui avaient commencé dans les meilleures conditions se sont transformées en relations toxiques, de possession de l’autre, de manque de respect et du sens de limite ? Ce sont des amours où la chasteté a fait défaut : une vertu qu’il ne faut pas confondre avec l’abstinence sexuelle- la chasteté est plus que l’abstinence sexuelle -, elle doit plutôt être reliée avec la volonté de ne jamais posséder l’autre. Aimer, c’est respecter l’autre, rechercher son bonheur, cultiver l’empathie pour ses sentiments, se disposer à la connaissance d’un corps, d’une psychologie et d’une âme qui ne sont pas les nôtres et qui doivent être contemplés pour la beauté qu’ils portent. Aimer c’est cela, et c’est beau l’amour. La luxure, en revanche, se moque de tout cela : la luxure pille, elle vole, elle consomme à la hâte, elle ne veut pas écouter l’autre mais seulement son propre besoin et son propre plaisir ; la luxure juge toute fréquentation ennuyeuse, elle ne cherche pas cette synthèse entre raison, pulsion et sentiment qui nous aiderait à conduire l’existence avec sagesse. Le luxurieux ne cherche que des raccourcis : il ne comprend pas que le chemin de l’amour doit être parcouru lentement, et que cette patience, loin d’être synonyme d’ennui, nous permet de rendre heureuses nos relations amoureuses.
Mais il y a une deuxième raison pour laquelle la luxure est un vice dangereux. De tous les plaisirs humains, la sexualité a une voix puissante. Elle met en jeu tous les sens, elle habite à la fois le corps et la psyché, et c’est très beau, mais si elle n’est pas disciplinée avec patience, si elle n’est pas inscrite dans une relation et dans une histoire où deux individus la transforment en danse amoureuse, elle se transforme en une chaîne qui prive l’homme de sa liberté. Le plaisir sexuel qui est un don de Dieu, est miné par la pornographie : une satisfaction sans relation qui peut générer des formes de dépendance. Nous devons défendre l’amour, l’amour du cœur, de l’esprit, du corps, l’amour pur dans le don de soi, l’un à l’autre. Et c’est cela la beauté de la relation sexuelle.
Gagner la bataille contre la luxure, contre la « chosification » de l’autre, peut être l’affaire de toute une vie. Mais le prix de cette bataille est absolument le plus important de tous, car il s’agit de préserver cette beauté que Dieu a inscrite dans sa création lorsqu’il a imaginé l’amour entre l’homme et la femme, qui n’est pas pour s’utiliser l’un, l’autre, mais pour s’aimer. Cette beauté qui nous fait croire que construire une histoire ensemble vaut mieux que partir à l’aventure – il y a tant de Don Juan ! -, cultiver la tendresse vaut mieux que céder au démon de la possession – le véritable amour ne possède pas, il se donne -, servir vaut mieux que conquérir. Car s’il n’y a pas d’amour, la vie est triste, la vie est une triste solitude. Merci.
Source : vatican.va
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Jour 9 en audio
Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !
Message pour la 10ème Journée mondiale des Pauvres
33e Dimanche du Temps Ordinaire, 15 novembre 2026
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Le Seigneur est le refuge du pauvre (cf. Ps 14, 6)
1. Le Seigneur est le refuge du pauvre (cf. Ps14, 6). Ces paroles du Psalmiste indiquent le chemin que nous sommes appelés à parcourir en vue de la 10eJournée Mondiale des Pauvres. Une fois encore, il est nécessaire de revenir à la Parole de Dieu pour vérifier l’importance que revêtent les pauvres dans la vie de l’Église. L’expression du Psaume est un critère de jugement de l’existence chrétienne car elle révèle le visage de Dieu et reconnaît la pauvreté humaine. Dans un moment historique dramatique, tel que la destruction du temple de Jérusalem, le peuple s’était senti privé de la présence de Dieu et avait connu sa misère matérielle et morale sans précédent.
Cette Parole apparaît à chaque génération dans toute son actualité. Elle met immédiatement en lumière la contradiction dans laquelle on tombe encore de nos jours bien souvent. La première constatation est en effet celle-ci : « Dans son cœur le fou déclare : “Pas de Dieu !” Tout est corrompu, abominable, pas un homme de bien » (Ps 14, 1). Elle met en évidence le contraste entre ceux qui se comportent avec sagesse et ceux qui, au contraire, mènent leur vie comme s’il n’y avait rien au-dessus d’eux. On constate malheureusement qu’une injustice sociale, issue d’une corruption arrogante aussi déplorable que discriminatoire, est encore très répandue de nos jours. La perte du sens de la transcendance dans la vie quotidienne n’est plus tant une négation théorique de l’existence de Dieu. Elle se manifeste plutôt par le fait de ne pas tenir compte de sa bonté et de sa miséricorde pour l’édification de la justice personnelle et sociale.
Les premiers à en subir les conséquences sont les pauvres dont le nombre augmente dans de nombreuses sociétés, et ce n’est pas un hasard. L’absence de Dieu ne place plus les personnes les unes à côté des autres dans le respect mutuel, mais les unes au-dessus des autres sous le signe de la domination et de l’oppression. C’est ainsi qu’apparaît une logique profanatrice d’abus et d’exclusion qui marginalise et humilie. Non seulement des individus, mais des populations entières, se trouvent dans cette situation. Les paroles du Psaume résonnent encore, pleines de vérité : « Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple » (Ps 14, 4).
2. Le cri de justice des pauvres est aujourd’hui étouffé par de multiples techniques, toujours plus insidieuses, qui réduisent au silence tous leurs efforts pour faire entendre leurs revendications. L’environnement numérique radicalise les préjugés à leur encontre et renforce le rideau d’indifférence qui entoure leurs causes. Il ne reste plus au pauvre qu’à crier vers Dieu (cf. Ps34, 7) et à Lui faire parvenir sa plainte, avec la certitude d’être entendu, car Dieu est fidèle et riche en miséricorde. Ceux qui sont opprimés, humiliés et sans défense grandissent encore aujourd’hui dans la certitude de devoir s’abandonner à Dieu, pleins de confiance et d’attente d’espérance. Dans cette confiance totale, le sens de leur dignité renaît ; ils se reconnaissent comme des sœurs et des frères avec qui organiser leurs rêves, et l’espérance devient silencieusement réalité. Se réfugier en Dieu, c’est trouver une protection véritable et sûre, celle que les puissants ne peuvent garantir et préfèrent refuser.
Le pauvre, cependant, sait reconnaître l’essentiel mieux que quiconque, car il vit de l’essentiel. Plus proche que n’importe qui du Christ, il reconnaît Dieu comme son refuge même lorsque les circonstances semblent dire le contraire, et il est rempli d’espérance en sa justice qui ne tarde pas à se manifester. Dans la nuit de l’abandon et de la solitude, le pauvre “demeure à l’abri du Très-Haut” (cf. Ps 91, 1). Combien de personnes affligées, subissant l’injustice et les offenses, dans la souffrance et la douleur, seules et dépourvues de sens à leur vie, peuvent trouver consolation et nouvelle motivation auprès du Seigneur !
3. Être un refuge n’est pas seulement une promesse, mais cela devient réalité en la personne de Jésus-Christ. Dieu vient habiter parmi nous par l’incarnation de son Fils qui rend le refuge espéré concret et visible. Jésus-Christ est véritablement le refuge de Dieu pour les pauvres. Par son obéissance au Père, il descend jusqu’au point le plus bas, là où se trouvent les derniers. Il va à la rencontre de chacun et offre à tous un refuge sûr : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt11, 28). En Jésus, Dieu ne se contente pas de protéger, mais il partage la pauvreté humaine jusqu’à la croix.
Les pauvres de notre époque, ce sont les oubliés et les marginalisés : privés, en plus du pain, de parole et d’un visage. Puissent-ils rencontrer le Fils de Dieu qui se fait proche de tous sans négliger aucun. Qu’ils le rencontrent avant tout en ceux qui se disent chrétiens. C’est Jésus qui offre le pain et l’amitié dans l’Église qui est son Corps ; il apporte la lumière et un horizon d’espérance ; il prononce le nom de chacun et rend à tous leur dignité. Jésus de Nazareth est le don de Dieu aux pauvres. En Lui, toutes les promesses deviennent réalité. Pour tous ceux qui sont privés d’un foyer, d’un travail, d’une éducation, de nourriture, de santé, une nouvelle voie s’ouvre : le partage comme expression du Royaume de Dieu (cf. Mt 5, 3). À l’obsession de ceux qui accumulent des richesses pour eux-mêmes s’oppose l’obstination de Dieu qui, à travers le témoignage de personnes en chair et en os, ouvre le cœur et accueille dans son amour.
4. Ainsi, dans le Christ, nous sommes nous aussi appelés à devenir pauvres et à être un refuge pour le pauvre. La communauté chrétienne ne peut rester insensible face à tous ceux qui, aujourd’hui, se trouvent à la porte et restent invisibles aux yeux de ceux qui sont enfermés entre leurs murs. L’Église, par sa nature même, est appelée à être pauvre et à être un refuge pour les pauvres. N’oublions pas le commentaire de saint Augustin sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare : « Il nous a caché le nom du riche et nous a révélé celui du pauvre. Le nom du riche passait de bouche en bouche, mais Dieu l’a tu ; le nom du pauvre passait sous silence, mais Dieu nous l’a révélé. […] Que choisirais-tu ? Être pauvre comme Lazare ou riche comme l’autre ? Ne te laisse pas tromper ! Écoute quelle fut leur fin et remarque le mauvais choix » (Sermon 33A, 4).
Comme je l’ai rappelé dans l’Exhortation apostolique Dilexi te, « Dieu montre en effet une prédilection pour les pauvres : c’est d’abord à eux que s’adresse la parole d’espérance et de libération du Seigneur et, par conséquent, même dans la pauvreté ou la faiblesse, personne ne doit plus se sentir abandonné. Et l’Église, si elle veut être celle du Christ, doit être l’Église des Béatitudes, l’Église qui fait place aux petits et qui marche pauvre avec les pauvres, le lieu où les pauvres ont une place privilégiée » (n° 21).
Certaines questions se posent inévitablement, questions qu’en cette Xe Journée mondiale des pauvres nous avons un besoin urgent de faire résonner dans notre esprit et dans notre cœur. Sommes-nous le signe d’un Dieu refuge pour les pauvres ? Avons-nous conscience de notre pauvreté et la préférons-nous à la richesse injuste ? Allons-nous là où se trouvent les pauvres en faisant l’expérience de leur marginalité ? Sommes-nous attentifs à leurs pensées et partageons-nous leurs attentes ? Prononçons-nous leurs noms avec une tendresse divine ? Notre charité réveille-t-elle et soutient-elle en eux le désir de justice et de rédemption ? Ces questions, et bien d’autres encore, nous obligent à un sérieux examen de conscience pour vérifier ce que nous sommes encore appelés à devenir en faveur des pauvres et pour leur libération. Alors nous verrons que les pauvres deviennent eux-mêmes un refuge pour les autres. L’expérience de la pauvreté rend particulièrement sensibles à une solidarité renouvelée face aux défis.
L’amour du Christ nous rend participants de la vie d’amour de Dieu. En ce sens, les chrétiens sont appelés non seulement à chercher refuge en Dieu, mais aussi à devenir en Dieu un refuge pour les autres, sans « faire de distinctions entre ceux qui aident et ceux qui sont aidés, entre ceux qui semblent donner et ceux qui semblent recevoir, entre ceux qui semblent pauvres et ceux qui se sentent capables d’offrir leur temps, leurs compétences, leur aide. Nous sommes l’Église du Seigneur, une Église de pauvres, tous précieux, tous sujets, chacun porteur d’une Parole unique de Dieu. Chacun est un don pour les autres » (Homélie, 17 août 2025).
5. Le huitième centenaire de la mort de saint François d’Assise nous invite à nous rappeler comment, arrivé à Rome en pèlerin à la tombe de l’apôtre Pierre, il fut saisi de compassion pour les mendiants. Pour comprendre et faire l’expérience de leur souffrance, il ôta ses propres vêtements et les échangea contre les haillons de l’un d’entre eux, s’assit pour mendier et passa toute la journée parmi les pauvres avec la joie dans l’esprit (cf. Fonti Francescane, 1405-1406). Nous voulons témoigner qu’il est possible, aujourd’hui encore, de connaître la même joie en se mettant à la place des pauvres et en les écoutant, plutôt qu’en se contentant de parler d’eux. Celui qui a Dieu pour refuge est libre de faire des choix prophétiques, qui témoignent que tout peut être repensé à partir de la base, dans l’humilité et la fraternité qui, seules, réparent un monde blessé par l’arrogance.
J’ai confiance que cette 10e Journée Mondiale des Pauvres pourra constituer une étape significative pour redécouvrir le visage de tant de frères et sœurs qui cherchent refuge en Dieu et souhaitent se sentir chez eux dans nos communautés. Gardons vivante l’obéissance à la Parole de Dieu, qui appelle à la conversion du cœur. Que la Vierge Marie, qui a contemplé dans la chair crucifiée de son Fils l’amour de Dieu qui comble de biens ceux qui ont faim et renvoie les riches les mains vides (cf. Lc 1, 53), intercède pour nous.
Du Vatican, le 13 juin 2026, mémoire de saint Antoine de Padoue.
LÉON PP. XIV
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Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !
Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !
Homélie
Basilique Saint-Pierre, lundi 29 juin 2026
Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, en une seule solennité, nous commémorons les saints Pierre et Paul, patrons de la ville et du diocèse de Rome : l’un choisi par Jésus comme berger de son troupeau, l’autre élu comme apôtre des nations. En eux, nous vénérons deux colonnes de l’Église.
Dans le Nouveau Testament à maintes reprises, Pierre, gardien du Peuple de Dieu, apparaît engagé à préserver la communion entre les frères. C’est lui qui, sur le lac de Galilée, après une nuit de travail apparemment vaine, dit au Maître : « nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets » (Lc 5, 5) et qui repart donc, emmenant les autres avec lui. C’est encore lui qui, alors que beaucoup s’éloignent du Seigneur après le rude discours sur le Pain de vie, dit au Messie : « à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68) et reste, avec les onze autres. C’est toujours lui qui, à Césarée, reconnaît en Jésus le Fils de Dieu et se fait la voix de tous pour professer l’unique foi, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile (cf. Mt 16, 13-19). Même après la Résurrection, au bord du lac, il est le premier à rejoindre le Christ, se jetant à l’eau et devançant les autres à la nage, pour renouveler humblement son amour et recevoir ainsi la confirmation de sa mission (cf. Jn 21, 1-17).
Pierre demeure fidèle à cette mission reçue, même lorsqu’à Jérusalem, par exemple, la question de l’admission des païens non circoncis au baptême risque de diviser la communauté. Il rassemble les frères, les écoute et seulement après, guidé par le Saint-Esprit, prend la décision, préservant la communion et inaugurant une ère nouvelle pour tout le Peuple de Dieu : « Oui, nous le croyons – affirme-t-il –, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux » (Ac 15, 11).
Cette grandeur d’âme ne veut pas dire que Pierre soit parfait. Pendant la Passion, il renie le Maître, avant de verser des larmes sincères de repentir (Lc 22, 54-62); et Paul lui-même, en d’autres circonstances, lui reproche l’incohérence de certains de ses comportements (cf. Gal 2, 11-14). Cependant, il sait reconnaître ses erreurs et se reprendre, sans se décourager et sans abandonner la mission d’annoncer l’Évangile et de rassembler le troupeau du Christ, et ce, jusqu’au martyre qu’il a subi ici même, à Rome, non loin de l’endroit où nous nous trouvons.
Cette sollicitude fidèle et patiente pour l’unité est très bien exprimée par le symbole des clés, avec lequel nous l’identifions souvent (cf. Mt 16, 19). Une clé, en effet, n’abat pas les portes, mais elle les ouvre puis les ferme, en cherchant à l’intérieur les bons leviers et en accompagnant leurs mouvements, afin que les blocages se défassent, que les gâches coulissent et que les battants tournent librement sur leurs gonds, unissant ainsi les espaces et faisant des nombreuses pièces isolées une seule et même maison accueillante. De la même manière, la communion dans l’Église ne se construit pas en se figeant sur ses propres positions, mais en recherchant, dans le cœur de chacun, les points de rencontre dans la Vérité, à la seule lumière de laquelle chacun devient pour l’autre instrument de croissance.
C’est dans cette perspective que nous pourrions lire la mission confiée par le Seigneur à Pierre et à ses successeurs au profit du saint Peuple de Dieu : écouter, avec son aide, la voix de chacun ; discerner les inspirations ; guider les chemins ; corriger les erreurs ; instruire ; encourager ; exhorter et accompagner les frères afin que, dociles à l’action du même Esprit (cf. 1 Co 12, 1-11), ils coopèrent au salut les uns des autres et de l’humanité entière. Cela dit, l’exemple de Pierre est aussi une invitation pour chaque chrétien à devenir un artisan d’unité, en plaçant Dieu au centre de sa propre existence et en se rapprochant de ses frères, attentif à leurs vicissitudes et à leurs besoins (cf. François, Catéchèse, 9 octobre 2024) afin de vivre avec eux dans la charité et qu’ainsi « la proclamation de l’Évangile s’accomplisse » (cf. 2 Tm 4, 17).
Tel est aussi l’enseignement de Paul, l’autre grand apôtre que nous célébrons aujourd’hui, héraut infatigable de la Bonne Nouvelle. Lui aussi possède des symboles distinctifs : le livre et l’épée, étroitement liés l’un à l’autre. L’auteur de la Lettre aux Hébreux l’explique bien lorsqu’il écrit : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants », capable de pénétrer « jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit » et de discerner « les intentions et les pensées du cœur » (cf. He 4, 12).
C’est ce que Dieu a accompli dans le cœur du jeune Saul en le conquérant (cf. Ph 3, 12) et en l’amenant, avant tout, à se convertir à l’Évangile en prenant un nom nouveau, puis à l’annoncer dans le monde entier et, enfin, à en témoigner comme Pierre, dans cette même ville, jusqu’au don de sa vie. L’Apôtre des nations s’est laissé transformer par la puissance de la Parole de Dieu qui l’a soustrait à la violence pour le conduire sur le chemin de l’amour.
Saint Augustin, commentant sa conversion et sa mission, disait : « Alors qu’il se rendait [à Damas] le cœur bouillonnant de menaces et de massacres, il fut appelé par son nom et terrassé par la voix céleste (cf. Ac 9, 1-7), c’est-à-dire par le Verbe qui l’appelait » (Sermo 299/A augm., 6). Et il ajoutait : « Dieu a pris le persécuteur de l’Église et en a fait un messager de paix. Il lui a pardonné tous ses péchés et l’a placé dans un ministère où il pourrait pardonner les péchés d’autrui » (ibid.).
Chers frères et soeurs, il est important que nous nous tournions aujourd’hui vers ces deux saints – Pierre et Paul – pour comprendre comment être à notre tour des apôtres et des bâtisseurs d’unité, des serviteurs généreux de la vérité dans la charité. C’est dans cet esprit que nous nous apprêtons à vivre l’antique et suggestif rite de la remise des palliums aux archevêques métropolitains. Ces bandes de laine blanche ornées de croix expriment en effet l’engagement de chaque pasteur – mais aussi de tout chrétien – à porter sur ses épaules les frères et sœurs qui lui sont confiés comme autant d’agneaux du troupeau du Seigneur et à offrir pour eux son énergie, son temps, ses efforts, voire sa propre vie afin que l’Évangile parvienne à tous et que le monde entier y trouve harmonie et concorde (cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, n. 38).
C’est dans cet esprit que j’ai la joie d’adresser une cordiale salutation aux membres de la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, envoyée par mon très cher frère Sa Sainteté Bartholomée et conduite par Son Éminence Emmanuel, métropolite de Chalcédoine.
Prions les saints Pierre et Paul, afin qu’ils nous soutiennent sur le chemin de la communion à la suite du Sauveur. C’est le chemin qu’Il a tracé, c’est ce pour quoi Il a prié le Père lors de la Cène (cf. Jn 17, 21-23), c’est le but vers lequel Il nous a enseigné à tendre avec confiante espérance (cf. Benoît XVI, Homélie lors de la messe d’imposition du pallium aux nouveaux métropolites, 29 juin 2012).
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Jeudi 5 juin 2025
Je salue fraternellement S.E. Mgr Laurent Ulrich ainsi que tous les évêques de la Province de Paris. Et je vous salue tous, chers prêtres qui vous réunissez en cette Cathédrale Notre-Dame à l’occasion de votre “Jubilé des prêtres” et du 60ème anniversaire de la Constitution Presbyterorum ordinis sur laquelle vous allez réfléchir.
Je suis heureux de pouvoir vous manifester ma paternelle affection et de vous transmettre mes meilleurs encouragements pour la poursuite de votre ministère au service du Peuple de Dieu qui vous est confié. Pour y parvenir dans les conditions ecclésiales et sociales difficiles – et bien souvent éprouvantes – que vous connaissez, je vous invite à enraciner votre vie et votre ministère dans un amour toujours plus fort, personnel et authentique de Jésus qui a fait de vous ses amis et qui vous a configurés à Lui pour l’éternité ; et dans un amour généreux et sans réserve pour vos Communautés, un amour empreint de proximité, de compassion, de douceur, d’humilité et de simplicité, comme l’a si souvent rappelé le regretté Pape François. De cette manière, vous serez crédibles même si vous n’êtes pas encore des saints, et vous toucherez le cœur de personnes qui sont au plus loin, gagnerez leur confiance et leur ferez rencontrer Jésus. Je vous invite à cultiver la fraternité sacerdotale entre vous, à maintenir un étroit lien de charité avec vos évêques et à prier sans cesse pour l’unité de l’Église. Que le Saint-Esprit vous aide à renouveler chaque jour le don généreux que vous avez fait de vous-mêmes au Seigneur le jour de votre ordination.
Implorant sur chacun de vous la protection de Notre Dame, et l’intercession de tous les saints prêtres et évêques de Paris qui vous ont précédés, je vous accorde de grand cœur la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 4 juin 2025
Leo PP. XIV
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