


La nuit s’achève et les premières lueurs de l’aube apparaissent lorsque les femmes se mettent en route vers le tombeau de Jésus. Elles avancent incertaines, perdues, le cœur déchiré par la douleur de la mort qui a emporté le Bien-Aimé. Mais en arrivant sur place et voyant le tombeau vide, elles rebroussent chemin, elles changent de route. Elles quittent le tombeau et courent annoncer aux disciples un chemin nouveau : Jésus est ressuscité et les attend en Galilée. Dans la vie de ces femmes, la Pâques, qui signifie passage, a eu lieu. En effet, elles passent de la marche triste vers le tombeau à la course joyeuse vers les disciples, pour leur dire non seulement que le Seigneur est ressuscité, mais qu’une destination est à atteindre immédiatement, la Galilée. C’est là qu’a lieu le rendez-vous avec le Ressuscité. La renaissance des disciples, la résurrection de leur cœur passe par la Galilée. Entrons, nous aussi, dans cette marche des disciples qui va du tombeau à la Galilée.
Les femmes, dit l’Évangile, « vinrent pour regarder le sépulcre » (Mt 28, 1). Elles pensent que Jésus se trouve au lieu de la mort et que tout est fini pour toujours. Il nous arrive parfois aussi de penser que la joie de la rencontre avec Jésus appartient au passé, alors que dans le présent nous connaissons surtout des tombes scellées : celles de nos déceptions, de nos amertumes et de nos découragements, celles du “il n’y a plus rien à faire”, “les choses ne changeront jamais”, “mieux vaut vivre au jour le jour” parce que “du lendemain, il n’y a pas de certitude”. Nous aussi, si nous avons été rongés par le chagrin, opprimés par la tristesse, humiliés par le péché, aigris par un échec ou assaillis par des soucis, nous avons connu le goût amer de la lassitude et nous avons vu s’éteindre la joie de notre cœur.
Parfois, nous avons simplement ressenti la difficulté de bien gérer le quotidien, fatigués de prendre des risques personnels face au mur de caoutchouc d’un monde où les lois du plus malin et du plus forts semblent toujours prévaloir. D’autres fois, nous nous sommes sentis impuissants et découragés face à la puissance du mal, aux conflits qui déchirent les relations, aux logiques du calcul et de l’indifférence qui semblent gouverner la société, au cancer de la corruption –il y en a beaucoup -, à la propagation de l’injustice, aux vents glacés de la guerre. Il se peut aussi que nous ayons été confrontés à la mort, parce qu’elle nous a arraché la douce présence de nos proches, ou parce qu’elle nous a frôlés dans la maladie ou dans les calamités, et que nous ayons été facilement en proie à la déception et que la source de l’espérance se soit tarie. Ainsi, en raison de ces situations ou d’autres encore – chacun de nous connaît les siennes -, nos chemins s’arrêtent devant des tombes, et nous restons immobiles à pleurer et à regretter, seuls et impuissants à nous répéter nos “pourquoi”. Cette chaine des “pourquoi”…
Au contraire, les femmes de Pâques ne sont pas restées paralysées devant un tombeau, mais, nous dit l’Évangile, « elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples » (v. 8). Elles apportent la nouvelle qui changera à jamais la vie et l’histoire : le Christ est ressuscité ! (cf. v. 6). Et, en même temps, elles gardent et transmettent la recommandation du Seigneur, son invitation aux disciples : qu’ils aillent en Galilée, car c’est là qu’ils le verront (cf. v. 7). Mais, frères et sœurs, nous nous demandons aujourd’hui : que signifie aller en Galilée ? Deux choses : d’une part, sortir de la fermeture du cénacle pour aller dans la région habitée par les peuples (cf. Mt 4,15), sortir de la clandestinité pour s’ouvrir à la mission, échapper à la peur pour marcher vers l’avenir. Et d’autre part – et c’est très beau -, cela signifie revenir aux origines, car c’est précisément en Galilée que tout a commencé. C’est là que le Seigneur avait rencontré et appelé les disciples pour la première fois. Aller en Galilée, c’est revenir donc à la grâce originelle, c’est retrouver la mémoire qui régénère l’espérance, la “mémoire de l’avenir” dont nous avons été marqués par le Seigneur Ressuscité.
Voilà donc ce que fait la Pâque du Seigneur : elle nous pousse à avancer, à sortir du sentiment de défaite, à rouler la pierre des tombeaux dans lesquels nous enfermons souvent l’espérance, à regarder l’avenir avec confiance, parce que le Christ est ressuscité et a changé le cours de l’histoire ; mais, pour cela, la Pâque du Seigneur nous ramène à notre passé de grâce, elle nous fait retourner en Galilée, là où notre histoire d’amour avec Jésus a commencé, où le premier appel a eu lieu. Elle nous demande de revivre ce moment, cette situation, cette expérience dans laquelle nous avons rencontré le Seigneur, fait l’expérience de son amour et reçu un regard nouveau et lumineux sur nous-mêmes, sur la réalité, sur le mystère de la vie. Frères et sœurs, pour ressusciter, pour recommencer, pour reprendre notre route, nous avons toujours besoin de retourner en Galilée, c’est-à-dire de retourner non pas à un Jésus abstrait, idéal, mais à la mémoire vivante, à la mémoire concrète, palpitante de notre première rencontre avec Lui. Oui, pour marcher, il faut se souvenir ; pour espérer, il faut nourrir la mémoire. Telle est l’invitation : souviens-toi et marche ! Si tu retrouves le premier amour, l’émerveillement et la joie de la rencontre avec Dieu, tu avanceras. Souviens-toi et marche.
Souviens-toi de ta Galilée et marche vers ta Galilée. C’est le “lieu” où tu as connu Jésus en personne, où pour toi Il n’est pas resté un personnage historique comme les autres, mais est devenu la personne de la vie : non pas un Dieu lointain, mais le Dieu proche, qui te connaît plus que tout autre et qui t’aime plus que n’importe qui. Frère, sœur, fais mémoire de la Galilée, de ta Galilée : de ton appel, de cette Parole de Dieu qui t’a parlé à un moment précis ; de cette forte expérience dans l’Esprit, de la plus grande joie du pardon ressentie après cette Confession, de ce moment de prière intense et inoubliable, de cette lumière qui s’est allumée à l’intérieur et qui a transformé ta vie, de cette rencontre, de ce pèlerinage… Chacun de nous sait où se trouve sa Galilée, chacun connaît son lieu de résurrection intérieure, le premier, le fondement, celui qui a changé les choses. Nous ne pouvons pas le laisser au passé, le Ressuscité nous invite à y aller pour faire la Pâque. Souviens-toi de ta Galilée, fais-en mémoire, ravive-la aujourd’hui. Retourne à cette première rencontre. Demande-toi comment c’était et quand c’était, reconstruis-en le contexte, l’époque et le lieu, éprouves-en de nouveau l’émotion et les sensations, revis-en les couleurs et les saveurs. Car c’est quand tu as oublié ce premier amour, c’est quand tu as oublié cette première rencontre, que la poussière a commencé à se déposer sur ton cœur. Et tu as connu la tristesse et, comme pour les disciples, tout t’a semblé sans perspective, avec un rocher pour sceller l’espérance. Mais aujourd’hui, frère et sœur, la force de Pâques invite à rouler les pierres de la déception et de la défiance ; le Seigneur, expert dans le renversement des pierres tombales du péché et de la peur, veut illuminer ta mémoire sainte, ton plus beau souvenir, rendre actuelle cette première rencontre avec Lui. Souviens-toi et marche : reviens à Lui, trouve en toi la grâce de la résurrection de Dieu ! Retourne en Galilée, retourne à ta Galilée.
Frères, sœurs, suivons Jésus en Galilée, rencontrons-le et adorons-le là où il attend chacun de nous. Ravivons la beauté du moment où, l’ayant découvert vivant, nous l’avons proclamé Seigneur de notre vie. Retournons en Galilée, la Galilée du premier amour : que chacun retourne dans sa Galilée, celle de la première rencontre, et ressuscitons à la vie nouvelle !
Source : vatican.va
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Jésus n’est pas un démagogue qui nous vend du rêve avec des affiches en couleur.
La mission, cela passe par des persécutions et par la croix, comme l’Evangile d’aujourd’hui le souligne : “Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire.” (Lc 12 8-12).
Mais dans ce monde manifestement hostile dans lequel nous sommes envoyés en mission, nous ne sommes pas seuls ! L’Esprit Saint est toujours là pour nous inspirer les mots et les attitudes qui consolent, encouragent et qui relèvent.
Il nous faut donc faire preuve de courage et de confiance dans l’annonce.
A ce titre, arrivant bientôt au terme de cette Semaine Missionnaire Mondiale, continuons à méditer avec le Pape François la parabole évangélique de l’invitation aux noces (Mt 22, 1-14). Ecouter notre Pape commenter le comportement des serviteurs du Roi envoyés pour inviter largement aux noces : “Comme on peut l’imaginer, ces serviteurs-messagers transmettaient l’invitation du souverain avec urgence mais aussi avec grand respect et gentillesse. La mission de porter l’Évangile à toute créature doit nécessairement prendre le style même de Celui qui est annoncé. Les disciples-missionnaires proclament au monde « la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 36), avec joie, magnanimité et bienveillance, fruits de l’Esprit Saint en eux (cf. Ga 5, 22) ; sans obligation, contrainte, prosélytisme ; toujours avec la proximité, la compassion et la tendresse qui reflètent la manière d’être et d’agir de Dieu.”
Le voilà le “style” du missionnaire : inlassablement généreux, persévérant, joyeux, et dans l’invitation plutôt que la contrainte. Évangéliser, ce n’est pas faire du prosélytisme. Faisons nôtre cette parole de Ste Bernadette Soubirous : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire.«

L’Évangile nous présente Bartimée. C’est un aveugle contraint de mendier sur le bord de la route, un rejeté sans espérance qui, en entendant Jésus passer, se met à crier vers lui. C’est tout ce qu’il lui reste à faire : crier sa douleur et présenter à Jésus son désir de recouvrer la vue. Et, alors que tous lui font des reproches parce que sa voix les dérange, Jésus s’arrête. Dieu entend toujours le cri des pauvres, il n’ignore aucun cri de souffrance.
Aujourd’hui, au terme de l’Assemblée générale du Synode des évêques, alors que nos cœurs sont dans la gratitude pour ce que nous avons pu partager, nous nous arrêtons sur ce qui arrive à cet homme. Au début, il « mendiait, […] assis au bord du chemin » (Mc 10, 46), tandis qu’à la fin, après avoir été appelé par Jésus et avoir recouvré la vue, « il suivait Jésus sur le chemin » (v. 52).
La première chose que l’Évangile nous dit à propos de Bartimée est qu’il est assis en train de mendier. Sa position est typique d’une personne enfermée dans son chagrin, assise au bord de la route comme s’il n’y avait rien d’autre à faire que de recevoir quelque chose des pèlerins qui passent dans la ville de Jéricho à l’occasion de la Pâque. Mais, comme nous le savons, pour vivre vraiment, on ne peut pas rester assis : vivre, c’est toujours se mettre en mouvement, se mettre en route, rêver, faire des projets, s’ouvrir à l’avenir. L’aveugle Bartimée représente aussi cette cécité intérieure qui nous bloque, nous fait rester assis, nous rend immobiles sur les bords de la vie, sans espérance.
Et cela peut nous faire réfléchir non seulement sur notre vie personnelle, mais aussi sur le fait que nous sommes l’Église du Seigneur. Beaucoup de choses sur le chemin peuvent nous rendre aveugles, incapables de reconnaître la présence du Seigneur, non préparés à affronter les défis de la réalité, parfois incapables de savoir comment répondre aux nombreuses questions qui nous interpellent comme Bartimée l’a fait avec Jésus. Cependant, face aux questions des femmes et des hommes d’aujourd’hui, aux défis de notre temps, aux urgences de l’évangélisation et aux nombreuses blessures qui affligent l’humanité, sœurs et frères, nous ne pouvons pas rester assis. Une Église assise, qui, presque sans s’en rendre compte, se retire de la vie et se cantonne aux marges de la réalité, est une Église qui risque de rester dans l’aveuglement et de s’installer dans son propre mal-être. Et si nous restons assis dans notre aveuglement, nous continuons à ne pas voir nos urgences pastorales et les nombreux problèmes du monde dans lequel nous vivons. S’il vous plaît, demandons au Seigneur qu’il nous donne le Saint-Esprit afin que nous ne restions pas assis dans notre aveuglement, un aveuglement qui peut s’appeler mondanité, qui peut s’appeler confort, qui peut s’appeler un cœur fermé. Ne restons pas assis dans notre aveuglement.
Au contraire, souvenons-nous de ceci : le Seigneur passe, le Seigneur passe chaque jour, le Seigneur passe toujours et s’arrête toujours pour soigner notre cécité. Et moi, est-ce que je l’entends passer ? Ai-je la capacité d’entendre les pas du Seigneur ? Ai-je la capacité de discerner quand le Seigneur passe ? Et il est beau que le Synode nous exhorte à être Église à l’image de Bartimée : communauté de disciples qui, en entendant le Seigneur passer, ressentent le frisson du salut, se laissent réveiller par la force de l’Évangile et commencent à crier vers Lui. Elle le fait en reprenant le cri de toutes les femmes et de tous les hommes de la terre : le cri de ceux qui souhaitent découvrir la joie de l’Évangile et de ceux qui s’en sont éloignés ; le cri silencieux de ceux qui sont indifférents ; le cri de ceux qui souffrent, des pauvres, des marginaux, des enfants esclaves du travail, réduits en esclavage dans tant de régions du monde pour le travail ; la voix brisée, entendons cette voix brisée de ceux qui n’ont même plus la force de crier vers Dieu, soit parce qu’ils n’ont pas de voix, soit parce qu’ils se sont résignés. Nous n’avons pas besoin d’une Église qui s’assoit et abandonne, mais d’une Église qui accueille le cri du monde et – je tiens à le dire, peut-être que certains seront scandalisés – une Église qui se salit les mains pour servir le Seigneur.
Nous arrivons ainsi au deuxième aspect : si au début Bartimée était assis, nous voyons qu’à la fin, au contraire, il le suit sur la route. Il s’agit d’une expression typique de l’Évangile qui signifie : il est devenu son disciple, il s’est mis à sa suite En effet, après avoir crié vers lui, Jésus s’est arrêté et l’a fait appeler. Bartimée, tout assis qu’il était, se lève d’un bond et, immédiatement après, retrouve la vue. Désormais, il peut voir le Seigneur, il peut reconnaître l’œuvre de Dieu dans sa vie et il peut enfin marcher à sa suite. Il en va de même pour nous, frères et sœurs : Lorsque nous sommes assis et installés, lorsque même en tant qu’Église nous ne trouvons pas la force, le courage et l’audace, la parrhésie nécessaire pour nous relever et reprendre le chemin, s’il vous plaît, souvenons-nous de toujours revenir au Seigneur, de revenir à l’Évangile. Revenir au Seigneur, revenir à l’Évangile. Encore et encore, quand il passe, nous devons écouter son appel, qui nous remet debout et nous sort de l’aveuglement. Et puis le suivre à nouveau, marcher avec lui sur la route.
Je le répète : de Bartimée, l’Évangile dit qu’ « il suivait Jésus sur le chemin ». C’est une image de l’Église synodale : le Seigneur nous appelle, il nous relève quand nous sommes assis ou tombés, il nous redonne la vue pour que, à la lumière de l’Évangile, nous puissions voir les angoisses et les souffrances du monde ; et ainsi, remis debout par le Seigneur, nous faisons l’expérience de la joie de le suivre sur la route. Nous suivons le Seigneur sur la route, nous ne le suivons pas enfermé dans notre confort, nous ne le suivons pas dans les labyrinthes de nos idées : nous le suivons sur la route. Et souvenons-nous toujours : ne pas marcher seuls ou selon les critères du monde, mais marcher sur la route, ensemble, derrière Lui et avec marcher avec Lui.
Frères, sœurs : pas une Église assise, une Église debout. Pas une Église silencieuse, une Église qui entend le cri de l’humanité. Pas une Église aveugle, mais une Église éclairée par le Christ qui apporte aux autres la lumière de l’Évangile. Pas une Église statique, une Église missionnaire, qui marche avec le Seigneur sur les routes du monde.
Et aujourd’hui, alors que nous rendons grâce au Seigneur pour le chemin parcouru ensemble, nous pouvons voir et vénérer la relique antique de la Chaire de saint Pierre, soigneusement restaurée. En la contemplant avec l’émerveillement de la foi, rappelons-nous qu’il s’agit de la chaire de l’amour, elle est la chaire de l’unité, elle est la chaire de la miséricorde, conformément au commandement que Jésus a donné à l’apôtre Pierre de ne pas dominer les autres, mais de les servir dans la charité. Et en admirant le majestueux baldaquin du Bernin, plus resplendissant que jamais, nous redécouvrons qu’il encadre le véritable point focal de toute la basilique, à savoir la gloire de l’Esprit Saint. Telle est l’Église synodale : une communauté dont la primauté réside dans le don de l’Esprit, qui nous rend tous frères dans le Christ et nous élève jusqu’à Lui.
Sœurs et frères, poursuivons donc, avec confiance, notre chemin ensemble. À nous aussi, aujourd’hui, la Parole de Dieu répète, comme à Bartimée : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle ». Est-ce que je me sens appelé ? Voici la question à poser. Est-ce que je me sens appelé ? Je me sens faible et je ne peux pas me lever ? Est-ce que je demande de l’aide ? S’il vous plaît, déposons le manteau de la résignation et confions nos cécités au Seigneur. Levons-nous et apportons la joie de l’Évangile, portons-la dans les chemins du monde.
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Malgré sa puissance économique, le Brésil reste marqué par de profondes inégalités sociales : près d’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et l’accès aux services de base varie fortement selon les régions.

Le Pérou est un pays qui fait face à de nombreux défis de développement, notamment dans le domaine de l’éducation. Les parents n’ont pas toujours les moyens de financer les fournitures scolaires et l’uniforme, à leur charge. Par ailleurs, la moitié des jeunes de 15 ans n’ont pas les compétences suffisantes en lecture pour poursuivre leur scolarisation. Chaque année, ce sont plusieurs milliers d’enfants qui abandonnent leur cursus scolaire.



Nos limites humaines, notre finitude (je ne suis pas tout) ; impliquent une capacité à recevoir qui est essentielle. Je suis certes « le riche » de quelqu’un par mes capacités, les talents qui m’ont été donnés et que je mets au service de mes frères et sœurs, et c’est une joie. Mais je suis aussi le pauvre d’un autre, de mon frère de ma sœur dans une bienheureuse interdépendance qui manifeste mon besoin de recevoir.
Donner, recevoir, sont aussi vitaux que le souffle de la respiration. Si je suis le pauvre d’un de mes frères, je lui donne l’occasion de se donner. Et par son don j’expérimente aussi la joie de recevoir.



Chers frères prêtres,
Je désire vous adresser une pensée d’accompagnement et d’amitié, qui, je l’espère, vous soutiendra dans l’exercice de votre ministère, avec son lot de joies et de labeurs, d’espoirs et de déceptions. Nous devons échanger des regards pleins d’attention et de compassion, en apprenant de Jésus qui a regardé les apôtres de cette manière, sans exiger d’eux un emploi du temps dicté par le critère de l’efficacité, mais en leur offrant de l’attention et du réconfort. Ainsi, lorsque les apôtres revinrent de leur mission, enthousiastes mais fatigués, le Maître leur dit : « Venez, vous seuls, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu » (Mc 6,31).
Je pense à vous, en ce moment où il y a peut-être, avec les activités estivales, un peu de repos après les travaux pastoraux des derniers mois. Et je voudrais avant tout vous renouveler mes remerciements : « Merci pour votre témoignage, merci pour votre service ; merci pour tant de bien caché que vous faites, merci pour le pardon et la consolation que vous donnez au nom de Dieu […] ; merci pour votre ministère, qui se déroule souvent au milieu de tant de difficultés, d’incompréhensions et de peu de reconnaissance » (Homélie pour la Messe chrismale, 6 avril 2023).
D’autre part, notre ministère sacerdotal ne se mesure pas à l’aune des succès pastoraux (le Seigneur lui-même en a eu de moins en moins au fil du temps !). Au cœur de notre vie, il n’y a même pas la frénésie de l’activité, mais le fait de demeurer dans le Seigneur pour porter du fruit (cf. Jn 15). Il est notre rafraîchissement (cf. Mt 11, 28-29). Et la tendresse qui nous réconforte naît de sa miséricorde, de l’accueil du « magis » de sa grâce, qui nous permet d’aller de l’avant dans notre travail apostolique, de supporter les échecs et les revers, de nous réjouir avec simplicité de cœur, d’être doux et patients, de toujours recommencer et de recommencer encore, d’aller au-devant des autres. En effet, nos nécessaires « moments de recharge » ne se produisent pas seulement lorsque nous nous reposons physiquement ou spirituellement, mais aussi lorsque nous nous ouvrons à la rencontre fraternelle les uns avec les autres : la fraternité réconforte, offre des espaces de liberté intérieure et ne nous fait pas nous sentir seuls face aux défis du ministère.
C’est dans cet esprit que je vous écris. Je me sens en chemin avec vous et je voudrais que vous me sentiez proche de vous dans vos joies et vos souffrances, dans vos projets et vos travaux, dans vos amertumes et vos consolations pastorales. Je partage surtout avec vous le désir d’une communion affective et effective, en offrant ma prière quotidienne pour que notre Église mère, l’Église de Rome, appelée à présider dans la charité, cultive avant tout en elle-même le précieux don de la communion, en le faisant germer dans les différentes réalités et sensibilités qui la composent. Que l’Église de Rome soit pour tous un exemple de compassion et d’espérance, avec ses pasteurs toujours, voire toujours, prêts et disposés à accorder le pardon de Dieu, comme des canaux de miséricorde qui étanchent la soif de l’homme d’aujourd’hui.
Et maintenant, chers frères, je me demande : en ce temps, que nous demande le Seigneur, où nous dirige l’Esprit qui nous a oints et envoyés comme apôtres de l’Évangile ? Dans la prière, il me revient que Dieu nous demande d’aller en profondeur dans la lutte contre la mondanité spirituelle. Le Père Henri de Lubac, dans quelques pages d’un texte que je vous invite à lire, définissait la mondanité spirituelle comme » le plus grand danger pour l’Église – pour nous, qui sommes l’Église – la tentation la plus perfide, celle qui resurgit toujours, insidieusement, quand les autres sont vaincues « . Et il ajoutait des mots qui me semblent frappés au coin du bon sens : « Si cette mondanité spirituelle envahissait l’Église et travaillait à la corrompre en sapant son principe même, elle serait infiniment plus désastreuse que n’importe quelle mondanité simplement morale » (Méditation sur l’Église, Milan 1965, 470).
Ce sont des choses que j’ai déjà mentionnées en d’autres occasions, mais je voudrais les rappeler, en les considérant comme prioritaires : la mondanité spirituelle, en effet, est dangereuse parce qu’elle est un mode de vie qui réduit la spiritualité à une apparence : elle nous conduit à être des « marchands d’esprit », des hommes revêtus de formes sacrées qui, en réalité, continuent de penser et d’agir selon les modes du monde. Cela se produit lorsque nous nous laissons fasciner par les séductions de l’éphémère, par la médiocrité et l’habitude, par les tentations du pouvoir et de l’influence sociale. Et encore, par la vaine gloire et le narcissisme, par l’intransigeance doctrinale et l’esthétisme liturgique, formes et manières par lesquelles la mondanité « se cache sous les apparences de la religiosité et même de l’amour pour l’Église », mais en réalité « consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien-être personnel » (Evangelii gaudium, n. 93). Comment ne pas reconnaître dans tout cela la version actualisée de ce formalisme hypocrite que Jésus voyait dans certaines autorités religieuses de l’époque et qui, au cours de sa vie publique, l’a fait souffrir peut-être plus que tout autre chose ?
La mondanité spirituelle est une tentation « douce » et, pour cette raison, encore plus insidieuse. En effet, elle s’insinue en sachant bien se cacher derrière les bonnes apparences, même dans les motifs « religieux ». Et, même si nous la reconnaissons et l’éloignons de nous, tôt ou tard elle réapparaît déguisée d’une autre manière. Comme le dit Jésus dans l’Évangile : « Lorsque l’esprit impur sort d’un homme, celui-ci erre dans des lieux déserts, cherchant du secours, et, n’en trouvant pas, il dit : « Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti ». Lorsqu’il arrive, il la trouve balayée et ornée. Alors il s’en va, prend sept autres esprits plus mauvais que lui, entre dans la maison et s’y installe. Et la dernière condition de cet homme devient pire que la première » (Lc 11, 24-26). Nous avons besoin d’une vigilance intérieure, pour garder notre esprit et notre cœur, pour nourrir en nous le feu purificateur de l’Esprit, parce que les tentations mondaines reviennent et « frappent » de manière polie, « ce sont les « démons polis » : ils entrent poliment, sans que je m’en aperçoive » (Discours à la Curie romaine, 22 décembre 2022).
Je voudrais cependant m’arrêter sur un aspect de cette mondanité. Celle-ci, lorsqu’elle entre dans le cœur des pasteurs, prend une forme spécifique, celle du cléricalisme. Pardonnez-moi de le répéter, mais en tant que prêtres, je pense que vous me comprenez, parce que vous aussi vous partagez ce que vous croyez de manière sincère, selon ce beau trait typiquement romain (Romanesco !) qui veut que la sincérité des lèvres vienne du cœur, et qu’elle ait le goût du cœur ! Et moi, en tant que vieil homme et du fond du cœur, j’ai envie de vous dire que cela m’inquiète quand nous retombons dans les formes du cléricalisme ; quand, peut-être sans nous en rendre compte, nous montrons aux gens que nous sommes supérieurs, privilégiés, placés » au-dessus » et donc séparés du reste du peuple saint de Dieu. Comme me l’a écrit un jour un bon prêtre, « le cléricalisme est le symptôme d’une vie sacerdotale et laïque tentée de vivre dans le rôle et non dans le lien réel avec Dieu et les frères ». En bref, il s’agit d’une maladie qui nous fait perdre la mémoire du baptême que nous avons reçu, laissant à l’arrière-plan notre appartenance au même peuple saint et nous conduisant à vivre l’autorité dans les différentes formes de pouvoir, sans nous rendre compte de la duplicité, sans humilité mais avec des attitudes détachées et hautaines.
Pour nous arracher à cette tentation, il est bon d’écouter ce que le prophète Ezéchiel dit aux bergers : « Vous vous nourrissez de lait, vous vous vêtez de laine, vous tuez les brebis les plus grasses, mais vous ne gardez pas le troupeau. Vous n’avez pas fortifié la brebis faible, vous n’avez pas guéri l’infirme, vous n’avez pas pansé le blessé, vous n’avez pas ramené la brebis perdue. Tu n’es pas allé à la recherche de celles qui étaient perdues, mais tu les as égarées par la cruauté et la violence » (34:3-4). Elle parle de « lait » et de « laine », de ce qui nourrit et réchauffe ; le risque que la Parole nous fait courir est donc celui de nous nourrir nous-mêmes et de nos intérêts, de nous couvrir d’une vie confortable.
Certes, comme l’affirme saint Augustin, le berger doit aussi vivre du soutien offert par le lait de son troupeau ; mais l’évêque d’Hippone commente : « Qu’ils prennent le lait des brebis et qu’ils les gardent dans leur indigence. Cependant, qu’ils ne négligent pas la faiblesse des brebis, c’est-à-dire que dans leur activité, ils ne cherchent pas, pour ainsi dire, leur propre avantage en donnant l’impression d’annoncer l’Évangile pour arrondir leurs fins de mois, mais qu’ils dispensent aux autres la lumière de la parole de vérité qui les éclaire » (Discours sur les bergers, 46.5). De même, Augustin parle de la laine en l’associant aux honneurs : elle, qui recouvre la brebis, peut nous faire penser à tout ce dont nous pouvons nous parer extérieurement, en recherchant la louange des hommes, le prestige, la renommée, la richesse. Le grand père latin écrit : « Celui qui offre de la laine rend des honneurs ». Tels sont les deux avantages que les bergers qui se gardent eux-mêmes et non les brebis recherchent auprès des hommes : des ressources pour subvenir à leurs besoins et une attention particulière faite d’honneur et de louanges » (ibid., 46.6). Quand on ne se préoccupe que du lait, on pense à son profit personnel ; quand on cherche la laine de manière obsessionnelle, on pense à soigner son image et à accroître son succès. Nous perdons ainsi l’esprit sacerdotal, le zèle pour le service, le désir ardent de prendre soin du peuple, et nous finissons par raisonner selon la folie du monde : « Qu’est-ce que cela peut me faire ? Que chacun fasse ce qu’il veut, ma subsistance est assurée, mon honneur aussi. J’ai assez de lait et de laine. Que chacun aille où il veut » (ibid., 46, 7).
La préoccupation est alors centrée sur le « moi » : sa propre subsistance, ses propres besoins, la louange reçue pour soi-même plutôt que pour la gloire de Dieu. C’est ce qui arrive dans la vie de ceux qui tombent dans le cléricalisme : ils perdent l’esprit de louange parce qu’ils ont perdu le sens de la grâce, l’émerveillement devant la gratuité avec laquelle Dieu les aime, cette simplicité confiante du cœur qui leur fait tendre les mains vers le Seigneur, attendant de Lui la nourriture au bon moment (cf. Ps 104, 27), sachant que sans Lui nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 5). Ce n’est que lorsque nous vivons cette gratuité que nous pouvons vivre le ministère et les relations pastorales dans un esprit de service, selon les paroles de Jésus : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8).
Nous devons regarder précisément vers Jésus, vers la compassion avec laquelle il voit notre humanité blessée, vers la gratuité avec laquelle il a offert sa vie pour nous sur la croix. Voici l’antidote quotidien à la mondanité et au cléricalisme : regarder Jésus crucifié, fixer chaque jour nos yeux sur Celui qui s’est vidé et s’est humilié pour nous jusqu’à la mort (cf. Ph 2,7-8). Il a accepté l’humiliation pour nous relever de nos chutes et nous libérer du pouvoir du mal. Ainsi, en regardant les blessures de Jésus, en le regardant s’humilier, nous apprenons que nous sommes appelés à nous offrir nous-mêmes, à devenir le pain rompu pour les affamés, à partager le chemin de ceux qui sont fatigués et opprimés. Tel est l’esprit sacerdotal : se faire serviteurs du peuple de Dieu et non maîtres, laver les pieds de nos frères et sœurs et non les écraser sous nos pieds.
Restons donc vigilants face au cléricalisme. Que l’apôtre Pierre, qui, comme le rappelle la tradition, s’est humilié la tête en bas au moment de mourir pour être l’égal de son Seigneur, nous aide à nous en éloigner. Que l’apôtre Paul, qui, à cause du Christ Seigneur, considérait comme des déchets tous les acquis de la vie et du monde (cf. Ph 3, 8), nous en préserve.
Le cléricalisme, nous le savons, peut toucher tout le monde, même les laïcs et les agents pastoraux : on peut en effet assumer « l’esprit clérical » dans l’exercice de ses ministères et de ses charismes, en vivant sa vocation de manière élitiste, en se renfermant dans son propre groupe et en érigeant des murs vers l’extérieur, en développant des liens possessifs à l’égard des rôles dans la communauté, en cultivant des attitudes arrogantes et vantardes à l’égard d’autrui. Les symptômes sont précisément la perte de l’esprit de louange et de la gratuité joyeuse, tandis que le diable s’insinue en entretenant la plainte, la négativité et l’insatisfaction chronique de ce qui ne va pas, l’ironie devenant cynisme. Mais de cette façon, nous sommes absorbés par le climat de critique et de colère que nous respirons, au lieu d’être ceux qui, avec simplicité et douceur évangélique, avec gentillesse et respect, aident nos frères et sœurs à sortir des sables mouvants de l’impatience.
Dans tout cela, dans nos fragilités et nos insuffisances, comme dans la crise de foi d’aujourd’hui, ne nous décourageons pas ! De Lubac a conclu en disant que l’Eglise, « aujourd’hui encore, malgré toutes nos opacités […] est, comme la Vierge, le Sacrement de Jésus-Christ. Aucune de nos infidélités ne peut l’empêcher d’être « l’Église de Dieu », « la servante du Seigneur » » (Méditation sur l’Église, cit., 472). Frères, c’est l’espérance qui soutient nos pas, allège nos fardeaux et donne un nouvel élan à notre ministère. Retroussons nos manches et plions les genoux (vous qui le pouvez !): prions l’Esprit les uns pour les autres, demandons-lui de nous aider à ne pas tomber, dans notre vie personnelle comme dans l’action pastorale, dans cette apparence religieuse pleine de beaucoup de choses mais vide de Dieu, afin de ne pas être des fonctionnaires du sacré, mais des annonciateurs passionnés de l’Évangile, non des « clercs d’État », mais des pasteurs du peuple. Nous avons besoin d’une conversion personnelle et pastorale. Comme l’a dit le Père Congar, il ne s’agit pas de ramener la bonne observance ou de réformer les cérémonies extérieures, mais plutôt de revenir aux sources de l’Évangile, de découvrir des énergies nouvelles pour vaincre les habitudes, d’insuffler un esprit nouveau dans les vieilles institutions ecclésiales, afin que nous ne finissions pas par être une Église « riche de son autorité et de sa sécurité, mais peu apostolique et médiocrement évangélique » (Vera e falsa riforma della Chiesa, Milan 1972, 146).
Je vous remercie pour l’accueil que vous réserverez à mes paroles, en les méditant dans la prière et devant Jésus dans l’adoration quotidienne ; je peux vous dire qu’elles me viennent du cœur et de l’affection que j’ai pour vous. Allons de l’avant avec enthousiasme et courage : travaillons ensemble, entre prêtres et avec nos frères laïcs, en initiant des formes et des parcours synodaux, qui nous aideront à nous dépouiller de nos certitudes mondaines et « cléricales » pour chercher humblement des chemins pastoraux inspirés par l’Esprit, afin que la consolation du Seigneur parvienne vraiment à tous. Devant l’image de Salus Populi Romani, j’ai prié pour vous. J’ai demandé à la Madone de vous garder et de vous protéger, de sécher vos larmes secrètes, de raviver en vous la joie du ministère et de faire de vous chaque jour des pasteurs amoureux de Jésus, prêts à donner leur vie sans mesure par amour pour Lui. Merci pour ce que vous faites et pour ce que vous êtes. Je vous bénis et vous accompagne dans la prière. Et vous, n’oubliez pas de prier pour moi.
Fraternellement,
Lisbonne, 5 août 2023, commémoration de la dédicace de la basilique Sainte-Marie-Majeure.
François.
Source : vatican.va
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Traduction par Deepl.

Chers frères et sœurs, bonjour !
Lundi, je suis rentré de Mongolie. Je voudrais exprimer ma gratitude à tous ceux qui ont accompagné ma visite par leurs prières, et renouveler ma reconnaissance aux Autorités qui m’ont solennellement accueilli : en particulier au Président Khürelsükh, ainsi qu’à l’ancien Président Enkhbayar, qui m’avait adressé une invitation officielle à visiter le pays. Je repense avec joie à l’Église locale et au peuple mongol : un peuple noble et sage, qui m’a manifesté tant de cordialité et d’affection. Aujourd’hui, je souhaiterais vous plonger au cœur de ce voyage.
On pourrait se demander pourquoi le pape se rend si loin pour visiter un petit troupeau de fidèles. Parce que c’est précisément là, loin des projecteurs, que l’on trouve souvent les signes de la présence de Dieu, qui ne regarde pas les apparences, mais le cœur comme nous l’avons entendu dans le passage du prophète Samuel (cf. 1 Sam 16, 7). Le Seigneur ne cherche pas le centre de la scène, mais le cœur simple de ceux qui le désirent et l’aiment sans apparences, sans vouloir dominer sur les autres. Et j’ai eu la grâce de rencontrer en Mongolie une Église humble et une Église joyeuse, qui est dans le cœur de Dieu, et je peux vous témoigner sa joie de s’être trouvée pour quelques jours aussi au centre de l’Église.
Cette communauté a une histoire touchante. Elle est née, par la grâce de Dieu, du zèle apostolique – sur lequel nous réfléchissons en ce moment – de quelques missionnaires qui, passionnés par l’Évangile, se sont rendus, il y a environ trente ans, dans un pays qu’ils ne connaissaient pas. Ils en ont appris la langue – qui n’est pas facile- et, bien qu’issus de nations différentes, ils ont créé une communauté unie et véritablement catholique. C’est d’ailleurs le sens du mot « catholique », qui signifie « universel ». Mais il ne s’agit pas d’une universalité qui homologue, mais d’une universalité qui inculture, c’est une universalité qui s’inculture. C’est cela la catholicité : une universalité incarnée, « inculturée » qui saisit le bien là où elle vit et qui sert les personnes avec lesquelles elle vit. C’est ainsi que vit l’Église : en témoignant de l’amour de Jésus avec douceur, avec la vie plus que les paroles, heureuse de sa vraie richesse : le service du Seigneur et des frères et sœurs.
C’est ainsi qu’est née cette jeune Église : dans le sillon de la charité, qui est le meilleur témoignage de la foi. À la fin de ma visite, j’ai eu la joie de bénir et d’inaugurer la « Maison de la miséricorde », la première œuvre caritative créée en Mongolie, expression de toutes les composantes de l’Église locale. Une maison qui est la carte de visite de ces chrétiens, mais qui rappelle aussi à chacune de nos communautés d’être une maison de la miséricorde : c’est-à-dire un lieu ouvert et, lieu accueillant, où les misères de chacun peuvent entrer sans vergogne en contact avec la miséricorde de Dieu qui relève et guérit. C’est le témoignage de l’Église mongole, avec des missionnaires de différents pays qui se sentent en harmonie avec le peuple, heureux de le servir et de découvrir la beauté qui s’y trouve déjà. Parce que ces missionnaires ne sont pas allés là-bas pour faire du prosélytisme, ce qui n’est pas évangélique, ils sont allés là-bas pour vivre comme le peuple mongol, pour parler leur langue, la langue de ce peuple, pour prendre les valeurs de ce peuple et prêcher l’Évangile dans le style mongol, avec des paroles mongoles. Ils sont allés et se sont « inculturés » : ils ont pris la culture mongole pour proclamer l’Évangile dans cette culture.
J’ai pu découvrir une partie de cette beauté, notamment en faisant la connaissance de certaines personnes, en écoutant leurs histoires, en appréciant leur quête religieuse. En ce sens, je suis reconnaissant pour la rencontre interreligieuse et œcuménique de dimanche passé. La Mongolie a une grande tradition bouddhiste, avec de nombreuses personnes qui, en silence, vivent leur religiosité de manière sincère et radicale, à travers l’altruisme et la lutte contre leurs passions. Pensons à tant de graines de bien qui, de manière cachée, font germer le jardin du monde, alors qu’habituellement nous n’entendons que le bruit des arbres qui tombent ! Le scandale plaît aux gens, même à nous : « Mais regardez cette barbarie, un arbre qui tombe, le bruit qu’il a fait ! ». – « Mais tu ne vois donc pas la forêt grandir tous les jours ? » parce que la croissance se fait dans le silence. Il est décisif d’être capable de discerner et de reconnaître le bien. Au lieu de cela, bien souvent nous n’apprécions les autres que dans la mesure où ils correspondent à nos idées, nous devons plutôt voir ce bien. C’est pour cela qu’il est important, comme le fait le peuple mongol, de regarder vers le haut, vers la lumière du bien. Seulement ainsi, en partant de la reconnaissance du bien, on construit l’avenir commun ; ce n’est qu’en valorisant l’autre qu’on l’aide à s’améliorer.
Je suis allé au cœur de l’Asie et cela m’a fait du bien. Cela fait du bien d’entrer en dialogue avec ce grand continent, d’en saisir les messages, d’en connaître la sagesse, la façon de regarder les choses, d’étreindre le temps et l’espace. Cela m’a fait du bien de rencontrer le peuple mongol, qui conserve ses racines et ses traditions, respecte les personnes âgées et vit en harmonie avec l’environnement : c’est un peuple qui scrute le ciel et sent la respiration de la création. En pensant aux étendues illimitées et silencieuses de la Mongolie, laissons-nous stimuler par le besoin d’élargir les frontières de notre regard, s’il vous plait : élargir les frontières, regarder loin et haut, regarder et ne pas tomber prisonniers de la petitesse, élargir les frontières de notre regard, afin qu’il voit le bien qu’il y a chez les autres et soit capable de dilater les propres horizons et également dilater son propre cœur pour comprendre, pour être proche de chaque personne et de chaque civilisation.
Source : vatican.va
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6ème jour : le cloître
DISCOURS DE CLÔTURE DES RENCONTRES MÉDITERRANÉENNES
Monsieur le Président de la République,
chers frères Évêques,
Mesdames et Messieurs les Maires et Autorités représentant les villes et territoires bordés par la Méditerranée,
Vous tous chers amis !
Je vous salue cordialement et vous suis, à chacun, reconnaissant d’avoir accepté l’invitation du cardinal Aveline à participer à ces rencontres. Je vous remercie pour votre travail et pour les réflexions précieuses que vous avez partagées. Après Bari et Florence, le chemin au service des peuples méditerranéens se poursuit : les responsables ecclésiastiques et civils sont encore ici réunis, non pas pour traiter d’intérêts mutuels, mais animés par le désir de s’occuper de l’homme ; merci de le faire avec les jeunes qui sont le présent et l’avenir de l’Église comme de la société.
La ville de Marseille est très ancienne. Fondée par des navigateurs grecs venus d’Asie Mineure, le mythe la fait remonter à une histoire d’amour entre un marin émigré et une princesse locale. Elle présente dès ses origines un caractère composite et cosmopolite : elle accueille les richesses de la mer et donne une patrie à ceux qui n’en ont plus. Marseille nous dit que, malgré les difficultés, la convivialité est possible et qu’elle est source de joie. Sur la carte, entre Nice et Montpellier, elle semble presque dessiner un sourire ; et j’aime à la considérer ainsi : Marseille est « le sourire de la Méditerranée ». Je voudrais donc vous proposer quelques réflexions autour de trois réalités qui caractérisent Marseille : la mer, le port et le phare. Ce sont trois symboles.
1. La mer. Une marée de peuples a fait de cette ville une mosaïque d’espérance, avec sa grande tradition multiethnique et multiculturelle, représentée par plus de 60 consulats présents sur son territoire. Marseille est une ville à la fois plurielle et singulière, car c’est sa pluralité, fruit de sa rencontre avec le monde, qui rend son histoire singulière. On entend souvent dire aujourd’hui que l’histoire de la Méditerranée est un entrelacement de conflits entre différentes civilisations, religions et visions. Nous n’ignorons pas les problèmes – il y en a – mais ne nous y trompons pas : les échanges entre peuples ont fait de la Méditerranée un berceau de civilisations, une mer qui regorge de trésors, au point que, comme l’écrivait un grand historien français, elle n’est pas « un paysage, mais d’innombrables paysages. Ce n’est pas une mer, mais une succession de mers » ; « depuis des millénaires, tout s’y est engouffré, compliquant et enrichissant son histoire » (F. Braudel, La Méditerranée, Paris 1985, p. 16). La mare nostrum est un espace de rencontres : entre les religions abrahamiques, entre les pensées grecque, latine et arabe, entre la science, la philosophie et le droit, et entre bien d’autres réalités. Elle a diffusé dans le monde la haute valeur de l’être humain, doté de liberté, ouvert à la vérité et en mal de salut, qui voit le monde comme une merveille à découvrir et un jardin à habiter, sous le signe d’un Dieu qui fait alliance avec les hommes.
Un grand Maire voyait dans la Méditerranée non pas une question conflictuelle, mais une réponse de paix, mieux encore, « le commencement et le fondement de la paix entre toutes les nations du monde » (G. La Pira, Paroles en conclusion du premier Colloque Méditerranéen, 6 octobre 1958). Il disait en effet : « La réponse […] est possible si l’on considère la vocation historique commune et pour ainsi dire permanente que la Providence a assignée dans le passé, assigne dans le présent et, en un certain sens, assignera dans l’avenir aux peuples et aux nations qui vivent sur les rives de ce mystérieux lac de Tibériade élargi qu’est la Méditerranée » (Discours d’ouverture du 1er Colloque méditerranéen, 3 octobre 1958). Lac de Tibériade, ou Mer de Galilée : un lieu, c’est-à-dire, où se concentrait à l’époque du Christ une grande variété de peuples, de cultes et de traditions. C’est là, dans la « Galilée des nations » (cf. Mt 4, 15), traversée par la Route de la Mer, que se déroula la plus grande partie de la vie publique de Jésus. Un contexte multiforme et, à bien des égards, instable, fut le lieu de la proclamation universelle des Béatitudes, au nom d’un Dieu Père de tous, qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 45). C’était aussi une invitation à élargir les frontières du cœur, en dépassant les barrières ethniques et culturelles. Voici donc la réponse qui vient de la Méditerranée : cette mer pérenne de Galilée invite à opposer la « convivialité des différences » à la division des conflits (T. Bello, Benedette inquietudini, Milano 2001, p. 73). La mare nostrum, au carrefour du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, concentre les défis du monde entier comme en témoignent ses « cinq rives » sur lesquelles vous avez réfléchi : l’Afrique du Nord, le Proche-Orient, la mer Noire-Égée, les Balkans et l’Europe latine. Elle est à l’avant-poste de défis qui concernent tout le monde : nous pensons au défi climatique, la Méditerranée représentant un hotspot où les changements se font sentir plus rapidement. Comme il est important de sauvegarder le maquis méditerranéen, écrin unique de biodiversité ! Bref, cette mer, environnement qui offre une approche unique de la complexité, est un « miroir du monde », et elle porte en elle une vocation mondiale à la fraternité, vocation unique et unique voie pour prévenir et surmonter les conflits.
Frères et sœurs, sur la mer actuelle des conflits, nous sommes ici pour valoriser la contribution de la Méditerranée, afin qu’elle redevienne un laboratoire de paix. Car telle est sa vocation : être un lieu où des pays et des réalités différentes se rencontrent sur la base de l’humanité que nous partageons tous, et non d’idéologies qui opposent. Oui, la Méditerranée exprime une pensée qui n’est pas uniforme ni idéologique, mais polyédrique et adhérente à la réalité ; une pensée vitale, ouverte et conciliante : une pensée communautaire, c’est le mot. Comme nous avons besoin de cela dans les circonstances actuelles où des nationalismes archaïques et belliqueux veulent faire disparaître le rêve de la communauté des nations ! Mais – rappelons-le – avec les armes on fait la guerre, pas la paix, et avec l’avidité du pouvoir on retourne toujours au passé, on ne construit pas l’avenir.
Par où commencer alors pour enraciner la paix ? Sur les rives de la Mer de Galilée, Jésus commença par donner de l’espérance aux pauvres, en les proclamant bienheureux : il écouta leurs besoins, il soigna leurs blessures, il leur annonça avant tout la bonne nouvelle du Royaume. C’est de là qu’il faut repartir, du cri souvent silencieux des derniers, et non des premiers de la classe qui élèvent la voix même s’ils sont bien lotis. Repartons, Église et communauté civile, de l’écoute des pauvres qui sont à « s’embrasser, et non pas à compter » (P. Mazzolari, La parola ai poveri, Bologne 2016, p. 39), car ils sont des visages et non des numéros. Le changement de rythme de nos communautés consiste à les traiter comme des frères dont nous devons connaître l’histoire, et non comme des problèmes gênants, en les expulsant, en les renvoyant chez eux ; il consiste à les accueillir, et non les cacher ; à les intégrer, et non s’en débarrasser ; à leur donner de la dignité. Et Marseille, je veux le répéter, est la capitale de l’intégration des peuples. C’est votre fierté ! Aujourd’hui, la mer de la coexistence humaine est polluée par la précarité qui blesse même la splendide Marseille. Et là où il y a précarité il y a criminalité : là où il y a pauvreté matérielle, éducative, professionnelle, culturelle, religieuse, le terrain des mafias et des trafics illicites est déblayé. L’engagement des seules institutions ne suffit pas, il faut un sursaut de conscience pour dire « non » à l’illégalité et « oui » à la solidarité, ce qui n’est pas une goutte d’eau dans la mer, mais l’élément indispensable pour en purifier les eaux.
En effet, le véritable mal social n’est pas tant l’augmentation des problèmes que le déclin de la prise en charge. Qui aujourd’hui est proche des jeunes livrés à eux-mêmes, proies faciles de la délinquance et de la prostitution ? Qui les prend en charge ? Qui est proche des personnes asservies par un travail qui devrait les rendre plus libres ? Qui s’occupe des familles effrayées, qui ont peur de l’avenir et de mettre au monde de nouvelles créatures ? Qui écoute les gémissements des personnes âgées isolées qui, au lieu d’être valorisées, sont parquées dans la perspective faussement digne d’une mort douce, en réalité plus salée que les eaux de la mer ? Qui pense aux enfants à naître, rejetés au nom d’un faux droit au progrès, qui est au contraire une régression de l’individu ? Aujourd’hui, nous avons le drame de confondre les enfants avec les petits chiens. Mon secrétaire me disait qu’en passant par la place Saint-Pierre, il avait vu des femmes qui portaient des enfants dans des poussettes… mais ce n’étaient pas des enfants, c’étaient des petits chiens ! Cette confusion nous dit quelque chose de mauvais. Qui regarde avec compassion au-delà de ses frontières pour entendre les cris de douleur qui montent d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ? Combien de personnes vivent plongées dans les violences et souffrent de situations d’injustice et de persécution ! Et je pense à tant de chrétiens, souvent contraints de quitter leur terre ou d’y vivre sans que leurs droits soient reconnus, sans qu’ils jouissent d’une citoyenneté à part entière. S’il vous plaît, engageons-nous pour que ceux qui font partie de la société puissent en devenir les citoyens de plein droit. Et puis il y a un cri de douleur qui résonne plus que tout autre, et qui transforme la mare nostrum en mare mortuum, la Méditerranée, berceau de la civilisation en tombeau de la dignité. C’est le cri étouffé des frères et sœurs migrants, auxquels je voudrais consacrer mon attention en réfléchissant sur la deuxième image que nous offre Marseille, celle de son port.
2. Le port de Marseille est depuis des siècles une porte grand-ouverte sur la mer, sur la France et sur l’Europe. C’est d’ici que beaucoup sont partis chercher du travail et un avenir à l’étranger, c’est d’ici que beaucoup ont franchi la porte du continent avec des bagages chargés d’espérance. Marseille a un grand port et elle est une grande porte qui ne peut être fermée. Plusieurs ports méditerranéens, en revanche, se sont fermés. Et deux mots ont résonné, alimentant la peur des gens : « invasion » et « urgence ». Et on ferme les ports. Mais ceux qui risquent leur vie en mer n’envahissent pas, ils cherchent hospitalité, ils cherchent la vie. Quant à l’urgence, le phénomène migratoire n’est pas tant une urgence momentanée, toujours bonne à susciter une propagande alarmiste, mais un fait de notre temps, un processus qui concerne trois continents autour de la Méditerranée et qui doit être géré avec une sage prévoyance, avec une responsabilité européenne capable de faire face aux difficultés objectives. Je regarde, ici, sur cette carte, les ports privilégiés pour les migrants : Chypre, la Grèce, Malte, l’Italie et l’Espagne… Ils font face à la Méditerranée et accueillent les migrants. La mare nostrum crie justice, avec ses rivages où, d’un côté, règnent l’opulence, le consumérisme et le gaspillage et, de l’autre, la pauvreté et la précarité. Là encore, la Méditerranée est un reflet du monde : le Sud qui se tourne vers le Nord, avec beaucoup de pays en développement, en proie à l’instabilité, aux régimes, aux guerres et à la désertification, qui regardent les plus aisés, dans un monde globalisé où nous sommes tous connectés mais où les fossés n’ont jamais été aussi profonds. Pourtant, cette situation n’est pas nouvelle de ces dernières années, et ce n’est pas ce Pape venu de l’autre bout du monde à avoir le premier à l’alerté, avec urgence et préoccupation. Cela fait plus de cinquante ans que l’Église en parle de manière pressante.
Le concile Vatican II venait de se conclure lorsque saint Paul VI, dans l’encyclique Populorum progressio, écrivait : « Les peuples de la faim interpellent aujourd’hui de façon dramatique les peuples de l’opulence. L’Église tressaille devant ce cri d’angoisse et appelle chacun à répondre avec amour à l’appel de son frère » (n. 3). Le Pape Montini énuméra « trois devoirs » des nations les plus développées, « enracinés dans la fraternité humaine et surnaturelle » : « devoir de solidarité, c’est à dire l’aide que les nations riches doivent apporter aux pays en voie de développement ; devoir de justice sociale, c’est-à-dire le redressement des relations commerciales défectueuses entre peuples forts et peuples faibles ; devoir de charité universelle, c’est-à-dire la promotion d’un monde plus humain pour tous, où tous auront à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns soit un obstacle au développement des autres » (n. 44). À la lumière de l’Évangile et de ces considérations, Paul VI, en 1967, soulignait le « devoir de l’accueil », sur lequel il écrivait : « nous ne saurions trop insister » (n. 67). Pie XII avait encouragé à cela quinze années auparavant en écrivant que : « La famille de Nazareth en exile, Jésus, Marie et Joseph émigrés en Egypte […] sont le modèle, l’exemple et le soutien de tous les émigrés et pèlerins de tous les temps et de tous les pays, de tous les réfugiés de toute condition qui, poussés par la persécution ou par le besoin, se voient contraints d’abandonner leur patrie, les personnes qui leurs sont chères, […] et se rendre en terre étrangère » (Const. ap. Exsul Familia de spirituali emigrantium cura, 1er août 1952).
Certes, les difficultés d’accueil sont sous les yeux de tous. Les migrants doivent être accueillis, protégés ou accompagnés, promus et intégrés. Dans le cas contraire, le migrant se retrouve dans l’orbite de la société. Accueillis, accompagnés, promus et intégrés : tel est le style. Il est vrai qu’il n’est pas facile d’avoir ce style ou d’intégrer des personnes non attendues. Cependant le critère principal ne peut être le maintien de leur bien-être, mais la sauvegarde de la dignité humaine. Ceux qui se réfugient chez nous ne doivent pas être considérés comme un fardeau à porter : si nous les considérons comme des frères, ils nous apparaîtront surtout comme des dons. La Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié sera célébrée demain. Laissons-nous toucher par l’histoire de tant de nos frères et sœurs en difficulté qui ont le droit tant d’émigrer que de ne pas émigrer, et ne nous enfermons pas dans l’indifférence. L’histoire nous interpelle à un sursaut de conscience pour prévenir le naufrage de civilisation. L’avenir, en effet, ne sera pas dans la fermeture qui est un retour au passé, une inversion de marche sur le chemin de l’histoire. Contre le terrible fléau de l’exploitation des êtres humains, la solution n’est pas de rejeter, mais d’assurer, selon les possibilités de chacun, un grand nombre d’entrées légales et régulières, durables grâce à un accueil équitable de la part du continent européen, dans le cadre d’une collaboration avec les pays d’origine. Dire « assez » c’est au contraire fermer les yeux ; tenter maintenant de « se sauver » se transformera demain en tragédie. Alors que les générations futures nous remercieront pour avoir su créer les conditions d’une intégration indispensable, elles nous accuseront pour n’avoir favorisé que des assimilations stériles. L’intégration, même des migrants, est difficile, mais clairvoyante : elle prépare l’avenir qui, qu’on le veuille ou non, se fera ensemble ou ne sera pas ; l’assimilation, qui ne tient pas compte des différences et reste rigide dans ses paradigmes, fait prévaloir l’idée sur la réalité et compromet l’avenir en augmentant les distances et en provoquant la ghettoïsation, provoquant hostilité et intolérance. Nous avons besoin de fraternité comme de pain. Le mot même « frère », dans sa dérivation indo-européenne, révèle une racine liée à la nutrition et à la subsistance. Nous ne nous soutiendrons qu’en nourrissant d’espérance les plus faibles, en les accueillant comme des frères. « N’oubliez pas l’hospitalité » (He 13, 2), nous dit l’Écriture. Et dans l’Ancien Testament, il est répété : la veuve, l’orphelin et l’étranger. Les trois devoirs de charité : assister la veuve, assister l’orphelin et assister l’étranger, le migrant.
À cet égard, le port de Marseille est aussi une « porte de la foi ». Selon la tradition, les saints Marthe, Marie et Lazare ont débarqué ici, et ont semé l’Évangile sur ces terres. La foi vient de la mer, comme l’évoque la suggestive tradition marseillaise de la chandeleur avec la procession maritime. Lazare, dans l’Évangile, est l’ami de Jésus, mais c’est aussi le nom du protagoniste d’une parabole très actuelle qui ouvre les yeux sur l’inégalité qui ronge la fraternité et nous parle de la prédilection du Seigneur pour les pauvres. Eh bien, nous chrétiens qui croyons au Dieu fait homme, à l’homme unique et inimitable qui, sur les rives de la Méditerranée, s’est dit chemin, vérité et vie (cf. Jn 14, 6), nous ne pouvons pas accepter que les voies de la rencontre soient fermées. Ne fermons pas les voies de la rencontre, s’il vous plaît ! Nous ne pouvons accepter que la vérité du dieu argent l’emporte sur la dignité de l’homme, que la vie se transforme en mort ! L’Église, en confessant que Dieu, en Jésus Christ, « s’est en quelque sorte uni à tout homme » (Gaudium et spes, n. 22), croit, avec saint Jean-Paul II, que son chemin est l’homme (cf. Lett. enc. Redemptor hominis, n. 14). Elle adore Dieu et sert les plus fragiles qui sont ses trésors. Adorer Dieu et servir le prochain, voilà ce qui compte : non pas la pertinence sociale ou l’importance numérique, mais la fidélité au Seigneur et à l’homme !
Voilà le témoignage chrétien et, bien souvent, il est héroïque. Je pense par exemple à saint Charles de Foucauld, le « frère universel », aux martyrs de l’Algérie, mais aussi à tant d’artisans de la charité d’aujourd’hui. Dans ce style de vie scandaleusement évangélique, l’Église retrouve le port sûr auquel accoster et d’où repartir pour tisser des liens avec les personnes de tous les peuples, en recherchant partout les traces de l’Esprit et en offrant ce qu’elle a reçu par grâce. Voilà la réalité la plus pure de l’Église, voilà – écrivait Bernanos – « l’Église des saints », ajoutant que « tout ce grand appareil de sagesse, de force, de souple discipline, de magnificence et de majesté n’est rien de lui-même, si la charité ne l’anime » (Jeanne d’Arc relapse et sainte, Paris 1994, p. 74). J’aime exalter cette perspicacité française, génie croyant et créatif qui a affirmé ces vérités à travers une multitude de gestes et d’écrits. Saint Césaire d’Arles disait : « Si tu as la charité, tu as Dieu ; et si tu as Dieu, que ne possèdes-tu pas ? » (Sermo 22, 2). Pascal reconnaissait que « l’unique objet de l’Écriture est la charité » (Pensées, n. 301) et que « la vérité hors de la charité, n’est pas Dieu ; elle est son image, et une idole qu’il ne faut point aimer, ni adorer » (Pensées, n. 767). Et saint Jean Cassien, qui est mort ici, écrivait que « tout, même ce qu’on estime utile et nécessaire, vaut moins que ce bien qu’est la paix et la charité » (Conférences spirituelles XVI, 6).
Il est bon, par conséquent, que les chrétiens ne viennent pas en deuxième position en matière de charité ; et que l’Évangile de la charité soit la magna charta de la pastorale. Nous ne sommes pas appelés à regretter les temps passés ou à redéfinir une importance ecclésiale, nous sommes appelés au témoignage : non pas broder l’Évangile de paroles, mais lui donner de la chair ; non pas mesurer la visibilité, mais nous dépenser dans la gratuité, croyant que « la mesure de Jésus est l’amour sans mesure » (Homélie, 23 février 2020). Saint Paul, l’Apôtre des nations qui passa une bonne partie de sa vie à traverser la Méditerranée d’un port à l’autre, enseignait que pour accomplir la loi du Christ, il faut porter mutuellement le poids des uns des autres (cf. Ga 6, 2). Chers frères évêques, ne chargeons pas les personnes de fardeaux, mais soulageons leurs efforts au nom de l’Évangile de la miséricorde, pour distribuer avec joie le soulagement de Jésus à une humanité fatiguée et blessée. Que l’Église ne soit pas un ensemble de prescriptions, que l’Église soit un port d’espérance pour les personnes découragées. Élargissez vos cœurs, s’il vous plaît ! Que l’Église soit un port de ravitaillement, où les personnes se sentent encouragées à prendre le large dans la vie avec la force incomparable de la joie du Christ. Que l’Église ne soit pas une douane. Souvenons-nous du Seigneur : tous, tous, tous sont invités.
3. Et j’en viens brièvement ainsi à la dernière image, celle du phare. Il illumine la mer et fait voir le port. Quelles traces lumineuses peuvent orienter le cap des Églises dans la Méditerranée ? En pensant à la mer qui unit tant de communautés croyantes différentes, je pense que l’on peut réfléchir sur des parcours plus synergiques, en évaluant peut-être aussi l’opportunité d’une Conférence ecclésiale de la Méditerranée, comme l’a dit le Cardinal [Aveline], qui permettrait de nouvelles possibilités d’échanges et qui donnerait une plus grande représentativité ecclésiale à la région. En pensant au port et au thème migratoire, il pourrait être profitable de travailler à une pastorale spécifique encore plus reliée, afin que les diocèses les plus exposés puissent assurer une meilleure assistance spirituelle et humaine aux sœurs et aux frères qui arrivent dans le besoin.
Le phare, dans ce prestigieux palais qui porte son nom, me fait enfin penser surtout aux jeunes : ce sont eux la lumière qui indique la route de l’avenir. Marseille est une grande ville universitaire qui abrite quatre campus : sur les quelque 35000 étudiants qui les fréquentent, 5000 sont étrangers. Par où commencer à tisser des liens entre les cultures, sinon par l’université ? Là, les jeunes ne sont pas fascinés par les séductions du pouvoir, mais par le rêve de construire l’avenir. Que les universités méditerranéennes soient des laboratoires de rêves et des chantiers d’avenir, où les jeunes grandissent en se rencontrant, en se connaissant et en découvrant des cultures et des contextes à la fois proches et différents. On abat ainsi les préjugés, on guérit les blessures et on conjure des rhétoriques fondamentalistes. Faites attention à la prédication de tant de fondamentalismes qui sont à la mode aujourd’hui ! Des jeunes bien formés et orientés à fraterniser pourront ouvrir des portes inespérées de dialogue. Si nous voulons qu’ils se consacrent à l’Évangile et au haut service de la politique, il faut avant tout que nous soyons crédibles : oublieux de nous-mêmes, libérés de l’autoréférentialité, prêts à nous dépenser sans cesse pour les autres. Mais le défi prioritaire de l’éducation concerne tous les âges de la formation : dès l’enfance, « en se mélangeant » avec les autres, on peut surmonter beaucoup de barrières et de préjugés en développant sa propre identité dans le contexte d’un enrichissement mutuel. L’Église peut bien y contribuer en mettant au service ses réseaux de formation et en animant une « créativité de la fraternité ».
Frères et sœurs, le défi est aussi celui d’une théologie méditerranéenne – la théologie doit être enracinée dans la vie ; une théologie de laboratoire ne fonctionne pas – qui développe une pensée qui adhère au réel, « maison » de l’humain et pas seulement des données techniques, en mesure d’unir les générations en reliant mémoire et avenir, et de promouvoir avec originalité le chemin œcuménique entre chrétiens et le dialogue entre croyants de religions différentes. Il est beau de s’aventurer dans une recherche philosophique et théologique qui, en puisant aux sources culturelles méditerranéennes, redonne espérance à l’homme, mystère de liberté en mal de Dieu et de l’autre, pour donner un sens à son existence. Et il est également nécessaire de réfléchir sur le mystère de Dieu, que personne ne peut prétendre posséder ou maîtriser, et qui doit même être soustrait à tout usage violent et instrumental, conscients que la confession de sa grandeur présuppose en nous l’humilité des chercheurs.
Chers frères et sœurs, je suis heureux d’être ici à Marseille ! Un jour, Monsieur le Président m’a invité à visiter la France et m’a dit : « Mais il est important que vous veniez à Marseille ! ». Et je l’ai fait. Je vous remercie de votre écoute patiente et de votre engagement. Allez de l’avant, courageux ! Soyez une mer de bien, pour faire face aux pauvretés d’aujourd’hui avec une synergie solidaire ; soyez un port accueillant, pour embrasser ceux qui cherchent un avenir meilleur ; soyez un phare de paix, pour anéantir, à travers la culture de la rencontre, les abîmes ténébreux de la violence et de la guerre. Merci beaucoup !
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Découvrez aujourd’hui Saint Stanislas de Kostka !
Belle écoute !
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Episode 21 : Mort de Claude La Colombière


Dimanche 16 mars 2025
Texte préparé per le Saint-Père
Chers frères et sœurs, bon dimanche !
Aujourd’hui, deuxième dimanche de Carême, l’Évangile nous parle de la Transfiguration de Jésus (Lc 9, 28-36). Après être monté au sommet d’une montagne avec Pierre, Jacques et Jean, Jésus se plonge dans la prière et devient rayonnant de lumière. Il montre ainsi aux disciples ce qui se cache derrière les gestes qu’il accomplit au milieu d’eux : la lumière de son amour infini.
Je partage ces pensées avec vous alors que je traverse un temps d’épreuve et que je m’unis aux nombreux frères et sœurs malades : fragiles, en ce moment, comme moi. Nos corps sont faibles, mais rien ne nous empêche d’aimer, de prier, de nous donner, d’être les uns pour les autres, dans la foi, des signes lumineux d’espérance. Tant de lumière brille, en ce sens, dans les hôpitaux et les centres de soins ! Que d’attentions aimantes illuminent les chambres, les couloirs, les cliniques, les lieux où l’on rend les services les plus humbles ! C’est pourquoi je voudrais vous inviter, aujourd’hui, à vous joindre à moi pour louer le Seigneur, qui ne nous abandonne jamais et qui, dans les moments de douleur, place à nos côtés des personnes qui reflètent un rayon de son amour.
Je vous remercie tous pour vos prières et je remercie ceux qui m’assistent avec tant de dévouement. Je sais que beaucoup d’enfants prient pour moi ; certains d’entre eux sont venus aujourd’hui au « Gemelli » en signe de proximité. Merci, chers enfants ! Le Pape vous aime et attend toujours de vous rencontrer.
Continuons à prier pour la paix, en particulier dans les pays blessés par la guerre : en Ukraine martyrisée, en Palestine, en Israël, au Liban, en Birmanie, au Soudan et en République démocratique du Congo.
Et prions pour l’Église, appelée à traduire en choix concrets le discernement opéré lors de la récente Assemblée synodale. Je remercie le Secrétariat général du Synode qui, au cours des trois prochaines années, accompagnera les Églises locales dans cet engagement.
Que la Vierge Marie nous protège et nous aide à être, comme elle, porteurs de la lumière et de la paix du Christ.
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Mercredi 2 avril 2025
(Catéchèse du Saint-Père préparée pour l’Audience générale du 2 avril 2025)
Chers frères et sœurs,
Nous continuons à contempler les rencontres de Jésus avec certains personnages de l’Évangile. Cette fois-ci, je voudrais m’arrêter sur la figure de Zachée : un épisode qui me tient particulièrement à cœur, parce qu’il occupe une place spéciale dans mon cheminement spirituel.
L’Évangile de Luc nous présente Zachée comme quelqu’un qui semble irrémédiablement perdu. Peut-être nous arrive-t-il à nous aussi de nous sentir ainsi : sans espérance. Zachée, en revanche, a découvert que le Seigneur le cherchait déjà.
Jésus est en effet descendu à Jéricho, une ville située sous le niveau de la mer, considérée comme une image du monde souterrain, où Jésus veut aller chercher ceux qui se sentent perdus. Et en effet, le Seigneur ressuscité continue à descendre dans les enfers d’aujourd’hui, dans les lieux de guerre, dans la douleur des innocents, dans le cœur des mères qui voient mourir leurs enfants, dans la faim des pauvres.
Zachée, en un certain sens, est perdu; peut-être a-t-il fait de mauvais choix ou peut-être la vie l’a-t-elle placé dans des situations dont il a du mal à se sortir. Luc insiste d’ailleurs sur les caractéristiques de cet homme : non seulement il est publicain, c’est-à-dire qu’il perçoit les impôts de ses concitoyens pour les envahisseurs romains, en plus il est même le chef des publicains, comme pour dire que son péché est démultiplié.
Luc ajoute ensuite que Zachée est riche, ce qui suggère qu’il s’est enrichi sur le dos des autres, abusant de sa position. Mais tout cela a des conséquences : Zachée se sent probablement exclu, méprisé de tous.
Lorsqu’il apprend que Jésus passe en ville, Zachée a envie de le voir. Il n’ose pas imaginer une rencontre, il lui suffirait de le regarder de loin. Mais nos désirs rencontrent aussi des obstacles et ne se réalisent pas automatiquement : Zachée est petit de taille ! C’est notre réalité, nous avons des limites avec lesquelles nous devons composer. Et puis il y a les autres, qui parfois ne nous aident pas : la foule empêche Zachée de voir Jésus. C’est peut-être aussi un peu leur revanche.
Mais quand tu as un désir fort, tu ne te décourages pas. Tu trouves une solution. Il faut du courage et ne pas avoir honte, il faut un peu de la simplicité des enfants et ne pas trop se préoccuper de sa propre image. Zachée, comme un enfant, grimpe à un arbre. Ce devait être un bon poste d’observation, surtout pour regarder sans être vu, caché derrière les branches.
Mais avec le Seigneur, l’inattendu se produit toujours : Jésus lève les yeux, quand il parvient là tout proche. Zachée se sent exposé et s’attend probablement à une réprimande publique. Les gens l’espéraient peut-être, mais ils sont déçus : Jésus demande à Zachée de descendre immédiatement, presque surpris de le voir dans l’arbre, et lui dit : « Aujourd’hui, je dois m’arrêter chez toi ! » (Lc 19,5). Dieu ne peut pas passer sans chercher qui est perdu.
Luc souligne la joie du cœur de Zachée. C’est la joie de celui qui se sent regardé, reconnu et surtout pardonné. Le regard de Jésus n’est pas un regard de reproche, mais de miséricorde. C’est cette miséricorde que nous avons parfois du mal à accepter, surtout lorsque Dieu pardonne à ceux qui, selon nous, ne le méritent pas. Nous murmurons parce que nous voudrions mettre des limites à l’amour de Dieu.
Dans la scène dans sa maison, Zachée, après avoir écouté les paroles de pardon de Jésus, se lève, comme s’il ressuscitait de sa condition de mort. Et il se lève pour prendre un engagement : rendre quatre fois ce qu’il a volé. Il ne s’agit pas d’un prix à payer, car le pardon de Dieu est gratuit, il s’agit plutôt d’un désir d’imiter Celui dont il s’est senti aimé. Zachée prend un engagement auquel il n’était pas tenu, mais il le fait parce qu’il réalise que c’est sa façon d’aimer. Et il le fait unissant à la fois la législation romaine sur le vol et la législation rabbinique sur la pénitence. Zachée n’est donc pas seulement l’homme du désir, c’est aussi quelqu’un qui sait poser des gestes concrets. Son propos n’est ni générique ni abstrait, mais part précisément de son histoire : il a regardé sa vie et identifié le point à partir duquel commencer son changement.
Chers frères et sœurs, apprenons de Zachée à ne pas perdre l’espérance, même lorsque nous nous sentons mis de côté ou incapables de changer. Cultivons notre désir de voir Jésus, et surtout laissons-nous trouver par la miséricorde de Dieu qui toujours vient nous chercher, quelle que soit la situation dans laquelle nous sommes perdus.
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HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Pierre
Jeudi Saint, 14 avril 2022
Dans la lecture du prophète Isaïe que nous venons d’entendre, le Seigneur fait une promesse pleine d’espérance qui nous touche de près : « Vous serez appelés “Prêtres du Seigneur” ; on vous dira “Servants de notre Dieu”, […] loyalement, je leur donnerai la récompense, je conclurai avec eux une alliance éternelle » ( Is 61, 6.8). Être prêtre, chers frères, c’est une grâce, une très grande grâce, qui n’est pas d’abord une grâce pour nous, mais pour les gens. [1] Et, pour notre peuple, c’est un grand don que le Seigneur choisisse, parmi son troupeau, quelques-uns qui s’occupent exclusivement de ses brebis, comme des pères et des pasteurs. C’est le Seigneur lui-même qui assure le salaire du prêtre : « Loyalement, je leur donnerai la récompense » ( Is 61, 8). Et il est, nous le savons, un bon payeur, bien qu’il ait ses particularités, comme celle de payer d’abord les derniers et ensuite les premiers : c’est dans son style
La lecture du livre de l’Apocalypse nous indique ce qu’est le salaire du Seigneur. C’est son Amour et le pardon inconditionnel de nos péchés au prix de son sang versé sur la Croix : « Lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père » (Ap 1, 5-6). Il n’y a pas de plus grand salaire que l’amitié avec Jésus, ne l’oublions pas. Il n’y a pas de paix plus grande que son pardon, cela, nous le savons tous. Il n’y a pas de prix plus élevé que celui de son précieux Sang dont nous ne devons pas permettre qu’il soit méprisé par une conduite indigne.
Si nous lisons avec le cœur, chers frères prêtres, ce sont des invitations du Seigneur à lui être fidèles, à être fidèles à son Alliance, à nous laisser aimer, à nous laisser pardonner ; ce sont des invitations non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour que nous puissions servir le saint peuple fidèle de Dieu avec une conscience pure. Les gens le méritent, et ils en ont besoin également. L’Évangile de Luc nous dit qu’après que Jésus ait lu le passage du prophète Isaïe devant les siens et se soit assis, « tous avaient les yeux fixés sur lui » (4, 20). L’Apocalypse nous parle encore aujourd’hui des yeux fixés sur Jésus, de l’irrésistible attraction du Seigneur crucifié et ressuscité qui nous pousse à l’adorer et à le reconnaître : « Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen ! » (1, 7). La grâce finale, lorsque le Seigneur ressuscité reviendra, sera celle d’une reconnaissance immédiate : nous le verrons transpercé, nous reconnaîtrons qui il est et qui nous sommes, des pécheurs ; rien de plus.
“Fixer les yeux sur Jésus” est une grâce que, en tant que prêtres, nous devons cultiver. À la fin de la journée, il est bon de regarder le Seigneur, et que Lui regarde notre cœur, avec celui des personnes que nous avons rencontrées. Il ne s’agit pas de compter les péchés, mais d’une contemplation amoureuse dans laquelle nous regardons notre journée avec le regard de Jésus, et nous voyons ainsi les grâces de la journée, les dons et tout ce qu’il a fait pour nous, afin de lui rendre grâce. Et nous lui montrons aussi nos tentations, afin de les reconnaître et de les rejeter. Comme nous le voyons, il s’agit de comprendre ce qui est agréable au Seigneur et ce qu’il veut de nous ici et maintenant, dans notre histoire présente.
Et, si nous fixons son regard plein de bonté, il y aura peut-être aussi un signe de sa part pour que nous lui montrions nos idoles. Ces idoles que, comme Rachel, nous avons cachées sous les plis de notre manteau (cf. Gn 31, 34-35). Laisser le Seigneur regarder nos idoles cachées – nous en avons tous. Tous ! Et le fait de laisser le Seigneur regarder ces idoles cachées nous rend forts face à elles et leur enlève leur pouvoir.
Le regard du Seigneur nous fait voir qu’en réalité, nous nous glorifions nous-mêmes en elles, [2] parce que là, dans cet espace où nous vivons comme s’il était exclusif, le diable s’immisce en ajoutant un élément très mauvais : il fait en sorte que, non seulement nous “complaisons” nous-mêmes en donnant libre cours à une passion ou en cultivant une autre, mais il nous amène aussi à substituer par elles, par ces idoles cachées, la présence des Personnes divines, la présence du Père, du Fils et de l’Esprit, qui demeurent en nous. De fait, c’est une chose qui arrive. Même si l’on se dit à soi-même que l’on distingue parfaitement ce qu’est une idole et qui est Dieu, dans la pratique, on enlève de l’espace à la Trinité pour le donner au démon, dans une sorte d’adoration indirecte : celle de celui qui le cache, mais qui écoute continuellement ses discours et consomme ses produits, de sorte qu’à la fin il ne reste même pas un petit espace pour Dieu. Parce qu’il est comme çà, il avance lentement. Une autre fois, j’ai parlé des démons “éduqués”, ceux dont Jésus dit qu’ils sont pires que celui qui avait été chassé. Ils sont “éduqués”, ils sonnent à la porte, ils entrent et prennent peu à peu possession de la maison. Nous devons être attentifs, voilà nos idoles.
C’est que les idoles ont quelque chose – un élément – qui leur est propre. Quand nous ne les démasquons pas, quand nous ne laissons pas Jésus nous montrer que nous nous cherchons nous-mêmes en elles sans nécessité, nous laissons un espace pour que le Malin s’immisce. Nous devons nous rappeler que le démon exige que nous fassions sa volonté et que nous le servions, mais il ne demande pas toujours que nous le servions et l’adorions continuellement, non, il sait se mouvoir, c’est un grand diplomate. Recevoir l’adoration de temps en temps lui suffit pour montrer qu’il est notre vrai seigneur, et même qu’il se sent le dieu de notre vie et de notre cœur.
Ceci étant dit, je voudrais partager avec vous, en cette Messe Chrismale, trois espaces d’idolâtrie cachée dans lesquels le Malin utilise ses idoles pour nous priver de notre vocation de pasteurs et, peu à peu, nous séparer de la présence bienfaisante et aimante de Jésus, de l’Esprit et du Père.
Un premier espace d’idolâtrie cachée s’ouvre là où il y a de la mondanité spirituelle qui est « une proposition de vie, une culture, une culture de l’éphémère, une culture de l’apparence, une culture du maquillage ». [3] Son critère est le triomphalisme, un triomphalisme sans la Croix. Et Jésus prie pour que le Père nous préserve de cette culture de la mondanité. Cette tentation d’une gloire sans la Croix va à l’encontre de la personne du Seigneur, elle va contre Jésus qui s’humilie dans l’Incarnation et qui, comme signe de contradiction, est le seul remède contre toute idole. Être pauvre avec le Christ pauvre, et “parce que le Christ a choisi la pauvreté”, est la logique de l’Amour, et rien d’autre. Dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons comment le Seigneur se situe dans son humble chapelle et dans son petit village, celui de toute sa vie, pour faire la même Annonce qu’il fera à la fin de l’histoire, quand il viendra dans sa Gloire, entouré des anges. Et nos yeux doivent rester fixés sur le Christ, dans l’ici et maintenant de l’histoire de Jésus avec moi, comme ils le seront alors. La mondanité de la recherche de sa propre gloire nous vole la présence de Jésus humble et humilié, du Seigneur proche de tous, du Christ des douleurs avec tous ceux qui souffrent, adoré par notre peuple qui sait qui sont ses vrais amis. Un prêtre mondain n’est rien d’autre qu’un païen cléricalisé. Un prêtre mondain n’est rien d’autre qu’un païen cléricalisé.
Un autre espace d’idolâtrie cachée prend racine là où l’on donne le primat au pragmatisme des chiffres. Ceux qui ont cette idole cachée se reconnaissent à leur amour des statistiques qui peuvent effacer toute dimension personnelle dans la discussion et donner la prééminence à la majorité, qui devient en définitive le critère de discernement ; c’est mauvais. Cela ne peut être la seule façon de procéder ni le seul critère dans l’Église du Christ. Les personnes ne peuvent pas être “numérotées”, et Dieu ne donne pas l’Esprit “avec mesure” (cf. Jn 3, 34). Dans cette fascination pour les chiffres, nous nous cherchons en fait nous-mêmes et prenons plaisir au contrôle que nous fournit cette logique qui ne s’intéresse pas aux visages et n’est pas celle de l’amour, et aime les chiffres. Une caractéristique des grands saints est qu’ils savent se mettre en retrait afin de laisser toute la place à Dieu. Ce retrait, cet oubli de soi et ce désir de se faire oublier de tous est le propre de l’Esprit qui n’a pas d’image ; l’Esprit n’a pas d’image propre simplement parce qu’il est tout Amour faisant briller l’image du Fils et, en elle, celle du Père. La substitution de sa Personne qui, déjà en soi, aime “ne pas apparaître” – parce qu’elle n’a pas d’image –, est ce que vise l’idole des chiffres, qui fait en sorte que tout “apparaisse”, bien que de manière abstraite et comptabilisée, sans incarnation.
Un troisième espace d’idolâtrie cachée, lié au précédent, est celui qui s’ouvre avec le fonctionnalisme, un milieu séduisant dans lequel beaucoup “s’enthousiasment davantage pour la feuille de route que pour le parcours”. La mentalité fonctionnaliste ne tolère pas le mystère, elle vise l’efficacité. Peu à peu, cette idole remplace la présence du Père en nous. La première idole se substitue à la présence du Fils, la deuxième à celle de l’Esprit, et celle-ci à la présence du Père. Notre Père est le Créateur, non pas quelqu’un qui fait seulement “fonctionner” les choses, mais quelqu’un qui “crée” comme un Père, avec tendresse, en prenant en charge ses créatures et en œuvrant pour que l’homme soit plus libre. Le fonctionnaliste ne sait pas se réjouir des grâces que l’Esprit répand sur son peuple, desquelles il pourrait aussi se “nourrir” comme un ouvrier qui gagne son salaire. Le prêtre à la mentalité fonctionnaliste a sa propre nourriture, qui est son ego. Dans le fonctionnalisme, nous laissons de côté l’adoration du Père dans les petites et grandes choses de nos vies et nous nous complaisons dans l’efficacité de nos programmes. Comme ce qu’a fait David lorsque, tenté par Satan, il se convainquit d’effectuer le recensement (cf. 1 Ch 21, 1). Ceux-ci sont les amoureux de plan, de l’itinéraire, non du chemin.
Dans ces deux derniers espaces d’idolâtrie cachée (pragmatisme des chiffres et fonctionnalisme), nous remplaçons l’espérance, qui est l’espace de la rencontre avec Dieu, par le résultat empirique. C’est une attitude de vaine gloire de la part du pasteur, une attitude qui désintègre l’union de son peuple avec Dieu et façonne une nouvelle idole basée sur les chiffres et les programmes : l’idole “mon pouvoir, notre pouvoir” [4], notre programme, nos chiffres, nos plans pastoraux. Cacher ces idoles (avec l’attitude de Rachel) et ne pas savoir les démasquer dans sa vie quotidienne nuit à la fidélité de notre alliance sacerdotale et attiédit notre relation personnelle avec le Seigneur. Mais que cherche cet évêque qui, au lieu de parler de Jésus, nous parle de ces idoles d’aujourd’hui ? Certains peuvent se dire cela…
Chers frères, Jésus est la voie unique pour ne pas nous tromper dans la connaissance de ce que nous ressentons, de ce à quoi notre cœur nous conduit… ; il est la voie unique pour bien discerner en nous confrontant à Lui, chaque jour, comme si aujourd’hui encore il s’asseyait dans notre église paroissiale et nous disait qu’aujourd’hui s’est accompli tout ce que nous avons entendu. Que Jésus-Christ, en étant un signe de contradiction – ce qui n’est pas toujours quelque chose de cruel ni de dur, puisque la miséricorde est un signe de contradiction et bien plus encore la tendresse – que Jésus-Christ, donc, fasse en sorte que ces idoles soient révélées, que leur présence, leurs racines et leurs rouages soient visibles, et que le Seigneur puisse ainsi les détruire, voilà la proposition : faire de la place pour que le Seigneur puisse détruire nos idoles cachées. Et nous devons nous en souvenir, être attentifs, afin que l’ivraie de ces idoles que nous avons su cacher dans les replis de notre cœur ne repoussent pas.
Et je voudrais conclure en demandant à saint Joseph, le père très chaste et sans idoles cachées, de nous libérer de toute soif de possession, car celle-ci, la soif de possession, est le terreau fertile dans lequel poussent ces idoles. Et qu’il nous obtienne aussi la grâce de ne pas baisser les bras dans la tâche ardue de discerner ces idoles que nous dissimulons ou qui se cachent si souvent. Et demandons aussi à saint Joseph que, là où nous doutons sur la manière de mieux faire, il intercède pour nous afin que l’Esprit éclaire notre jugement, comme il a éclaira le sien lorsqu’il a fut tenté de répudier Marie “en secret” ( lathra), de sorte que nous sachions, avec un cœur noble, subordonner à la charité ce que nous avons appris par la loi [5].
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Notes :
[1] Parce que le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun. Le Seigneur a choisi certains pour « exercer officiellement la fonction sacerdotale pour les hommes au nom du Christ » (Conc. Œcum. Vat. II, Décret Presbyterorum Ordinis, n. 2 ; cf. Constitution dogmatique Lumen Gentium, n. 10). « Car les ministres qui sont dotés du pouvoir sacré servent leurs frères » ( Lumen Gentium, n. 18).
[2] Cf. Catéchèse de l’Audience générale, 1 er août 2018.
[3] Homélie de la messe à Sainte Marthe, 16 mai 2020.
[4] J. M. Bergoglio, Meditaciones para religiosos, Bilbao, Mensajero, 2014, 145.
[5] Cf Lett. ap. Patris corde, 4, note 18.
Salle du Synode, lundi 25 mai 2026
Chers frères et sœurs,
Je voudrais vous remercier tous d’être présents ici aujourd’hui et de votre intérêt. Je remercie sincèrement tous ceux qui ont organisé cette rencontre aujourd’hui, et en particulier ceux qui ont partagé leurs compétences et leurs expériences dans les différentes réflexions que nous avons écoutées.
Je voudrais remercier en particulier M. Olah d’avoir accepté notre invitation. À mon tour, au nom de l’Église, j’accepte votre invitation à marcher ensemble, à écouter et à parler, et à chercher ensemble le chemin pour l’humanité en cette ère de l’intelligence artificielle.
Quel grand signe d’espérance que, malgré nos différences, nous puissions nous écouter les uns les autres. Cet échange indique clairement la gravité du moment, mais aussi la confiance que, ensemble, nous pouvons discerner les questions les plus importantes de notre temps et donc l’avenir de l’humanité.
Aux moments clés de l’histoire, l’Église est appelée à déchiffrer les « choses nouvelles » à la lumière de l’Évangile et de la dignité de l’être humain. Il y a 135 ans, mon vénérable prédécesseur Léon XIII observait la situation des ouvriers des usines, de leurs familles déracinées et des nouvelles formes de pauvreté générées par la rapide transformation industrielle. Il comprit que l’Église ne pouvait rester éloignée. À un tournant historique menaçant la dignité humaine, l’Encyclique Rerum novarum exprima sa parole évangélique et sociale sur les « choses nouvelles » en cours.
Aujourd’hui, nous nous trouvons face à une transformation d’une ampleur similaire, avec des conséquences peut-être encore plus grandes. L’intelligence artificielle touche déjà de nombreux domaines de notre vie et influence des décisions qui façonnent la coexistence humaine. Elle transforme également de manière dramatique la façon dont les guerres sont menées.
Comme le précédent Léon, je me sens appelé à regarder une autre immense transformation avec les yeux de la foi, avec la lucidité de la raison, avec une ouverture au mystère, et avec les cris des pauvres et de la terre qui résonnent dans mon cœur.
Magnifica humanitas est née de cette écoute, comme le fit Léon XIII. J’ai écouté des scientifiques et des ingénieurs qui travaillent avec un enthousiasme sincère sur des technologies capables de soulager d’immenses souffrances ; des responsables politiques et des fonctionnaires publics qui ont recherché avec ténacité des règles justes ; des parents et des enseignants profondément préoccupés pour l’avenir des jeunes générations.
D’autres voix, très préoccupantes, me sont également parvenues au sujet de systèmes d’armes de plus en plus autonomes, qui échappent pratiquement à toute capacité humaine de les réguler de façon efficace. J’entends des récits très préoccupants d’algorithmes capables de bloquer l’accès aux soins de santé, à l’emploi et à la sécurité sur la base de données teintées de préjugés et d’injustice. Et j’ai entendu le silence de ceux qui n’ont pas de voix lorsque des décisions sont prises — des décisions susceptibles d’engendrer de nouvelles formes d’exclusion et de souffrance.
De cette écoute a mûri une conviction troublante exprimée dans Magnifica humanitas : l’intelligence artificielle doit être désarmée. Le mot est fort, je le sais, mais il a été choisi délibérément, parce que ce moment exige des paroles capables d’attirer l’attention, de réveiller les consciences et d’indiquer le chemin à suivre pour l’humanité.
L’Église œuvre depuis longtemps pour le désarmement nucléaire, consciente que tout grand pouvoir technique peut affecter la vie des personnes et doit donc être accompagné d’un discernement moral adéquat et d’un contrôle public. Le désarmement nucléaire demeure un service de la paix et de la dignité de la famille humaine.
De la même façon, l’intelligence artificielle exige aujourd’hui d’être « désarmée », libérée des logiques qui la transforment en instrument de domination, d’exclusion et de mort. Comme l’énergie nucléaire, elle doit être au service de tous et du bien commun. Les décisions concernant la technologie ne doivent jamais être séparées de la conscience et de la responsabilité. « Ne nous endormons pas, comme font les autres », avertissait l’apôtre Paul, « mais restons éveillés » (1 Th 5, 6). Une telle vigilance est nécessaire aujourd’hui. La paix, qui n’est pas seulement l’absence de guerre, est la justice à l’œuvre. Mais lorsque la technologie affaiblit notre sens critique, la paix elle-même est en danger.
Désarmer, cependant, ne suffit pas. Nous devons construire.
Le mot « construire » me rappelle mes années comme missionnaire au Pérou. En 2017, des pluies torrentielles et des inondations frappèrent le nord du pays : de nombreuses familles virent leurs maisons englouties par la boue, ainsi que de nombreuses routes. Là, j’ai appris que reconstruire ne signifie pas simplement remplacer ce qui a été détruit. Cela signifie réparer les liens, restaurer la confiance et réveiller l’espérance en l’avenir. De plus, personne ne reconstruit seul.
Dans Magnifica humanitas, je parle du prophète biblique Néhémie. Devant les murs détruits de Jérusalem, il rassemble un peuple découragé afin de donner lieu à une renaissance. L’image des murs ne légitime pas les fermetures ni les divisions, mais invite chacun à apporter sa contribution. Brique après brique, une coexistence plus juste prend forme, capable de sauvegarder la dignité de tous. L’effort de Néhémie parle à notre temps. L’intelligence artificielle peut devenir un chantier de l’histoire inscrit dans un horizon de communion, où le progrès technique apprend à servir la vie humaine.
« Que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit » (1 Co 3, 10), avertit saint Paul. Il ne craint pas le chantier ; il met plutôt en garde contre une construction sans fondations solides. Ne craignons pas l’intelligence artificielle, mais gardons toujours à l’esprit la question de l’humain. Nous ne pouvons pas être négligents avec nos instruments techniques les plus puissants.
Le vrai développement, affirme saint Paul VI, concerne toujours « tout homme et tout l’homme ». « Tout homme » signifie qu’aucune personne ne doit être laissée en marge de la transformation numérique. « Tout l’homme » signifie que personne ne doit être réduit à sa productivité, à ses performances cognitives ou à de simples données. La personne porte en elle une liberté, une intériorité et une vocation à aimer et à adorer qu’aucune machine ne peut remplacer ni empêcher.
Ce n’est qu’à travers une telle vision intégrale que l’intelligence artificielle peut être orientée vers le bien commun. Ce n’est qu’ensemble — ceux qui conçoivent les systèmes et ceux qui en subissent les effets, les pays les plus riches et les pays plus pauvres, les institutions et les personnes, les centres de pouvoir et les périphéries — que nous pourrons construire un avenir non pour quelques privilégiés, mais pour toute la famille humaine.
Telle est la civilisation de l’amour dont parlait saint Paul VI et que saint Jean-Paul II proclamait avec tant de force comme horizon à rechercher ensemble. Ce n’est pas un rêve naïf. C’est une direction. C’est le chemin que Jésus-Christ ouvre dans l’histoire.
C’est pourquoi l’Église souhaite, avec humilité et franchise, participer aux discussions sur l’intelligence artificielle. Nous ne possédons pas de réponses techniques et nous ne cherchons pas à remplacer ceux qui possèdent des compétences. Mais nous apportons une sagesse concernant l’être humain dont notre époque a désespérément besoin : chaque personne est unique et irremplaçable, sujet libre et intelligent doté d’une conscience, capable de chercher Dieu, de servir les autres et de prendre soin de notre maison commune.
J’invite donc tous les membres de l’Église et de la famille humaine : apprenons à nous écouter les uns les autres, affrontons les défis actuels avec courage et coopérons à l’édification d’une société plus humaine et plus fraternelle.
De cette présentation de Magnifica humanitas, emportez s’il vous plaît avec vous un engagement à demeurer éveillés et, en tant qu’ « artisans d’espérance », à continuer de construire le chantier de notre temps. Puisse l’Esprit du Seigneur Jésus ressuscité soutenir notre travail commun.
Je confie chacun de vous à notre Mère Marie. Son Magnificat chante la grandeur de Dieu qui élève les humbles. Qu’elle nous apprenne à reconnaître la véritable grandeur de chaque homme et de chaque femme dans l’amour et le service. Que le Seigneur rende féconde la grande œuvre que nous confions aujourd’hui à sa grâce, en faisant mûrir dans l’histoire la civilisation de l’amour.
Sur vous tous, j’invoque de tout cœur la bénédiction de Dieu.
Merci beaucoup.
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A découvrir au Jesus Festival 2025,
Salle Clémentine, vendredi 16 mai 2025
Éminence,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Que la paix soit avec vous !
Je remercie S.E. M. Georges Poulides, Ambassadeur de la République de Chypre et Doyen du Corps diplomatique, pour les paroles cordiales qu’il m’a adressées en votre nom à tous, et pour le travail inlassable qu’il poursuit avec la vigueur, la passion et l’amabilité qui le caractérisent. Ces qualités lui ont valu l’estime de tous mes prédécesseurs qu’il a rencontrés au cours de ces années de mission auprès du Saint-Siège, et en particulier du regretté Pape François.
Je voudrais également vous exprimer ma gratitude pour les nombreux messages de vœux qui ont suivi mon élection, ainsi que pour les messages de condoléances au décès du Pape François provenant aussi de pays avec lesquels le Saint-Siège n’entretient pas de relations diplomatiques. Il s’agit là d’une marque d’estime significative qui encourage à approfondir les relations mutuelles.
Dans notre dialogue, je voudrais que le sentiment d’appartenance à une famille prenne toujours le pas. En effet, la communauté diplomatique représente toute la famille des peuples, partageant les joies et les peines de la vie ainsi que les valeurs humaines et spirituelles qui l’animent. La diplomatie pontificale est, en effet, une expression de la catholicité même de l’Église et, dans son action diplomatique, le Saint-Siège est animé par une urgence pastorale qui le pousse non pas à rechercher des privilèges, mais à intensifier sa mission évangélique au service de l’humanité. Il combat toute indifférence et rappelle sans cesse les consciences, comme l’a fait inlassablement mon vénérable prédécesseur, toujours attentif au cri des pauvres, des nécessiteux et des marginalisés, mais aussi aux défis qui marquent notre temps, depuis la sauvegarde de la création jusqu’à l’intelligence artificielle.
En plus d’être le signe concret de l’attention que vos pays accordent au Siège Apostolique, votre présence aujourd’hui est pour moi un don qui permet de renouveler l’aspiration de l’Église – et la mienne personnelle – à rejoindre et à étreindre tous les peuples et toutes les personnes de cette terre, désireux et en quête de vérité, de justice et de paix ! D’une certaine manière, mon expérience de vie, qui s’est déroulée entre l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Europe, est représentative de cette aspiration à dépasser les frontières pour rencontrer des personnes et des cultures différentes.
Grâce au travail constant et patient de la Secrétairerie d’État, j’entends consolider la connaissance et le dialogue avec vous et vos pays, dont j’ai déjà eu la grâce d’en visiter un bon nombre au cours de ma vie, en particulier lorsque j’étais prieur général des Augustins. Je suis convaincu que la Divine Providence m’accordera d’autres occasions de rencontres avec les réalités dont vous êtes issus, me permettant ainsi de saisir les opportunités qui se présenteront pour confirmer la foi de tant de frères et sœurs dispersés à travers le monde, et pour construire de nouveaux ponts avec toutes les personnes de bonne volonté.
Dans notre dialogue, je voudrais que nous gardions à l’esprit trois mots clés qui constituent les piliers de l’action missionnaire de l’Église et du travail diplomatique du Saint-Siège.
Le premier mot est paix. Trop souvent, nous considérons ce mot comme “négatif”, c’est-à-dire comme la simple absence de guerre et de conflit, car l’opposition fait partie de la nature humaine et nous accompagne toujours, nous poussant trop souvent à vivre dans un “état de conflit” permanent : à la maison, au travail, dans la société. La paix semble alors n’être qu’une simple trêve, une pause entre deux conflits, car, malgré tous nos efforts, les tensions sont toujours présentes, un peu comme des braises qui couvent sous la cendre, prêtes à se rallumer à tout moment.
Dans la perspective chrétienne – comme dans d’autres expériences religieuses – la paix est avant tout un don le premier don du Christ : « Je vous donne ma paix » (Jn 14, 27). Elle est cependant un don actif, engageant, qui concerne et implique chacun de nous, indépendamment de notre origine culturelle et de notre appartenance religieuse, et qui exige avant tout un travail sur soi-même. La paix se construit dans le cœur et à partir du cœur, en déracinant l’orgueil et les revendications, et en mesurant son langage, car on peut blesser et tuer aussi par des mots, pas seulement par des armes.
Dans cette optique, je considère que la contribution que les religions et le dialogue interreligieux peuvent apporter pour favoriser des contextes de paix est fondamentale. Cela exige naturellement le plein respect de la liberté religieuse dans chaque pays, car l’expérience religieuse est une dimension fondamentale de la personne humaine, sans laquelle il est difficile, voire impossible, d’accomplir cette purification du cœur nécessaire pour construire des relations de paix.
À partir de ce travail, auquel nous sommes tous appelés, il est possible d’éradiquer les prémices de tout conflit et de toute volonté destructrice de conquête. Cela exige également une sincère volonté de dialogue, animée par le désir de se rencontrer plutôt que de s’affronter. Dans cette perspective, il est nécessaire de redonner un souffle à la diplomatie multilatérale et aux institutions internationales qui ont été voulues et conçues avant tout pour remédier aux conflits pouvant surgir au sein de la Communauté internationale. Bien sûr, il faut encore la volonté de cesser de produire des instruments de destruction et de mort, car, comme le rappelait le pape François dans son dernier Message Urbi et Orbi, « aucune paix n’est possible sans véritable désarmement [et] le besoin de chaque peuple de pourvoir à sa propre défense ne peut se transformer en une course générale au réarmement » (1).
Le deuxième mot est justice. Poursuivre la paix exige de pratiquer la justice. Comme je l’ai déjà évoqué, j’ai choisi mon nom en pensant avant tout à Léon XIII, le Pape de la première grande encyclique sociale, Rerum novarum. Dans le changement d’époque que nous vivons, le Saint-Siège ne peut s’empêcher de faire entendre sa voix face aux nombreux déséquilibres et injustices qui conduisent, entre autres, à des conditions de travail indignes et à des sociétés de plus en plus fragmentées et conflictuelles. Il faut également s’efforcer de remédier aux inégalités mondiales, qui voient l’opulence et la misère creuser des fossés profonds entre les continents, entre les pays et même au sein d’une même société.
Il incombe à ceux qui ont des responsabilités gouvernementales de s’efforcer à construire des sociétés civiles harmonieuses et pacifiées. Cela peut être accompli avant tout en misant sur la famille fondée sur l’union stable entre un homme et une femme, « une société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile » (2). En outre, personne ne peut se dispenser de promouvoir des contextes où la dignité de chaque personne soit protégée, en particulier celle des plus fragiles et des plus vulnérables, du nouveau-né à la personne âgée, du malade au chômeur, que celui-ci soit citoyen ou immigrant.
Mon histoire est celle d’un citoyen, descendant d’immigrés, lui-même émigré. Au cours de la vie, chacun d’entre nous peut se retrouver en bonne santé ou malade, avec ou sans emploi, dans sa patrie ou en terre étrangère : cependant sa dignité reste toujours la même, celle d’une créature voulue et aimée de Dieu.
Le troisième mot est vérité. On ne peut construire des relations véritablement pacifiques, même au sein de la Communauté internationale, sans vérité. Là où les mots revêtent des connotations ambiguës et ambivalentes ou le monde virtuel, avec sa perception altérée de la réalité, prend le dessus sans contrôle, il est difficile de construire des rapports authentiques, puisque les prémisses objectives et réelles de la communication font défaut.
Pour sa part, l’Église ne peut jamais se soustraire à son devoir de dire la vérité sur l’homme et sur le monde, en recourant si nécessaire à un langage franc qui peut au début susciter une certaine incompréhension. Mais la vérité n’est jamais séparée de la charité qui, à la racine, a toujours le souci de la vie et du bien de tout homme et de toute femme. D’ailleurs, dans la perspective chrétienne, la vérité n’est pas l’affirmation de principes abstraits et désincarnés, mais la rencontre avec la personne même du Christ qui vit dans la communauté des croyants. Ainsi, la vérité ne nous éloigne pas, mais au contraire elle nous permet d’affronter avec plus de vigueur les défis de notre temps comme les migrations, l’utilisation éthique de l’intelligence artificielle et la sauvegarde de notre Terre bien-aimée. Ce sont des défis qui exigent l’engagement et la collaboration de tous, car personne ne peut penser les relever seul.
Chers Ambassadeurs,
Mon ministère commence au cœur d’une année jubilaire, dédiée d’une façon particulière à l’espérance. C’est un temps de conversion et de renouveau, mais surtout l’occasion de laisser derrière nous les conflits et d’emprunter un nouveau chemin, animés par l’espérance de pouvoir construire, en travaillant ensemble, chacun selon ses sensibilités et ses responsabilités, un monde dans lequel chacun pourra réaliser son humanité dans la vérité, dans la justice et dans la paix. Je souhaite que cela puisse se réaliser dans tous les contextes, à commencer par les plus éprouvés, comme celui de l’Ukraine et de la Terre Sainte.
Je vous remercie pour tout le travail que vous accomplissez afin de construire des ponts entre vos pays et le Saint-Siège, et de tout cœur je vous bénis, ainsi que vos familles et vos peuples. Merci !
[Bénédiction]
Et merci pour tout le travail que vous accomplissez !
(1) Message Urbi et Orbi, 20 avril 2025.
(2) Léon XIII, Lett. enc. Rerum novarum, 15 mai 1891, n. 9
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Chers frères et sœurs,
Par la bouche du prophète Isaïe, le Seigneur promet qu’Il n’oubliera jamais aucun d’entre nous. Il nous assure qu’Il a gravé nos visages dans la paume de ses mains (cf. Is 49, 16) et que son amour est plus grand que celui d’une mère pour son enfant (cf. Is 49, 15). Le prophète nous laisse entrevoir un dialogue intime et intense dans lequel Dieu s’adresse à chacun et au peuple lui-même en utilisant le “tu”. Aujourd’hui encore, nous pouvons lire ces paroles comme s’adressant à chacun de nous, et chacun peut entendre ce « Je ne t’oublierai jamais » qui lui est destiné.
Ce sont des paroles qui remplissent de consolation et de confiance. Elles sont la réponse à un sentiment angoissant qui agite le cœur : « Le Seigneur m’a abandonné, le Seigneur m’a oublié » (Is 49,14). Combien de fois, dans les Saintes Écritures, en particulier dans les Psaumes, la prière naît-elle du désarroi de ceux qui ont l’impression que leur vie n’intéresse personne et qu’elle est négligée ! La douloureuse sensation d’être oublié est malheureusement commune à beaucoup de personnes, et parmi elles, nombreuses sont les personnes âgées.
L’amour de Dieu, qui n’oublie personne, se propose comme un acte de justice et une réponse à l’anonymat dans lequel la vie humaine finit trop souvent par se perdre. Un voile semble recouvrir la vie de nombre de personnes âgées, effaçant les traits de leurs visages et les enveloppant d’oubli. C’est ce qui se passe dans les foyers où règne la solitude, ainsi que dans ces lieux de soin où la singularité de chaque personne risque d’être réduite au numéro de son lit ou à sa pathologie.
La célébration de la Journée mondiale des Grands-parents et des Personnes âgées est l’occasion de redécouvrir que l’Église est appelée à être la mère de tous et qu’à tout âge, il est toujours possible de se découvrir fils et filles de Dieu. Que cette Journée soit donc un encouragement pour tous, en particulier pour les plus jeunes, à reprendre la belle habitude de rendre visite à leurs grands-parents, aux personnes âgées de la famille, ainsi qu’à ceux qui ne reçoivent aucune visite. Apportez-leur, par ce message et par votre présence, la proximité et l’affection du Pape. Faites en sorte que les paroles du prophète « Moi, je ne t’oublierai jamais » prennent la forme d’une rencontre tendre et affectueuse. « À une époque qui tend à tout accélérer et à tout fragmenter, la chair humaine continue de demander à être soignée et reconnue par des mains capables de tendresse, par des esprits attentifs et par de bonnes paroles. La culture numérique multiplie les connexions et offre de nouvelles possibilités de rencontre ; pourtant, le cœur humain conserve un besoin irremplaçable de proximité » (Lettre encyclique Magnifica humanitas, n. 239).
L’Église connaît la souffrance de ses enfants les plus âgés ; elle sait bien qu’on les regarde trop souvent avec des préjugés et qu’on les considère comme un fardeau ; elle est consciente qu’une économie axée sur le profit affaiblit les liens familiaux ; elle sait que de nombreuses personnes âgées sont abandonnées par leurs enfants, contraints d’émigrer ou, dans certains cas, de partir à la guerre. Pour chacune de ces raisons, elle se réjouit d’annoncer la promesse du Seigneur : « Moi, je ne t’oublierai jamais ! ».
Il est doux, à tout âge, mais surtout quand on n’est plus tout jeune, de découvrir, comme l’a dit le Bienheureux Jean-Paul Ier, que « nous sommes de la part de Dieu objet d’un amour sans faille. Nous le savons : Il a toujours les yeux ouverts sur nous même lorsqu’il nous semble qu’il fait nuit. Il est père ; plus encore Il est mère » (Angelus, 10 septembre 1978). Même si cela ne vient pas spontanément à l’esprit, la vérité est que, même dans la vieillesse, on ne cesse pas d’être fils et fille, et c’est pourquoi l’invitation à retourner dans les bras de Dieu, dont l’amour est à la fois paternel et maternel, reste valable chaque jour.
Pour beaucoup, la découverte de la tendresse de Dieu se fait au cours de l’existence, parfois même dans la dernière phase de la vie. En effet, contrairement au passé, il est de plus en plus fréquent de vieillir sans avoir eu une véritable expérience de la foi. Dans ce cas, l’âge avancé, à partir des questions que l’on se pose avec plus d’urgence à cette période de la vie, peut devenir le moment opportun pour commencer ou reprendre une vie spirituelle. Sur ce nouveau chemin, on peut reconnaître que Dieu, comme le dit saint Augustin, « est mère parce qu’il réchauffe, parce qu’il nourrit, parce qu’il allaite, parce qu’il protège » (Commentaire sur le Psaume 26, II, 18). C’est une prise de conscience qui aide à ne pas avoir honte de la fragilité qui se manifeste et aussi à comprendre que nous avons tous, toujours, besoin les uns des autres et que nous sommes tous en quête d’attention et de soins. À Dieu, qui se fait proche et que nous apprenons à reconnaître dans sa tendresse, nous pouvons désormais nous adresser avec une confiance filiale dans la prière. Il n’est jamais trop tard pour commencer à s’adresser à Lui. Cela peut être un grand don pour chacun.
Chers aînés, le Pape François parlait de vous comme d’un « peuple nouveau » (Catéchèse, 23 février 2022), car le nombre de personnes âgées n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de l’humanité. Il est donc plus important que jamais de réfléchir avec vous, « nouveau peuple », à ce que peut être notre vocation lorsque la fragilité, compagne de l’homme depuis sa naissance, semble prendre le dessus. Je voudrais vous dire : n’ayez pas peur de la fragilité ! Cette faiblesse cache en elle-même un nouveau potentiel qui éclaire également les autres âges de la vie. En effet, lorsqu’elle est acceptée et reconnue, la fragilité « ouvre le cœur au soutien mutuel et à l’invocation de Celui qui peut donner ce qu’aucun pouvoir humain n’est en mesure de garantir : la réconciliation profonde des cœurs et, avec elle, la paix véritable » (Rencontre avec la communauté algérienne, Basilique Notre-Dame d’Afrique, Alger, 13 avril 2026).
C’est ainsi que nous pouvons vivre, en tant que chrétiens, le temps de la vieillesse : “fragiles” mais en même temps “appelés”. Un homme et une femme peuvent, en effet, renaître dans leur vieillesse (cf. Jn 3, 4-6) et s’écrier, avec le prophète : « Par la conversion et le calme, vous serez sauvés ; dans la tranquillité, dans la confiance sera votre force » (Is 30, 15). Une force qui peut devenir une invitation à ne pas recourir aux voies de l’arrogance et de la puissance pour garantir la coexistence humaine, mais aux voies de la réconciliation et de la paix véritable. En cette époque, si durement marquée par la violence guerrière et sociale, beaucoup s’interrogent sur ce que sera le monde dans lequel grandiront leurs petits-enfants. Je vous exhorte, bien-aimés, à vous joindre à moi pour prier avec insistance afin que la paix vienne bientôt dans le monde entier.
Chères sœurs et chers frères âgés, je vous remercie de me soutenir chaque jour par vos prières, en particulier lorsque vous récitez le Saint Rosaire. Je vous le rends de tout cœur et je vous laisse ce vœu : que le Seigneur nous renouvelle toujours dans la foi, l’espérance et la charité, Lui qui ne nous oublie jamais !
Du Vatican, le 15 juin 2026
LÉON PP. XIV
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