Louange du dimanche 23 octobre
Face aux différents conflits prenant place dans la région, le Liban traverse une crise économique et sociale profonde. La pauvreté touche jusqu’à 73 % des Libanais, plus d’un million de personnes ont été déplacées ces derniers mois, et de nombreuses infrastructures sont complètement détruites… Le système de santé, déjà fragilisé, souffre d’attaques répétées, de ruptures de médicaments et du départ massif de médecins. L’éducation et les services de base sont également durement affectés, avec des écoles réquisitionnées comme abris, un arrêt croissant des cursus scolaires, des pénuries alimentaires, etc.

MÈRE MARIE DE JÉSUS (1841-1884)
Le XIXème siècle voit l’éclosion de nombreuses œuvres apostoliques et contemplatives attachées au Cœur de Jésus. Mère Marie de Jésus, arrière-petite-nièce d’Anne- Madeleine Rémusat, œuvre dans une vie contemplative à la réparation des ingratitudes que reçoit le Cœur de Jésus. Dans la tradition de Paray-le-Monial, la prière de l’heure sainte où nous accompagnons Jésus durant son agonie est une de ces œuvres importantes de réparation que le Seigneur nous propose. La prière de Mère Marie de Jésus peut aider à nous y introduire :
« Ô très aimant et très immolé Jésus, mon bien-aimé Sauveur, permettez-moi de m’agenouiller à Vos côtés, au Jardin des Oliviers, et de passer dans une union très intime avec votre Cœur agonisant, l’Heure sainte que Vous avez demandée à votre fidèle amante et victime, la Bienheureuse Marguerite-Marie. Accordez-moi, ô Sauveur adoré, une étroite participation à Vos incompréhensibles douleurs et aux sentiments de compassion qui remplirent l’âme de votre Sainte Mère en cette nuit de mortelles angoisses. »
Chers frères et sœurs, bonjour !
La catéchèse d’aujourd’hui est consacrée à la troisième des vertus cardinales, à savoir la force d’âme. Commençons par la description qu’en donne le Catéchisme de l’Église Catholique : « La force est la vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien. Elle affermit la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale. La vertu de force rend capable de vaincre la peur, même de la mort, d’affronter l’épreuve et les persécutions. » (n. 1808). Ainsi déclare le Catéchisme de l’Église Catholique à propos de la vertu de la force d’âme.
Voici donc la plus « combative » des vertus. Alors que la première des vertus cardinales, la prudence, est d’abord associée à la raison de l’homme, et que la justice trouve sa place dans la volonté, cette troisième vertu, la force d’âme, est souvent rattachée par les auteurs scolastiques à ce que les anciens nommaient « l’appétit irascible ». La pensée antique n’imaginait pas un homme sans passions : ce serait une pierre. Et les passions ne sont pas nécessairement le résidu d’un péché, mais elles doivent être éduquées, elles doivent être dirigées, elles doivent être purifiées par l’eau du baptême, ou mieux par le feu de l’Esprit Saint. Un chrétien sans courage, qui ne plie pas ses propres forces au bien, qui ne dérange personne, est un chrétien inutile. Pensons-y ! Jésus n’est pas un Dieu diaphane et aseptisé, qui ne connaît pas les émotions humaines. Au contraire, face à la mort de son ami Lazare, il fond en larmes. Devant la mort de son ami Lazare, il fond en larmes ; et dans certaines expressions transparaît son âme passionnée, comme lorsqu’il dit : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12,49) ; et face au commerce dans le temple, il réagit vivement (cf. Mt 21,12-13). Jésus avait de la passion.
Mais cherchons maintenant une description existentielle de cette vertu très importante qui nous aide à porter du fruit dans la vie. Les anciens – tant les philosophes grecs que les théologiens chrétiens – reconnaissaient dans la vertu de force d’âme un double mouvement, un passif e un autre actif.
Le premier est orienté vers l’intérieur de nous-mêmes. Il y a des ennemis intérieurs que nous devons vaincre, qui ont pour nom anxiété, angoisse, peur, culpabilité : autant de forces qui s’agitent au plus profond de nous-mêmes et qui, dans certaines situations, nous paralysent. Combien de combattants succombent avant même d’avoir commencé le défi ! Pourquoi ne se rendent-ils pas compte de ces ennemis internes. La force d’âme est avant tout une victoire contre nous-mêmes. La plupart des peurs qui surgissent en nous sont irréalistes et ne se réalisent pas du tout. Mieux vaut alors invoquer l’Esprit Saint et tout affronter avec une patiente force d’âme : un problème à la fois, comme nous le pouvons, mais pas seuls ! Le Seigneur est avec nous, si nous lui faisons confiance et cherchons sincèrement le bien. Alors, dans chaque situation, nous pouvons compter sur la providence de Dieu qui nous sert de bouclier et d’armure.
Et puis le second mouvement de la vertu de force d’âme, de nature plus active cette fois. Aux épreuves intérieures s’ajoutent les ennemis extérieurs, que sont les épreuves de la vie, les persécutions, les difficultés auxquelles on ne s’attendait pas et qui nous surprennent. En effet, nous pouvons essayer de prévoir ce qui va nous arriver, mais la réalité est en grande partie faite d’événements impondérables, et dans cette mer, notre bateau est parfois ballotté par les vagues. La force d’âme fait alors de nous des marins résistants, qui ne s’effraient pas et ne se découragent pas.
La force d’âme est une vertu fondamentale parce qu’elle prend au sérieux le défi du mal dans le monde. Certains prétendent qu’il n’existe pas, que tout va bien, que la volonté humaine n’est pas parfois aveugle, que dans l’histoire il n’existe pas des forces obscures porteuses de mort. Mais il suffit de feuilleter un livre d’histoire, ou malheureusement même les journaux, pour découvrir les actes néfastes dont nous sommes en partie victimes et en partie protagonistes : guerres, violences, esclavage, oppression des pauvres, des blessures jamais guéries et qui saignent encore. La vertu de force nous fait réagir et crier un « non », un « non » catégorique à tout cela. Dans notre Occident confortable, qui a quelque peu édulcoré les choses, qui a transformé le chemin de la perfection en un simple développement organique, qui n’a pas besoin de lutter parce que tout lui semble identique, nous ressentons parfois une saine nostalgie des prophètes. Mais elles sont très rares les personnes inconfortables et visionnaires. Il faut que quelqu’un nous sorte de la mollesse dans laquelle nous nous sommes installés et nous fasse répéter résolument notre « non » au mal et à tout ce qui conduit à l’indifférence. « Non » au mal et « non » à l’indifférence ; « oui » au cheminement, au cheminement qui nous fait avancer, et pour cela nous devons lutter.
Redécouvrons donc dans l’Évangile la force d’âme de Jésus et apprenons-la du témoignage des saints et des saintes. Merci !
Source : vatican.va
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RENCONTRE INTERRELIGIEUSE
Discours du Pape Léon XIV
Centre des Congrès Robert Schuman de Metz, lundi 28 septembre 2026
Chers frères et sœurs,
chers amis représentants des différentes traditions religieuses,
Cest avec une joie profonde, mais aussi avec un vif sentiment de responsabilité spirituelle, que je me tiens parmi vous aujourd’hui, à Metz, ville de frontières et de passages, au Centre des Congrès qui porte le nom de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Union Européenne. Cet homme de foi et de convictions sut transformer les anciennes lignes de fracture en ponts d’espérance pour toute l’Europe, et il devint un véritable ambassadeur de l’unité dans la diversité. À son exemple, notre responsabilité commune de femmes et d’hommes religieux est de témoigner que, au-delà des frontières, il est toujours possible de se rencontrer, d’établir l’amitié et de bâtir la paix.
Dialoguer ne diminue pas notre identité mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre. Comme le disait mon prédécesseur, le Pape François : « Le dialogue entre personnes de religions différentes ne se réalise pas par simple diplomatie, amabilité ou tolérance… II s’agit d’établir l’amitié, la paix » (Lett. enc. Fratelli tutti, n. 271). Avant lui, le saint Pape Jean-Paul II considérait le dialogue comme une exigence intrinsèque de la nature même de l’homme (cf. Message pour la Journée mondiale de la Paix, 1er janvier 2001, n. 10). Il est, selon Paul Ricœur, le chemin par lequel nous reconnaissons l’altérité comme une promesse et non comme une menace ; il est un art de la rencontre dont notre monde a grand besoin, aux antipodes de l’agressivité et de la violence.
En effet, invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom. Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine. Le discours religieux doit appeler constamment à désarmer les cœurs et les mots. Cela engage la responsabilité directe de chacun de nous, en tant que gardiens de nos traditions respectives.
Par ailleurs, si la fécondité des traditions religieuses se manifeste avant tout dans leur service de la paix et de la fraternité, elle s’exprime également dans leur capacité à protéger, à accompagner et à servir la vie. La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine. Les religions sont gardiennes de la vie : elles en affirment la valeur sacrée. Leur fécondité se démontre dans leur présence aimante auprès des personnes les plus vulnérables et les plus fragiles. Servir la vie, c’est l’entourer de soins, de présence et de tendresse, surtout dans l’épreuve, jusqu’au bout. À nous qui sommes ouverts à la transcendance, notre mission est d’offrir des repères solides, en particulier aux jeunes, pour construire une communion qui respecte et valorise la dignité de toute personne humaine.
Chers amis, « l’Église considère comme compagnons de route tous ceux qui cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté » (Lett. enc. Magnifica Humanitas, n. 23). Je vous remercie une fois encore pour votre proximité et votre présence. Que la bonté infinie de Dieu et sa sagesse nous accompagnent et nous apprennent à vivre toujours davantage comme ses enfants, et comme des frères et sœurs les uns pour les autres. Puissions-nous être, là où nous vivons, des artisans de paix et des témoins d’une espérance qui ne cesse de grandir dans notre monde.
Que Dieu vous bénisse !
RENCONTRE « AUX RACINES DE L’EUROPE POUR LA PAIX
Discours du Pape Léon XIV
Centre des Congrès Robert Schuman de Metz, lundì 28 septembre 2026
Monsieur le Président,
Monsieur le Cardinal,
Distinguées Autorités civiles et religieuses,
Mesdames et Messieurs,
Je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.
Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.
Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.
Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.
L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les reproposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.
Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964, le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». (1) L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.
On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». (2)
Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », (3) c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». (4)
Loin d’être un critère confessionnel exclusif, (5) la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.
À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.
Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).
Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.
Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». (6)
Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le Pape François – « au concept de droit, celui – aussi essentiel et complémentaire – de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». (7)
L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.
Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux îles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).
Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.
C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.
Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.
Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », (8) qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950, les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». (9) Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.
Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». (10) Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » (Message pour la 59e Journée mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.
L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». (11)
L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.
Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.
Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». (12) Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.
En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». (13)
Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.
Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.
Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !
N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.
N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.
Soyez des bâtisseurs de communautés !
Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.
Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !
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(1) St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.
(2) R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.
(3) Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.
(7) François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.
8) Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.
9) Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.
10) Ibid.
11) Ibid.
(12) Ibid.
(13) R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.
CÉLÉBRATION EUCARISTIQUE EN LA CATHÉDRALE SAINT-ETIENNE DE METZ
Homélie du Pape Léon XIV
Cathédrale Saint-Étienne (Metz), lundi 28 septembre 2026
Chers frères et sœurs,
je suis très heureux de présider cette Eucharistie, au cours de laquelle nous confions au Seigneur le cheminement de la communauté diocésaine de Metz comme celui de toute l’Europe. Sur cette terre historique de la Moselle – qui n’a cessé d’être un carrefour de peuples et qui fut une frontière douloureuse en Europe –, la promesse de Dieu résonne aujourd’hui avec une force singulière.
Dans la première lecture (cf. Is 32, 15-18), le prophète Isaïe parle de l’avènement du Royaume de Dieu en termes de droit, de justice et de paix. Il utilise trois images : le désert, le jardin et la maison.
Dans le désert, lieu de l’essentiel et du silence, le droit s’installe, c’est-à-dire la loi qui aide l’homme à marcher sur la voie du bien. Cette image austère nous rappelle l’importance de l’essentiel et de la simplicité, qui nous permettent d’accorder la juste valeur aux choses, tout en nous formant au renoncement et au sacrifice.
La deuxième image est celle du jardin où règne la justice. Si le désert est le lieu de l’essentiel, le jardin est le lieu de la beauté. De l’eau s’y trouve, les graines s’ouvrent, les pousses apparaissent et les fleurs s’épanouissent, chacune avec sa beauté particulière. Tel est l’effet d’une vie juste qui permet à la personne de s’épanouir pleinement en adhérant librement aux desseins du Seigneur.
La troisième image est celle de la maison, lieu de paix. Notons que si le désert et le jardin sont des contextes où prévaut l’action de Dieu qui fait germer et grandir, la construction d’une maison exige en revanche une contribution plus directe et plus importante de l’homme, avec la mise en œuvre de forces et de compétences, à travers un effort commun ; un véritable “travail de chantier”. Ainsi, la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé. Par ailleurs, plus qu’une simple construction de pierres, la maison est un lieu de présence humaine et d’amour. En ce sens, la Parole prophétique nous rappelle que, dans un monde marqué par la limite, la concorde ne se construit que dans la charité qui sait partager les joies et les peines, qui sait encourager et pardonner, sans calcul ni limite, comme dans une famille.
L’Évangile que nous venons d’entendre nous en parle également (cf. Mt 5, 38-48). Alors que nous assistons aujourd’hui, dans le monde, à beaucoup de violences, de manipulations et d’arrogance – à différents niveaux – Jésus nous enseigne la manière de transformer le désert en oasis, de planter des jardins et de construire des maisons. Il nous montre le chemin qui passe par le pardon, la miséricorde et la magnanimité : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5, 39-41).
Pour certains, ces paroles seraient de la faiblesse, ou bien une capitulation devant le mal ; mais il n’en est rien. Regardons au fond et autour de nous : que produisent, dans le monde et en nous-mêmes, des attitudes telles que la vengeance, la revanche et le rejet ? Et quel avenir pour l’humanité laissent entrevoir les relations et les systèmes imprégnés des logiques impitoyables qui découlent de ces attitudes ? Vous qui êtes les enfants de cette terre déchirée dans le passé par des conflits fratricides, vous savez bien qu’il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble.
Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsque l’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment. Il faut de la force et beaucoup d’équilibre pour ne pas se laisser submerger par le mal, surtout lorsque les blessures subies sont profondes. Mais face à l’injustice, l’unique voie de salut pour l’homme est l’amour qui prend l’autre en charge et qui cherche à faire confiance, quelles que soient les circonstances, et même dans les attitudes les plus difficiles à accepter (cf. Mt 5, 42). Ainsi, la loi, la justice et la paix sont-elles les étapes d’un chemin de conversion qui, de personnelle, devient de plus en plus communautaire, pour une civilisation respectueuse de l’homme et de son Créateur.
Ce n’est pas un hasard si saint Augustin définit la paix de la Cité céleste comme une communion harmonieuse dans laquelle les hommes jouissent de Dieu et, en Lui, les uns des autres (cf. saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 13.1). Il parle également de la paix entre les hommes comme du fruit d’une tranquillitas ordinis dans laquelle chacun reconnaît et respecte chez l’autre une dignité et un rôle uniques et sacrés.
Ici, à Metz, il est bon de rappeler que ce sont là les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe que nous connaissons, avec son patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique. Comme saint Jean-Paul II aimait à le rappeler avec émotion (cf. Acte européen à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982), elle plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile. En témoignent la grande contribution spirituelle, culturelle, voire agricole et artisanale que le monachisme a apportée à l’histoire du continent, ainsi que l’œuvre de saints tels que le grand Chrodegang, pasteur infatigable de cette communauté, qui, ici même, avec la Règle des chanoines, a donné une forme visible à la communion ecclésiale.
Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger, le respect des personnes âgées.
Votre Église locale qui, en vertu de son statut particulier, conserve l’héritage singulier d’un dialogue fécond entre société civile et foi, a la responsabilité d’être un laboratoire vivant de cette fidélité. Rester fidèles à ces piliers n’a pas été facile, même pour ceux qui nous ont précédés. Et pourtant, avec fidélité et persévérance, nos ancêtres nous les ont légués comme des trésors à transmettre à notre tour aux générations futures, enrichis de notre expérience, de la valeur de nos efforts et de nos histoires.
La magnifique cathédrale de cette ville où nous nous trouvons illustre très bien tout cela : elle est appelée la “Lanterne du Bon Dieu” en raison de ses 6.500 [six mille cinq cents] mètres carrés de vitraux historiés. Il semble que les bâtisseurs aient voulu réduire au minimum les murs – qui restent solides – afin que la lumière puisse parvenir en abondance aux fidèles. Celui qui y rentre se trouve ainsi plongé dans une très riche biblia pauperum, source de prière et de méditation, à travers les reflets aux mille couleurs. Dans ce lieu de lumière, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall. Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment “la Lanterne du Bon Dieu” en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire.
Cette cathédrale nous dit que la lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix, nécessaire à notre époque meurtrie par de nouvelles divisions et de nouveaux conflits. En contemplant ces vitraux, nous apprenons que l’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.
Il y a là un symbole de notre identité d’Église. Nous aussi nous utilisons des structures qui n’ont de sens que dans la mesure où elles nous aident à apporter au monde la lumière de l’Évangile. Sans ces vitraux, les fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne ne seraient que des espaces inondés de lumière aveuglante. Avec ces vitraux, elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale, dont nous devons à notre tour être des témoins généreux et courageux.
Tel est le vœu que je partage avec vous, avec gratitude et confiance, à l’issue de mon voyage en France, pour votre communauté de Metz, appelée aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde, en la confiant aux prières de la Vierge Marie et de vos saints patrons.
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Remerciement final
Chers frères et sœurs,
Cette Messe est la dernière rencontre publique de ma visite en France ; c’est pourquoi je l’ai célébrée avec un vif sentiment de gratitude envers le Seigneur. Je tiens également à exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui, par leur engagement, l’ont rendue possible.
Je remercie Monsieur le Président de la République ainsi que les différentes autorités civiles qui ont assuré l’accueil à Paris, à Lourdes et ici à Metz. Je renouvelle avec affection mes remerciements à la Présidence de la Conférence épiscopale et aux évêques les plus impliqués, ainsi qu’aux prêtres, aux diacres, aux personnes consacrées, aux fidèles laïcs et à tous les bénévoles qui ont collaboré. Merci à tous !
Chers amis, continuons à marcher ensemble, unis dans notre sainte Mère l’Église, pour la gloire de Dieu et au service de son Royaume d’amour, de justice et de paix. Merci beaucoup.
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Les paroles que Jésus nous adresse dans l’Evangile de ce dimanche sont exigeantes et semblent paradoxales: Il nous invite à tendre l’autre joue et même à aimer même nos ennemis (cf. Mt 5, 38-48). Il est normal pour nous d’aimer ceux qui nous aiment et d’être amis avec ceux qui sont nos amis; pourtant, Jésus nous provoque en disant: si vous agissez de cette manière, «quelle chose extraordinaire faites-vous?» (v. 47). Que faites-vous d’extraordinaire? Voici le point sur lequel je voudrais attirer votre attention aujourd’hui, sur ce que faites-vous d’extraordinaire.
«Extraordinaire», est ce qui dépasse les limites de l’ordinaire, qui dépasse les pratiques habituelles et les calculs normaux dictés par la prudence. En général, nous cherchons en revanche à ce que tout soit assez en ordre et contrôlé, afin que cela corresponde à nos attentes, à notre mesure: craignant de ne rien recevoir en retour ou de trop nous exposer et d’être ensuite déçus, nous préférons n’aimer que ceux qui nous aiment pour éviter les déceptions, ne faire du bien qu’à ceux qui nous font du bien, n’être généreux qu’envers ceux qui peuvent nous rendre service; et à ceux qui nous traitent mal, nous répondons sur le même ton, comme ça nous sommes en équilibre. Mais le Seigneur nous avertit: cela ne suffit pas! Nous dirions: cela n’est pas chrétien! Si nous restons dans l’ordinaire, dans l’équilibre entre donner et recevoir, les choses ne changent pas. Si Dieu suivait cette logique, nous n’aurions aucun espoir de salut! Mais, heureusement pour nous, l’amour de Dieu est toujours «extraordinaire», il va au-delà des critères habituels selon lesquels nous, humains, vivons nos relations.
Les paroles de Jésus, donc, nous interpellent. Alors que nous essayons de rester dans l’ordinaire des raisonnements utilitaires, Il nous demande de nous ouvrir à l’extraordinaire, à l’extraordinaire d’un amour gratuit; alors que nous essayons toujours d’équilibrer les -comptes, le Christ nous encourage à vivre le déséquilibre de l’amour. Jésus n’est pas un bon comptable; non! Il conduit toujours au déséquilibre de l’amour. Ne nous en étonnons pas. Si Dieu ne s’était pas déséquilibré, nous n’aurions jamais été sauvés c’est le déséquilibre de la croix qui nous a sauvés! Jésus ne serait pas venu nous chercher alors que nous étions perdus et éloignés, il ne nous aurait pas aimés jusqu’au bout, il n’aurait pas embrassé la croix pour nous, qui ne le méritions pas et ne pouvions rien lui donner en retour. Comme l’écrit l’apôtre Paul, «à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir. mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous (Rm 5, 7-8). Voilà, Dieu nous aime alors que nous sommes pécheurs, et non pas parce que nous sommes bons ou capables de lui donner quelque chose en retour. Frères et sœurs, l’amour de Dieu est un amour toujours par excès, toujours au-delà des calculs, toujours disproportionné. Et aujourd’hui, il nous demande également de vivre de cette manière, car ce n’est qu’ainsi que nous pourrons vraiment témoigner de lui.
Frères et sœurs, le Seigneur nous propose de sortir de la logique de l’intérêt personnel et de ne pas mesurer l’amour sur la balance des calculs et des convenances. Il nous invite à ne pas répondre au mal par le mal, à oser dans le bien, à risquer dans le don, même si nous recevons peu ou rien en retour. Car c’est cet amour qui transforme lentement les conflits, raccourcit les distances, surmonte les inimitiés et guérit les blessures de la haine. Alors, nous pouvons nous demander, chacun de nous: est-ce que, dans ma vie, je suis la logique de la contrepartie ou celle de la gratuité, comme le fait Dieu? L’amour extraordinaire du Christ n’est pas facile, mais il est possible; il est possible parce que Lui-même nous aide en nous donnant son Esprit, son amour sans mesure.
Prions la Vierge qui, en répondant à Dieu par son «oui» sans calcul, lui a permis de faire d’elle le chef-d’œuvre de sa Grâce.
Source : vatican.va
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Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd’hui, je vais parler du voyage apostolique que j’ai fait en Asie et en Océanie : on l’appelle voyage apostolique parce que ce n’est pas un voyage de tourisme, c’est un voyage pour apporter la Parole du Seigneur, pour faire connaître le Seigneur, et aussi pour connaître l’âme des peuples. Et cela est très beau.
C’est Paul VI, en 1970, qui a été le premier pape à s’envoler à la rencontre du soleil levant, en visitant longuement les Philippines et l’Australie, mais aussi en s’arrêtant dans divers pays d’Asie et à Samoa. Et ce fut un voyage mémorable, n’est-ce pas, car le premier à quitter le Vatican fut Saint Jean XXIII qui se rendit en train à Assise ; alors Saint Paul VI en fit autant : un voyage mémorable ! En cela, j’ai essayé de suivre son exemple, mais, avec quelques années en plus, je me suis limité à quatre pays : l’Indonésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Timor-Oriental et Singapour. Je remercie le Seigneur qui m’a permis de faire en tant que vieux Pape ce que j’aurais aimé faire en tant que jeune Jésuite, car je voulais y aller en mission !
Une première réflexion qui vient naturellement après ce voyage, c’est qu’en pensant à l’Église, nous sommes encore trop euro-centriques, ou, comme on dit, “occidentaux”. Mais en réalité, l’Église est beaucoup plus grande, beaucoup plus grande que Rome et l’Europe, beaucoup plus grande, et aussi – permettez-moi de le dire – beaucoup plus vivante, dans ces pays ! J’en ai fait l’expérience avec émotion en rencontrant ces Communautés, en écoutant les témoignages de prêtres, de religieuses, de laïcs, surtout de catéchistes – les catéchistes sont ceux qui font l’évangélisation. Des Églises qui ne font pas de prosélytisme, mais qui croissent par “attraction”, comme le disait sagement Benoît XVI.
En Indonésie, les chrétiens sont environ 10 % et les catholiques 3 % – une minorité. Mais j’ai rencontré une Église vivante, dynamique, capable de vivre et de transmettre l’Évangile dans ce pays à la culture très noble, enclin à harmoniser les diversités, et qui compte en même temps le plus grand nombre de musulmans au monde. Dans ce contexte, j’ai eu la confirmation que la compassion est le chemin sur lequel les chrétiens peuvent et doivent marcher pour témoigner du Christ Sauveur et en même temps rencontrer les grandes traditions religieuses et culturelles. À propos de la compassion, n’oublions pas les trois caractéristiques du Seigneur : proximité, miséricorde et compassion. Dieu est proche, Dieu est miséricordieux et Dieu est compatissant. Si un chrétien n’a pas de compassion, il ne sert à rien. “Foi, fraternité, compassion” a été le thème de la visite en Indonésie : à travers ces mots, l’Évangile entre chaque jour, concrètement, dans la vie de ce peuple, en l’accueillant et en lui donnant la grâce de Jésus mort et ressuscité. Ces mots sont comme un pont, comme le passage sous-terrain qui relie la Cathédrale de Jakarta à la plus grande Mosquée de l’Asie. Là-bas, j’ai vu que la fraternité, c’est l’avenir, c’est la réponse à l’anti-civilisation, aux projets diaboliques de haine et de guerre, voire de sectarisme. Le rempart c’est la fraternité.
J’ai trouvé la beauté d’une Église missionnaire, en sortie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, un archipel qui s’étend vers l’immensité de l’océan Pacifique. Là, les différentes ethnies parlent plus de huit cents langues – on y parle huit cents langues : un environnement idéal pour l’Esprit Saint, qui aime faire résonner le message d’Amour dans la symphonie des langages. Ce n’est pas de l’uniformité, ce que fait l’Esprit Saint, c’est de la symphonie, c’est de l’harmonie, c’est le patron, c’est le chef de l’harmonie. Là, d’une manière particulière, les protagonistes ont été et sont encore les missionnaires et les catéchistes. J’ai été heureux de pouvoir passer un peu de temps avec les missionnaires et les catéchistes d’aujourd’hui, et j’ai été ému d’écouter les chants et la musique des jeunes : en eux, j’ai vu un nouvel avenir, sans violence tribale, sans dépendance, sans colonialismes idéologiques et économiques ; un avenir de fraternité et d’attention à l’environnement naturel merveilleux. La Papouasie-Nouvelle-Guinée peut être un “laboratoire” de ce modèle de développement intégral, animé par le “levain” de l’Évangile. Car il n’y a pas d’humanité nouvelle sans hommes et femmes nouveaux, et ceux-là seul le Seigneur les fait. Je voudrais aussi mentionner ma visite à Vanimo, où les missionnaires sont entre la forêt et la mer. Ils vont dans la forêt pour chercher les tribus les plus cachées, là… un beau souvenir, celui-là.
La force de promotion humaine et sociale du message chrétien se manifeste de manière particulière dans l’histoire du Timor Oriental. L’Église y a partagé le processus d’indépendance avec tout le peuple, en l’orientant toujours vers la paix et la réconciliation. Il ne s’agit pas d’une idéologisation de la foi, non, c’est la foi qui devient culture et en même temps l’éclaire, la purifie et l’élève. C’est pourquoi j’ai relancé la relation féconde entre foi et culture, sur laquelle Saint Jean-Paul II avait déjà mis l’accent lors de sa visite. La foi doit être inculturée et les cultures évangélisées. Foi et culture. Mais j’ai surtout été frappé par la beauté de ce peuple : un peuple éprouvé mais joyeux, un peuple sage dans la souffrance. Un peuple qui non seulement génère beaucoup d’enfants – mais il y avait une marée d’enfants, beaucoup, eh ? – mais qui leur enseigne à sourire. Je n’oublierai jamais le sourire des enfants de cette Patrie, de cette région. Ils sourient toujours, les enfants là-bas, et ils sont si nombreux. On leur enseigne à sourire, cette foi, et c’est une garantie pour l’avenir. Bref, au Timor oriental, j’ai vu la jeunesse de l’Église : des familles, des enfants, des jeunes, beaucoup de séminaristes et d’aspirants à la vie consacrée. Je dirais, sans exagérer, que j’y ai respiré “l’air du printemps” !
La dernière étape de ce voyage a été Singapour. Un pays très différent des trois autres : une cité-état, très moderne, pôle économique et financier de l’Asie et bien au-delà. Les chrétiens y sont minoritaires, mais ils forment une Église vivante, engagée à créer l’harmonie et la fraternité entre les différentes ethnies, cultures et religions. Même dans la riche Singapour, il y a des »petits » qui suivent l’Évangile et deviennent sel et lumière, témoins d’une espérance plus grande que celle que les gains économiques peuvent garantir.
Je voudrais remercier ces peuples qui m’ont accueilli avec tant de chaleur, avec tant d’amour, remercier leurs gouvernants qui m’ont beaucoup aidé dans cette visite, pour qu’elle puisse se faire dans de bonnes conditions, sans problèmes. Je remercie tous ceux qui y ont également collaboré, et je rends grâce à Dieu pour le don de ce voyage ! Et je leur renouvelle ma reconnaissance à tous, à tout le monde. Que Dieu bénisse les peuples que j’ai rencontrés et les guide sur le chemin de la paix et de la fraternité ! Salutations à tous !
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Chers frères et sœurs, bonjour !
Poursuivant notre itinéraire des catéchèses avec des modèles exemplaires de zèle apostolique… Gardons à l’esprit que nous parlons d’évangélisation, de zèle apostolique, de faire connaître le nom de Jésus, et qu’il y a beaucoup de femmes et d’hommes dans l’histoire qui l’ont fait de manière exemplaire. Aujourd’hui, par exemple nous portons le choix sur saint François Xavier : il est considéré, certains le disent, comme le plus grand missionnaire des temps modernes. Mais on ne peut pas dire qui est le plus grand, qui est le plus petit, parce qu’il y a tant de missionnaires cachés qui, encore aujourd’hui, font beaucoup plus que Saint François Xavier. Et Xavier est le saint patron des missions, comme Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Mais un missionnaire est grand quand il part. Et il y en a tant, tant de prêtres, de laïcs, de religieuses qui vont dans les missions, et aussi de l’Italie et beaucoup d’entre vous. Je vois, par exemple, quand on me montre le parcours d’un prêtre candidat à l’épiscopat : il a passé dix ans en mission à tel endroit… c’est formidable : quitter sa patrie pour prêcher l’Evangile. C’est le zèle apostolique. Et cela nous devons le cultiver beaucoup. Et en regardant la figure de ces hommes, de ces femmes, nous apprenons.
Et Saint François Xavier naît en 1506 dans une famille noble mais appauvrie de Navarre, dans le nord de l’Espagne. Il part étudier à Paris – c’est un jeune homme mondain, intelligent et brave. Là il rencontre Ignace de Loyola. Il lui fait faire les exercices spirituels et il change sa vie. Et il abandonne toute sa carrière mondaine pour devenir missionnaire. Il devient jésuite, prononce ses vœux. Puis il devient prêtre et part évangéliser, envoyé en Orient. À l’époque, les voyages des missionnaires en Orient étaient des envois vers des mondes inconnus. Et il y va, parce qu’il était rempli de zèle apostolique.
Ainsi commence la première d’une longue série de missionnaires passionnés des temps modernes, prêts à endurer d’immenses difficultés et dangers, à se rendre sur des terres et rencontrer des peuples de cultures et de langues totalement inconnues, uniquement animés par le désir très fort de faire connaître Jésus-Christ et son Évangile.
En un peu plus de onze ans, il accomplit une tâche extraordinaire. Il a été missionnaire pendant 11 ans plus ou moins. À l’époque, les voyages en bateau étaient très difficiles et étaient dangereux. Nombreux mouraient durant le voyage, victimes de naufrages ou de maladies. Aujourd’hui, ils meurent malheureusement parce que nous les laissons mourir en Méditerranée… Xavier passera plus de trois ans et demi sur les navires, soit un tiers de la durée totale de sa mission. Il passe plus de trois ans et demi sur les navires, pour se rendre en Inde, puis de l’Inde au Japon.
Arrivé à Goa, en Inde, capitale de l’Orient portugais, la capitale culturelle et aussi commerciale, Xavier y établit sa base, mais ne s’arrête pas là. Il part évangéliser les pauvres pêcheurs de la côte méridionale de l’Inde, enseigne le catéchisme et la prière aux enfants, baptise et soigne les malades. Puis, lors d’une prière nocturne sur la tombe de l’apôtre Saint-Barthélemy, il sent qu’il doit aller au-delà de l’Inde. Il laisse en de bonnes mains l’œuvre qu’il a déjà commencée et s’embarque hardiment pour les Moluques, les îles les plus éloignées de l’archipel indonésien. Pour ces gens, il n’y avait pas d’horizon, ils allaient au-delà… Un tel courage de la part de ces saints missionnaires ! Même ceux d’aujourd’hui, même s’ils ne prennent pas le bateau pendant trois mois, ils prennent l’avion pendant 24 heures, mais ensuite, c’est la même chose. Il faut se rendre sur place, parcourir de nombreux kilomètres, aller dans les forêts. Et Xavier, dans les Moluques, met en vers, le catéchisme dans la langue locale et enseigne à chanter le catéchisme, parce en chantant on l’apprend mieux. Ses lettres nous font comprendre quels furent ses sentiments. Il écrit ainsi : « Les dangers et les souffrances, acceptés volontairement et uniquement pour l’amour et le service de Dieu notre Seigneur, sont des trésors riches de grandes consolations spirituelles. Ici, en peu d’années, on pourrait perdre les yeux pour avoir versé trop de larmes de joie » (20 janvier 1548). Il pleurait de joie en voyant l’œuvre du Seigneur.
Un jour, en Inde, il rencontre un Japonais qui lui parle de son pays lointain, où aucun missionnaire européen n’est jamais allé. Et François Xavier avait l’inquiétude de l’apôtre, celle d’aller plus loin, et il décide de partir le plus tôt possible, et y arrive après un voyage audacieux sur la jonque d’un Chinois. Les trois années passées au Japon sont très dures, en raison du climat, de l’opposition et de l’ignorance de la langue, mais même là, les graines semées porteront de nombreux fruits.
Au Japon, Xavier, le grand rêveur, comprend que le pays décisif pour la mission en Asie était un autre : la Chine. Avec sa culture, son histoire, sa grandeur, elle exerçait une domination de fait sur cette partie du monde. Aujourd’hui encore, la Chine est un pôle culturel, avec une grande histoire, une très belle histoire. Il retourne donc à Goa et, peu après, s’embarque à nouveau, espérant pouvoir arriver en Chine. Mais son plan échoue : il meurt aux portes de la Chine, sur une île, sur la petite île de Sancian, au large de la Chine, attendant en vain de débarquer sur la terre ferme près de Canton. Le 3 décembre 1552, il meurt dans l’abandon le plus total, seul un Chinois est à ses côtés pour veiller sur lui. Ainsi s’achève le parcours terrestre de François Xavier. Il avait vieilli, quel âge avait-il ? Quatre-vingts ans déjà ? Non… Il n’avait que quarante-six ans, il avait passé sa vie dans la mission, avec zèle. Il quitte l’Espagne cultivée et arrive dans le pays le plus cultivé du monde à l’époque, la Chine, et meurt devant la grande Chine, accompagné par un Chinois. Tout un symbole !
Son activité intense a toujours été associée à la prière, à l’union avec Dieu, mystique et contemplative. Il ne délaissait jamais la prière, car il savait que c’était là que résidait sa force. Partout où il se trouvait, il avait une grande attention pour les malades, les pauvres et les enfants. Il n’était pas un missionnaire « aristocratique » : il allait toujours avec les plus nécessiteux, les enfants qui avaient le plus besoin d’éducation, de catéchèse, les pauvres, les malades : il allait jusqu’aux frontières de la compassion où s’est accrue sa grandeur. L’amour du Christ a été la force qui l’a poussée jusqu’aux frontières les plus éloignées, au prix de fatigues et de dangers constants, surmontant les échecs, les déceptions et le découragement, et lui offrant même la consolation et la joie de le suivre et de le servir jusqu’au bout.
Que Saint François Xavier, qui a accompli cette tâche si grande, dans une telle pauvreté et avec un tel courage, nous donne un peu de ce zèle, de ce zèle pour vivre l’Évangile et pour annoncer l’Évangile. Aux nombreux jeunes d’aujourd’hui qui sont inquiets et ne savent pas quoi faire de cette inquiétude, je dis : regardez François Xavier, regardez l’horizon du monde, regardez les peuples qui ont tant besoin, regardez tant de gens qui souffrent, tant de gens qui ont besoin de Jésus. Et allez-y, ayez du courage. Aujourd’hui encore, il y a des jeunes courageux. Je pense à tant de missionnaires, par exemple en Papouasie-Nouvelle-Guinée, je pense à mes amis, les jeunes du diocèse de Vanimo, et à tous ceux qui sont partis évangéliser dans le sillage de François Xavier. Que le Seigneur nous donne à tous la joie d’évangéliser, la joie de porter ce beau message qui fait notre bonheur et celui de tous.
Source : vatican.va
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RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS, LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LE CORPS DIPLOMATIQUE
(Voir la « Rencontre avec les prêtres séminaristes et consacrées » plus bas)
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président de l’Assemblée de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Membres du Gouvernement et du Corps diplomatique,
Autorités, Représentants de la société civile et du monde de la culture,
Mesdames et Messieurs !
Je vous salue cordialement et je remercie Monsieur le Président pour son accueil et pour les aimables paroles qu’il m’a adressées – il est très accueillant le Président, merci ! Je suis heureux d’être à Lisbonne, ville de la rencontre qui embrasse divers peuples et cultures et qui devient, ces jours-ci, encore plus universelle. Elle devient, en un certain sens, la capitale du monde, la capitale de l’avenir, car les jeunes sont l’avenir. Cela correspond bien à son caractère multiethnique et multiculturel – je pense au quartier de Mouraria, où vivent en harmonie des personnes de plus de soixante pays – et révèle la caractéristique cosmopolite du Portugal qui plonge ses racines dans le désir de s’ouvrir au monde et de l’explorer, en naviguant vers des horizons nouveaux et plus vastes.
Non loin d’ici, à Cabo da Roca, la phrase d’un grand poète de cette ville est sculptée : « Ici… où la terre se termine et où commence la mer » (L. Vaz de Camões, Os Lusíadas, III, 20). Pendant des siècles, on a cru que l’extrémité du monde se trouvait là et, en un sens, c’est vrai : nous sommes aux confins du monde parce que ce pays borde l’océan qui délimite les continents. Lisbonne en porte l’étreinte et le parfum. J’aime m’associer à ce que les Portugais se plaisent à chanter : « Lisbonne sent les fleurs et la mer » (A. Rodrigues, Cheira bem, cheira a Lisboa, 1972). Une mer qui, beaucoup plus qu’un élément du paysage, est un appel gravé dans l’âme de chaque Portugais. Une poétesse locale l’a désignée comme « une mer qui résonne, une mer sans fond, une mer sans fin » (S. de Mello Breyner Andresen, Mar sonoro). Face à l’océan, les Portugais réfléchissent sur les immenses espaces de l’âme et sur le sens de la vie dans le monde. Et moi aussi, en me laissant emporter par l’image de l’océan, j’aimerais vous partager quelques pensées.
Selon la mythologie classique, Océan est fils du ciel (Ouranos) : son immensité conduit les mortels à regarder vers le haut et à s’élever vers l’infini. Mais, en même temps, Océan est fils de la terre (Gaia) qu’il étreint, invitant ainsi à envelopper de tendresse l’ensemble du monde habité. L’océan ne relie pas seulement, en effet, les peuples et les pays, mais les terres et les continents. C’est pourquoi Lisbonne, ville de l’océan, rappelle l’importance de l’ensemble, du fait de penser les frontières comme des zones de contact, non comme des frontières qui séparent. Nous savons aujourd’hui que les grandes questions sont mondiales, alors que nous faisons souvent l’expérience de l’inefficacité à y répondre, précisément parce que, face aux problèmes communs, le monde est divisé, ou du moins pas assez uni, incapable d’affronter en commun ce qui met le monde en crise. Il semble que les injustices planétaires, les guerres, les crises climatiques et migratoires aillent plus vite que la capacité, et souvent la volonté, de faire face ensemble à ces défis.
Lisbonne peut suggérer un changement de rythme. Ici, en 2007, a été signé l’homonyme Traité de réforme de l’Union Européenne. Celui-ci affirme que « l’Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples » (Traité de Lisbonne qui modifie le Traité sur l’Union Européenne et le Traité qui institue la Communauté Européenne, art. 1, 4/2.1) ; mais il va plus loin en affirmant que « dans ses relations avec le reste du monde […] elle contribue à la paix, à la sécurité, au développement durable de la terre, à la solidarité et au respect mutuel entre les peuples, au commerce libre et équitable, à l’élimination de la pauvreté et à la protection des droits de l’homme » (art. 1, 4/2.5). Ce ne sont pas seulement des mots, mais des jalons pour la marche de la communauté européenne, gravés dans la mémoire de cette ville. Voilà l’esprit de l’ensemble, animé par le rêve européen d’un multilatéralisme plus large que le seul contexte occidental.
Selon une étymologie discutée, le nom Europe proviendrait d’un mot indiquant la direction de l’occident. Il est certain que Lisbonne est la capitale la plus à l’ouest de l’Europe continentale. Elle rappelle donc la nécessité d’ouvrir des voies de rencontre plus vastes, comme le Portugal le fait déjà, surtout avec les pays d’autres continents unis par la même langue. Je souhaite que les Journées Mondiales de la Jeunesse soient, pour le “vieux continent” – nous pouvons dire le continent “âgé”, une impulsion d’ouverture universelle, c’est-à-dire une impulsion d’ouverture qui le rende plus jeune. Car de l’Europe, la vraie, le monde a besoin : il a besoin de son rôle de bâtisseur de ponts et d’artisan de paix dans sa partie orientale, en Méditerranée, en Afrique et au Moyen-Orient. L’Europe pourra ainsi apporter sur la scène internationale son originalité spécifique, qui s’est dessinée au siècle dernier lorsque, dans le creuset des conflits mondiaux, elle a fait jaillir l’étincelle de la réconciliation en rêvant de construire l’avenir avec l’ennemi d’hier, engageant des voies de dialogue, des voies d’inclusion, développant une diplomatie de paix qui éteint les conflits et apaise les tensions, capable de saisir les moindres signaux de détente et de lire entre les lignes les plus tordues.
Nous naviguons sur l’océan de l’histoire en des temps tumultueux et nous ressentons le manque de courageux itinéraires de paix. En regardant avec affection l’Europe et l’esprit de dialogue qui la caractérise, on pourrait lui demander : vers où navigues-tu, si tu ne proposes pas d’itinéraires de paix, de voies créatives pour mettre fin à la guerre en Ukraine ainsi qu’à beaucoup d’autres conflits qui ensanglantent le monde ? Et encore une fois, en élargissant le champ : quelle route suis-tu, Occident ? Ta technologie, qui a marqué le progrès et globalisé le monde, ne suffit pas à elle seule ; moins encore les armes les plus sophistiquées qui ne sont en rien des investissements pour avenir, mais qui appauvrissent du véritable capital humain, celui de l’éducation, de la santé, de la protection sociale. Il est inquiétant de lire qu’en de nombreux endroits l’on investit continuellement des fonds dans les armes plutôt que dans l’avenir des enfants. Et c’est vrai. L’économe me disait, il y a quelques jours, que le meilleur revenu d’investissement est dans la fabrication d’armes. On investit plus dans les armes que dans l’avenir de ses enfants. Je rêve d’une Europe, cœur de l’Occident, qui mette à profit son ingéniosité pour éteindre les foyers de guerre et allumer des lueurs d’espérance ; une Europe qui sache retrouver son âme juvénile en rêvant de la grandeur de l’ensemble et en allant au-delà des besoins de l’immédiat ; une Europe qui inclue des peuples et des personnes avec leur propre culture sans poursuivre théories et colonisations idéologiques. Et cela nous aidera à penser aux rêves des pères fondateurs de l’Union européenne : ceux-ci rêvaient en grand !
L’océan, immense étendue d’eau, rappelle les origines de la vie. Dans le monde développé d’aujourd’hui, il est devenu paradoxalement prioritaire de défendre la vie humaine, mise en danger par des dérives utilitaristes qui l’utilisent et l’éliminent : la culture du rejet de la vie. Je pense à tous ces enfants qui ne sont pas nés et ces personnes âgées abandonnés à elles-mêmes, à la difficulté d’accueillir, de protéger, de promouvoir et d’intégrer ceux qui viennent de loin et frappent aux portes, à la solitude de nombreuses familles qui luttent pour mettre au monde et élever des enfants. On serait aussi tenté de dire ici : vers où naviguez-vous, Europe et Occident, avec le rejet des personnes âgées, les murs aux fils barbelés, les tragédies en mer et les berceaux vides ? Vers où naviguez-vous ? Où allez-vous si, face au mal de vivre, vous offrez des remèdes hâtifs et erronés, comme l’accès facile à la mort, solution de facilité qui paraît douce, mais qui est en réalité plus amère que les eaux de la mer ?Et je pense à tant de lois sophistiquées sur l’euthanasie.
Lisbonne, embrassée par l’océan, nous donne cependant des raisons d’espérer, c’est une ville d’espérance. Un océan de jeunes se déverse dans cette ville accueillante ; et je voudrais exprimer ma gratitude pour le grand travail et l’engagement généreux du Portugal pour accueillir un événement si complexe à gérer, mais porteur d’espérance. Comme on dit ici : « À côté des jeunes, on ne vieillit pas ». Des jeunes, venus du monde entier, cultivant les désirs de l’unité, de la paix et de la fraternité, des jeunes qui rêvent nous incitent à réaliser leurs rêves de bien. Ils ne sont pas dans les rues pour crier de colère, mais pour partager l’espérance de l’Évangile, l’espérance de la vie. Et si l’on respire aujourd’hui dans de nombreuses régions un climat de protestation et d’insatisfaction, terreau fertile aux populismes et aux complotismes, les Journées Mondiales de la Jeunesse sont l’occasion de construire ensemble. Elles ravivent le désir de créer de la nouveauté, de prendre le large et de naviguer ensemble vers l’avenir. Des paroles audacieuses de Pessoa me viennent à l’esprit : « Naviguer est nécessaire, mais il n’est pas nécessaire de vivre […] ; ce qu’il faut c’est créer » (Navegar é preciso). Travaillons donc avec créativité pour construire ensemble ! J’imagine trois chantiers d’espérance où nous pouvons tous travailler unis : l’environnement, l’avenir, la fraternité.
L’environnement. Le Portugal fait avec l’Europe beaucoup d’efforts exemplaires pour la protection de la création. Mais le problème mondial reste extrêmement sérieux : les océans sont surchauffés et, de leurs fonds, remonte à la surface la laideur avec laquelle nous avons pollué la maison commune. Nous transformons ces grandes réserves de vie en décharges de plastique. L’océan nous rappelle que la vie de l’homme est appelée à s’harmoniser avec un environnement plus vaste que nous, qui doit être protégé, doit être protégé avec soin, en pensant aux jeunes générations. Comment pouvons-nous dire que nous croyons en la jeunesse, si nous ne leur donnons pas un espace sain pour construire l’avenir ?
L’avenir est le deuxième chantier. Et l’avenir, ce sont les jeunes. Mais de nombreux facteurs les découragent, comme le manque de travail, les rythmes effrénés dans lesquels ils sont plongés, l’augmentation du coût de la vie, la difficulté à trouver un logement et, plus préoccupant encore, la peur de former une famille et de mettre des enfants au monde. En Europe, et plus généralement en Occident, on assiste à une phase descendante de la courbe démographique : le progrès semble être une question de développement technique et de confort des individus, alors que l’avenir exige de contrer la dénatalité et le déclin de l’envie de vivre. Une bonne politique peut faire beaucoup en cela, elle peut être génératrice d’espérance. Elle n’est pas en effet appelée à détenir le pouvoir, mais à donner aux gens la possibilité d’espérer. Elle est appelée, aujourd’hui plus que jamais, à corriger les déséquilibres économiques d’un marché qui produit des richesses mais ne les distribue pas, appauvrissant les esprits en ressources et en certitudes. Elle est appelée à se redécouvrir génératrice de vie et de soins, à investir avec clairvoyance dans l’avenir, dans les familles et dans les enfants, à promouvoir des alliances intergénérationnelles, où l’on ne supprime pas d’un coup d’éponge le passé, mais où l’on favorise les liens entre jeunes et personnes âgées. Nous devons reprendre cela : le dialogue entre jeunes et personnes âgées. C’est ce que rappelle le sentiment de la saudade portugaise, qui exprime une nostalgie, un désir de bien absent qui renaît seulement au contact de ses propres racines. Les jeunes doivent trouver leurs racines chez les personnes âgées. En ce sens, l’éducation est importante. Elle ne peut pas se contenter de transmettre des notions techniques pour progresser économiquement, mais elle est destinée à s’insérer dans une histoire, à transmettre une tradition, à valoriser le besoin religieux de l’homme et à favoriser l’amitié sociale.
Le dernier chantier d’espérance est celui de la fraternité que nous, chrétiens, apprenons du Seigneur Jésus Christ. Dans de nombreuses régions du Portugal, le sens du voisinage et la solidarité sont très vivants. Cependant, dans le contexte général d’une mondialisation qui nous rapproche, ne procurant pas cependant de proximité fraternelle, nous sommes tous appelés à cultiver le sens de la communauté, en commençant par la recherche de celui qui habite à côté. Comme l’a remarqué Saramago, « ce qui donne le vrai sens à la rencontre, c’est la recherche, et il faut faire beaucoup de chemin pour rejoindre ce qui est proche » (Todos os nomes, 1997). Comme il est beau de se redécouvrir frères et sœurs, de travailler pour le bien commun en laissant de côté les oppositions et les différences de vues ! Ici aussi, il y a par exemple les jeunes qui, avec leur cri de paix et leur envie de vivre, nous poussent à abattre les rigides barrières de l’appartenance, érigées au nom d’opinions et de croyances différentes. J’ai entendu parler de nombreux jeunes qui cultivent ici le désir de se faire proches. Je pense à l’initiative Missão País qui a conduit des milliers de jeunes à vivre, dans l’esprit de l’Évangile, des expériences de solidarité missionnaire dans les zones périphériques, en particulier dans les villages à l’intérieur du pays, en allant rendre visite à de nombreuses personnes âgées seules, et cela est une “onction” pour la jeunesse. Je voudrais remercier et encourager, avec toute les personnes dans la société portugaise qui s’occupent des autres, l’Église locale qui fait beaucoup de bien, loin de la lumière des projecteurs.
Frères et sœurs, sentons-nous tous ensemble appelés, fraternellement, à donner de l’espérance au monde dans lequel nous vivons et à ce magnifique pays. Que Dieu bénisse le Portugal !
Source : vatican.va
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L’acte de foi
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Coeur de Jésus, mystère du verbe incarné
Coeur de Jésus, vrai Dieu, vrai Homme
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OUVERTURE DE LA XVIe ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU SYNODE DES ÉVÊQUES
« POUR UNE ÉGLISE SYNODALE : COMMUNION, PARTICIPATION ET MISSION »
SALUTATION DU PAPE FRANÇOIS
Frères et sœurs, bon après-midi !
Je vous salue tous, alors que nous commençons ce chemin synodal.
J’aime rappeler que c’est saint Paul VI qui a dit que l’Église en Occident avait perdu l’idée de la synodalité, et c’est pourquoi il avait créé le Secrétariat pour le Synode des Évêques, qui a tenu tant de réunions, tant de Synodes sur différents thèmes.
Mais l’expression de la synodalité n’est pas encore mûre. Je me souviens que j’ai été secrétaire d’un de ces synodes, et le Cardinal Secrétaire – un bon missionnaire belge, un bon, un bon – lorsque je préparais le vote, venait me voir : « Que fais-tu ? » – « Ce qui sera voté demain » – « Qu’est-ce que c’est ? Non, on ne vote pas ceci » – « Mais écoute, c’est synodal » – « Non, non, on ne vote pas ». Parce que nous n’avions pas encore l’habitude que tous doivent s’exprimer librement. Et ainsi, lentement, au cours de ces presque 60 ans, le chemin s’est fait dans cette direction, et aujourd’hui nous pouvons arriver à ce Synode sur la synodalité.
Ce n’est pas facile, mais c’est beau, c’est très beau. Un Synode que tous les évêques du monde ont souhaité. Dans le sondage réalisé après le Synode sur l’Amazonie, parmi tous les évêques du monde, la deuxième place de préférence a été celle-ci : la synodalité. En première position se trouvaient les prêtres, en troisième, je crois, une question sociale. Mais [ceci était] en deuxième position. Tous les évêques du monde voyaient la nécessité de réfléchir sur la synodalité. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient tous compris que le fruit était mûr pour cela.
Et c’est dans cet esprit que nous commençons à travailler aujourd’hui. Et j’aime à dire que le Synode n’est pas un parlement, c’est autre chose ; que le Synode n’est pas une réunion d’amis pour résoudre quelques questions du moment ou donner des avis, c’est autre chose. N’oublions pas, frères et sœurs, que le protagoniste du Synode ce n’est pas nous : c’est l’Esprit Saint. Et s’il y a parmi nous l’Esprit pour nous guider, ce sera un beau Synode. S’il y a parmi nous d’autres manières d’avancer pour des intérêts humains, personnels, idéologiques, ce ne sera pas un Synode, ce sera plus une réunion parlementaire, ce qui est une autre chose. Le Synode est un chemin que trace l’Esprit Saint. Il vous a été remis des feuilles avec des textes patristiques qui nous aideront pour l’ouverture du Synode. Ils sont tirés de saint Basile, qui a écrit ce beau traité sur l’Esprit Saint. Pourquoi ? Parce qu’il faut comprendre cette réalité, ce qui n’est pas facile, pas facile.
Lorsque, à l’occasion du 50e anniversaire de la création du Synode, les théologiens m’ont préparé une lettre que j’ai signée, ce fut un grand pas en avant. Mais nous devons maintenant trouver l’explication de ce chemin. Nous ne sommes pas les protagonistes du Synode, c’est l’Esprit Saint, et si nous laissons la place à l’Esprit Saint, le Synode se déroulera bien. Ces feuilles sur saint Basile vous ont été remises en différentes langues : anglais, français, portugais et espagnol, vous les avez donc entre les mains. Je ne mentionne pas ces textes, sur lesquels je vous demande ensuite de réfléchir et de méditer.
L’Esprit Saint est le protagoniste de la vie ecclésiale : le plan de salut des hommes s’accomplit par la grâce de l’Esprit. C’est Lui le protagoniste. Si nous ne comprenons pas cela, nous serons comme ceux dont parlent les Actes des Apôtres : « Avez-vous reçu l’Esprit Saint ? ». – « Qu’est-ce que l’Esprit Saint ? Nous n’en avons même pas entendu parler » (cf. 19,1-2). Nous devons comprendre qu’il est le protagoniste de la vie de l’Église, celui qui la fait avancer.
L’Esprit Saint déclenche un dynamisme profond et varié dans la communauté ecclésiale : “le tumulte” de la Pentecôte. C’est curieux ce qui se passe à la Pentecôte : tout était bien rangé, tout était clair… Ce matin-là, il y a un tumulte, on parle toutes les langues, tout le monde comprend… Mais c’est une variété dont on ne comprend pas bien le sens… Et après cela, la grande œuvre de l’Esprit Saint : non pas l’unité, non, l’harmonie. Il nous unit dans l’harmonie, l’harmonie de toutes les différences. S’il n’y a pas d’harmonie, il n’y a pas d’Esprit : c’est Lui qui fait cela.
Ensuite, le troisième texte qui peut nous aider : l’Esprit Saint est le compositeur harmonique de l’histoire du salut. Harmonie – faisons attention – ne signifie pas “synthèse”, mais “lien de communion entre des parties dissemblables”. Si, dans ce Synode, nous aboutissons à une déclaration uniforme, uniforme, sans nuances, l’Esprit n’y est pas, il est resté dehors. Il fait cette harmonie qui n’est pas une synthèse, qui est un lien de communion entre des parties dissemblables.
L’Église, une unique harmonie de voix, à plusieurs voix, opérée par l’Esprit Saint : c’est ainsi que nous devons concevoir l’Église. Chaque communauté chrétienne, chaque personne a sa particularité, mais ces particularités doivent être incluses dans la symphonie de l’Église, et la juste symphonie est faite par l’Esprit : nous ne pouvons pas la faire. Nous ne sommes pas un parlement, nous ne sommes pas les Nations Unies, non, c’est autre chose.
L’Esprit Saint est à l’origine de l’harmonie entre les Églises. Ce que Basile dit à ses frères évêques est intéressant : “Donc de même que nous considérons comme notre bien votre unité et votre concorde mutuelle, de même nous vous invitons à participer à nos souffrances causées par les divisions et à ne pas nous séparer de vous par le fait que nous sommes loin en raison des lieux ; mais, puisque nous sommes unis par la communion selon l’Esprit, recevez-nous dans l’harmonie d’un seul corps”.
L’Esprit Saint nous conduit par la main et nous console. La présence de l’Esprit est presque – permettez-moi le mot – maternelle, comme une mère qui nous conduit et nous donne cette consolation. Il est le Consolateur, l’un des noms de l’Esprit : le Consolateur. L’action consolatrice de l’Esprit Saint, représentée par l’aubergiste auquel est confié l’homme tombé sur des bandits (cf. Lc 10, 34-35) : Basile interprète cette parabole du bon Samaritain et, dans l’aubergiste, voit l’Esprit Saint qui permet que la bonne volonté d’un homme et le péché d’un autre aillent sur une voie harmonieuse.
De plus, Celui qui garde l’Église est l’Esprit Saint. L’Esprit Saint a donc un rôle consolateur multiforme. Nous devons apprendre à écouter les voix de l’Esprit : elles sont toutes différentes. Apprendre à discerner.
Et puis, l’Esprit est celui qui fait l’Église : c’est Lui qui fait l’Église. Il y a un lien très important entre la Parole et l’Esprit. Nous pouvons penser à ceci : le Verbe et l’Esprit. L’Écriture, la Liturgie, la tradition ancienne nous parlent de la “tristesse” de l’Esprit Saint, et l’une des choses qui attristent le plus l’Esprit Saint, ce sont les paroles vides. Les paroles vides, les paroles mondaines, et – en descendant un peu vers une certaine habitude humaine mais pas bonne – le bavardage. Le bavardage est l’anti-Esprit Saint, il va à l’encontre. C’est une maladie très répandue parmi nous. Et les paroles vides attristent l’Esprit Saint. « N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, qui vous a marqués » (cf. Ep 4, 30). Quel grand mal que d’attrister l’Esprit Saint de Dieu, faut-il le dire ? Le bavardage, la médisance, tout cela attriste l’Esprit Saint. C’est la maladie la plus commune dans l’Église, le bavardage. Et si nous ne le laissons pas nous guérir de cette maladie, un chemin synodal sera difficilement bon. Au moins ici à l’intérieur : si tu n’es pas d’accord avec ce que dit cet évêque ou cette sœur ou ce laïc, dis-le-lui en face. C’est la raison d’être d’un Synode. Pour dire la vérité, et non les bavardages sous la table.
L’Esprit Saint nous confirme dans la foi. C’est lui qui le fait continuellement…
Ces textes de Basile, lisez-les, ils sont dans votre langue, parce que je crois qu’ils nous aideront à faire de la place dans nos cœurs à l’Esprit. Je le répète : ce n’est pas un parlement, ce n’est pas une réunion pour la pastorale de l’Église. Il s’agit d’un syn-odos, marcher ensemble est le programme. Nous avons fait beaucoup de choses, comme l’a dit Son Éminence : la consultation, tout cela, avec le peuple de Dieu. Mais celui qui prend tout cela en main, qui guide, c’est l’Esprit Saint S’Il n’est pas là, cela ne donnera pas un bon résultat.
J’insiste sur ce point : s’il vous plaît, n’attristez pas l’Esprit. Et dans notre théologie, faire place à l’Esprit Saint. Et aussi dans ce Synode, discerner les voix de l’Esprit de celles qui ne sont pas de l’Esprit, qui sont mondaines. À mon avis, la maladie la plus affreuse aujourd’hui – depuis toujours, mais encore aujourd’hui – que l’on voit dans l’Église est ce qui va contre l’Esprit, c’est-à-dire la mondanité spirituelle. Un esprit, mais pas saint : de mondanité. Faites attention à cela : ne prenons pas la place de l’Esprit Saint avec des choses mondaines – même bonnes – comme le bon sens : cela aide, mais l’Esprit va plus loin. Nous devons apprendre à vivre dans notre Église avec l’Esprit Saint. Je vous invite réfléchir sur ces textes de saint Basile qui nous aideront beaucoup.
Ensuite, je voudrais dire que dans ce Synode – également pour faire place à l’Esprit Saint – il y a la priorité de l’écoute, il y a cette priorité. Et nous devons donner un message aux agents de presse, aux journalistes, qui font un très beau, un très bon travail. Nous devons faire une communication qui soit le reflet de cette vie dans l’Esprit Saint. Il nous faut une ascèse – excusez-moi de parler ainsi aux journalistes – un certain jeûne de la parole publique pour garder cela. Et ce qui est publié, que ce le soit dans ce climat. Certains diront – ils le disent – que les évêques ont peur et c’est pour cela qu’ils ne veulent pas que les journalistes parlent. Non, le travail des journalistes est très important. Mais nous devons les aider à dire cela, cette marche dans l’Esprit. Et plus que la priorité à la parole, il y a la priorité à l’écoute. Et je demande aux journalistes de bien vouloir faire comprendre cela aux gens, qu’ils sachent que la priorité est à l’écoute. Lorsqu’il y a eu le Synode sur la famille, il y avait l’opinion publique, due à notre mondanité, selon laquelle il s’agissait de donner la communion aux divorcés : et nous sommes entrés ainsi en Synode. Lors du Synode sur l’Amazonie, il y a eu l’opinion publique, la pression, pour que l’on fasse des viri probati : nous sommes entrés avec cette pression. Maintenant, il y a des hypothèses sur ce Synode : “que feront-ils ?”, “peut-être le sacerdoce aux femmes”… je ne sais pas, ces choses qu’ils disent dehors. Et ils disent si souvent que les évêques ont peur de communiquer ce qui se passe. C’est pourquoi je vous demande, communicateurs, de bien faire votre travail, juste, de manière à ce que l’Église et les personnes de bonne volonté – les autres diront ce qu’elles veulent – comprennent que même dans l’Église, il y a la priorité à l’écoute. Transmettre cela : c’est très important.
Je vous remercie de nous aider tous dans cette “pause” de l’Église. L’Église s’est arrêtée, comme les Apôtres après le Vendredi saint, enfermés le Samedi saint, mais ils l’étaient par peur, pas nous. Mais elle s’est arrêtée. C’est une pause de toute l’Église, à l’écoute. C’est le message le plus important. Merci de votre travail, merci pour ce que vous faites. Et je vous recommande, si vous le pouvez, de lire ces textes de saint Basile, ils sont d’une grande aide. Merci.
Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana
« Le parfait ami… » vie de St Claude
Episode 4 : la canonisation de Saint François de Sales