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09/06/2026

Veillée de prière au stade olympique de Barcelone. Suivie de la rencontre avec la communauté diocésaine de Madrid (le 8 juin).

Veillée de prière au stade olympique de Barcelone

Stade olympique Lluís Companys, mardi 9 juin 2026

Questions, et réponses du Saint-Père

Saint-Père, nous grandissons en entendant dire que le seul but de la vie est de produire, de réussir et de soigner notre image. J’ai moi-même essayé, mais je n’y ai trouvé qu’un immense vide. En cherchant des réponses, ma vie a pris un tournant et, à Pâques dernier, j’ai reçu le baptême. Maintenant que ce chemin est nouveau pour moi, je vous demande : comment pouvons-nous garder les yeux levés vers ce qui compte vraiment, alors que la société nous pousse à regarder constamment vers le sol ou uniquement vers nous-mêmes ? Comment pouvons-nous découvrir notre véritable vocation au milieu de ce courant ?

Merci pour ce témoignage. Je voudrais avant tout partager ta joie et celle de tous ceux qui, à Pâques cette année, ont reçu le sacrement du Baptême.

De nombreux jeunes et adultes redécouvrent la foi chrétienne, peut-être après une période de leur vie où ils s’étaient un peu éloignés de Dieu. Il s’agit là d’un pas vraiment important. En effet, tout ce que nous découvrons, accueillons et vivons progressivement au fil du chemin contribue certainement à notre croissance, à notre maturité et à l’élargissement des espaces de vie en nous. Mais, en même temps, au milieu des joies, des succès et des échecs, nous nous rendons compte que nous avons besoin d’une autre eau pour nous combler plus profondément. Notre désir de vérité et de bonheur a besoin d’un horizon plus vaste. Et cette soif est un don que Dieu lui-même nous a fait : nous sommes faits pour l’infini et c’est pourquoi tout horizon fini, chaque étape, chaque conquête, tout en nous comblant, nous pousse en même temps à aller de l’avant et nous invite à continuer à chercher, à chercher en avançant, mais surtout à chercher en “descendant intérieurement”, c’est-à-dire en allant au plus profond de nous-mêmes.

Et j’en reviens à la question avec deux brèves réflexions. La première : il faut cultiver cette saine inquiétude. Dans nos sociétés, en effet, l’idolâtrie du profit et de la performance, la soif de devoir toujours produire et de devoir toujours gagner, ainsi que le culte de l’image de soi, ne sont que des anesthésiants destinés à endormir notre conscience et à l’adapter à une certaine idée de la société. Lorsque les personnes apprennent à s’arrêter, à donner de la valeur aux choses importantes, à apprécier le temps d’une manière nouvelle et à réfléchir à leur propre vie en se laissant éclairer par l’Évangile, elles développent également un esprit critique à l’égard d’un système social qui ne place pas la personne au centre et provoque des situations d’injustice et de pauvreté existentielles à divers niveaux. C’est pourquoi l’inquiétude fait peur, tout comme la découverte de l’intériorité, de la spiritualité et, plus encore, de l’Évangile.

La deuxième idée : c’est dans ce monde-ci que nous devons cultiver l’inquiétude, et non dans un autre. C’est au sein de cette société que toi et tant d’autres avez découvert la valeur d’une vie plus humaine, plus épanouie, ouverte à la rencontre avec Dieu et à la joie de la foi. Cela signifie que, malgré les difficultés, le lieu où Dieu se rend présent et où nous devons trouver ses traces, c’est toujours la réalité dans laquelle nous nous trouvons. Nous croyons que le Saint-Esprit agit et œuvre silencieusement dans toutes les situations de la vie et de l’histoire, même dans celles qui semblent les plus difficiles. Mais nous devons cultiver cette inquiétude et lui faire de la place ; comme je le disais, “chercher en nous-mêmes”, en essayant de ne pas nous laisser submerger par le rythme effréné et les séductions extérieures, en cultivant des moments de silence, en prenant peut-être quelques minutes par jour pour lire l’Évangile et parler avec Dieu, et en essayant aussi de faire ce chemin intérieur avec d’autres, en nous laissant accompagner dans les parcours ecclésiaux et en nous confrontant aux prêtres, aux religieux, aux personnes qui, comme nous, ont entrepris ce chemin.

Saint-Père, dans un monde où les choses sont dites haut et fort, certains aspects de la vie restent tus, par honte ; comme la dépression, une maladie silencieuse qui touche de nombreuses personnes, jeunes et adultes, et qui s’accompagne de ténèbres, d’isolement et d’une douleur incommensurable. Parfois, cette douleur est si accablante que l’idée de disparaître semble être la seule issue. J’ai moi-même lutté pour sortir de cette maladie, en silence pendant des années, et un vendredi soir, j’ai perdu la bataille et j’ai tenté de mettre fin à mes jours. Je suis ici parce que Dieu m’a donné une seconde chance, et je lui en serai éternellement reconnaissante, mais il y en a beaucoup d’autres qui continuent de faire face à cette obscurité. C’est pourquoi je vous demande de tout mon cœur : où pouvons-nous voir Dieu quand l’obscurité est totale et que nous n’en pouvons plus ? Comment pouvons-nous faire confiance à Dieu, quand il semble que rien, pas même soi-même, n’en vaille la peine ?

Avant tout, merci de partager aujourd’hui ton expérience de la souffrance. Je suis ému que tu puisses en parler, que tu sois ici parmi nous et que tu aies trouvé la force d’accueillir cette seconde chance que le Seigneur t’a donnée. Tu t’es relevée et tu as repris le chemin, et c’est là un merveilleux miracle que l’on retrouve chez de nombreux personnages de l’Évangile : au contact de Jésus, même celui qui se sent perdu retrouve confiance en la vie, guérit de sa maladie et peut se relever pour recommencer à vivre.

Dans ta question, tu as tout d’abord évoqué la “maladie silencieuse” qu’est la dépression, et il est important de prendre conscience de la manière dont la santé mentale est de plus en plus menacée dans le contexte de sociétés qui se considèrent comme avancées. C’est le signe qu’il y a quelque chose de profondément erroné dans une certaine conception de la croissance qui soumet les individus à des pressions, des attentes et des tensions qui compromettent des équilibres fondamentaux. C’est pourquoi il faut un système de santé qui inclue parmi ses priorités ce mal-être invisible et généralisé, qui touche également les jeunes.

Tes paroles nous ont toutefois également montré que la souffrance met à l’épreuve la foi et le sens que nous donnons à la vie. Cela vaut pour tout le monde, et pas seulement pour ceux qui, à un moment donné, sont confrontés à l’épreuve de la maladie.

En t’écoutant, j’ai pensé à ces heures d’obscurité, d’angoisse et de douleur que Jésus a vécues à l’approche de l’heure de sa mort. Les Évangiles, lors du dernier souper et de la prière à Gethsémani, soulignent que le soir tombait, que la nuit s’installait, tout comme, peu avant sa mort sur la croix, ils nous disent que “toute la terre fut plongée dans les ténèbres”. Mais, en réalité, il ne s’agit pas seulement d’une souffrance personnelle ; le Fils de Dieu assume dans sa propre chair toute l’angoisse, la solitude et la souffrance de l’humanité. Dans ces heures sombres, mourant sur la croix, Jésus partage notre douleur et nous révèle le visage d’un Dieu compatissant qui porte nos peines, souffre avec nous, pleure nos larmes et reste à nos côtés par sa présence pleine d’amour et de miséricorde.

Vivre cette expérience est difficile, comme en témoignent à plusieurs reprises les Écritures. Il y a des moments d’obscurité et de souffrance que notre société réduit au silence, car certains modèles culturels veulent justement que nous soyons toujours vainqueurs et parfaits et, pour cette raison, la limite, la fragilité et la douleur doivent être éliminées, ou confinées dans le silence assourdissant de la solitude, voire de la honte. Et, dans ces moments-là, nous pouvons instinctivement penser que Dieu aussi nous a abandonnés. Mais la croix de Jésus nous dit que Dieu ne nous abandonne pas, qu’Il reste crucifié avec nous dans les moments de douleur et de solitude extrême, qu’Il recueille non seulement nos larmes, mais aussi le cri de notre souffrance que les autres n’entendent pas, un cri que Jésus a fait sien sur la croix en disant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Il existe une catéchèse sur les dernières heures de Jésus, dans laquelle Benoît XVI dit que sa souffrance se transforme en prière et en cri, et que cela vaut également pour nous : face aux situations les plus difficiles et les plus douloureuses, lorsque Dieu semble absent, nous devons lui confier une fois de plus les fardeaux que nous portons dans notre cœur, même en criant vers Lui, même en protestant comme Job, sûrs qu’Il se rend présent d’une manière ou d’une autre et qu’Il est proche même quand Il semble se taire. Mais je pense que nous ne pouvons pas le faire seuls. Dans les moments de douleur, du moins dans la mesure du possible, nous devons nous ouvrir à quelqu’un qui nous aide à formuler une prière simple, nous accompagne avec discrétion sans se presser de nous expliquer cette douleur, nous prend par la main et nous fait sortir de ce cri.

Ces expériences adressent également un message à nous, croyants, à toute l’Église : nous ne devons pas spiritualiser la douleur, en la ramenant de manière superficielle à la “volonté de Dieu” ou à un de ses mystérieux projets, car cela risque de minimiser cette souffrance, de la réduire au silence, de blesser les personnes. Dieu ne veut pas la souffrance, Il la porte avec nous et nous invite à Lui faire confiance avec persévérance. Rappelons-nous ce que disait le Pape François : avec Dieu, la vie renaît toujours.

Bonsoir, Saint-Père. Je viens d’une famille d’un quartier très modeste de Barcelone. Quand j’étais petite, mon père a tenté de tuer ma mère qui a eu la vie sauve grâce à l’intervention d’un garçon qui a perdu la vie. Mon père a été incarcéré et ma mère a sombré dans la toxicomanie. À l’âge de dix ans, les services sociaux m’ont prise en charge et m’ont emmenée au centre pour mineurs de San José de la Montaña. Au début, ça a été dur, car je m’étais construit un mur pour me protéger, dans lequel je ne laissais entrer personne. Mais petit à petit, j’ai fait l’expérience de l’amour familial pour la première fois, et mon cœur s’est ouvert. Là-bas, on m’a parlé de Jésus, j’ai commencé à prier et j’ai reçu le baptême. Cependant à l’adolescence, je me suis souvent rebellée contre Dieu. On m’a alors invitée à une retraite et c’est là que j’ai fait l’expérience de l’amour de Dieu pour la première fois. Cela fait déjà quelques mois, et j’ai encore du mal à pardonner à mon père. Et parfois, je lève les yeux vers le ciel et je lui demande : où étais-tu quand j’étais petite ? Saint-Père, comment puis-je pardonner à mon père qui a failli me priver de ma mère ? Comment puis-je me réconcilier véritablement avec Dieu ?

Merci pour ton témoignage et merci également pour ta question sur le pardon. C’est vraiment un signe de la grâce de Dieu que cette question surgisse d’un passé si marqué par la souffrance et que, malgré la douleur, on ait le courage de se demander comment il est possible de pardonner à celui qui nous a fait du mal. Je voudrais également dire deux choses à ce sujet.

La première complète ce que je disais précédemment sur la présence de Dieu dans les moments de souffrance ; au fond, toi aussi, tu poses cette question à propos de ton enfance, mais le contexte dans lequel se sont déroulés les événements de ta vie nous invite à élargir le champ de notre question : devons-nous nous demander “où était Dieu” ou devons-nous nous interroger sur l’homme et sur l’humanité, sur la façon dont nous sommes parfois prisonniers du mal au point de devenir violents envers les autres, sur notre incapacité à cultiver l’amour et à respecter les autres dans leur dignité et leur liberté ?

Tant de faits divers, encore aujourd’hui, témoignent d’un climat malsain dans les relations familiales, marquées par les abus et l’oppression, et en particulier par la violence à l’égard des femmes, qui débouche malheureusement souvent sur des féminicides. Nous sommes tous appelés à nous attaquer à cette réalité dramatique, qui a des racines anthropologiques et culturelles, que ce soit à titre personnel ou en tant que société, car il nous appartient de l’affronter sous tous ses aspects. Nous ne pouvons pas attribuer à Dieu ce qui a été confié à notre responsabilité. Nous ne pouvons pas imaginer que Dieu, d’en haut, réponde automatiquement à nos besoins ou empêche miraculeusement le mal de se produire. Il nous a dotés d’intelligence et de volonté, Il nous a donné une conscience, Il nous a revêtus de dignité et de liberté, et surtout, Il est venu à notre rencontre pour nous indiquer, en son Fils Jésus-Christ, le chemin à suivre afin que notre vie soit pleinement humaine et que la justice, la paix et la fraternité règnent dans notre société. Il nous a donné son Esprit, précisément pour que l’amour soit la clé de toutes nos relations humaines. Si la violence existe, si l’égoïsme l’emporte, si même l’amour entre proches se transforme en haine, c’est nous-mêmes, les dynamiques de notre société, la culture de l’individualisme, la tentation de la violence que nous devons interroger, et non Dieu.

Une deuxième réflexion concerne le pardon. Nous devons apprendre à considérer le pardon, ce remède puissant contre le mal qui guérit nos blessures intérieures, comme faisant partie d’un processus, d’un cheminement. L’Évangile lui-même, si nous le lisons comme un livre de consignes, de commandements et de devoirs, risque de nous causer beaucoup de découragement et de frustration, car Jésus nous invite au pardon et nous constatons que nous n’en sommes pas capables. Or, il n’en est rien. C’est avant tout au Seigneur que nous devons implorer le pardon ; continuer à demander – peut-être toute notre vie durant – que le Seigneur élargisse en nous l’espace de l’amour précisément là où nous avons été blessés, qu’il nous aide à nous réconcilier avec nous-mêmes et avec cette partie de notre histoire marquée par la souffrance, qu’il transforme lentement le ressentiment en miséricorde et en compassion.

C’est un long chemin, c’est un processus qui demande beaucoup de patience, c’est un travail que nous devons accomplir sur nous-mêmes, tant sur le plan personnel qu’à travers d’autres parcours d’accompagnement et de réconciliation intérieure. Il ne faut pas se décourager : dans le pardon, on avance à petits pas. La réconciliation avec l’histoire est progressive et, surtout, nous ne devons pas penser que le pardon équivaut toujours et dans tous les cas à revenir à la situation antérieure ou à vivre une relation épanouie avec ceux qui nous ont blessés, en particulier lorsque le fait a également été marqué par la violence. On peut garder un cœur ouvert envers cette personne, rejeter toute forme de haine ou de vengeance, s’efforcer de réparer la relation dans la mesure du possible et, peut-être, prier pour elle. Tout cela nous aide à entrer de plus en plus dans la dynamique du pardon et à nous réconcilier avec Dieu et avec les autres. Nous sommes des pécheurs pardonnés, nous sommes en paix et nous sommes capables de pardonner. Nous sommes ainsi capables d’être des artisans de paix.

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Homélie du Saint-Père

Chers frères et sœurs, fils et filles bien-aimés de Dieu. Nous aussi, nous sommes comme Nicodème, des pèlerins dans la nuit. Cette image évangélique nous transmet avant tout un message sur le chemin de la vie.

Notre cheminement, nos désirs et tout ce que nous embrassons et vivons au quotidien, dans les joies et les défaites, dans les aspirations et les projets, sont l’expression de notre quête permanente : nous sommes des mendiants d’amour, nous avons faim et soif de vérité, nous sommes en quête d’un sens profond qui nous soutienne, nous anime et nous aide à comprendre le mystère de notre vie. Alors que nous avançons lentement, à petits pas, nous sommes appelés à dialoguer avec la pénombre de notre propre condition humaine : la vérité nous manque, nous ne connaissons pas en profondeur le mystère de nous-mêmes et le vrai visage des autres, nous ne parvenons pas toujours à comprendre la vérité cachée de la réalité qui nous entoure et des événements qui se présentent à nos yeux. Nous cherchons une lumière qui éclaire le chemin.

Mais Nicodème nous parle aussi du chemin de la foi. Il ne s’agit pas d’un chemin parallèle à celui de notre existence humaine, mais ces deux parcours sont toujours intimement liés. Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, Dieu a tant aimé le monde qu’Il nous a donné son Fils unique et, en Lui, s’est uni pour toujours à notre chair. Il est toujours auprès du Père et auprès de nous ; ainsi, chaque fois que le mystère de notre vie se déploie à la lumière d’un nouveau jour, dans tout ce que nous sommes et faisons, nous sommes en présence de Dieu et nous sommes gardés par son étreinte éternelle : notre vie « est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Et pourtant, nous faisons parfois l’expérience de la nuit de la foi, de la fatigue de croire, de la lassitude de l’esprit, du sentiment de disproportion face à l’appel de l’Évangile, de l’amertume de nos échecs et de la peur de ne pas être à la hauteur.

Frères et sœurs, Nicodème nous enseigne que ces nuits — qui accompagnent notre vie, notre chemin de foi et l’histoire dans laquelle nous vivons — sont un lieu de bénédiction, un espace de renaissance, un sein qui donne toujours naissance à une vie nouvelle. Ces nuits nous dépouillent et nous ramènent à l’essentiel ; elles nous enlèvent les masques humains et religieux que nous portons le jour, pour ne pas être reconnus ou pour donner une image de nous-mêmes différente de ce que nous sommes ; elles nous laissent à nu, dans nos lumières et dans nos ombres, nous ramenant à l’humilité de savoir nous regarder en vérité, au-delà de la présomption de penser que notre chemin est déjà accompli et que nous avançons comme si nous avions une lumière claire sur tout, sur tous et même sur Dieu.

Cet “espace vide” que la nuit crée, même lorsqu’il se présente sous la forme de la souffrance ou de l’insatisfaction, de la désillusion ou de l’incrédulité, peut être l’occasion de recevoir une vie nouvelle, de changer et de se renouveler, de “renaître d’en haut”, comme le dit Jésus à Nicodème. Dieu, en effet, n’est pas venu pour juger le monde avec son péché et la nuit de son infidélité, mais il a envoyé son Fils pour le sauver, pour donner au monde la vie éternelle.

Pour cela nous sommes aussi appelés à ne pas juger les “nuits” ; ni les nuits de notre vie, ni celles de l’Église, ni celles de la société qui nous entoure. Dans la nuit, nous devons au contraire nous mettre en route comme le fait Nicodème, continuer à interroger le Seigneur, nous ouvrir au souffle de l’Esprit pour accueillir la nuit non plus comme le signe d’un échec, mais comme le début d’une vie nouvelle.

En réfléchissant à notre cheminement personnel, mais aussi aux “nuits” de notre chemin ecclésial et de l’Espagne, dans ses villes, de ses pauvretés anciennes et nouvelles, de sa société et de sa culture, nous pouvons alors nous demander : quelles sont les “nuits” que nous traversons ? Que nous suggèrent-elles ? En y pénétrant et en regardant avec humilité et sans préjugés la réalité de ce que nous sommes, qu’est-ce que nous sommes appelés à changer ? Où devons-nous nous renouveler, dans quelle direction voulons-nous aller, quelle société voulons-nous construire ?

Ne cessons pas de chercher, de nous interroger et de dialoguer, avec Dieu et entre nous, même au cœur de la nuit. Marchons ensemble dans la foi qui harmonise la diversité de nos idées et de nos sensibilités, pour rechercher la vérité qui nous guide vers le bien commun, afin que ce pays soit un espace accueillant pour tous, où chacun est respecté dans sa dignité de personne et aimé pour ce qu’il est. Ouvrons-nous au don de l’Esprit, en cherchant le Seigneur comme Nicodème et en accueillant la lumière de son Évangile, avec la certitude que nous ferons l’expérience en nous d’une vie nouvelle, d’une présence qui bénit, d’un amour gratuit qui nous aidera à passer de la nuit à la lumière. Car Dieu veut que rien ne se perde et désire dès maintenant nous donner la vie éternelle, pour nous conduire vers le bonheur qui n’a pas de fin.

Que le Seigneur nous accorde, par l’intercession de la Vierge Marie, de nous ouvrir à Lui et de nous laisser embraser par le souffle de son Esprit.

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Rencontre avec la communauté diocésaine au stade olympique de Madrid (le 8 juin).

Stade Santiago Bernabéu (Madrid), lundi 8 juin 2026

Chers frères et chères sœurs, bonsoir !

J’imagine que, pour un footballeur, marquer un but dans ce stade est quelque chose qui marque un peu sa vie. Mais, Don José : aujourd’hui, l’Église de Madrid a marqué un but magnifique pour l’éternité !

Merci.

Cette soirée est un grand hymne de foi et je suis heureux d’unir ma voix à la vôtre pour louer Dieu et renforcer les liens d’une si magnifique famille ecclésiale qui apprend l’art de la polyphonie, c’est-à-dire de l’unité dans la diversité. Je remercie votre archevêque, Don José, d’avoir introduit la parabole du chant qui montre que les chiffres, les données et les faits ne suffisent pas à créer une communauté : notre cœur a besoin de chanter, c’est-à-dire d’interpréter les événements et les situations en célébrant avec les autres le sens qu’ils diffusent. Pour l’Église, cela se produit de manière singulière dans la liturgie, le grand Mémorial de l’histoire qui nous a sauvés.

Chanter est un besoin qui imprègne la vie en communauté et interpelle la culture, l’incite à rester ouverte et en constante évolution. Vous êtes l’Église diocésaine au sein d’un peuple qui aime la musique, la danse et le fait d’être ensemble, mais qui connaît aussi les conflits, la résignation et, parfois, le désespoir, situations dans lesquelles l’Évangile peut ouvrir un chemin vers l’espérance. Vous témoignez de l’Évangile dans la capitale d’un grand pays européen, siège d’institutions et d’organisations dans lesquelles sont prises des décisions importantes pour le présent et pour l’avenir, mais aussi destination de millions de visiteurs et de frères et sœurs en quête de nouvelles opportunités. Votre joie sera contagieuse si, au lieu d’être une émotion passagère, elle devient un mode d’être stable, un sentiment profond renouvelant les personnes, les groupes et la communauté diocésaine. Ce n’est pas un hasard si les apôtres, dans leurs écrits, invitent souvent les Églises à la joie, la recommandant presque comme un commandement. C’est l’Evangelii gaudium, une réponse unanime à l’œuvre de Dieu en Jésus-Christ : sa vie, sa mort et sa résurrection ont changé à jamais la perception de l’histoire de ceux qui l’ont rencontré et suivi, même si c’est sous des formes et par des chemins différents. Aujourd’hui encore, l’amour du Christ nous presse (cf. 2 Co 5, 14) — le verbe utilisé par saint Paul signifie aussi « nous fascine » ; « nous maintient unis » ; « nous possède » — et nous appelle ainsi à la responsabilité de l’action.

Oui, chers frères et sœurs, comme certains d’entre vous en ont témoigné ce soir, le baptême change véritablement la vie. Nos sensibilités, nos origines et nos priorités se rejoignent dans le Christ et reçoivent de sa vie la sève, comme les sarments de la vigne. Concrètement, cela signifie qu’une grande partie de ce qui était déjà en nous se transforme, parce qu’en s’orientant vers le service, elle cesse d’être un don privé et sert le bien commun. Il n’y a pas lieu de craindre que cela ne produise jamais d’uniformité. À cet égard, le Nouveau Testament témoigne, dans la variété de ses voix, de la communion dans la diversité, c’est-à-dire de la compréhension qui a disparu à Babel où, selon le récit biblique, tous, contraints à un projet totalitaire et purement humain, ont fini par ne plus comprendre leur prochain.

Dans l’encyclique Magnifica humanitas, j’ai proposé, comme alternative à l’homogénéisation et à la confusion, la figure de Néhémie, mobilisant toute la communauté pour reconstruire les murs de Jérusalem. « Reconstruire aujourd’hui, c’est reconnaître que, dans la pluralité des voix et des visions rappelant parfois la dispersion des langues, il existe néanmoins une possibilité lumineuse : celle de bâtir ensemble, en transformant la diversité en ressource et en faisant de l’écoute comme du dialogue le terrain d’entente sur lequel faire grandir la justice et la fraternité. Au sein de cette œuvre commune, les chrétiens trouvent leur propre manière de construire : orienter l’action vers Dieu afin que, à sa lumière, le pluralisme ne se disperse pas dans le désordre, mais devienne, dans l’exercice de la synodalité, l’espace où l’humanité retrouve ses fondements solides et sa fin ultime. » (Magnifica humanitas, n. 10).

Il existe donc un lien particulier entre l’Église et la ville, qui revêt une importance encore plus grande en cette période de changement que nous traversons : un lien qui, naturellement, se concrétise entre des personnes de chair et de sang, dans les relations de travail et de proximité, mais aussi au sein des différentes communautés, associations ou organismes de quartier. La spécificité de la mission chrétienne au sein des grandes réalités urbaines, dans lesquelles « une culture inédite palpite et se projette » (Evangelii gaudium, n. 73), devient de plus en plus évidente. La clarté sur ce point a beaucoup mûri tout au long du chemin synodal, ce qui nous a permis de nous connaître et de nous écouter plus profondément dans les contextes où la communauté diocésaine vit et se configure. La question qui devient la plus importante est la suivante : ce que nous sommes et ce que nous faisons comme chrétiens, est-ce que cela parvient « là où se forment les nouveaux récits et paradigmes », c’est-à-dire aux « éléments centraux les plus profonds de l’âme de la ville » (ibid. 74) ? Il est certes difficile d’y répondre, mais cela est possible si nous cherchons ensemble la vérité.

C’est pourquoi il est si important de ne pas nous disperser ni de nous enfermer chacun dans le groupe ou dans l’environnement dans lequel nous nous sentons déjà en sécurité, parmi des personnes qui chantent toujours la même mélodie. Pour atteindre le cœur de la ville, il faut cultiver la conscience que la vérité est symphonique et qu’elle nous dépasse toujours, cultiver le désir de rencontrer le Ressuscité qui marche toujours devant nous, nous précède et est peut-être déjà présent là où nous ne l’avons pas encore cherché. C’est pourquoi le chercher et le suivre est la condition pour le désigner : sinon, il n’y a pas d’évangélisation, et nous pouvons aujourd’hui mieux comprendre cela que par le passé. Dans les grandes villes, plus qu’ailleurs, il nous semble parfois que nous n’avons plus les repères nécessaires pour nous déplacer en toute sécurité. Il faut donc réapprendre l’art spirituel de la cordialité sans lequel l’annonce elle-même de l’Évangile court le risque de devenir une répétition impersonnelle et, en perdant de son efficacité, de laisser place à la frustration et à la méfiance.

Chers frères et sœurs, Madrid est une grande ville où cohabitent des traditions et des « âmes » différentes. Dieu connaît chacun des cœurs de ses habitants. Il les connaît comme Lui seul sait et peut le faire, c’est-à-dire dans l’amour et, par conséquent, dans la liberté. Il est miséricorde infinie et veut que tous soient sauvés. Il le désire au point de s’incarner et de prendre sur lui tout le péché, le mal et ce qu’il y a de négatif dans le monde. Voici Jésus-Christ ! Voici la Bonne Nouvelle, la grâce que nous avons reçue et que nous sommes appelés à partager avec tous ! Car nous sommes tous, sans exception, faits pour la vie et la vie en plénitude. La présence de l’Église dans une grande ville est une parabole de ce mystère du salut. Je pense au livre de Jonas, un joyau de la Bible que je vous invite à lire ou à relire, personnellement et en communauté. Il n’est pas fortuit que ce soit précisément dans les villes que les apôtres aient implanté l’Église naissante, rencontrant non seulement le rejet, mais aussi l’accueil là où, de la manière la plus naturelle, les personnes sont confrontées à la diversité et au changement.

Que rien ne vous trouble, que rien ne vous effraie ! Ensemble, en tant qu’Église diocésaine, vous pouvez offrir le témoignage évangélique qui libère les meilleures forces d’une humanité bombardée d’images et de mots, mais affamée de justice et assoiffée de vérité. Ayez confiance dans le fait de plus en plus évident qu’on peut revenir à la foi ou la découvrir pour la première fois à l’âge adulte. Préparez-vous à accueillir les nouveaux « commençants » non pas comme une exception, mais comme la règle de la mission. L’investissement dans les conseils paroissiaux et diocésains n’a pas d’autre objectif que celui-ci : modifier la sensibilité de chacun grâce à une écoute plus profonde de ce que l’Esprit dit à l’Église. Il serait dommage de les réduire à de simples formalités bureaucratiques. Ce sont des espaces d’écoute réciproque pour l’exercice du discernement, sans lequel non seulement chacun suit son propre chemin, si bien que nous courons le risque de ne pas comprendre où le Seigneur nous veut, ce qu’Il attend de nous, à quelles conversions Il nous appelle. Lorsque nous prenons soin de ces espaces, alors le culte se transforme en vie et des liens de fraternité ainsi que des projets de solidarité entre les personnes apparaissent.

J’invite les prêtres à envisager la pratique du discernement communautaire comme l’une des plus grandes opportunités que la synodalité offre à leur ministère. Chers frères, sans vous éloigner de l’essentiel, le fait de vous arrêter régulièrement avec votre peuple pour interpréter la vie des quartiers, les changements culturels, les tensions sociales et les pratiques ecclésiales à la lumière de l’Évangile enrichira et consolera votre ministère. Cela aidera également chacun comme chaque communauté à sortir de l’isolement et à faire l’expérience de la joie de l’Esprit Saint. En effet, quand nous réduisons la vie ecclésiale à une routine dans laquelle chacun reste enfermé dans ses habitudes ou dans son rôle, ce qui nous manque, c’est l’Esprit. Celui-ci suscite des vocations et les unit, provoquant parfois agitation, discussion, recherche de nouveaux équilibres. Ne vous effrayez pas de tout cela, mais profitez-en.

Les anecdotes que nous avons entendues ce soir nous racontent, ou plutôt « nous chantent », combien il y a de vie dans cette Église. L’un d’entre vous a donné le témoignage suivant : « Je peux dire sans hésiter que j’aime profondément l’Église, famille de Dieu, où nous avons tous une place ». Un autre a dit : « J’ai ressenti une grande joie et une grande responsabilité en devenant un membre plus actif de la communauté et en partageant mes dons avec le reste des membres de l’Église ». Et d’autres encore ont dit : « Pour nous, servir dans ces programmes n’est pas seulement une façon d’aider, mais aussi une manière de rendre tout l’amour et le soutien que nous avons reçus ». Voici l’Église, chers frères et sœurs ! Voici la musique de l’Évangile, avec son rythme contagieux. Quand elle touche le cœur, elle fait dire qu’on s’est senti accueilli à bras ouverts, comme cette sœur venue du Pérou à Madrid. Beaucoup, comme elle et sa famille, ont d’abord peur de s’approcher, car ils ont entendu parler de préjugés et de déceptions. La bonté, même si elle ne vient que de quelques-uns, peut vaincre la peur de beaucoup. Soyez, pour tous, comme une Bible ouverte : que l’on puisse trouver la Parole de Dieu sur vos visages et dans votre vie. L’amour, en effet, est le langage qui fait que tous se sentent chez eux. Merci beaucoup.

Prions ensemble avec les paroles que Jésus nous a enseignées.

Notre Père

Bénédiction

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