AU FIL DES JOURS...

05/11/2020

Jeudi 5 novembre 2020

Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !

Homélie

Basilique Saint-Pierre, lundi 29 juin 2026

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, en une seule solennité, nous commémorons les saints Pierre et Paul, patrons de la ville et du diocèse de Rome : l’un choisi par Jésus comme berger de son troupeau, l’autre élu comme apôtre des nations. En eux, nous vénérons deux colonnes de l’Église.

Dans le Nouveau Testament à maintes reprises, Pierre, gardien du Peuple de Dieu, apparaît engagé à préserver la communion entre les frères. C’est lui qui, sur le lac de Galilée, après une nuit de travail apparemment vaine, dit au Maître : « nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets » (Lc 5, 5) et qui repart donc, emmenant les autres avec lui. C’est encore lui qui, alors que beaucoup s’éloignent du Seigneur après le rude discours sur le Pain de vie, dit au Messie : « à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68) et reste, avec les onze autres. C’est toujours lui qui, à Césarée, reconnaît en Jésus le Fils de Dieu et se fait la voix de tous pour professer l’unique foi, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile (cf. Mt 16, 13-19). Même après la Résurrection, au bord du lac, il est le premier à rejoindre le Christ, se jetant à l’eau et devançant les autres à la nage, pour renouveler humblement son amour et recevoir ainsi la confirmation de sa mission (cf. Jn 21, 1-17).

Pierre demeure fidèle à cette mission reçue, même lorsqu’à Jérusalem, par exemple, la question de l’admission des païens non circoncis au baptême risque de diviser la communauté. Il rassemble les frères, les écoute et seulement après, guidé par le Saint-Esprit, prend la décision, préservant la communion et inaugurant une ère nouvelle pour tout le Peuple de Dieu : « Oui, nous le croyons – affirme-t-il –, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux » (Ac 15, 11).

Cette grandeur d’âme ne veut pas dire que Pierre soit parfait. Pendant la Passion, il renie le Maître, avant de verser des larmes sincères de repentir (Lc 22, 54-62); et Paul lui-même, en d’autres circonstances, lui reproche l’incohérence de certains de ses comportements (cf. Gal 2, 11-14). Cependant, il sait reconnaître ses erreurs et se reprendre, sans se décourager et sans abandonner la mission d’annoncer l’Évangile et de rassembler le troupeau du Christ, et ce, jusqu’au martyre qu’il a subi ici même, à Rome, non loin de l’endroit où nous nous trouvons.

Cette sollicitude fidèle et patiente pour l’unité est très bien exprimée par le symbole des clés, avec lequel nous l’identifions souvent (cf. Mt 16, 19). Une clé, en effet, n’abat pas les portes, mais elle les ouvre puis les ferme, en cherchant à l’intérieur les bons leviers et en accompagnant leurs mouvements, afin que les blocages se défassent, que les gâches coulissent et que les battants tournent librement sur leurs gonds, unissant ainsi les espaces et faisant des nombreuses pièces isolées une seule et même maison accueillante. De la même manière, la communion dans l’Église ne se construit pas en se figeant sur ses propres positions, mais en recherchant, dans le cœur de chacun, les points de rencontre dans la Vérité, à la seule lumière de laquelle chacun devient pour l’autre instrument de croissance.

C’est dans cette perspective que nous pourrions lire la mission confiée par le Seigneur à Pierre et à ses successeurs au profit du saint Peuple de Dieu : écouter, avec son aide, la voix de chacun ; discerner les inspirations ; guider les chemins ; corriger les erreurs ; instruire ; encourager ; exhorter et accompagner les frères afin que, dociles à l’action du même Esprit (cf. 1 Co 12, 1-11), ils coopèrent au salut les uns des autres et de l’humanité entière. Cela dit, l’exemple de Pierre est aussi une invitation pour chaque chrétien à devenir un artisan d’unité, en plaçant Dieu au centre de sa propre existence et en se rapprochant de ses frères, attentif à leurs vicissitudes et à leurs besoins (cf. François, Catéchèse, 9 octobre 2024) afin de vivre avec eux dans la charité et qu’ainsi « la proclamation de l’Évangile s’accomplisse » (cf. 2 Tm 4, 17).

Tel est aussi l’enseignement de Paul, l’autre grand apôtre que nous célébrons aujourd’hui, héraut infatigable de la Bonne Nouvelle. Lui aussi possède des symboles distinctifs : le livre et l’épée, étroitement liés l’un à l’autre. L’auteur de la Lettre aux Hébreux l’explique bien lorsqu’il écrit : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants », capable de pénétrer « jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit » et de discerner « les intentions et les pensées du cœur » (cf. He 4, 12).

C’est ce que Dieu a accompli dans le cœur du jeune Saul en le conquérant (cf. Ph 3, 12) et en l’amenant, avant tout, à se convertir à l’Évangile en prenant un nom nouveau, puis à l’annoncer dans le monde entier et, enfin, à en témoigner comme Pierre, dans cette même ville, jusqu’au don de sa vie. L’Apôtre des nations s’est laissé transformer par la puissance de la Parole de Dieu qui l’a soustrait à la violence pour le conduire sur le chemin de l’amour.

Saint Augustin, commentant sa conversion et sa mission, disait : « Alors qu’il se rendait [à Damas] le cœur bouillonnant de menaces et de massacres, il fut appelé par son nom et terrassé par la voix céleste (cf. Ac 9, 1-7), c’est-à-dire par le Verbe qui l’appelait » (Sermo 299/A augm., 6). Et il ajoutait : « Dieu a pris le persécuteur de l’Église et en a fait un messager de paix. Il lui a pardonné tous ses péchés et l’a placé dans un ministère où il pourrait pardonner les péchés d’autrui » (ibid.).

Chers frères et soeurs, il est important que nous nous tournions aujourd’hui vers ces deux saints – Pierre et Paul – pour comprendre comment être à notre tour des apôtres et des bâtisseurs d’unité, des serviteurs généreux de la vérité dans la charité. C’est dans cet esprit que nous nous apprêtons à vivre l’antique et suggestif rite de la remise des palliums aux archevêques métropolitains. Ces bandes de laine blanche ornées de croix expriment en effet l’engagement de chaque pasteur – mais aussi de tout chrétien – à porter sur ses épaules les frères et sœurs qui lui sont confiés comme autant d’agneaux du troupeau du Seigneur et à offrir pour eux son énergie, son temps, ses efforts, voire sa propre vie afin que l’Évangile parvienne à tous et que le monde entier y trouve harmonie et concorde (cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, n. 38).

C’est dans cet esprit que j’ai la joie d’adresser une cordiale salutation aux membres de la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, envoyée par mon très cher frère Sa Sainteté Bartholomée et conduite par Son Éminence Emmanuel, métropolite de Chalcédoine.

Prions les saints Pierre et Paul, afin qu’ils nous soutiennent sur le chemin de la communion à la suite du Sauveur. C’est le chemin qu’Il a tracé, c’est ce pour quoi Il a prié le Père lors de la Cène (cf. Jn 17, 21-23), c’est le but vers lequel Il nous a enseigné à tendre avec confiante espérance (cf. Benoît XVI, Homélie lors de la messe d’imposition du pallium aux nouveaux métropolites, 29 juin 2012).

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Jeudi 5 juin 2025

Je salue fraternellement S.E. Mgr Laurent Ulrich ainsi que tous les évêques de la Province de Paris. Et je vous salue tous, chers prêtres qui vous réunissez en cette Cathédrale Notre-Dame à l’occasion de votre “Jubilé des prêtres” et du 60ème anniversaire de la Constitution Presbyterorum ordinis sur laquelle vous allez réfléchir.

Je suis heureux de pouvoir vous manifester ma paternelle affection et de vous transmettre mes meilleurs encouragements pour la poursuite de votre ministère au service du Peuple de Dieu qui vous est confié. Pour y parvenir dans les conditions ecclésiales et sociales difficiles – et bien souvent éprouvantes – que vous connaissez, je vous invite à enraciner votre vie et votre ministère dans un amour toujours plus fort, personnel et authentique de Jésus qui a fait de vous ses amis et qui vous a configurés à Lui pour l’éternité ; et dans un amour généreux et sans réserve pour vos Communautés, un amour empreint de proximité, de compassion, de douceur, d’humilité et de simplicité, comme l’a si souvent rappelé le regretté Pape François. De cette manière, vous serez crédibles même si vous n’êtes pas encore des saints, et vous toucherez le cœur de personnes qui sont au plus loin, gagnerez leur confiance et leur ferez rencontrer Jésus. Je vous invite à cultiver la fraternité sacerdotale entre vous, à maintenir un étroit lien de charité avec vos évêques et à prier sans cesse pour l’unité de l’Église. Que le Saint-Esprit vous aide à renouveler chaque jour le don généreux que vous avez fait de vous-mêmes au Seigneur le jour de votre ordination.

Implorant sur chacun de vous la protection de Notre Dame, et l’intercession de tous les saints prêtres et évêques de Paris qui vous ont précédés, je vous accorde de grand cœur la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 4 juin 2025

Leo PP. XIV

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A découvrir au Jesus Festival 2025,

Salle des Bénédictions, samedi 21 juin 2025

Madame la Présidente du Conseil des ministres et Monsieur le Président de la Chambre des députés de la République italienne,

Madame la Présidente et Monsieur le Secrétaire général de l’Union interparlementaire,

Distingués représentants des Institutions universitaires et chefs religieux,

Je me réjouis que nous puissions nous rencontrer dans le cadre de la Conférence de l’Union interparlementaire, pendant le Jubilé actuel des gouvernants. Je salue chaleureusement les membres des délégations venues de soixante-huit pays différents, et en particulier les présidents des Institutions parlementaires respectives.

La politique a été définie à juste titre comme « la forme la plus élevée de charité », pour citer le pape Pie XI (Discours à la Fédération italienne des universités catholiques, 18 décembre 1927). En effet, si l’on considère le service que la vie politique rend à la société et au bien commun, elle peut véritablement être considérée comme un acte d’amour chrétien, qui n’est jamais simplement une théorie, mais toujours un signe concret et un témoignage de la sollicitude constante de Dieu pour le bien de notre famille humaine (cf. François, Lettre encyclique Fratelli Tutti, 176-192).

À cet égard, je voudrais partager avec vous ce matin trois considérations que je juge importantes dans le contexte culturel actuel.

La première concerne votre responsabilité de promouvoir et de protéger, indépendamment de tout intérêt particulier, le bien de la communauté, le bien commun, en particulier en défendant les personnes vulnérables et marginalisées. Cela signifierait, par exemple, œuvrer pour surmonter la disproportion inacceptable entre l’immense richesse concentrée entre les mains de quelques-uns et les pauvres du monde (cf. Léon XIII, Lettre encyclique Rerum Novarum, 15 mai 1891, 1). Ceux qui vivent dans des conditions extrêmes crient pour faire entendre leur voix, mais souvent, personne n’est disposé à écouter leur appel. Ce déséquilibre engendre des situations d’injustice persistante, qui conduisent facilement à la violence et, tôt ou tard, à la tragédie de la guerre. Une politique saine, en revanche, en favorisant la répartition équitable des ressources, peut contribuer efficacement à l’harmonie et à la paix tant au niveau national qu’international.

Ma deuxième réflexion concerne la liberté religieuse et le dialogue interreligieux. Ce domaine a pris une importance croissante à l’époque actuelle, et la vie politique peut accomplir beaucoup en favorisant les conditions nécessaires à une authentique liberté religieuse et au développement d’une rencontre respectueuse et constructive entre les différentes communautés religieuses. La foi en Dieu, avec les valeurs positives qui en découlent, est une immense source de bonté et de vérité pour la vie des individus et des communautés.  Saint Augustin parlait de la nécessité de passer de l’amor sui – l’amour-propre égoïste, myope et destructeur – à l’amor Dei – un amour libre et généreux, fondé sur Dieu et conduisant au don de soi. Ce passage, enseignait-il, est essentiel pour la construction de la civitas Dei, une société dont la loi fondamentale est la charité (cf. De Civitate Dei, XIV, 28).

Afin d’avoir un point de référence commun dans l’activité politique, et de ne pas exclure a priori toute considération du transcendant dans les processus décisionnels, il serait utile de rechercher un élément qui unisse tout le monde. À cette fin, un point de référence essentiel est la loi naturelle, qui n’est pas écrite par des mains humaines, mais reconnue comme valable en tout temps et en tout lieu, et qui trouve son argument le plus plausible et le plus convaincant dans la nature elle-même. Pour reprendre les mots de Cicéron, déjà un exposant faisant autorité de cette loi dans l’Antiquité, je cite De Re Publica : « La loi naturelle est la raison droite, conforme à la nature, universelle, constante et éternelle, qui, par ses commandements, nous invite à faire le bien et, par ses interdictions, nous détourne du mal… Aucune modification ne peut être apportée à cette loi, aucune partie ne peut en être supprimée, elle ne peut être abolie dans son ensemble ; ni le Sénat ni le peuple ne peuvent s’en affranchir, et il n’est pas nécessaire de chercher son commentateur ou son interprète. Et il n’y aura pas de loi à Rome, ni à Athènes, ni maintenant, ni plus tard ; mais une loi éternelle et immuable régira tous les peuples à tout moment » (III, 22).

La loi naturelle, qui est universellement valable indépendamment et au-dessus d’autres croyances plus discutables, constitue la boussole qui nous guide dans notre législation et nos actions, en particulier sur les questions éthiques délicates et urgentes qui, aujourd’hui plus que par le passé, concernent la vie personnelle et la vie privée.

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme, approuvée et proclamée par les Nations Unies le 10 décembre 1948, fait désormais partie du patrimoine culturel de l’humanité. Ce texte, qui reste toujours d’actualité, peut contribuer grandement à placer la personne humaine, dans son intégrité inviolable, au fondement de la quête de vérité, redonnant ainsi leur dignité à ceux qui ne se sentent pas respectés dans leur être le plus profond et dans les dictats de leur conscience.

Cela nous amène à une troisième réflexion. Le degré de civilisation atteint dans notre monde et les objectifs que vous êtes chargés d’atteindre sont aujourd’hui confrontés à un défi majeur sous la forme de l’intelligence artificielle. Il s’agit d’une évolution qui sera certainement d’une grande aide pour la société, à condition que son utilisation ne porte pas atteinte à l’identité et à la dignité de la personne humaine et à ses libertés fondamentales. En particulier, il ne faut pas oublier que l’intelligence artificielle fonctionne comme un outil au service du bien des êtres humains, et non pour les diminuer ou les remplacer. Ce qui émerge est en fait un défi important, qui exige une grande attention et une grande prévoyance afin de projeter, également dans le contexte de nouveaux scénarios, des modes de vie sains, équitables et solides, en particulier pour le bien des jeunes générations.

Notre vie personnelle a plus de valeur que n’importe quel algorithme, et les relations sociales ont besoin d’espaces de développement qui transcendent largement les schémas limités que toute machine sans âme peut préprogrammer. N’oublions pas que, bien qu’elle soit capable de stocker des millions de données et de répondre à de nombreuses questions en quelques secondes, l’intelligence artificielle reste dotée d’une « mémoire statique » qui n’est en rien comparable à celle des êtres humains. Notre mémoire, en revanche, est créative, dynamique, générative, capable d’unir le passé, le présent et l’avenir dans une recherche vivante et fructueuse de sens, avec toutes les implications éthiques et existentielles que cela comporte (cf. François, Discours à la session du G7 sur l’intelligence artificielle, 14 juin 2024).

La politique ne peut ignorer un défi d’une telle ampleur. Au contraire, elle est appelée à répondre à de nombreux citoyens qui, à juste titre, considèrent à la fois avec confiance et inquiétude les questions soulevées par cette nouvelle culture numérique.

Au cours du Jubilé de l’an 2000, saint Jean-Paul II a désigné saint Thomas More comme un témoin à vénérer pour les dirigeants politiques et un intercesseur sous la protection duquel placer leur travail. Sir Thomas More était un homme fidèle à ses responsabilités civiques, un parfait serviteur de l’État précisément en raison de sa foi, qui l’a conduit à considérer la politique non pas comme une profession, mais comme une mission pour la diffusion de la vérité et du bien. Il « a mis son activité publique au service de la personne, en particulier des faibles et des pauvres ; il a géré les conflits sociaux avec un sens aigu de la justice ; il a protégé la famille et l’a défendue avec un engagement acharné ; et il a promu l’éducation intégrale des jeunes » (Lettre apostolique E Sancti Thomae Mori, 31 octobre 2000, 4). Le courage dont il a fait preuve en étant prêt à sacrifier sa vie plutôt que de trahir la vérité fait de lui, pour nous aussi aujourd’hui, un martyr de la liberté et de la primauté de la conscience. Que son exemple soit une source d’inspiration et de conduite pour chacun d’entre vous !

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre visite. Je vous adresse mes meilleurs vœux pour votre travail et j’invoque sur vous et vos proches les abondantes bénédictions de Dieu.

Merci à vous tous. Que Dieu vous bénisse, vous et votre travail. Merci.

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[Message à l’occasion de la 5ème journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées qui se tiendra le 27 juillet 2025]

“Heureux celui qui n’a pas perdu l’espoir” (cf. Si 14, 2)

Chers frères et sœurs,

Le jubilé que nous vivons nous aide à découvrir que l’espérance est toujours source de joie, à tout âge. Et quand elle est aguerrie par le feu d’une longue existence, elle devient source de béatitude parfaite.

La Sainte Écriture présente divers cas d’hommes et de femmes déjà avancés en âge que le Seigneur implique dans ses plans de salut. Pensons à Abraham et Sara : désormais âgés, ils restent incrédules devant la parole de Dieu qui leur promet un fils. L’impossibilité d’engendrer semble avoir fermé leur regard d’espérance sur l’avenir.

La réaction de Zacharie à l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste n’est pas différente : « A quoi connaîtrai-je cela ? Car moi je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge » (Lc 1, 18). La vieillesse, la stérilité, le déclin semblent éteindre les espérances de vie et de fécondité de tous ces hommes et femmes. Et même la question que Nicodème pose à Jésus, lorsque le Maître lui parle d’une “nouvelle naissance”, semble purement rhétorique : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » (Jn 3, 4). Et pourtant, chaque fois, face à une réponse apparemment évidente, le Seigneur surprend ses interlocuteurs par une intervention salvatrice.

Les personnes âgées, signes d’espérance

Dans la Bible, Dieu montre à plusieurs reprises sa providence en s’adressant à des personnes âgées. C’est le cas non seulement d’Abraham, de Sara, de Zacharie et d’Élisabeth, mais aussi de Moïse, appelé à libérer son peuple alors qu’il avait quatre-vingts ans (cf. Ex 7, 7). Par ces choix, il nous enseigne que, à ses yeux, la vieillesse est un temps de bénédiction et de grâce et que les personnes âgées sont pour lui les premiers témoins de l’espérance. « Qu’est-ce donc que ce temps de la vieillesse ? – se demande saint Augustin – Dieu te répond : “Oh, que ta force disparaisse complètement, afin que ma force demeure en toi et que tu puisses dire avec l’Apôtre : Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort” » (Super Ps 70, 11). Le fait que le nombre de personnes âgées soit aujourd’hui en augmentation devient alors pour nous un signe des temps que nous sommes appelés à discerner, afin de bien lire l’histoire que nous vivons.

La vie de l’Église et du monde ne s’appréhende en effet que dans la succession des générations, et embrasser une personne âgée nous aide à comprendre que l’histoire ne s’épuise pas dans le présent, ni ne se consume dans des rencontres fugaces et des relations fragmentaires, mais qu’elle se déroule vers l’avenir. Dans le livre de la Genèse, nous trouvons l’épisode émouvant de la bénédiction donnée par Jacob, désormais âgé, à ses petits-enfants, les fils de Joseph : ses paroles les encouragent à regarder l’avenir avec espérance, comme au temps des promesses de Dieu (cf. Gn 48, 8-20). S’il est vrai que la fragilité des personnes âgées a besoin de la vigueur des jeunes, il est tout aussi vrai que l’inexpérience des jeunes a besoin du témoignage des personnes âgées pour projeter l’avenir avec sagesse. Combien de fois nos grands-parents ont-ils été pour nous un exemple de foi et de dévotion, de vertus civiques et d’engagement social, de mémoire et de persévérance dans les épreuves ! Ce bel héritage, qu’ils nous ont remis avec espérance et amour, ne serait jamais assez, pour nous, motif de gratitude et de cohérence.

Signes d’espérance pour les personnes âgées

Depuis ses origines bibliques, le Jubilé a toujours été un temps de libération : les esclaves étaient affranchis, les dettes effacées, les terres rendues à leurs propriétaires d’origine. C’était un moment de restauration de l’ordre social voulu par Dieu, où les inégalités et les oppressions accumulées au fil des ans étaient réparées. Jésus renouvelle ces événements de libération lorsqu’il proclame, dans la synagogue de Nazareth, la bonne nouvelle aux pauvres, la vue aux aveugles, la libération des prisonniers et le retour à la liberté pour les opprimés (cf. Lc 4, 16-21).

En regardant les personnes âgées dans cette perspective jubilaire, nous sommes nous aussi appelés à vivre avec elles une libération, surtout de la solitude et de l’abandon. Cette année est le moment propice pour y parvenir : la fidélité de Dieu à ses promesses nous enseigne qu’il y a une béatitude dans la vieillesse, une joie authentiquement évangélique, qui nous demande d’abattre les murs de l’indifférence dans lesquels les personnes âgées sont souvent enfermées. Nos sociétés, sous toutes les latitudes, s’habituent trop souvent à laisser une partie si importante et si riche de leur tissu social être mise à l’écart et oubliée.

Face à cette situation, un changement d’attitude s’impose, qui témoigne d’une prise de responsabilité de la part de toute l’Église. Chaque paroisse, chaque association, chaque groupe ecclésial est appelé à devenir protagoniste d’une “révolution” de la gratitude et d’attention, à réaliser en rendant fréquemment visite aux personnes âgées, en créant pour elles et avec elles des réseaux de soutien et de prière, en tissant des relations qui puissent donner espoir et dignité à ceux qui se sentent oubliés. L’espérance chrétienne nous pousse toujours à oser davantage, à voir grand, à ne pas nous contenter du status quo. Dans le cas présent, à œuvrer pour un changement qui redonne aux personnes âgées estime et affection.

C’est pourquoi le Pape François a souhaité que la Journée Mondiale des Grands-Parents et des Personnes Âgées soit célébrée avant tout en rencontrant ceux qui sont seuls. Et pour la même raison, il a été décidé que les personnes qui ne pourront pas venir en pèlerinage à Rome cette année pourront « bénéficier de l’Indulgence jubilaire en visitant durant un temps suffisant […] les vieillards isolés accomplissant ainsi un pèlerinage auprès du Christ présent en eux (cf. Mt 25, 34-36) » (Pénitencerie Apostolique, Note sur l’Indulgence plénière, n. 3). Rendre visite à une personne âgée est une manière de rencontrer Jésus qui nous libère de l’indifférence et de la solitude.

En tant que personne âgée, on peut espérer

Le livre du Siracide affirme que la béatitude appartient à ceux qui n’ont pas perdu l’espérance (cf. 14, 2), laissant entendre que dans notre vie – surtout si elle est longue – il peut y avoir de nombreuses raisons de regarder en arrière plutôt que vers l’avenir. Pourtant, comme l’a écrit le Pape François lors de sa dernière hospitalisation, « nos corps sont faibles, mais rien ne nous empêche d’aimer, de prier, de donner de nous-mêmes, d’être les uns pour les autres, dans la foi, des signes lumineux d’espérance » (Angelus, 16 mars 2025). Nous avons une liberté qu’aucune difficulté ne peut nous enlever : celle d’aimer et de prier. Tous, toujours, nous pouvons aimer et prier.

Le bien que nous voulons pour nos proches – notre conjoint avec qui nous avons passé une grande partie de notre vie, nos enfants, nos petits-enfants qui égayent nos journées – ne s’éteint pas lorsque nos forces déclinent. Au contraire, c’est souvent leur affection qui réveille nos énergies, nous apportant espoir et réconfort.

Ces signes de vitalité de l’amour, qui ont leur racine en Dieu lui-même, nous donnent du courage et nous rappellent que « même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4, 16). C’est pourquoi, surtout en tant que personnes âgées, persévérons avec confiance dans le Seigneur. Laissons-nous renouveler chaque jour par la rencontre avec Lui, dans la prière et dans la sainte messe. Transmettons avec amour la foi que nous avons vécue pendant tant d’années, dans notre famille et dans nos rencontres quotidiennes : louons toujours Dieu pour sa bienveillance, cultivons l’unité avec nos proches, ouvrons notre cœur à ceux qui sont plus éloignés et, en particulier, à ceux qui sont dans le besoin. Nous serons des signes d’espérance, à tout âge.

Du Vatican, le 26 juin 2025

LÉON PP. XIV

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Catéchèse sur le discernement
5. Les éléments du discernement. Le désir

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans ces catéchèses sur le discernement, nous sommes en train de passer en revue les éléments du discernement. Après la prière, un élément et la connaissance de soi, un autre élément, c’est-à-dire prier et se connaître soi-même, je voudrais aujourd’hui parler d’un autre « ingrédient » pour ainsi dire indispensable : je voudrais aujourd’hui parler du désir. En effet, le discernement est une forme de recherche, et la recherche naît toujours de quelque chose qui nous manque mais que nous connaissons d’une manière ou l’autre, nous avons le flair.

De quelle nature est cette connaissance ? Les maîtres spirituels la désignent par le terme de « désir » qui, à la base, est une nostalgie de plénitude qui ne trouve jamais son plein accomplissement, et est le signe de la présence de Dieu en nous. Le désir n’est pas l’envie du moment, non. Le mot italien vient d’un très beau terme latin, C’est curieux : de-sidus, littéralement  » l’absence de l’étoile « , le désir est une absence de l’étoile, l’absence du point de référence qui oriente le chemin de la vie ; il évoque une souffrance, un manque, et en même temps une tension pour atteindre le bien qui nous manque. Le désir est alors la boussole qui permet de comprendre où j’en suis et où je vais, ou plutôt c’est la boussole qui me permet de savoir si je suis arrêté ou si je suis en train de marcher, une personne qui ne désire jamais est une personne immobile, peut-être malade, presque morte. C’est la boussole qui me permet de savoir si je suis en train d’avancer ou si je suis immobile. Et comment est-ce possible de le reconnaître ?

Pensons. Un désir authentique sait toucher en profondeur les cordes de notre être, c’est pourquoi il ne s’éteint pas face aux difficultés ou aux revers. C’est comme lorsque nous avons soif : si nous ne trouvons rien à boire, nous ne renonçons pas, au contraire, la quête occupe de plus en plus nos pensées et nos actions, jusqu’à ce que nous soyons prêts à faire n’importe quel sacrifice pour l’étancher, presque obsédés. Les obstacles et les échecs n’étouffent pas le désir, non, au contraire, ils le rendent encore plus vif en nous.

A la différence de l’envie ou de l’émotion du moment, le désir dure dans le temps, même longtemps, et tend à se réaliser. Si, par exemple, un jeune homme souhaite devenir médecin, il devra s’engager dans un cursus d’études et de travail qui occupera quelques années de sa vie et, par conséquent, il devra fixer des limites, dire « non », dire des « non », tout d’abord à d’autres cursus d’études, mais aussi à d’éventuelles diversions et distractions, surtout pendant les moments d’étude les plus intenses. Cependant, le désir de donner une orientation à sa vie et d’atteindre cet objectif- devenir médecin était l’exemple- lui permet de surmonter ces difficultés. Le désir te rend fort, il te rend courageux, il te fait avancer toujours parce que tu veux y arriver : « Je désire cela ».

En effet, une valeur devient belle et plus facilement réalisable lorsqu’elle est attrayante. Comme l’a dit quelqu’un, « plus important que d’être bon, il faut avoir le désir de devenir bon ». Etre bon est une chose attrayante, nous voulons tous être bons, mais avons-nous la volonté de devenir bons ?

C’est frappant de constater que Jésus, avant d’accomplir un miracle, interroge souvent la personne sur son désir :  » Veux-tu être guéri ?  » Et parfois cette question semble déplacée, mais ça se voit qu’elle est malade ! Non…. Par exemple, lorsqu’il rencontre le paralytique à la piscine de Bethzatha, qui était là depuis de nombreuses années et qui n’a jamais pu saisir le bon moment pour entrer dans l’eau. Jésus lui demande :  » Veux-tu être guéri ?  » (Jn 5, 6). Mais. Comment ? En fait, la réponse du paralytique révèle une série d’étranges résistances à la guérison, qui ne concernent pas que lui. La question de Jésus était une invitation à faire la clarté dans son cœur, pour accueillir un possible saut qualitatif : ne plus penser à lui-même et à sa vie  » comme un paralytique « , porté par d’autres. Mais l’homme sur le brancard ne semble pas si convaincu. En dialoguant avec le Seigneur, nous apprenons à comprendre ce que nous voulons vraiment dans notre vie. Ce paralytique est l’exemple typique des gens qui disent : « Oui, oui, je veux, je veux » mais je ne veux pas, je ne veux pas, je ne fais rien. Le vouloir faire devient une illusion et on ne fait pas le pas pour le réaliser. Ces gens qui veulent et ne veulent pas. C’est mauvais ça et ce malade 38 ans là, mais toujours avec les lamentations : « Non, tu sais Seigneur mais tu sais quand les eaux bougent – c’est le moment du miracle – tu sais, quelqu’un de plus fort que moi vient, entre et moi j’arrive en retard », et il se lamente et se lamente. Mais attention, les lamentations sont un poison, un poison pour l’âme, un poison pour la vie car elles ne font pas grandir le désir de continuer. Méfiez-vous des lamentations. Quand on se lamente dans la famille, les époux se lamentent, ils se lamentent les uns des autres, les enfants de papa ou les prêtres de l’évêque ou les évêques de tant d’autres choses… Non, si vous vous trouvez dans la lamentation, faites attention, c’est presque un péché, parce que cela ne laisse pas grandir le désir.

Souvent, c’est précisément le désir qui fait la différence entre un projet réussi, cohérent et durable, et les milliers de velléités et de bonnes intentions avec lesquels, comme on dit, « l’enfer est pavé » : « Oui, je voudrais, je voudrais, je voudrais… » mais tu ne fais rien. L’époque où nous vivons semble favoriser une liberté de choix maximale, mais en même temps elle atrophie le désir, tu veux te satisfaire continuellement, le plus souvent réduit à l’envie du moment. Et nous devons faire attention à ne pas atrophier le désir. Nous sommes bombardés par mille propositions, projets, possibilités, qui risquent de nous distraire et de ne pas nous permettre d’évaluer calmement ce que nous voulons vraiment. Tant de fois, tant de fois, nous trouvons des gens, pensons aux jeunes par exemple, avec leur téléphone portable en main et ils cherchent, ils regardent… « Mais est-ce que tu t’arrêtes pour réfléchir ? ». – « Non. » Toujours extraverti, vers l’autre. Le désir ne peut pas croître ainsi, tu vis l’instant, rassasié à l’instant et le désir ne croît pas.

Beaucoup de personnes souffrent parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles veulent de leur propre vie, beaucoup ! elles n’ont probablement jamais pris contact avec leur désir le plus profond, elles n’ont jamais su : « Que veux-tu de ta vie ? » – « Je ne sais pas. ». D’où le risque de passer son existence entre des tentatives et des expédients de toutes sortes, sans jamais arriver à rien, et en gaspillant de précieuses opportunités. Ainsi, certains changements, bien que souhaités en théorie, ne sont jamais mis en œuvre quand se présente l’occasion, il manque le désir fort de réaliser quelque chose.

Si le Seigneur s’adressait à nous aujourd’hui, par exemple, à l’un d’entre nous, la question qu’il a posée à l’aveugle de Jéricho : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10,51), – pensons-y, le Seigneur demande à chacun d’entre nous aujourd’hui : « que veux-tu que je fasse pour toi ? » -, que répondrions-nous ? Peut-être pourrions-nous enfin lui demander de nous aider à connaître le profond désir de Lui, que Dieu lui-même a placé dans notre cœur : « Seigneur que je connaisse mes désirs, que je sois une femme, un homme de grands désirs » peut-être le Seigneur nous donnera-t-il la force de le réaliser. C’est une grâce immense, à la base de toutes les autres : permettre au Seigneur, comme dans l’Évangile, de faire des miracles pour nous : « Donne-nous le désir et fais-le grandir, Seigneur ».

Car Lui aussi a un grand désir pour nous : nous rendre participants de sa plénitude de vie. Merci.


Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les servants du diocèse de Bâle ; les pèlerins du diocèse de Versailles et la paroisse Notre-Dame-de-Chine de Paris.

Frères et sœurs, aujourd’hui nous avons en nous ce désir fort d’une civilisation de paix, d’amour, de réconciliation et d’harmonie. Que le Seigneur nous rende participants de sa plénitude de vie avec nos aspirations les plus profondes, pour une humanité plus belle et pacifiée.

Que Dieu vous bénisse !


APPEL

En ces jours, mon cœur est toujours tourné vers le peuple ukrainien, en particulier vers les habitants des lieux sur lesquels se sont acharnés les bombardements.  Je porte en moi leur douleur et, par l’intercession de la Sainte Mère de Dieu, je la présente au Seigneur dans la prière. Il entend toujours le cri des pauvres qui l’invoquent : que son Esprit transforme le cœur de ceux qui tiennent entre leurs mains les sorts de la guerre, afin que cesse l’ouragan de la violence et que puisse se reconstruire une coexistence pacifique dans la justice.

Source : vatican.va
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Louange du vendredi 21 octobre


SAINT CLAUDE LA COLOMBIERE
(1641-1682)

Apôtre du Cœur de Jésus et apôtre de la confiance, celui qui aide Marguerite-Marie à accueillir les révélations du Cœur de Jésus nous encourage à faire notre cette attitude d’humilité, espérant tout du Cœur de Jésus :
« Sacré Cœur de Jésus,
Apprenez-moi le parfait oubli de moi-même, puisque c’est la seule voie par où l’on peut entrer en vous.
Puisque tout ce que je ferai à l’avenir sera à vous, faites en sorte que je ne fasse rien qui ne soit digne de vous ; enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour, duquel vous m’avez inspiré le désir.
Je sens en moi une grande volonté de vous plaire, et une plus grande impuissance d’en venir à bout sans une lumière et un secours très particuliers que je ne puis attendre que de vous.
Faites en moi votre volonté, Seigneur ; je m’y oppose, je le sens bien, mais je voudrais bien ne pas m’y opposer : c’est à vous à tout faire, divin Cœur de Jésus-Christ, vous seul aurez toute la gloire de ma sanctification, si je me fais saint ; cela me paraît plus clair que le jour ; mais ce sera pour vous une grande gloire, et c’est pour cela seulement que je veux désirer la perfection.
Ainsi soit-il. »

Catéchèse sur le discernement
7. L’objet du discernement. La désolation

Le discernement, nous l’avons vu dans les catéchèses précédentes, n’est pas principalement une procédure logique; il concerne les actions, et les actions ont aussi une connotation affective, qui doit être reconnue, parce que Dieu parle au cœur. Voyons alors la première modalité affective, objet du discernement, c’est-à-dire  la désolation. De quoi s’agit-il ?

La désolation a été définie ainsi: «Les ténèbres et le trouble de l’âme, l’inclination aux choses basses et terrestres, les diverses agitations et tentations qui la portent à la défiance, et la laissent sans espérance et sans amour, triste, tiède, paresseuse, et comme séparée de son Créateur et Seigneur». (Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, 317). Nous en avons tous fait l’expérience. Je crois que d’une façon ou d’une autre, nous avons fait l’expérience de cela, de la désolation. Le problème est comment pouvoir la lire, car elle aussi a quelque chose d’important à nous dire, et si nous sommes pressés de nous en débarrasser, nous risquons de la perdre.

Personne ne voudrait être désolé, triste: cela est vrai. Nous voudrions tous une vie toujours joyeuse, légère et épanouie. Pourtant cela, en plus d’être impossible — car ce n’est pas possible —, ne serait pas bon pour nous non plus. En fait, le changement d’une vie orientée vers le vice peut commencer d’une situation de tristesse, de remords pour ce que l’on a fait. L’étymologie de ce mot, «remords», est très belle: le remords de la conscience, nous connaissons tous cela. Remords: littéralement, c’est la conscience qui mord, qui ne laisse pas en paix. Alessandro Manzoni, dans Les fiancés, nous a donné une merveilleuse description du remords comme occasion de changer de vie. Il s’agit du célèbre dialogue entre le cardinal Federico Borromeo et l’Innomé, qui, après une nuit terrible, se présente détruit par le cardinal, qui s’adresse à lui à travers des paroles  surprenantes: «“Vous avez une bonne nouvelle à me donner, et vous me la faites désirer si longtemps?”. “Une bonne nouvelle, moi?” — répondit l’autre. “J’ai l’enfer dans mon âme” […]. Dites vous-même, si vous le savez, quelle est cette bonne nouvelle». “Que Dieu a touché votre cœur et veut que vous soyez à lui, répondit avec calme le cardinal». (chap. XXIII). Dieu touche le cœur et quelque chose monte en toi, la tristesse, le remords de quelque chose, et c’est une invitation à commencer un chemin. L’homme de Dieu sait observer en profondeur ce qui bouge dans le cœur.

Il est important d’apprendre à lire la tristesse. Nous savons tous ce qu’est la tristesse: tous. Mais savons-nous la lire? Savons-nous comprendre ce que cela signifie pour moi, cette tristesse d’aujourd’hui? A notre époque, elle est — la tristesse — considérée le plus souvent de manière négative, comme un mal à fuir à tout prix, alors qu’elle peut être un signal d’alarme indispensable à la vie, nous invitant à ex-plorer des paysages plus riches et plus fertiles que la fugacité et l’évasion ne permettent pas. Saint Thomas définit la tristesse comme une douleur de l’âme: comme les nerfs pour le corps, elle éveille notre attention à un possible danger, ou à un bien négligé (cf. Summa Th. I-II, q. 36, a. 1). Elle est donc indispensable à notre santé, elle nous protège afin que nous ne nous fassions pas de mal à nous-mêmes et aux autres. Il serait beaucoup plus grave et dangereux de ne pas ressentir ce sentiment et aller de l’avant. La tristesse joue parfois le rôle d’un feu rouge: «Arrête-toi, arrête-toi! C’est rouge. Arrête-toi».

Pour qui en revanche a le désir de faire le bien, la tristesse est un obstacle avec lequel le tentateur veut nous décourager. Dans ce cas, il faut agir de manière exactement contraire à ce qui est suggéré, déterminés à poursuivre ce que l’on s’était proposé de faire (cf. Exercices spirituels, 318). Pen-sons au travail, à l’étude, à la prière, à un engagement pris: si nous les abandonnions dès que nous ressentons de l’ennui ou de la tristesse, nous n’achèverions jamais rien. C’est aussi une expérience commune à la vie spirituelle: le chemin vers le bien, nous rappelle l’Evangile, est étroit et pentu, il exige un combat, une victoire sur soi-même. Je commence à prier, ou je me consacre à une bonne œuvre, et étrangement, précisément à ce moment-là, me viennent à l’esprit des choses devant être faites de toute urgence — pour ne pas prier et ne pas faire de bonnes œuvres. Nous faisons tous cette expérience. Il est important, pour  qui veut servir le Seigneur, de ne pas se laisser guider par la désolation. Et ce qui… «Mais non, je n’ai pas envie, c’est ennuyeux…»: fais attention. Malheureusement, certains décident d’abandonner la vie de prière, ou le choix fait, le mariage ou la vie religieuse, poussés par la désolation, sans s’arrêter au préalable pour lire cet état d’esprit, et surtout sans l’aide d’un guide. Une règle sage dit de ne pas faire de changements quand on est désolé. Ce sera le temps qui suivra, plutôt que l’humeur du moment, qui montrera le bien-fondé ou pas de nos choix.

Il est intéressant de remarquer que, dans l’Evangile, Jésus rejette les tentations avec une attitude de ferme résolution (cf. Mt 3, 14-15; 4, 1-11; 16, 21-23). Les situations d’épreuve Lui arrivent de différentes directions, mais  toujours, trouvant en Lui cette fermeté, déterminée à faire la volonté du Père, elles disparaissent et cessent d’entraver son chemin. Dans la vie spirituelle, l’épreuve est un moment important, la Bible nous le rappelle explicitement et dit: «Si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve» (Si 2, 1). Si tu veux aller sur la bonne voie, prépare-toi: il y aura des obstacles, il y aura des tentations, il y aura des moments de tristesse. C’est comme lorsqu’un professeur fait passer un examen à un étudiant: s’il voit qu’il connaît les points essentiels de la matière, il n’insiste pas: il a réussi l’épreuve. Mais il doit réussir l’épreuve.

Si nous savons traverser la solitude et la désolation avec ouverture et conscience, nous pouvons en sortir renforcés sur le plan humain et spirituel. Aucune épreuve n’est hors de notre portée; aucune épreuve ne sera supérieure à ce que nous pouvons faire. Mais il ne faut pas fuir les épreuves: voir ce que signifie cette épreuve, ce que signifie le fait que je suis triste: pourquoi suis-je triste? Que signifie le fait que je suis en proie à la désolation en ce moment?   Que signifie le fait que je suis en proie à la désolation et que je n’arrive pas à avancer? Saint Paul nous rappelle que personne n’est tenté au-delà de ses capacités, car le Seigneur ne nous abandonne jamais, et avec Lui à nos côtés, nous pouvons surmonter toute tentation (cf. 1 Co 10, 13). Et si nous ne la surmontons pas aujourd’hui, nous nous relevons, nous marchons et nous la surmonterons demain. Mais ne pas rester morts — pour ainsi dire —  ne pas rester vaincus à cause d’un moment de tristesse, de désolation: allez de l’avant. Que le Seigneur te bénisse sur ce chemin — courageux! — de la vie spirituelle, qui est toujours marcher.

 

Source : vatican.va
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A découvrir au Jesus Festival 2025,

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je parlerai de la quatrième et dernière vertu cardinale : la tempérance. Avec les trois autres, cette vertu partage une histoire très ancienne qui n’est pas l’apanage des seuls chrétiens. Pour les Grecs, la pratique des vertus avait comme objectif le bonheur. Le philosophe Aristote a écrit son plus important traité d’éthique en l’adressant à son fils Nicomaque pour l’instruire sur l’art de vivre. Comment se fait-il que tout le monde recherche le bonheur et que si peu y parviennent ? Voici la question. Pour répondre à cette question, Aristote aborde le thème des vertus, parmi lesquelles l’enkráteia, c’est-à-dire la tempérance, occupe une place de choix. Le terme grec signifie littéralement « pouvoir sur soi-même ». La tempérance est un pouvoir sur soi-même. Cette vertu est donc la capacité de se dominer soi-même, l’art de ne pas se laisser envahir par des passions rebelles, de mettre de l’ordre dans ce que Manzoni appelle le « fouillis du cœur humain ».

Le Catéchisme de l’Église Catholique nous dit que «la tempérance est la vertu morale qui modère l’attrait des plaisirs et procure l’équilibre dans l’usage des biens créés ». Et poursuis le Catéchisme, « Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté. La personne tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une saine discrétion et ne se laisse pas entraîner pour suivre les passions de son cœur » (n° 1809).

Ainsi, la tempérance, comme le dit la parole italienne, est la vertu de la juste mesure. Dans toutes les situations, on se comporte avec sagesse, car les personnes qui agissent toujours sous le coup de l’impulsion ou de l’exubérance ne sont finalement pas fiables. Les personnes sans tempérance ne sont pas toujours fiables. Dans un monde où tant de gens se vantent de dire ce qu’ils pensent, le tempérant préfère au contraire penser ce qu’il dit. Saisissez-vous la différence ? Ne pas dire ce qui me vient à l’esprit, ainsi… Non, penser à ce que je dois dire. Il ne fait pas de promesses en l’air, mais prend des engagements dans la mesure où il peut les tenir.

Même avec les plaisirs, la personne tempérante agit avec discernement. Le libre cours des pulsions et la licence totale accordée aux plaisirs finissent par se retourner contre nous-mêmes, nous plongeant dans l’ennui. Combien de personnes qui ont voulu tout essayer avec voracité se sont retrouvées à perdre le goût de toute chose ! Mieux vaut alors rechercher la juste mesure : par exemple, pour apprécier un bon vin, mieux vaut le savourer par petites gorgées que de l’avaler d’un trait. Tous nous le savons.

La personne tempérante sait bien peser et doser les paroles. Elle pense à ce qu’elle dit. Elle ne laisse pas un moment de colère détruire des relations et des amitiés qui ne se reconstruiront que difficilement par la suite. En particulier dans la vie de famille, où les inhibitions sont réduites, nous courons tous le risque de ne pas maîtriser les tensions, les irritations et la colère. Il y a un temps pour parler et un temps pour se taire, mais dans les deux cas, il faut savoir garder la mesure. Et cela vaut pour beaucoup de choses, par exemple être avec d’autres et rester seul.

Si la personne tempérante sait maîtriser sa propre irascibilité, ce n’est pas pour cela qu’on la verra toujours avec un visage paisible et souriant. En effet, il est parfois nécessaire de s’indigner, mais toujours de la manière juste. Ce sont là les termes : la juste mesure, la juste manière. Une parole de reproche est parfois plus salutaire qu’un silence aigre et rancunier. La personne tempérante sait que rien n’est plus désagréable que de corriger l’autre, mais elle sait aussi que c’est nécessaire : sinon, on donnerait libre cours au mal. Dans certains cas, la personne tempérante parvient à tenir ensemble les extrêmes : elle affirme des principes absolus, revendique des valeurs non négociables, mais sait aussi comprendre les gens et faire preuve d’empathie à leur égard. Elle fait preuve d’empathie.

Le don de la personne tempérante est donc l’équilibre, une qualité aussi précieuse que rare. Tout, en effet, dans notre monde, pousse à l’excès. Au contraire, la tempérance se marie bien avec des attitudes évangéliques telles que la petitesse, la discrétion, la dissimulation, la douceur. Qui est tempérant apprécie l’estime des autres, mais n’en fait pas le seul critère de chacun de ses actes et de chacune de ses paroles. Il est sensible, sait pleurer et n’en a pas honte, mais il ne pleure pas sur lui-même. Vaincu, il se relève ; victorieux, il est capable de retourner à la vie cachée de toujours. Il ne cherche pas les applaudissements, mais sait qu’il a besoin des autres.

Frères et sœurs, il n’est pas vrai que la tempérance rende maussade et sans joie. Au contraire, elle permet de mieux savourer les biens de la vie : être ensemble à table, la tendresse de certaines amitiés, la confiance des personnes sages, l’émerveillement devant les beautés de la création. Le bonheur dans la tempérance est une joie qui fleurit dans le cœur de ceux qui reconnaissent et valorisent ce qui compte le plus dans la vie. Prions le Seigneur de nous faire ce don : le don de la maturité, de la maturité de l’âge, de la maturité affective, de la maturité sociale. Le don de la tempérance.

 

Source : vatican.va
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Méditation : Tout homme est digne de miséricorde

« Tout homme peut expérimenter de manière unique la miséricorde, c’est-à-dire l’amour qui est plus fort que le péché. » (Jean-Paul II – Encyclique Dives in Misericordia).

Glissons nous dans cette prière de Sainte Faustine et faisons nôtre cette expérience où le Seigneur vient nous relever :

Exalte, ô mon âme, la miséricorde du Seigneur,

Réjouis-toi en lui, mon coeur entier,

Car tu es choisie par Lui

Pour propager la gloire de Sa miséricorde.

Heureuse l’âme, qui a fait confiance à Ta bonté,

Et s’est abandonnée complètement à Ta miséricorde,

Son âme est remplie de la paix de l’amour,

Tu la défends partout, comme Ton enfant.

Ô mon âme, qui que tu sois en ce monde,

Quand bien même tes péchés seraient noirs comme la nuit,

Ne crains pas Dieu, faible enfant,

Car grande est la puissance de la miséricorde divine.

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Mercredi dernier nous avons réfléchi sur Jésus modèle de l’annonce, sur son cœur de pasteur toujours tendu vers les autres. Aujourd’hui, nous le regardons comme maître de l’annonce . Laissons-nous guider par l’épisode où Il prêche dans la synagogue de son village, Nazareth. Jésus lit un passage du prophète Isaïe (cf. 61, 1-2) et surprend ensuite tout le monde avec une «prédication» très courte, d’une seule phrase, une seule phrase. Et il dit: «Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre» (Lc 4, 21). Voilà la prédication de Jésus: «Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre». Cela signifie que pour Jésus, ce passage prophétique contient l’essentiel de ce qu’il veut dire de lui-même. Donc, chaque fois que nous parlons de Jésus, nous devons retrouver cette première annonce de sa part.

Voyons alors en quoi consiste cette première annonce. Cinq éléments essentiels peuvent être identifiés.

Le premier élément est la joie. Jésus proclame: «L’Esprit du Seigneur est sur moi; […] il m’a envoyé porter la joyeuse nouvelle aux pauvres» (v. 18), c’est-à-dire une annonce de bonheur, de joie. La joyeuse nouvelle: on ne peut pas parler de Jésus sans joie, car la foi est une merveilleuse histoire d’amour à partager. Témoigner de Jésus, faire quelque chose pour les autres en son nom, c’est dire entre les lignes de sa vie d’avoir reçu un don si beau que nulle parole ne peut l’exprimer. Au contraire, quand manque la joie, l’Evangile ne passe pas, parce qu’il est — la parole elle-même le dit — une bonne annonce, et Evangile veut dire bonne annonce, annonce de joie. Un chrétien triste peut parler de belles choses mais tout cela est vain si l’annonce qu’il transmet n’est pas joyeuse. Un penseur disait: «Un chrétien triste est un triste chrétien»: n’oublions pas cela.

Venons-en au deuxième aspect: la libération . Jésus dit qu’il a été envoyé «pour proclamer aux prisonniers la libération» (ibid.). Cela signifie que celui qui annonce Dieu ne peut pas faire de prosélytisme, non, ne peut pas faire pression sur les autres, mais les soulager: ne pas imposer de fardeaux, mais les décharger; apporter la paix, ne pas apporter la culpabilité. Bien sûr, suivre Jésus implique une ascèse, comporte des sacrifices; après tout, si toute bonne chose l’exige, encore plus la réalité décisive de la vie! Toutefois, celui qui témoigne du Christ montre la beauté de l’objectif, plutôt que la fatigue du chemin. Il nous sera déjà arrivé de raconter à quelqu’un un beau voyage que nous avons fait. Par exemple, nous aurons parlé de la beauté des lieux, de ce que nous avons vu et vécu, pas du temps pour s’y rendre et des files d’attente à l’aéroport, non! Ainsi, toute annonce digne du Rédempteur doit communiquer la libération. Comme celle de Jésus. Aujourd’hui, il y a la joie, parce que je suis venu libérer.

Troisième aspect: la lumière. Jésus dit qu’il est venu apporter «la vue aux aveugles» (ibid.). Il est frappant de constater que dans toute la Bible, avant le Christ, jamais la guérison d’un aveugle n’apparaît, jamais. Il s’agissait en effet d’un signe promis qui viendrait avec le Messie. Mais ici, il ne s’agit pas seulement de la vue physique, mais d’une lumière qui fait voir la vie d’une manière nouvelle. Il y a un «retour à la lumière», une renaissance qui ne se produit qu’avec Jésus. Si nous y réfléchissons, c’est ainsi que la vie chrétienne a commencé pour nous: avec le baptême, qui jadis était appelé précisément «illumination». Et quelle lumière Jésus nous apporte-t-il? Il nous apporte la lumière de la filiation : Il est le Fils bien-aimé du Père, vivant pour toujours; et avec Lui, nous sommes aussi des enfants de Dieu, aimés pour toujours, malgré nos fautes et nos défauts. Alors la vie n’est plus une avancée aveugle vers le néant, non: elle n’est pas une question de chance ou de destin, elle n’est pas quelque chose qui dépend du hasard ou des étoiles, ni même de la santé ou des finances, non. La vie dépend de l’amour, de l’amour du Père, qui prend soin de nous, ses enfants bien-aimés. Comme il est beau de partager cette lumière avec les autres! Avez-vous pensé que la vie de chacun de nous — ma vie, ta vie, notre vie — est un geste d’amour? Est une invitation à l’amour? C’est merveilleux! Mais souvent, nous oublions cela, face aux difficultés, face aux mauvaises nouvelles, et aussi face — et cela est triste — à la mondanité, à la façon mondaine de vivre.

Quatrième aspect de l’annonce: la guérison. Jésus dit être venu «libérer les opprimés» (ibid.). Les opprimés sont ceux qui se sentent écrasés dans la vie par quelque chose qui arrive: les maladies, les difficultés, les fardeaux du cœur, la culpabilité, les erreurs, les vices, les péchés…

Opprimés par cela: pensons par exemple aux sentiments de culpabilité. Combien d’entre nous souffrent de cela? Pensons un peu à un sentiment de culpabilité vis-à-vis de cela, de cette autre chose… Ce qui nous opprime, par-dessus tout, c’est précisément ce mal même qu’aucun médicament ou remède humain ne peut guérir: le péché. Et si quelqu’un a un sentiment de culpabilité pour quelque chose qu’il a fait; et qu’il se sent mal.. Mais la bonne nouvelle est qu’avec Jésus, ce mal ancien, le péché, qui semble invincible, n’a plus le dernier mot. Je peux pécher parce que je suis faible. Chacun de nous peut le faire, mais cela n’est pas le dernier mot. Le dernier mot est la main tendue de Jésus qui te relève du péché. Et, combien de fois fait-il cela? Une fois? Non. Deux? Non. Trois? Non. Toujours. Chaque fois que tu ne vas pas bien, le Seigneur tend toujours la main. Il suffit de s’agripper et de se laisser porter. La bonne nouvelle est qu’avec Jésus, ce mal ancien n’a plus le dernier mot: le dernier mot est la main tendue de Jésus qui te fait avancer. Jésus nous guérit toujours du péché. Et combien dois-je payer pour la guérison? Rien. Il nous guérit toujours et gratuitement. Il invite tous ceux qui sont «fatigués et opprimés» — il le dit dans l’Evangile — il invite à venir à Lui (cf. Mt 11, 28). Ainsi, accompagner quelqu’un à la rencontre de Jésus, c’est l’amener chez le médecin du cœur, qui soulage sa vie. C’est dire: «Frère, sœur, je n’ai pas de réponses à tant de tes problèmes, mais Jésus te connaît, Jésus t’aime, il peut te guérir et rasséréner ton cœur». Celui qui porte des fardeaux a besoin d’une caresse sur son passé. Tant de fois nous entendons: «Mais j’aurais besoin de guérir mon passé… J’ai besoin d’une caresse sur ce passé qui me pèse tant…». Il a besoin de pardon. Et ceux qui croient en Jésus ont précisément cela à donner aux autres: la force du pardon de Dieu, qui li-bère l’âme de toute dette. Frères, sœurs, n’oublions pas: Dieu oublie tout. Comment cela se fait-il? Oui, il oublie tous nos péchés, il ne s’en souvient pas. Dieu pardonne tout parce qu’il oublie nos péchés. Il suffit de s’approcher du Seigneur et il nous pardonne tout. Pensez à quelque chose de l’Evangile, à celui qui a commencé à parler: «Seigneur, j’ai péché!». Ce fils… Et le père lui met la main devant la bouche. «Non, cela va bien, rien…». Il ne le laisse pas finir… Et cela est beau. Jésus nous attend pour nous pardonner, pour nous guérir. Et combien? Une fois? Deux fois? Non. Toujours. «Mais -père, je fais toujours les mêmes choses…» Et lui aussi fera toujours les mêmes choses: te pardonner, t’embrasser. S’il vous plaît, ayons confiance en cela. C’est ainsi que nous aime le Seigneur. Que celui qui porte des poids et a besoin d’une caresse sur le passé, qui a besoin de pardon, qu’il sache que Jésus le fait. Et c’est cela que donne Jésus: libérer l’âme de toute dette. Dans la Bible, on parle d’une année au cours de laquelle on était libéré du fardeau des dettes: le Jubilé, l’année de grâce. Comme si c’était le dernier point de l’annonce.

Jésus dit en effet être venu «proclamer l’année de grâce du Seigneur» (Lc 4, 19). Ce n’était pas un jubilé planifié, comme ceux que nous faisons à présent, où tout est programmé et on pense à comment faire et ne pas faire… non. Mais avec le Christ, la grâce qui rend la vie nouvelle arrive toujours et émerveille toujours. Le Christ est le jubilé de tous les jours, de toute heure, il s’approche de toi pour te caresser, te pardonner. Et l’annonce de Jésus doit toujours apporter l’émerveillement de la grâce .

Cet émerveillement… «Je ne peux pas y croire, j’ai été pardonné, j’ai été pardonnée». Mais notre Dieu est si grand! Car ce n’est pas nous qui faisons de grandes choses, mais c’est la grâce du Seigneur qui, également à travers nous, accomplit des choses imprévisibles. Et ce sont les surprises de Dieu. Dieu est un maître des surprises. Il nous surprend toujours, il nous attend toujours. Nous arrivons, et Lui attend. Toujours. L’Evangile s’accompagne d’un sentiment d’émerveillement et de nouveauté qui a un nom: Jésus.

Qu’il nous aide à le proclamer comme il le souhaite, en communiquant joie, libération, lumière, guérison et émerveillement. C’est ainsi que l’on communique Jésus.

Une dernière chose: cette joyeuse annonce , dont parle l’Evangile, est adressée «aux pauvres» (v. 18). Nous les oublions souvent, pourtant ce sont les destinataires explicitement mentionnés, car ils sont les bien-aimés de Dieu. Souvenons-nous d’eux, et souvenons-nous que, pour accueillir le Seigneur, chacun de nous doit se faire «pauvre intérieurement».

Avec cette pauvreté qui fait dire… «Seigneur, j’ai besoin de pardon, j’ai besoin d’aide, j’ai besoin de force». Cette pauvreté que nous avons tous: se faire pauvre à l’intérieur. Il s’agit de vaincre toute prétention à l’autosuffisance pour se reconnaître comme ayant besoin de la grâce, ayant toujours besoin de Lui. Si quelqu’un me dit: Père, mais quel est le chemin le plus bref pour rencontrer Jésus? Aie besoin. Aie besoin de grâce, aie besoin de pardon, aie besoin de joie. Et il s’approchera de toi.

 

Mercredi 25 janvier 2023

 

Source : vatican.va
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Cap sur la République démocratique du Congo

En République démocratique du Congo, plus de 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, tandis que l’accès aux services de base reste extrêmement limité, en particulier dans les zones rurales. L’insécurité alimentaire touche des millions de familles, aggravée par des conflits persistants et des déplacements massifs de populations. Le système de santé, déjà fragile, peine à répondre aux besoins, avec une forte prévalence de maladies comme le paludisme, la rougeole ou le choléra. Malgré des initiatives de développement et l’aide internationale, les efforts demeurent insuffisants pour améliorer durablement les conditions de vie.

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Place Saint-Pierre, mercredi 29 octobre 2025

Chers frères et sœurs, pèlerins de la foi et représentants des différentes traditions religieuses, bonjour, bienvenu !

Au centre de la réflexion d’aujourd’hui, en cette Audience Générale consacrée au dialogue interreligieux, je voudrais m’appuyer sur les paroles du Seigneur Jésus à la Samaritaine : « Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer » (Jn 4, 24). Dans l’Évangile, cette rencontre révèle l’essence de l’authentique dialogue religieux : un échange qui a lieu lorsque les personnes s’ouvrent l’une à l’autre avec sincérité, écoute attentive et enrichissement mutuel. C’est un dialogue qui naît de la soif : la soif de Dieu pour le cœur de l’homme et la soif de l’homme pour Dieu. Au puits de Sychar, Jésus franchit les barrières de la culture, du sexe et de la religion. Il invite la Samaritaine à une nouvelle compréhension du culte, qui n’est pas limité à un lieu particulier – « ni sur cette montagne, ni à Jérusalem » – mais qui se réalise en Esprit et en vérité. Ce moment capture le cœur même du dialogue interreligieux : la découverte de la présence de Dieu au-delà de toutes les frontières et l’invitation à le chercher ensemble avec révérence et humilité.

Il y a soixante ans, le 28 octobre 1965, le Concile Vatican II, en promulguant la Déclaration Nostra Aetate, ouvrit un nouvel horizon de rencontre, de respect et d’hospitalité spirituelle. Ce lumineux Document nous enseigne à rencontrer les adeptes d’autres religions non pas comme des étrangers, mais comme des compagnons de route sur le chemin de la vérité ; à honorer les différences en affirmant notre humanité commune ; et à discerner, dans toute quête religieuse sincère, un reflet de l’unique Mystère divin qui englobe toute la création.

En particulier, il ne faut pas oublier que la première orientation de Nostra Aetate allait vers le monde juif, avec lequel saint Jean XXIII entendait refonder le rapport originel. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire de l’Église, un traité doctrinal sur les racines juives du christianisme allait prendre forme, ce qui, sur le plan biblique et théologique, représentait un point de non-retour. « Le peuple du Nouveau Testament est spirituellement lié à la lignée d’Abraham. En effet, l’Église du Christ reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent déjà, selon le mystère divin du salut, dans les patriarches, Moïse et les prophètes » (NA, 4). Ainsi, l’Église, « consciente de l’héritage qu’elle a en commun avec les juifs, et poussée non par des motifs politiques mais par une charité religieuse évangélique, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme dirigées contre les juifs en tout temps et par quiconque » (ibid.). Depuis lors, tous mes prédécesseurs ont condamné l’antisémitisme en des termes clairs. Je confirme donc moi aussi que l’Église ne tolère pas l’antisémitisme et qu’elle le combat, en raison de l’Évangile lui-même.

Aujourd’hui, nous pouvons regarder avec gratitude tout ce qui a été accompli dans le dialogue judéo-catholique au cours de ces six décennies. Cela n’est pas seulement dû à l’effort humain, mais aussi à l’assistance de notre Dieu qui, selon la conviction chrétienne, est lui-même dans le dialogue. Nous ne pouvons nier qu’au cours de cette période, il y a eu des malentendus, des difficultés et des conflits, mais ceux-ci n’ont jamais empêché la poursuite du dialogue. Aujourd’hui encore, nous ne devons pas laisser les circonstances politiques et les injustices de certains nous détourner de l’amitié, d’autant plus que nous avons beaucoup progressé jusqu’à présent.

L’esprit de Nostra Aetate continue d’éclairer le chemin de l’Église. Elle reconnaît que toutes les religions peuvent refléter « un rayon de la vérité qui éclaire tous les hommes » (n° 2) et cherchent des réponses aux grands mystères de l’existence humaine, de sorte que le dialogue ne doit pas être seulement intellectuel, mais profondément spirituel. La Déclaration invite tous les catholiques – évêques, clergé, personnes consacrées et fidèles laïcs – à s’engager sincèrement dans le dialogue et la collaboration avec les adeptes des autres religions, en reconnaissant et en promouvant tout ce qui est bon, vrai et saint dans leurs traditions (cf. ibid.). Cela est nécessaire aujourd’hui dans pratiquement toutes les villes du monde où, en raison de la mobilité humaine, nos diversités et nos appartenances spirituelles sont appelées à se rencontrer et à vivre ensemble fraternellement. Nostra Aetate nous rappelle que le vrai dialogue s’enracine dans l’amour, unique fondement de la paix, de la justice et de la réconciliation, tout en rejetant fermement toute forme de discrimination ou de persécution, affirmant l’égale dignité de chaque être humain (cf. NA, 5).

Ainsi, chers frères et sœurs, soixante ans après Nostra Aetate, nous pouvons nous demander : que pouvons-nous faire ensemble ? La réponse est simple : agissons ensemble. Plus que jamais, notre monde a besoin de notre unité, de notre amitié et de notre collaboration. Chacune de nos religions peut contribuer à atténuer la souffrance humaine et à prendre soin de notre maison commune, notre planète Terre. Nos traditions respectives enseignent la vérité, la compassion, la réconciliation, la justice et la paix. Nous devons réaffirmer notre service à l’humanité, à tout moment. Ensemble, nous devons être vigilants face à l’utilisation abusive du nom de Dieu, de la religion et du dialogue lui-même, et face aux dangers posés par le fondamentalisme et l’extrémisme religieux. Nous devons également nous pencher sur le développement responsable de l’intelligence artificielle, car si elle est conçue comme une alternative à l’humain, elle peut gravement violer son infinie dignité et neutraliser ses responsabilités fondamentales. Nos traditions ont une immense contribution à apporter à l’humanisation de la technologie et donc à inspirer sa régulation, pour protéger les droits humains fondamentaux.

Comme nous le savons tous, nos religions enseignent que la paix commence dans le cœur de l’homme. En ce sens, la religion peut jouer un rôle fondamental. Nous devons ramener l’espérance dans nos vies personnelles, dans nos familles, nos quartiers, nos écoles, nos villages, nos pays et dans notre monde. Cette espérance se fonde sur nos convictions religieuses, sur la croyance qu’un monde nouveau est possible.

Nostra Aetate, il y a soixante ans, a apporté l’espérance au monde de l’après-guerre. Aujourd’hui, nous sommes appelés à refonder cette espérance dans notre monde dévasté par la guerre et dans notre environnement naturel dégradé. Collaborons, car si nous sommes unis, tout est possible. Veillons à ce que rien ne nous divise. C’est dans cet esprit que je souhaite vous exprimer une nouvelle fois ma gratitude pour votre présence et votre amitié. Transmettons également cet esprit d’amitié et de collaboration à la future génération, car c’est le véritable pilier du dialogue.

Et maintenant, arrêtons-nous un instant dans une prière silencieuse : la prière a le pouvoir de transformer nos attitudes, nos pensées, nos paroles et nos actions.

* * *

Je salue les pèlerins de langue française, en particulier les personnes venues du Cameroun, de Belgique, de la Principauté de Monaco et de France. Demandons à l’Esprit-Saint d’inspirer notre dialogue en toute vérité et toute charité afin d’aimer à la manière du Seigneur Jésus tous nos frères. Que Dieu vous bénisse.

APPEL

Ces derniers jours, l’ouragan « Melissa », une tempête d’une puissance catastrophique, s’est abattu sur la Jamaïque, provoquant de violentes inondations. Il traverse actuellement Cuba avec la même force dévastatrice. Des milliers de personnes ont été déplacées, tandis que des maisons, des infrastructures et plusieurs hôpitaux ont été endommagés. Je vous assure de ma proximité, en priant pour ceux qui ont perdu la vie, pour ceux qui ont fui et pour les populations qui, dans l’attente de l’évolution de la tempête, vivent des heures d’angoisse et d’inquiétude. J’encourage les autorités civiles à faire tout leur possible et je remercie les communautés chrétiennes, ainsi que les organisations bénévoles, pour l’aide qu’elles apportent.

Copyright © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Cap sur la Tunisie

En Tunisie, au carrefour des cultures méditerranéennes et arabes, les défis sociaux demeurent importants, marqués par de profondes disparités dans la répartition des richesses. L’accès à l’école des enfants reste lui aussi très inégal, souvent renforcé par les différences socioéconomiques des familles dans lesquelles ils grandissent.

Nous démarrons cette Semaine Missionnaire Mondiale avec le chapitre 10 de l’Evangile de Marc : la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche (Mc 10, 17-30). Une histoire qui bien souvent nous interpelle. Il faut dire que ce jeune homme suit fidèlement les prescriptions de la Loi, mais lorsque Jésus, avec tout son amour, lui propose de le suivre, il refuse en raison de ses nombreux biens. Cette scène fait écho au discours de Jésus sur la mission dans l’évangile de Matthieu, chapitre 10 : « Ne vous procurez ni or, ni argent, ni monnaie de cuivre, ni sac pour la route, ni tunique de rechange… ».

Appelés personnellement par Jésus, les disciples sont donc invités à adopter une attitude qui est celle de tout missionnaire : envoyé avec ce qu’il est, y compris ses imperfections, mais sans rien pour lui-même, dépendant ainsi des autres. Si nous partons en mission sans éprouver de manque, nous ne serons pas véritablement disponibles. Toute mission exige un appauvrissement, un abandon d’une forme de confort, qui permet deux attitudes essentielles du cœur : l’humilité et la confiance.

L’humilité de reconnaître celui qui nous envoie et celui que nous annonçons, ainsi que l’humilité d’accepter que, malgré nos talents, nous avons beaucoup de faiblesses, ce qui nous place dans une dépendance vis-à-vis de Dieu et des autres.

Et la confiance dans le fait que l’Esprit Saint nous inspirera les paroles à dire et nous montrera vers qui aller.

Aujourd’hui, demandons-nous : de quoi dois-je me dépouiller pour que ma confiance grandisse et que je sois préservé dans une véritable humilité ?

Méditation :

Dans la Bible, une bénédiction est d’abord un acte de Dieu. Dieu veut le bien pour l’homme. Cette bénédiction s’enracine dans la Genèse, où la Création bonne est faite pour le bien de l’homme.

Lorsqu’à son tour l’Eglise bénit, elle affirme la présence de Dieu, déjà à l’œuvre, dans la vie d’une personne. Ainsi, elle l’aide à prendre conscience de la place de Dieu dans sa vie. C’est dans l’eucharistie que se développe pleinement la bénédiction car c’est dans l’eucharistie que se rencontrent, au plus haut point, l’œuvre de Dieu et la réponse de son Peuple.

Tout de l’homme intéresse Dieu ! En acceptant de se laisser bénir dans toutes les dimensions de sa vie, celui qui est béni apprend à reconnaître la présence aimante de Dieu. A son exemple, il saura lui aussi dire du bien de ses frères : les réconfortant, les valorisant, les conduisant à voir eux aussi la présence de Dieu dans leur quotidien, etc.

Cap sur l’Ukraine

Depuis l’invasion de la Russie en 2022, l’Ukraine est marquée par une crise humanitaire aiguë : la population a diminué de plus de 10 millions et l’exode, l’insécurité alimentaire, l’absence d’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que la destruction des infrastructures rendent la vie quotidienne extrêmement difficile pour la majorité des habitants.​ Les conditions de vie de la population restent dramatiques, en particulier pour les personnes déplacées, les personnes âgées ou les familles vulnérables : plus de 14 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire d’urgence, tandis que des millions d’Ukrainiens vivent sous la menace de la pauvreté, sans accès stable au logement, à l’emploi, à l’éducation ou aux soins médicaux.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous avons expliqué la dernière fois ce que, de l’Esprit Saint, nous proclamons dans le credo. La réflexion de l’Église ne s’est cependant pas arrêtée à cette brève profession de foi. Elle s’est poursuivie, tant en Orient qu’en Occident, à travers l’œuvre des grands Pères et Docteurs de l’Église. Aujourd’hui, en particulier, nous voudrions recueillir quelques miettes de la doctrine de l’Esprit Saint développée dans la tradition latine, pour voir comment elle éclaire toute la vie chrétienne et plus particulièrement le sacrement du mariage.

Le principal instigateur de cette doctrine est saint Augustin, qui a développé la doctrine sur l’Esprit Saint. Il part de la révélation que « Dieu est amour » ( 1 Jn 4,8). Or l’amour suppose quelqu’un qui aime, quelqu’un qui est aimé, et l’amour lui-même qui les unit. Le Père est, dans la Trinité, celui qui aime, la source et le commencement de tout ; le Fils est celui qui est aimé, et l’Esprit Saint est l’amour qui les unit [1]. Le Dieu des chrétiens est donc un Dieu “unique”, mais non pas solitaire ; Il est une unité de communion et d’amour. Dans cette optique, certains ont proposé d’appeler l’Esprit Saint, non pas la “troisième personne” singulière de la Trinité, mais plutôt la “première personne du pluriel”. En d’autres termes, Il est le Nous, le Nous divin du Père et du Fils, le lien d’unité entre les différentes personnes [2], le principe même de l’unité de l’Église, qui est précisément un “seul corps”, résultant de plusieurs personnes.

Comme je l’ai dit, aujourd’hui je voudrais réfléchir avec vous en particulier sur ce que l’Esprit Saint a à dire à la famille. Qu’est-ce que l’Esprit Saint peut avoir à voir avec le mariage, par exemple ? Beaucoup, peut-être l’essentiel, et j’essaie d’expliquer pourquoi ! Le mariage chrétien est le sacrement du don de soi, l’un à l’autre, de l’homme et de la femme. C’est ainsi que l’a voulu le Créateur lorsqu’il « créa l’homme à son image […] : il les créa homme et femme » (Gn 1,27). Le couple humain est donc la première et la plus élémentaire réalisation de la communion d’amour qu’est la Trinité.

Les époux devraient également former une première personne du pluriel, un “nous”. Se tenir l’un devant l’autre comme un « je » et un « tu », et se tenir devant le reste du monde, y compris les enfants, comme un “nous”. Que c’est beau d’entendre une mère dire à ses enfants : « Ton père et moi… “, comme Marie l’a dit à Jésus lorsqu’ils l’ont trouvé à l’âge de douze ans dans le temple enseignant aux docteurs (cf. Lc 2, 48), et d’entendre un père dire : ” Ta mère et moi », comme s’ils ne formaient qu’un sujet unique. Combien les enfants ont besoin de cette unité- papa et maman ensemble- l’unité des parents et combien ils souffrent lorsqu’elle fait défaut ! Combien souffrent, les enfants dont les parents se séparent, combien en souffrent-ils !

Pour correspondre à cette vocation, le mariage a cependant besoin du soutien de Celui qui est le Don, ou plutôt le don de soi par excellence. Là où l’Esprit Saint entre, la capacité de se donner renaît. Certains Pères de l’Église ont affirmé que, étant le don réciproque du Père et du Fils dans la Trinité, l’Esprit Saint est aussi la raison de la joie qui règne entre eux, et ils n’ont pas craint d’utiliser, pour en parler, l’image des gestes propres à la vie conjugale, comme le baiser et l’étreinte [3].

Personne ne dit qu’une telle unité est un objectif facile à atteindre, surtout dans le monde d’aujourd’hui ; mais c’est la vérité des choses telles que le Créateur les a conçues et c’est donc dans leur nature. Certes, il peut sembler plus facile et plus rapide de construire sur le sable que sur le roc, mais Jésus nous dit quel est le résultat (cf. Mt 7, 24-27). Dans ce cas, nous n’avons même pas besoin de la parabole, car les conséquences des mariages construits sur le sable sont malheureusement visibles pour tous, et ce sont surtout les enfants qui en paient le prix. Les enfants souffrent de la séparation ou du manque d’amour de leurs parents ! De tant d’époux, il faut répéter ce que Marie a dit à Jésus à Cana en Galilée : « Ils n’ont pas de vin » (Jn 2,3). L’Esprit Saint est celui qui continue à accomplir, sur le plan spirituel, le miracle que fit Jésus à cette occasion, à savoir transformer l’eau de l’habitude en une nouvelle joie d’être ensemble. Il ne s’agit pas d’une pieuse illusion : c’est ce que l’Esprit Saint a fait dans tant de mariages, lorsque les époux se sont décidés à l’invoquer.

Il ne serait donc pas mal qu’à côté des informations de nature juridique, psychologique et morale qui sont données, cette préparation “spirituelle” des fiancés au mariage soit approfondie, l’Esprit Saint qui fait l’unité. “Entre le mari et la femme, ne mets pas ton doigt”, dit un proverbe italien. Au contraire, il y a un “doigt” à mettre entre le mari et la femme, et c’est précisément le “doigt de Dieu” : c’est-à-dire l’Esprit Saint !

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[1] Cf. saint Augustin, De Trinitate, VIII, 10, 14.

[2] Cf. H. Mühlen, Una mystica persona. L’Église comme mystère de l’Esprit Saint, Città Nuova, 1968.

[3] Cfr S. Ilario di Poitiers, De Trinitate, II,1; S. Agostino, De Trinitate, VI, 10,11.

 

 

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Méditation :

On dit souvent qu’il est meilleur de laisser une personne faire un bien plutôt que de le faire soi-même. Pourquoi ? Parce que la plus belle des charités est de donner à l’autre occasion de la pratiquer. Aimer une personne c’est lui révéler sa beauté ; beauté qui est intrinsèquement lié au don de soi. En lui donnant l’occasion ou en la mettant en situation de se donner, on lui donne de réaliser qu’elle est un don de Dieu pour les autres et d’accomplir pleinement sa vocation. Sainte Thérèse disait ainsi : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ! »

MESSAGE DE SA SAINTETÉ LÉON XIV
POUR LA 59e JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2026

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La paix soit avec vous tous
Vers une paix désarmée et désarmante

« La paix soit avec vous ! ».

Cette salutation très ancienne, encore utilisée aujourd’hui dans de nombreuses cultures, a retrouvé toute sa vigueur le soir de Pâques sur les lèvres de Jésus ressuscité. « La paix soit avec vous » ( Jn 20, 19.21) est sa Parole qui non seulement souhaite, mais réalise un changement définitif en celui qui l’accueille et, ainsi, dans toute la réalité. C’est pourquoi les successeurs des Apôtres donnent de la voix, chaque jour et dans le monde entier, à la plus silencieuse révolution : « La paix soit avec vous ! ». Dès le soir de mon élection comme Évêque de Rome, j’ai voulu inscrire ma salutation dans cette annonce chorale. Et je tiens à le répéter : il s’agit de la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. (1)

La paix du Christ ressuscité

C’est le Bon Pasteur qui a vaincu la mort et abattu les murs de séparation entre les êtres humains (cf. Ep 2, 14) ; c’est Lui qui donne sa vie pour son troupeau et qui a beaucoup de brebis en dehors de la clôture de la bergerie (cf. Jn 10, 11.16) : le Christ, notre paix. Sa présence, son offrande, sa victoire rejaillissent sur la persévérance de nombreux témoins grâce auxquels l’œuvre de Dieu se poursuit dans le monde, devenant même davantage perceptible et lumineuse dans l’obscurité des temps.

Le contraste entre les ténèbres et la lumière, en effet, n’est pas seulement une image biblique pour décrire les souffrances donnant naissance à un monde nouveau : il est une expérience qui nous traverse et nous bouleverse face aux épreuves que nous rencontrons, dans les circonstances historiques dans lesquelles nous vivons. Oui, voir la lumière et croire en elle est nécessaire pour ne pas sombrer dans les ténèbres. Il s’agit d’une exigence que les disciples de Jésus sont appelés à vivre de façon unique et privilégiée, mais qui réussit de bien des manières à se frayer un passage dans le cœur de chaque être humain. La paix existe, elle veut habiter en nous, elle a le doux pouvoir d’éclairer et de dilater l’intelligence, elle résiste à la violence et la surmonte. La paix a le souffle de l’éternel : tandis qu’on crie “assez” au mal, on murmure “pour toujours” à la paix. C’est dans cette perspective que le Ressuscité nous a introduits. C’est dans cette intuition que vivent les artisans de paix qui, dans le drame de ce que le Pape François a appelé “la troisième guerre mondiale par morceaux”, résistent encore à la contagion des ténèbres, comme des sentinelles dans la nuit.

Le contraire, c’est-à-dire oublier la lumière, est malheureusement possible : on perd alors tout réalisme, cédant à une représentation partielle et déformée du monde, sous le signe des ténèbres et de la peur. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, qualifient de réalistes les récits dépourvus d’espérance, aveugles à la beauté des autres, oublieux de la grâce de Dieu toujours à l’œuvre dans les cœurs humains, aussi blessés soient-ils par le péché. Saint Augustin exhortait les chrétiens à nouer une amitié indissoluble avec la paix, afin que, en la gardant au plus profond de leur esprit, ils puissent en rayonner la chaleur lumineuse tout autour d’eux. Celui-ci, en s’adressant à sa communauté, écrivait : « Si vous désirez que les autres aussi soient en paix, soyez-y vous-mêmes, restez-y vous-mêmes. Pour embraser les autres, que la paix de votre charité soit en vous tout ardente ». (2)

Que nous ayons le don de la foi ou qu’il nous semble ne pas l’avoir, chers frères et sœurs, ouvrons-nous à la paix ! Accueillons-la et reconnaissons-la, plutôt que de la considérer comme lointaine et impossible. Avant d’être un objectif, la paix est une présence et un cheminement. Même si elle est entravée à l’intérieur et à l’extérieur de nous, comme une petite flamme menacée par la tempête, gardons-la sans oublier ni les noms ni les histoires de ceux qui en ont témoigné. C’est un principe qui guide et détermine nos choix. Y compris dans les lieux où il ne reste que des ruines et où le désespoir semble inévitable, nous trouvons encore aujourd’hui des personnes qui n’ont pas oublié la paix. Tout comme le soir de Pâques, Jésus est entré dans le lieu où se trouvaient ses disciples effrayés et découragés, ainsi la paix du Christ ressuscité continue de franchir les portes et les barrières grâce aux voix et aux visages de ses témoins. C’est le don qui permet de ne pas oublier le bien, de le reconnaître comme vainqueur et de le choisir encore et ensemble.

Une paix désarmée

Peu avant d’être capturé, dans un moment d’intense confiance, Jésus dit à ceux qui étaient avec Lui : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne ». Et il ajouta immédiatement : « Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie » (Jn 14, 27). Le trouble et la crainte pouvaient bien entendu concerner la violence qui allait bientôt s’abattre sur Lui. Plus profondément, les Évangiles ne cachent pas que ce qui déconcerta les disciples, ce fut sa réponse non violente : une voie que tous, Pierre le premier, contestèrent mais sur laquelle, jusqu’à la fin, le Maître demanda de le suivre. La voie de Jésus continue à être source de trouble et de crainte. Et Il répète avec fermeté à qui voudrait le défendre : « Rentre le glaive dans le fourreau » (Jn 18, 11 ; cf. Mt 26, 52). La paix de Jésus ressuscité est désarmée, car son combat fut désarmé, dans des circonstances historiques, politiques et sociales précises. De cette nouveauté, les chrétiens doivent ensemble témoigner prophétiquement en se souvenant des tragédies dont ils se sont trop souvent rendus complices. La grande parabole du jugement universel invite tous les chrétiens à agir avec miséricorde dans cette prise de conscience (cf. Mt 25, 31-46). Et ce faisant, ils trouveront à leurs côtés des frères et sœurs qui, de différentes manières, ont su écouter la douleur des autres et se sont intérieurement libérés du piège de la violence.

Bien que beaucoup de personnes aujourd’hui aient un cœur disposé à la paix, un grand sentiment d’impuissance les envahit devant le cours des événements de plus en plus incertain. Saint Augustin, en effet, signalait déjà un paradoxe particulier : « Louer la paix, c’est chose plus difficile que de la posséder. Voulons-nous la louer en effet ? Nous désirons des forces, nous cherchons à éveiller la sensibilité, nous équilibrons des mots. Au contraire, voulons-nous la posséder ? Sans travail elle est à nous, nous la tenons ». (3)

Lorsque nous traitons la paix comme un idéal lointain, nous finissons par ne plus considérer scandaleux que l’on puisse la nier et en arriver même à la guerre pour atteindre la paix. Les bonnes idées, les phrases pesées, la capacité à dire que la paix est proche semblent faire défaut. Si la paix n’est pas une réalité vécue, à préserver et à cultiver, l’agressivité se répand dans la vie domestique comme dans la vie publique. Dans les relations entre citoyens et gouvernants, on en arrive à considérer comme une faute le fait de ne pas se préparer suffisamment à la guerre, à réagir aux attaques, à répondre à la violence. Bien au-delà du principe de légitime défense, cette logique antagoniste est, sur le plan politique, la donnée la plus actuelle dans une déstabilisation planétaire qui devient chaque jour plus dramatique et imprévisible. Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres. En effet, la force dissuasive de la puissance, et en particulier celle de la dissuasion nucléaire, traduisent l’irrationalité d’un rapport entre les peuples, fondé non pas sur le droit, sur la justice ou sur la confiance, mais sur la peur et la domination de la force. « En conséquence, comme l’écrivait déjà saint Jean XXIII à son époque, les populations vivent dans une appréhension continuelle et comme sous la menace d’un épouvantable ouragan, capable de se déchaîner à tout instant. Et non sans raison, puisque l’armement est toujours prêt. Qu’il y ait des hommes au monde pour prendre la responsabilité des massacres et des ruines sans nombre d’une guerre, cela peut paraître incroyable ; pourtant, on est contraint de l’avouer, une surprise, un accident suffiraient à provoquer la conflagration ». (4)

Or, au cours de l’année 2024, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 9,4 % par rapport à l’année précédente, confirmant la tendance ininterrompue depuis dix ans et atteignant le chiffre de 2.718 milliards de dollars, soit 2,5 % du PIB mondial. (5) De plus, aujourd’hui, on semble vouloir répondre aux nouveaux défis non seulement par un effort économique considérable en matière de réarmement, mais aussi par un réalignement des politiques éducatives : à la place d’une culture de la mémoire qui préserve les prises de consciences acquises au cours du XX siècle et n’oublie pas les millions de victimes, on promeut des campagnes de communication et des programmes éducatifs, dans les écoles et les universités comme dans les médias, diffusant la perception de menaces et transmettant une conception purement armée de défense et de sécurité.

Cependant, « un ami véritable de la paix aime ceux qui ne l’aiment pas ». (6) Saint Augustin recommandait ainsi de ne pas détruire les ponts et de ne pas s’appesantir dans le registre des reproches, préférant la voie de l’écoute et, dans la mesure du possible, de la rencontre avec les motivations des autres. Il y a soixante ans, le Concile Vatican II se concluait sur la prise de conscience d’un dialogue urgent entre l’Église et le monde contemporain. En particulier, la Constitution Gaudium et spes  attirait l’attention sur l’évolution de la pratique belliqueuse : « Le risque particulier de la guerre moderne consiste en ce qu’elle fournit l’occasion à ceux qui possèdent des armes scientifiques plus récentes de commettre des crimes ; et, par un enchaînement en quelque sorte inexorable, elle peut pousser la volonté humaine aux plus atroces décisions. Pour que plus jamais ceci se produise, les évêques du monde entier, rassemblés et ne faisant qu’un, adjurent tous les hommes, tout particulièrement les chefs d’État et les autorités militaires, de peser à tout instant une responsabilité aussi immense devant Dieu et devant toute l’humanité ». (7)

Tout en réitérant l’appel des Pères conciliaires et en estimant que la voie du dialogue est la plus efficace à tous les niveaux, nous constatons combien les progrès technologiques et l’application dans le domaine militaire de l’intelligence artificielle ont radicalisé la dimension tragique des conflits armés. On assiste même à un processus de déresponsabilisation des dirigeants politiques et militaires, en raison de la croissante “délégation” aux machines des décisions concernant la vie et la mort des personnes humaines. Il s’agit d’une spirale destructrice sans précédent de l’humanisme juridique et philosophique sur lequel repose toute civilisation et par lequel toute civilisation est protégée. Il convient de dénoncer les énormes concentrations d’intérêts économiques et financiers privés qui poussent les États dans cette direction ; mais cela ne suffit pas si, dans le même temps, on ne favorise pas le réveil des consciences et de la pensée critique. L’encyclique Fratelli tutti présente saint François d’Assise comme exemple d’un tel réveil : « Dans ce monde parsemé de tours de guet et de murs de protection, les villes étaient déchirées par des guerres sanglantes entre de puissants clans, alors que s’agrandissaient les zones misérables des périphéries marginalisées. Là, François a reçu la vraie paix intérieure, s’est libéré de tout désir de suprématie sur les autres, s’est fait l’un des derniers et a cherché à vivre en harmonie avec tout le monde ». (8) C’est une histoire qui veut se poursuivre en nous, et qui demande d’unir nos efforts pour contribuer les uns et les autres à une paix désarmante, une paix qui naisse de l’ouverture et de l’humilité évangélique.

Une paix désarmante

La bonté est désarmante. C’est peut-être pour cela que Dieu s’est fait petit enfant. Le mystère de l’Incarnation, qui atteint son abaissement le plus complet dans la descente aux enfers, commence dans le sein d’une jeune mère et se manifeste dans la mangeoire de Bethléem. “Paix sur la terre”, chantent les anges en annonçant la présence d’un Dieu sans défense, dont l’humanité ne peut se découvrir aimée qu’en prenant soin de lui (cf. Lc 2, 13-14). Rien ne possède autant le pouvoir de nous changer qu’un enfant. Et peut-être est-ce précisément la pensée de nos fils, des enfants, mais aussi de ceux qui sont fragiles comme eux, qui nous transperce le cœur (cf. Ac 2, 37). À ce propos, mon vénéré prédécesseur écrivait que « la fragilité humaine a le pouvoir de nous rendre plus lucides sur ce qui dure et ce qui passe, sur ce qui fait vivre et ce qui tue. C’est peut-être pour cela que nous avons si souvent tendance à nier les limites et à fuir les personnes fragiles et blessées : elles ont le pouvoir de remettre en question la direction que nous avons choisie, en tant qu’individus et en tant que communautés ». (9)

Jean XXIII fut le premier à introduire la perspective d’un désarmement intégral qui ne peut s’affirmer que par le renouveau du cœur et de l’intelligence. Il écrivait ainsi dans Pacem in terris : « Que tous en soient bien convaincus : l’arrêt de l’accroissement du potentiel militaire, la diminution effective des armements et – à plus forte raison – leur suppression, sont choses irréalisables ou presque sans un désarmement intégral qui atteigne aussi les âmes : il faut s’employer unanimement et sincèrement à y faire disparaître la peur et la psychose de guerre. Cela suppose qu’à l’axiome qui veut que la paix résulte de l’équilibre des armements, on substitue le principe que la vraie paix ne peut s’édifier que dans la confiance mutuelle. Nous estimons que c’est là un but qui peut être atteint, car il est à la fois réclamé par la raison, souverainement désirable, et de la plus grande utilité ». (10)

C’est là un service fondamental que les religions doivent rendre à l’humanité souffrante, en étant attentives à la tentative croissante de transformer en armes même les pensées et les paroles. Les grandes traditions spirituelles, tout comme l’usage approprié de la raison, nous font aller au-delà des liens du sang ou de l’ethnie, et dépasser ces fraternités qui reconnaissent seulement ceux qui leur ressemblent et qui rejettent ceux qui leur sont différents. Aujourd’hui, nous voyons que cela ne va pas de soi. Malheureusement, il est de plus en plus courant dans le panorama contemporain de faire entrer des mots de la foi dans le combat politique, de bénir le nationalisme et de justifier religieusement la violence et la lutte armée. Les croyants doivent réfuter activement, avant tout par leur vie, ces formes de blasphème qui obscurcissent le Saint Nom de Dieu. C’est pourquoi, avec l’action, il est plus que jamais nécessaire de cultiver la prière, la spiritualité, le dialogue œcuménique et interreligieux comme voies de paix et langages de rencontre entre traditions et cultures. Partout dans le monde, il est à souhaiter que « chaque communauté devienne une “maison de paix”, où l’on apprend à désamorcer l’hostilité par le dialogue, où l’on pratique la justice et cultive le pardon ». (11) Aujourd’hui plus que jamais, en effet, il faut montrer que la paix n’est pas une utopie, grâce à une créativité pastorale attentive et fructueuse.

D’autre part, cela ne doit pas détourner l’attention de chacun sur l’importance de la dimension politique. Que ceux qui sont appelés à assumer des responsabilités publiques aux plus hauts niveaux et dans les instances les plus qualifiées « étudient à fond le problème d’un équilibre international vraiment humain, d’un équilibre à base de confiance réciproque, de loyauté dans la diplomatie, de fidélité dans l’observation des traités. Qu’un examen approfondi et complet dégage le point à partir duquel se négocieraient des accords amiables, durables et bénéfique ». (12) C’est la voie désarmante de la diplomatie, de la médiation, du droit international, démentie malheureusement par de plus en plus fréquentes violations d’accords difficilement obtenus, dans un contexte qui nécessiterait non pas la délégitimation, mais bien plutôt le renforcement des institutions supranationales.

Aujourd’hui, la justice et la dignité humaine sont plus que jamais exposées aux déséquilibres de pouvoir entre les plus puissants. Comment vivre une période de déstabilisation et de conflits tout en se libérant du mal ? Il nous faut encourager et soutenir toute initiative spirituelle, culturelle et politique qui maintienne vive l’espérance en contrant la diffusion d’ « attitudes fatalistes, comme si les dynamiques en acte étaient produites par des forces impersonnelles anonymes et par des structures indépendantes de la volonté humaine ». (13) En effet, si « la meilleure façon de dominer et d’avancer sans restriction, c’est de semer le désespoir et de susciter une méfiance constante, même sous le prétexte de la défense de certaines valeurs », (14) on doit opposer à une telle stratégie le développement de sociétés civiles conscientes, de formes d’association responsables, d’expériences de participation non violente, de pratiques de justice réparatrice à petite et à grande échelle. Léon XIII l’avait déjà clairement souligné dans l’encyclique Rerum novarum : « L’expérience que fait l’homme de l’exiguïté de ses forces l’engage et le pousse à s’adjoindre une coopération étrangère. C’est dans les Saintes Écritures qu’on lit cette maxime : « Mieux vaut être deux qu’un seul : le salaire de leur peine sera meilleur. S’ils tombent, l’un relève l’autre. Malheur à l’homme seul : s’il tombe, personne ne le relève. » (Qo 4, 9-10). Et cet autre : « Un frère appuyé sur un autre frère est une citadelle imprenable » (Pr 18, 19). (15)

Que cela soit un fruit du Jubilé de l’Espérance qui a incité des millions d’êtres humains à se redécouvrir pèlerins et à entreprendre en eux-mêmes ce désarmement du cœur, de l’esprit et de la vie auquel Dieu ne tardera pas à répondre en accomplissant ses promesses : « Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur. » (Is 2, 4-5).

Du Vatican, le 8 décembre 2025

LÉON PP. XIV

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(1) Cf. Bénédiction apostolique « Urbi et Orbi » et premier salut, Loggia centrale de la basilique Saint-Pierre (8 mai 2025).

(2) Augustin d’Hippone, Discours 357, 3.

(3) Ibid., 1.

(4) Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 111.

(5) Cf. SIPRI Yearbook: Armaments, Disarmament and International Security (2025).

(6) Augustin d’Hippone, Discours 357, 1.

(7) Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 80.

(8) François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 4.

(9) Id., Lettre au directeur du Corriere della Sera (14 mars 2025).

(10) Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 113.

(11) Discours aux évêques de la Conférence épiscopale italienne (17 juin 2025).

(12) Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 118.

(13) Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 42.

(14) François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 15.

(15) Léon XIII, Lett. enc. Rerum novarum (15 mai 1891), n. 37.

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Chers frères et sœurs, bienvenus, bonjour !

Nous voici devant les reliques de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne universelle des missions. Il est beau que cela se produise durant le moment de notre réflexion sur la passion pour l’évangélisation, sur le zèle apostolique. Aujourd’hui, donc, laissons-nous aider par le témoignage de Sainte Thérèse. Elle est née il y a 150 ans et, à l’occasion de cet anniversaire, j’ai l’intention de lui dédier une Lettre Apostolique.

Elle est la patronne des missions, bien qu’elle ne soit jamais partie en mission : comment explique-t-on cela ? Elle était carmélite et sa vie fut marquée par la petitesse et la faiblesse : elle se définissait elle-même comme « un petit grain de sable ». De santé fragile, elle mourut à l’âge de 24 ans seulement. Mais si son corps était infirme, son cœur était vibrant, était missionnaire. Dans son « diaire », elle raconte qu’être missionnaire était son désir et qu’elle voulait l’être non seulement pour quelques années, mais pour le reste de sa vie, voire jusqu’à la fin du monde. Thérèse fut la « sœur spirituelle » de plusieurs missionnaires : depuis le monastère, elle les accompagnait par ses lettres, ses prières et en offrant pour eux des sacrifices continuels. Sans en avoir l’air, elle intercédait pour les missions, cachée comme un moteur qui donne au véhicule la force pour avancer. Cependant, elle fut souvent incomprise par ses sœurs moniales : elle reçut d’elles « plus d’épines que de roses », mais elle accepta tout avec amour, avec patience, offrant, en même temps que sa maladie, les jugements et les incompréhensions. Et elle le fit avec joie, et elle le fit pour les besoins de l’Église, afin que, comme elle disait, se répandent « des roses sur tous », en particulier sur les plus éloignés.

Mais maintenant, je me demande, nous pouvons nous demander, d’où lui viennent ce zèle, cette force missionnaire et cette joie d’intercéder ? Deux épisodes survenus avant l’entrée de Thérèse au monastère nous aident à le comprendre. Le premier concerne le jour qui changea sa vie – un jour lui a changé la vie -, Noël 1886, où Dieu opère un miracle dans son cœur. Thérèse aura bientôt 14 ans. En tant que benjamine, elle est choyée par tout le monde à la maison mais non pas mal éduquée. Au retour de la messe de minuit, son père, très fatigué, n’a pas envie d’assister à l’ouverture des cadeaux de sa fille et dit : « Dieu merci, c’est la dernière année ! », parce qu’à l’âge de 15 ans, on ne le faisait déjà plus. Thérèse, de nature très sensible et prompte aux larmes, en fut blessée, monta dans sa chambre et pleura. Mais elle réprima rapidement ses larmes, redescendit et, pleine de joie, ce fut elle qui réjouit ainsi son père. Que s’est-il donc passé ? Cette nuit-là, alors que Jésus s’était fait faible par amour, elle était devenue forte dans son âme – un vrai miracle :  en quelques instants, elle était sortie de la prison de son égoïsme et de son apitoiement sur elle-même et elle commença à sentir que « la charité entrait dans son cœur- c’est ce qu’elle dit-, avec le besoin de s’oublier elle-même » (cf. Manuscrit A, 133-134). Dès lors, elle oriente son zèle vers les autres, pour qu’ils trouvent Dieu, et au lieu de chercher des consolations pour elle-même, elle se donne pour tâche de « consoler Jésus, [de] le faire aimer des âmes », car – note Thérèse – « Jésus est malade d’amour et […] la maladie de l’amour ne peut être guérie que par l’amour » (Lettre à Marie Guérin, juillet 1890). Voilà donc son objectif quotidien : « faire aimer Jésus » (Lettre à Céline, 15 octobre 1889), intercéder pour que les autres puissent l’aimer. Elle écrit : « Je voudrais sauver les âmes et m’oublier pour elles : je voudrais les sauver même après ma mort » (Lettre à l’abbé Roullan, 19 mars 1897). Plusieurs fois, elle dira : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre ». C’est le premier épisode qui a changé sa vie à l’âge de 14 ans.

Et son zèle était surtout dirigé vers les pécheurs, vers les « éloignés ». C’est ce que révèle le second épisode. C’est intéressant : Thérèse apprend l’existence d’un criminel condamné à mort pour des crimes horribles, il se nommait Enrico Pranzini – elle écrit le nom : reconnu coupable du meurtre brutal de trois personnes, il est destiné à la guillotine, mais ne veut pas recevoir les réconforts de la foi. Thérèse le prend à cœur et fait tout ce qu’elle peut : elle prie de toutes les manières pour sa conversion, afin que celui qu’elle appelle avec une compassion fraternelle « le pauvre Pranzini » ait un petit signe de repentir et fasse place à la miséricorde de Dieu, en qui Thérèse voue une confiance aveugle. L’exécution a lieu. Le lendemain, Teresa lit dans le journal que Pranzini, juste avant de poser sa tête sur l’échafaud, « soudain, saisi d’une inspiration subite, se retourne, saisit un Crucifix que le prêtre lui présentait et baise trois fois les plaies saintes » de Jésus. La sainte commente : « Alors son âme alla recevoir la sentence miséricordieuse de Celui qui a déclaré qu’au Ciel il y a plus de joie pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence ! » (Manuscrit A, 135).

Frères et sœurs, voilà la force de l’intercession mue par la charité, voilà le moteur de la mission. Les missionnaires, en effet, dont Thérèse est la patronne, ne sont pas seulement ceux qui parcourent de longues distances, apprennent de nouvelles langues, font de bonnes œuvres et sont doués pour l’annonce ; non, missionnaire l’est aussi celui qui vit, là où il se trouve, comme instrument de l’amour de Dieu ; c’est celui qui fait tout pour que, par son témoignage, sa prière, son intercession, Jésus soit manifesté. Et c’est le zèle apostolique qui, rappelons-le toujours, ne procède jamais par prosélytisme – jamais ! – ou par contrainte– jamais ! -, mais par attraction : la foi nait par attraction, on ne devient pas chrétien parce qu’on y est forcé par quelqu’un, non, mais parce qu’on est touché par l’amour. Avant tant de moyens, de méthodes et de structures, qui parfois détournent de l’essentiel, l’Église a surtout besoin de cœurs comme celui de Thérèse, de cœurs qui attirent à l’amour et rapprochent de Dieu. Et demandons à la sainte – nous avons les reliques ici – demandons à la sainte la grâce de surmonter notre égoïsme et demandons la passion d’intercéder, d’intercéder pour que cet attrait soit plus grand chez les gens et pour que Jésus soit connu et aimé.

 

Source : vatican.va
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Salle Paul VI, mercredi 21 janvier 2026

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous poursuivons notre catéchèse sur la Constitution dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II, sur la Révélation divine. Nous avons vu que Dieu se révèle dans un dialogue d’alliance, dans lequel il s’adresse à nous comme à des amis. Il s’agit donc d’une connaissance relationnelle, qui ne communique pas seulement des idées, mais partage une histoire et appelle à la communion dans la réciprocité. L’accomplissement de cette révélation se réalise dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous, se rendant présent, et nous nous découvrons reconnus dans notre vérité la plus profonde. C’est ce qui s’est produit en Jésus-Christ. Le document dit que la profonde vérité que cette Révélation manifeste, sur Dieu et sur le salut de l’homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation (cf. DV, 2).

Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui. Dans le Fils envoyé par Dieu le Père, « les hommes […] peuvent se présenter au Père dans l’Esprit Saint et sont rendus participants de la nature divine » (ibid.). Nous parvenons donc à la pleine connaissance de Dieu en entrant dans la relation du Fils avec son Père, en vertu de l’action de l’Esprit. L’évangéliste Luc en témoigne par exemple lorsqu’il nous raconte la prière d’action de grâce du Seigneur : « À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler” » (Lc 10, 21-22).

Grâce à Jésus, nous connaissons Dieu comme nous sommes connus de Lui (cf. Ga 4, 9 ; 1Co 13, 13). En effet, en Christ, Dieu s’est communiqué à nous et, en même temps, il nous a révélé notre véritable identité de fils, créés à l’image du Verbe. Ce « Verbe éternel illumine tous les hommes » (DV, 4) en leur dévoilant leur vérité dans le regard du Père : « Ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera » (Mt 6, 4.6.8), dit Jésus ; et il ajoute que « le Père connaît nos besoins » (cf. Mt 6, 32). Jésus-Christ est le lieu où nous reconnaissons la vérité de Dieu le Père tandis que nous nous découvrons connus de Lui comme des enfants dans le Fils, appelés au même destin de vie pleine. Saint Paul écrit : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, […] afin que nous recevions l’adoption filiale. Et ce qui prouve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : “Abba ! Père !” » (Ga 4, 4-6).

Enfin, Jésus-Christ est révélateur du Père par sa propre humanité. C’est précisément parce qu’il est le Verbe incarné qui habite parmi les hommes que Jésus nous révèle Dieu par sa propre véritable et intégrale humanité: « C’est pourquoi, dit le Concile, le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14, 9) – qui, par toute sa présence et par la manifestation qu’il fait de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et plus particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi enfin de l’Esprit de vérité, achève en l’accomplissant la révélation » (DV, 4). Pour connaître Dieu dans le Christ, nous devons accueillir son humanité intégrale : la vérité de Dieu ne se révèle pas pleinement là où l’on enlève quelque chose à l’humain, tout comme l’intégrité de l’humanité de Jésus ne diminue pas la plénitude du don divin. C’est l’humanité intégrale de Jésus qui nous révèle la vérité du Père (cf. Jn 1, 18).

Ce ne sont pas seulement la mort et la résurrection de Jésus qui nous sauvent et nous rassemblent, mais sa personne même : le Seigneur qui s’incarne, naît, soigne, enseigne, souffre, meurt, ressuscite et reste parmi nous. Par conséquent, pour honorer la grandeur de l’Incarnation, il ne suffit pas de considérer Jésus comme le canal de transmission de vérités intellectuelles. Si Jésus a un corps réel, la communication de la vérité de Dieu se réalise dans ce corps, avec sa manière propre de percevoir et de ressentir la réalité, avec sa manière d’habiter le monde et de le traverser. Jésus lui-même nous invite à partager son regard sur la réalité : « Regardez les oiseaux du ciel, dit-il, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu’eux ? » (Mt 6, 26).

Frères et sœurs, en suivant jusqu’au bout le chemin de Jésus, nous arrivons à la certitude que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu : « Si Dieu est pour nous, écrit encore saint Paul, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, […] comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » (Rm 8, 31-32). Grâce à Jésus, le chrétien connaît Dieu le Père et s’abandonne à lui avec confiance.

* * *

Je salue les pèlerins français en particulier la délégation de militaires du 13e régiment de dragons parachutistes et des Marins pompiers ainsi que le Séminaire provincial de Lyon. Apprenons dans la contemplation de la personne du Christ à aimer et agir comme il nous le révèle afin de servir au mieux nos frères et leur permettre de voir en nous le reflet du visage de Dieu. Que Dieu vous bénisse.

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