

—- Adam —-
Et s’il fallait, pour renouveler notre être, repartir du plus ancien, du plus originel ? Retour à l’origine.

—- Samuel —-
« YHWH préfère l’écoute aux sacrifices » (Cf 1 Samuel 15,22)


« Le parfait ami… » vie de St Claude
Episode 11 : Marguerite-Marie à la Visitation de Paray







MESSE DE LA DIVINE MISÉRICORDE
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Pierre
IIe Dimanche de Pâques, 24 avril 2022
Nous avons entendu que « Jésus leur dit : “Venez à ma suite” […]. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mc 1, 17-18). La force de la Parole de Dieu est grande, comme nous l’avons entendu dans la première Lecture : « La parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas : “Lève-toi, va à Ninive […], proclame le message” […]. Jonas se leva et partit […] selon la parole du Seigneur » (Jon 3, 1-3). La Parole de Dieu libère la puissance de l’Esprit Saint. Elle est une force qui attire à Dieu, comme cela arriva à ces jeunes pêcheurs, foudroyés par les paroles de Jésus. Et c’est une force qui envoie vers les autres, comme pour Jonas qui alla vers ceux qui étaient loin du Seigneur. La Parole attire à Dieu et envoie vers les autres. Elle attire à Dieu et envoie vers les autres voilà son dynamisme ! Elle ne nous laisse pas enfermés en nous-mêmes, mais elle dilate le cœur, fait inverser la tendance, renverse les habitudes, ouvre des scénarios nouveaux, entrouvre des horizons insoupçonnés.
Frères et sœurs, la Parole de Dieu veut faire cela en chacun de nous. Comme pour les premiers disciples, qui en accueillant les paroles de Jésus laissèrent les filets et commencèrent une aventure merveilleuse, de même sur les rivages de notre vie, près des barques de nos familles et des réseaux du travail, la Parole suscite l’appel de Jésus. Il nous appelle à prendre le large avec Lui, pour les autres. Oui, la Parole suscite la mission, elle fait de nous des messagers et des témoins de Dieu pour un monde rempli de paroles, mais assoiffé de cette Parole qu’il ignore souvent. L’Église vit de ce dynamisme : elle est appelée par le Christ, attirée par Lui, et elle est envoyée dans le monde pour témoigner de Lui. C’est cela le dynamisme dans l’Église.
Nous ne pouvons pas nous passer de la Parole de Dieu, de sa douce force qui, comme dans un dialogue, touche le cœur, s’imprime dans l’âme, la renouvelle avec la paix de Jésus qui rend inquiets pour les autres. Si nous regardons les amis de Dieu, les témoins de l’Évangile dans l’histoire, les saints, nous voyons que, pour chacun, la Parole a été décisive. Pensons au premier moine, saint Antoine, qui, frappé par un passage de l’Évangile lorsqu’il était à la Messe, laissa tout pour le Seigneur ; pensons à saint Augustin dont la vie changea quand une parole divine lui guérit le cœur ; pensons à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui découvrit sa vocation en lisant les lettres de saint Paul. Et je pense au saint dont je porte le nom, François d’Assise, qui, après avoir prié, lit dans l’Évangile que Jésus envoie ses disciples prêcher et s’exclama : « Cela je le veux, cela je le demande, cela je désire le faire de tout mon cœur » (Tommaso da Celano, Vita prima IX, 22). Ce sont des vies changées par la Parole de vie, par la Parole du Seigneur.
Mais je me demande : pourquoi n’arrive-t-il pas la même chose pour beaucoup d’entre nous ? Très souvent nous écoutons la Parole de Dieu, elle entre d’une oreille et ressort de l’autre. Pourquoi ? Peut-être parce que, comme nous le montrent ces témoins, il ne faut pas être “sourd” à la Parole. C’est notre risque : submergés par mille paroles, nous laissons la Parole de Dieu glisser sur nous. Nous l’entendons, mais nous ne l’écoutons pas ; nous l’écoutons, mais nous ne la gardons pas ; nous la gardons mais nous ne nous laissons pas provoquer pour changer. Surtout, nous la lisons mais nous ne la prions pas, alors que « la prière doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture, pour que s’établisse un dialogue entre Dieu et l’homme » (Dei Verbum, n. 25). N’oublions pas les deux dimensions fondatrices de la prière chrétienne : l’écoute de la Parole et l’adoration du Seigneur. Faisons place à la Parole de Jésus, à la Parole de Jésus priée et il arrivera pour nous ce qui est arrivé aux premiers disciples. Revenons donc à l’Évangile d’aujourd’hui qui nous rapporte deux gestes qui résultent de la Parole de Jésus : « Laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mc 1, 18). Ils laissèrent et le suivirent. Arrêtons-nous brièvement sur cela.
Ils laissèrent. Qu’ont-ils laissé ? La barque et les filets, c’est-à-dire la vie qu’ils avaient menée jusqu’à ce moment. Très souvent, nous peinons à laisser nos sécurités, nos habitudes, parce que nous restons pris en elles comme les poissons dans un filet. Mais celui qui est en contact avec la Parole guérit des liens du passé, parce que la Parole vivante réinterprète la vie, elle guérit aussi la mémoire blessée en y greffant le souvenir de Dieu et de ses œuvres pour nous. L’Écriture nous établit dans le bien, elle nous rappelle qui nous sommes : des enfants de Dieu sauvés et aimés. « Les paroles toutes parfumées du Seigneur » (S. François d’Assise, Lettre aux fidèles) sont comme le miel, elles rendent la vie savoureuse : elles suscitent la douceur de Dieu, elles nourrissent l’âme, elles éloignent la peur, elles sont vainqueur de la solitude. Et de même qu’elles ont fait que ces disciples abandonnent la répétitivité d’une vie faite de barques et de filets, de même elles renouvellent en nous la foi, la purifiant et la libérant de nombre de débris, la ramenant aux origines, à la pureté naissante de l’Évangile. Avec le récit des œuvres de Dieu pour nous, la Sainte Écriture défait les amarrages d’une foi paralysée et nous fait savourer à nouveau la vie chrétienne telle qu’elle est vraiment : une histoire d’amour avec le Seigneur.
Les disciples laissèrent donc ; puis ils suivirent – ils laissèrent et ils suivirent : derrière le Maitre, ils firent des pas en avant. En effet, sa Parole, tout en libérant des encombrements du passé et du présent, fait mûrir dans la vérité et dans la charité : elle ravive le cœur, l’ébranle, le purifie des hypocrisies et le remplit d’espérance. La Bible elle-même atteste que la Parole est concrète et efficace “comme la pluie et la neige” pour la terre (cf. Is 55, 10-11) ; « comme un feu », « comme un marteau qui fracasse le roc » (Jr 23, 29) ; comme une épée tranchante qui « juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12) ; comme « une semence impérissable » (1 P 1, 23) qui, petite et cachée, germe et porte du fruit (cf. Mt 13). « La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent […] la nourriture de l’âme, la source pure et permanente de la vie spirituelle » (Conc. Œcum. Vat. II, Const. Dogm. Dei Verbum, n. 21).
Frères et sœurs, que le Dimanche de la Parole de Dieu nous aide à retourner avec joie aux sources de la foi, qui naît de l’écoute de Jésus, Verbe du Dieu vivant. Alors que l’on dit et qu’on lit continuellement des paroles sur l’Église, que celles-ci nous aident à redécouvrir la Parole de vie qui résonne dans l’Église ! Autrement nous finissons par parler davantage de nous que de Lui ; et souvent nos pensées et nos problèmes restent au centre, au lieu du Christ avec sa Parole. Retournons aux sources pour offrir au monde l’eau vive qu’il ne trouve pas ; et, tandis que la société et les réseaux sociaux accentuent la violence des paroles, resserrons-nous la douceur de la Parole de Dieu qui sauve, qui est douce, qui ne fait pas de bruit, qui entre dans le cœur.
Et posons-nous, enfin, quelques questions. Quelle place est-ce que je réserve à la Parole de Dieu là où j’habite ? Il y a des livres, des journaux, des télévisions, des téléphones, mais où est la Bible ? Dans ma chambre, est-ce que j’ai l’Évangile à portée de main ? Est-ce que je le lis tous les jours pour y retrouver la direction de la vie ? Est-ce que j’ai dans le sac un petit exemplaire de l’Évangile pour le lire ? J’ai très souvent conseillé de toujours avoir l’Évangile avec soi, dans sa poche, dans son sac, dans son téléphone portable : si le Christ m’est plus cher que tout, comment puis-je le laisser à la maison et ne pas emporter sa Parole avec moi ? Et une dernière question : ai-je lu au moins un des quatre Évangiles en entier ? L’Évangile est le livre de la vie, il est simple et il est bref, et pourtant beaucoup de croyants ne l’ont jamais lu du début à la fin.
Frères et sœurs, Dieu, dit l’Écriture, est « le créateur et l’auteur de la beauté » (Sg 13, 3) : laissons-nous conquérir par la beauté que la Parole de Dieu apporte dans la vie.
Source : vatican.va
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SOLENNITÉ DE LA CONVERSION DE SAINT PAUL APÔTRE
CÉLÉBRATION DES SECONDES VÊPRES
LVIe SEMAINE DE PRIÈRE POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Dans l’Évangile que nous avons écouté, le docteur de la Loi, bien qu’il s’adresse à Jésus en l’appelant « Maître », ne veut pas se laisser instruire par lui mais « le mettre à l’épreuve ». Une fausseté encore plus grande ressort toutefois de sa question : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (Lc 10, 25). Faire pour hériter, faire pour avoir : voilà une religiosité déformée, basée sur la possession plutôt que sur le don, où Dieu est le moyen d’obtenir ce que je veux, non la fin à aimer du fond du cœur. Mais Jésus est patient et invite ce docteur à trouver la réponse dans la Loi dont il était l’expert, qui prescrit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même » (Lc 10, 27).
Cet homme, « voulant se justifier », pose une deuxième question : « Et qui est mon prochain ? » (Lc 10, 29). Si la première question risquait de réduire Dieu au “moi”, celle-ci cherche à diviser : diviser les personnes entre celles que l’on doit aimer et celles que l’on peut ignorer. Et diviser ne vient jamais de Dieu : cela vient du diable, qui est diviseur. Jésus ne réplique pas en faisant de la théorie, mais avec la parabole du bon Samaritain, avec une histoire concrète qui nous interpelle nous aussi. Car, chers frères et sœurs, ce sont le prêtre et le lévite qui se comportent mal, avec indifférence, qui privilégient la protection de leurs traditions religieuses au détriment des besoins de ceux qui souffrent. Celui qui donne un sens au mot “prochain” est au contraire un hérétique, un Samaritain, parce qu’il se fait proche : il fait preuve de compassion, il s’approche et se penche tendrement sur les blessures de ce frère ; il prend soin de lui, indépendamment de son passé et de ses fautes, et le sert de tout son être (cf. Lc 10, 33-35). Cela permet à Jésus de conclure que la bonne question n’est pas “Qui est mon prochain ?” mais : “Est-ce que je me fais proche ?” Seul cet amour qui devient service gratuit, seul cet amour que Jésus a proclamé et vécu, rapprochera les chrétiens séparés les uns des autres. Oui, seul cet amour, qui ne revient pas sur le passé pour prendre ses distances ou pointer du doigt, seul cet amour qui, au nom de Dieu, place le frère avant la défense farouche de son système religieux, seul cet amour nous unira. D’abord le frère, ensuite le système.
Frères et sœurs, entre nous, nous ne devrions jamais nous poser la question “qui est mon prochain ?”. Parce que chaque baptisé appartient au même Corps du Christ ; et plus encore, parce que chaque personne dans le monde est mon frère ou ma sœur, et nous composons tous la “symphonie de l’humanité” dont le Christ est le premier-né et le rédempteur. Comme le rappelle saint Irénée, que j’ai eu la joie de proclamer “Docteur de l’unité” : « Celui qui aime la vérité ne doit pas se laisser abuser par l’intervalle existant entre les différents sons ni soupçonner l’existence de plusieurs Artistes ou Auteurs […], il doit reconnaître au contraire qu’un seul et même Dieu a œuvré » (Adv. Haer. II, 25, 2). Donc, non pas “qui est mon prochain ?” mais “est-ce que je me fais proche ?” Et moi : ma communauté, mon Église, ma spiritualité, se sont-elles faites proches ? Ou bien restent-elles barricadées pour défendre leurs intérêts, jalouses de leur autonomie, enfermées dans le calcul de leurs avantages, en nouant des relations avec les autres seulement pour en tirer quelque chose ? Si tel était le cas, il ne s’agirait pas seulement d’erreurs stratégiques, mais d’infidélité à l’Évangile.
“Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?” : Ainsi avait commencé le dialogue entre le docteur de la Loi et Jésus. Mais aujourd’hui encore, cette première question est renversée grâce à l’Apôtre Paul dont nous célébrons la conversion dans la Basilique qui lui est dédiée. C’est lorsque Saul de Tarse, persécuteur des chrétiens, rencontre Jésus dans la vision lumineuse qui l’enveloppe et qui change sa vie, qu’il lui demande : « Que dois-je faire, Seigneur ? » (Ac 22, 10). Non pas “que dois-je faire pour avoir en héritage ?”, mais “que dois-je faire, Seigneur ?” : le Seigneur est la fin de la demande, le véritable héritage, le bien suprême. Paul ne change pas de vie sur la base de ses objectifs, il ne devient pas meilleur parce qu’il réalise ses projets. Sa conversion naît d’un renversement existentiel, où la primauté n’appartient plus à sa bravoure face à la Loi, mais à la docilité à l’égard de Dieu, dans une totale ouverture à ce qu’Il veut. Pas à sa bravoure mais à sa docilité : de la bravoure à la docilité. S’Il est le trésor, notre programme ecclésial ne peut consister qu’à faire sa volonté, à aller à la rencontre de ses désirs. Et Lui, la nuit avant de donner sa vie pour nous, a ardemment prié le Père pour nous tous, « afin que tous soient un » (Jn 17, 21). Voilà sa volonté.
Tous les efforts vers la pleine unité sont appelés à suivre le même chemin que Paul, à mettre de côté la centralité de nos idées pour chercher la voix du Seigneur et lui laisser l’initiative et la place. Un autre Paul, grand pionnier du mouvement œcuménique, l’avait bien compris, l’Abbé Paul Couturier qui, en priant, implorait l’unité des croyants “comme le Christ la veut”, “avec les moyens qu’Il veut”. Nous avons besoin de cette conversion de perspective et avant tout du cœur, car, comme l’a affirmé le Concile Vatican II il y a soixante ans : « Il n’y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure » (Unitatis redintegratio, n. 7). Tandis que nous prions ensemble, nous reconnaissons, chacun à partir de lui-même, que nous avons besoin de nous convertir, de permettre au Seigneur de changer notre cœur. Telle est la voie : marcher ensemble et servir ensemble, en mettant la prière à la première place. En effet, lorsque les chrétiens mûrissent dans le service de Dieu et du prochain, ils grandissent aussi dans la compréhension réciproque, comme le déclare encore le Concile : « Plus étroite, en effet, sera leur communion avec le Père, le Verbe et l’Esprit Saint, plus ils pourront rendre intime et facile la fraternité mutuelle » (ibid).
C’est pourquoi nous sommes ici ce soir de différents pays, de différentes cultures et traditions. Je suis reconnaissant à Sa Grâce Justin Welby, Archevêque de Canterbury, au Métropolite Polycarpe représentant le Patriarcat Œcuménique, et à vous tous, qui rendez présentes de nombreuses communautés chrétiennes. J’adresse un salut spécial aux membres de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, qui célèbrent le vingtième anniversaire de leur cheminement, et aux évêques catholiques et anglicans qui participent à la rencontre de la Commission internationale pour l’Unité et la Mission. Il est beau qu’aujourd’hui, avec mon frère, l’Archevêque Justin, nous puissions donner à ces évêques le mandat de continuer à témoigner de l’unité voulue par Dieu pour son Église dans leurs régions respectives, en avançant ensemble « à offrir la miséricorde et la paix de Dieu à un monde qui en a tant besoin » (Appel des évêques de l’IARCCUM, Rome 2016). Je salue également les étudiants boursiers du Comité pour la Collaboration Culturelle avec les Églises orthodoxes du Dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens et les participants aux visites d’études organisées pour les jeunes prêtres et les moines des Églises orthodoxes orientales, et pour les étudiants de l’Institut Œcuménique de Bossey du Conseil Œcuménique des Églises.
Ensemble, comme frères et sœurs dans le Christ, prions avec Paul en disant : “Que devons-nous faire, Seigneur ?”. Et en posant la question, il y a déjà une réponse, parce que la première réponse est la prière. Prier pour l’unité est la première tâche de notre cheminement. Et c’est une tâche sainte, parce que c’est être en communion avec le Seigneur qui pour l’unité a tout d’abord prié le Père. Et continuons à prier aussi pour la fin des guerres, en particulier en Ukraine et en Terre Sainte. Une pensée profonde va aussi au bien-aimé peuple du Burkina Faso, en particulier aux communautés qui y ont préparé le matériel pour la Semaine de Prière pour l’Unité : puisse l’amour du prochain prendre la place de la violence qui afflige leur pays.
« “Que dois-je faire, Seigneur ?” Et le Seigneur – raconte Paul – me dit : “Relève-toi et va” » (Ac 22, 10). Relève-toi, dit Jésus à chacun de nous et à notre recherche d’unité. Relevons-nous donc, au nom du Christ, de nos fatigues et de nos habitudes, et continuons, avançons, parce qu’Il le veut, et Il le veut « pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Prions donc et allons de l’avant, parce que Dieu le souhaite pour nous. C’est ce qu’il souhaite pour nous.
Source : vatican.va
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Place Saint-Pierre – Dimanche 1er juin 2025, VIIe dimanche de Pâques
L’Évangile qui vient d’être proclamé nous montre Jésus qui, lors de la dernière Cène, prie pour nous (cf. Jn 17, 20) : le Verbe de Dieu fait homme, désormais proche de la fin de sa vie terrestre, pense à nous, ses frères, se faisant bénédiction, supplication et louange au Père, avec la force de l’Esprit Saint. Et nous aussi, alors que nous entrons, remplis d’émerveillement et de confiance, dans la prière de Jésus, nous sommes impliqués par son amour dans un grand projet qui concerne toute l’humanité.
Le Christ demande en effet que nous soyons tous « un » (v. 21). Il s’agit là du plus grand bien que l’on puisse désirer, car cette union universelle réalise entre les créatures la communion éternelle d’amour dans laquelle s’identifie Dieu lui-même, comme le Père qui donne la vie, le Fils qui la reçoit et l’Esprit qui la partage.
Le Seigneur ne veut pas que nous nous unissions pour former une masse indistincte, comme un bloc anonyme, mais il souhaite que nous soyons un : « Comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi » (v. 21). L’unité pour laquelle Jésus prie est donc une communion fondée sur l’amour même dont Dieu aime, d’où viennent la vie et le salut. En tant que telle, elle est avant tout un don que Jésus vient apporter. C’est en effet, du fond de son cœur d’homme que le Fils de Dieu s’adresse au Père en disant : « moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (v. 23).
Écoutons avec admiration ces paroles : Jésus nous révèle que Dieu nous aime comme Il s’aime Lui-même. Le Père ne nous aime pas moins qu’Il n’aime son Fils unique, c’est-à-dire infiniment. Dieu n’aime pas moins, parce qu’Il aime d’abord, Il aime le premier ! Le Christ Lui-même en témoigne lorsqu’Il dit au Père : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (v. 24). Et il en est ainsi : dans sa miséricorde, Dieu veut depuis toujours rassembler tous les hommes auprès de lui, et c’est sa vie, donnée pour nous dans le Christ, qui nous rend un, qui nous unit entre nous.
Écouter aujourd’hui cet Évangile, pendant le Jubilé des familles et des enfants, des grands-parents et des personnes âgées, nous comble de joie.
Très chers amis, nous avons reçu la vie avant même de la vouloir. Comme l’enseignait le pape François, « tous les hommes sont des enfants, mais aucun de nous n’a choisi de naître » (Angelus, 1er janvier 2025). Mais ce n’est pas tout. Dès notre naissance, nous avons eu besoin des autres pour vivre, seuls nous n’y serions pas y arriver : c’est quelqu’un d’autre qui nous a sauvés, en prenant soin de nous, de notre corps comme de notre esprit. Nous vivons donc tous grâce à une relation, c’est-à-dire à un lien libre et libérateur d’humanité et de soin mutuel.
Il est vrai que parfois cette humanité est trahie. Par exemple, chaque fois que l’on invoque la liberté non pour donner la vie, mais pour la retirer, non pour secourir, mais pour offenser. Cependant, même face au mal qui s’oppose et tue, Jésus continue de prier le Père pour nous, et sa prière agit comme un baume sur nos blessures, devenant pour tous une annonce de pardon et de réconciliation. Cette prière du Seigneur donne pleinement un sens aux moments lumineux de notre amour les uns pour les autres, en tant que parents, grands-parents, fils et filles. Et c’est cela que nous voulons annoncer au monde : nous sommes ici pour être “un” comme le Seigneur veut que nous soyons “un”, dans nos familles et là où nous vivons, travaillons et étudions : différents, mais un, nombreux, mais un, toujours, en toutes circonstances et à tous les âges de la vie.
Mes très chers amis, si nous nous aimons ainsi, sur le fondement du Christ, qui est « l’alpha et l’oméga », « le commencement et la fin » (cf. Ap 22, 13), nous serons un signe de paix pour tous, dans la société et dans le monde. Et n’oublions pas : c’est dans les familles que se construit l’avenir des peuples.
Au cours des dernières décennies, nous avons reçu un signe qui nous remplit de joie et qui nous fait réfléchir : je veux parler du fait que des couples mariés ont été proclamés bienheureux et saints, non pas séparément, mais ensemble, en tant que couples mariés. Je pense à Louis et Zélie Martin, les parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; et j’aime rappeler les bienheureux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, dont la vie familiale s’est déroulée à Rome au siècle dernier. Et n’oublions pas la famille polonaise Ulma : parents et enfants unis dans l’amour et dans me martyre. Je disais que c’est un signe qui fait réfléchir. Oui : en désignant comme témoins exemplaires des époux, l’Église nous dit que le monde d’aujourd’hui a besoin de l’alliance conjugale pour connaître et accueillir l’amour de Dieu et surmonter, par sa force qui unifie et réconcilie, les forces qui désagrègent les relations et les sociétés.
C’est pourquoi, le cœur plein de reconnaissance et d’espérance, je vous dis, à vous les époux : le mariage n’est pas un idéal, mais la norme du véritable amour entre l’homme et la femme : un amour total, fidèle, fécond (cf. Saint Paul VI, Lettre encyclique Humanae vitae, 9). Tout en vous transformant en une seule chair, cet amour vous rend capables, à l’image de Dieu, de donner la vie.
C’est pourquoi je vous encourage à être, pour vos enfants, des exemples de cohérence, en vous comportant comme vous voulez qu’ils se comportent, en les éduquant à la liberté par l’obéissance, en recherchant toujours en eux le bien et les moyens de le faire grandir. Et vous, enfants, soyez reconnaissants envers vos parents : dire “merci” pour le don de la vie et pour tout ce qui nous est donné chaque jour avec elle, c’est la première manière d’honorer son père et sa mère (cf. Ex 20, 12). Enfin, à vous, chers grands-parents et personnes âgées, je recommande de veiller sur ceux que vous aimez, avec sagesse et compassion, avec l’humilité et la patience que les années enseignent.
Dans la famille, la foi se transmet avec la vie, de génération en génération : elle est partagée comme la nourriture sur la table et les affections du cœur. Cela en fait un lieu privilégié pour rencontrer Jésus, qui nous aime et veut notre bien, toujours.
Et j’aimerais ajouter une dernière chose. La prière du Fils de Dieu, qui nous donne l’espérance tout au long du chemin, nous rappelle aussi qu’un jour nous serons tous unum (cf. saint Augustin, Sermo super Ps. 127) : une seule chose dans l’unique Sauveur, étreints par l’amour éternel de Dieu. Non seulement nous, mais aussi nos pères et nos mères, nos grands-mères et nos grands-pères, nos frères, nos sœurs et nos enfants qui nous ont déjà précédés dans la lumière de sa Pâque éternelle, et que nous sentons présents ici, avec nous, en ce moment de fête.
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MESSE ET CANONISATION
DE LA BIENHEUREUSE MARIA ANTONIA DE SAINT-JOSEPH DE PAZ Y FIGUEROA
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
La première lecture (cf. Lv 13, 1-2.45-46) et l’Évangile (cf. Mc 1, 40-45) parlent de la lèpre : une maladie qui entraîne une destruction physique progressive de la personne et à laquelle, malheureusement, des attitudes de marginalisation sont encore souvent associées en certains lieux. Lèpre et marginalisation : ce sont deux maux dont Jésus veut libérer l’homme qu’il rencontre dans l’Évangile. Regardons sa situation.
Ce lépreux est contraint de vivre en dehors de la ville. Fragilisé par sa maladie, au lieu d’être aidé par ses compatriotes, il est livré à lui-même et souffre plus encore de l’éloignement et du rejet. Pourquoi ? Par peur, avant tout la peur d’être contaminé et de finir comme lui : “Que cela ne nous arrive pas à nous aussi ! Ne prenons pas ce risque, restons à distance”. La peur. Par préjugé ensuite : “S’il est atteint d’une maladie aussi horrible, disait-on, c’est sûrement parce que Dieu le punit d’une faute qu’il a commise : s’il la mérite, c’est donc bien fait pour lui”.
C’est le préjugé. Enfin, la fausse religiosité : à l’époque, en effet, on estimait que le fait de toucher un mort rendait impur, et les lépreux étaient des personnes dont la chair était “morte sur eux”. Les toucher signifiait donc, pensait-on, devenir impur comme eux : il s’agit là d’une religiosité déformée, qui élève des barrières et qui étouffe la piété.
La peur, les préjugés et la fausse religiosité sont les trois causes d’une grande injustice, trois “lèpres de l’âme” qui font souffrir le faible et qui le rejettent comme un déchet. Frères et sœurs, ne pensons pas qu’il s’agisse seulement d’un passé révolu. Combien de personnes souffrantes rencontrons-nous sur les trottoirs de nos villes ! Et combien de peurs, de préjugés et d’incohérences, même chez ceux qui croient et se disent chrétiens, continuent à les blesser davantage ! Même à notre époque, il y a beaucoup de marginalisation, de barrières à faire tomber, de “lèpres” à guérir. Mais comment ? Comment pouvons-nous le faire ? Que fait Jésus ? Jésus accomplit deux gestes : il touche et il guérit.
Premier geste : toucher. Jésus, à l’appel au secours de cet homme (cf. v. 40), éprouve de la compassion, s’arrête, tend la main et le touche (cf. v. 41), tout en sachant que, ce faisant, il deviendra à son tour un “rejeté”. En plus, paradoxalement, les rôles seront inversés : le malade, une fois guéri, pourra aller voir les prêtres et être réadmis dans la communauté ; Jésus, en revanche, ne pourra plus entrer dans aucun lieu habité (cf. v. 45). Le Seigneur aurait donc pu éviter de toucher cette personne, il aurait suffi de la “guérir à distance”. Mais le Christ n’est pas ainsi, son chemin est celui de l’amour qui se fait proche de ceux qui souffrent, qui entre en contact, qui touche leurs blessures. La proximité de Dieu. Jésus est proche, Dieu est proche. Notre Dieu, chers frères et sœurs, n’est pas resté distant au ciel, mais en Jésus il s’est fait homme pour toucher notre pauvreté. Et face à la “lèpre” la plus grave, celle du péché, il n’a pas hésité à mourir sur la croix, hors des murs de la ville, rejeté comme pécheur, comme lépreux, pour toucher au plus profond notre réalité humaine. Un saint a écrit : “Il s’est fait lépreux pour nous”.
Et nous, qui aimons et suivons Jésus, savons-nous nous approprier son “toucher” ? Ce n’est pas facile, et nous devons être vigilants lorsque surgissent dans nos cœurs des instincts contraires à son “se faire proche” et à son “se faire don” : par exemple, lorsque nous nous éloignons des autres pour penser à nous-mêmes, lorsque nous réduisons le monde aux murs de notre “bien-être”, lorsque nous croyons que le problème est toujours et seulement les autres… Dans ces cas-là, nous devons être vigilants, car le diagnostic est clair, il s’agit de la “lèpre de l’âme” : une maladie qui nous rend insensibles à l’amour, à la compassion, qui nous détruit par la “gangrène” de l’égoïsme, des idées préconçues, de l’indifférence et de l’intolérance. Soyons également vigilants, frères et sœurs, car, comme les premières taches de la lèpre, qui apparaissent sur la peau dans la phase initiale de la maladie, si l’on n’intervient pas immédiatement, l’infection se développe et devient dévastatrice. Face à ce risque, à la possibilité de cette maladie de notre âme, quel est le remède ?
Nous sommes aidés par le deuxième geste de Jésus, qui guérit (cf. v. 42). En effet, son “toucher” n’indique pas seulement la proximité, mais il est le début de la guérison. Et la proximité est le style de Dieu : Dieu est toujours proche, compatissant et tendre. Proximité, compassion et tendresse. C’est le style de Dieu. Sommes-nous ouverts à cela ? Parce que c’est en nous laissant toucher par Jésus que nous guérissons à l’intérieur, dans notre cœur. Si nous nous laissons toucher par lui dans la prière, dans l’adoration, si nous le laissons agir en nous par sa Parole et les Sacrements, son contact nous change vraiment, nous guérit du péché, nous libère des fermetures, nous transforme au-delà de ce que nous pouvons faire par nous-mêmes, avec nos efforts. Nos blessures – celles de notre cœur et de notre âme – les maladies de l’âme, doivent être portées à Jésus : c’est ce que fait la prière ; mais pas une prière abstraite, faite uniquement de formules à répéter, mais une prière sincère et vivante qui dépose aux pieds du Christ les misères, les fragilités, les faussetés, les peurs. Réfléchissons et posons-nous la question : est-ce que je laisse Jésus toucher ma “lèpre” pour qu’il me guérisse ?
Au “toucher” de Jésus, en effet, le meilleur de nous-mêmes renaît : les tissus du cœur se régénèrent ; le sang de nos élans créatifs recommence à couler plein d’amour ; les blessures des erreurs du passé se cicatrisent et la peau des relations retrouve sa consistance saine et naturelle. Ainsi, la beauté que nous avons, la beauté que nous sommes, la beauté d’être aimés par le Christ revient, nous redécouvrons la joie de nous donner aux autres, sans peurs et sans préjugés, libres des formes de religiosité anesthésiante qui sont privées de la chair de nos frères et sœurs ; la capacité d’aimer, au-delà de tout calcul et de toute convenance, reprend force en nous.
Alors, comme le dit une belle page de l’Écriture (cf. Ez 37, 1-14), de ce qui semblait être une vallée d’ossements desséchés, des corps vivants se lèvent et un peuple de sauvés, une communauté de frères, renaît. Mais il serait trompeur de penser que ce miracle nécessite des formes grandioses et spectaculaires pour s’accomplir. Il se produit surtout dans la charité cachée de tous les jours : celle qui se vit en famille, au travail, dans la paroisse et à l’école ; dans la rue, dans les bureaux et les magasins ; celle qui ne cherche pas la publicité et qui n’a pas besoin d’applaudissements, parce que à l’amour suffit l’amour (cf. S. Augustin, Enarr. in Ps. 118, 8, 3). Jésus le souligne aujourd’hui lorsqu’il ordonne à l’homme guéri de “ne rien dire à personne” (v. 44) : proximité et discrétion. Frères et sœurs, c’est ainsi que Dieu nous aime, et si nous nous laissons toucher par Lui, nous pouvons nous aussi, par la force de son Esprit, devenir des témoins de l’amour qui sauve !
Et aujourd’hui, nous pensons à María Antonia de San José, “Mama Antula”. C’était une pèlerine de l’Esprit. Elle a parcouru des milliers de kilomètres à pied, à travers les déserts et les routes dangereuses, pour porter Dieu. Aujourd’hui, elle est pour nous un modèle de ferveur et d’audace apostolique. Lors de l’expulsion des Jésuites, l’Esprit a allumé en elle une flamme missionnaire basée sur la confiance en la Providence et la persévérance. Elle invoque l’intercession de saint Joseph et, pour ne pas trop le fatiguer, celle de saint Gaétan de Thiène. Pour cette raison, elle a donc introduit la dévotion à ce dernier et sa première image arriva à Buenos Aires au XVIIIe siècle. Grâce à Mama Antula, ce saint, intercesseur de la Divine Providence, est entré dans les maisons, les quartiers, les transports, les magasins, les usines et les cœurs, pour offrir une vie digne par le travail, la justice et le pain quotidien sur la table des pauvres. Prions aujourd’hui María Antonia, Sainte María Antonia de Paz de San José, pour qu’elle nous aide beaucoup. Que le Seigneur nous bénisse tous.
Source : vatican.va
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Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans notre catéchèse sur les vices et les vertus, nous abordons aujourd’hui le dernier des vices : l’orgueil. Les anciens Grecs le définissaient par un mot que l’on pourrait traduire par « splendeur excessive ». En fait, l’orgueil est l’auto exaltation, la prétention, la vanité. Le terme apparaît également dans cette série de vices que Jésus énumère pour expliquer que le mal vient toujours du cœur de l’homme (cf. Mc 7,22). L’orgueilleux est celui qui se croit beaucoup plus que ce qu’il est en réalité, celui qui s’agite pour être reconnu comme plus grand que les autres, qui veut toujours voir ses propres mérites reconnus et qui méprise les autres en les considérant comme inférieurs.
D’après cette première description, nous voyons que le vice de l’orgueil est très proche de celui de la vaine gloire, que nous avons déjà présenté la dernière fois. Cependant, si la vaine gloire est une maladie de l’ego humain, elle reste une maladie infantile comparée aux ravages que peut provoquer l’orgueil. En analysant les folies de l’homme, les moines de l’Antiquité reconnaissaient un certain ordre dans la séquence des maux : on part des péchés les plus grossiers, comme la gourmandise, pour arriver aux monstres les plus inquiétants. De tous les vices, l’orgueil est grande reine. Ce n’est pas un hasard si, dans la Divine Comédie, Dante le place dans la toute première case du purgatoire : ceux qui cèdent à ce vice sont loin de Dieu, et l’éradication de ce mal exige du temps et des efforts, plus que tout autre combat auquel est appelé le chrétien.
En réalité, c’est dans ce mal que réside le péché radical, la prétention absurde d’être comme Dieu. Le péché de nos ancêtres, raconté dans le livre de la Genèse, est en fait un péché d’orgueil. Le tentateur leur dit : « Quand vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous deviendrez comme Dieu » (Gn 3,5). Les auteurs de spiritualité sont plus attentifs à décrire les répercussions de l’orgueil dans la vie quotidienne, à illustrer comment il ruine les relations humaines, à souligner comment ce mal empoisonne le sentiment de fraternité qui devrait au contraire réunir les hommes.
Voici donc la longue liste des symptômes qui révèlent que l’on a succombé au vice de l’orgueil. C’est un mal qui a une apparence physique évidente : l’orgueilleux est hautain, il a la « nuque raide », c’est-à-dire qu’il a un cou raide qui ne plie pas. C’est un homme prompt à juger avec mépris : pour un rien, il porte des jugements irrévocables sur les autres, qui lui paraissent irrémédiablement ineptes et incapables. Dans son arrogance, il oublie que Jésus, dans les Évangiles, nous a donné très peu de préceptes moraux, mais qu’il a été intransigeant sur l’un d’entre eux : ne jamais juger. On se rend compte qu’on a affaire à un orgueilleux lorsque, lui faisant une petite critique constructive, ou une remarque tout à fait anodine, il réagit de manière exagérée, comme si on avait lésé sa majesté : il entre dans toute sa fureur, crie, rompt les relations avec les autres de manière rancunière.
Il n’y a pas grand-chose à faire avec une personne malade d’orgueil. Il est impossible de lui parler, et encore moins de le corriger, car après tout, il n’est plus présent à lui-même. Il faut simplement être patient avec lui, car un jour son édifice s’écroulera. Un proverbe italien dit : « L’orgueil va à cheval et revient à pied ». Dans les Évangiles, Jésus a affaire à beaucoup de gens orgueilleux, et il est souvent allé débusquer ce vice même chez des personnes qui le cachaient très bien. Pierre fait étalage de sa fidélité à toute épreuve : « Même si tous t’abandonnent, moi, non » (cf. Mt 26, 33). Mais bientôt, il fera l’expérience d’être comme les autres, apeuré lui aussi devant une mort qu’il n’imaginait pas si proche. Ainsi, le deuxième Pierre, celui qui ne lève plus le menton mais pleure des larmes salées, sera soigné par Jésus et sera finalement apte à porter le poids de l’Église. Avant, il affichait une présomption qu’il valait mieux ne pas afficher ; maintenant, en revanche, il est un disciple fidèle que, comme le dit une parabole, le maître peut mettre « à la tête de tous ses biens » (Lc 12,44).
Le salut passe par l’humilité, véritable remède à tout acte d’orgueil. Dans le Magnificat, Marie chante le Dieu qui, par sa puissance, disperse les orgueilleux dans les pensées malades de leur cœur. C’est inutile de voler quelque chose à Dieu, comme l’espèrent les orgueilleux, parce qu’en fin de compte, Lui, veut tout nous donner. C’est pourquoi l’apôtre Jacques, s’adressant à sa communauté blessée par des luttes intestines nées de l’orgueil, écrit : « Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce. » (Jc 4, 6).
C’est pourquoi, chers frères et sœurs, profitons de ce Carême pour lutter contre notre orgueil.
Source : vatican.va
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VOYAGE DU PAPE FRANCOIS A BAHREIN
Deux discours du pape François du vendredi 4 novembre 2022
CLÔTURE DU « BAHRAIN FORUM FOR DIALOGUE: EAST AND WEST FOR HUMAN COEXISTENCE »
Place Al-Fida’ du palais royal Sakhir à Awali
Vendredi 4 novembre 2022
Majesté,
Altesses Royales,
cher Frère, Docteur Al-Tayyeb, Grand Imam d’Al-Azhar,
distinguées Autorités religieuses et civiles,
Mesdames et Messieurs !
Je vous salue cordialement, et je vous suis reconnaissant pour l’accueil que j’ai reçu ainsi que pour la réalisation de ce Forum de dialogue organisé sous le patronage de Sa Majesté le Roi du Bahreïn. C’est de ses eaux que ce pays tire son nom. Le mot Bahreïn évoque, en effet, “deux mers”. Nous pensons aux eaux de la mer qui mettent en contact les terres et en communication les personnes, reliant des peuples éloignés. « Ce que la terre divise, la mer unit », dit un vieil adage. Et notre planète Terre, quand on la regarde d’en haut, ressemble à une vaste mer bleue qui relie différents rivages. Cela nous rappelle du ciel que nous sommes une seule famille : non pas des îles, mais un seul grand archipel. C’est ainsi que le Très-Haut nous veut, et ce pays, un archipel de plus de trente îles, symbolise bien ce désir.
Pourtant, nous vivons une époque où l’humanité, connectée comme jamais elle ne l’a été auparavant, est beaucoup plus divisée qu’unie. Le nom “Bahreïn” peut nous aider à réfléchir encore : les “deux mers” dont il parle se réfèrent aux eaux douces de ses sources sous-marines et aux eaux saumâtres du Golfe. De même, nous nous trouvons aujourd’hui face à deux mers aux saveurs opposées : d’une part la mer calme et douce de la coexistence commune, d’autre part la mer amère de l’indifférence, endeuillée par les affrontements et agitée par des vents de guerre, avec ses vagues destructrices toujours plus tumultueuses qui risquent d’emporter tout le monde. Et, malheureusement, l’Orient et l’Occident ressemblent de plus en plus à deux mers opposées. Nous, au contraire, nous sommes ici réunis parce que nous voulons naviguer sur la même mer, en choisissant la voie de la rencontre plutôt que celle de l’affrontement, la voie du dialogue indiquée par ce Forum : « Est et Ouest pour la coexistence humaine ».
Suite à deux terribles guerres mondiales, suite à une guerre froide qui a tenu le monde en haleine pendant des décennies, au milieu de tant de conflits désastreux partout dans le monde, au milieu d’intonations accusatrices, de menaces et de condamnations, nous sommes toujours sur le bord d’un équilibre fragile et nous ne voulons pas sombrer. Un paradoxe nous frappe : alors que la plus grande partie de la population mondiale se trouve unie par les mêmes difficultés, frappée par de graves crises alimentaires, écologiques et pandémiques, et aussi par une injustice planétaire de plus en plus scandaleuse, des puissants se concentrent dans une lutte résolue pour des intérêts partisans, en exhumant des langages obsolètes, en redessinant des zones d’influence et des blocs opposés. On a l’impression d’assister à un scénario dramatiquement enfantin : dans le jardin de l’humanité, au lieu de soigner l’ensemble, on joue avec le feu avec des missiles et des bombes, avec des armes qui provoquent des pleurs et des morts, en recouvrant la maison commune de cendres et de haine.
Telles seront les amères conséquences tant que l’on continuera à accentuer les oppositions sans redécouvrir la compréhension, tant que l’on persistera dans l’imposition résolue de ses modèles et de ses visions despotiques, impérialistes, nationalistes et populistes, tant que l’on ne s’intéressera pas à la culture de l’autre, tant que l’on n’écoutera pas le cri des gens ordinaires et la voix des pauvres, tant que l’on ne cessera pas de distinguer de manière manichéenne qui est bon et qui est mauvais, tant que l’on ne s’efforcera pas de se comprendre et de collaborer pour le bien de tous. Ces choix s’offrent à nous. Dans un monde globalisé, c’est seulement en ramant ensemble que l’on avance, tandis qu’on part à la dérive en naviguant seul.
Sur la mer orageuse des conflits gardons devant les yeux le Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence pacifique dans lequel une rencontre féconde entre Occident et Orient est souhaitée, précieuse pour guérir les maladies de chacun [1]. Nous sommes ici, croyants en Dieu et dans les frères, pour repousser “ la pensée isolante”, cette façon de voir la réalité qui ignore la mer unique de l’humanité pour se concentrer uniquement sur ses propres courants. Nous désirons que les querelles entre Orient et Occident soient résolues pour le bien de tous, mais sans détourner l’attention d’un autre fossé qui grandit constamment et dramatiquement, le fossé entre le Nord et le Sud. Que l’émergence des conflits ne fasse pas perdre de vue les tragédies latentes de l’humanité, comme la catastrophe des inégalités où la plupart des personnes qui peuplent la terre font l’expérience d’une injustice sans précédent, la plaie honteuse de la faim et le malheur du changement climatique, signe du manque de soins envers la maison commune.
Sur ces thèmes débattus ces jours-ci, les responsables religieux ne peuvent pas ne pas s’engager et donner le bon exemple. Nous avons un rôle spécifique à jouer et ce Forum nous offre une opportunité supplémentaire à cet égard. Il est de notre devoir d’encourager et d’aider l’humanité, autant interdépendante que déconnectée, à naviguer de concert. Je voudrais donc exposer trois défis qui apparaissent dans le Document sur la Fraternité humaine et dans la Déclaration du Royaume du Bahreïn, sur lesquels on a réfléchi ces jours-ci. Ils concernent la prière, l’éducation et l’action.
Tout d’abord la prière, qui touche le cœur de l’homme. En fait, les drames que nous subissons et les déchirures dangereuses que nous subissons, « les déséquilibres qui travaillent le monde moderne, sont liés à un déséquilibre plus fondamental qui prend racine dans le cœur même de l’homme » (Gaudium et spes, n. 10). C’est là que se trouve la racine. Et donc, le plus grand danger ne réside pas dans les choses, dans les réalités matérielles, dans les organisations, mais dans l’inclination de l’être humain à s’enfermer dans l’immanence de son moi, de son groupe, de ses intérêts mesquins. Ce n’est pas un défaut de notre époque, cela existe depuis que l’homme est homme et, avec l’aide de Dieu, il est possible d’y remédier (cf. Lett. enc. Fratelli tutti, n. 166).
C’est pourquoi la prière, l’ouverture du cœur au Très-Haut, est fondamentale pour nous purifier de l’égoïsme, de la fermeture, de l’autoréférence, du mensonge et de l’injustice. Celui qui prie reçoit la paix dans son cœur et ne peut qu’en devenir le témoin et le messager ; et inviter, avant tout par l’exemple, ses semblables à ne pas devenir les otages d’un paganisme qui réduit l’être humain à ce qui se vend, s’achète ou amuse, mais à redécouvrir la dignité infinie que chacun porte comme une emprunte. L’homme religieux, l’homme de paix, c’est celui qui, cheminant avec les autres sur la terre, les invite avec douceur et respect à lever le regard vers le Ciel. Et il porte dans sa prière, comme l’encens qui monte vers le Très-Haut (cf. Ps 141, 2), les fatigues et les épreuves de tous.
Mais, pour que cela puisse avoir lieu, une prémisse est indispensable : la liberté religieuse. La Déclaration du Royaume du Bahreïn explique que « Dieu nous a orientés vers le don divin de la liberté de choix » et ainsi « aucune forme de contrainte religieuse ne peut conduire une personne à une relation significative avec Dieu ». Toute contrainte est indigne du Tout Puissant, car Il n’a pas donné le monde à des esclaves mais à des créatures libres qu’il respecte jusqu’au bout. Engageons-nous alors pour que la liberté des créatures reflète la liberté souveraine du Créateur, pour que les lieux de culte soient protégés et respectés, toujours et partout, et que la prière soit favorisée et jamais entravée. Mais il ne suffit pas d’accorder des permissions et de reconnaître la liberté de culte, il faut atteindre la vraie liberté de religion. Et non seulement chaque société, mais chaque croyance est appelée à s’examiner sur ce sujet. Elle est appelée à se demander si elle oblige de l’extérieur ou bien libère de l’intérieur les créatures de Dieu; si elle aide l’homme à repousser les rigidités, la fermeture et la violence ; si elle accroît chez les croyants la vraie liberté, qui ne consiste pas à faire ce dont on a envie et ce qui plaît, mais à se disposer pour le bien en vue duquel nous avons été créés.
Si le défi de la prière concerne le cœur, le deuxième, l’éducation, concerne essentiellement l’esprit de l’homme. La Déclaration du Royaume du Bahreïn affirme que « l’ignorance est ennemie de la paix ». Il est vrai que, là où les possibilités d’instruction font défaut, les extrémismes augmentent et les fondamentalismes s’enracinent. Et, si l’ignorance est ennemie de la paix, l’éducation est amie du développement, pourvu qu’il s’agisse d’une instruction vraiment digne de l’homme en tant qu’être dynamique et relationnel. Elle n’est donc pas rigide ni monolithique, mais ouverte aux défis et sensible aux changements culturels ; non pas autoréférentielle ni isolante, mais attentive à l’histoire et à la culture d’autrui ; non pas statique mais curieuse, pour embrasser des aspects divers et essentiels de l’unique humanité à laquelle nous appartenons. Cela permet, en particulier, d’entrer au cœur des problèmes sans prétendre avoir la solution et résoudre de manière simple des problèmes complexes, mais avec la disposition à habiter la crise sans céder à la logique du conflit. La logique du conflit nous conduit toujours à la destruction. La crise nous aide à penser et à mûrir. Il est en effet indigne de l’esprit humain de croire que les raisons de la force l’emportent sur la force de la raison, d’utiliser des méthodes du passé pour des questions présentes, d’appliquer les schémas de la technique et de la rentabilité à l’histoire et à la culture de l’homme. Il est nécessaire de s’interroger, d’entrer en crise et de savoir dialoguer avec patience, respect et dans un esprit d’écoute ; d’apprendre l’histoire et la culture d’autrui. C’est ainsi que l’on éduque l’esprit de l’homme, en nourrissant la compréhension mutuelle. Parce qu’il ne suffit pas de se dire tolérants, il faut vraiment faire de la place à l’autre, lui donner des droits et des opportunités. C’est une mentalité qui commence par l’éducation et que les religions sont appelées à soutenir.
Concrètement, je voudrais souligner trois urgences éducatives. Premièrement, la reconnaissance de la femme dans le domaine public, dans l’instruction, dans le travail, dans l’exercice de ses droits sociaux et politiques (cf. Document sur la Fraternité humaine). En cela, comme dans d’autres domaines, l’éducation est la voie pour s’émanciper d’héritages historiques et sociaux contraires à cet esprit de solidarité fraternelle qui doit caractériser celui qui adore Dieu et aime le prochain.
Deuxièmement, la défense des droits fondamentaux des enfants (ibid.), pour qu’ils grandissent instruits, assistés, accompagnés, non pas destinés à vivre dans les morsures de la faim et dans les remords de la violence. Éduquons, et éduquons-nous, à regarder les crises, les problèmes, les guerres, avec les yeux des enfants : ce n’est pas de l’angélisme naïf mais une sagesse clairvoyante, car ce n’est qu’en pensant à eux que le progrès se reflétera dans l’innocence plutôt que dans le profit, et contribuera à construire un avenir à mesure de l’homme.
L’éducation qui commence au sein de la famille se poursuit dans le contexte de la communauté, du village ou de la ville. C’est pourquoi je tiens à souligner, en troisième lieu, l’éducation à la citoyenneté, au vivre ensemble, dans le respect et dans la légalité. Et, en particulier, l’importance même du « concept de citoyenneté », qui « se base sur l’égalité des droits et des devoirs ». Il faut s’engager en ce sens afin que l’on puisse « établir dans nos sociétés le concept de pleine citoyenneté et renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et d’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant » (ibid.).
Nous arrivons ainsi au dernier des trois défis, celui qui concerne l’action, nous pourrions dire les forces de l’homme. La Déclaration du Royaume du Bahreïn enseigne que « lorsque l’on prêche la haine, la violence et la discorde, on désacralise le nom de Dieu ». L’homme religieux rejette cela, sans aucune justification. Avec force il dit “non” au blasphème de la guerre et à l’utilisation de la violence. Et il traduit avec cohérence, dans la pratique, ces “non”. Car il ne suffit pas de dire qu’une religion est pacifique, il faut condamner et désigner les violents qui abusent de son nom. Et il ne suffit pas non plus de prendre ses distances avec l’intolérance et l’extrémisme, il faut agir dans le sens contraire. « Pour cela, il est nécessaire d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, de plans ou de justifications, ainsi que par la couverture médiatique, et de considérer tout cela comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale. Il faut condamner ce terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations » (Document sur la Fraternité humaine), y compris le terrorisme idéologique.
L’homme religieux, l’homme de paix, s’oppose aussi à la course au réarmement, aux affaires de la guerre, au marché de la mort. Il ne soutient pas “des alliances contre quelqu’un”, mais des voies de rencontre avec tous : sans céder à des relativismes ou à des syncrétismes d’aucune sorte, il suit une seule voie, celle de la fraternité, du dialogue, de la paix. Ce sont là ses “oui”. Parcourons, chers amis, cette voie : élargissons notre cœur au frère, avançons dans le parcours de connaissance réciproque. Nouons entre nous des liens plus forts, sans duplicité et sans peur, au nom du Créateur qui nous a placés ensemble dans le monde comme gardiens des frères et des sœurs. Et, si plusieurs puissants négocient entre eux pour des intérêts, de l’argent et des stratégies de pouvoir, montrons qu’une autre voie de rencontre est possible. Possible et nécessaire, car la force, les armes et l’argent ne coloreront jamais l’avenir de paix. Rencontrons-nous donc pour le bien de l’homme, et au nom de Celui qui aime l’homme dont le Nom est Paix. Promouvons des initiatives concrètes pour que le chemin des grandes religions soit toujours plus concret et constant, qu’il soit une conscience de paix chacun ! Et j’adresse ici à chacun un pressant appel pour que soit mis fin à la guerre en Ukraine et que de sérieuses négociations de paix soit engagées.
Le Créateur nous invite à agir, spécialement en faveur de trop de ses créatures qui ne trouvent pas encore assez de place dans les agendas des puissants : les pauvres, les enfants à naître, les personnes âgées, les malades, les migrants… Si nous, qui croyons au Dieu de miséricorde, nous n’écoutons pas les pauvres et ne donnons pas de la voix aux sans-voix, qui le fera ? Soyons de leur côté, œuvrons pour secourir l’homme blessé et éprouvé ! Ce faisant, nous attirerons sur le monde la bénédiction du Très-Haut. Qu’Il éclaire nos pas et unisse nos cœurs, nos esprits et nos forces (cf. Mc 12, 30), afin qu’à l’adoration de Dieu corresponde l’amour concret et fraternel du prochain : pour être ensemble des prophètes de coexistence, artisans d’unité, constructeurs de paix. Merci.
[1]« L’Occident pourrait trouver dans la civilisation de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme. Et l’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel. Il est important de prêter attention aux différences religieuses, culturelles et historiques qui sont une composante essentielle dans la formation de la personnalité, de la culture et de la civilisation orientale ; et il est important de consolider les droits humains généraux et communs, pour contribuer à garantir une vie digne pour tous les hommes en Orient et en Occident » ( Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence pacifique, 4 février 2019).
RENCONTRE DU « MUSLIM COUNCIL OF ELDERS »
Cher frère, Docteur Ahmad Al-Tayyeb, Grand Imam d’Al-Azhar,
Chers Membres du Muslim Council of Elders
Chers amis,
As-salamu alaikum !
Je vous salue cordialement en souhaitant que la paix du Très-Haut descende sur chacun d’entre vous : sur vous, qui souhaitez promouvoir la réconciliation afin d’éviter les divisions et les conflits dans les communautés musulmanes ; sur vous, qui voyez l’extrémisme comme un danger qui corrode la vraie religion ; sur vous, qui vous efforcez de dissiper les interprétations erronées qui, par la violence, se méprennent, instrumentalisent et endommagent une croyance religieuse. Que la paix descende et demeure sur vous, qui souhaitez la répandre en inculquant dans les cœurs les valeurs de respect, de tolérance et de modération ; sur vous, qui cherchez à encourager les relations amicales, le respect mutuel et la confiance réciproque avec tous ceux qui, comme moi, adhèrent à une autre foi religieuse ; sur vous, frères et sœurs, qui voulez favoriser chez les jeunes une éducation morale et intellectuelle qui contrecarre toute forme de haine et d’intolérance. As-salamu alaikum !
Dieu est Source de paix. Qu’il nous accorde d’être, partout, des canaux de sa paix ! Devant vous, je voudrais répéter que le Dieu de la paix ne conduit jamais à la guerre, n’incite jamais à la haine, ne favorise jamais la violence. Et nous, qui croyons en Lui, sommes appelés à promouvoir la paix à travers des instruments de paix, comme la rencontre, les négociations patientes et le dialogue qui est l’oxygène du vivre ensemble. Parmi les objectifs que vous vous proposez figure celui de répandre une culture de la paix fondée sur la justice. Je voudrais vous dire que c’est ici la voie, voire l’unique voie, car la paix « est “œuvre de justice” (Gaudium et spes, n. 78). Elle naît de la fraternité, elle grandit dans la lutte contre l’injustice et les inégalités, elle se construit dans l’ouverture aux autres » (Discours à l’occasion de la lecture de la Déclaration finale et Conclusion du VIIe « Congress of Leaders of World and Traditional Religions », 15 septembre 2022). La paix ne peut pas seulement être proclamée, mais elle doit être enracinée. Et cela est possible en éliminant les inégalités et les discriminations qui engendrent instabilité et hostilité.
Je vous remercie pour vos engagements dans ce sens, ainsi que pour l’accueil que vous m’avez réservé et les paroles que vous avez prononcées. Je viens à vous comme un croyant en Dieu, comme un frère et un pèlerin de paix. Je viens à vous pour marcher ensemble, dans l’esprit de François d’Assise qui avait l’habitude de dire : « La paix que vous annoncez avec vos bouches, ayez-la plus abondamment encore dans vos cœurs » (Légende des Trois Compagnons, XIV,5 : FF 1469). J’ai été frappé de voir comment, sur ces terres, il est de coutume, lorsqu’on accueille un invité, non seulement de lui serrer la main mais aussi de se porter la main au cœur en signe d’affection. Comme pour dire : ta personne ne reste pas éloignée de moi, elle entre dans mon cœur, dans ma vie. Je porte moi aussi la main à mon cœur avec une respectueuse affection, en regardant chacun de vous et en bénissant le Très-Haut pour la possibilité de nous rencontrer.
Je crois que nous avons de plus en plus besoin de nous rencontrer, de nous connaître et de nous prendre par le cœur, de faire passer la réalité avant les idées, et les personnes avant les opinions, l’ouverture au Ciel avant les distances sur la Terre : un avenir de fraternité avant un passé d’hostilité, en dépassant les préjugés et les malentendus de l’histoire au nom de Celui qui est la Source de Paix. D’autre part, comment les fidèles de différentes religions et cultures pourront-ils coexister, s’accueillir et s’estimer mutuellement en restant étrangers les uns aux autres ? Laissons-nous guider par l’expression de l’Imam Ali : « Les personnes sont de deux sortes : ou bien elles sont tes frères dans la foi, ou bien elles sont tes semblables en humanité », et sentons-nous appelés à prendre soin de tous ceux que le dessein divin a placés à nos côtés dans le monde. Exhortons-nous « à oublier le passé et à nous efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, de même qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté » (Nostra Aetate, n. 3). Ce sont des tâches qui nous incombent, responsables religieux : sous le regard d’une humanité de plus en plus blessée et déchirée qui, sous couvert de mondialisation, respire avec angoisse et craindre, je crois que les grands se doivent d’être le cœur qui unit les membres du corps, l’âme qui donne espérance et vie aux plus hautes aspirations.
Ces jours-ci, j’ai parlé de la force de la vie qui résiste dans les déserts les plus arides en puisant l’eau de la rencontre et de la coexistence pacifique. Hier, je l’ai fait en m’inspirant du surprenant « arbre de vie » que l’on trouve ici au Bahreïn. Le récit biblique que nous avons entendu place l’arbre de vie au centre du jardin des origines, au cœur du merveilleux projet de Dieu pour l’homme, un projet harmonieux capable d’embrasser toute la création. L’être humain s’est cependant éloigné du Créateur et de l’ordre établi par Lui. C’est de là que proviennent les problèmes et les déséquilibres qui se succèdent dans le récit biblique : querelles et meurtres entre frères (cf. Gn 4), désordres et dévastations de l’environnement (cf. Gn 6-9), orgueil et contrastes dans la société humaine (cf. Gn 11)… En somme, un déluge de mal et de mort a jailli du cœur de l’homme, de l’étincelle maléfique déclenchée par ce mal qui s’accroupit à la porte de son cœur (cf. Gn 4, 7) pour incendier le jardin harmonieux du monde. Mais tout ce mal s’enracine dans le rejet de Dieu et du frère : en perdant de vue l’Auteur de la vie et en ne se reconnaissant plus comme le gardien des frères. C’est pourquoi les deux questions que nous avons entendues restent toujours valables et, au-delà du credo professé, elles interpellent chaque existence et chaque époque : « Où es-tu donc ? » (Gn 3, 9) ; « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9).
Chers amis, frères en Abraham, croyants au Dieu unique, les maux sociaux et internationaux, économiques et personnels, de même que la crise environnementale dramatique qui caractérise notre époque et sur laquelle nous avons réfléchi ici aujourd’hui, proviennent en dernière analyse de notre éloignement de Dieu et du prochain. Nous avons donc un devoir unique et impératif, celui d’aider à redécouvrir ces sources de vie oubliées, de ramener l’humanité à s’abreuver de cette sagesse antique, de ramener les fidèles à l’adoration du Dieu du ciel et aux hommes pour lesquels il a fait la terre.
Et cela de quelle manière ? Nos moyens sont essentiellement au nombre de deux : la prière et la fraternité. Telles sont nos armes, humbles et efficaces. Nous ne devons pas nous laisser tenter par d’autres moyens, par des raccourcis indignes du Très-Haut, dont le nom de Paix est insulté par ceux qui croient aux raisons de la force, qui alimentent la violence, la guerre et le marché des armes, « le commerce de la mort » qui, grâce à des sommes toujours plus énormes d’argent, est en train de transformer notre maison commune en un grand arsenal. Combien de sombres complots et combien de douloureuses contradictions derrière tout cela ! Pensons, par exemple, au nombre de personnes qui sont contraintes d’émigrer de leur terre en raison de conflits alimentés par l’achat à bon prix d’armements dépassés, pour être ensuite repérées et repoussées à d’autres frontières par des équipements militaires toujours plus sophistiqués. Et ainsi l’espérance est tuée deux fois ! Eh bien, face à ces scénarios tragiques, alors que le monde poursuit les chimères de la force, du pouvoir et de l’argent, nous sommes appelés à rappeler, avec la sagesse des anciens et des pères, que Dieu et le prochain passent avant toute chose, que seules la transcendance et la fraternité nous sauvent. C’est à nous de déterrer ces sources de vie, autrement le désert de l’humanité deviendra de plus en plus aride et mortifère. Surtout, c’est à nous de témoigner, plus par des actes que par des paroles, que nous y croyons, à ces deux vérités. Nous avons une grande responsabilité devant Dieu et devant les hommes, et nous devons être des modèles exemplaires de ce que nous prêchons, non seulement à nos communautés et chez nous – cela ne suffit plus – mais au monde unifié et globalisé. Nous, qui descendons d’Abraham, père dans la foi des nations, nous ne pouvons pas seulement avoir à cœur « les nôtres » mais, toujours plus unis, nous devons nous adresser à toute la communauté humaine qui habite la Terre.
Parce que tout le monde se pose, au moins dans le secret de son cœur, les mêmes grandes questions : qui est l’homme, pourquoi la souffrance, le mal, la mort, l’injustice, qu’y a-t-il après cette vie ? Chez beaucoup, anesthésiés par un matérialisme pratique et un consumérisme paralysant, ces mêmes questions sommeillent ; tandis que chez d’autres, elles sont réduites au silence par les fléaux inhumains de la faim et de la pauvreté. Regardons la faim et la pauvreté d’aujourd’hui ! Que notre incurie, le scandale de s’engager dans autre chose que l’annonce du Dieu qui donne la paix à la vie et de la paix qui donne la vie aux hommes, ne soient pas au nombre des raisons de l’oubli de l’essentiel. Frères et sœurs, soutenons-nous-en cela, donnons une suite à notre rencontre d’aujourd’hui, marchons ensemble ! Nous serons bénis par le Très-Haut et par les créatures les plus petites et les plus faibles qu’Il préfère : les pauvres, les enfants et les jeunes qui, après tant de nuits sombres, attendent l’aube de la lumière et de la paix. Merci.
Source : vatican.va
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Chers frères et sœurs, bonjour !
Aujourd’hui, je voudrais parler de la vertu de foi. Avec la charité et l’espérance, cette vertu est appelée vertu « théologale » parce qu’elle ne peut être vécue que grâce au don de Dieu. Les trois vertus théologales sont les grands dons que Dieu fait à notre capacité morale. Sans elles, nous pourrions être prudents, justes, forts et tempérants, mais nous n’aurions pas des yeux qui voient même dans l’obscurité, nous n’aurions pas un cœur qui aime même quand il n’est pas aimé, nous n’aurions pas une espérance qui ose contre toute espérance.
Qu’est-ce que la foi ? Le Catéchisme de l’Église Catholique, citant la Constitution conciliaire Dei Verbum, explique que la foi est l’acte par lequel l’être humain s’abandonne librement à Dieu (n° 1814). Dans cette foi, Abraham est le grand père. Lorsqu’il accepta de quitter la terre de ses ancêtres pour aller vers celle que Dieu lui montrerait, il aurait sans doute été jugé fou : pourquoi quitter le connu pour l’inconnu, le certain pour l’incertain ? Mais Abraham s’est mis en route, comme s’il voyait l’invisible. Et c’est encore cet invisible qui le fera monter sur la montagne avec son fils Isaac, le seul fils de la promesse, qui ne sera épargné qu’au dernier moment du sacrifice. Dans cette foi, Abraham devient le père d’une longue lignée d’enfants.
L’homme de foi sera Moïse, qui, acceptant la voix de Dieu même lorsque plus d’un doute pouvait l’ébranler, a continué à tenir bon et à faire confiance au Seigneur, et a même défendu le peuple qui en revanche manquait si souvent de foi.
Une femme de foi sera la Vierge Marie qui, en recevant l’annonce de l’Ange, que beaucoup auraient rejetée comme étant trop difficile et risquée, a répondu : « Voici la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38). Le cœur plein de confiance en Dieu, Marie s’engage sur une route dont elle ne connaît ni le tracé ni les dangers.
La foi est la vertu qui fait le chrétien. Car être chrétien, ce n’est pas d’abord accepter une culture, avec les valeurs qui l’accompagnent, mais accueillir et chérir un lien entre soi et Dieu; entre ma personne et le visage aimable de Jésus.
En parlant de foi, un épisode de l’Évangile me vient à l’esprit. Les disciples de Jésus traversent le lac et sont pris dans une tempête. Ils pensent s’en sortir à la force de leurs bras, avec les ressources de l’expérience, mais la barque commence à se remplir d’eau et ils sont pris de panique (cf. Mc 4, 35-41). Ils ne se rendent pas compte qu’ils ont la solution sous les yeux : Jésus est là, avec eux, dans la barque, au milieu de la tempête, et il dort. Lorsqu’ils le réveillent enfin, effrayés et même en colère parce qu’il les a laissés mourir, Jésus les réprimande : « Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4,40).
Voilà donc le grand ennemi de la foi : non pas l’intelligence, non pas la raison, comme certains continuent hélas à le répéter de manière obsessionnelle, mais simplement la peur. C’est pourquoi la foi est le premier don à accueillir dans la vie chrétienne : un don qu’il faut accueillir et demander chaque jour, pour qu’il se renouvelle en nous. Apparemment, c’est un petit don, mais c’est l’essentiel. Lorsque nous avons été portés sur les fonts baptismaux, nos parents, après avoir annoncé le nom qu’ils avaient choisi pour nous, se sont vus demander par le prêtre : « Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? Ils ont répondu : » La foi, le baptême ! « .
Pour un parent chrétien, conscient de la grâce qu’il a reçue, c’est le don à demander aussi pour son enfant : la foi. Avec elle, le parent sait que, même au milieu des épreuves de la vie, son enfant ne se noiera pas dans la peur. Il sait aussi que, lorsqu’il cessera d’avoir un parent sur cette terre, il continuera d’avoir un Dieu Père aux cieux, qui ne l’abandonnera jamais. Notre amour est si fragile, seul l’amour de Dieu surmonte la mort.
Certes, comme le dit l’Apôtre, la foi n’est pas l’apanage de tous (cf. 2 Th 3,2), et même nous, qui sommes croyants, nous nous rendons souvent compte que nous n’en avons qu’une petite parcelle. Jésus peut souvent nous reprocher, comme à ses disciples, d’être des « hommes de peu de foi ». Mais c’est le don le plus heureux, la seule vertu qu’il nous est permis d’envier. Car celui qui a la foi est habité par une force qui n’est pas seulement humaine ; en effet, la foi » fait jaillir » en nous la grâce et ouvre l’esprit au mystère de Dieu. Comme l’a dit Jésus : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi. » (Lc 17,6). C’est pourquoi nous aussi, comme les disciples, nous lui répétons : « Seigneur, augmente en nous la foi ! »! (cf. Lc 17, 5).
Source : vatican.va
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Place Saint-Pierre, mercredi 15 octobre 2025
Jésus-Christ notre espérance IV. La Résurrection du Christ et les défis du monde actuel 1. Le Ressuscité, source vivante de l’espérance humaine
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans les catéchèses de l’Année jubilaire, nous avons jusqu’à présent retracé la vie de Jésus en suivant les Évangiles, de sa naissance à sa mort et à sa résurrection. Ce faisant, notre pèlerinage dans l’espérance a trouvé son fondement solide, son chemin sûr. Maintenant, dans la dernière partie de notre cheminement, nous laisserons le mystère du Christ, culminant dans la Résurrection, répandre sa lumière de salut au contact de la réalité humaine et historique actuelle, avec ses questions et ses défis.
Notre vie est ponctuée d’innombrables événements, remplis de nuances et d’expériences différentes. Parfois nous nous sentons joyeux, parfois tristes, ou encore comblés, ou stressés, gratifiés, démotivés. Nous vivons occupés, nous nous concentrons pour obtenir des résultats, nous atteignons même des objectifs élevés et prestigieux. À l’inverse, nous restons suspendus, précaires, dans l’attente de succès et de reconnaissances qui tardent à arriver ou qui n’arrivent pas du tout. En somme, nous expérimentons une situation paradoxale : nous voudrions être heureux, mais il est très difficile de l’être continuellement et sans ombres. Nous devons accepter nos limites et, en même temps, avec l’envie irrépressible d’essayer de les dépasser. Nous sentons au fond de nous qu’il nous manque toujours quelque chose.
En vérité, nous n’avons pas été créés pour le manque, mais pour la plénitude, pour jouir de la vie et de la vie en abondance, selon l’expression de Jésus dans l’Évangile de Jean (cf. 10,10).
Ce désir infini de notre cœur peut trouver sa réponse ultime non pas dans les rôles, non pas dans le pouvoir, non pas dans l’avoir, mais dans la certitude qu’il y a quelqu’un qui est le garant de cet élan constitutif de notre nature humaine ; dans l’assurance que cette attente ne sera pas déçue ou anéantie. Cette certitude coïncide avec l’espérance. Il ne s’agit pas de penser de manière optimiste : souvent l’optimisme nous déçoit, voit nos attentes imploser, tandis que l’espérance promet et tient.
Sœurs et frères, Jésus Ressuscité est la garantie de cet abri sûr ! Il est la source qui satisfait notre soif, la soif infinie de plénitude que l’Esprit Saint répands dans nos cœurs. En effet, la résurrection du Christ n’est pas un simple événement dans l’histoire humaine, mais l’événement qui l’a transformée de l’intérieur.
Pensons à une source d’eau. Quelles sont ses caractéristiques ? Elle désaltère et rafraîchit les créatures, elle irrigue la terre, les plantes, elle rend fertile et vivant ce qui autrement resterait aride. Elle rafraîchit le voyageur fatigué en lui offrant la joie d’une oasis de fraîcheur. Une source apparaît comme un don gratuit pour la nature, pour les créatures, pour les êtres humains. Sans eau, on ne peut pas vivre.
Le Ressuscité est la source vive qui ne se tarit pas et ne s’altère pas. Elle reste toujours pure et préparée pour celui qui a soif. Et plus nous goûtons au mystère de Dieu, plus nous sommes attirés par lui, sans jamais être complètement rassasiés. Saint Augustin, dans le dixième livre des Confessions, saisit précisément cette aspiration inépuisable de notre cœur et l’exprime dans le célèbre Hymne à la beauté : « Tu as exhalé ton parfum, j’ai respiré et j’aspire à toi, j’ai goûté, j’ai faim et soif ; tu m’as touché, et j’ai brûlé du désir de ta paix » (X, 27, 38).
Jésus, par sa Résurrection, nous a assuré une source de vie permanente : Il est le Vivant (cf. Ap 1,18), celui qui aime la vie, le vainqueur de toute mort. Il est donc en mesure de nous procurer le repos dans notre parcours terrestre et de nous assurer une tranquillité parfaite dans l’éternité. Seul Jésus, mort et ressuscité, répond aux questions les plus profondes de notre cœur : y a-t-il vraiment une fin pour nous ? Notre existence a-t-elle un sens ? Et comment la souffrance de tant d’innocents pourra-t-elle être rachetée ?
Jésus Ressuscité ne fait pas tomber une réponse « d’en haut », mais il se fait notre compagnon dans ce voyage souvent fatigant, douloureux, mystérieux. Lui seul peut remplir notre gourde vide, quand la soif devient insupportable.
Et il est aussi le point d’arrivée de notre marche. Sans son amour, le voyage de la vie deviendrait une errance sans but, une erreur tragique sans destination. Nous sommes des créatures fragiles. L’erreur fait partie de notre humanité, c’est la blessure du péché qui nous fait tomber, abandonner, désespérer. Ressusciter, en revanche, signifie se relever et se mettre debout. Le Ressuscité nous garantit un abri sûr, il nous ramène à la maison, où nous sommes attendus, aimés, sauvés. Faire le voyage avec Lui à nos côtés signifie expérimenter que nous sommes soutenus malgré tout, désaltérés et rafraîchis dans les épreuves et les labeurs qui, comme de lourdes pierres, menacent de bloquer ou de dévier notre histoire.
Bien-aimés, de la Résurrection du Christ jaillit l’espérance qui nous fait déjà goûter, malgré les difficultés de la vie, un calme profond et joyeux : cette paix que Lui seul nous donnera à la fin, sans fin.
* * *
Je salue cordialement les pèlerins de langue française venus du Sénégal, d’Haïti, du Canada, de Suisse, en particulier les servants de messe de Fribourg et Neuchâtel, et de France, les fidèles des diocèses de Quimper, Montauban et Saint-Brieuc accompagnés de leurs évêques.
Le Christ Ressuscité est à la fois notre guide et notre compagnon de route. Il nous conduit à la Maison du Père où nous sommes attendus, aimés, sauvés et où le désir qui nous habite sera comblé.
Que Dieu vous bénisse, vous et vos familles !
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HOMÉLIE
« Mais tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte » (Ph 3, 7). C’est ce que saint Paul déclare dans la première lecture que nous venons d’entendre. Et si nous nous demandons quelles sont les choses qu’il ne considère plus comme fondamentales dans sa vie, heureux même de les perdre pour trouver le Christ, nous nous rendons compte qu’il ne s’agit pas de réalités matérielles, mais de “richesses religieuses”. Et oui : il était un homme pieux, un homme zélé, un pharisien dévoué et pratiquant (cf. v. 5-6). Pourtant, cet habit religieux, qui aurait pu être un mérite, une source de fierté, une richesse sacrée, était en fait pour lui un obstacle. C’est pourquoi Paul affirme : « Je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ » (v. 8). Tout ce qui lui avait donné un certain prestige, une certaine réputation…, “laisse tomber : pour moi le Christ est plus important”.
Celui qui est trop riche de lui-même et de sa “valeur” religieuses présume qu’il est juste et meilleur que les autres – combien de fois cela se produit dans la paroisse : « Je suis Action Catholique, je vais aider le prêtre, je fais la quête…, moi, moi, moi », combien de fois se produit que l’on se croit meilleur que les autres. Que chacun, dans son cœur, pense si cela est arrivé quelquefois –, celui qui fait ainsi se laisse satisfaire par le fait qu’il a sauvé les apparences ; il se sent bien, mais il ne peut pas laisser de place à Dieu parce qu’il ne sent pas avoir besoin de Lui. Et bien souvent, les « catholiques propres », ceux qui se sentent justes parce qu’ils vont à la paroisse, parce qu’ils vont à la messe le dimanche, se vantent d’être justes : « Non, je n’ai besoin de rien, le Seigneur m’a sauvé ». Que s’est-il passé ? La place de Dieu, il l’a occupée par son “moi”, et donc, même s’il récite des prières et accomplit des actes sacrés, il ne dialogue pas vraiment avec le Seigneur. Il fait des monologues, pas un dialogue, pas une prière. C’est pourquoi l’Écriture nous rappelle que seule « la prière du pauvre traverse les nuées » (Sir 35, 21), parce que seul celui qui est pauvre en esprit, qui sent avoir besoin de salut et qui mendie la grâce, se présente devant Dieu sans faire étalage de ses mérites, sans prétention, sans présomption : il n’a rien et donc il trouve tout, parce qu’il trouve le Seigneur.
Jésus nous donne cet enseignement dans la parabole que nous avons entendue (cf. Lc 18, 9-14). C’est le récit de deux hommes, un pharisien et un publicain, qui se rendent au temple pour prier, mais seul l’un d’eux parvient au cœur de Dieu. Au-delà de ce qu’ils font, c’est leur attitude physique qui parle : l’Évangile dit que le pharisien « se tenait debout » et priait (v. 11), la tête haute, tandis que le publicain, « se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel » (v. 13), par honte. Réfléchissons un instant à ces deux postures.
Le pharisien se tient debout. Il est sûr de lui, droit et triomphant comme quelqu’un qui doit être admiré pour sa valeur, comme un modèle. Dans cette attitude, il prie Dieu, mais en réalité, il se célèbre lui-même : je fréquente le temple, j’observe les préceptes, je fais l’aumône…. Formellement sa prière est irréprochable, extérieurement on voit un homme pieux et dévot, mais au lieu de s’ouvrir à Dieu en lui apportant la vérité de son cœur, il masque ses fragilités dans l’hypocrisie. Et souvent nous maquillons notre vie. Ce pharisien n’attend pas le salut du Seigneur comme un don, mais l’exige presque comme une récompense pour ses mérites. “J’ai fait mon devoir, maintenant donne-moi la récompense”. Il s’avance sans hésiter vers l’autel de Dieu, la tête haute, pour prendre sa place, au premier rang, mais finit par trop avancer au point de se mettre devant Dieu !
Au contraire, l’autre, le publicain reste à distance. Il ne cherche pas à se mettre en valeur, il reste à l’arrière. Mais c’est justement cette distance qui manifeste son être de pécheur par rapport à la sainteté de Dieu, et cela lui permet de faire l’expérience de la bénédiction et de l’étreinte miséricordieuse du Père. Dieu peut le rejoindre précisément parce que, en restant à distance, cet homme lui a fait de la place. Il ne parle pas de lui-même, il parle en demandant pardon, il parle en regardant Dieu. Comme cela est vrai aussi pour nos relations familiales, sociales et ecclésiales ! Il y a un vrai dialogue quand nous savons préserver un espace entre les autres et nous, un espace salutaire qui permet à chacun de respirer sans être aspiré ou annulé. Alors ce dialogue, cette rencontre, peut raccourcir la distance et créer la proximité. Il en est de même dans la vie de ce publicain : en s’arrêtant au fond du temple, il se reconnaît en vérité tel qu’il est, pécheur, devant Dieu : distant, et il permet ainsi à Dieu de s’approcher de lui.
Frères, sœurs, rappelons-nous ceci : le Seigneur vient à nous lorsque nous nous éloignons de notre ego prétentieux. Réfléchissons : Suis-je prétentieux ? Est-ce que je me crois meilleur que les autres ? Est-ce que je regarde quelqu’un avec mépris ? « Je te remercie, Seigneur, parce que tu m’as sauvé et que je ne suis pas comme ces gens qui ne comprennent rien, je vais à l’église, je vais à la messe ; je suis marié, je suis marié à l’église, ce sont des divorcés, pécheurs… » : ton cœur est-il ainsi ? Tu iras en enfer. Pour s’approcher de Dieu, il faut dire au Seigneur : « Je suis le premier des pécheurs, et si je ne suis pas tombé dans une plus grande saleté, c’est parce que Ta miséricorde m’a pris par la main. Grâce à Toi, Seigneur, je suis vivant ; grâce à Toi, Seigneur, je ne suis pas détruit par le péché ». Dieu peut raccourcir les distances avec nous lorsque nous lui présentons honnêtement, sans prétention, notre fragilité. Il nous tend la main pour nous relever lorsque nous savons “toucher le fond” et que nous nous remettons à Lui dans la sincérité du cœur. Dieu est ainsi : il nous attend au fond, parce qu’en Jésus, Il a voulu “aller au fond” parce qu’il n’a pas peur de descendre jusque dans les abîmes qui nous habitent, de toucher les blessures de notre chair, d’accueillir notre pauvreté, d’accueillir les échecs de notre vie, les erreurs que nous commettons par faiblesse ou négligence, et tous nous en avons fait. Dieu nous attend là, au fond, il nous attend surtout lorsque, avec beaucoup d’humilité nous allons demander pardon dans le sacrement de la Confession, comme nous ferons aujourd’hui. Il nous attend là.
Frères et sœurs, faisons aujourd’hui, chacun, un examen de conscience car le pharisien et le publicain habitent tous deux en nous. Ne nous cachons pas derrière l’hypocrisie des apparences, mais confions avec confiance nos opacités, nos erreurs, à la miséricorde du Seigneur. Pensons à nos erreurs, à nos misères, même à celles que nous ne pouvons pas partager par honte, et c’est bien, mais avec Dieu, il faut les montrer. Quand nous nous confessons, nous nous mettons au fond, comme le publicain, pour reconnaître nous aussi la distance qui nous sépare entre ce que Dieu a rêvé pour notre vie et ce que nous sommes réellement chaque jour : des pauvres gens. Et, à ce moment-là, le Seigneur s’approche, Il réduit la distance et nous remet debout ; à ce moment-là, tandis que nous nous reconnaissons nus, Il nous revêt de l’habit de fête. Tel est et doit être le sacrement de la Réconciliation : une rencontre festive, qui guérit le cœur et laisse la paix à l’intérieur ; non pas un tribunal humain à craindre, mais une étreinte divine dont on sort consolé.
L’une des plus belles choses dans la manière dont Dieu nous accueille est la tendresse de l’étreinte qu’il nous donne. Si nous lisons le récit du fils prodigue qui rentre à la maison (cf. Lc 15, 20-22) et qui commence son discours, le père ne le laisse pas parler, il l’embrasse, et il ne réussit pas à parler. L’étreinte miséricordieuse. Et je m’adresse ici à mes frères confesseurs : s’il vous plaît, mes frères, pardonnez tout, pardonnez toujours, sans trop mettre le doigt dans les consciences ; laissez les gens dire leurs choses et vous recevez cela comme Jésus, avec la caresse de votre regard, avec le silence de votre compréhension. S’il vous plaît, le sacrement de la confession n’est pas fait pour torturer, mais pour donner la paix. Pardonnez tout, comme Dieu vous pardonnera tout. Tout, tout, tout.
En ce temps de Carême, cœur contrit, murmurons, nous aussi, comme le publicain : « Ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur » (v. 13). Faisons-le ensemble : ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur. Dieu, quand je t’oublie ou te néglige, quand je fais passer mes propres paroles et celles du monde avant ta Parole, quand je me prétends juste et que je méprise les autres, quand je parle sur les autres, ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur. Quand je ne prends pas soin de ceux qui m’entourent, quand je suis indifférent à ceux qui sont pauvres et qui souffrent, faibles ou marginalisés, ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur. Pour les péchés contre la vie, pour le mauvais témoignage qui salit le beau visage de notre Mère l’Église, pour les péchés contre la création, ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur. Pour mes mensonges, ma malhonnêteté, mon manque de transparence et de droiture, ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur. Pour mes péchés cachés, ceux que personne ne connaît, pour le mal que j’ai causé aux autres sans m’en rendre compte, pour le bien que j’aurais pu faire et que je n’ai pas fait, ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur.
En silence, répétons pendant quelques instants, avec un cœur repentant et confiant : Ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur. En silence, que chacun le répète dans son cœur. Ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur. Dans cet acte de repentir et de confiance, nous nous ouvrirons à la joie du plus grand des dons : la miséricorde de Dieu.
Source : vatican.va
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« Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime » Is 43,7
«L’homme ne peut vivre sans amour. Il demeure pour lui-même un être incompréhensible, sa vie est privée de sens s’il ne reçoit pas la révélation de l’amour, s’il ne rencontre pas l’amour, s’il n’en fait pas l’expérience et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas fortement » (Redemptor hominis, 10). Lorsqu’il a découvert et goûté le Dieu de la miséricorde et du pardon, l’être humain ne peut vivre autrement qu’en se convertissant continuellement à Lui (cf. Dives in misericordia, 13).
Pour le dire autrement la valeur d’un billet ne dépend pas du prix du papier et de l’encre qui le composent, mais de l’autorité qui l’a conçue et de la somme qui y a été imprimée.
De la même façon, notre valeur humaine et spirituelle ne dépend pas de nos qualités personnelles quelles qu’elles soient mais bien de ce que Dieu a « imprimé » en nous et que nous découvrons pour notre plus grande joie !
Bien souvent, la vie ressemble à un trop plein d’urgences ou de tâches à cocher. Des sociologues se penchent sur le phénomène de « l’accélération du temps », expérience majeure de notre société qui provoque souvent une sensation d’étouffement.
Mais ce bombardement constant de sollicitations de toutes sortes, ce « trop de tout », dévoile un réel manque. On peut être tentés de le combler en se donnant à fond dans une seule direction, quand la vie demande un équilibre constant entre efforts et plaisirs. En un principe, Saint Benoît nous offre toute sa sagesse : « L’Homme a besoin de mesure. Il doit sans cesse trouver un équilibre entre l’excès et le manque ». Il y ajoute une clef : pratiquer les « pôles complémentaires » pour rester attentif à l’essentiel.
Entrons dans cette deuxième semaine de l’Avent en étant attentifs à cet équilibre à trouver entre silence et louange, prière et service, solitude et communion, afin de recentrer nos vies sur Toi.
Méditation proposée par le Père Benoît Roze.



