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Le pape François pour mardi 22 mars 2022

Extrait du message du 18 mars sur l’éducation

Le 18 mars, le pape a reçu en audience les participants du Congrès international promu par la Fondation pontificale Gravissimum educationis et leur a adressé un message.

 

Eduquer les jeunes à la démocratie
(Extraits)

« Je voudrais vous proposer une brève réflexion à partir de la Parole que le Seigneur nous adresse dans l’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui, c’est-à-dire la parabole des vignerons homicides (Mt 21, 33-43.45-46). Jésus met en garde contre une tentation qui appartient à tous et à tous les temps : la tentation de la possession. Les vignerons de la parabole, aveuglés par le désir de s’emparer de la vigne, n’hésitent pas à recourir à la violence et à tuer. Cela nous rappelle que lorsque l’homme renie sa vocation de collaborateur à l’œuvre de Dieu et prétend se mettre à sa place, il perd la dignité de fils et devient l’ennemi de ses frères. Il se transforme en Caïn.

Les biens de la création sont offerts à chacun en proportion de ses besoins, afin que personne n’accumule le superflu ni que personne ne manque du nécessaire. Inversement, lorsque la possession égoïste remplit les cœurs, les relations et les structures politiques et sociales, alors l’essence de la démocratie est empoisonnée. Et cela devient une démocratie formelle, pas une vraie.

Je m’attarde sur deux dégénérescences : le totalitarisme et le sécularisme. Ce sont des dégénérescences de la démocratie. Saint Jean-Paul II a souligné qu’un État est totalitaire quand « il tend à absorber la nation, la société, la famille, les communautés religieuses et le peuple lui-même » (Enc. Centesimus annus, 45). En exerçant une oppression idéologique, l’État totalitaire vide de valeur les droits fondamentaux de la personne et de la société, au point de supprimer la liberté. C’est une oppression idéologique, et on peut parler des colonisations idéologiques, qui continuent et nous y conduisent.

Le sécularisme radical, idéologique à son tour, déforme l’esprit démocratique de façon plus subtile et sournoise : en éliminant la dimension transcendante, elle affaiblit, et peu à peu annule, toute ouverture au dialogue. S’il n’y a pas de vérité ultime, les idées et les croyances humaines peuvent facilement être exploitées à des fins de pouvoir. « L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain », disait Benoît XVI (Enc. Caritas in veritate, 78). Et voilà la différence, petite mais substantielle, entre une laïcité saine et une laïcité empoisonnée. Quand la laïcité devient idéologie, elle se transforme en laïcité, et cela empoisonne les relations et même les démocraties.

A ces dégénérescences, vous avez opposé le pouvoir transformateur de l’éducation. Dans certaines universités du monde, par exemple, vous avez lancé des activités de formation, à la recherche des stratégies les plus efficaces pour transmettre les principes démocratiques, pour éduquer à la démocratie. Je vous invite à poursuivre dans cette voie et je partage quelques propositions, que je confie à vous tous, engagés dans les différents domaines.

1. Nourrir la soif de démocratie chez les jeunes. Il s’agit de les aider à comprendre et apprécier la valeur de vivre dans un système démocratique, toujours perfectible mais capable de protéger la participation des citoyens (cf. Centesimus annus, 46), la liberté de choix, d’action et d’expression. Et d’aller sur le chemin de l’universalité contre l’uniformité. Le poison c’est l’uniformité. Et que les jeunes apprennent la différence et aussi la pratiquent.

2. Enseigner aux jeunes que le bien commun se mêle à l’amour. Il ne peut pas être défendu par la force militaire. Une communauté ou une nation qui veut s’affirmer par la force le fait au détriment d’autres communautés ou d’autres nations, et devient un fomentateur d’injustice, d’inégalité et de violence. Le chemin de la destruction est facile à emprunter, mais il produit beaucoup de décombres ; seul l’amour peut sauver la famille humaine. Là-dessus, nous vivons le pire exemple près de chez nous.

3. Éduquer les jeunes à vivre l’autorité comme un service. Il faut former « des personnes désireuses de se mettre au service de la communauté » (Message pour le lancement du Pacte éducatif, 12 septembre 2019). Nous sommes tous appelés à un service d’autorité, dans la famille, dans le travail, dans la vie sociale. L’exercice de l’autorité n’est pas facile : c’est un service. N’oublions pas que Dieu nous confie certains rôles non pas pour une affirmation personnelle mais pour que, par notre travail, toute la communauté grandisse. Lorsque l’autorité va au-delà des droits de la société, des personnes, elle devient autoritarisme et finit par devenir dictature. L’autorité est une chose très équilibrée, mais c’est une belle chose qu’il faut apprendre et enseigner aux jeunes pour qu’ils apprennent à la gérer. »