AU FIL DES JOURS...

16/05/2020

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Salle Paul VI, mercredi 21 janvier 2026

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous poursuivons notre catéchèse sur la Constitution dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II, sur la Révélation divine. Nous avons vu que Dieu se révèle dans un dialogue d’alliance, dans lequel il s’adresse à nous comme à des amis. Il s’agit donc d’une connaissance relationnelle, qui ne communique pas seulement des idées, mais partage une histoire et appelle à la communion dans la réciprocité. L’accomplissement de cette révélation se réalise dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous, se rendant présent, et nous nous découvrons reconnus dans notre vérité la plus profonde. C’est ce qui s’est produit en Jésus-Christ. Le document dit que la profonde vérité que cette Révélation manifeste, sur Dieu et sur le salut de l’homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation (cf. DV, 2).

Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui. Dans le Fils envoyé par Dieu le Père, « les hommes […] peuvent se présenter au Père dans l’Esprit Saint et sont rendus participants de la nature divine » (ibid.). Nous parvenons donc à la pleine connaissance de Dieu en entrant dans la relation du Fils avec son Père, en vertu de l’action de l’Esprit. L’évangéliste Luc en témoigne par exemple lorsqu’il nous raconte la prière d’action de grâce du Seigneur : « À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler” » (Lc 10, 21-22).

Grâce à Jésus, nous connaissons Dieu comme nous sommes connus de Lui (cf. Ga 4, 9 ; 1Co 13, 13). En effet, en Christ, Dieu s’est communiqué à nous et, en même temps, il nous a révélé notre véritable identité de fils, créés à l’image du Verbe. Ce « Verbe éternel illumine tous les hommes » (DV, 4) en leur dévoilant leur vérité dans le regard du Père : « Ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera » (Mt 6, 4.6.8), dit Jésus ; et il ajoute que « le Père connaît nos besoins » (cf. Mt 6, 32). Jésus-Christ est le lieu où nous reconnaissons la vérité de Dieu le Père tandis que nous nous découvrons connus de Lui comme des enfants dans le Fils, appelés au même destin de vie pleine. Saint Paul écrit : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, […] afin que nous recevions l’adoption filiale. Et ce qui prouve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : “Abba ! Père !” » (Ga 4, 4-6).

Enfin, Jésus-Christ est révélateur du Père par sa propre humanité. C’est précisément parce qu’il est le Verbe incarné qui habite parmi les hommes que Jésus nous révèle Dieu par sa propre véritable et intégrale humanité: « C’est pourquoi, dit le Concile, le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14, 9) – qui, par toute sa présence et par la manifestation qu’il fait de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et plus particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi enfin de l’Esprit de vérité, achève en l’accomplissant la révélation » (DV, 4). Pour connaître Dieu dans le Christ, nous devons accueillir son humanité intégrale : la vérité de Dieu ne se révèle pas pleinement là où l’on enlève quelque chose à l’humain, tout comme l’intégrité de l’humanité de Jésus ne diminue pas la plénitude du don divin. C’est l’humanité intégrale de Jésus qui nous révèle la vérité du Père (cf. Jn 1, 18).

Ce ne sont pas seulement la mort et la résurrection de Jésus qui nous sauvent et nous rassemblent, mais sa personne même : le Seigneur qui s’incarne, naît, soigne, enseigne, souffre, meurt, ressuscite et reste parmi nous. Par conséquent, pour honorer la grandeur de l’Incarnation, il ne suffit pas de considérer Jésus comme le canal de transmission de vérités intellectuelles. Si Jésus a un corps réel, la communication de la vérité de Dieu se réalise dans ce corps, avec sa manière propre de percevoir et de ressentir la réalité, avec sa manière d’habiter le monde et de le traverser. Jésus lui-même nous invite à partager son regard sur la réalité : « Regardez les oiseaux du ciel, dit-il, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu’eux ? » (Mt 6, 26).

Frères et sœurs, en suivant jusqu’au bout le chemin de Jésus, nous arrivons à la certitude que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu : « Si Dieu est pour nous, écrit encore saint Paul, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, […] comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » (Rm 8, 31-32). Grâce à Jésus, le chrétien connaît Dieu le Père et s’abandonne à lui avec confiance.

* * *

Je salue les pèlerins français en particulier la délégation de militaires du 13e régiment de dragons parachutistes et des Marins pompiers ainsi que le Séminaire provincial de Lyon. Apprenons dans la contemplation de la personne du Christ à aimer et agir comme il nous le révèle afin de servir au mieux nos frères et leur permettre de voir en nous le reflet du visage de Dieu. Que Dieu vous bénisse.

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Mercredi 8 janvier 2025, Salle Paul VI.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je voudrais dédier cette catéchèse et la suivante aux enfants et réfléchir sur le fléau du travail des enfants.

Aujourd’hui nous savons regarder vers Mars ou les mondes virtuels, mais nous avons du mal à regarder dans les yeux un enfant qui a été laissé en marge et qui est exploité et abusé. Le siècle qui génère l’intelligence artificielle et conçoit des existences multi-planétaires n’a pas encore pris la mesure du fléau de l’enfance humiliée, exploitée et mortellement blessée. Pensons à cela.

Tout d’abord, nous nous demandons : quel message l’Écriture Sainte nous donne-t-elle sur les enfants ? Il est curieux de constater que le mot qui revient le plus dans l’Ancien Testament, après le nom divin de Jahvé est le mot ben, c’est-à-dire “fils” : près de cinq mille fois. « Des fils (ben), voilà ce que donne le Seigneur, des enfants, la récompense qu’il accorde » (Ps 127, 3). Les enfants sont un don de Dieu. Malheureusement, ce don n’est pas toujours accueilli avec respect. La Bible elle-même nous emmène dans les rues de l’histoire où résonnent les chants de joie, mais aussi les cris des victimes. Par exemple, dans le livre des Lamentations, nous lisons : « La langue du nourrisson assoiffé colle à son palais ; les petits enfants réclament du pain, mais nul ne leur en donne » (4,4) ; et le prophète Nahum, rappelant ce qui s’est passé dans les anciennes villes de Thèbes et de Ninive, écrit : « ses petits enfants eux-mêmes ont été massacrés à tous les carrefours » (3,10). Pensons au nombre d’enfants qui, aujourd’hui, meurent de faim et de misère, ou qui sont déchiquetés par les bombes.

Même sur Jésus nouveau-né, la tempête de la violence d’Hérode éclate immédiatement, massacrant les enfants de Bethléem. Un drame profond qui se répète sous d’autres formes dans l’histoire. Et voici pour Jésus et ses parents, le cauchemar de devenir des réfugiés dans un pays étranger, comme cela arrive aujourd’hui à tant de personnes (cf. Mt 2,13-18) à tant d’enfants. Après la tempête, Jésus grandit dans un village jamais mentionné dans l’Ancien Testament, Nazareth ; il apprend le métier de charpentier de son père légal, Joseph (cf. Mc 6,3 ; Mt 13,55). C’est ainsi que « l’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui » (Lc 2,40).

Dans sa vie publique, Jésus prêchait dans les villages avec ses disciples. Un jour, des mères s’approchèrent de lui et lui présentèrent leurs enfants pour qu’il les bénisse, mais les disciples les réprimandèrent. Alors Jésus, rompant avec la tradition qui ne considérait l’enfant que comme un objet passif, appelle les disciples et dit : « Laissez les enfants venir à moi, et ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent ». Il désigne ainsi les petits comme un modèle pour les adultes. Et il ajoute solennellement : « Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas » (Lc 18,16-17).

Dans un passage similaire, Jésus appelle un enfant, le place au milieu des disciples et dit : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18,3). Puis il avertit : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer » (Mt 18, 6).

Frères et sœurs, les disciples de Jésus-Christ ne devraient jamais permettre que les enfants soient négligés ou maltraités, qu’ils soient privés de leurs droits, qu’ils ne soient pas aimés et protégés. Les chrétiens ont le devoir de prévenir sérieusement et de condamner fermement la violence ou les abus à l’encontre des enfants.

Aujourd’hui encore, en particulier, trop d’enfants sont contraints de travailler. Mais un enfant qui ne sourit pas, un enfant qui ne rêve pas ne pourra pas connaître et faire éclore ses talents. Partout dans le monde, il y a des enfants exploités par une économie qui ne respecte pas la vie ; une économie qui, ce faisant, brûle notre plus grande réserve d’espoir et d’amour. Mais les enfants occupent une place particulière dans le cœur de Dieu, et quiconque fait du mal à un enfant devra Lui en rendre compte.

Chers frères et sœurs, celui qui se reconnaît enfant de Dieu, et en particulier celui qui est envoyé pour porter aux autres la bonne nouvelle de l’Évangile, ne peut rester indifférent ; il ne peut accepter que les petites sœurs et les petits frères, au lieu d’être aimés et protégés, soient privés de leur enfance, de leurs rêves, victimes de l’exploitation et de la marginalisation.

Demandons au Seigneur de nous ouvrir l’esprit et le cœur au soin et à la tendresse, afin que chaque enfant grandisse en âge, en sagesse et en grâce (cf. Lc 2,52), en recevant et en donnant de l’amour. Je vous remercie !

* * *

Je salue cordialement les personnes de langue française, particulièrement le les prêtres du diocèse de limoges accompagnés de leur évêque Mgr Bozo.

Demandons la grâce de redécouvrir la place importante que chaque enfant occupe dans le cœur de Dieu, afin de ne pas être complices des abus qui leur sont faits, mais de les condamner fermement.

Que Dieu vous bénisse !

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Mercredi 22 janvier 2025, Salle Paul VI

(Le texte ci-dessous comprend des parties non lues qui sont également données comme prononcées).

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous reprenons aujourd’hui la catéchèse du cycle jubilaire sur Jésus Christ notre espérance.

Au début de son Évangile, Luc montre les effets du pouvoir transformateur de la Parole de Dieu, qui arrive non seulement dans les atriums du Temple, mais aussi dans la pauvre maison d’une jeune femme, Marie, qui est fiancée à Joseph et vit encore dans sa famille.

Après Jérusalem, le messager des grandes annonces divines, Gabriel, qui célèbre en son nom la puissance de Dieu, est envoyé dans un village jamais mentionné dans la Bible hébraïque : Nazareth. Il s’agit à l’époque d’un petit village de Galilée, à la périphérie d’Israël, une zone frontalière avec les païens et leur contamination.

C’est là que l’ange apporte un message d’une forme et d’un contenu totalement inédits, à tel point que le cœur de Marie est ébranlé, troublé. Au lieu de la salutation classique « la paix soit sur toi », Gabriel adresse à la Vierge l’invitation « réjouis-toi ! », « réjouis-toi ! », un appel cher à l’histoire sainte, parce que les prophètes l’utilisent pour annoncer la venue du Messie (cf. So 3,14 ; Gal 2,21-23 ; Za 9,9). C’est l’invitation à la joie que Dieu adresse à son peuple lorsque l’exil prend fin et que le Seigneur fait sentir sa présence vivante et agissante.

En outre, Dieu appelle Marie par un nom d’amour inconnu dans l’histoire biblique : kecharitoméne, qui signifie « remplie de la grâce divine ». Marie est pleine de la grâce divine. Ce nom dit que l’amour de Dieu a habité depuis longtemps et continue d’habiter le cœur de Marie. Il dit combien elle est « gracieuse » et surtout combien la grâce de Dieu a accompli en elle une ciselure intérieure, faisant d’elle son chef-d’œuvre : pleine de grâce.

Ce surnom affectueux, que Dieu donne uniquement à Marie, est immédiatement accompagné d’un réconfort : « Ne crains pas ! », « Ne crains pas ! », la présence du Seigneur nous donne toujours cette grâce de ne pas craindre et il dit donc à Marie : « Ne crains pas ! ». « Ne craignez pas », dit Dieu à Abraham, à Isaac, à Moïse, dans l’histoire : « Ne craignez pas ! » (cf. Gn 15,1 ; 26,24 ; Dt 31,8). Et il nous le dit aussi : « N’ayez pas peur, allez de l’avant, n’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! « Père, j’ai peur de cela  Et toi, que fais-tu quand… Excusez-moi, Père, je vous dis la vérité : je vais chez la voyante… Tu vas chez la voyante ? Oh oui : je me fais lire les lignes de la main… ». S’il vous plaît, n’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! C’est beau, ceci : « Je suis ton compagnon de voyage ». C’est ce que Dieu dit à Marie. Le « Tout-Puissant », le Dieu de « l’impossible » (Lc 1,37) est avec Marie, il est avec elle et à côté d’elle, il est son compagnon, son principal allié, le « Je-avec-toi » éternel (cf. Gn 28,15 ; Ex 3,12 ; Jg 6,12).

Gabriel annonce ensuite sa mission à la Vierge, en faisant résonner dans son cœur de nombreux passages bibliques qui se réfèrent à la royauté et à la messianité de l’enfant qui naîtra d’elle et qui se présentera comme l’accomplissement des anciennes prophéties. La Parole d’en-haut appelle Marie à être la mère du Messie, ce Messie davidique tant attendu. Elle est la mère du Messie. Il sera roi, non pas à la manière humaine et charnelle, mais à la manière divine et spirituelle. Son nom sera « Jésus », ce qui signifie « Dieu sauve » (cf. Lc 1,31 ; Mt 1,21), rappelant à tous que ce n’est pas l’homme qui sauve, mais Dieu seul. Jésus est celui qui accomplit les paroles du prophète Isaïe : « Ce n’était ni un messager ni un ange, mais sa face qui les sauva. Dans son amour et sa compassion, lui-même les racheta » (Is 63,9).

Cette maternité ébranle Marie dans ses fondements. Et étant une femme intelligente, c’est-à-dire capable de lire à l’intérieur des événements (cf. Lc 2,19.51), elle cherche à comprendre, à discerner ce qui se passe. Marie ne cherche pas à l’extérieur mais à l’intérieur, car, comme l’enseigne saint Augustin, « in interiore homine habitat veritas » (De vera religione 39,72). Et c’est là, au plus profond de son cœur ouvert et sensible, qu’elle entend l’invitation à faire confiance à Dieu, qui a préparé pour elle une « Pentecôte » particulière. Comme au début de la création (cf. Gn 1,2), Dieu veut « couver » Marie de son Esprit, une force capable d’ouvrir ce qui est fermé sans le violer, sans porter atteinte à la liberté humaine ; il veut l’envelopper dans la « nuée » de sa présence (cf. 1Co 10,1-2) pour que le Fils vive en elle et qu’elle vive en lui.

Et Marie s’illumine de confiance : elle est « une lampe à plusieurs lumières », comme le dit Théophane dans son Canon de l’Annonciation. Elle se livre, elle obéit, elle fait de la place : elle est « une chambre nuptiale faite par Dieu » (ibid.). Marie accueille le Verbe dans sa propre chair et s’engage ainsi dans la plus grande mission jamais confiée à une femme, à une créature humaine. Elle se met au service : elle est pleine de tout, non pas comme esclave mais comme collaboratrice de Dieu le Père, pleine de dignité et d’autorité pour administrer, comme elle le fera à Cana, les dons du trésor divin, afin que beaucoup puissent y puiser à pleines mains.

Chères sœurs, chers frères, apprenons de Marie, Mère du Sauveur et notre Mère, à avoir les oreilles ouvertes à la Parole divine, à l’accueillir et à la chérir, afin qu’elle fasse de nos cœurs des tabernacles de sa présence, des maisons hospitalières où l’espérance peut grandir. Je vous remercie.

Copyright version originale en italien © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

 

Méditation : Eveille-toi, ô toi qui dors !

Le voilà le véritable réveil : dans son amour fou Dieu ne veut pas que nous restions endormis, captifs du mal et des ténèbres. Il a envoyé son propre fils prendre par la main, réveiller tous ceux qui étaient perdus, anesthésiés ou engourdis par le péché. « Réveille en toi le don de Dieu » renchérit le disciple Timothée !

« Je te l’ordonne: Eveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Eveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible. »

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Basilique Saint-Pierre, IIIdimanche du Temps ordinaire, 26 janvier 2025

L’Évangile que nous avons entendu nous annonce l’accomplissement d’une prophétie débordante de l’Esprit Saint. Et la personne qui l’accomplit est celle qui vient « dans la puissance de l’Esprit » (Lc 4, 14) : c’est Jésus, le Sauveur.

La Parole de Dieu est vivante : à travers les siècles, elle chemine avec nous et, par la puissance de l’Esprit Saint, elle agit dans l’histoire. En effet, le Seigneur est toujours fidèle à sa promesse qu’il tient par amour pour les hommes. C’est exactement ce que Jésus dit dans la synagogue de Nazareth : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 21).

Sœurs et frères, quelle heureuse coïncidence ! En ce dimanche de la Parole de Dieu, encore au début du Jubilé, est proclamée cette page de l’Évangile de Luc dans laquelle Jésus se révèle comme le Messie « consacré par l’onction » (v. 18) et envoyé pour « annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (v. 19) ! Jésus est la Parole vivante en qui toutes les Écritures trouvent leur plein accomplissement. Et nous, dans l’aujourd’hui de la Sainte Liturgie, nous sommes ses contemporains : nous aussi, émerveillés, ouvrons nos cœurs et nos esprits pour l’écouter, car « c’est Lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures » (Conc. Vat II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 7). J’ai dit un mot : émerveillement. Lorsque nous entendons l’Évangile, les paroles de Dieu, il ne s’agit pas seulement de les entendre, de les comprendre, non. Elles doivent atteindre le cœur et produire ce que j’ai dit : “l’émerveillement”. La Parole de Dieu nous émerveille toujours, elle nous renouvelle toujours, elle entre dans notre cœur et nous renouvelle toujours.

Dans cette attitude de foi joyeuse, nous sommes invités à accueillir l’antique prophétie telle qu’elle est sortie du Cœur du Christ, en nous arrêtant sur les cinq actions qui caractérisent la mission du Messie : une mission unique et universelle ; unique, parce que Lui seul peut l’accomplir ; universelle, parce qu’il veut impliquer tout le monde.

Tout d’abord, il est « envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » (v. 18). Voici l’ « évangile », la bonne nouvelle que Jésus annonce : le Royaume de Dieu est proche ! Quand Dieu règne, l’homme est sauvé. Le Seigneur vient visiter son peuple, en prenant soin de l’humble et du misérable. Cet Évangile est une parole de compassion qui nous appelle à la charité, à la remise des dettes du prochain et à un engagement social généreux. N’oublions pas que le Seigneur est proche, miséricordieux et compatissant. La proximité, la miséricorde et la compassion sont le style de Dieu. Il est ainsi : miséricordieux, proche, compatissant.

La deuxième action du Christ est d’« annoncer aux captifs leur libération » (v. 18). Frères, sœurs, les jours du mal sont comptés, car l’avenir appartient à Dieu. Par la puissance de l’Esprit, Jésus nous rachète de toute culpabilité et libère notre cœur, Il le libère de toute chaîne intérieure, apportant au monde le pardon du Père. Cet Évangile est une parole de miséricorde qui nous appelle à devenir des témoins passionnés de la paix, de la solidarité et de la réconciliation.

La troisième action, par laquelle Jésus accomplit la prophétie, est de donner « la vue aux aveugles » (v. 18). Le Messie nous ouvre les yeux du cœur, souvent éblouis par l’attrait du pouvoir et de la vanité : des maladies de l’âme qui nous empêchent de reconnaître la présence de Dieu et qui rendent invisibles les faibles et les souffrants. Cet Évangile est une parole de lumière qui nous appelle à la vérité, au témoignage de la foi et à la cohérence de la vie.

La quatrième action est de « remettre en liberté les opprimés » (v. 18). Aucun esclavage ne résiste à l’œuvre du Messie qui fait de nous des frères en son nom. Les prisons de la persécution et de la mort sont grandement ouvertes par la puissance d’amour de Dieu ; car cet Évangile est une parole de liberté qui nous appelle à la conversion du cœur, à l’honnêteté de la pensée et à la persévérance dans l’épreuve.

Enfin, la cinquième action : Jésus est envoyé « annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (v. 19). Il s’agit d’un temps nouveau qui ne consume pas la vie, mais la régénère. C’est un Jubilé, comme celui que nous avons commencé, qui nous prépare avec espérance à la rencontre définitive avec le Rédempteur. L’Évangile est une parole de joie qui nous appelle à l’accueil, à la communion et à la marche, en tant que pèlerins, vers le Royaume de Dieu.

Par ces cinq actions, Jésus a déjà accompli la prophétie d’Isaïe. En réalisant notre délivrance, il nous annonce que Dieu s’approche de notre pauvreté, nous rachète du mal, éclaire nos yeux, brise le joug des oppressions et nous fait entrer dans la jubilation d’un temps et d’une histoire où Il se rend présent, pour marcher avec nous et nous conduire à la vie éternelle. Le salut qu’Il nous donne n’est pas encore pleinement réalisé, nous le savons. Cependant les guerres, les injustices, la douleur, la mort n’auront pas le dernier mot. L’Évangile est une parole vivante et sûre, qui ne déçoit jamais. L’Évangile ne déçoit jamais.

Frères et sœurs, en ce dimanche consacré spécialement à la Parole de Dieu, rendons grâce au Père de nous avoir adressé son Verbe fait homme pour le salut du monde. C’est l’événement dont parlent toutes les Écritures, qui ont pour véritables auteurs les hommes et l’Esprit Saint (cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 11). Toute la Bible fait mémoire du Christ et de son œuvre, et l’Esprit l’actualise dans notre vie et dans l’histoire. Lorsque nous lisons les Écritures, lorsque nous les prions et les étudions, nous ne recevons pas seulement des informations sur Dieu, mais nous accueillons plutôt l’Esprit qui nous rappelle tout ce que Jésus a dit et fait (cf. Jn 14, 26). Ainsi notre cœur, enflammé par la foi, attend dans l’espérance la venue de Dieu. Frères et sœurs, nous devons nous habituer à lire les Écritures. J’aime recommander à chacun d’avoir un petit Évangile, un petit Nouveau Testament de poche, et de l’emporter dans son sac, de l’avoir toujours sur soi, de le prendre pendant la journée et de le lire. Un passage, deux passages… Et ainsi, pendant la journée, il y a ce contact avec le Seigneur. Un petit Évangile suffit.

Répondons avec ardeur à la bonne nouvelle du Christ ! Car le Seigneur ne nous a pas parlé comme à des auditeurs muets, mais comme à des témoins, nous appelant à évangéliser en tout temps et en tout lieu. De nombreuses parties du monde, quarante frères et sœurs sont venus ici aujourd’hui pour recevoir le ministère du lectorat. Merci ! Nous leur sommes reconnaissants et nous prions pour eux. Nous prions tous pour vous. Engageons-nous donc à porter la bonne nouvelle aux pauvres, à proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, à remettre en liberté les opprimés et à proclamer une année de grâce accordée par le Seigneur. Alors oui, sœurs et frères, nous transformerons le monde selon la volonté de Dieu, qui l’a créé et racheté par amour. Merci !

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Méditation : Découvrir son appel

 

La première mission et la première joie de tout Chrétien, c’est peut-être découvrir l’appel le plus profond de Dieu en nous, cet appel à la vie, à la joie, au débordement de soi-même. Par cette prise de conscience d’être le bien aimé, l’attendu, je me fais missionnaire de ce chemin de vie que Dieu souhaite me faire vivre. En le choisissant, je suis missionnaire de cette joie première même au milieu des vicissitudes.

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Abraham

L’appel -2 –

Cette vidéo fait partie du parcours « Héritiers du Sacré-Coeur »

Parcours : Héritiers du Sacré-Coeur

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Moïse

« La mer rouge »

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Joyeux Noël !

Un grand merci d’avoir suivi ce parcours avec fidélité.

Nous vous souhaitons un très joyeux Noël.

« Le parfait ami… » vie de St Claude

Episode 2 : L’enfance et la famille

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Chers frères et sœurs, bonjour !

Au nombre des témoins de la passion pour l’annonce de l’Évangile, ces évangélisateurs passionnés, aujourd’hui je présente la figure d’une femme française du XXe siècle, la vénérable servante de Dieu Madeleine Delbrêl. Née en 1904 et décédée en 1964, elle a été assistante sociale, écrivaine et mystique, elle a vécu pendant plus de trente ans dans les banlieues pauvres et ouvrières de Paris. Eblouie par sa rencontre avec le Seigneur, elle écrit : « Quand nous avons connu la parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de ne pas la recevoir ; quand nous l’avons reçue, nous n’avons pas le droit de ne pas la laisser s’incarner en nous ; quand elle s’est incarnée en nous, nous n’avons pas le droit de la garder pour nous : dès lors, nous appartenons à ceux qui l’attendent » (La santità della gente comune, Milan 2020, 71). Beau : beau ce qu’elle écrit…

Après une adolescence vécue dans l’agnosticisme, – elle ne croyait en rien – à vingt ans environ Madeleine rencontre le Seigneur, frappée par le témoignage d’amis croyants. Elle se met alors à la recherche de Dieu, laissant s’exprimer une soif profonde qu’elle ressentait en elle, et comprend que le « vide qui criait dans son angoisse » c’était Dieu qui la cherchait (Abbagliata da DioCorrispondenza 1910-1941, Milan 2007, 96). La joie de la foi l’a conduite à mûrir un choix de vie entièrement donnée à Dieu, au cœur de l’Église et au cœur du monde, partageant simplement en fraternité la vie des « gens de la rue ».  Poétiquement elle s’’adressait à Jésus, ainsi : « Pour être avec Toi sur Ton chemin, nous devons partir, même quand notre paresse nous supplie de rester. Tu nous as choisis pour être dans un équilibre étrange, un équilibre qui ne peut s’établir et se maintenir que dans le mouvement, que dans l’élan. Un peu comme une bicyclette, qui ne peut tenir debout sans rouler […] Nous ne pouvons tenir debout qu’en avançant, en se déplaçant, dans un élan de charité ». C’est ce qu’elle appelle la « spiritualité de la bicyclette » (Umorismo nell’AmoreMeditazioni e poesie, Milano 2011, 56). Ce n’est qu’en se mettant en route, en marchant que nous vivons dans l’équilibre de la foi, qui est un déséquilibre, mais c’est comme ça : comme la bicyclette. Si tu t’arrêtes, elle ne tient pas.

Madeleine avait le cœur constamment en éveil et se laisse interpeller par le cri des pauvres. Elle comprenait que le Dieu vivant de l’Évangile devait brûler en nous jusqu’à ce que nous ayons porté son nom à ceux qui ne l’ont pas encore trouvé. Dans cet esprit, tournée vers l’agitation du monde et le cri des pauvres, Madeleine se sent appelée à « vivre entièrement et à la lettre l’amour de Jésus, depuis l’huile du Bon Samaritain jusqu’au vinaigre du Calvaire, lui rendant ainsi amour pour amour […] afin qu’en l’aimant sans réserve et en se laissant aimer jusqu’au bout, les deux grands commandements de la charité s’incarnent en nous et n’en fassent plus qu’un » (La vocation de la charité, 1, Œuvres complètes XIII, Bruyères-le-Châtel, 138-139).

Enfin, Madeleine Delbrêl nous enseigne encore une chose : qu’en évangélisant, on est évangélisés : en évangélisant, nous sommes évangélisés. C’est pourquoi elle disait, en écho à saint Paul :  » malheur à moi si l’évangélisation ne m’évangélise pas « . En évangélisant, on s’évangélise soi-même. Et c’est une belle doctrine.

En contemplant cette femme témoin de l’Evangile, nous apprenons nous aussi que dans toute situation et circonstance personnelle ou sociale de notre vie, le Seigneur est présent et nous appelle à habiter notre temps, à partager la vie des autres, à nous mêler aux joies et aux tristesses du monde. En particulier, elle nous enseigne que même les milieux sécularisés peuvent aider pour la conversion, parce que le contact avec les non-croyants provoque le croyant à une révision continuelle de sa manière de croire et à redécouvrir la foi dans son essentialité (cf. Noi delle strade, Milan 1988, 268 ss).

Que Madeleine Delbrêl nous apprenne à vivre cette foi “in moto” –  » en mouvement « , disons, cette foi féconde qui fait de tout acte de foi un acte de charité dans l’annonce de l’Évangile. Je vous remercie.

 

Source : vatican.va
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Cap sur l’Afrique du Sud

En 2025, l’Afrique du Sud s’efforce de relancer son économie et de réduire les inégalités persistantes. Le président Cyril Ramaphosa a annoncé un plan ambitieux visant à améliorer l’éducation, renforcer la sécurité et stimuler l’emploi, notamment par des investissements massifs dans les infrastructures et la formation professionnelle. Malgré ces initiatives, les fractures sociales restent vives, notamment dans les townships. Le chômage des jeunes atteint des sommets (plus de 60 % dans certaines zones), et l’avenir semble bouché pour beaucoup d’adolescents déscolarisés. À Cape Town, la violence des gangs et la précarité continuent de gagner du terrain, nourries par un sentiment d’abandon.

Le recensement sur toute la terre (cf. Lc 2, 1). Tel est le contexte dans lequel Jésus est né et sur lequel l’Évangile s’attarde. Il aurait pu l’évoquer rapidement, mais il en parle avec précision. Ce faisant, il met en évidence un fort contraste : tandis que l’empereur compte les habitants du monde, Dieu y entre presque en secret ; tandis que ceux qui commandent cherchent à s’élever parmi les grands de l’histoire, le Roi de l’histoire choisit la voie de la petitesse. Aucun des puissants ne le remarque, seuls quelques bergers, relégués aux marges de la vie sociale.

Mais le recensement en dit plus. Dans la Bible, il n’a pas laissé un bon souvenir. Le roi David, succombant à la tentation des grands nombres et à une prétention malsaine à l’autosuffisance, avait commis un grave péché précisément en recensant le peuple. Il voulait en connaître la force et, en neuf mois environ, il obtint le nombre de ceux qui savaient manier l’épée (cf. 2 S 24, 1-9). Le Seigneur s’indigna et un malheur s’abattit sur le peuple. En cette nuit, cependant, Jésus le “Fils de David”, après neuf mois dans le sein de Marie, naît à Bethléem, la ville de David. Il ne sanctionne pas le recensement et se laisse humblement dénombrer.Un parmi tant d’autres. Nous ne voyons pas un dieu en colère qui châtie, mais le Dieu miséricordieux qui s’incarne, qui entre faible dans le monde, avec la proclamation : « Paix sur la terre aux hommes » (Lc 2, 14) qui le précède. Et notre cœur, ce soir, est à Bethléem, où le Prince de la paix est encore rejeté par la logique perdante de la guerre, avec le fracas des armes qui, aujourd’hui encore, l’empêche de trouver une place dans le monde (cf. Lc 2, 7).

Le recensement de la terre entière, en somme, manifeste d’une part la trame trop humaine qui traverse l’histoire : celle d’un monde en quête de pouvoir et de puissance, de célébrité et de gloire, où tout se mesure à l’aune des réalisations et des résultats, des chiffres et des nombres. C’est l’obsession de la performance. Mais en même temps, dans le recensement, le chemin de Jésus, qui vient nous chercher par l’incarnation, se singularise. Il n’est pas le Dieu de la performance, mais le Dieu de l’incarnation. Il ne renverse pas les injustices d’en haut par la force, mais d’en bas par l’amour ; il ne se déploie pas avec un pouvoir illimité, mais s’immerge dans nos limites ; il n’évite pas nos fragilités, mais les assume.

Frères et sœurs, nous pouvons nous demander cette nuit : en quel Dieu croyons-nous ? Au Dieu de l’incarnation ou au Dieu de la performance ? Oui, parce que il y a un risque de vivre Noël avec en tête une idée païenne de Dieu. Comme s’il était un maître puissant dans le ciel, un dieu lié au pouvoir, au succès mondain et à l’idolâtrie du consumérisme. Toujours revient la fausse image d’un dieu détaché et susceptible, qui se comporte bien avec les bons et se fâche avec les mauvais ; un dieu fait à notre image, utile seulement pour résoudre nos problèmes et supprimer nos maux. Au contraire, Il n’utilise pas de baguette magique, Il n’est pas le dieu commercial du “tout et tout de suite” ; il ne nous sauve pas en appuyant sur un bouton, mais il se fait proche pour changer la réalité de l’intérieur. Et pourtant, combien est ancrée en nous l’idée mondaine d’un dieu distant et contrôleur, rigide et puissant, qui aide les siens à l’emporter sur les autres !Très souvent, cette image est enracinée en nous. Mais il n’en est pas ainsi : il est né pour tous, lors du recensement de toute la terre.

Tournons-nous donc vers le « Dieu vivant et vrai » (1 Th 1, 9) : vers Lui qui est au-delà de tout calcul humain et qui pourtant se laisse recenser par nos comptages ; vers Lui qui révolutionne l’histoire en l’habitant ; vers Lui qui nous respecte jusqu’à nous permettre de le rejeter ; vers Lui qui annule le péché en le prenant sur Lui, qui n’enlève pas la souffrance mais la transforme, qui n’enlève pas les problèmes de nos vies mais qui donne à nos vies une espérance plus grande que les problèmes. Il désire tellement embrasser nos existences que, infini, il devient pour nous fini ; grand, il devient petit ; juste, il habite nos injustices. Frères et sœurs, telle est la merveille de Noël : non pas un mélange d’affections sentimentales et de conforts mondains, mais la tendresse sans précédent de Dieu qui sauve le monde en s’incarnant. Regardons l’Enfant, regardons sa mangeoire, regardons la crèche, que les anges appellent « le signe » (Lc 2, 12) : elle est en effet le signe révélateur du visage de Dieu, qui est compassion et miséricorde, tout-puissant toujours et seulement dans l’amour.Il se fait proche, il se fait proche, tendre et compatissant, c’est la manière d’être de Dieu : proximité, compassion, tendresse.

Sœurs et frères, émerveillons-nous car “il s’est fait chair” (cf. Jn 1, 14). Chair : un mot qui rappelle notre fragilité et que l’Évangile utilise pour nous dire que Dieu est entré au plus profond de notre condition humaine. Pourquoi est-Il allé si loin ? – nous nous demandons –. Parce qu’en nous tout est important pour Lui, parce qu’Il nous aime au point de nous considérer comme plus précieux que tout le reste. Frères et sœurs, pour Dieu qui a changé l’histoire lors du recensement, tu n’es pas un numéro, mais tu es un visage ; ton nom est inscrit dans son cœur. Mais toi, en regardant ton cœur, les performances qui ne sont pas à la hauteur, le monde qui juge et ne pardonne pas, peut-être vis-tu mal ce Noël, en pensant que tu ne fais pas bien, en nourrissant un sentiment d’inadéquation et d’insatisfaction à cause de tes fragilités, de tes chutes, de tes problèmes et de tes péchés. Mais aujourd’hui, s’il te plait, laisse l’initiative à Jésus qui te dit : “C’est pour toi que je me suis fait chair, c’est pour toi que je me suis fait semblable à toi”. Pourquoi restes-tu dans la prison de tes tristesses ? Comme les bergers qui ont laissé leurs troupeaux, laisse l’enclos de tes mélancolies et embrasse la tendresse de l’enfant Dieu. Et fais-le sans masque ni armure, jette en lui tes angoisses et il prendra soin de toi (cf. Ps 55, 23). Lui, qui s’est fait chair, n’attend pas tes performances mais ton cœur ouvert et confiant. Et en Lui tu redécouvriras qui tu es : un fils bien-aimé de Dieu, une fille bien-aimée de Dieu. Maintenant tu peux y croire, car, ce soir, le Seigneur est venu dans la lumière pour illuminer ta vie et ses yeux brillent d’amour pour toi.Nous avons du mal à croire en cela, que les yeux de Dieu brillent d’amour pour nous.

Oui, le Christ ne regarde pas les numéros, mais les visages. Mais qui Le regarde, au milieu des innombrables choses et de la course folle d’un monde toujours affairé et indifférent ? Qui le regarde ? À Bethléem, alors que beaucoup de gens, pris dans l’ivresse du recensement, allaient et venaient, remplissaient les gîtes et les auberges en parlant de choses et d’autres, certains étaient proches de Jésus : Marie et Joseph, les bergers, puis les mages. Apprenons d’eux. Ils ont les yeux fixés sur Jésus, le cœur tourné vers Lui. Ils ne parlent pas, mais ils adorent.Cette nuit, frères et sœurs, est le temps de l’adoration : adorer.

L’adoration est le moyen d’accueillir l’incarnation. Car c’est dans le silence que Jésus, le Verbe du Père, se fait chair dans nos vies. Faisons, nous aussi, comme à Bethléem qui signifie “maison du pain” : tenons-nous devant Lui, Pain de Vie. Redécouvrons l’adoration, car adorer ce n’est pas perdre son temps, mais permettre à Dieu d’habiter notre temps. C’est faire fleurir en nous la semence de l’incarnation, c’est collaborer à l’œuvre du Seigneur qui change le monde comme un levain. Adorer c’est intercéder, réparer, permettre à Dieu de redresser l’histoire. Un grand conteur d’épopées écrivait à son fils : « Je t’offre la seule grande chose à aimer sur terre : le Saint Sacrement. Tu y trouveras le charme, la gloire, l’honneur, la fidélité et le vrai chemin de toutes tes amours sur terre » (J.R.R. Tolkien, Lettre n. 43, mars 1941).

Frères et sœurs, ce soir, l’amour change l’histoire. Fais-nous croire, Seigneur, au pouvoir de ton amour, si différent du pouvoir du monde. Seigneur, fais que comme Marie, Joseph, les bergers et les mages, nous nous rassemblons autour de Toi pour T’adorer. Rendus par Toi plus semblables à Toi, nous pourrons témoigner au monde de la beauté de Ton visage.

 

Source : vatican.va
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Découvrez le Nom de Jésus de l’artiste Ivoirienne Morijah, présente au Jesus Festival 2025,

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre parcours de catéchèse que nous avons entrepris sur les vices et les vertus, aujourd’hui nous nous arrêtons sur le vice de la gourmandise.

Que nous dit l’Évangile à ce sujet ? Regardons Jésus. Son premier miracle, aux noces de Cana, révèle sa sympathie pour les joies humaines : il veille à ce que la fête se termine bien et donne aux mariés une grande quantité de très bon vin. Tout au long de son ministère, Jésus apparaît comme un prophète très différent du Baptiste : si l’on se souvient de Jean pour son ascétisme – il mangeait ce qu’il trouvait dans le désert -, Jésus est au contraire le Messie que l’on voit souvent à table. Son comportement suscite scandale pour certains, car non seulement il est bienveillant à l’égard des pécheurs, mais il mange même avec eux ; et ce geste démontrait sa volonté de communion et de proximité avec tous.

Mais il y a aussi autre chose. Si l’attitude de Jésus à l’égard des préceptes juifs révèle sa pleine soumission à la Loi, il fait cependant preuve de compréhension à l’égard de ses disciples : lorsqu’ils sont pris en flagrant délit de faim et qu’ils ramassent des épis le jour du sabbat, il les justifie en rappelant que le roi David et ses compagnons, se trouvant dans le besoin, avaient mangé des pains sacrés (cf. Mc 2, 23-26). Et Jésus affirme un nouveau principe : les invités aux noces ne peuvent pas jeûner quand l’époux est avec eux ; ils jeûneront quand l’époux leur sera enlevé. Tout est désormais relatif à Jésus. Quand il est au milieu de nous, nous ne pouvons pas nous affliger ; mais à l’heure de sa passion, alors oui, nous jeûnons (cf. Mc 2,18-20). Jésus veut que nous soyons dans la joie en sa compagnie- Lui est l’Epoux de l’Eglise ; mais il veut aussi que nous partagions ses souffrances, qui sont aussi celles des petits et des pauvres.

Un autre aspect important. Jésus abandonne la distinction entre aliments purs et impurs, qui était une distinction établie par la loi hébraïque. En réalité – enseigne Jésus – ce n’est pas ce qui entre dans l’homme qui le souille, mais ce qui sort de son cœur. C’est ainsi qu’il  » déclarait purs tous les aliments  » (Mc 7,19). C’est pourquoi le christianisme ne considère pas les aliments impurs. Mais l’attention que nous devons avoir est intérieure : elle ne porte donc pas sur la nourriture elle-même, mais sur la relation que nous entretenons avec elle. Et Jésus dit clairement que ce qui fait la bonté ou la malignité, pour ainsi dire, d’un aliment, ce n’est pas l’aliment lui-même, mais la relation que nous entretenons avec lui. Et nous le voyons, lorsqu’une personne a une relation désordonnée avec la nourriture, nous observons la façon dont elle mange, elle mange à la hâte, comme avec l’envie de se rassasier et ne se rassasie jamais, elle n’a pas une bonne relation avec la nourriture, elle est l’esclave de la nourriture.

Cette relation sereine que Jésus a établie envers l’alimentation devrait être redécouverte et valorisée, surtout dans les sociétés dites de l’abondance, où se manifestent tant de déséquilibres et tant de pathologies. On mange trop ou trop peu. Souvent on mange dans la solitude. Les troubles des comportements alimentaires se répandent : anorexie, boulimie, obésité… Et la médecine et la psychologie tentent de s’attaquer au mauvais rapport à la nourriture. Une mauvaise relation avec la nourriture est à l’origine de toutes ces maladies.

Il s’agit de maladies, souvent très douloureuses, qui sont principalement liées à des tourments de la psyché et de l’âme. L’alimentation est la manifestation de quelque chose d’intérieur : la prédisposition à l’équilibre ou à la démesure ; la capacité de rendre grâce ou la prétention arrogante à l’autonomie ; l’empathie de qui sait partager la nourriture avec celui qui est dans le besoin ou l’égoïsme de qui accumule tout pour soi-même. Cette demande est très importante : dis-moi comment tu manges et je te dirai quelle âme tu possèdes. Dans la manière de manger se révèlent notre intériorité, nos habitudes, nos attitudes psychiques.

Les anciens Pères donnaient au vice de la gourmandise le nom de « gastrimargie », terme que l’on peut traduire par « folie du ventre ». La gourmandise est une « folie du ventre ». Et il y a aussi ce proverbe qui dit qu’il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. La gourmandise est un vice qui se greffe sur l’un de nos besoins vitaux, comme l’alimentation. Soyons prudents à ce sujet.

Si nous l’envisageons d’un point de vue social, la gourmandise est peut-être le vice le plus dangereux qui est en train de faire périr la planète. Car le péché de ceux qui cèdent devant une part de gâteau, somme toute, ne provoque pas de dommages importants, mais la voracité avec laquelle nous nous déchaînons, depuis quelques siècles, sur les biens de la planète, compromet l’avenir de tous. Nous nous sommes jetés sur tout, pour devenir maîtres de tout, alors que tout avait été confié à notre soin, et non à notre exploitation ! Voilà donc le grand péché, la fureur du ventre : nous avons abjuré le nom d’hommes, pour en prendre un autre, celui de « consommateurs ». C’est ainsi que l’on dit aujourd’hui dans la vie sociale : « consommateurs ». Nous ne nous sommes même pas aperçus que quelqu’un avait commencé à nous appeler ainsi. Nous sommes faits pour être des hommes et des femmes « eucharistiques », capables de rendre grâce, discrets dans l’utilisation de la terre, et au lieu de cela, le danger est de se transformer en prédateurs, et maintenant nous nous rendons compte que cette forme de « gloutonnerie » a fait beaucoup de mal au monde. Demandons au Seigneur de nous aider sur le chemin de la sobriété, et que les différentes formes de gourmandise n’envahissent pas nos vies.

 

Source : vatican.va
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Audience du mercredi 4 mai
Série de catéchèses du pape François sur la vieillesse
8. Eléazar, la cohérence de la foi, héritage de l’honneur

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, écoutons bien la catéchèse car ensuite nous aurons le cirque qui fera quelque chose pour nous divertir

Poursuivons notre itinéraire sur les vices et les vertus ; les anciens Pères nous enseignent qu’après la gourmandise, le deuxième « démon », c’est-à-dire vice, qui se tient toujours accroupi à la porte du cœur c’est celui de la luxure. Alors que la gourmandise est une voracité envers la nourriture, ce second vice est une sorte de « voracité » envers une autre personne, c’est-à-dire la relation empoisonnée que les êtres humains entretiennent entre eux, en particulier dans le domaine de la sexualité.

Attention : dans le christianisme, il n’y a pas de condamnation de l’instinct sexuel. Un livre de la Bible, le Cantique des Cantiques, est un merveilleux poème d’amour entre deux fiancés. Cependant, cette belle dimension de notre humanité, la dimension sexuelle, la dimension de l’amour, n’est pas sans danger, à tel point que saint Paul doit déjà aborder la question dans la première Lettre aux Corinthiens. Il écrit : « On entend dire partout qu’il y a chez vous un cas d’inconduite, une inconduite telle qu’on n’en voit même pas chez les païens » (5,1). Le reproche de l’Apôtre concerne précisément une gestion malsaine de la sexualité par certains chrétiens.

Mais regardons l’expérience humaine, l’expérience de tomber amoureux. Ici, il y a tant de nouveaux mariés, vous pouvez parler de cela ! Pourquoi ce mystère se produit, ni pourquoi il s’agit d’une expérience si bouleversante dans la vie des personnes. Aucun d’entre nous ne le sait. Une personne tombe amoureuse d’une autre, cela arrive de tomber amoureux. C’est l’une des réalités les plus surprenantes de l’existence. La plupart des chansons que nous entendons à la radio en parlent : des amours qui s’illuminent, des amours toujours recherchés et jamais atteints, des amours pleins de joie ou des amours qui tourmentent jusqu’aux larmes.

S’il n’est pas pollué par le vice, tomber amoureux est l’un des sentiments les plus purs. Une personne amoureuse devient généreuse, aime faire des cadeaux, écrit des lettres et des poèmes. Il cesse de penser à lui pour se projeter entièrement vers l’autre, que c’est beau. Et si vous demandez à une personne amoureuse : “pour quel motif tu aimes ?, elle ne trouvera pas de réponse : à bien des égards, son amour est inconditionnel, sans aucune raison. Patience si cet amour, si puissant, est aussi un peu naïf : l’amoureux ne connaît pas vraiment le visage de l’autre, il a tendance à l’idéaliser, il est prêt à faire des promesses dont il ne saisit pas immédiatement le poids. Ce « jardin » où se multiplient les merveilles n’est pourtant pas à l’abri du mal. Il est souillé par le démon de la luxure, et ce vice est particulièrement odieux, pour au moins deux raisons.

Tout d’abord parce qu’il dévaste les relations entre les personnes. Pour documenter une telle réalité, l’actualité quotidienne suffit malheureusement. Combien de relations qui avaient commencé dans les meilleures conditions se sont transformées en relations toxiques, de possession de l’autre, de manque de respect et du sens de limite ? Ce sont des amours où la chasteté a fait défaut : une vertu qu’il ne faut pas confondre avec l’abstinence sexuelle- la chasteté est plus que l’abstinence sexuelle -, elle doit plutôt être reliée avec la volonté de ne jamais posséder l’autre. Aimer, c’est respecter l’autre, rechercher son bonheur, cultiver l’empathie pour ses sentiments, se disposer à la connaissance d’un corps, d’une psychologie et d’une âme qui ne sont pas les nôtres et qui doivent être contemplés pour la beauté qu’ils portent. Aimer c’est cela, et c’est beau l’amour. La luxure, en revanche, se moque de tout cela : la luxure pille, elle vole, elle consomme à la hâte, elle ne veut pas écouter l’autre mais seulement son propre besoin et son propre plaisir ; la luxure juge toute fréquentation ennuyeuse, elle ne cherche pas cette synthèse entre raison, pulsion et sentiment qui nous aiderait à conduire l’existence avec sagesse. Le luxurieux ne cherche que des raccourcis : il ne comprend pas que le chemin de l’amour doit être parcouru lentement, et que cette patience, loin d’être synonyme d’ennui, nous permet de rendre heureuses nos relations amoureuses.

Mais il y a une deuxième raison pour laquelle la luxure est un vice dangereux. De tous les plaisirs humains, la sexualité a une voix puissante. Elle met en jeu tous les sens, elle habite à la fois le corps et la psyché, et c’est très beau, mais si elle n’est pas disciplinée avec patience, si elle n’est pas inscrite dans une relation et dans une histoire où deux individus la transforment en danse amoureuse, elle se transforme en une chaîne qui prive l’homme de sa liberté. Le plaisir sexuel qui est un don de Dieu, est miné par la pornographie : une satisfaction sans relation qui peut générer des formes de dépendance. Nous devons défendre l’amour, l’amour du cœur, de l’esprit, du corps, l’amour pur dans le don de soi, l’un à l’autre. Et c’est cela la beauté de la relation sexuelle.

Gagner la bataille contre la luxure, contre la « chosification » de l’autre, peut être l’affaire de toute une vie. Mais le prix de cette bataille est absolument le plus important de tous, car il s’agit de préserver cette beauté que Dieu a inscrite dans sa création lorsqu’il a imaginé l’amour entre l’homme et la femme, qui n’est pas pour s’utiliser l’un, l’autre, mais pour s’aimer. Cette beauté qui nous fait croire que construire une histoire ensemble vaut mieux que partir à l’aventure – il y a tant de Don Juan ! -, cultiver la tendresse vaut mieux que céder au démon de la possession – le véritable amour ne possède pas, il se donne -, servir vaut mieux que conquérir. Car s’il n’y a pas d’amour, la vie est triste, la vie est une triste solitude. Merci.

 

Source : vatican.va
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Jour 9 en audio

Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !

Message pour la 10ème Journée mondiale des Pauvres

33e Dimanche du Temps Ordinaire, 15 novembre 2026

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Le Seigneur est le refuge du pauvre (cf. Ps 14, 6)

1. Le Seigneur est le refuge du pauvre (cf. Ps14, 6). Ces paroles du Psalmiste indiquent le chemin que nous sommes appelés à parcourir en vue de la 10eJournée Mondiale des Pauvres. Une fois encore, il est nécessaire de revenir à la Parole de Dieu pour vérifier l’importance que revêtent les pauvres dans la vie de l’Église. L’expression du Psaume est un critère de jugement de l’existence chrétienne car elle révèle le visage de Dieu et reconnaît la pauvreté humaine. Dans un moment historique dramatique, tel que la destruction du temple de Jérusalem, le peuple s’était senti privé de la présence de Dieu et avait connu sa misère matérielle et morale sans précédent.

Cette Parole apparaît à chaque génération dans toute son actualité. Elle met immédiatement en lumière la contradiction dans laquelle on tombe encore de nos jours bien souvent. La première constatation est en effet celle-ci : « Dans son cœur le fou déclare : “Pas de Dieu !”  Tout est corrompu, abominable, pas un homme de bien » (Ps 14, 1). Elle met en évidence le contraste entre ceux qui se comportent avec sagesse et ceux qui, au contraire, mènent leur vie comme s’il n’y avait rien au-dessus d’eux. On constate malheureusement qu’une injustice sociale, issue d’une corruption arrogante aussi déplorable que discriminatoire, est encore très répandue de nos jours. La perte du sens de la transcendance dans la vie quotidienne n’est plus tant une négation théorique de l’existence de Dieu. Elle se manifeste plutôt par le fait de ne pas tenir compte de sa bonté et de sa miséricorde pour l’édification de la justice personnelle et sociale.

Les premiers à en subir les conséquences sont les pauvres dont le nombre augmente dans de nombreuses sociétés, et ce n’est pas un hasard. L’absence de Dieu ne place plus les personnes les unes à côté des autres dans le respect mutuel, mais les unes au-dessus des autres sous le signe de la domination et de l’oppression. C’est ainsi qu’apparaît une logique profanatrice d’abus et d’exclusion qui marginalise et humilie. Non seulement des individus, mais des populations entières, se trouvent dans cette situation. Les paroles du Psaume résonnent encore, pleines de vérité : « Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple » (Ps 14, 4).

2. Le cri de justice des pauvres est aujourd’hui étouffé par de multiples techniques, toujours plus insidieuses, qui réduisent au silence tous leurs efforts pour faire entendre leurs revendications. L’environnement numérique radicalise les préjugés à leur encontre et renforce le rideau d’indifférence qui entoure leurs causes. Il ne reste plus au pauvre qu’à crier vers Dieu (cf. Ps34, 7) et à Lui faire parvenir sa plainte, avec la certitude d’être entendu, car Dieu est fidèle et riche en miséricorde. Ceux qui sont opprimés, humiliés et sans défense grandissent encore aujourd’hui dans la certitude de devoir s’abandonner à Dieu, pleins de confiance et d’attente d’espérance. Dans cette confiance totale, le sens de leur dignité renaît ; ils se reconnaissent comme des sœurs et des frères avec qui organiser leurs rêves, et l’espérance devient silencieusement réalité. Se réfugier en Dieu, c’est trouver une protection véritable et sûre, celle que les puissants ne peuvent garantir et préfèrent refuser.

Le pauvre, cependant, sait reconnaître l’essentiel mieux que quiconque, car il vit de l’essentiel. Plus proche que n’importe qui du Christ, il reconnaît Dieu comme son refuge même lorsque les circonstances semblent dire le contraire, et il est rempli d’espérance en sa justice qui ne tarde pas à se manifester. Dans la nuit de l’abandon et de la solitude, le pauvre “demeure à l’abri du Très-Haut” (cf. Ps 91, 1). Combien de personnes affligées, subissant l’injustice et les offenses, dans la souffrance et la douleur, seules et dépourvues de sens à leur vie, peuvent trouver consolation et nouvelle motivation auprès du Seigneur !

3. Être un refuge n’est pas seulement une promesse, mais cela devient réalité en la personne de Jésus-Christ. Dieu vient habiter parmi nous par l’incarnation de son Fils qui rend le refuge espéré concret et visible. Jésus-Christ est véritablement le refuge de Dieu pour les pauvres. Par son obéissance au Père, il descend jusqu’au point le plus bas, là où se trouvent les derniers. Il va à la rencontre de chacun et offre à tous un refuge sûr : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt11, 28). En Jésus, Dieu ne se contente pas de protéger, mais il partage la pauvreté humaine jusqu’à la croix.

Les pauvres de notre époque, ce sont les oubliés et les marginalisés : privés, en plus du pain, de parole et d’un visage. Puissent-ils rencontrer le Fils de Dieu qui se fait proche de tous sans négliger aucun. Qu’ils le rencontrent avant tout en ceux qui se disent chrétiens. C’est Jésus qui offre le pain et l’amitié dans l’Église qui est son Corps ; il apporte la lumière et un horizon d’espérance ; il prononce le nom de chacun et rend à tous leur dignité. Jésus de Nazareth est le don de Dieu aux pauvres. En Lui, toutes les promesses deviennent réalité. Pour tous ceux qui sont privés d’un foyer, d’un travail, d’une éducation, de nourriture, de santé, une nouvelle voie s’ouvre : le partage comme expression du Royaume de Dieu (cf. Mt 5, 3). À l’obsession de ceux qui accumulent des richesses pour eux-mêmes s’oppose l’obstination de Dieu qui, à travers le témoignage de personnes en chair et en os, ouvre le cœur et accueille dans son amour.

4. Ainsi, dans le Christ, nous sommes nous aussi appelés à devenir pauvres et à être un refuge pour le pauvre. La communauté chrétienne ne peut rester insensible face à tous ceux qui, aujourd’hui, se trouvent à la porte et restent invisibles aux yeux de ceux qui sont enfermés entre leurs murs. L’Église, par sa nature même, est appelée à être pauvre et à être un refuge pour les pauvres. N’oublions pas le commentaire de saint Augustin sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare : « Il nous a caché le nom du riche et nous a révélé celui du pauvre. Le nom du riche passait de bouche en bouche, mais Dieu l’a tu ; le nom du pauvre passait sous silence, mais Dieu nous l’a révélé. […] Que choisirais-tu ? Être pauvre comme Lazare ou riche comme l’autre ? Ne te laisse pas tromper ! Écoute quelle fut leur fin et remarque le mauvais choix » (Sermon 33A, 4).

Comme je l’ai rappelé dans l’Exhortation apostolique Dilexi te, « Dieu montre en effet une prédilection pour les pauvres : c’est d’abord à eux que s’adresse la parole d’espérance et de libération du Seigneur et, par conséquent, même dans la pauvreté ou la faiblesse, personne ne doit plus se sentir abandonné. Et l’Église, si elle veut être celle du Christ, doit être l’Église des Béatitudes, l’Église qui fait place aux petits et qui marche pauvre avec les pauvres, le lieu où les pauvres ont une place privilégiée » (n° 21).

Certaines questions se posent inévitablement, questions qu’en cette Xe Journée mondiale des pauvres nous avons un besoin urgent de faire résonner dans notre esprit et dans notre cœur. Sommes-nous le signe d’un Dieu refuge pour les pauvres ? Avons-nous conscience de notre pauvreté et la préférons-nous à la richesse injuste ? Allons-nous là où se trouvent les pauvres en faisant l’expérience de leur marginalité ? Sommes-nous attentifs à leurs pensées et partageons-nous leurs attentes ? Prononçons-nous leurs noms avec une tendresse divine ? Notre charité réveille-t-elle et soutient-elle en eux le désir de justice et de rédemption ? Ces questions, et bien d’autres encore, nous obligent à un sérieux examen de conscience pour vérifier ce que nous sommes encore appelés à devenir en faveur des pauvres et pour leur libération. Alors nous verrons que les pauvres deviennent eux-mêmes un refuge pour les autres. L’expérience de la pauvreté rend particulièrement sensibles à une solidarité renouvelée face aux défis.

L’amour du Christ nous rend participants de la vie d’amour de Dieu. En ce sens, les chrétiens sont appelés non seulement à chercher refuge en Dieu, mais aussi à devenir en Dieu un refuge pour les autres, sans « faire de distinctions entre ceux qui aident et ceux qui sont aidés, entre ceux qui semblent donner et ceux qui semblent recevoir, entre ceux qui semblent pauvres et ceux qui se sentent capables d’offrir leur temps, leurs compétences, leur aide. Nous sommes l’Église du Seigneur, une Église de pauvres, tous précieux, tous sujets, chacun porteur d’une Parole unique de Dieu. Chacun est un don pour les autres » (Homélie, 17 août 2025).

5. Le huitième centenaire de la mort de saint François d’Assise nous invite à nous rappeler comment, arrivé à Rome en pèlerin à la tombe de l’apôtre Pierre, il fut saisi de compassion pour les mendiants. Pour comprendre et faire l’expérience de leur souffrance, il ôta ses propres vêtements et les échangea contre les haillons de l’un d’entre eux, s’assit pour mendier et passa toute la journée parmi les pauvres avec la joie dans l’esprit (cf. Fonti Francescane, 1405-1406). Nous voulons témoigner qu’il est possible, aujourd’hui encore, de connaître la même joie en se mettant à la place des pauvres et en les écoutant, plutôt qu’en se contentant de parler d’eux. Celui qui a Dieu pour refuge est libre de faire des choix prophétiques, qui témoignent que tout peut être repensé à partir de la base, dans l’humilité et la fraternité qui, seules, réparent un monde blessé par l’arrogance.

J’ai confiance que cette 10e Journée Mondiale des Pauvres pourra constituer une étape significative pour redécouvrir le visage de tant de frères et sœurs qui cherchent refuge en Dieu et souhaitent se sentir chez eux dans nos communautés. Gardons vivante l’obéissance à la Parole de Dieu, qui appelle à la conversion du cœur. Que la Vierge Marie, qui a contemplé dans la chair crucifiée de son Fils l’amour de Dieu qui comble de biens ceux qui ont faim et renvoie les riches les mains vides (cf. Lc 1, 53), intercède pour nous.

Du Vatican, le 13 juin 2026, mémoire de saint Antoine de Padoue.

LÉON PP. XIV

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Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !

Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !

Homélie

Basilique Saint-Pierre, lundi 29 juin 2026

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, en une seule solennité, nous commémorons les saints Pierre et Paul, patrons de la ville et du diocèse de Rome : l’un choisi par Jésus comme berger de son troupeau, l’autre élu comme apôtre des nations. En eux, nous vénérons deux colonnes de l’Église.

Dans le Nouveau Testament à maintes reprises, Pierre, gardien du Peuple de Dieu, apparaît engagé à préserver la communion entre les frères. C’est lui qui, sur le lac de Galilée, après une nuit de travail apparemment vaine, dit au Maître : « nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets » (Lc 5, 5) et qui repart donc, emmenant les autres avec lui. C’est encore lui qui, alors que beaucoup s’éloignent du Seigneur après le rude discours sur le Pain de vie, dit au Messie : « à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68) et reste, avec les onze autres. C’est toujours lui qui, à Césarée, reconnaît en Jésus le Fils de Dieu et se fait la voix de tous pour professer l’unique foi, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile (cf. Mt 16, 13-19). Même après la Résurrection, au bord du lac, il est le premier à rejoindre le Christ, se jetant à l’eau et devançant les autres à la nage, pour renouveler humblement son amour et recevoir ainsi la confirmation de sa mission (cf. Jn 21, 1-17).

Pierre demeure fidèle à cette mission reçue, même lorsqu’à Jérusalem, par exemple, la question de l’admission des païens non circoncis au baptême risque de diviser la communauté. Il rassemble les frères, les écoute et seulement après, guidé par le Saint-Esprit, prend la décision, préservant la communion et inaugurant une ère nouvelle pour tout le Peuple de Dieu : « Oui, nous le croyons – affirme-t-il –, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux » (Ac 15, 11).

Cette grandeur d’âme ne veut pas dire que Pierre soit parfait. Pendant la Passion, il renie le Maître, avant de verser des larmes sincères de repentir (Lc 22, 54-62); et Paul lui-même, en d’autres circonstances, lui reproche l’incohérence de certains de ses comportements (cf. Gal 2, 11-14). Cependant, il sait reconnaître ses erreurs et se reprendre, sans se décourager et sans abandonner la mission d’annoncer l’Évangile et de rassembler le troupeau du Christ, et ce, jusqu’au martyre qu’il a subi ici même, à Rome, non loin de l’endroit où nous nous trouvons.

Cette sollicitude fidèle et patiente pour l’unité est très bien exprimée par le symbole des clés, avec lequel nous l’identifions souvent (cf. Mt 16, 19). Une clé, en effet, n’abat pas les portes, mais elle les ouvre puis les ferme, en cherchant à l’intérieur les bons leviers et en accompagnant leurs mouvements, afin que les blocages se défassent, que les gâches coulissent et que les battants tournent librement sur leurs gonds, unissant ainsi les espaces et faisant des nombreuses pièces isolées une seule et même maison accueillante. De la même manière, la communion dans l’Église ne se construit pas en se figeant sur ses propres positions, mais en recherchant, dans le cœur de chacun, les points de rencontre dans la Vérité, à la seule lumière de laquelle chacun devient pour l’autre instrument de croissance.

C’est dans cette perspective que nous pourrions lire la mission confiée par le Seigneur à Pierre et à ses successeurs au profit du saint Peuple de Dieu : écouter, avec son aide, la voix de chacun ; discerner les inspirations ; guider les chemins ; corriger les erreurs ; instruire ; encourager ; exhorter et accompagner les frères afin que, dociles à l’action du même Esprit (cf. 1 Co 12, 1-11), ils coopèrent au salut les uns des autres et de l’humanité entière. Cela dit, l’exemple de Pierre est aussi une invitation pour chaque chrétien à devenir un artisan d’unité, en plaçant Dieu au centre de sa propre existence et en se rapprochant de ses frères, attentif à leurs vicissitudes et à leurs besoins (cf. François, Catéchèse, 9 octobre 2024) afin de vivre avec eux dans la charité et qu’ainsi « la proclamation de l’Évangile s’accomplisse » (cf. 2 Tm 4, 17).

Tel est aussi l’enseignement de Paul, l’autre grand apôtre que nous célébrons aujourd’hui, héraut infatigable de la Bonne Nouvelle. Lui aussi possède des symboles distinctifs : le livre et l’épée, étroitement liés l’un à l’autre. L’auteur de la Lettre aux Hébreux l’explique bien lorsqu’il écrit : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants », capable de pénétrer « jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit » et de discerner « les intentions et les pensées du cœur » (cf. He 4, 12).

C’est ce que Dieu a accompli dans le cœur du jeune Saul en le conquérant (cf. Ph 3, 12) et en l’amenant, avant tout, à se convertir à l’Évangile en prenant un nom nouveau, puis à l’annoncer dans le monde entier et, enfin, à en témoigner comme Pierre, dans cette même ville, jusqu’au don de sa vie. L’Apôtre des nations s’est laissé transformer par la puissance de la Parole de Dieu qui l’a soustrait à la violence pour le conduire sur le chemin de l’amour.

Saint Augustin, commentant sa conversion et sa mission, disait : « Alors qu’il se rendait [à Damas] le cœur bouillonnant de menaces et de massacres, il fut appelé par son nom et terrassé par la voix céleste (cf. Ac 9, 1-7), c’est-à-dire par le Verbe qui l’appelait » (Sermo 299/A augm., 6). Et il ajoutait : « Dieu a pris le persécuteur de l’Église et en a fait un messager de paix. Il lui a pardonné tous ses péchés et l’a placé dans un ministère où il pourrait pardonner les péchés d’autrui » (ibid.).

Chers frères et soeurs, il est important que nous nous tournions aujourd’hui vers ces deux saints – Pierre et Paul – pour comprendre comment être à notre tour des apôtres et des bâtisseurs d’unité, des serviteurs généreux de la vérité dans la charité. C’est dans cet esprit que nous nous apprêtons à vivre l’antique et suggestif rite de la remise des palliums aux archevêques métropolitains. Ces bandes de laine blanche ornées de croix expriment en effet l’engagement de chaque pasteur – mais aussi de tout chrétien – à porter sur ses épaules les frères et sœurs qui lui sont confiés comme autant d’agneaux du troupeau du Seigneur et à offrir pour eux son énergie, son temps, ses efforts, voire sa propre vie afin que l’Évangile parvienne à tous et que le monde entier y trouve harmonie et concorde (cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, n. 38).

C’est dans cet esprit que j’ai la joie d’adresser une cordiale salutation aux membres de la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, envoyée par mon très cher frère Sa Sainteté Bartholomée et conduite par Son Éminence Emmanuel, métropolite de Chalcédoine.

Prions les saints Pierre et Paul, afin qu’ils nous soutiennent sur le chemin de la communion à la suite du Sauveur. C’est le chemin qu’Il a tracé, c’est ce pour quoi Il a prié le Père lors de la Cène (cf. Jn 17, 21-23), c’est le but vers lequel Il nous a enseigné à tendre avec confiante espérance (cf. Benoît XVI, Homélie lors de la messe d’imposition du pallium aux nouveaux métropolites, 29 juin 2012).

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Jeudi 5 juin 2025

Je salue fraternellement S.E. Mgr Laurent Ulrich ainsi que tous les évêques de la Province de Paris. Et je vous salue tous, chers prêtres qui vous réunissez en cette Cathédrale Notre-Dame à l’occasion de votre “Jubilé des prêtres” et du 60ème anniversaire de la Constitution Presbyterorum ordinis sur laquelle vous allez réfléchir.

Je suis heureux de pouvoir vous manifester ma paternelle affection et de vous transmettre mes meilleurs encouragements pour la poursuite de votre ministère au service du Peuple de Dieu qui vous est confié. Pour y parvenir dans les conditions ecclésiales et sociales difficiles – et bien souvent éprouvantes – que vous connaissez, je vous invite à enraciner votre vie et votre ministère dans un amour toujours plus fort, personnel et authentique de Jésus qui a fait de vous ses amis et qui vous a configurés à Lui pour l’éternité ; et dans un amour généreux et sans réserve pour vos Communautés, un amour empreint de proximité, de compassion, de douceur, d’humilité et de simplicité, comme l’a si souvent rappelé le regretté Pape François. De cette manière, vous serez crédibles même si vous n’êtes pas encore des saints, et vous toucherez le cœur de personnes qui sont au plus loin, gagnerez leur confiance et leur ferez rencontrer Jésus. Je vous invite à cultiver la fraternité sacerdotale entre vous, à maintenir un étroit lien de charité avec vos évêques et à prier sans cesse pour l’unité de l’Église. Que le Saint-Esprit vous aide à renouveler chaque jour le don généreux que vous avez fait de vous-mêmes au Seigneur le jour de votre ordination.

Implorant sur chacun de vous la protection de Notre Dame, et l’intercession de tous les saints prêtres et évêques de Paris qui vous ont précédés, je vous accorde de grand cœur la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 4 juin 2025

Leo PP. XIV

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A découvrir au Jesus Festival 2025,

Salle des Bénédictions, samedi 21 juin 2025

Madame la Présidente du Conseil des ministres et Monsieur le Président de la Chambre des députés de la République italienne,

Madame la Présidente et Monsieur le Secrétaire général de l’Union interparlementaire,

Distingués représentants des Institutions universitaires et chefs religieux,

Je me réjouis que nous puissions nous rencontrer dans le cadre de la Conférence de l’Union interparlementaire, pendant le Jubilé actuel des gouvernants. Je salue chaleureusement les membres des délégations venues de soixante-huit pays différents, et en particulier les présidents des Institutions parlementaires respectives.

La politique a été définie à juste titre comme « la forme la plus élevée de charité », pour citer le pape Pie XI (Discours à la Fédération italienne des universités catholiques, 18 décembre 1927). En effet, si l’on considère le service que la vie politique rend à la société et au bien commun, elle peut véritablement être considérée comme un acte d’amour chrétien, qui n’est jamais simplement une théorie, mais toujours un signe concret et un témoignage de la sollicitude constante de Dieu pour le bien de notre famille humaine (cf. François, Lettre encyclique Fratelli Tutti, 176-192).

À cet égard, je voudrais partager avec vous ce matin trois considérations que je juge importantes dans le contexte culturel actuel.

La première concerne votre responsabilité de promouvoir et de protéger, indépendamment de tout intérêt particulier, le bien de la communauté, le bien commun, en particulier en défendant les personnes vulnérables et marginalisées. Cela signifierait, par exemple, œuvrer pour surmonter la disproportion inacceptable entre l’immense richesse concentrée entre les mains de quelques-uns et les pauvres du monde (cf. Léon XIII, Lettre encyclique Rerum Novarum, 15 mai 1891, 1). Ceux qui vivent dans des conditions extrêmes crient pour faire entendre leur voix, mais souvent, personne n’est disposé à écouter leur appel. Ce déséquilibre engendre des situations d’injustice persistante, qui conduisent facilement à la violence et, tôt ou tard, à la tragédie de la guerre. Une politique saine, en revanche, en favorisant la répartition équitable des ressources, peut contribuer efficacement à l’harmonie et à la paix tant au niveau national qu’international.

Ma deuxième réflexion concerne la liberté religieuse et le dialogue interreligieux. Ce domaine a pris une importance croissante à l’époque actuelle, et la vie politique peut accomplir beaucoup en favorisant les conditions nécessaires à une authentique liberté religieuse et au développement d’une rencontre respectueuse et constructive entre les différentes communautés religieuses. La foi en Dieu, avec les valeurs positives qui en découlent, est une immense source de bonté et de vérité pour la vie des individus et des communautés.  Saint Augustin parlait de la nécessité de passer de l’amor sui – l’amour-propre égoïste, myope et destructeur – à l’amor Dei – un amour libre et généreux, fondé sur Dieu et conduisant au don de soi. Ce passage, enseignait-il, est essentiel pour la construction de la civitas Dei, une société dont la loi fondamentale est la charité (cf. De Civitate Dei, XIV, 28).

Afin d’avoir un point de référence commun dans l’activité politique, et de ne pas exclure a priori toute considération du transcendant dans les processus décisionnels, il serait utile de rechercher un élément qui unisse tout le monde. À cette fin, un point de référence essentiel est la loi naturelle, qui n’est pas écrite par des mains humaines, mais reconnue comme valable en tout temps et en tout lieu, et qui trouve son argument le plus plausible et le plus convaincant dans la nature elle-même. Pour reprendre les mots de Cicéron, déjà un exposant faisant autorité de cette loi dans l’Antiquité, je cite De Re Publica : « La loi naturelle est la raison droite, conforme à la nature, universelle, constante et éternelle, qui, par ses commandements, nous invite à faire le bien et, par ses interdictions, nous détourne du mal… Aucune modification ne peut être apportée à cette loi, aucune partie ne peut en être supprimée, elle ne peut être abolie dans son ensemble ; ni le Sénat ni le peuple ne peuvent s’en affranchir, et il n’est pas nécessaire de chercher son commentateur ou son interprète. Et il n’y aura pas de loi à Rome, ni à Athènes, ni maintenant, ni plus tard ; mais une loi éternelle et immuable régira tous les peuples à tout moment » (III, 22).

La loi naturelle, qui est universellement valable indépendamment et au-dessus d’autres croyances plus discutables, constitue la boussole qui nous guide dans notre législation et nos actions, en particulier sur les questions éthiques délicates et urgentes qui, aujourd’hui plus que par le passé, concernent la vie personnelle et la vie privée.

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme, approuvée et proclamée par les Nations Unies le 10 décembre 1948, fait désormais partie du patrimoine culturel de l’humanité. Ce texte, qui reste toujours d’actualité, peut contribuer grandement à placer la personne humaine, dans son intégrité inviolable, au fondement de la quête de vérité, redonnant ainsi leur dignité à ceux qui ne se sentent pas respectés dans leur être le plus profond et dans les dictats de leur conscience.

Cela nous amène à une troisième réflexion. Le degré de civilisation atteint dans notre monde et les objectifs que vous êtes chargés d’atteindre sont aujourd’hui confrontés à un défi majeur sous la forme de l’intelligence artificielle. Il s’agit d’une évolution qui sera certainement d’une grande aide pour la société, à condition que son utilisation ne porte pas atteinte à l’identité et à la dignité de la personne humaine et à ses libertés fondamentales. En particulier, il ne faut pas oublier que l’intelligence artificielle fonctionne comme un outil au service du bien des êtres humains, et non pour les diminuer ou les remplacer. Ce qui émerge est en fait un défi important, qui exige une grande attention et une grande prévoyance afin de projeter, également dans le contexte de nouveaux scénarios, des modes de vie sains, équitables et solides, en particulier pour le bien des jeunes générations.

Notre vie personnelle a plus de valeur que n’importe quel algorithme, et les relations sociales ont besoin d’espaces de développement qui transcendent largement les schémas limités que toute machine sans âme peut préprogrammer. N’oublions pas que, bien qu’elle soit capable de stocker des millions de données et de répondre à de nombreuses questions en quelques secondes, l’intelligence artificielle reste dotée d’une « mémoire statique » qui n’est en rien comparable à celle des êtres humains. Notre mémoire, en revanche, est créative, dynamique, générative, capable d’unir le passé, le présent et l’avenir dans une recherche vivante et fructueuse de sens, avec toutes les implications éthiques et existentielles que cela comporte (cf. François, Discours à la session du G7 sur l’intelligence artificielle, 14 juin 2024).

La politique ne peut ignorer un défi d’une telle ampleur. Au contraire, elle est appelée à répondre à de nombreux citoyens qui, à juste titre, considèrent à la fois avec confiance et inquiétude les questions soulevées par cette nouvelle culture numérique.

Au cours du Jubilé de l’an 2000, saint Jean-Paul II a désigné saint Thomas More comme un témoin à vénérer pour les dirigeants politiques et un intercesseur sous la protection duquel placer leur travail. Sir Thomas More était un homme fidèle à ses responsabilités civiques, un parfait serviteur de l’État précisément en raison de sa foi, qui l’a conduit à considérer la politique non pas comme une profession, mais comme une mission pour la diffusion de la vérité et du bien. Il « a mis son activité publique au service de la personne, en particulier des faibles et des pauvres ; il a géré les conflits sociaux avec un sens aigu de la justice ; il a protégé la famille et l’a défendue avec un engagement acharné ; et il a promu l’éducation intégrale des jeunes » (Lettre apostolique E Sancti Thomae Mori, 31 octobre 2000, 4). Le courage dont il a fait preuve en étant prêt à sacrifier sa vie plutôt que de trahir la vérité fait de lui, pour nous aussi aujourd’hui, un martyr de la liberté et de la primauté de la conscience. Que son exemple soit une source d’inspiration et de conduite pour chacun d’entre vous !

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre visite. Je vous adresse mes meilleurs vœux pour votre travail et j’invoque sur vous et vos proches les abondantes bénédictions de Dieu.

Merci à vous tous. Que Dieu vous bénisse, vous et votre travail. Merci.

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Basilique Saint-Pierre, mercredi 12 août 2026

Chers frères et sœurs,

Le cinquième chapitre de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC) est consacré à l’année liturgique, thème sur lequel nous souhaitons aujourd’hui fixer l’attention, afin d’en expliquer la valeur dans la vie de tout croyant.

Tout d’abord, il convient de rappeler que cette manière de définir le cycle des fêtes chrétiennes comme « année liturgique » s’est répandue dans le langage ecclésial grâce à l’œuvre du Serviteur de Dieu, l’abbé Prosper Guéranger (1805-1875).

Dans l’encyclique Mediator Dei, le Pape Pie XII affirme qu’il ne s’agit pas d’« une représentation froide et inerte de faits appartenant au passé, ni d’une simple […] évocation de réalités d’autrefois. [L’année liturgique], c’est plutôt le Christ lui-même, qui vit toujours dans son Église et qui poursuit le chemin d’une immense miséricorde qu’il a lui-même commencé […] dans cette vie mortelle […], afin de mettre les âmes humaines en contact avec ses mystères et de les faire vivre pour eux ; mystères qui sont perpétuellement présents et efficaces » (III Divinum Officium et Annus Liturgicus, II Cyclus Mysteriorum). L’année liturgique doit donc être comprise comme une actualisation constante de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire. En parcourant ce cycle temporel, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur, de sorte que tous les fidèles sont comblés de sa grâce (cf. SC, 102c). La rencontre avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la finalité que l’Église poursuit sans cesse, en plaçant au centre de chaque instant la célébration de l’événement pascal.

C’est pourquoi les Pères conciliaires considèrent le dimanche, « le jour de fête par excellence » (cf. SC, 106), comme « le fondement et le cœur de l’année liturgique ». Dans plusieurs langues modernes, son nom atteste qu’il s’agit du « dies Domini », « le jour du Seigneur ». Même dans les langues où a prévalu la référence au « jour du soleil » (Sunday, Sonntag), on entrevoit le lien avec le Christ : le Christ est le véritable « soleil de justice » qui illumine chaque homme !

Saint Jean-Paul II, dans la Lettre apostolique Dies Domini (31 mai 1998), enseigne que le dimanche est le jour du Seigneur, le jour de l’Église, le jour de l’homme et, enfin, le « jour des jours » : « Le dimanche étant la Pâques hebdomadaire, où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, il est aussi le jour qui révèle le sens du temps. […] Jaillissant de la Résurrection, il fend le temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui les traverse en les orientant vers le but de la seconde venue du Christ. Le dimanche préfigure le jour ultime, celui de la Parousie » (n° 75), où nous ressusciterons tous.

Pour sanctifier le dimanche, il est fondamental de célébrer l’Eucharistie. L’écoute de la Parole et la participation au Corps du Christ impliquent, selon les Pères conciliaires, le convenire in unum (cf. SC, 106), c’est-à-dire le rassemblement festif des fidèles. Au sein de cette assemblée, la communauté chrétienne rend visible sa communion avec le Seigneur et témoigne de son appartenance au Christ et de sa fidélité à l’Église. Cette assemblée ne peut être remplacée par une présence purement virtuelle, ni se réduire à un rassemblement purement passif. L’assemblée liturgique se réalise en effet dans la participation active des frères et sœurs, convoqués ensemble pour « rendre grâce à Dieu qui les a engendrés, “par la résurrection du Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante” (1 P 1, 3) » (ibid.).

À cet égard, j’exhorte chacun à rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe même ceux qui, le dimanche, n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.

Très chers, l’année liturgique, rythmée par les dimanches, a une histoire intéressante, dans laquelle s’entremêlent la foi et la dévotion de l’Église. En effet, dès le IIe siècle après J.-C., à la célébration hebdomadaire de la Pâque s’est ajoutée celle de la Pâque annuelle, « solennité suprême » (SC, 102), étendue à la « période très joyeuse » de cinquante jours, culminant à la Pentecôte, et préparée par le temps du Carême avec son caractère pénitentiel (cf. SC, 109). Le développement du cycle de Noël, qui s’est ensuite inspiré du modèle pascal, a permis de revivre les mystères de l’incarnation du Verbe de Dieu, de sa naissance et de sa manifestation au monde. L’Église a ensuite intégré dans les différents temps liturgiques la vénération de la Bienheureuse Vierge Marie, « indissolublement unie à l’œuvre salvifique de son Fils » (SC, 103), ainsi que « la mémoire des martyrs et des autres saints qui […], dans les cieux, chantent à Dieu la louange parfaite et intercèdent pour nous » (SC, 104).

L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future. En son sein, l’Église célèbre l’actualité salvifique du mystère du Christ, permettant aux croyants d’y participer toujours plus profondément. C’est pourquoi l’année liturgique constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.

* * *

Je salue tous les pèlerins de langue française et plus particulièrement les fidèles du Diocèse de Yaoundé au Cameroun, accompagnés de leur évêque.

Rassasiés à la table de l’Eucharistie, soyez pour le monde des témoins lumineux de l’amour du Christ.

Que Dieu vous bénisse !

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[Message à l’occasion de la 5ème journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées qui se tiendra le 27 juillet 2025]

“Heureux celui qui n’a pas perdu l’espoir” (cf. Si 14, 2)

Chers frères et sœurs,

Le jubilé que nous vivons nous aide à découvrir que l’espérance est toujours source de joie, à tout âge. Et quand elle est aguerrie par le feu d’une longue existence, elle devient source de béatitude parfaite.

La Sainte Écriture présente divers cas d’hommes et de femmes déjà avancés en âge que le Seigneur implique dans ses plans de salut. Pensons à Abraham et Sara : désormais âgés, ils restent incrédules devant la parole de Dieu qui leur promet un fils. L’impossibilité d’engendrer semble avoir fermé leur regard d’espérance sur l’avenir.

La réaction de Zacharie à l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste n’est pas différente : « A quoi connaîtrai-je cela ? Car moi je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge » (Lc 1, 18). La vieillesse, la stérilité, le déclin semblent éteindre les espérances de vie et de fécondité de tous ces hommes et femmes. Et même la question que Nicodème pose à Jésus, lorsque le Maître lui parle d’une “nouvelle naissance”, semble purement rhétorique : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » (Jn 3, 4). Et pourtant, chaque fois, face à une réponse apparemment évidente, le Seigneur surprend ses interlocuteurs par une intervention salvatrice.

Les personnes âgées, signes d’espérance

Dans la Bible, Dieu montre à plusieurs reprises sa providence en s’adressant à des personnes âgées. C’est le cas non seulement d’Abraham, de Sara, de Zacharie et d’Élisabeth, mais aussi de Moïse, appelé à libérer son peuple alors qu’il avait quatre-vingts ans (cf. Ex 7, 7). Par ces choix, il nous enseigne que, à ses yeux, la vieillesse est un temps de bénédiction et de grâce et que les personnes âgées sont pour lui les premiers témoins de l’espérance. « Qu’est-ce donc que ce temps de la vieillesse ? – se demande saint Augustin – Dieu te répond : “Oh, que ta force disparaisse complètement, afin que ma force demeure en toi et que tu puisses dire avec l’Apôtre : Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort” » (Super Ps 70, 11). Le fait que le nombre de personnes âgées soit aujourd’hui en augmentation devient alors pour nous un signe des temps que nous sommes appelés à discerner, afin de bien lire l’histoire que nous vivons.

La vie de l’Église et du monde ne s’appréhende en effet que dans la succession des générations, et embrasser une personne âgée nous aide à comprendre que l’histoire ne s’épuise pas dans le présent, ni ne se consume dans des rencontres fugaces et des relations fragmentaires, mais qu’elle se déroule vers l’avenir. Dans le livre de la Genèse, nous trouvons l’épisode émouvant de la bénédiction donnée par Jacob, désormais âgé, à ses petits-enfants, les fils de Joseph : ses paroles les encouragent à regarder l’avenir avec espérance, comme au temps des promesses de Dieu (cf. Gn 48, 8-20). S’il est vrai que la fragilité des personnes âgées a besoin de la vigueur des jeunes, il est tout aussi vrai que l’inexpérience des jeunes a besoin du témoignage des personnes âgées pour projeter l’avenir avec sagesse. Combien de fois nos grands-parents ont-ils été pour nous un exemple de foi et de dévotion, de vertus civiques et d’engagement social, de mémoire et de persévérance dans les épreuves ! Ce bel héritage, qu’ils nous ont remis avec espérance et amour, ne serait jamais assez, pour nous, motif de gratitude et de cohérence.

Signes d’espérance pour les personnes âgées

Depuis ses origines bibliques, le Jubilé a toujours été un temps de libération : les esclaves étaient affranchis, les dettes effacées, les terres rendues à leurs propriétaires d’origine. C’était un moment de restauration de l’ordre social voulu par Dieu, où les inégalités et les oppressions accumulées au fil des ans étaient réparées. Jésus renouvelle ces événements de libération lorsqu’il proclame, dans la synagogue de Nazareth, la bonne nouvelle aux pauvres, la vue aux aveugles, la libération des prisonniers et le retour à la liberté pour les opprimés (cf. Lc 4, 16-21).

En regardant les personnes âgées dans cette perspective jubilaire, nous sommes nous aussi appelés à vivre avec elles une libération, surtout de la solitude et de l’abandon. Cette année est le moment propice pour y parvenir : la fidélité de Dieu à ses promesses nous enseigne qu’il y a une béatitude dans la vieillesse, une joie authentiquement évangélique, qui nous demande d’abattre les murs de l’indifférence dans lesquels les personnes âgées sont souvent enfermées. Nos sociétés, sous toutes les latitudes, s’habituent trop souvent à laisser une partie si importante et si riche de leur tissu social être mise à l’écart et oubliée.

Face à cette situation, un changement d’attitude s’impose, qui témoigne d’une prise de responsabilité de la part de toute l’Église. Chaque paroisse, chaque association, chaque groupe ecclésial est appelé à devenir protagoniste d’une “révolution” de la gratitude et d’attention, à réaliser en rendant fréquemment visite aux personnes âgées, en créant pour elles et avec elles des réseaux de soutien et de prière, en tissant des relations qui puissent donner espoir et dignité à ceux qui se sentent oubliés. L’espérance chrétienne nous pousse toujours à oser davantage, à voir grand, à ne pas nous contenter du status quo. Dans le cas présent, à œuvrer pour un changement qui redonne aux personnes âgées estime et affection.

C’est pourquoi le Pape François a souhaité que la Journée Mondiale des Grands-Parents et des Personnes Âgées soit célébrée avant tout en rencontrant ceux qui sont seuls. Et pour la même raison, il a été décidé que les personnes qui ne pourront pas venir en pèlerinage à Rome cette année pourront « bénéficier de l’Indulgence jubilaire en visitant durant un temps suffisant […] les vieillards isolés accomplissant ainsi un pèlerinage auprès du Christ présent en eux (cf. Mt 25, 34-36) » (Pénitencerie Apostolique, Note sur l’Indulgence plénière, n. 3). Rendre visite à une personne âgée est une manière de rencontrer Jésus qui nous libère de l’indifférence et de la solitude.

En tant que personne âgée, on peut espérer

Le livre du Siracide affirme que la béatitude appartient à ceux qui n’ont pas perdu l’espérance (cf. 14, 2), laissant entendre que dans notre vie – surtout si elle est longue – il peut y avoir de nombreuses raisons de regarder en arrière plutôt que vers l’avenir. Pourtant, comme l’a écrit le Pape François lors de sa dernière hospitalisation, « nos corps sont faibles, mais rien ne nous empêche d’aimer, de prier, de donner de nous-mêmes, d’être les uns pour les autres, dans la foi, des signes lumineux d’espérance » (Angelus, 16 mars 2025). Nous avons une liberté qu’aucune difficulté ne peut nous enlever : celle d’aimer et de prier. Tous, toujours, nous pouvons aimer et prier.

Le bien que nous voulons pour nos proches – notre conjoint avec qui nous avons passé une grande partie de notre vie, nos enfants, nos petits-enfants qui égayent nos journées – ne s’éteint pas lorsque nos forces déclinent. Au contraire, c’est souvent leur affection qui réveille nos énergies, nous apportant espoir et réconfort.

Ces signes de vitalité de l’amour, qui ont leur racine en Dieu lui-même, nous donnent du courage et nous rappellent que « même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4, 16). C’est pourquoi, surtout en tant que personnes âgées, persévérons avec confiance dans le Seigneur. Laissons-nous renouveler chaque jour par la rencontre avec Lui, dans la prière et dans la sainte messe. Transmettons avec amour la foi que nous avons vécue pendant tant d’années, dans notre famille et dans nos rencontres quotidiennes : louons toujours Dieu pour sa bienveillance, cultivons l’unité avec nos proches, ouvrons notre cœur à ceux qui sont plus éloignés et, en particulier, à ceux qui sont dans le besoin. Nous serons des signes d’espérance, à tout âge.

Du Vatican, le 26 juin 2025

LÉON PP. XIV

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Catéchèse sur le discernement
5. Les éléments du discernement. Le désir

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans ces catéchèses sur le discernement, nous sommes en train de passer en revue les éléments du discernement. Après la prière, un élément et la connaissance de soi, un autre élément, c’est-à-dire prier et se connaître soi-même, je voudrais aujourd’hui parler d’un autre « ingrédient » pour ainsi dire indispensable : je voudrais aujourd’hui parler du désir. En effet, le discernement est une forme de recherche, et la recherche naît toujours de quelque chose qui nous manque mais que nous connaissons d’une manière ou l’autre, nous avons le flair.

De quelle nature est cette connaissance ? Les maîtres spirituels la désignent par le terme de « désir » qui, à la base, est une nostalgie de plénitude qui ne trouve jamais son plein accomplissement, et est le signe de la présence de Dieu en nous. Le désir n’est pas l’envie du moment, non. Le mot italien vient d’un très beau terme latin, C’est curieux : de-sidus, littéralement  » l’absence de l’étoile « , le désir est une absence de l’étoile, l’absence du point de référence qui oriente le chemin de la vie ; il évoque une souffrance, un manque, et en même temps une tension pour atteindre le bien qui nous manque. Le désir est alors la boussole qui permet de comprendre où j’en suis et où je vais, ou plutôt c’est la boussole qui me permet de savoir si je suis arrêté ou si je suis en train de marcher, une personne qui ne désire jamais est une personne immobile, peut-être malade, presque morte. C’est la boussole qui me permet de savoir si je suis en train d’avancer ou si je suis immobile. Et comment est-ce possible de le reconnaître ?

Pensons. Un désir authentique sait toucher en profondeur les cordes de notre être, c’est pourquoi il ne s’éteint pas face aux difficultés ou aux revers. C’est comme lorsque nous avons soif : si nous ne trouvons rien à boire, nous ne renonçons pas, au contraire, la quête occupe de plus en plus nos pensées et nos actions, jusqu’à ce que nous soyons prêts à faire n’importe quel sacrifice pour l’étancher, presque obsédés. Les obstacles et les échecs n’étouffent pas le désir, non, au contraire, ils le rendent encore plus vif en nous.

A la différence de l’envie ou de l’émotion du moment, le désir dure dans le temps, même longtemps, et tend à se réaliser. Si, par exemple, un jeune homme souhaite devenir médecin, il devra s’engager dans un cursus d’études et de travail qui occupera quelques années de sa vie et, par conséquent, il devra fixer des limites, dire « non », dire des « non », tout d’abord à d’autres cursus d’études, mais aussi à d’éventuelles diversions et distractions, surtout pendant les moments d’étude les plus intenses. Cependant, le désir de donner une orientation à sa vie et d’atteindre cet objectif- devenir médecin était l’exemple- lui permet de surmonter ces difficultés. Le désir te rend fort, il te rend courageux, il te fait avancer toujours parce que tu veux y arriver : « Je désire cela ».

En effet, une valeur devient belle et plus facilement réalisable lorsqu’elle est attrayante. Comme l’a dit quelqu’un, « plus important que d’être bon, il faut avoir le désir de devenir bon ». Etre bon est une chose attrayante, nous voulons tous être bons, mais avons-nous la volonté de devenir bons ?

C’est frappant de constater que Jésus, avant d’accomplir un miracle, interroge souvent la personne sur son désir :  » Veux-tu être guéri ?  » Et parfois cette question semble déplacée, mais ça se voit qu’elle est malade ! Non…. Par exemple, lorsqu’il rencontre le paralytique à la piscine de Bethzatha, qui était là depuis de nombreuses années et qui n’a jamais pu saisir le bon moment pour entrer dans l’eau. Jésus lui demande :  » Veux-tu être guéri ?  » (Jn 5, 6). Mais. Comment ? En fait, la réponse du paralytique révèle une série d’étranges résistances à la guérison, qui ne concernent pas que lui. La question de Jésus était une invitation à faire la clarté dans son cœur, pour accueillir un possible saut qualitatif : ne plus penser à lui-même et à sa vie  » comme un paralytique « , porté par d’autres. Mais l’homme sur le brancard ne semble pas si convaincu. En dialoguant avec le Seigneur, nous apprenons à comprendre ce que nous voulons vraiment dans notre vie. Ce paralytique est l’exemple typique des gens qui disent : « Oui, oui, je veux, je veux » mais je ne veux pas, je ne veux pas, je ne fais rien. Le vouloir faire devient une illusion et on ne fait pas le pas pour le réaliser. Ces gens qui veulent et ne veulent pas. C’est mauvais ça et ce malade 38 ans là, mais toujours avec les lamentations : « Non, tu sais Seigneur mais tu sais quand les eaux bougent – c’est le moment du miracle – tu sais, quelqu’un de plus fort que moi vient, entre et moi j’arrive en retard », et il se lamente et se lamente. Mais attention, les lamentations sont un poison, un poison pour l’âme, un poison pour la vie car elles ne font pas grandir le désir de continuer. Méfiez-vous des lamentations. Quand on se lamente dans la famille, les époux se lamentent, ils se lamentent les uns des autres, les enfants de papa ou les prêtres de l’évêque ou les évêques de tant d’autres choses… Non, si vous vous trouvez dans la lamentation, faites attention, c’est presque un péché, parce que cela ne laisse pas grandir le désir.

Souvent, c’est précisément le désir qui fait la différence entre un projet réussi, cohérent et durable, et les milliers de velléités et de bonnes intentions avec lesquels, comme on dit, « l’enfer est pavé » : « Oui, je voudrais, je voudrais, je voudrais… » mais tu ne fais rien. L’époque où nous vivons semble favoriser une liberté de choix maximale, mais en même temps elle atrophie le désir, tu veux te satisfaire continuellement, le plus souvent réduit à l’envie du moment. Et nous devons faire attention à ne pas atrophier le désir. Nous sommes bombardés par mille propositions, projets, possibilités, qui risquent de nous distraire et de ne pas nous permettre d’évaluer calmement ce que nous voulons vraiment. Tant de fois, tant de fois, nous trouvons des gens, pensons aux jeunes par exemple, avec leur téléphone portable en main et ils cherchent, ils regardent… « Mais est-ce que tu t’arrêtes pour réfléchir ? ». – « Non. » Toujours extraverti, vers l’autre. Le désir ne peut pas croître ainsi, tu vis l’instant, rassasié à l’instant et le désir ne croît pas.

Beaucoup de personnes souffrent parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles veulent de leur propre vie, beaucoup ! elles n’ont probablement jamais pris contact avec leur désir le plus profond, elles n’ont jamais su : « Que veux-tu de ta vie ? » – « Je ne sais pas. ». D’où le risque de passer son existence entre des tentatives et des expédients de toutes sortes, sans jamais arriver à rien, et en gaspillant de précieuses opportunités. Ainsi, certains changements, bien que souhaités en théorie, ne sont jamais mis en œuvre quand se présente l’occasion, il manque le désir fort de réaliser quelque chose.

Si le Seigneur s’adressait à nous aujourd’hui, par exemple, à l’un d’entre nous, la question qu’il a posée à l’aveugle de Jéricho : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10,51), – pensons-y, le Seigneur demande à chacun d’entre nous aujourd’hui : « que veux-tu que je fasse pour toi ? » -, que répondrions-nous ? Peut-être pourrions-nous enfin lui demander de nous aider à connaître le profond désir de Lui, que Dieu lui-même a placé dans notre cœur : « Seigneur que je connaisse mes désirs, que je sois une femme, un homme de grands désirs » peut-être le Seigneur nous donnera-t-il la force de le réaliser. C’est une grâce immense, à la base de toutes les autres : permettre au Seigneur, comme dans l’Évangile, de faire des miracles pour nous : « Donne-nous le désir et fais-le grandir, Seigneur ».

Car Lui aussi a un grand désir pour nous : nous rendre participants de sa plénitude de vie. Merci.


Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les servants du diocèse de Bâle ; les pèlerins du diocèse de Versailles et la paroisse Notre-Dame-de-Chine de Paris.

Frères et sœurs, aujourd’hui nous avons en nous ce désir fort d’une civilisation de paix, d’amour, de réconciliation et d’harmonie. Que le Seigneur nous rende participants de sa plénitude de vie avec nos aspirations les plus profondes, pour une humanité plus belle et pacifiée.

Que Dieu vous bénisse !


APPEL

En ces jours, mon cœur est toujours tourné vers le peuple ukrainien, en particulier vers les habitants des lieux sur lesquels se sont acharnés les bombardements.  Je porte en moi leur douleur et, par l’intercession de la Sainte Mère de Dieu, je la présente au Seigneur dans la prière. Il entend toujours le cri des pauvres qui l’invoquent : que son Esprit transforme le cœur de ceux qui tiennent entre leurs mains les sorts de la guerre, afin que cesse l’ouragan de la violence et que puisse se reconstruire une coexistence pacifique dans la justice.

Source : vatican.va
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Louange du vendredi 21 octobre


SAINT CLAUDE LA COLOMBIERE
(1641-1682)

Apôtre du Cœur de Jésus et apôtre de la confiance, celui qui aide Marguerite-Marie à accueillir les révélations du Cœur de Jésus nous encourage à faire notre cette attitude d’humilité, espérant tout du Cœur de Jésus :
« Sacré Cœur de Jésus,
Apprenez-moi le parfait oubli de moi-même, puisque c’est la seule voie par où l’on peut entrer en vous.
Puisque tout ce que je ferai à l’avenir sera à vous, faites en sorte que je ne fasse rien qui ne soit digne de vous ; enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour, duquel vous m’avez inspiré le désir.
Je sens en moi une grande volonté de vous plaire, et une plus grande impuissance d’en venir à bout sans une lumière et un secours très particuliers que je ne puis attendre que de vous.
Faites en moi votre volonté, Seigneur ; je m’y oppose, je le sens bien, mais je voudrais bien ne pas m’y opposer : c’est à vous à tout faire, divin Cœur de Jésus-Christ, vous seul aurez toute la gloire de ma sanctification, si je me fais saint ; cela me paraît plus clair que le jour ; mais ce sera pour vous une grande gloire, et c’est pour cela seulement que je veux désirer la perfection.
Ainsi soit-il. »

Catéchèse sur le discernement
7. L’objet du discernement. La désolation

Le discernement, nous l’avons vu dans les catéchèses précédentes, n’est pas principalement une procédure logique; il concerne les actions, et les actions ont aussi une connotation affective, qui doit être reconnue, parce que Dieu parle au cœur. Voyons alors la première modalité affective, objet du discernement, c’est-à-dire  la désolation. De quoi s’agit-il ?

La désolation a été définie ainsi: «Les ténèbres et le trouble de l’âme, l’inclination aux choses basses et terrestres, les diverses agitations et tentations qui la portent à la défiance, et la laissent sans espérance et sans amour, triste, tiède, paresseuse, et comme séparée de son Créateur et Seigneur». (Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, 317). Nous en avons tous fait l’expérience. Je crois que d’une façon ou d’une autre, nous avons fait l’expérience de cela, de la désolation. Le problème est comment pouvoir la lire, car elle aussi a quelque chose d’important à nous dire, et si nous sommes pressés de nous en débarrasser, nous risquons de la perdre.

Personne ne voudrait être désolé, triste: cela est vrai. Nous voudrions tous une vie toujours joyeuse, légère et épanouie. Pourtant cela, en plus d’être impossible — car ce n’est pas possible —, ne serait pas bon pour nous non plus. En fait, le changement d’une vie orientée vers le vice peut commencer d’une situation de tristesse, de remords pour ce que l’on a fait. L’étymologie de ce mot, «remords», est très belle: le remords de la conscience, nous connaissons tous cela. Remords: littéralement, c’est la conscience qui mord, qui ne laisse pas en paix. Alessandro Manzoni, dans Les fiancés, nous a donné une merveilleuse description du remords comme occasion de changer de vie. Il s’agit du célèbre dialogue entre le cardinal Federico Borromeo et l’Innomé, qui, après une nuit terrible, se présente détruit par le cardinal, qui s’adresse à lui à travers des paroles  surprenantes: «“Vous avez une bonne nouvelle à me donner, et vous me la faites désirer si longtemps?”. “Une bonne nouvelle, moi?” — répondit l’autre. “J’ai l’enfer dans mon âme” […]. Dites vous-même, si vous le savez, quelle est cette bonne nouvelle». “Que Dieu a touché votre cœur et veut que vous soyez à lui, répondit avec calme le cardinal». (chap. XXIII). Dieu touche le cœur et quelque chose monte en toi, la tristesse, le remords de quelque chose, et c’est une invitation à commencer un chemin. L’homme de Dieu sait observer en profondeur ce qui bouge dans le cœur.

Il est important d’apprendre à lire la tristesse. Nous savons tous ce qu’est la tristesse: tous. Mais savons-nous la lire? Savons-nous comprendre ce que cela signifie pour moi, cette tristesse d’aujourd’hui? A notre époque, elle est — la tristesse — considérée le plus souvent de manière négative, comme un mal à fuir à tout prix, alors qu’elle peut être un signal d’alarme indispensable à la vie, nous invitant à ex-plorer des paysages plus riches et plus fertiles que la fugacité et l’évasion ne permettent pas. Saint Thomas définit la tristesse comme une douleur de l’âme: comme les nerfs pour le corps, elle éveille notre attention à un possible danger, ou à un bien négligé (cf. Summa Th. I-II, q. 36, a. 1). Elle est donc indispensable à notre santé, elle nous protège afin que nous ne nous fassions pas de mal à nous-mêmes et aux autres. Il serait beaucoup plus grave et dangereux de ne pas ressentir ce sentiment et aller de l’avant. La tristesse joue parfois le rôle d’un feu rouge: «Arrête-toi, arrête-toi! C’est rouge. Arrête-toi».

Pour qui en revanche a le désir de faire le bien, la tristesse est un obstacle avec lequel le tentateur veut nous décourager. Dans ce cas, il faut agir de manière exactement contraire à ce qui est suggéré, déterminés à poursuivre ce que l’on s’était proposé de faire (cf. Exercices spirituels, 318). Pen-sons au travail, à l’étude, à la prière, à un engagement pris: si nous les abandonnions dès que nous ressentons de l’ennui ou de la tristesse, nous n’achèverions jamais rien. C’est aussi une expérience commune à la vie spirituelle: le chemin vers le bien, nous rappelle l’Evangile, est étroit et pentu, il exige un combat, une victoire sur soi-même. Je commence à prier, ou je me consacre à une bonne œuvre, et étrangement, précisément à ce moment-là, me viennent à l’esprit des choses devant être faites de toute urgence — pour ne pas prier et ne pas faire de bonnes œuvres. Nous faisons tous cette expérience. Il est important, pour  qui veut servir le Seigneur, de ne pas se laisser guider par la désolation. Et ce qui… «Mais non, je n’ai pas envie, c’est ennuyeux…»: fais attention. Malheureusement, certains décident d’abandonner la vie de prière, ou le choix fait, le mariage ou la vie religieuse, poussés par la désolation, sans s’arrêter au préalable pour lire cet état d’esprit, et surtout sans l’aide d’un guide. Une règle sage dit de ne pas faire de changements quand on est désolé. Ce sera le temps qui suivra, plutôt que l’humeur du moment, qui montrera le bien-fondé ou pas de nos choix.

Il est intéressant de remarquer que, dans l’Evangile, Jésus rejette les tentations avec une attitude de ferme résolution (cf. Mt 3, 14-15; 4, 1-11; 16, 21-23). Les situations d’épreuve Lui arrivent de différentes directions, mais  toujours, trouvant en Lui cette fermeté, déterminée à faire la volonté du Père, elles disparaissent et cessent d’entraver son chemin. Dans la vie spirituelle, l’épreuve est un moment important, la Bible nous le rappelle explicitement et dit: «Si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve» (Si 2, 1). Si tu veux aller sur la bonne voie, prépare-toi: il y aura des obstacles, il y aura des tentations, il y aura des moments de tristesse. C’est comme lorsqu’un professeur fait passer un examen à un étudiant: s’il voit qu’il connaît les points essentiels de la matière, il n’insiste pas: il a réussi l’épreuve. Mais il doit réussir l’épreuve.

Si nous savons traverser la solitude et la désolation avec ouverture et conscience, nous pouvons en sortir renforcés sur le plan humain et spirituel. Aucune épreuve n’est hors de notre portée; aucune épreuve ne sera supérieure à ce que nous pouvons faire. Mais il ne faut pas fuir les épreuves: voir ce que signifie cette épreuve, ce que signifie le fait que je suis triste: pourquoi suis-je triste? Que signifie le fait que je suis en proie à la désolation en ce moment?   Que signifie le fait que je suis en proie à la désolation et que je n’arrive pas à avancer? Saint Paul nous rappelle que personne n’est tenté au-delà de ses capacités, car le Seigneur ne nous abandonne jamais, et avec Lui à nos côtés, nous pouvons surmonter toute tentation (cf. 1 Co 10, 13). Et si nous ne la surmontons pas aujourd’hui, nous nous relevons, nous marchons et nous la surmonterons demain. Mais ne pas rester morts — pour ainsi dire —  ne pas rester vaincus à cause d’un moment de tristesse, de désolation: allez de l’avant. Que le Seigneur te bénisse sur ce chemin — courageux! — de la vie spirituelle, qui est toujours marcher.

 

Source : vatican.va
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