
Mercredi 18 décembre 2024
Nous commençons aujourd’hui le cycle de catéchèse qui se développera tout au long de l’Année jubilaire. Le thème est « Jésus Christ notre espérance » : c’est Lui, en effet, qui est le but de notre pèlerinage, et Lui-même est la voie, le chemin à suivre.
La première partie traitera de l’enfance de Jésus, qui nous est racontée par les évangélistes Matthieu et Luc (cf. Mt 1-2 ; Lc 1-2). Les Évangiles de l’enfance racontent la conception virginale de Jésus et sa naissance dans le sein de Marie ; ils rappellent les prophéties messianiques qui se sont accomplies en lui et parlent de la paternité légale de Joseph, qui a greffé le Fils de Dieu sur le « tronc » de la dynastie davidique. Jésus nous est présenté nouveau-né, enfant et adolescent, soumis à ses parents et, en même temps, conscient d’être entièrement dévoué au Père et à son Royaume. La différence entre les deux évangélistes est que si Luc raconte les événements à travers les yeux de Marie, Matthieu le fait à travers ceux de Joseph, en insistant sur cette paternité si inédite.
Matthieu ouvre son Évangile et tout le canon néotestamentaire par la « généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham » (Matthieu 1, 1). Il s’agit d’une liste de noms déjà présents dans les Écritures hébraïques, pour montrer la vérité de l’histoire et la vérité de la vie humaine. En effet, « la généalogie du Seigneur est constituée d’une histoire vraie, où l’on trouve des noms pour le moins problématiques et où l’on souligne le péché du roi David (cf. Mt 1, 6). Mais tout se termine et s’épanouit en Marie et dans le Christ (cf. Mt 1, 16) » (Lettre sur le renouveau de l’étude de l’histoire de l’Église, 21 novembre 2024). Apparaît alors la vérité de la vie humaine qui passe d’une génération à l’autre en délivrant trois choses : un nom qui renferme une identité et une mission uniques ; l’appartenance à une famille et à un peuple ; et enfin, l’adhésion de foi au Dieu d’Israël.
La généalogie est un genre littéraire, c’est-à-dire une forme appropriée pour transmettre un message très important : personne ne se donne la vie, mais il la reçoit en don des autres ; dans ce cas, il s’agit du peuple élu, et ceux qui héritent du dépôt de la foi de leurs pères, en transmettant la vie à leurs enfants, leur transmettent également la foi en Dieu.
Mais contrairement aux généalogies de l’Ancien Testament, où seuls les noms masculins apparaissent, parce qu’en Israël c’est le père qui impose le nom à son fils, dans la liste de Matthieu, parmi les ancêtres de Jésus, les femmes apparaissent aussi. Nous en trouvons cinq: Tamar, la belle-fille de Juda qui, restée veuve, se fait passer pour une prostituée pour assurer une descendance à son mari (cf. Gn 38); Racab, la prostituée de Jéricho qui permet aux explorateurs juifs d’entrer dans la terre promise et de la conquérir (cf. Jos 2); Ruth, la Moabite qui, dans le livre homonyme, reste fidèle à sa belle-mère, prend soin d’elle et deviendra l’arrière-grand-mère du roi David; Bethsabée, avec qui David commet l’adultère et qui, après avoir fait tuer son mari, engendre Salomon (cf. 2 Sam 11); et enfin Marie de Nazareth, épouse de Joseph, de la maison de David : d’elle naît le Messie, Jésus.
Les quatre premières femmes sont unies non pas par le fait qu’elles sont pécheresses, comme on le dit parfois, mais par le fait qu’elles sont étrangères au peuple d’Israël. Ce que Matthieu met en évidence, c’est que, comme l’a écrit Benoît XVI, « par leur biais… le monde des gens entre dans la généalogie de Jésus – sa mission auprès des juifs et des païens devient visible » (L’enfance de Jésus, Milan-Vatican 2012, 15).
Tandis que les quatre femmes précédentes sont mentionnées à côté de l’homme qui est né d’elles ou de celui qui l’a engendré, Marie, en revanche, acquiert une importance particulière : elle marque un nouveau commencement, elle est elle-même un nouveau commencement, parce que dans son histoire, ce n’est plus la créature humaine qui est protagoniste de la génération, mais Dieu lui-même. C’est ce qui ressort clairement du verbe « naquit » : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ » (Mt 1, 16). Jésus est fils de David, greffé par Joseph dans cette dynastie et destiné à être le Messie d’Israël, mais il est aussi fils d’Abraham et de femmes étrangères, destiné donc à être la « Lumière des nations » (cf. Lc 2, 32) et le « Sauveur du monde » (Jn 4, 42).
Le Fils de Dieu, consacré au Père avec la mission de révéler son visage (cf. Jn 1, 18 ; Jn 14,9), entre dans le monde comme tous les fils de l’homme, à tel point qu’à Nazareth il sera appelé « fils de Joseph » (Jn 6, 42) ou « fils du charpentier » (Mt 13, 55). Vrai Dieu et vrai homme.
Frères et sœurs, réveillons notre mémoire reconnaissante envers nos ancêtres. Et surtout, rendons grâce à Dieu qui, par notre Mère l’Église, nous a engendrés à la vie éternelle, la vie de Jésus, notre espérance.
(1) L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire en langue française, LXXVe année, numéro 51, jeudi 19 décembre 2024, p. 12.
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Loggia centrale de la basilique Saint-Pierre, mercredi 25 décembre 2024
Chers sœurs et chers frères, joyeux Noël !
Cette nuit le mystère, qui ne cesse de nous étonner et de nous émouvoir, s’est renouvelé : la Vierge Marie a donné naissance à Jésus le Fils de Dieu, elle l’a enveloppé de langes et l’a déposé dans une mangeoire. C’est ainsi que les bergers de Bethléem l’ont trouvé, pleins de joie, tandis que les anges chantaient : “Gloire à Dieu et paix aux hommes” (cf. Lc 2, 6-14). Paix aux hommes.
Oui, cet événement, qui s’est produit il y a plus de deux mille ans, se renouvelle par l’œuvre du Saint-Esprit, le même Esprit d’Amour et de Vie qui a fécondé le sein de Marie et, de sa chair humaine, a formé Jésus. Ainsi, aujourd’hui, dans l’enfantement de notre temps, la Parole éternelle du salut s’incarne à nouveau et réellement, elle dit à chaque homme et à chaque femme, elle dit au monde entier – voici le message – : Je t’aime, je te pardonne, reviens vers moi, la porte de mon cœur est ouverte pour toi !
Sœurs, frères, la porte du cœur de Dieu est toujours ouverte, revenons à Lui ! Revenons à ce cœur qui nous aime et nous pardonne ! Laissons-nous pardonner par Lui, laissons-nous réconcilier avec Lui ! Dieu pardonne toujours ! Dieu pardonne tout. Laissons-nous pardonner par Lui.
C’est le sens de la Porte Sainte du Jubilé, que j’ai ouverte hier soir, ici à Saint-Pierre : elle représente Jésus, la Porte du salut ouverte à tous. Jésus est la Porte ; il est la Porte que le Père miséricordieux a ouverte au milieu du monde, au coeur de l’histoire, pour que nous puissions tous revenir à Lui. Nous sommes tous comme des brebis égarées et nous avons besoin d’un Berger et d’une Porte pour retourner à la maison du Père. Jésus est le berger, Jésus est la Porte.
Frères, sœurs, n’ayez pas peur ! La Porte est ouverte, la Porte est grande ouverte ! Il n’est pas nécessaire de frapper à la Porte. Elle est ouverte. Venez ! Laissons-nous réconcilier avec Dieu, et alors nous nous serons réconciliés avec nous-mêmes et nous pourrons nous réconcilier les uns avec les autres, y compris avec nos ennemis. La miséricorde de Dieu peut tout, elle défait tous les nœuds, elle abat tous les murs de division, la miséricorde de Dieu dissout la haine et l’esprit de vengeance. Venez ! Jésus est la Porte de la paix.
Souvent, nous ne nous arrêtons qu’au seuil, nous n’avons pas le courage de le franchir, parce qu’il nous interpelle. Entrer par la Porte exige le sacrifice de faire un pas – un petit sacrifice ; faire un pas pour quelque chose de si grand -, cela requiert de laisser derrière soi les litiges et les divisions, pour s’abandonner aux bras ouverts de l’Enfant qui est le Prince de la Paix. En ce Noël, début de l’Année jubilaire, j’invite chaque personne, chaque peuple et chaque nation à avoir le courage de franchir la Porte, à devenir des pèlerins de l’espérance, à faire taire les armes et à surmonter les divisions !
Que les armes se taisent dans l’Ukraine martyrisée ! Qu’on ait l’audace d’ouvrir la porte à la négociation et aux gestes de dialogue et de rencontre, pour parvenir à une paix juste et durable.
Que les armes se taisent au Moyen-Orient ! Les yeux fixés sur le berceau de Bethléem, ma pensée va aux communautés chrétiennes en Palestine et en Israël, et en particulier à la chère communauté de Gaza, où la situation humanitaire est désastreuse. Que cesse le feu, que les otages soient libérés et que la population épuisée par la faim et la guerre soit aidée. Je suis également proche de la communauté chrétienne au Liban, particulièrement au sud, et de celle de Syrie, en cette période si délicate. Que les portes du dialogue et de la paix s’ouvrent dans toute la région déchirée par les conflits. Je veux également rappeler ici le peuple libyen, en l’encourageant à rechercher des solutions qui permettent la réconciliation nationale.
Puisse la naissance du Sauveur apporter un temps d’espérance aux familles de milliers d’enfants qui meurent d’une épidémie de rougeole en République Démocratique du Congo, ainsi qu’aux populations de l’Est du pays et à celles du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Mozambique. La crise humanitaire qui les frappe est principalement causée par les conflits armés et le fléau du terrorisme. Elle est aggravée par les effets dévastateurs du changement climatique qui entraînent des pertes en vies humaines et le déplacement de millions de personnes. Je pense aussi aux populations des pays de la Corne de l’Afrique pour lesquels j’implore les dons de la paix, de la concorde et de la fraternité. Que le Fils du Très-Haut soutienne les efforts de la Communauté internationale pour favoriser l’accès aux aides humanitaires à la population civile du Soudan et entamer de nouvelles négociations en vue d’un cessez-le-feu.
Que l’annonce de Noël apporte un réconfort aux habitants du Myanmar qui, à cause des affrontements armés continuels, souffrent gravement et sont contraints à fuir leurs foyers.
Que l’Enfant Jésus inspire les autorités politiques et toutes les personnes de bonne volonté du continent américain, afin que des solutions efficaces soient trouvées au plus vite, dans la vérité et la justice, afin de promouvoir l’harmonie sociale, en particulier je pense à Haïti, au Venezuela, en Colombie et au Nicaragua, et que l’on s’efforce, surtout en cette année jubilaire, de construire le bien commun et de redécouvrir la dignité de chaque personne, au-delà des clivages politiques.
Que le Jubilé soit l’occasion de briser tous les murs de séparation : les murs idéologiques, qui marquent si souvent la vie politique, et aussi les murs physiques, comme la division qui affecte depuis maintenant cinquante ans l’île de Chypre et qui a déchiré son tissu humain et social. Je souhaite qu’une solution commune puisse être trouvée, une solution pour mettre fin à la division, dans le plein respect des droits et de la dignité de toutes les communautés chypriotes.
Jésus, le Verbe éternel de Dieu fait homme, est la Porte grande ouverte ; Il est la Porte grande ouverte que nous sommes invités à franchir pour redécouvrir le sens de notre existence et le caractère sacré de toute vie – toute vie est sacrée -, et pour redécouvrir les valeurs fondatrices de la famille humaine. Il nous attend sur le seuil. Il attend chacun de nous, spécialement les plus fragiles. Il attend les enfants, tous les enfants qui souffrent de la guerre et qui souffrent de la faim ; Il attend les personnes âgées, souvent contraintes à vivre dans des conditions de solitude et d’abandon ; Il attend ceux qui ont perdu leur maison ou qui fuient leur terre dans le but de trouver un refuge sûr ; Il attend ceux qui ont perdu ou ne trouvent pas de travail ; Il attend les prisonniers qui, malgré tout, restent des enfants de Dieu, toujours des enfants de Dieu. Il attend ceux qui sont persécutés pour leur foi. Il y en a tellement.
En ce jour de fête, notre gratitude va à l’endroit de ceux qui font le bien de manière silencieuse et fidèle : je pense aux parents, aux éducateurs, aux enseignants, qui ont la grande responsabilité de former les générations futures ; je pense aux agents de santé, aux forces de l’ordre, à ceux qui sont engagés dans des œuvres de charité, en particulier aux missionnaires répandus dans le monde qui apportent lumière et réconfort à tant de personnes en difficulté. À tous, nous voulons dire : merci !
Frères et sœurs, que le Jubilé soit l’occasion de remettre les dettes, en particulier celles qui pèsent sur les pays les plus pauvres. Chacun est appelé à pardonner les offenses reçues, car le Fils de Dieu, qui est né dans le froid et l’obscurité de la nuit, remet toutes nos dettes. Il est venu pour nous guérir et nous pardonner. Pèlerins de l’espérance, allons à sa rencontre ! Ouvrons-Lui les portes de nos cœurs, comme Il nous a ouvert la porte de son Cœur.
Je vous souhaite à tous un joyeux et saint Noël.
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8ème jour : le confessionnal


Découvrez aujourd’hui Saint Jean Berchmans !
Belle écoute !

—- Moïse —-
Nous vous proposons aujourd’hui de prendre le temps de relire le chapitre 3 du livre de l’Exode ainsi que le chapitre 11 du livre des Nombres. Si vous n’avez pas de Bible avec vous, cliquez sur ce lien ?


Découvrez aujourd’hui Notre Dame de Guadalupe
Belle écoute !
L’Évangile que nous venons d’entendre est précédé par le récit d’un moment difficile de la mission de Jésus, que nous pourrions définir comme un moment de “désolation pastorale” : Jean Baptiste doute qu’il soit vraiment le Messie ; de nombreuses villes qu’il a traversées, malgré les miracles accomplis, ne se sont pas converties ; les gens l’accusent d’être un glouton et un ivrogne, alors qu’un peu plus tôt ils s’étaient plaints du Baptiste parce qu’il était trop austère (cf. Mt 11, 2-24). Cependant, nous voyons que Jésus ne se laisse pas abattre par la tristesse, mais il lève les yeux vers le ciel et bénit le Père parce qu’il a révélé aux simples les mystères du Royaume de Dieu : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25). Au moment de la désolation, Jésus a donc un regard capable de voir au-delà: il loue la sagesse du Père et il est capable de discerner le bien caché qui grandit, la semence de la Parole accueillie par les simples, la lumière du Royaume de Dieu qui se fraye un chemin même dans la nuit.
Chers frères cardinaux, frères évêques, sœurs et frères, nous sommes à l’ouverture de l’Assemblée synodale. Et nous n’avons pas besoin d’un regard immanent, fait de stratégies humaines, de calculs politiques ou de batailles idéologiques – si le Synode donnait cette permission, celui-ci ouvrirait cette porte, celui-là cette autre porte – cela ne sert à rien. Nous ne sommes pas ici pour mener une réunion parlementaire ou un plan de réforme. Le Synode, chers frères et sœurs, n’est pas un parlement. Le protagoniste est l’Esprit Saint. Non. Nous ne sommes pas ici pour faire un parlement, mais pour marcher ensemble sous le regard de Jésus, qui bénit le Père et accueille tous ceux qui sont fatigués et opprimés. Partons donc du regard de Jésus, un regard qui bénit et qui accueille.
1. Voyons le premier aspect : un regard qui bénit. Bien qu’il ait fait l’expérience du rejet et qu’il ait vu tant de dureté de cœur autour de lui, le Christ ne se laisse pas emprisonner par la déception, il ne devient pas amer, il n’éteint pas la louange ; son cœur, enraciné dans le primat du Père, reste serein même dans la tempête.
Ce regard qui bénit du Seigneur nous invite aussi à être une Église qui, avec un esprit joyeux, contemple l’action de Dieu et discerne le présent. Et qui, au milieu des vagues parfois agitées de notre temps, ne se décourage pas, ne cherche pas d’échappatoires idéologiques, ne se barricade pas derrière des convictions acquises, ne cède pas aux solutions faciles, ne se laisse pas dicter son agenda par le monde. Telle est la sagesse spirituelle de l’Église, résumée avec sérénité par saint Jean XXIII : « Il est nécessaire avant tout que l’Église ne détourne jamais son regard de l’héritage sacré de vérité qu’elle a reçu des anciens. Mais il faut aussi qu’elle se tourne vers les temps présents, qui entraînent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie et ouvrent de nouvelles voies à l’apostolat » (Discours pour l’ouverture solennelle du Concile œcuménique Vatican II, 11 octobre 1962).
Le regard qui bénit de Jésus nous invite à être une Église qui n’affronte pas les défis et les problèmes d’aujourd’hui avec un esprit de division et de conflit, mais qui, au contraire, tourne les yeux vers Dieu qui est communion et, avec crainte et humilité, le bénit et l’adore, le reconnaissant comme son unique Seigneur. Nous Lui appartenons et – ne l’oublions pas – nous n’existons que pour Le porter au monde. Comme nous l’a dit l’apôtre Paul, « la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste notre seule fierté » (Ga 6, 14). Cela nous suffit, Il nous suffit. Nous ne voulons pas de gloires terrestres, nous ne voulons pas paraitre beaux aux yeux du monde, mais le rejoindre avec la consolation de l’Évangile, pour mieux témoigner, à tous, de l’amour infini de Dieu. En effet, comme l’a dit Benoît XVI en s’adressant à une Assemblée synodale, « La question pour nous est la suivante : Dieu a parlé, Il a vraiment rompu le grand silence, Il s’est montré, mais comment pouvons-nous faire arriver cette réalité à l’homme d’aujourd’hui afin qu’elle devienne salut? » (Méditation au cours de la 1ère Congrégation générale de la XIIIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, 8 octobre 2012). Telle est la question fondamentale. Et c’est la tâche première du Synode : recentrer notre regard sur Dieu, pour être une Église qui regarde l’humanité avec miséricorde. Une Église unie et fraternelle- ou au moins qui cherche à être unie et fraternelle -, qui écoute et dialogue ; une Église qui bénit et encourage, qui aide ceux qui cherchent le Seigneur, qui secoue avec bienveillance les indifférents, qui ouvre des chemins pour initier les personnes à la beauté de la foi. Une Église qui a Dieu en son centre et qui, par conséquent, ne se divise pas à l’intérieur et n’est jamais dure à l’extérieur. Une Église qui prend des risques avec Jésus. C’est ainsi que Jésus veut l’Église, c’est ainsi qu’il veut son Épouse.
2. Après ce regard qui bénit, nous contemplons le regard du Christ qui accueille. Alors que ceux qui se croient sages ne reconnaissent pas l’œuvre de Dieu, lui se réjouit dans le Père parce qu’il se révèle aux petits, aux simples, aux pauvres en esprit. Une fois, il y avait une difficulté dans une paroisse et les gens parlaient de cette difficulté, me racontaient des choses. Et une vieille femme, une très vieille femme, une dame du peuple, presque analphabète, est intervenue comme un théologien, et avec tant de douceur et de sagesse spirituelle, elle a donné sa contribution. Je me souviens de ce moment comme d’une révélation du Seigneur, même avec joie, et il m’est venu à l’esprit de lui demander : « Dites-moi, madame, où avez-vous étudié, avec Royo Marín, cette forte théologie ? » Les sages du peuple ont cette foi. Ainsi, tout au long de sa vie, il adopte ce regard hospitalier envers les plus faibles, les souffrants, les laissés-pour-compte. C’est vers eux, en particulier, qu’il se tourne, en disant ce que nous avons entendu : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28).
Ce regard accueillant de Jésus nous invite également à être une Église hospitalière, et non une Église aux portes fermées. Dans une époque complexe comme la nôtre, de nouveaux défis culturels et pastoraux apparaissent, qui requièrent une attitude intérieure cordiale et douce, afin que nous puissions nous confronter sans crainte. Dans le dialogue synodal, dans cette belle “marche dans l’Esprit Saint” que nous entreprenons ensemble en tant que Peuple de Dieu, nous pouvons grandir dans l’unité et l’amitié avec le Seigneur pour regarder les défis d’aujourd’hui avec son regard ; pour devenir, selon une belle expression de saint Paul VI, une Église qui « se fait conversation » (Lett. enc. Ecclesiam suam, n. 67). Une Église dont “le joug est doux” (cf. Mt 11, 30), qui n’impose pas de fardeaux et qui répète à chacun : “Venez, vous qui êtes fatigués et opprimés, venez, vous qui vous êtes égarés ou qui vous sentez loin, venez, vous qui avez fermé les portes de l’espérance : l’Église est là pour vous”. L’Église des portes ouvertes à tous, tous, tous !
3. Frères et sœurs, Peuple saint de Dieu, face aux difficultés et aux défis qui nous attendent, le regard qui accueille et bénit Jésus nous empêche de tomber dans certaines tentations dangereuses : être une Église rigide – une douane -, qui s’arme contre le monde et regarde en arrière ; être une Église tiède, qui se soumet aux modes du monde ; être une Église fatiguée, repliée sur elle-même. Dans le livre de l’Apocalypse, le Seigneur dit : « Je me tiens à la porte et je frappe pour qu’on m’ouvre » ; mais bien souvent, frères et sœurs, il frappe à la porte, mais de l’intérieur de l’Église, afin que nous laissions le Seigneur sortir avec l’Église pour proclamer son Évangile.
Marchons ensemble, humbles, ardents et joyeux. Marchons sur les traces de saint François d’Assise, le saint de la pauvreté et de la paix, le “fou de Dieu” qui a porté dans son corps les stigmates de Jésus et s’est dépouillé de tout pour se revêtir de Lui. Comme il est difficile ce dépouillement intérieur et extérieur de chacun d’entre nous et aussi des institutions ! Saint Bonaventure raconte que, tandis qu’il priait, le Crucifié lui dit : « Va et répare mon église » (Legenda maior, II, 1). Le Synode sert à nous rappeler ceci : notre Mère l’Église a toujours besoin d’être purifiée, d’être “réparée”, parce que tous nous sommes un Peuple de pécheurs pardonnés – les deux choses : pécheurs pardonnés -, qui ont toujours besoin de revenir à la source qu’est Jésus et de se remettre sur les chemins de l’Esprit pour rejoindre tout le monde avec son Évangile. François d’Assise, à une époque de grandes luttes et de divisions entre les pouvoirs temporel et religieux, entre l’Église institutionnelle et les courants hérétiques, entre les chrétiens et les autres croyants, n’a critiqué ni critiqué personne, mais il a pris à bras le corps les armes de l’Évangile qui sont l’humilité et l’unité, la prière et la charité. Faisons de même ! Humilité et unité, prière et charité.
Et si le saint Peuple de Dieu, et ses pasteurs, partout dans le monde, nourrit des attentes, des espoirs et même quelques craintes à l’égard du Synode que nous commençons, souvenons-nous qu’il ne s’agit non pas d’un rassemblement politique, mais d’une convocation dans l’Esprit ; non pas d’un parlement polarisé, mais d’un lieu de grâce et de communion. L’Esprit Saint brise souvent nos attentes pour créer quelque chose de nouveau qui dépasse nos prédictions et notre négativité. Je peux sans doute dire que les moments les plus fructueux du Synode sont ceux de la prière, ainsi que le climat de prière, par lequel le Seigneur agit en nous. Ouvrons-nous à Lui et invoquons-Le : c’est Lui le protagoniste, l’Esprit Saint. Que ce soit Lui qui soit le protagoniste du Synode ! Et avec Lui, marchons, dans la confiance et la joie.
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« Le parfait ami… » vie de St Claude
Episode 9 : la Grande Retraite de 1674
« Le parfait ami… » vie de St Claude
Episode 23 : Une réputation de sainteté


Colisée – Rome, 18 avril 2025
Méditation du Chemin de Croix préparée par le pape François
Introduction
Le chemin du Calvaire passe par nos chemins de tous les jours. Seigneur, nous allons généralement dans la direction opposée à la tienne. Il se peut que nous rencontrions ton visage, que nous croisions ton regard. Nous avançons comme d’habitude et tu viens vers nous. Tes yeux lisent dans nos cœurs. Nous hésitons alors à continuer comme si de rien n’était. Il est possible de nous retourner, de te regarder, de te suivre. Il est possible de nous engager sur ta route et nous rendre compte qu’il vaut mieux changer de direction.
De l’Évangile selon saint Marc (10, 21)
Alors Jésus fixa sur lui son regard et l’aima. Et il lui dit : « Une seule chose te manque : va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens, suis-moi ».
Jésus est ton nom et en toi, vraiment, « Dieu sauve ». Le Dieu d’Abraham qui appelle, le Dieu d’Isaac qui pourvoit, le Dieu de Jacob qui bénit, le Dieu d’Israël qui libère : dans ton regard, ô Seigneur qui parcours Jérusalem, il y a toute une révélation. Dans tes pas qui te font sortir de la ville, il y a notre exode vers une terre nouvelle. Tu es venu pour changer le monde. Pour nous cela signifie changer de direction, voir la bonté de tes pas, laisser agir dans nos cœurs la mémoire de ton regard.
La Via Crucis est la prière de ceux qui bougent. Elle interrompt nos chemins habituels afin que nous passions de la lassitude à la joie. Certes, le chemin qu’emprunte Jésus nous coûte ; dans ce monde qui calcule tout, la gratuité a un prix élevé. Mais tout refleurit dans le don : une ville divisée en factions et déchirée par les conflits marche vers la réconciliation ; une religiosité desséchée redécouvre la fécondité des promesses de Dieu ; même un cœur de pierre peut se transformer en cœur de chair. Seulement, l’invitation « Viens ! Suis-moi ! » doit être entendue, et il faut faire confiance à ce regard d’amour.
1ère Station : Jésus est condamné à mort
De l’Évangile selon saint Luc (23, 13-16)
Ayant convoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple, Pilate leur dit : « Vous m’avez présenté cet homme comme détournant le peuple, et voici que moi je l’ai interrogé devant vous, et je n’ai trouvé en cet homme aucun motif de condamnation pour ce dont vous l’accusez. Hérode non plus d’ailleurs, puisqu’il l’a renvoyé devant nous. Vous le voyez ; cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je le relâcherai donc, après l’avoir châtié ».
Les choses ne se sont pas passées ainsi. Il ne t’a pas remis en liberté. Pourtant, cela aurait pu se passer différemment. Tel est le jeu dramatique de notre liberté pour laquelle, Seigneur, tu nous as tant estimés. Tu as fait confiance à Hérode, à Pilate, à tes amis et à tes ennemis. Tu es irrévocable dans la confiance avec laquelle tu t’es remis entre nos mains. Nous pouvons en être étonnés : en libérant ceux qui sont accusés injustement, en approfondissant la complexité des situations, en contrant les jugements qui tuent. Hérode aussi aurait pu suivre la sainte inquiétude qui l’attirait vers toi : il ne l’a pas fait, même lorsqu’il s’est trouvé en ta présence. Pilate aurait pu te libérer : il t’avait déjà acquitté. Il ne l’a pas fait. Jésus, nous avons déjà trop souvent abandonné le chemin de la croix, nous le confessons : prisonniers des rôles dont nous n’avons pas voulu sortir, inquiets des inconvénients qu’aurait un changement de direction. Tu es encore silencieusement devant nous, en toute sœur et en tout frère exposé au jugement et aux préjugés. Arguments religieux, tracasseries juridiques, bon sens apparent qui ne s’intéresse pas au sort des autres : mille arguments nous mettent du côté d’Hérode, des prêtres, de Pilate et de la foule. Il peut cependant en être autrement. Toi, Jésus, tu ne t’en laves pas les mains. Tu aimes encore, en silence. Tu as fait ton choix, et maintenant c’est notre tour.
Prions en disant : Ouvre mon cœur, Jésus
| Quand il y a devant moi une personne jugée. | Ouvre mon cœur, Jésus | |
| Quand mes certitudes sont des préjugés. | Ouvre mon cœur, Jésus | |
| Quand la rigidité me conditionne. | Ouvre mon cœur, Jésus | |
| Quand le bien m’attire secrètement. | Ouvre mon cœur, Jésus | |
| Quand je voudrais avoir du courage, mais que j’ai peur de le perdre. | Ouvre mon cœur, Jésus |
2ème Station : Jésus est chargé de la croix
De l’Évangile selon saint Luc (9, 43b-45)
Comme tous étaient étonnés de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples : « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ». Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole.
Pendant des mois, peut-être des années, ce fardeau a pesé sur tes épaules, Jésus. Quand tu en parlais, personne ne t’écoutait : résistance invincible, même seulement à deviner. La croix, tu l’as vue de plus en plus distinctement s’approcher de toi. Tu l’as accueillie car tu en as senti la responsabilité plus que le poids. Le chemin de ta croix, Jésus, n’est pas seulement une montée. Il est une descente vers ceux que tu as aimés, vers le monde que Dieu aime. Il est une réponse, une prise de responsabilité. Il coûte, comme coûtent les liens les plus vrais, les amours les plus beaux. Le poids que tu portes exprime le souffle qui t’anime, cet Esprit « qui est Seigneur et qui donne la vie ». Voilà peut-être pourquoi nous avons peur de t’interroger : en réalité, c’est nous qui sommes à bout de souffle à force de fuir les responsabilités. Il suffirait de ne pas fuir et de rester parmi ceux que tu nous as donnés, dans les contextes où tu nous as placés ; nous y attacher en pensant que c’est seulement ainsi que nous cesserons d’être prisonniers de nous-mêmes. L’égoïsme est plus lourd que la croix. L’indifférence est plus lourde que le partage. Le prophète l’avait annoncé : les jeunes aussi peinent et se fatiguent, les adultes trébuchent et tombent ; mais ceux qui espèrent en toi reprennent des forces, ils se donnent des ailes comme les aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer (cf. Is 40, 30-31).
Prions en disant : Délivre-nous de la lassitude, Seigneur
| Si nous éprouvons de la tristesse envers nous-mêmes | Délivre-nous de la lassitude, Seigneur | |
| Si nous semblons ne pas avoir la force de nous consacrer aux autres. | Délivre-nous de la lassitude, Seigneur | |
| Si nous cherchons des excuses pour fuir nos responsabilités. | Délivre-nous de la lassitude, Seigneur | |
| Si nous avons des talents et des compétences à faire valoir. | Délivre-nous de la lassitude, Seigneur | |
| Si notre cœur vibre encore face à l’injustice. | Délivre-nous de la lassitude, Seigneur |
3ème Station : Jésus tombe pour la première fois
De l’Évangile selon saint Luc (10, 13-15)
« Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et assises dans la cendre, elles se seraient repenties. Aussi bien, pour Tyr et Sidon il y aura moins de rigueur, lors du Jugement, que pour vous. Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras ! »
C’était comme toucher le fond pour la première fois, et des paroles dures sont sorties de toi, Jésus, pour ces lieux qui t’étaient si chers. La semence de ta parole semblait tombée dans le vide et chacun de tes gestes de délivrance aussi. Tous les prophètes se sont sentis tomber dans le vide de l’échec, pour ensuite avancer à nouveau sur les voies de Dieu. Ta vie, Jésus, est une parabole : tu ne tombes jamais en vain sur notre terre. Même cette fois-là, la joie des tiens que tu avais envoyés avait vite interrompu ta déception : revenus de leur mission ils te rapportaient les signes du Royaume de Dieu. Alors tu t’es réjoui d’une joie spontanée, éclatante, qui fait bondir avec une énergie contagieuse. Tu as béni le Père qui cache ses desseins aux savants et aux intelligents pour les révéler aux petits. Le chemin de croix est tracé en profondeur sur la terre : les grands s’en détachent et voudraient toucher le ciel. Pourtant, le ciel est là, il s’est abaissé, on le rejoint même en tombant, en restant sur le sol. Les bâtisseurs de Babel nous disent qu’il ne faut pas se tromper et que celui qui tombe est perdu. C’est le chantier de l’enfer. L’économie de Dieu, au contraire, ne tue pas, ne jette pas, n’écrase pas. Elle est humble, fidèle à la terre. Ta voie, Jésus, est la voie des Béatitudes. Elle ne détruit pas, mais cultive, répare, garde.
Prions en disant : Que ton Règne vienne
| Pour ceux qui pensent avoir échoué. | Que ton Règne vienne | |
| Pour ceux qui contestent une économie qui tue. | Que ton Règne vienne | |
| Pour ceux qui redonnent de la force à ceux qui sont tombés. | Que ton Règne vienne | |
| Dans les sociétés compétitives et parmi ceux qui courent après les premières places. | Que ton Règne vienne | |
| Pour ceux qui se trouvent aux frontières et qui pensent que leur voyage est terminé. | Que ton Règne vienne |
4ème station : Jésus rencontre sa Mère
De l’Évangile selon saint Luc (8, 19-21)
La mère et les frères de Jésus vinrent le trouver, mais ils ne pouvaient pas arriver jusqu’à lui à cause de la foule. On le lui fit savoir : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui veulent te voir ». Il leur répondit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique ».
Ta mère est là, sur le chemin de la croix : elle a été ton premier disciple. Avec sa détermination délicate, avec son intelligence qui garde et reconsidère dans son cœur… ta mère est là. Dès que lui fut proposé de t’accueillir en son sein, elle s’est convertie, elle s’est tournée vers toi. Elle a plié sa volonté à la tienne. Te suivre, c’est te laisser partir, ce n’est pas un renoncement, mais une découverte continue jusqu’au Calvaire. T’avoir, c’est faire place à ta nouveauté. Toutes les mères le savent : un fils, cela surprend. Fils bien-aimé, tu reconnais que ta mère et tes frères sont ceux qui écoutent et se laissent changer. Ils ne parlent pas, ils font. En Dieu, les paroles sont des actes, les promesses sont réalité. Sur le chemin de la croix, ô Mère, tu es l’une des rares à t’en souvenir. Maintenant, c’est le Fils qui a besoin de toi. Il sent que tu ne désespères pas. Il sent que tu engendres encore la Parole en ton sein. Nous aussi, Jésus, nous arrivons à te suivre, engendrés par ceux qui t’ont suivi. Nous aussi, nous sommes mis de nouveau au monde par la foi de ta mère et par d’innombrables témoins qui engendrent, même là où tout parle de mort. Cette fois-là, en Galilée, ce sont eux qui voulaient te voir. Maintenant, tu cherches en montant au Calvaire le regard de ceux qui écoutent et mettent en pratique. Entente indicible. Alliance indissoluble.
Prions en disant : Voici ma mère
| Marie écoute et parle. | Voici ma mère | |
| Marie demande et réfléchit. | Voici ma mère | |
| Marie sort de chez elle et voyage avec détermination. | Voici ma mère | |
| Marie se réjouit et console. | Voici ma mère | |
| Marie accueille et prend soin. | Voici ma mère | |
| Marie prend des risques et protège. | Voici ma mère | |
| Marie ne craint pas les jugements et les insinuations. | Voici ma mère | |
| Marie attend et reste. | Voici ma mère | |
| Marie oriente et accompagne. | Voici ma mère | |
| Marie ne cède rien à la mort. | Voici ma mère |
5ème station : Jésus est aidé par le Cyrénéen à porter la croix
De l’Évangile selon saint Luc (23, 26)
Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus.
Il ne s’est pas offert, ils l’ont arrêté. Simon revenait de son travail et ils ont mis sur lui la croix d’un condamné. Il avait peut-être le physique indiqué, mais il allait dans une autre direction, son programme était autre. Il est possible de rencontrer Dieu ainsi. Jésus, qui sait pourquoi ce nom – Simon de Cyrène – est vite devenu inoubliable pour tes disciples ? Sur le chemin de la croix, ils n’étaient pas là et nous non plus, mais Simon était là. C’est encore vrai aujourd’hui : lorsque quelqu’un s’offre entièrement, on peut être ailleurs, même en fuite ; on peut aussi se sentir impliqué. Jésus, nous nous souvenons du nom de Simon parce que cet événement inattendu l’a changé pour toujours. Il n’a jamais plus cessé de penser à toi. Il est devenu une partie de toi-même, un témoin direct de ta différence avec tout autre condamné. Simon de Cyrène s’est retrouvé à porter ta croix sans l’avoir demandé, comme le joug dont tu avais autrefois parlé : « Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger » (Mt 11, 30). Les animaux travaillent mieux s’ils avancent ensemble. Et toi, Jésus, tu aimes nous impliquer dans ton travail de défrichage de la terre pour qu’elle soit à nouveau ensemencée. Nous avons besoin de cette surprenante légèreté. Nous avons besoin de ceux qui nous arrêtent parfois, et mettent sur nos épaules quelque part de réalité qu’il faut simplement porter. On peut travailler toute la journée, mais, sans toi, on se perd, les bâtisseurs travaillent en vain, le gardien de la ville que Dieu ne construit pas veille en vain (cf. Ps 127). Sur le chemin de la croix, la nouvelle Jérusalem se dresse. Et nous, comme Simon de Cyrène, nous changeons de route et travaillons avec toi.
Prions en disant : Arrête notre course, Seigneur
| Lorsque nous suivons notre propre chemin, sans regarder personne en face. | Arrête notre course, Seigneur | |
| Lorsque les nouvelles ne nous émeuvent pas. | Arrête notre course, Seigneur | |
| Lorsque les personnes deviennent des nombres. | Arrête notre course, Seigneur | |
| Lorsqu’il n’y a jamais de temps pour écouter. | Arrête notre course, Seigneur | |
| Lorsque nous sommes pressés de décider. | Arrête notre course, Seigneur | |
| Lorsque les changements de programme ne sont pas autorisés. | Arrête notre course, Seigneur |
6ème station : Véronique essuie le visage de Jésus
De l’Évangile selon saint Luc (9, 29-31)
Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem.
Du livre des Psaumes (27, 8-9a)
Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face ».
C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face.
Dans ton visage, Jésus, nous voyons ton cœur. Ta détermination se lit dans ton regard, elle creuse ton visage, tes traits révèlent une incomparable attention. Tu remarques la présence de Véronique, comme de la mienne. Je cherche ton visage qui exprime ta décision de nous aimer jusqu’au dernier souffle ; et même au-delà, car l’amour est fort comme la mort (cf. Ct 8, 6). Ton visage, que je voudrais fixer et conserver, change notre cœur. Tu te livres à nous, jour après jour, dans le visage de tout être humain, mémoire vivante de ton incarnation. Chaque fois que nous nous tournons vers le plus petit, en effet, nous prêtons attention à tes membres et tu es avec nous. Tu éclaires ainsi notre cœur et l’expression de notre visage. Au lieu de rejeter, à présent nous accueillons. Sur le chemin de la croix, notre visage peut enfin rayonner comme le tien et répandre la bénédiction. Tu en as gravé la mémoire en nous, pressentiment de ton retour lorsque tu nous reconnaîtras au premier regard, individuellement. Alors, peut-être, nous te ressemblerons. Et nous serons face à face, dans un dialogue sans fin, dans l’intimité dont nous ne serons jamais fatigués, famille de Dieu.
Prions en disant : Imprime ton souvenir en nous, Jésus
| Si notre visage est sans expression | Imprime ton souvenir en nous, Jésus | |
| Si notre cœur est distant | Imprime ton souvenir en nous, Jésus | |
| Si nos gestes divisent | Imprime ton souvenir en nous, Jésus | |
| Si nos choix blessent | Imprime ton souvenir en nous, Jésus | |
| Si nos projets excluent | Imprime ton souvenir en nous, Jésus |
7ème station : Jésus tombe pour la deuxième fois
De l’Évangile selon saint Luc (15, 2-6)
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! ». Alors Jésus leur dit cette parabole. « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !” »
Tomber et se relever ; tomber et se relever encore. C’est ainsi, Jésus, que tu nous as appris à comprendre l’aventure de la vie humaine. Humaine parce qu’ouverte. Nous n’acceptons pas que les machines fassent des erreurs, nous voulons qu’elles soient parfaites. Les personnes, en revanche, faiblissent, se laissent distraire, se perdent. Pourtant, elles connaissent la joie, celle des nouveaux départs, des renaissances. Les humains ne viennent pas au monde mécaniquement, mais artisanalement : nous sommes des pièces uniques, mélanges de grâce et de responsabilité. Jésus, tu t’es fait l’un de nous ; tu n’as pas eu peur de trébucher et de tomber. Ceux qui en sont gênés, ceux qui font étalage d’infaillibilité, ceux qui cachent leurs propres chutes et ne pardonnent pas celles des autres, refusent le chemin que tu as choisi. Tu es, Jésus, le Seigneur de la joie. En toi, nous sommes tous retrouvés et ramenés à la maison, comme la brebis unique qui s’était égarée. Inhumaine est l’économie où quatre-vingt-dix-neuf valent plus qu’un seul. Pourtant, nous avons construit un monde qui fonctionne ainsi : un monde de calculs et d’algorithmes, de logiques froides et d’intérêts implacables. La loi de ta maison, économie divine, est autre, Seigneur. Se tourner vers toi qui tombes et te relèves, c’est changer de cap et de rythme. Une conversion qui redonne de la joie et nous ramène à la maison.
Prions en disant : Relève-nous, Dieu, notre salut
| Nous sommes des enfants qui pleurent parfois. | Relève-nous, Dieu, notre salut | |
| Nous sommes des adolescents qui ne se sentent pas en sécurité | Relève-nous, Dieu, notre salut | |
| Nous sommes des jeunes que trop d’adultes méprisent. | Relève-nous, Dieu, notre salut | |
| Nous sommes des adultes qui ont fait des erreurs. | Relève-nous, Dieu, notre salut | |
| Nous sommes des personnes âgées qui veulent encore rêver. | Relève-nous, Dieu, notre salut |
8ème station : Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
Évangile selon Luc (23, 27-31)
Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : “Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !”Alors on dira aux montagnes : “Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous”. Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
Jésus, tu as toujours reconnu chez les femmes une correspondance particulière avec le cœur de Dieu. C’est pourquoi tu les as immédiatement aperçues dans la grande foule qui a changé de direction et t’a suivi, et tu as établi une fois de plus avec elles une relation particulière. La ville est différente quand les habitants sont portés sur le sein, quand les enfants sont allaités ; quand les choses sont vécues de l’intérieur, et pas seulement sur le registre de la domination. Tu touches le cœur des femmes qui accomplissent par devoir le rite de la compassion. C’est en effet dans le cœur que les événements se rassemblent et que naissent les pensées et les décisions. « Ne pleurez pas pour moi ». Le cœur de Dieu vibre pour son peuple, il engendre une nouvelle cité : « Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ». Il existe en effet des pleurs où tout renaît. Des larmes de repentir dont on ne doit pas avoir honte sont nécessaires, des larmes qu’il ne faut pas garder pour soi. Seigneur, notre vivre ensemble blessée dans ce monde en morceaux a besoin de larmes sincères, et non de circonstance. Sinon, ce que prédisent les apocalypses se réalisera : nous n’engendrerons plus rien, et ensuite tout s’effondrera. La foi, au contraire, déplace les montagnes. Les montagnes et les collines ne tombent pas sur nous, mais une route s’ouvre au milieu d’elles. C’est ta route, Jésus : une route en montée, sur laquelle les apôtres t’ont abandonné, mais où tes disciples – les mères de l’Église – t’ont suivi.
Prions en disant : Jésus, donne-nous un cœur maternel !
| Tu as rempli l’histoire de l’Église de saintes femmes. | Jésus, donne-nous un cœur maternel ! | |
| Tu as renié l’arrogance et la domination. | Jésus, donne-nous un cœur maternel ! | |
| Tu as recueilli et consolé les larmes des mères. | Jésus, donne-nous un cœur maternel ! | |
| Tu as confié aux femmes le message de la résurrection. | Jésus, donne-nous un cœur maternel ! | |
| Tu as inspiré à l’Église de nouveaux charismes et de nouvelles sensibilités. | Jésus, donne-nous un cœur maternel ! |
9ème station : Jésus tombe pour la troisième fois
Extrait de l’Évangile selon saint Luc (7, 44-49)
[Jésus] dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour ». Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés ». Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? »
Tu tombes encore Jésus, pas seulement une ou deux fois. Tu tombais déjà quand tu étais enfant, comme tous les enfants. Tu as de cette manière compris et accueilli notre humanité qui tombe et tombe encore. Si le péché nous éloigne, ton existence sans péché te rapproche de tout pécheur et t’unit indissolublement à ses chutes. Et cela pousse à la conversion. Scandale pour ceux qui prennent leurs distances avec les autres et avec eux-mêmes. Scandale pour ceux qui vivent coupés en deux, entre ce qu’ils devraient être et ce qu’ils sont réellement. Jésus, l’hypocrisie tombe devant ta miséricorde. Les masques, les belles façades ne servent plus à rien. Dieu voit le cœur. Il aime le cœur. Il réchauffe le cœur. C’est ainsi que tu me relèves et me remets en marche sur des voies jamais encore parcourues, audacieuses, généreuses. Qui es-tu, Jésus, pour pardonner même les péchés ? De nouveau à terre sur le chemin de la croix, tu es le Sauveur de notre terre. Non seulement nous l’habitons mais nous en sommes faits. Toi, à terre, tu nous modèles encore, comme un habile potier.
Prions en disant : Nous sommes de l’argile entre tes mains
| Quand les choses semblent ne pas pouvoir changer, rappelle-nous : | Nous sommes de l’argile entre tes mains | |
| Quand les conflits semblent sans fin, rappelle-nous : | Nous sommes de l’argile entre tes mains | |
| Quand la technologie nous fait croire à la toute-puissance, rappelle-nous : | Nous sommes de l’argile entre tes mains | |
| Lorsque les succès nous détachent de la terre, rappelle-nous : | Nous sommes de l’argile entre tes mains | |
| Lorsque nous nous préoccupons davantage de l’apparence que du cœur, rappelle-nous : | Nous sommes de l’argile entre tes mains |
10ème station : Jésus est dépouillé de ses vêtements
Du livre de Job (1, 20-22)
Alors Job se leva, il déchira son manteau et se rasa la tête, il se jeta à terre et se prosterna. Puis il dit : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris : Que le nom du Seigneur soit béni ! » En tout cela, Job ne commit pas de péché. Il n’adressa à Dieu aucune parole déplacée.
Tu ne te dépouilles pas, tu es dépouillé. La différence est claire pour nous tous, Jésus. Seul celui qui nous aime peut accueillir notre nudité entre ses mains et sous son regard. Nous craignons, en revanche, le regard de celui qui ne nous connaît pas et ne sait que posséder. Tu es dévêtu et exposé à tous, mais tu transformes l’humiliation en familiarité. Tu veux te faire intime même de celui qui te détruit, tu regardes celui qui te dépouille comme une personne aimée que le Père t’a donnée. Il y a ici plus que la patience de Job, plus que sa foi. Tu es l’Époux qui se laisse prendre, toucher et qui transforme tout en bien. Tu nous laisses tes vêtements comme les reliques d’un amour consommé. Ils sont entre nos mains car tu es venu à nous, tu as été parmi nous. Nous avons gardé tes vêtements et maintenant nous les tirons au sort, mais le sort, ici, est favorable non pas à un seul, mais à tous. Tu nous connais individuellement pour sauver tout le monde, tout le monde, tout le monde. Et si l’Église t’apparait aujourd’hui comme un vêtement déchiré, apprends-nous à retisser notre fraternité, fondée sur ton don. Nous sommes ton Corps, ta tunique indivisible, ton Épouse. Nous le sommes ensemble. Le sort nous a placés dans des lieux délicieux ; notre héritage est magnifique (cf. Ps 16, 6).
Prions en disant : Donne à ton Église la paix et l’unité
| Seigneur Jésus, toi qui vois tes disciples divisés. | Donne à ton Église la paix et l’unité | |
| Seigneur Jésus, toi qui portes les blessures de notre histoire. | Donne à ton Église la paix et l’unité | |
| Seigneur Jésus, toi qui connais la fragilité de nos amours. | Donne à ton Église la paix et l’unité | |
| Seigneur Jésus, qui veux que nous soyons les membres de ton corps. | Donne à ton Église la paix et l’unité | |
| Seigneur Jésus, qui portes la tunique de la miséricorde. | Donne à ton Église la paix et l’unité |
11ème station : Jésus est cloué sur la croix
Évangile selon Luc (23, 32-34a)
Ils emmenaient aussi avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu-dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Puis, ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.
Rien n’est plus effrayant que l’immobilité. Et tu es cloué, immobilisé, bloqué. Mais tu l’es avec d’autres : jamais seul, déterminé à te révéler, même sur la croix, comme le Dieu avec nous. La révélation ne peut être arrêtée, elle ne peut être clouée. Toi, Jésus, tu nous montres qu’en toute circonstance il y a un choix à faire. C’est le vertige de la liberté. Même sur la croix, tu n’es pas neutralisé : tu décides pour qui tu es là. Tu accordes de l’attention à l’un et à l’autre des crucifiés avec toi. Tu laisses glisser les insultes de l’un et tu accueilles la prière de l’autre. Tu prêtes attention à celui qui te crucifie et tu sais lire dans le cœur de celui qui ne sait pas ce qu’il fait. Tu prêtes attention au ciel : tu voudrais qu’il soit plus clair, mais tu déchires la barrière de l’obscurité par la lumière de l’intercession. Cloué, en effet, tu intercèdes : tu te places entre les parties, entre les opposés. Et tu les conduits à Dieu, car ta croix fait tomber les murs, efface les dettes, annule les jugements, établit la réconciliation. Tu es le véritable Jubilé. Convertis-nous à toi, Jésus qui, cloué, peux tout.
Prions en disant : Apprends-nous à aimer
| Quand nous avons la force et quand nous avons l’impression de ne plus en avoir. | Apprends-nous à aimer | |
| Quand nous sommes paralysés par des lois ou des décisions injustes. | Apprends-nous à aimer | |
| Quand nous sommes confrontés à ceux qui ne veulent ni vérité ni justice. | Apprends-nous à aimer | |
| Quand nous sommes tentés de désespérer. | Apprends-nous à aimer | |
| Quand on dit “il n’y a plus rien à faire”. | Apprends-nous à aimer |
12ème station : Jésus meurt sur la croix
De l’Évangile selon saint Luc (23, 45-49)
Le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira. À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : « Celui-ci était réellement un homme juste. » Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder.
Où sommes-nous sur le Calvaire ? Sous la croix ? Un peu à distance ? Loin ? Ou peut-être comme les apôtres, ne pas y être. Tu respires, et ce souffle, dernier et premier, demande seulement à être accueilli. Seigneur Jésus, oriente nos chemins vers ton don. Ne permets pas que ton souffle de vie soit dispersé. Nos ténèbres cherchent la lumière. Nos temples veulent rester ouverts définitivement. Désormais, le Saint n’est plus au-delà du voile : son secret est offert à tous. Un soldat le perçoit en voyant de près comment tu meurs, il reconnaît un nouveau genre de force. La foule qui avait crié contre toi le comprend : d’abord distante, elle assiste maintenant au spectacle d’un amour jamais vu, d’une beauté qui fait croire à nouveau. Seigneur, tu donnes à ceux qui te regardent mourir le temps de revenir en se frappant la poitrine, en se frappant le cœur afin de briser sa dureté. Jésus, accorde-nous, qui te regardons encore souvent à distance, de vivre dans ton souvenir, pour qu’un jour, lorsque tu viendras, la mort même nous trouve vivants.
Prions en disant : Esprit Saint, viens !
| Nous nous sommes tenus à distance des plaies du Seigneur. | Esprit Saint, viens ! | |
| Devant notre frère tombé, nous nous sommes détournés. | Esprit Saint, viens ! | |
| Les miséricordieux et les pauvres en esprit semblent perdants. | Esprit Saint, viens ! | |
| Croyants et non croyants se tiennent devant le crucifié. | Esprit Saint, viens ! | |
| Le monde entier cherche un nouveau départ. | Esprit Saint, viens ! |
13ème station : Jésus est descendu de la croix
De l’Évangile selon saint Luc (23, 50-53)
Alors arriva un membre du Conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste, qui n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le règne de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix.
Ton corps est enfin entre les mains d’un homme bon et juste. Tu es environné du sommeil de la mort, Jésus, mais tu as choisi un cœur ardant pour s’occuper de toi. Joseph n’était pas de ceux qui disent et ne font pas. Il n’avait pas adhéré à la décision ni à l’action des autres, dit l’Évangile. Et c’est une bonne nouvelle : celui qui n’a pas embrassé l’opinion commune te prend dans ses bras, Jésus. Tu es pris en charge par celui qui a pris en charge ses responsabilités. Tu es à ta place, Jésus, sur le sein de Joseph d’Arimathie qui “attendait le Royaume de Dieu”. Tu es à ta place parmi ceux qui espèrent encore, parmi ceux qui ne se résignent pas à penser que l’injustice est inévitable. Tu brises la chaîne de l’inéluctable, Jésus. Tu brises les automatismes qui détruisent la maison commune et la fraternité. Tu donnes à ceux qui attendent ton Royaume le courage de se présenter à l’autorité : comme Moïse devant Pharaon, comme Joseph d’Arimathie devant Pilate. Tu nous confies de grandes responsabilités, tu nous rends audacieux. Ainsi, tu es mort et tu règnes encore. Et pour nous, Jésus, te servir, c’est régner.
Prions en disant : Te servir, c’est régner
| En nourrissant les affamés. | Te servir, c’est régner | |
| En donnant à boire à ceux qui ont soif. | Te servir, c’est régner | |
| En couvrant ceux qui sont nus. | Te servir, c’est régner | |
| En donnant l’hospitalité aux étrangers. | Te servir, c’est régner | |
| En visitant les malades. | Te servir, c’est régner | |
| En visitant les prisonniers. | Te servir, c’est régner | |
| En enterrant les morts. | Te servir, c’est régner |
14ème station : Jésus est déposé dans le sépulcre
De l’Évangile selon saint Luc (23, 53-56)
Il l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un tombeau taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.
Dans un système qui ne s’arrête jamais, Jésus, tu vis ton sabbat. Les femmes le vivent aussi, elles dont les arômes et les parfums voudraient déjà parler de résurrection. Tu nous apprends à ne rien faire, quand il nous est demandé seulement d’attendre. Tu nous éduques aux temps de la terre, qui ne sont pas ceux de l’artifice. Déposé dans le sépulcre, Jésus, tu partages la condition que nous avons tous en commun et tu atteins les profondeurs qui nous font si peur. Vois comment nous les fuyons en multipliant nos activités. Nous tournons souvent en rond, mais le sabbat brille de ses lumières : il nous éduque et nous demande du repos. Vie divine, vie à mesure d’homme, celle qui connaît la paix du sabbat. « Chacun pourra s’asseoir sous sa vigne et son figuier, et personne pour l’inquiéter » (Mi 4, 4), prophétisait Michée. Et Zacharie lui fait écho : « Ce jour-là – oracle du Seigneur de l’univers –, vous vous inviterez l’un l’autre sous la vigne et sous le figuier » (cf. Za 3, 10). Jésus, toi qui sembles dormir dans la tempête du monde, introduis-nous dans la paix du sabbat. Alors toute la création nous apparaîtra belle et bonne, destinée à la résurrection. Et ce sera la paix sur ton peuple et sur toutes les nations.
Prions en disant : Que vienne ta paix
| Pour la terre, l’air et l’eau. | Que vienne ta paix | |
| Pour les justes et les injustes. | Que vienne ta paix | |
| Pour ceux qui sont invisibles et les sans-voix. | Que vienne ta paix | |
| Pour ceux qui n’ont ni pouvoir ni argent. | Que vienne ta paix | |
| Pour ceux qui attendent un germe de justice. | Que vienne ta paix |
Invocation conclusive
« Laudato si’, mi’ Signore », – « Loué sois-tu, mon Seigneur », chantait saint François d’Assise. Dans ce beau cantique, il nous rappelait que notre maison commune est aussi comme une sœur […]. Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons » (Enc. Laudato si’, n. 1-2).
« Fratelli tutti », écrivait saint François d’Assise, en s’adressant à tous ses frères et sœurs, pour leur proposer un mode de vie au goût de l’Évangile » (Enc. Fratelli tutti, n. 1).
« Il nous a aimés » dit saint Paul, en parlant du Christ […], nous faisant découvrir que rien “ne pourra nous séparer” de son amour » Enc. Dilexit nos, n. 1).
Nous avons parcouru le chemin de croix, nous nous sommes tournés vers l’amour dont rien ne peut nous séparer. Maintenant, alors que le Roi dort et qu’un grand silence descend sur toute la terre, faisant nôtres les paroles de saint François, invoquons le don de la conversion du cœur.
Dieu haut et glorieux
éclaire les ténèbres de mon cœur.
Donne-moi une foi droite,
une espérance certaine,
une charité parfaite
et une profonde humilité.
Donne-moi, Seigneur, la sagesse et le discernement
pour faire ta vraie et sainte volonté. Amen.

DISCOURS AUX PROFESSIONNELS DE LA COMMUNICATION
Bonjour, et merci pour cet accueil formidable ! On dit que les applaudissements au début n’ont pas beaucoup d’importance… Si vous êtes encore réveillés à la fin et que vous avez encore envie d’applaudir… Merci beaucoup !
Frères et sœurs !
Je vous souhaite la bienvenue, représentants des médias du monde entier. Je vous remercie pour le travail que vous avez accompli et que vous accomplissez en ce moment, qui est essentiellement un temps de grâce pour l’Église.
Dans le « Discours sur la montagne », Jésus a proclamé : « Heureux les artisans de paix » (Mt 5, 9). Il s’agit d’une béatitude qui nous interpelle tous et qui vous concerne particulièrement, appelant chacun à s’engager à promouvoir une communication différente, qui ne recherche pas le consensus à tout prix, qui ne se revêt pas de mots agressifs, qui n’épouse pas le modèle de la compétition, qui ne sépare jamais la recherche de la vérité de l’amour avec lequel nous devons humblement la rechercher. La paix commence par chacun de nous : par la manière dont nous regardons les autres, dont nous les écoutons, dont nous parlons d’eux ; et, en ce sens, la manière dont nous communiquons est d’une importance fondamentale : nous devons dire « non » à la guerre des mots et des images, nous devons rejeter le paradigme de la guerre.
Permettez-moi donc de réaffirmer aujourd’hui la solidarité de l’Église avec les journalistes emprisonnés pour avoir recherché à rapporter la vérité, et par ces paroles, de demander la libération de ces journalistes emprisonnés. L’Église reconnaît dans ces témoins – je pense à ceux qui racontent la guerre au prix de leur vie – le courage de ceux qui défendent la dignité, la justice et le droit des peuples à être informés, car seuls des peuples informés peuvent faire des choix libres. La souffrance de ces journalistes emprisonnés interpelle la conscience des nations et de la communauté internationale, nous appelant tous à préserver le bien précieux que sont la liberté d’expression et la liberté de la presse.
Merci, chers amis, pour votre service à la vérité. Vous avez été à Rome ces dernières semaines pour raconter l’Église, sa diversité et, en même temps, son unité. Vous avez accompagné les rites de la Semaine Sainte ; vous avez ensuite raconté la douleur causée par la mort du pape François, survenue cependant dans la lumière de Pâques. Cette même foi pascale nous a introduits dans l’esprit du Conclave, qui vous a vu particulièrement engagés pendant ces journées fatigantes ; et, même en cette occasion, vous avez su raconter la beauté de l’amour du Christ qui nous unit tous et fait de nous un seul peuple, guidé par le Bon Pasteur.
Nous vivons des temps difficiles à traverser et à raconter, qui représentent un défi pour nous tous et que nous ne devons pas fuir. Au contraire, ils exigent de chacun, dans nos différents rôles et services, de ne jamais céder à la médiocrité. L’Église doit relever le défi de son temps et, de la même manière, il ne peut y avoir de communication et de journalisme hors du temps et de l’histoire. Comme nous le rappelle saint Augustin, qui disait : « Vivons bien, et les temps seront bons. Nous sommes les temps » (Discours 311).
Merci donc pour ce que vous avez fait pour sortir des stéréotypes et des lieux communs à travers lesquels nous lisons souvent la vie chrétienne et la vie même de l’Église. Merci d’avoir su saisir l’essentiel de ce que nous sommes et de l’avoir transmis par tous les moyens au monde entier.
Aujourd’hui, l’un des défis les plus importants est de promouvoir une communication capable de nous faire sortir de la « tour de Babel » dans laquelle nous nous trouvons parfois, de la confusion des langages sans amour, souvent idéologiques ou partisans. C’est pourquoi votre service, avec les mots que vous utilisez et le style que vous adoptez, est important. En effet, la communication n’est pas seulement la transmission d’informations, mais aussi la création d’une culture, d’environnements humains et numériques qui deviennent des espaces de dialogue et de confrontation. Et si l’on considère l’évolution technologique, cette mission devient encore plus nécessaire. Je pense en particulier à l’intelligence artificielle, avec son immense potentiel, qui exige toutefois responsabilité et discernement pour orienter les outils vers le bien de tous, afin qu’ils puissent produire des bénéfices pour l’humanité. Et cette responsabilité concerne tout le monde, proportionnellement à l’âge et aux rôles sociaux.
Chers amis, nous apprendrons avec le temps à mieux nous connaître. Nous avons vécu – nous pouvons le dire ensemble – des jours vraiment particuliers. Nous les avons partagés avec tous les moyens de communication : la télévision, la radio, le web, les réseaux sociaux. Je souhaite vivement que chacun de nous puisse dire qu’ils nous ont révélé un peu du mystère de notre humanité et qu’ils nous ont laissé un désir d’amour et de paix. C’est pourquoi je vous répète aujourd’hui l’invitation lancée par le pape François dans son dernier message pour la prochaine Journée mondiale des communications sociales : désarmons la communication de tout préjugé, rancœur, fanatisme et haine ; purifions-la de toute agressivité. Nous n’avons pas besoin d’une communication bruyante, musclée, mais plutôt d’une communication capable d’écouter, de recueillir la voix des faibles qui n’ont pas de voix. Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre. Une communication désarmée et désarmante nous permet de partager un regard différent sur le monde et d’agir en cohérence avec notre dignité humaine.
Vous êtes en première ligne pour raconter les conflits et les espoirs de paix, les situations d’injustice et de pauvreté, ainsi que le travail silencieux de tant de personnes pour un monde meilleur. C’est pourquoi je vous demande de choisir avec conscience et courage la voie d’une communication de paix.
Merci. Que Dieu vous bénisse ! Et au revoir.
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Chers frères et sœurs,
Je suis heureux de vous accueillir pour ma première audience générale. Je reprends aujourd’hui le cycle des catéchèses jubilaires, sur le thème « Jésus-Christ notre espérance », commencé par le Pape François.
Aujourd’hui, nous continuons à méditer sur les paraboles de Jésus, qui nous aident à redécouvrir l’espérance, parce qu’elles nous montrent comment Dieu agit dans l’histoire. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter sur une parabole un peu particulière, parce qu’elle est une sorte d’introduction à toutes les paraboles. Je veux parler de celle du semeur (cf. Mt 13, 1-17). D’une certaine manière, nous pouvons reconnaître dans ce récit la manière de communiquer de Jésus, qui a beaucoup à nous apprendre pour l’annonce de l’Évangile aujourd’hui.
Chaque parabole raconte une histoire tirée de la vie quotidienne, mais elle veut nous dire quelque chose de plus, nous renvoyer à un sens plus profond. La parabole nous interroge, nous invite à ne pas nous arrêter aux apparences. Devant l’histoire qui m’est racontée ou l’image qui m’est donnée, je peux me demander : où suis-je dans cette histoire ? Que dit cette image à ma vie ? Le terme parabole vient en effet du verbe grec paraballein, qui signifie jeter devant. La parabole jette devant moi une parole qui me provoque et m’incite à m’interroger.
La parabole du semeur parle précisément de la dynamique de la parole de Dieu et des effets qu’elle produit. En effet, chaque parole de l’Évangile est comme une graine qui est semée dans le sol de notre vie. Jésus utilise plusieurs fois l’image de la semence, avec des significations différentes. Au chapitre 13 de l’Évangile de Matthieu, la parabole du semeur introduit une série d’autres petites paraboles, dont certaines parlent précisément de ce qui se passe dans le sol : le blé et l’ivraie, la graine de moutarde, le trésor caché dans le champ. Quelle est donc cette terre ? C’est notre cœur, mais c’est aussi le monde, la communauté, l’Église. La parole de Dieu, en effet, féconde et provoque toutes les réalités.
Au début, nous voyons Jésus sortir de la maison et une grande foule se rassembler autour de lui (cf. Mt 13, 1). Sa parole fascine et intrigue. Parmi les gens, il y a évidemment beaucoup de situations différentes. La parole de Jésus s’adresse à tous, mais elle agit en chacun d’une manière différente. Ce contexte nous permet de mieux comprendre le sens de la parabole.
Un semeur plutôt original sort pour semer, mais il ne se soucie pas de l’endroit où la semence tombe. Il sème les graines même là où elles ont peu de chances de porter du fruit : sur le chemin, parmi les pierres, parmi les ronces. Cette attitude étonne l’auditeur et l’amène à se demander : comment cela se fait-il ?
Nous sommes habitués à calculer les choses – et c’est parfois nécessaire – mais ce n’est pas le cas dans l’amour ! La manière dont ce semeur « gaspilleur » sème la graine est une image de la manière dont Dieu nous aime. En effet, il est vrai que le destin de la semence dépend aussi de la manière dont le sol l’accueille et de la situation dans laquelle elle se trouve, mais avant tout, dans cette parabole, Jésus nous dit que Dieu sème la semence de sa parole sur toutes sortes de sols, c’est-à-dire dans n’importe laquelle de nos situations : parfois nous sommes plus superficiels et distraits, parfois nous nous laissons emporter par l’enthousiasme, parfois nous sommes accablés par les soucis de la vie, mais il y a aussi des moments où nous nous montrons disponibles et accueillants. Dieu est confiant et espère que tôt ou tard la graine fleurira. C’est ainsi qu’il nous aime : il n’attend pas que nous soyons la meilleure terre, il nous donne toujours généreusement sa parole. Peut-être qu’en voyant qu’il nous fait confiance, le désir d’être une meilleure terre naîtra en nous. C’est cela l’espérance, fondée sur le roc de la générosité et de la miséricorde de Dieu.
En racontant comment la graine porte du fruit, Jésus parle aussi de sa vie. Jésus est la Parole, il est la Semence. Et, pour porter du fruit, la semence doit mourir. Ainsi, cette parabole nous dit que Dieu est prêt à « gaspiller » pour nous et que Jésus est prêt à mourir pour transformer nos vies.
J’ai à l’esprit ce magnifique tableau de Van Gogh : Le semeur au coucher du soleil. Cette image du semeur sous un soleil de plomb me parle aussi du labeur de l’agriculteur. Et je suis frappé par le fait que, derrière le semeur, Van Gogh a représenté le grain déjà mûr. Il me semble que c’est une image d’espoir : d’une manière ou d’une autre, la graine a porté ses fruits. Nous ne savons pas exactement comment, mais c’est ainsi. Au centre de la scène, cependant, il n’y a pas le semeur, qui se tient sur le côté, mais tout le tableau est dominé par l’image du soleil, peut-être pour nous rappeler que c’est Dieu qui fait bouger l’histoire, même s’il semble parfois absent ou distant. C’est le soleil qui réchauffe les mottes de terre et fait mûrir la semence.
Chers frères et sœurs, dans quelle situation de la vie d’aujourd’hui la parole de Dieu nous rejoint-elle ? Demandons au Seigneur la grâce d’accueillir toujours cette semence qu’est sa parole. Et si nous nous rendons compte que nous ne sommes pas une terre féconde, ne nous décourageons pas, mais demandons-lui de nous travailler à nouveau pour faire de nous une meilleure terre.
Appel pour la population de la bande de Gaza
La situation dans la bande de Gaza est de plus en plus préoccupante et douloureuse. Je renouvelle mon appel du fond du cœur pour permettre l’entrée d’une aide humanitaire décente et mettre fin aux hostilités dont le prix déchirant est payé par les enfants, les personnes âgées et les malades.
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Chers frères et sœurs, bonjour !
Ces dernières semaines, nous traitons du thème des vices et des vertus, et aujourd’hui nous nous arrêtons pour réfléchir sur le vice de la colère. Il s’agit d’un vice particulièrement sombre, et peut-être le plus facile à détecter d’un point de vue physique. La personne dominée par la colère peut difficilement la dissimuler : on le reconnaît aux mouvements de son corps, à son agressivité, à sa respiration laborieuse, à son regard obscur et renfrogné.
Dans sa manifestation la plus aiguë, la colère est un vice qui ne laisse aucun répit. Si elle naît d’une injustice subie (ou ressentie comme telle), elle ne se déchaîne souvent pas contre le coupable, mais contre le premier malchanceux. Il y a des hommes qui retiennent leur colère au travail, se montrant calmes et compatissants, mais qui, une fois à la maison, deviennent insupportables pour la femme et les enfants. La colère est un vice omniprésent : elle est capable de nous priver de sommeil et de nous faire constamment comploter dans notre esprit, incapables de trouver une barrière pour raisonner et penser.
La colère est un vice destructeur des relations humaines. Il exprime l’incapacité à accepter la diversité de l’autre, surtout lorsque ses choix de vie divergent des nôtres. Elle ne s’arrête pas au mauvais comportement d’une personne, mais jette tout dans la marmite : c’est l’autre, l’autre tel qu’il est, l’autre en tant que tel qui provoque la colère et le ressentiment. On se met à détester le ton de sa voix, les gestes banals de la vie quotidienne, ses façons de raisonner et de sentir.
Lorsque la relation atteint ce niveau de dégénérescence, la lucidité est désormais perdue. La colère fait perdre la lucidité. Car l’une des caractéristiques de la colère est parfois qu’elle ne s’apaise pas avec le temps. Dans ce cas, même la distance et le silence, au lieu d’apaiser le poids de l’incompréhension, l’amplifient. C’est pour cette raison que l’apôtre Paul – comme nous l’avons entendu – recommande à ses chrétiens d’aborder immédiatement le problème et de tenter une réconciliation : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Ep 4,26). Il est important que tout soit résolu immédiatement, avant que le soleil ne se couche. Si un malentendu survient pendant la journée et que deux personnes ne se comprennent plus, se sentant soudain éloignées l’une de l’autre, la nuit ne doit pas être livrée au diable. Le vice nous maintiendrait éveillés dans l’obscurité, ruminant nos raisons et nos erreurs inexplicables qui ne sont jamais les nôtres et toujours celles de l’autre. C’est ainsi : lorsqu’une personne est dominée par la colère, elle dit toujours que le problème vient de l’autre ; elle n’est jamais capable de reconnaître ses propres fautes, ses propres déficiences.
Dans le « Notre Père », Jésus nous fait prier pour nos relations humaines qui sont un terrain miné : un plan qui ne s’équilibre jamais parfaitement. Dans la vie, nous avons affaire à des débiteurs qui nous sont redevables, tout comme nous n’avons certainement pas toujours aimé tout le monde à sa juste mesure. À certains, nous n’avons pas rendu l’amour qui leur était dû. Nous sommes tous des pécheurs, tous, et tous nous avons des comptes dans le rouge : il ne faut pas l’oublier ! Pour cela tous nous devons apprendre à pardonner pour être pardonnés. Les hommes ne restent pas ensemble s’ils ne pratiquent pas aussi l’art du pardon, pour autant que cela soit humainement possible. Ce qui peut contrer la colère, c’est la bienveillance, l’ouverture du cœur, la douceur, la patience.
Mais à propos de la colère, il faut dire une dernière chose. C’est un vice terrible, a-t-on dit, il est à l’origine des guerres et des violences. Le poème de l’Iliade décrit « la colère d’Achille », qui sera la cause d’un « deuil infini ». Mais tout ce qui naît de la colère n’est pas mauvais. Les anciens savaient bien qu’il y a en nous une part d’irascibilité qui ne peut et ne doit pas être niée. Les passions sont, dans une certaine mesure, inconscientes : elles se produisent, ce sont des expériences de la vie. Nous ne sommes pas responsables de l’apparition de la colère, mais toujours de son développement. Et parfois, il est bon que la colère soit évacuée de la bonne manière. Si une personne ne se met jamais en colère, si elle n’est pas indignée par une injustice, si elle ne ressent pas un frémissement dans ses tripes face à l’oppression d’une personne faible, cela signifierait que cette personne n’est pas humaine, et encore moins chrétienne.
La sainte indignation existe, qui n’est pas la colère mais un mouvement intérieur, une sainte indignation. Jésus l’a connue plusieurs fois dans sa vie (cf. Mc 3,5) : il n’a jamais répondu au mal par le mal, mais dans son âme il a ressenti ce sentiment et, dans le cas des marchands du Temple, il a accompli une action forte et prophétique, dictée non par la colère, mais par le zèle pour la maison du Seigneur (cf. Mt 21,12-13). Nous devons bien distinguer : une chose est le zèle, la sainte indignation, une autre est la colère qui est mauvaise.
Il nous appartient, avec l’aide de l’Esprit Saint, de trouver la juste mesure des passions, de bien les éduquer pour qu’elles s’orientent vers le bien et non vers le mal. Merci.
Source : vatican.va
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Basilique Saint-Pierre, autel de la Chaire, mercredi 25 juin 2025
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Que la paix soit avec vous !
Chers confrères, bonjour et bienvenue !
J’apprécie et j’admire votre dévouement à venir en pèlerinage à Rome, bien conscient des exigences pressantes de votre ministère. Mais chacun de vous, comme moi, avant d’être pasteur, est une brebis du troupeau du Seigneur ! Et par conséquent, nous aussi, et même en premier lieu, nous sommes invités à franchir la Porte Sainte, symbole du Christ Sauveur. Pour guider l’Église confiée à nos soins, nous devons nous laisser profondément renouveler par Lui, le Bon Pasteur, afin de nous conformer pleinement à son cœur et à son mystère d’amour.
« Spes non confundit », « l’espérance ne déçoit pas » (Rm 5, 5). Combien de fois le Pape François a-t-il répété ces paroles de saint Paul ! Elles sont devenues sa devise, au point qu’il les a choisies comme incipit de la Bulle d’indiction de cette Année jubilaire.
En tant qu’évêques, nous sommes les premiers héritiers de cette mission prophétique, et nous devons la préserver et la transmettre au Peuple de Dieu, par la parole et par le témoignage. Parfois, annoncer que l’espérance ne déçoit pas signifie aller à contre-courant, voire à l’encontre de l’évidence de situations douloureuses qui semblent sans issue. Mais c’est précisément dans ces moments-là que peut mieux se manifester le fait que notre foi et notre espérance ne viennent pas de nous, mais de Dieu. Et alors, si nous sommes vraiment proches, solidaires de ceux qui souffrent, l’Esprit Saint peut même raviver dans les cœurs la flamme presque éteinte (cf. Bulle Spes non confundit, n. 3).
Très chers frères, le pasteur est témoin de l’espérance par l’exemple d’une vie fermement ancrée en Dieu et entièrement donnée au service de l’Église. Cela se produit dans la mesure où il s’identifie au Christ dans sa vie personnelle et dans son ministère apostolique : l’Esprit du Seigneur façonne sa pensée, ses sentiments, ses comportements. Arrêtons-nous ensemble sur quelques traits qui caractérisent ce témoignage.
Tout d’abord, l’évêque est le principe visible d’unité dans l’Église particulière qui lui est confiée. Il a pour tâche de veiller à ce qu’elle s’édifie dans la communion entre tous ses membres et avec l’Église universelle, en valorisant la contribution des divers dons et ministères pour la croissance commune et la diffusion de l’Évangile. Dans ce service, comme dans toute sa mission, l’évêque peut compter sur la grâce divine spéciale qui lui a été conférée lors de l’Ordination épiscopale : elle le soutient en tant que maître de la foi, sanctificateur et guide spirituel. Elle anime son dévouement pour le Royaume de Dieu, pour le salut éternel des personnes, pour transformer l’histoire par la force de l’Évangile.
Le deuxième aspect que je voudrais examiner, toujours à partir du Christ comme forme de vie du Pasteur, je le définirais ainsi : l’évêque comme homme de vie théologale. Ce qui équivaut à dire : homme pleinement docile à l’action de l’Esprit Saint, qui suscite en lui la foi, l’espérance et la charité et les nourrit, comme la flamme du feu, dans les différentes situations existentielles.
L’évêque est un homme de foi. Et ici me vient à l’esprit cette magnifique page de la Lettre aux Hébreux (cf. chap. 11), où l’auteur, en commençant par Abel, dresse une longue liste de “témoins” de la foi. Je pense en particulier à Moïse qui, appelé par Dieu pour conduire le peuple vers la terre promise, « il tint ferme – dit le texte – comme s’il voyait Celui qui est invisible » (He 11, 27). Quelle belle image de l’homme de foi : celui qui, par la grâce de Dieu, voit au-delà, voit le but, et reste ferme dans l’épreuve. Pensons aux moments où Moïse intercède pour le peuple devant Dieu. Voilà : l’évêque dans son Église est l’intercesseur, car l’Esprit maintient vivante dans son cœur la flamme de la foi.
Dans cette même perspective, l’évêque est un homme d’espérance, car « la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (He 11,1). Surtout lorsque le chemin du peuple devient plus difficile, le pasteur, par vertu théologale, aide à ne pas désespérer : non pas par des paroles, mais par sa proximité. Lorsque les familles portent des fardeaux excessifs et que les institutions publiques ne les soutiennent pas suffisamment ; lorsque les jeunes sont déçus et écœurés par des messages illusoires ; lorsque les personnes âgées et les personnes gravement handicapées se sentent abandonnées, l’évêque est proche et n’offre pas de recettes, mais l’expérience de communautés qui cherchent à vivre l’Évangile dans la simplicité et dans le partage.
Ainsi, sa foi et son espérance se fondent en lui comme homme de charité pastorale. Toute la vie de l’évêque, tout son ministère, si diversifié et multiforme, trouve son unité dans ce que saint Augustin appelle amoris officium. C’est là que s’exprime et transparaît au plus haut point son existence théologale. Dans la prédication, dans les visites aux communautés, dans l’écoute des prêtres et des diacres, dans les choix administratifs, tout est animé et motivé par la charité de Jésus-Christ Pasteur. Par sa grâce, puisée quotidiennement dans l’Eucharistie et dans la prière, l’évêque donne l’exemple de l’amour fraternel envers son coadjuteur ou son auxiliaire, envers l’évêque émérite et les évêques des diocèses voisins, envers ses plus proches collaborateurs comme envers les prêtres en difficulté ou malades. Son cœur est ouvert et accueillant, tout comme sa maison.
Chers frères, tel est le noyau théologique de la vie du Pasteur. Autour de lui, et toujours animées par le même Esprit, je voudrais placer d’autres vertus indispensables : la prudence pastorale, la pauvreté, la continence parfaite dans le célibat et les vertus humaines.
La prudence pastorale est la sagesse pratique qui guide l’évêque dans ses choix, dans son gouvernement, dans ses relations avec les fidèles et leurs associations. Un signe clair de prudence est l’exercice du dialogue comme style et méthode dans les relations et aussi dans la présidence des organismes de participation, c’est-à-dire dans la gestion de la synodalité dans l’Église particulière. Sur cet aspect, le Pape François nous a fait faire un grand pas en avant en insistant, avec une sagesse pédagogique, sur la synodalité comme dimension de la vie de l’Église. La prudence pastorale permet également à l’évêque de guider la communauté diocésaine en valorisant ses traditions et en promouvant de nouvelles voies et de nouvelles initiatives.
Pour témoigner du Seigneur Jésus, le Pasteur vit la pauvreté évangélique. Il a un style simple, sobre et généreux, digne et en même temps adapté aux conditions de la plupart de son peuple. Les pauvres doivent trouver en lui un père et un frère, ne pas se sentir mal à l’aise en le rencontrant ou en entrant dans sa maison. Il est personnellement détaché des richesses et ne cède pas à des favoritismes fondés sur celles-ci ou sur d’autres formes de pouvoir. L’évêque ne doit pas oublier que, comme Jésus, il a été oint du Saint-Esprit et envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18).
Outre la pauvreté effective, l’évêque vit également cette forme de pauvreté qu’est le célibat et la virginité pour le Royaume des cieux (cf. Mt 19, 12). Il ne s’agit pas seulement d’être célibataire, mais de pratiquer la chasteté du cœur et de la conduite et de vivre ainsi la suite du Christ et d’offrir à tous la véritable image de l’Église, sainte et chaste dans ses membres comme dans son Chef. Il devra être ferme et décidé dans la manière d’affronter les situations qui peuvent donner scandale et tous les cas d’abus, en particulier à l’égard des mineurs, en se conformant aux dispositions actuelles.
Enfin, le Pasteur est appelé à cultiver les vertus humaines que les Pères conciliaires ont voulu mentionner dans le décret Presbyterorum Ordinis (n° 3) et qui, à plus forte raison, sont d’une grande aide pour l’évêque dans son ministère et dans ses relations. Nous pouvons mentionner la loyauté, la sincérité, la magnanimité, l’ouverture d’esprit et de cœur, la capacité de se réjouir avec ceux qui se réjouissent et de souffrir avec ceux qui souffrent ; ainsi que la maîtrise de soi, la délicatesse, la patience, la discrétion, une grande disposition à l’écoute et au dialogue, la disponibilité au service. Ces vertus, dont chacun de nous est plus ou moins doté par nature, nous pouvons et devons les cultiver à l’image de Jésus-Christ, avec la grâce du Saint-Esprit.
Très chers amis, que l’intercession de la Vierge Marie et des saints Pierre et Paul vous obtienne, à vous et à vos communautés, les grâces dont vous avez le plus besoin. En particulier, qu’ils vous aident à être des hommes de communion, à promouvoir toujours l’unité dans le presbyterium diocésain, et que chaque prêtre, sans exception, puisse faire l’expérience de la paternité, de la fraternité et de l’amitié de l’évêque. Cet esprit de communion encourage les prêtres dans leur engagement pastoral et fait grandir l’unité de l’Église particulière.
Je vous remercie de me garder dans vos prières ! Et je prie moi aussi pour vous et vous bénis de tout cœur.
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MESSAGE DU SAINT-PÈRE
POUR LA PREMIÈRE JOURNÉE MONDIALE DES ENFANTS
25-26 mai 2024
Chers enfants,
votre première Journée Mondiale approche : elle aura lieu à Rome les 25 et 26 mai. C’est pourquoi j’ai pensé à vous envoyer un message. Je serai heureux que vous puissiez le recevoir et je remercie tous ceux qui contribueront à le mettre à votre disposition.
Je l’adresse avant tout à chacun de vous personnellement, à toi, cher enfant, parce que “tu es précieux” aux yeux de Dieu (Is 43, 4), comme la Bible nous l’enseigne et comme Jésus l’a démontré tant de fois.
En même temps, j’adresse ce message à tous, parce que vous êtes tous importants et parce qu’ensemble, proches et lointains, vous manifestez le désir de chacun d’entre nous de grandir et de se renouveler. Vous nous rappelez que nous sommes tous des enfants et des frères, et que personne ne peut exister sans quelqu’un qui l’ait mis au monde, ni grandir sans avoir d’autres personnes à qui donner de l’amour et de qui recevoir de l’amour (cf. Lettre encyclique Fratelli tutti, n. 95).
Ainsi, vous tous, les enfants, qui êtes la joie de vos parents et de vos familles, vous êtes aussi la joie de l’humanité et de l’Église dans lesquelles chacun est comme un maillon d’une très longue chaîne qui s’étend du passé à l’avenir et qui couvre toute la terre. C’est pourquoi je vous recommande de toujours écouter attentivement les histoires des grands : de vos mamans, de vos papas, de vos grands-parents et de vos arrière-grands-parents ! Et en même temps de ne pas oublier ceux d’entre vous, encore si jeunes, qui luttent déjà contre la maladie et les difficultés, à l’hôpital ou à la maison, ceux qui sont victimes de la guerre et de la violence, ceux qui souffrent de la faim et de la soif, ceux qui vivent dans la rue, ceux qui sont contraints d’être soldats ou de fuir comme réfugiés, séparés de leurs parents, ceux qui ne peuvent pas aller à l’école, ceux qui sont victimes de bandes criminelles, de la drogue ou d’autres formes d’esclavage, des abus. Bref, tous ces enfants dont l’enfance est aujourd’hui encore cruellement volée. Ecoutez-les, écoutons-les vraiment, car dans leur souffrance, ils nous parlent de la réalité, les yeux purifiés par les larmes et avec ce tenace désir de bien qui naît dans le cœur de ceux qui ont vraiment vu combien le mal est horrible.
Mes petits amis, pour nous renouveler et renouveler le monde, il ne suffit pas que nous soyons ensemble entre nous : Il est nécessaire de rester unis à Jésus. De lui, nous recevons beaucoup de courage : il est toujours proche, son Esprit nous précède et nous accompagne sur les chemins du monde. Jésus nous dit : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5) ; ce sont les paroles que j’ai choisies comme thème de votre première Journée mondiale. Ces mots nous invitent à devenir aussi agiles que des enfants pour saisir la nouveauté suscitée par l’Esprit en nous et autour de nous. Avec Jésus, nous pouvons rêver d’une humanité nouvelle et nous engager dans une société plus fraternelle et attentive à notre maison commune, en commençant par des choses simples, comme saluer les autres, demander la permission, s’excuser, dire merci. Le monde se transforme d’abord par de petites choses, sans avoir honte de ne faire que de petits pas. Au contraire, notre petitesse nous rappelle que nous sommes fragiles et que nous avons besoin les uns des autres, comme les membres d’un seul corps (cf. Rm 12, 5 ; 1 Co 12, 26).
Et ce n’est pas tout. En effet, chers enfants, nous ne pouvons pas être heureux tout seuls, parce que la joie grandit dans la mesure où nous la partageons : elle naît de la gratitude pour les dons que nous avons reçus et que nous partageons à notre tour avec les autres. Lorsque nous gardons pour nous seuls ce que nous avons reçu, ou que nous faisons des caprices pour obtenir tel ou tel cadeau, nous oublions en fait que le plus grand cadeau c’est nous-mêmes, les uns pour les autres : nous sommes le “don de Dieu”. Les autres dons sont utiles, oui, mais seulement pour être ensemble. Si nous ne les utilisons pas pour cela, nous serons toujours insatisfaits et il n’y en aura jamais assez.
Au contraire, si l’on est ensemble, tout est différent ! Pensez à vos amis : comme il est beau d’être avec eux, à la maison, à l’école, en paroisse, à l’aumônerie, partout ; de jouer, de chanter, de découvrir de nouvelles choses, de s’amuser, tous ensemble, sans laisser personne de côté. L’amitié est très belle et ne grandit que de cette façon, dans le partage et le pardon, avec patience, courage, créativité et imagination, sans peur et sans préjugés.
Et maintenant, je veux vous confier un secret important : pour être vraiment heureux, il faut prier, beaucoup prier, tous les jours, parce que la prière nous relie directement à Dieu, elle remplit notre cœur de lumière et de chaleur et nous aide à tout faire avec confiance et sérénité. Jésus aussi priait toujours le Père. Et savez-vous comment il l’appelait ? Dans sa langue, il l’appelait simplement Abba, ce qui signifie Papa (cf. Mc 14, 36). Faisons-le nous aussi ! Nous le sentirons toujours proche. Jésus lui-même nous l’a promis lorsqu’il a dit : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20).
Chers enfants, vous savez qu’au mois de mai, nous nous retrouverons nombreux à Rome, avec vous, qui viendrez du monde entier ! Alors, pour bien nous préparer, je vous recommande d’utiliser en priant les mêmes paroles que celles que Jésus nous a enseignées : le Notre Père. Récitez-le chaque matin et chaque soir, et aussi en famille, avec vos parents, vos frères, vos sœurs et vos grands-parents. Mais pas comme une formule, non ! En pensant aux paroles que Jésus nous a enseignées. Jésus nous appelle et veut que nous soyons avec lui les protagonistes de cette Journée Mondiale, les bâtisseurs d’un monde nouveau, plus humain, plus juste et plus pacifique.
Lui qui s’est offert sur la Croix pour nous rassembler tous dans l’amour, Lui qui a vaincu la mort et nous a réconciliés avec le Père, il veut continuer son œuvre dans l’Église, à travers nous. Pensez-y, en particulier ceux d’entre vous qui se préparent à recevoir la Première Communion.
Chers amis, Dieu, qui nous aime depuis toujours (cf. Jr 1, 5), a pour nous le regard du papa le plus aimant et de la maman la plus tendre. Il ne nous oublie jamais (cf. Is 49,15) et nous accompagne chaque jour et nous renouvelle par son Esprit.
Avec la Très Sainte Vierge Marie et saint Joseph, prions avec ces mots :
Viens, Esprit Saint,
montre-nous ta beauté
reflétée dans les visages
des enfants de la terre.
Viens Jésus,
qui fais toutes choses nouvelles,
qui es le chemin qui nous conduit au Père,
viens et reste avec nous.
Amen.
Rome, Saint-Jean-de-Latran, 2 mars 2024
FRANÇOIS
Source : vatican.va
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Chers frères et sœurs, bonjour !
Après ce tour d’horizon des vices, il est temps de se tourner vers l’image symétrique, qui est à l’opposé de l’expérience du mal. Le cœur humain peut se laisser aller à des passions mauvaises, il peut céder à des tentations néfastes déguisées sous des atours persuasifs, mais il peut aussi s’opposer à tout cela. Aussi laborieux que cela puisse être, l’être humain est fait pour le bien, qui le comble vraiment, et il peut aussi pratiquer cet art, en faisant en sorte que certaines dispositions deviennent permanentes en lui. La réflexion sur cette merveilleuse possibilité qui est la nôtre constitue un chapitre classique de la philosophie morale : le chapitre des vertus.
Les philosophes romains l’appelaient virtus, les grecs aretè. Le terme latin souligne avant tout que la personne vertueuse est forte, courageuse, capable de discipline et d’ascèse ; l’exercice de la vertu est donc le fruit d’une longue germination, qui exige des efforts et même des souffrances. Le mot grec aretè, quant à lui, indique quelque chose qui excelle, qui se distingue, qui suscite admiration. La personne vertueuse est donc celle qui ne se dénature pas en se déformant, mais qui est fidèle à sa vocation, qui se réalise pleinement elle-même.
Nous ferions fausse route si nous pensions que les saints sont des exceptions de l’humanité : une sorte de cercle étroit de champions qui vivent au-delà des limites de notre espèce. Les saints, dans cette perspective que nous venons d’introduire sur les vertus, sont au contraire ceux qui deviennent pleinement eux-mêmes, qui réalisent la vocation propre à tout homme. Quel monde heureux ce serait si la justice, le respect, la bienveillance réciproque, la largeur d’esprit et l’espérance étaient la normalité partagée, et non pas une rare anomalie ! C’est pourquoi le chapitre sur la conduite vertueuse, en ces temps dramatiques où nous sommes souvent confrontés au pire de l’humain, devrait être redécouvert et pratiqué par tous. Dans un monde déformé, nous devons nous souvenir de la forme dans laquelle nous avons été façonnés, de l’image de Dieu qui est imprimée en nous pour toujours.
Mais comment définir le concept de vertu ? Le Catéchisme de l’Église Catholique nous offre une définition précise et concise : « La vertu est une disposition habituelle et ferme à faire le bien » (n° 1803). Il ne s’agit donc pas d’un bien improvisé et quelque peu aléatoire qui tomberait du ciel de manière épisodique. L’histoire nous apprend que même des criminels, dans un moment de lucidité, ont accompli des actes bons ; certainement, ces actes sont inscrits dans le « livre de Dieu », mais la vertu est une autre chose. C’est un bien qui provient d’une lente maturation de la personne, jusqu’à en constituer une caractéristique intérieure. La vertu est un habitus de liberté. Si nous sommes libres dans chaque acte, et chaque fois que nous sommes appelés à choisir entre le bien et le mal, la vertu est ce qui nous permet d’avoir un habitus vers le bon choix.
Si la vertu est un si beau cadeau, une question se pose immédiatement : comment est-il possible de l’acquérir ? La réponse à cette question n’est pas simple, elle est complexe.
Pour le chrétien, le premier secours est la grâce de Dieu. En effet, l’Esprit Saint agit en nous qui avons été baptisés, en travaillant dans notre âme pour la conduire à une vie vertueuse. Combien de chrétiens sont arrivés à la sainteté à travers les larmes, en réalisant qu’ils n’arrivaient pas à surmonter certaines faiblesses ! Mais ils ont fait l’expérience que Dieu a achevé cette bonne œuvre qui n’était pour eux qu’une esquisse. La grâce précède toujours notre engagement moral.
En outre, nous ne devons jamais oublier la très riche leçon de la sagesse des anciens, qui nous dit que la vertu grandit et peut être cultivée. Et pour cela, le premier don de l’Esprit à demander est précisément la sagesse. L’être humain n’est pas un territoire libre pour la conquête des plaisirs, des émotions, des instincts, des passions, sans pouvoir rien faire contre ces forces parfois chaotiques qui l’habitent. Un don inestimable que nous possédons est l’ouverture d’esprit, c’est la sagesse qui sait apprendre de ses erreurs pour bien diriger sa vie. Il faut ensuite la bonne volonté : la capacité de choisir le bien, de nous modeler nous-même par l’exercice ascétique, en évitant les excès.
Chers frères et sœurs, commençons donc notre voyage à travers les vertus, dans cet univers serein qui est un défi, mais qui est décisif pour notre bonheur.
Source : vatican.va
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Méditation : Regardez l’humilité de Dieu…
Dieu est humble et le plus humble de tous les êtres. Dieu n’est pas humble dans le sens où il serait déficient ou faible, mais parce qu’Il nous aime infiniment sans nous regarder de haut. Alors que nous, nous sommes humbles en reconnaissant que nous sommes de pauvres hommes.
Regardons notre expérience de l’amour humain. Il n’est pas possible à un homme, dans l’acte même d’aimer, de se croire supérieur à sa femme, ou inversement. Est-ce encore de l’amour ? Un regard qui surplombe ou qui regarde d’en haut peut-il être un regard d’amour ? Comme le rappelait souvent le père Varillon : « Il faut plus de puissance d’amour pour s’effacer que pour s’exhiber », voilà la véritable humilité. Dieu est donc le champion toute catégorie de l’humilité. A imiter !

Catéchèse sur le discernement – 10. La consolation authentique
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans notre réflexion sur le discernement, et en particulier sur l’expérience spirituelle appelée « consolation », dont nous avons parlé mercredi dernier, demandons-nous : comment reconnaître la vraie consolation ? C’est une question très importante pour un bon discernement, afin de ne pas se fourvoyer dans la recherche de notre vrai bien.
Nous pouvons trouver quelques critères dans un passage des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Il dit : « Si dans les pensées tout est bien – dit saint Ignace – le début, le milieu et la fin sont entièrement bons, orientés entièrement vers le bien, c’est le signe du bon ange. Mais si le déroulement de nos pensées nous amène finalement à quelque chose de mauvais, ou de distrayant, ou de moins bon que ce que l’âme projetait d’abord, ou qui affaiblit, inquiète et trouble l’âme en lui enlevant la paix, en lui enlevant la tranquillité et le repos qu’elle avait auparavant c’est un signe clair qu’il procède du mauvais esprit » (n° 333). Car c’est vrai : il y a une vraie consolation, mais il y a aussi des consolations qui ne sont pas vraies. Et pour cela, il faut bien comprendre le processus de la consolation : comment va-t-il et où me mène-t-il ? Et s’il me conduit à quelque chose d’inférieur, qui n’est pas bon, la consolation n’est pas vraie, elle est feinte, disons.
Et ce sont des indications précieuses, qui méritent un bref commentaire. Qu’est-ce que cela signifie que le début est orienté au bien, comme le dit St Ignace d’une bonne consolation ? Par exemple … prenons un exemple : j’ai la pensée de prier, et je remarque qu’elle s’accompagne d’affection envers le Seigneur et le prochain, elle invite à accomplir des actes de générosité, de charité : c’est un bon début. D’autre part, il peut arriver que cette pensée surgisse pour éviter un travail ou une tâche qui m’a été confiée : chaque fois que je dois faire la vaisselle ou nettoyer la maison, j’ai une grande envie de me mettre à prier ! Cela arrive dans les couvents, hein ? Mais la prière n’est pas une fuite des tâches, au contraire, elle est une aide pour réaliser ce bien que nous sommes appelés à faire, ici et maintenant. Voilà pour le début.
Il y a ensuite le milieu : Saint Ignace disait que le début, le milieu et la fin doivent être bons. Le principe est le suivant : j’ai envie de prier pour ne pas faire la vaisselle : va, fais la vaisselle et ensuite va prier. Ensuite, il y a le milieu, non ? c’est-à-dire ce qui vient après, ce qui suit cette pensée. En restant dans l’exemple précédent, si je commence à prier et que, comme le fait le pharisien de la parabole (cf. Lc 18, 9-14), j’ai tendance à me faire plaisir et à mépriser les autres, peut-être avec un esprit rancunier et aigre, alors ce sont des signes que l’esprit mauvais a utilisé cette pensée comme une clé pour entrer dans mon cœur et me transmettre ses sentiments. Si je vais prier et que je fais penser au fameux pharisien – « Je te remercie, Seigneur, parce que je prie, je ne suis pas comme les autres qui ne te cherchent pas, ne prient pas » – là, cette prière se termine mal. Cette consolation de la prière consiste à se sentir comme un paon devant Dieu. Et c’est le mode qui ne convient pas.
Et puis il y a la fin : le début, le milieu et la fin. La fin est un aspect que nous avons déjà abordé, à savoir : où me mène-t-elle une pensée ? Par exemple, où me mène la pensée de prier. Par exemple, ici, il peut arriver que je me consacre pleinement à une œuvre belle et digne, mais cela m’amène à cesser de prier, car je suis très pris par tant de choses, je me retrouve toujours plus agressif et irritable, je me figure que tout dépend de moi, au point de perdre la foi en Dieu. De toute évidence, il s’agit ici de l’action du mauvais esprit. Je me mets à prier, puis dans la prière je me sens omnipotent, que tout doit être entre mes mains parce que je suis le seul, le seul à savoir faire avancer les choses : évidemment là ce n’est pas le bon esprit. C’est-à-dire, bien examiner le parcours de nos sentiments et le parcours des bons sentiments, de la consolation, au moment où je veux faire quelque chose. Comment est le début, comment est le milieu et comment est la fin.
Le style de l’ennemi – quand nous parlons de l’ennemi, nous parlons du diable, hein ? Mais, le diable existe, il est là ! – Son style, nous le savons, est de se présenter de manière sournoise et déguisée : il commence par ce qui nous tient le plus à cœur et nous attire à lui, petit à petit : le mal entre en cachette, sans que la personne ne s’en rende compte. Et avec le temps, la douceur devient dureté : cette pensée se révèle pour ce qu’elle est vraiment.
D’où l’importance de cet examen patient mais indispensable de l’origine et de la vérité de ses pensées ; c’est une invitation à apprendre de l’expérience, de ce qui nous arrive, afin de ne pas continuer à répéter les mêmes erreurs. Plus nous nous connaissons nous-mêmes, plus nous détectons les points d’entrée du mauvais esprit, ses « mots de passe« , les portes d’entrée de notre cœur, qui sont les points auxquels nous sommes le plus sensibles, afin d’y prêter attention à l’avenir. Chacun de nous a les points les plus sensibles, les points les plus faibles de sa personnalité : et là rentre le mauvais esprit et nous emmène… mais, vers la route qui n’est pas bonne, ou nous éloigne de la véritable bonne direction. Je vais pour prier mais ça nous éloigne de la prière.
On pourrait multiplier les exemples à volonté, en réfléchissant à nos journées. Et nous devons le faire : l’examen de conscience quotidien est si important : avant de terminer la journée, s’arrêter un moment. Que s’est-il passé ? Pas dans les journaux, pas dans la vie : que s’est-il passé dans mon cœur ? Mon cœur a-t-il été attentif ? A-t-il grandi ? A-t-il été une route où tout est passé, à mon insu ? Que s’est-il passé dans mon cœur ? Et cet examen est important, c’est l’effort précieux de relire la vie d’un point de vue particulier. Prendre conscience de ce qui se passe est important, c’est un signe que la grâce de Dieu agit en nous, nous aidant à grandir en liberté et en conscience. Nous ne sommes pas seuls : c’est l’Esprit Saint qui est avec nous. Voyons comment cela s’est passé.
La consolation authentique est une sorte de confirmation que nous faisons ce que Dieu veut de nous, que nous marchons sur ses chemins, c’est-à-dire sur les chemins de la vie, de la joie, de la paix. Le discernement, en effet, ne concerne pas simplement ce qui est bon ou le plus grand bien possible, mais ce qui est bon pour moi ici et maintenant : ainsi suis-je appelé à grandir, en fixant des limites à d’autres propositions, attrayantes mais irréelles, afin de ne pas me fourvoyer dans la recherche du vrai bien.
Frères et sœurs, il est nécessaire de comprendre, d’approfondir la compréhension de ce qui se passe dans mon cœur. Et pour cela, il faut faire l’examen de conscience, pour voir ce qui s’est passé aujourd’hui. « Aujourd’hui, je me suis mis en colère là, je n’ai pas fait ça… » : mais pourquoi ? Par-delà le pourquoi, il faut chercher la racine de ces erreurs. « Mais, aujourd’hui, j’ai été heureux mais je m’ennuyais parce que je devais aider ces gens, mais à la fin je me suis senti comblé, comblée pour cette aide » : et là, se trouve l’Esprit Saint. Apprendre à lire dans le livre de notre cœur ce qui s’est passé pendant la journée. Faites-le, juste deux minutes, mais ça vous fera du bien, je vous l’assure. Merci.
Source : vatican.va
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« Père, entre tes mains je remets mon esprit » ( Lc 23, 46). Ce sont les dernières paroles que le Seigneur a prononcées sur la croix ; son dernier soupir – pourrait-on dire -, qui confirme ce qui a caractérisé toute sa vie : une permanente remise de soi entre les mains de son Père. Des mains de pardon et de compassion, de guérison et de miséricorde, des mains d’onction et de bénédiction qui le poussèrent à se livrer aussi aux mains de ses frères. Le Seigneur, ouvert aux histoires qu’il rencontrait sur son chemin, s’est laissé ciseler par la volonté de Dieu en prenant sur ses épaules toutes les conséquences et les difficultés de l’Évangile, jusqu’à voir ses mains meurtries par amour : « Vois mes mains », dit-il à Thomas ( Jn 20, 27), et il le dit à chacun de nous, « Vois mes mains ». Des mains meurtries qui vont à la rencontre et ne cessent de s’offrir, afin que nous connaissions l’amour que Dieu a pour nous et que nous croyions en lui (cf. 1 Jn 4, 16) [1].
« Père, entre tes mains je remets mon esprit » est l’invitation et le programme de vie qui inspire et veut modeler comme un potier (cf. Is 29, 16) le cœur du pasteur, jusqu’à ce que palpitent en lui les mêmes sentiments que ceux du Christ Jésus (cf. Ph 2, 5). Dévouement reconnaissant de service au Seigneur et à son Peuple qui naît du fait d’avoir accueilli un don totalement gratuit : : “Tu m’appartiens… Tu leur appartiens”, susurre le Seigneur ; “Tu es sous la protection de mes mains, sous la protection de mon coeur. Reste dans le creux de mes mains et donne-moi les tiennes” [2]. C’est la condescendance de Dieu et sa proximité capable de se placer dans les mains fragiles de ses disciples pour nourrir son peuple et dire avec lui : prenez et mangez, prenez et buvez, ceci est mon corps, mon corps qui s’offre pour vous (cf. Lc 22, 19). La synkatabasis totale de Dieu .
Un dévouement priant, qui se façonne et s’affine silencieusement entre les carrefours et les contradictions que le pasteur doit affronter (cf. 1 P 1, 6-7) et l’invitation confiante à paître le troupeau (cf. Jn 21, 17). Comme le Maître, il porte sur ses épaules la fatigue de l’intercession et l’usure de l’onction pour son peuple, surtout là où la bonté doit lutter et où les frères voient leur dignité menacée (cf. He 5, 7-9). Dans cette rencontre d’intercession, le Seigneur continue à générer la douceur capable de comprendre, d’accueillir, d’espérer et de parier au-delà des incompréhensions que cela peut susciter. Une fécondité invisible et insaisissable, qui naît du fait de savoir dans quelles la confiance a été placée (cf. 2 Tm 1, 12). Une confiance priante et adoratrice, capable d’interpréter les actions du pasteur et d’adapter son cœur et ses décisions aux temps de Dieu (cf. Jn 21, 18) : « Être le pasteur veut dire aimer, et aimer veut dire aussi être prêt à souffrir. Aimer signifie: donner aux brebis le vrai bien, la nourriture de la vérité de Dieu, de la parole de Dieu, la nourriture de sa présence » [3].
Et aussi un dévouement soutenu par la consolation de l’Esprit, qui le précède toujours dans la mission : dans la quête passionnée de communiquer la beauté et la joie de l’Évangile (cf. Exhort. Ap. Gaudete et exsultate, n. 57), dans le témoignage fécond de ceux qui, comme Marie, restent de bien des manières au pied de la croix, dans cette paix douloureuse mais solide qui n’agresse ni ne soumet ; et dans l’espérance obstinée mais patiente que le Seigneur accomplira sa promesse, comme il l’avait promis à nos pères et à sa descendance à jamais (cf. Lc 1, 54-55).
Nous aussi, fermement attachés aux dernières paroles du Seigneur et au témoignage qui a marqué sa vie, nous voulons, en tant que communauté ecclésiale, suivre ses traces et confier notre frère aux mains du Père : que ces mains de miséricorde trouvent sa lampe allumée avec l’huile de l’Évangile qu’il a répandue et dont il a témoigné durant sa vie (cf. Mt 25, 6-7).
Saint Grégoire le Grand, à la fin de la Règle pastorale, invite et exhorte un ami à lui offrir cette compagnie spirituelle : « Au milieu des tempêtes de ma vie, je me console par la confiance que tu me tiendras à flot sur la table de tes prières, et que, si le poids de mes fautes m’abat et m’humilie, tu me prêteras le secours de tes mérites pour me relever ». C’est la conscience du pasteur qu’il ne peut pas porter tout seul ce que, en réalité, il ne pourrait jamais supporter tout seul et, par conséquent, il sait s’abandonner à la prière et au soin du peuple qui lui est confié [4]. C’est le peuple fidèle de Dieu qui, rassemblé, accompagne et confie la vie de celui qui a été son pasteur. Comme les femmes de l’Évangile au sépulcre, nous sommes ici avec le parfum de la gratitude et l’onguent de l’espérance pour lui démontrer, encore une fois, l’amour qui ne se perd pas. Nous voulons le faire avec la même onction, sagesse, délicatesse et dévouement qu’il a su prodiguer au cours des années. Nous voulons dire ensemble: “Père, entre tes mains nous remettons son esprit”.
Benoît, fidèle ami de l’Époux, que ta joie soit parfaite en entendant sa voix, définitivement et pour toujours !
[1] Cf. Benoît XVI, Enc. Deus caritas est, n. 1.
[2] C. ID., Homélie de la Messe Chrismale, 13 avril 2006.
[3] ID., Homélie de la Messe inaugurale du pontificat, 24 avril 2005.
Source : vatican.va
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Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans la catéchèse d’aujourd’hui, je voudrais réfléchir avec vous sur le nom par lequel l’Esprit Saint est désigné dans la Bible.
La première chose que nous connaissons d’une personne, c’est son nom. Il nous permet de l’appeler, de la distinguer et de nous souvenir d’elle. La troisième personne de la Trinité a également un nom : elle s’appelle l’Esprit Saint. Mais « Esprit » est la version latinisée. Le nom de l’Esprit, celui par lequel les premiers destinataires de la révélation l’ont connu, celui par lequel les prophètes, les psalmistes, Marie, Jésus et les Apôtres l’ont invoqué, est Ruach, ce qui signifie souffle, vent, respiration.
Dans la Bible, le nom est si important qu’il est presque identifié à la personne elle-même. Sanctifier le nom de Dieu, c’est sanctifier et honorer Dieu lui-même. Le nom n’est jamais une simple appellation conventionnelle : il dit toujours quelque chose de la personne, de son origine ou de sa mission. C’est aussi le cas du nom Ruach. Il contient la première révélation fondamentale sur la personne et la fonction de l’Esprit Saint.
En observant le vent et ses manifestations, les auteurs bibliques ont été conduits par Dieu à découvrir un “vent” d’une autre nature. Ce n’est pas un hasard si, à la Pentecôte, l’Esprit Saint est descendu sur les Apôtres accompagné d’“un violent coup de vent” (cf. Ac 2, 2). C’est comme si l’Esprit Saint voulait apposer sa signature sur ce qui se passait.
Qu’est-ce que son nom Ruach nous apprend donc sur l’Esprit Saint ? L’image du vent sert avant tout pour exprimer la puissance de l’Esprit Saint. L’expression “Esprit et puissance”, ou “puissance de l’Esprit”, est un binôme récurrent dans la Bible. En effet, le vent est une force impétueuse, une force indomptable, capable même de déplacer les océans.
Mais là encore, pour découvrir tout le sens des réalités bibliques, il ne faut pas s’arrêter à l’Ancien Testament, mais arriver à Jésus. À côté de la puissance, Jésus va mettre en évidence une autre caractéristique du vent, celle de la liberté. À Nicodème, qui lui rend visite la nuit, Jésus dit solennellement : « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » (Jn 3,8).
Le vent est la seule chose que l’on ne peut pas brider, que l’on ne peut pas “mettre en bouteille” ou en boîte. Tentons de “mettre en bouteille” ou en boîte le vent : ce n’est pas possible, il est libre. Prétendre enfermer l’Esprit Saint dans des concepts, des définitions, des thèses ou des traités, comme le rationalisme moderne a parfois tenté de le faire, signifie le perdre, l’annuler, le réduire à l’esprit purement humain, un esprit simple. Mais il existe une tentation analogue dans le domaine ecclésiastique, celle de vouloir enfermer l’Esprit Saint dans des canons, institutions, définitions. L’Esprit crée et anime les institutions, mais lui-même ne peut être “institutionnalisé”, “chosifié”. Le vent souffle “où il veut”, de même l’Esprit distribue ses dons “comme il veut” (1 Co 12,11).
Saint Paul en fera la loi fondamentale de l’agir chrétien : « Là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté. » (2 Co 3,17) dit-il. Une personne libre, un chrétien libre, c’est celui qui a l’Esprit du Seigneur. Il s’agit d’une liberté très singulière, bien différente de ce que l’on entend communément. Il ne s’agit pas de la liberté de faire ce que l’on veut, mais de la liberté de faire librement ce que Dieu veut ! Non pas la liberté de faire le bien ou le mal, mais la liberté de faire le bien et de le faire librement, c’est-à-dire par attraction et non par contrainte. En d’autres termes, la liberté des enfants, et non des esclaves.
Saint Paul est bien conscient de l’abus ou de l’incompréhension que l’on peut faire de cette liberté ; il écrit aux Galates : « Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres » (Ga 5,13). Il s’agit d’une liberté qui s’exprime dans ce qui semble être son contraire, elle s’exprime dans le service, c’est la vraie liberté.
Nous savons bien quand cette liberté devient un “prétexte pour la chair”. Paul en donne une liste toujours actuelle : « inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre » (Ga 5,19-21). Mais il en va de même pour la liberté qui permet aux riches d’exploiter les pauvres, c’est une liberté hideuse, celle qui permet aux forts d’exploiter les faibles, et à tous d’exploiter l’environnement en toute impunité. Et cette liberté est mauvaise, ce n’est pas la liberté de l’Esprit.
Frères et sœurs, où puisons-nous cette liberté de l’Esprit, si contraire à la liberté de l’égoïsme ? La réponse se trouve dans les paroles que Jésus a adressées un jour à ses auditeurs : « Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres » (Jn 8, 36). La liberté que nous donne Jésus. Demandons à Jésus de faire de nous, par son Esprit Saint, des hommes et des femmes vraiment libres. Libres de servir, dans l’amour et la joie. Je vous remercie !
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Je salue cordialement les pèlerins de langue française en particulier un groupe du Séminaire des Carmes et les pèlerins venus de France et de la Réunion.
Demandons à Jésus de faire de nous, par son Esprit Saint, des hommes et des femmes vraiment libres. Libres de servir, Dieu et les frères et sœurs, dans l’amour et dans la joie.
Que Dieu vous bénisse !
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APPEL
Nous vivons actuellement ce mois dédié au Sacré-Cœur. Le 27 décembre de l’année dernière a marqué le 350e anniversaire de la première manifestation du Sacré-Cœur de Jésus à Sainte Marguerite-Marie Alacoque. Cette occasion a marqué le début d’une période de célébrations qui s’achèvera le 27 juin de l’année prochaine. C’est pourquoi je suis heureux de préparer un document qui rassemble les précieuses réflexions des textes magistériels précédents et une longue histoire qui remonte aux Saintes Écritures, afin de reproposer aujourd’hui à toute l’Église ce culte chargé de beauté spirituelle. Je crois que cela nous fera beaucoup de bien de méditer sur les différents aspects de l’amour du Seigneur qui puissent éclairer le chemin du renouveau ecclésial, mais aussi qui disent quelque chose de significatif à un monde qui semble avoir perdu le cœur. Je vous demande de m’accompagner dans la prière, pendant ce temps de préparation, avec l’intention de rendre ce document public en septembre prochain.
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Catéchèse à l’occasion de la Journée Internationale contre l’Abus et le Trafic de Drogues
Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd’hui c’est la célébration de la Journée Internationale contre l’Abus et le Trafic de Drogues, instituée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1987. Les faits sont là : investissez dans la prévention, tel est le thème de cette année.
Saint Jean-Paul II a déclaré que « Partout où il existe, l’usage de la drogue appauvrit la communauté. Il diminue la force humaine et la fibre morale. Il mine les valeurs que l’on tient en estime. Il détruit la volonté de vivre et de contribuer à créer une société meilleure. ». [1] Cela concerne l’abus de drogues et la consommation de drogues. Cependant rappelons-nous, que chaque toxicodépendant « porte en lui une histoire personnelle distincte, qui doit être écoutée, comprise, aimée et lorsque c’est possible, guérie et purifiée. […] Ils conservent plus que jamais leur dignité d’enfants de Dieu ». [2] Tous ont une dignité.
Cependant, nous ne pouvons pas ignorer les intentions et les actions malveillantes des dealers et des trafiquants de drogue. Ce sont des assassins. Le pape Benoît XVI a eu des mots très durs lors d’une visite dans une communauté thérapeutique. Voici ce que disait le Pape Benoit : « Je dis aux revendeurs de drogue de bien réfléchir au mal qu’ils sont en train de faire à une multitude de jeunes et d’adultes de toutes les couches sociales : Dieu leur demandera compte de ce qu’ils ont fait. La dignité humaine ne peut pas être foulée au pied de cette manière ». [3] Et la drogue foule au pied la dignité humaine.
On ne réduira pas la toxicodépendance en libéralisant l’usage des drogues, – c’est un fantasme ! – comme cela a été proposé par certains, ou déjà mis en œuvre, dans certains pays. Et ceci : on libéralise et on consomme plus. Pour avoir connu tant d’histoires tragiques de toxicodépendants et de leurs familles, je suis convaincu que c’est un devoir moral de mettre fin à la production et au trafic de ces substances dangereuses. Combien de trafiquants de mort existent-ils – car les trafiquants de drogues sont des trafiquants de mort ! – Combien de trafiquants de mort existent-il, poussés par la logique du pouvoir et de l’argent à tout prix ! Et ce fléau, qui produit violence et sème la souffrance et la mort, exige un acte de courage de la part de notre société tout entière.
La production et le trafic de drogues ont également un impact destructeur sur notre maison commune. C’est par exemple de plus en plus évident dans le bassin de l’Amazonie.
Un autre moyen prioritaire de lutter contre l’abus et le trafic de drogues est la prévention, qui passe par la promotion d’une plus grande justice, en éduquant les jeunes aux valeurs qui construisent la vie personnelle et communautaire en accompagnant ceux qui sont en difficulté et en donnant l’espérance en l’avenir.
Au cours de mes voyages en divers diocèses et Pays, j’ai pu visiter plusieurs communautés de réhabilitation inspirées par l’Évangile. Elles sont un témoignage fort et plein d’espérance de l’engagement des prêtres, des personnes consacrées et des laïcs à mettre en pratique la parabole du Bon Samaritain. De même, je suis réconforté en voyant les efforts entrepris par diverses Conférences épiscopales pour promouvoir des législations et des politiques justes en matière de traitement des personnes addictes à la drogue et de prévention pour mettre fin à ce fléau.
À titre d’exemple, je citerai le réseau de la Pastorale latino-américaine d’accompagnement et de prévention des addictions (PLAPA). Les statuts de ce réseau reconnaissent que « la dépendance à l’alcool, aux substances psychoactives et à d’autres formes de dépendance (pornographie, nouvelles technologies, etc.) … est un problème qui nous touche sans distinction, au-delà des différences géographiques, sociales, culturelles, religieuses et d’âge. Malgré les différences, … nous voulons nous organiser en communauté : partager les expériences, l’enthousiasme, les difficultés ». [4]
Je mentionne également les évêques d’Afrique Australe, qui ont convoqué une réunion en novembre 2023 sur le thème « Donner aux jeunes les moyens d’être des agents de paix et d’espérance ». Les représentants de la jeunesse présents à la réunion ont reconnu que cette assemblée constituait une « étape importante vers une jeunesse saine et active dans toute la région ». Ils ont en outre promis : « Nous acceptons le rôle d’ambassadeurs et de défenseurs dans la lutte contre l’usage des stupéfiants. Nous demandons à tous les jeunes de toujours faire preuve d’empathie les uns envers les autres ». [5]
Chers frères et sœurs, face à la situation tragique de la toxicodépendance à la drogue qui touche des millions de personnes dans le monde, face au scandale de la production illicite et du trafic de ces drogues, « nous ne pouvons pas être indifférents. Le Seigneur Jésus s’est arrêté, s’est fait proche, a soigné les blessures. Dans le style de sa proximité, nous sommes nous aussi invités à agir, à nous arrêter devant les situations de fragilité et de douleur, à savoir écouter le cri de la solitude et de l’angoisse, à nous pencher pour relever et ramener à une nouvelle vie ceux qui tombent dans l’esclavage de la drogue ». [6] Et également, prions pour ces criminels qui dépensent et donnent de la drogue aux jeunes : ce sont des criminels, ce sont des assassins. Prions pour leur conversion.
En cette Journée mondiale contre la drogue, comme chrétiens et communautés ecclésiales renouvelons notre engagement de prière et de travail contre la drogue. Je vous remercie !
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[1] Message aux participants à la Conférence Internationale de Vienne sur l’abus et le trafic illicite de la drogue (4 juin 1987).
[2] Discours du Pape François aux participants à la rencontre organisé par l’Académie Pontificale des Sciences sur: “Narcotiques: Problèmes et solutions d’un mal global” (24 novembre 2016).
[3] Discours à la communauté “Fazenda da Esperança”, Brésil, 12 mai 2007.
[4] https://adn.celam.org/wp-content/uploads/2023/09/Carta-a-la-Iglesia-de-ALC-PLAPA-14sept2023-CL.pdf
[5] https://imbisa.africa/2023/11/21/statement-following-the-imbisa-youth-meeting/
[6] Message du Saint-Père aux participants au 60è Congrès International de Toxicologie (26 août 2023).
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Le Rwanda, souvent présenté comme un modèle de croissance en Afrique, affiche depuis plusieurs années une forte progression économique et une stabilité politique remarquable. Pourtant, derrière ces avancées, des inégalités persistent : une grande partie de la population vit encore de l’agriculture de subsistance et peine à couvrir ses besoins essentiels. Dans les zones rurales en particulier, l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux infrastructures de base reste limité. La jeunesse, nombreuse, porte un immense potentiel, mais elle est aussi confrontée au défi du chômage et du manque d’opportunités.
