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13/04/2026

Algérie : Salutation au peuple algérien. Suivie de 3 discours : Aux Autorités, à la société civile et au Corps diplomatique. À la Grande Mosquée d’Alger. À la communauté algérienne.

Visite du Mémorial des martyrs Maqam Echahid

Salutation au peuple algérien 

Alger, lundi 13 avril 2026

Chers frères et sœurs d’Algérie,
que la paix soit avec vous tous ! Assalamu lakom !

Je rends grâce à Dieu qui m’offre la possibilité de visiter votre pays en tant que successeur de l’apôtre Pierre, après l’avoir déjà fait à deux reprises en tant que fils spirituel de saint Augustin. Mais c’est avant tout un frère qui se présente devant vous, heureux de pouvoir renouveler, à l’occasion de cette rencontre, les liens d’affection qui rapprochent nos cœurs.

En vous regardant, je vois le visage d’un peuple fort et jeune, dont j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’expérimenter l’hospitalité et la fraternité. Dans le cœur algérien, l’amitié, la confiance, la solidarité ne sont pas simplement des mots, mais des valeurs qui comptent et qui donnent chaleur et solidité à la vie commune.

L’Algérie est un grand pays doté d’une longue histoire riche en traditions, depuis l’époque de saint Augustin et bien avant. Une histoire douloureuse, marquée aussi par des périodes de violence que vous avez toutefois su surmonter, avec courage et honnêteté, grâce précisément à la noblesse d’esprit qui vous caractérise et que je sens vivante encore aujourd’hui, ici.

Me trouver devant ce Monument est un hommage à cette histoire de l’Algérie et à l’âme d’un peuple qui s’est battu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de cette nation.

En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations : une paix qui ne soit pas seulement une absence de conflit, mais l’expression de la justice et de la dignité. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon. La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise. Je sais combien il est difficile de pardonner. Cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération.

L’avenir appartient aux hommes et aux femmes de paix. En fin de compte, la justice triomphera toujours de l’injustice, tout comme la violence, n’aura jamais le dernier mot contrairement aux apparences.

Sur cette terre, carrefour de cultures et de religions, le respect mutuel est la voie qui permet aux peuples de cheminer ensemble. Puisse l’Algérie, forte de ses racines et de l’espérance de ses jeunes, continuer à contribuer à la stabilité et au dialogue au sein de la communauté des nations et sur les rives de la Méditerranée.

Chaque peuple garde un patrimoine unique d’histoire, de culture et de foi. L’Algérie possède elle aussi cette richesse qui a soutenu son cheminement dans les moments difficiles et continue d’orienter son avenir. Dans ce patrimoine, la foi en Dieu occupe une place centrale : elle illumine la vie des personnes, soutient les familles et inspire le sens de la fraternité. Un peuple qui aime Dieu possède la richesse la plus authentique, et le peuple algérien garde ce joyau dans son trésor. Notre monde a besoin de croyants comme ceux-là, d’hommes et de femmes de foi, assoiffés de justice et d’unité. C’est pourquoi, face à une humanité désireuse de fraternité et de réconciliation, c’est un grand don et un engagement béni que de nous affirmer avec force et d’être toujours, ensemble, des frères entre nous et des enfants de Dieu !

À ceux qui recherchent des richesses éphémères, trompeuses et décevantes, qui finissent malheureusement souvent par corrompre le cœur humain et créer l’envie, la rivalité et les conflits, Jésus répète encore la question qu’il a posée il y a deux mille ans : « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16, 26). C’est une question fondamentale pour chacun à laquelle les défunts que nous honorons ici ont donné leur réponse : ils ont perdu la vie, mais dans un autre sens, en la donnant par amour pour leur peuple. Que leur histoire soutienne le peuple algérien et nous tous dans notre cheminement : car la vraie liberté ne s’hérite pas seulement, elle se choisit chaque jour.

Permettez-moi donc de conclure en reprenant les paroles que Jésus a adressées à ses disciples, celles que nous appelons le Sermon sur la montagne ou les Béatitudes :

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3-10)

Merci de votre accueil ! Que Dieu vous bénisse !

Rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique 

Centre des Congrès Djamaa el Djazair (Alger), lundi 13 avril 2026

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Autorités et membres du Corps diplomatique,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude pour l’invitation à venir visiter l’Algérie, qui m’est parvenue dès le début de mon Ministère Pétrinien. Merci pour votre accueil ! Vous savez que, en tant que fils spirituel de saint Augustin, je suis déjà venu deux fois à Annaba, en 2001 et en 2013, et je suis reconnaissant à la Providence divine qui, selon son dessein mystérieux, a voulu que je revienne ici en tant que Successeur de Pierre. Je viens parmi vous en pèlerin de paix, désireux de rencontrer le noble peuple algérien. Nous sommes frères et sœurs, car nous avons le même Père dans les cieux. Le profond sens religieux du peuple algérien est le secret d’une culture de la rencontre et de la réconciliation, de laquelle ma visite se veut également être un signe. Dans un monde plein de conflits et d’incompréhensions, rencontrons-nous et essayons de nous comprendre, en reconnaissant que nous formons une seule famille ! Aujourd’hui, la simplicité de cette prise de conscience est la clé pour ouvrir de nombreuses portes fermées.

Chers frères et sœurs, je viens vers vous en tant que témoin de la paix et de l’espérance auxquelles aspire ardemment le monde et que votre peuple a toujours recherchées : un peuple qui n’a jamais été vaincu par ses épreuves, car il est enraciné dans ce sens de la solidarité, de l’accueil et de la communauté qui tisse le quotidien de millions de personnes humbles et justes. Ce sont elles qui sont fortes, ce sont elles l’avenir : celles qui ne se laissent pas aveugler par le pouvoir et la richesse, ceux qui ne sacrifient pas la dignité de leurs concitoyens à leur fortune personnelle ou à celle de leur groupe. En particulier, j’ai reçu de nombreux témoignages montrant comment le peuple algérien fait preuve d’une grande générosité tant envers ses compatriotes qu’envers les étrangers. Cette attitude reflète une hospitalité profondément enracinée dans les communautés arabes et berbères, ce devoir sacré que nous aimerions trouver partout comme valeur sociale fondamentale. De même, l’aumône (sadaka) est une pratique courante et naturelle parmi vous, même pour ceux qui ont des moyens limités. À l’origine, le mot sadaka signifie justice : ne pas garder pour soi, mais partager ce que l’on a, est en effet une question de justice. Est injuste celui qui accumule des richesses et reste indifférent aux autres. Cette vision de la justice est simple et radicale : elle reconnaît dans l’autre l’image de Dieu. Une religion sans compassion et une vie sociale sans solidarité sont un scandale aux yeux de Dieu. Et pourtant, de nombreuses sociétés qui se croient avancées sombrent de plus en plus dans l’inégalité et l’exclusion. Les personnes et les organisations qui dominent sur les autres – l’Afrique le sait bien – détruisent le monde que le Très-Haut a créé pour que nous vivions ensemble.

Les événements historiques dramatiques que vous avez traversés offrent à votre pays un regard critique particulier sur les équilibres mondiaux. Si vous savez dialoguer avec les aspirations de tout le monde et vous montrer solidaires avec les souffrances de nombreux pays, proches ou lointains, votre expérience pourra contribuer à imaginer et à instaurer une plus grande justice entre les peuples. Ce n’est pas en multipliant les incompréhensions et les conflits, mais en respectant la dignité de chacun et en vous laissant toucher par la souffrance d’autrui, que vous pourrez devenir les acteurs d’un nouveau cours de l’histoire, aujourd’hui plus urgent que jamais, face aux violations constantes du droit international et aux nouvelle tentations coloniales.

Mes prédécesseurs avaient déjà clairement perçu l’importance historique de ce défi. Benoît XVI fit remarquer que « les processus de mondialisation, convenablement conçus et gérés, offrent la possibilité d’une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire comme cela ne s’était jamais présenté auparavant ; s’ils sont mal gérés ils peuvent au contraire faire croître la pauvreté et les inégalités, et contaminer le monde entier par une crise ». (Lett. enc. Caritas in veritate, n. 42). Le Pape François, fort d’une longue expérience au cœur des contradictions du Sud global, a ensuite souligné l’importance de ce qui ne peut être compris qu’à la périphérie des grands centres de pouvoir et de décision : « Il faut penser à la participation sociale, politique et économique de telle manière qu’elle inclue les mouvements populaires et anime les structures de gouvernement locales, nationales et internationales, avec le torrent d’énergie morale qui naît de la participation des exclus à la construction d’un avenir commun » (Lettre encyclique Fratelli tutti, n. 169).

J’exhorte donc ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité dans ce pays à ne pas craindre cette perspective et à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre, dans laquelle on reconnaisse en particulier aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance pour tous. La véritable force d’un pays réside dans la coopération de tout le monde à la réalisation du bien commun. Les Autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et son développement. Le critère de l’action politique réside donc dans la justice, sans laquelle il n’y a pas de paix authentique, et s’exprime par la promotion de conditions équitables et dignes pour tous. L’Église catholique, elle aussi, à travers ses communautés et ses initiatives, souhaite contribuer au bien commun de l’Algérie, en renforçant son identité particulière de pont entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident.

La Méditerranée, d’un côté, et le Sahara, de l’autre, constituent en effet des carrefours géographiques et spirituels d’une portée considérable. Si nous approfondissons leur histoire, sans simplifications ni idéologies, nous y trouverons cachés d’immenses trésors d’humanité, car la mer et le désert sont depuis des millénaires des lieux d’enrichissement mutuel entre les peuples et les cultures. Malheur à nous si nous en faisons des cimetières ou meurt même l’espérance ! Libérons du mal ces immenses bassins d’histoire et d’avenir ! Multiplions les oasis de paix, dénonçons et éliminons les causes du désespoir, combattons ceux qui tirent profit du malheur d’autrui ! Les gains de la spéculation sur la vie humaine, dont la dignité est inviolable, sont illicites. Unissons donc nos forces, nos énergies spirituelles, toute intelligence et toute ressource qui font de la terre et de la mer des lieux de vie, de rencontre, d’émerveillement. Que leur beauté majestueuse touche notre cœur ; que leur étendue infinie nous interroge sur la transcendance. La Méditerranée, le Sahara et le ciel immense qui les surplombe nous murmurent que la réalité nous dépasse de toutes parts, que Dieu est vraiment grand et que nous vivons tout en sa présence mystérieuse.

Cette réflexion a d’énormes conséquences sur la réalité. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, en sous-estiment la portée. À y regarder de plus près, la société algérienne connaît elle aussi la tension entre le sens religieux et la vie moderne. Ici, comme partout ailleurs dans le monde, des dynamiques opposées ont tendance à se manifester, celles du fondamentalisme ou de la sécularisation, qui font que beaucoup perdent le sens authentique de Dieu et de la dignité de toutes ses créatures. Alors, les symboles et les mots religieux peuvent devenir, d’une part, langages blasphématoires de violence et d’oppression, et d’autre part, signes sans signification, dans ce grand marché de consommation qui ne rassasie pas.

Ces polarisations absurdes ne doivent toutefois pas nous effrayer. Il faut y faire face avec intelligence. Elles sont le signe que nous vivons une époque extraordinaire, marquée par un grand renouveau, où celui qui garde son cœur libre et éveille sa conscience peut puiser dans les grandes traditions spirituelles et religieuses de nouvelles visions de la réalité et des motivations inébranlables d’engagement. Il faut éduquer au sens critique et à la liberté, à l’écoute et au dialogue, à la confiance qui nous fait reconnaître dans celui qui est différent un compagnon de route, et non une menace. Nous devons œuvrer à la guérison de la mémoire et à la réconciliation entre d’anciens adversaires. C’est le don que je demande pour vous, pour l’Algérie et pour tout son peuple, sur lequel j’invoque l’abondance des Bénédictions du Très-Haut.

Visite à la Grande Mosquée d’Alger. Discours improvisé

Grande Mosquée d’Alger, lundi 13 avril 2026

Le Saint-Père répond en italien aux paroles de bienvenue du Recteur de la Grande Mosquée, Mohamed Mamoun Al Qasimi.

Je vous remercie pour cette réflexion et pour ces paroles, si importantes lors de cette visite, d’un lieu qui représente l’espace qui appartient à Dieu, un espace divin, sacré, où tant de personnes viennent pour prier, pour trouver la présence du Très-Haut, de Dieu, dans leur vie.

Comme vous le savez, c’est avec une grande joie que je viens en Algérie, car c’est aussi la terre de mon Père spirituel, saint Augustin, qui a tant voulu enseigner au monde, surtout la recherche de la vérité, la recherche de Dieu, en reconnaissant la dignité de chaque être humain et l’importance de construire la paix.

Chercher Dieu, c’est aussi reconnaître l’image de Dieu dans chaque créature, dans les enfants de Dieu, dans chaque homme et chaque femme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Pour nous, cela signifie qu’il est très important d’apprendre à vivre ensemble dans le respect de la dignité de chaque personne humaine.

Il y a une autre valeur que vous avez tenu à intégrer dans ce magnifique centre : en effet, outre la mosquée, lieu de prière, il y a également un centre d’études. Combien il est important que l’être humain développe les capacités intellectuelles que Dieu a données à l’homme, afin que nous puissions découvrir combien est grande la création, combien est grand ce que Dieu nous a laissé dans toute la création et surtout dans l’être humain !

Grâce à l’esprit, à ce lieu de prière, à la quête de la vérité, notamment par l’étude, et à la capacité de reconnaître la dignité de chaque être humain, nous savons – et cette rencontre d’aujourd’hui en est la preuve – que nous pouvons apprendre à nous respecter mutuellement, à vivre en harmonie et à construire un monde de paix.

Cet après-midi, je prie pour vous, pour le peuple d’Algérie, pour tous les peuples de la terre, afin que la paix et la justice du Royaume de Dieu se manifestent également parmi nous, et pour que nous soyons tous de plus en plus convaincus de la nécessité d’être des promoteurs de paix, de réconciliation, de pardon et de ce qui est véritablement l’esprit de Dieu pour toute sa création.

Rencontre avec la communauté algérienne.

Basilique Notre-Dame d’Afrique (Alger), lundi 13 avril 2026

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Que la paix soit avec vous !

Chers frères dans l’épiscopat,
Chers prêtres et diacres, religieux et religieuses,
chers enfants de l’Église d’Algérie !

C’est avec une grande joie et une paternelle affection que je vous rencontre aujourd’hui, vous qui êtes une présence discrète et précieuse, enracinée dans cette terre marquée par une histoire ancienne et par de lumineux témoignages de foi.

Votre communauté a des racines très profondes. Vous êtes les héritiers d’une multitude de témoins qui ont donné leur vie, poussés par l’amour de Dieu et du prochain. Je pense en particulier aux 19 religieux et religieuses martyrs d’Algérie qui ont choisi d’être aux côtés de ce peuple dans ses joies et dans ses peines. Leur sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit.

Vous êtes également les héritiers d’une tradition encore plus ancienne qui remonte aux premiers siècles du christianisme. La voix ardente d’Augustin d’Hippone a résonné sur cette terre, précédée par le témoignage de sa mère, sainte Monique, et d’autres saints. Leur mémoire est un appel lumineux à être, aujourd’hui, des signes crédibles de communion, de dialogue et de paix.

À vous tous, chers amis, et à ceux qui, ne pouvant pas être présents, suivent cette rencontre à distance, j’exprime ma gratitude pour l’engagement quotidien par lequel vous rendez visible le visage maternel de l’Église. Je remercie Son Éminence pour les paroles qu’il m’a adressées, ainsi que Rakel, Ali, Monia et Sœur Bernadette pour ce qu’ils ont partagé. À la lumière de ce que nous avons entendu, je voudrais que nous nous arrêtions pour réfléchir ensemble sur trois aspects de la vie chrétienne que je considère comme très importants, en particulier pour votre présence ici : la prière, la charité et l’unité.

D’abord, la prière. Nous en avons tous besoin. Saint Jean-Paul II le soulignait en s’adressant aux jeunes : « L’homme, disait-il, ne peut vivre sans prier, tout comme il ne peut vivre sans respirer » (Rencontre avec des jeunes musulmans à Casablanca, 19 août 1985, n. 4). Il présentait ainsi le dialogue avec Dieu comme un élément indispensable non seulement pour la vie de l’Église, mais aussi pour celle de toute personne. Saint Charles de Foucauld l’avait aussi compris, lui qui dans le fait d’être une présence priante, avait reconnu sa vocation. Il écrivait : « Je vis ici dans la joie, aux pieds du Très Saint Sacrement » (Lettre à Raymond de Blic, 9 décembre 1907) et recommandait : Priez beaucoup pour les autres. Consacrez-vous au salut de votre prochain par tous les moyens en votre pouvoir : prière, bonté, exemple (cf. Lettre à Louis Massignon, 1er août 1916).

À ce propos, Ali, en parlant de son expérience de service à Notre-Dame d’Afrique, nous a dit que beaucoup viennent ici pour se recueillir en silence, présenter et recommander leurs préoccupations et les personnes qu’ils aiment, et rencontrer quelqu’un disposé à les écouter et à partager les fardeaux qu’ils portent dans leur cœur. Il a remarqué que beaucoup repartent sereins et heureux d’être venus. La prière unit et humanise, elle fortifie et purifie le cœur, et l’Église algérienne, grâce à la prière, sème de l’humanité, de l’unité, de la force et de la pureté autour d’elle, atteignant des lieux et des contextes que seul le Seigneur connaît.

Un deuxième aspect de la vie ecclésiale sur lequel je voudrais m’attarder est celui de la charité. Sœur Bernadette nous en a parlé lorsqu’elle a partagé son expérience d’aide aux enfants en situation de handicap et à leurs parents. Dans ses propos, nous percevons la valeur de la miséricorde et du service, non seulement comme un soutien aux personnes plus fragiles, mais surtout comme un lieu de grâce, où quiconque se laisse impliquer grandit et s’enrichit. Sœur Bernadette nous a raconté comment, à partir d’un simple geste initial de proximité – la visite aux malades –, sont nés comme des germes, d’abord un système d’accueil, puis une organisation d’assistance de plus en plus articulée, une véritable communauté où de très nombreuses personnes participent aux événements joyeux et douloureux, unies par des liens de confiance, d’amitié et de familiarité. Un tel environnement est sain et bénéfique. Il n’est pas étonnant que ceux qui souffrent y trouvent les ressources nécessaires pour améliorer leur santé, tout en apportant de la joie aux autres, comme dans le cas de Fatima.

D’ailleurs, c’est l’amour pour les frères qui a suscité le témoignage des martyrs dont nous avons fait mémoire. Face à la haine et à la violence, ils sont restés fidèles à la charité jusqu’au sacrifice de leur vie, aux côtés de tant d’hommes et de femmes, chrétiens et musulmans. Ils l’ont fait sans prétention et sans faire de bruit, avec la sérénité et la fermeté de ceux qui ne se vantent pas et ne désespèrent pas, car ils savent à qui ils ont fait confiance (cf. 2 Tm 1, 12). Parmi tous, citons les paroles simples du frère Luc, le moine médecin âgé de la communauté de Notre-Dame de l’Atlas. Face à la possibilité de partir et de se mettre à l’abri de dangers potentiels, au prix d’abandonner ses patients et ses amis, il répondait : « Je veux rester avec eux » (C. Henning – T. Georgeon, Frère Luc de Tibhirine. Moine, médecin et martyr, Cité du Vatican 2025, Introduction), et c’est ce qu’il a fait. Le Pape François, en se souvenant de lui et de tous les autres, à l’occasion de la béatification, a déclaré : « Leur témoignage courageux est source d’espérance pour la communauté catholique algérienne et semence de dialogue pour toute la société. Que cette béatification soit pour tous une incitation à construire ensemble un monde de fraternité et de solidarité » (8 décembre 2018).

Nous en arrivons ainsi au troisième point de notre réflexion : l’engagement à promouvoir la paix et l’unité. La devise de cette visite est tirée des paroles de Jésus ressuscité : « Que la paix soit avec vous ! » (Jn 20, 21), et sur une image des mosaïques de Tipasa, on peut lire : In Deo, pax et concordia sit convivio nostro, que l’on peut traduire par : “En Dieu, puissent la paix et l’harmonie régner dans notre vie commune”. La paix et l’harmonie sont des caractéristiques fondamentales de la communauté chrétienne depuis ses origines (cf. Ac 2, 42-47), selon le désir même de Jésus (cf. Jn 17, 23) qui a dit : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). À ce sujet, saint Augustin affirme que l’Église « engendre des peuples, mais ils sont les membres d’un seul » (Sermo 192, 2) et saint Cyprien écrit : « Pour Dieu, le plus grand sacrifice c’est la paix qui règne entre nous, notre concorde fraternelle et le fait d’être un peuple réuni dans l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (La prière du Seigneur, 23). Il est beau, aujourd’hui, d’entendre tant de richesses de paroles et d’exemples trouver un écho dans ce que nous avons entendu.

Comme nous l’a rappelé Son Éminence, cette Basilique en est le signe : symbole d’une Église faite de pierres vivantes où, sous le manteau de Notre-Dame d’Afrique, la communion entre chrétiens et musulmans se construit. Ici, l’amour maternel de Lalla Meryem rassemble tout le monde comme des enfants, chacun riche de sa diversité, unis par la même aspiration à la dignité, à l’amour, à la justice et à la paix. Des enfants désireux de marcher ensemble, de vivre, de prier, de travailler et de rêver, car la foi n’isole pas mais ouvre, unit sans confondre, rapproche sans uniformiser et fait grandir une véritable fraternité. Monia nous l’a dit, et Rakel en a témoigné lorsqu’elle a partagé son expérience au sein de la Tlemcen Fellowship. Dans un monde où les divisions et les guerres sèment la douleur et la mort entre les nations, dans les communautés et même au sein des familles, votre vie unie et en paix est un signe fort. Unis, vous répandez la fraternité en inspirant à ceux qui vous entourent des désirs et des sentiments de communion et de réconciliation, avec un message d’autant plus fort et limpide qu’il est témoigné dans la simplicité et l’humilité.

Une partie considérable du territoire de ce pays est occupée par le désert, et on ne survit pas seul dans le désert. Les rigueurs de la nature remettent à leur juste mesure toute prétention d’autosuffisance, et rappellent à chacun que nous avons besoin les uns des autres, et que nous avons besoin de Dieu. C’est la reconnaissance de cette fragilité qui ouvre le cœur au soutien mutuel et à l’invocation de Celui qui peut donner ce qu’aucun pouvoir humain n’est en mesure de garantir : la réconciliation profonde des cœurs et, avec elle, la paix véritable.

C’est pourquoi, chers frères et sœurs, je vous encourage à poursuivre votre travail en terre algérienne, comme communauté de foi soudée et ouverte, présence de l’Église, sacrement universel du salut (cf. Conc. Œcum. Vatican II, Lumen gentium, 48). Merci pour tout ce que vous faites, pour votre prière, pour votre charité, pour votre témoignage d’unité. Je vous assure de mon souvenir devant le Seigneur et, en vous confiant à Marie Notre-Dame d’Afrique, je vous bénis de grand cœur.

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