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08/06/2026

Rencontre avec les évêques d’Espagne. Suivie de la rencontre avec les membres du Parlement espagnol. Discours.

Rencontre avec les évêques d’Espagne. Discours.

Siège de la Conférence épiscopale (Madrid), lundi, 8 juin 2026

Chers frères dans l’Épiscopat :

C’est avec une grande joie que je me présente devant vous en ce troisième jour de mon Voyage apostolique en Espagne. Après avoir salué les représentants politiques qui m’ont reçu au Parlement, je voudrais maintenant profiter de ces moments passés ensemble pour raviver la communion, comme Jésus le conseillait à ses apôtres (cf. Mc 6, 31). Je remercie Mgr Luis Javier Argüello García pour les paroles aimables qu’il m’a adressées en tant que Président de la Conférence et en votre nom. J’espère que les miennes pourront s’inscrire dans ce dialogue dans l’Esprit qui consiste à accueillir tout le bien que le Seigneur nous dit à travers notre frère. Le chemin synodal entrepris par l’Église est un processus d’écoute en profondeur. Être capable de reconnaître la voix de Dieu qui parle à travers la communauté ecclésiale est l’une de ses valeurs fondamentales.

C’est un dialogue fécond qu’en tant qu’Église, vous définissez de différentes manières. Une manifestation concrète, que nous pouvons évoquer, est celle des congrès que vous organisez. Je m’attarde sur ceux qui se sont tenus en 2020 et 2025 qui ont eu un retentissement particulier : Peuple de Dieu en sortie et Pour qui suis-je ? Assemblée des appelés à la mission. Leurs thèmes abordent les questions essentielles : comment relever les défis actuels ? et qui est appelé à relever ce défi ?

Dans ma contribution à cette réflexion, j’ai eu l’idée de vous proposer l’image d’un voyage dont la destination est Dieu, vers qui nous levons les yeux. C’est un voyage sui generis, car nous ne nous déplaçons pas réellement physiquement, mais c’est un voyage dans lequel nous voulons laisser notre cœur s’envoler.

Une tentation lors des voyages est de nous focaliser sur ce que nous laissons derrière nous, les lieux, les choses, les formes, sans nous ouvrir, dans la docilité à l’Esprit, à la nouveauté de ce que nous rencontrons. À cette tentation s’ajoute celle des bagages que, pour des raisons similaires, nous remplissons d’objets inutiles qui finissent par devenir un fardeau. D’autre part, il ne faut pas non plus oublier ce que nous apprennent les vicissitudes de tant d’émigrants : une personne seule, sans racines et sans ressources, est quelqu’un qui souffre terriblement et qui a beaucoup de mal à établir des liens solides là où elle arrive.

Ainsi, dans cette première phase de notre périple, notre réponse à la question de savoir comment relever ce défi que nous nous sommes fixé doit allier à la prudence, liberté et courage, afin d’abandonner les structures qui ne nous aident pas, qui ne répondent pas à nos attentes, voire qui nous éloignent de notre but, tout en conservant comme un trésor ce qui nous aide à l’atteindre. Comment ne pas évoquer ici l’immense patrimoine chrétien de votre terre, l’immense capacité de rassemblement que cette richesse nous procure : par sa beauté qui touche même le non-croyant, ou par les liens d’appartenance qu’elle a su tisser dans l’identité spirituelle de chaque recoin de ce peuple bien-aimé, et qui demeurent présents même dans les moments où sa foi vacille. Un immense défi, certes, auquel nous sommes appelés à répondre avec courage, afin que ce patrimoine produise les fruits dont il est capable.

Un autre trésor que nous ne pouvons oublier dans notre sac est le viatique du pèlerin. Le Pain de la Parole et de l’Eucharistie nous est encore plus nécessaire que la nourriture matérielle, car il nous ouvre le chemin du salut. Il ne s’agit pas de savoir comment rendre la célébration plus ou moins attrayante, mais de sentir que, si nous faisons partie de Lui, son absence nous cause un malaise que l’on peut comparer à la faim physique. La vie sacramentelle rythme notre existence comme celle d’un enfant qui reçoit la nourriture de sa mère, comme celle d’un sportif qui dose ses forces pour atteindre la ligne d’arrivée.

Par ailleurs, lorsqu’on voyage, nous avons souvent beaucoup de mal à communiquer avec les autres. Que ce soit en raison des différences de langue et de culture, de la méfiance face à l’inconnu, ou encore des querelles et des malentendus qui peuvent survenir même entre des personnes proches, nous nous sentons limités lorsqu’il s’agit de nous exprimer ou de comprendre notre interlocuteur. C’est une expérience que nous pouvons transposer à l’annonce de l’Évangile, à l’accueil de l’autre, à la capacité de répondre aux interrogations du monde qui nous entoure ou à la nécessité de susciter la coresponsabilité des membres de la communauté dans nos actions pastorales. Si nous avons dit précédemment que nous devons abandonner tout ce qui nous freine et nous éloigne, le mot d’ordre doit désormais être que notre patrimoine soit toujours un instrument et une occasion de dialogue avec ceux que nous rencontrons sur notre chemin.

Comme c’est le cas pour les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques, notre voyage peut nous faire traverser ces immenses plaines castillanes, vides à nos yeux. Les rares rencontres de ces pèlerins avec quelques personnes âgées ou des travailleurs étrangers peuvent être une métaphore de nombreuses situations sociales que l’on perçoit malheureusement dans certaines de vos réalités ecclésiales. Ce n’est pas la première fois que l’Espagne est confrontée à une situation analogue : dans le passé, par exemple, lorsque l’Église a dû reconstruire sa présence sur les franges de terre brûlée, des modèles d’évangélisation ont vu le jour qui ont ensuite été exportés vers l’Amérique et qui peuvent nous aider ici dans notre mission.

Comme à l’époque, nous sommes appelés à construire une nouvelle réalité, à travers un dialogue respectueux et l’utilisation de nouveaux langages, comme l’a fait le célèbre saint alfaqui de Grenade, frère Hernando de Talavera, et comme l’a répété plus tard en Amérique saint Toribio de Mogrovejo, dont nous célébrons le troisième centenaire de la canonisation, en le présentant précisément comme un modèle d’évêque en sortie en cette période de mission et de réorganisation ecclésiale. Même si les langages de cette ère numérique sont différents et que les cultures qui composent aujourd’hui la mosaïque de nos réalités, avec des migrants venus des quatre coins du monde, ont également changé, l’esprit doit rester le même.

Quels sont les points essentiels de cet esprit ? Le premier concerne la capacité à communiquer, à dialoguer avec chaque réalité présente sur notre territoire, à s’abaisser non seulement pour comprendre, mais aussi pour partager. Ce n’est qu’en mettant en commun tout ce qu’il y a de bon dans notre propre patrimoine, chacun apportant sa pierre à l’édifice, que nous pourrons construire une réalité nouvelle dans laquelle la foi pourra s’enraciner profondément. Pour cela, il faut logiquement commencer par apprendre le langage de l’autre, initier des processus et tisser des liens où semer la graine du Royaume. Le deuxième est l’appel à créer des réalités capables elles-mêmes de communiquer leur propre expérience de foi. Capables de porter — comme l’a fait Toribio — l’expérience de Grenade en Amérique, c’est-à-dire de mettre dans nos bagages les ressources qui nous permettront d’affronter avec franchise les défis toujours nouveaux de l’évangélisation en toute circonstance.

Après les plaines désertes, nous trouverons aussi de grandes villes, où le silence et l’éloignement ne sont pas spatiaux mais intimes. Les réponses seront différentes, mais les processus pour y parvenir, analogues : écoute, compréhension, respect, générosité et franchise.

Les pèlerins partent souvent de nuit et, bien souvent, cette obscurité initiale du chemin peut les effrayer. Nous pourrions évoquer l’hymne des vêpres, La noche es tiempo de salvación (La nuit est temps de salut), pour dire que, si nous sommes en bonne compagnie, les difficultés du chemin et le risque de s’égarer s’amenuisent. C’est le Seigneur qui nous guide, c’est Lui le maître de l’histoire et de chacune de nos histoires, c’est Lui qui détermine les temps. Nous marchons à sa suite, mieux encore, nous marchons avec Lui comme les membres d’un seul corps. Ce lien profond exige de l’Église, en cette période de polarisations et d’oppositions de plus en plus dures, un témoignage d’unité dans la pluralité : une communion capable d’accueillir la richesse des dons, des charismes, des sensibilités que l’Esprit Saint suscite au sein du Peuple de Dieu. L’image du Christ se reconnaît dans la mosaïque vivante de l’Église, où de nombreuses tesselles, sans se confondre, convergent pour manifester la beauté de l’unique Seigneur.

Dans cette tâche, le ministère de l’évêque assume une responsabilité particulière. Nous sommes appelés à être un principe visible de communion, en premier lieu de la communion avec le Christ, en gardant avec amour la foi reçue, dans la docilité à la Parole de Dieu et à la Tradition vivante de l’Église ; ensuite, dans la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église universelle, avec le presbyterium et avec la communauté diocésaine elle-même, avec la vie consacrée, avec les mouvements, avec les associations et avec chaque charisme authentique que l’Esprit donne pour l’édification commune. Votre mission vous demande de garder l’unité, de favoriser le dialogue, de guérir les fractures et d’accompagner le chemin du peuple confié à vos soins.

La communion ainsi vécue possède également une force missionnaire. Une Église réconciliée en son sein peut s’adresser avec plus de liberté à ses frères d’autres confessions chrétiennes et d’autres religions, à ceux qui ne croient pas, aux autorités civiles et à tous les hommes de bonne volonté qui œuvrent pour le bien commun.

Cet appel à être signe de communion dans le Christ, en marchant dans l’unité et en tendant la main au frère que nous rencontrons, nous place face à un autre défi qui touche aujourd’hui le cœur de beaucoup : la difficulté d’assumer des engagements définitifs et de prendre des décisions vitales profondes. Chez tant de jeunes, et pas seulement chez eux, la question : “À qui suis-je destiné ?” résonne comme une recherche sincère de sens, d’appartenance et de don. Le cœur humain ne se comble pas en accumulant des expériences, des possibilités ou des certitudes provisoires. Il se comble lorsqu’il découvre un appel, lorsqu’il comprend que la vie n’atteint sa plénitude que si elle est donnée.

C’est pourquoi la pastorale vocationnelle ne peut se réduire à une simple recherche de chiffres. Elle naît de communautés vivantes, de prêtres heureux, de familles capables de témoigner de la beauté de la fidélité, d’une Église qui sait montrer avec simplicité que suivre le Christ n’appauvrit pas l’existence, mais l’enrichit. Là où l’Évangile est vécu dans la joie, le service et la communion, l’appel du Seigneur peut lui aussi être à nouveau entendu comme une promesse de vie.

Nous avons déjà évoqué les bagages trop chargés, et les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques savent bien qu’il ne faut emporter dans son sac à dos que l’essentiel. Comme l’a proposé à maintes reprises le Pape François, dans le contexte vocationnel actuel, il faut affirmer que la préservation des structures ne peut prévaloir sur le bien de la vocation. Les séminaristes ont droit à la meilleure formation possible et l’Église, quant à elle, a droit à des prêtres bien formés. Pour que les séminaires soient de véritables maisons de formation, il faut qu’ils garantissent une expérience adéquate de la vie communautaire ; qu’ils disposent de formateurs entièrement consacrés à l’étude et à l’enseignement, ayant une expérience de l’accompagnement spirituel ; et qu’ils soient dotés de centres supérieurs de théologie équipés des moyens nécessaires pour remplir leur mission. Pour cela, il est indispensable, outre d’unir nos forces, d’apprendre à travailler ensemble pour relever ces défis.

Dans ce domaine, les difficultés peuvent être vécues comme des opportunités. Il nous est parfois difficile de présenter la vocation des laïcs et leur intégration dans ce cheminement de vie que nous accomplissons en tant qu’Église. D’autre part, nous constatons que dans de nombreuses œuvres, traditionnellement gérées par des religieux, on fait appel à des collaborateurs laïcs pour pouvoir mener à bien la mission. C’est une difficulté que nous pouvons transformer en occasion de rencontre, de dialogue et de communication. Il dépend de nous que ces laïcs perçoivent leur participation à ce service ecclésial comme un appel que Dieu leur adresse pour qu’ils assument leur responsabilité de chrétiens, en s’imprégnant de l’esprit, en se sentant partie prenante de la mission que le Seigneur a confiée aux religieux qui l’ont mise en place.

Comme vous le voyez, notre chemin est fait de rencontres, parmi lesquelles ne manqueront pas les personnes qui traversent des moments d’obscurité et qui nous demandent de devenir pour elles des samaritains. L’une des situations les plus douloureuses concerne ceux qui ont été blessés précisément par qui devaient prendre soin d’eux, y compris par des membres du clergé. Face à ce fléau, la communauté ecclésiale est appelée à répondre par l’écoute, la vérité, la justice, la réparation et un engagement toujours plus déterminé en faveur de la prévention et d’une culture de la bienveillance. Chaque personne blessée doit pouvoir trouver une écoute sincère, un accueil, une protection et de véritables chemins de guérison.

Cette même logique s’applique également aux défis d’un monde sécularisé. Beaucoup d’hommes et de femmes de notre temps ne rejettent pas simplement Dieu ; souvent, ils portent dans leur cœur une soif profonde de sens, de vérité, d’appartenance et d’espoir, même s’ils ne savent pas comment la nommer. L’Église est appelée à reconnaître ces aspirations, à les écouter avec respect et à offrir, comme Pierre et Jean l’ont fait au paralytique près de la porte du temple, le trésor qui lui a été confié : Jésus-Christ, au nom duquel l’homme peut se lever et marcher (cf. Ac 3, 1-10). Même lorsqu’elle collabore avec d’autres institutions, religieuses ou civiles, même lorsqu’elle offre une aide matérielle, une éducation, une assistance ou une promotion humaine, l’Église ne cesse jamais d’offrir ce qui lui est propre : l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ. Ce message touche la société, qui n’hésite pas à manifester son appréciation pour nombre de ces œuvres. Ainsi, chaque geste de charité chrétienne qui naît de l’Évangile porte en lui une promesse plus grande encore : redonner à la personne la conviction d’être aimée.

Au cours de notre voyage, nous parcourons ce que saint Jean-Paul II a voulu appeler la « Terre de Marie ». (1) En la Très Sainte Vierge, vous avez votre première compagne de route et votre principal trésor, car elle nous montre par sa vie comment accueillir la Parole et la garder dans le cœur, comment accompagner les disciples sur ce chemin et rester présente sur la route de l’Église en tant que mère de communion et d’espérance. À elle, je confie votre ministère, afin qu’elle vous aide à être, au milieu du peuple qui vous est confié, ce levain caché dont parle l’Évangile. Petit aux yeux du monde, mais capable, lorsqu’il reste uni au Christ, de faire fermenter la pâte (cf. Mt 13, 33). La force de l’Église ne naît pas de la grandeur des moyens, mais de la sainteté de ses enfants, de la communion de ses pasteurs, de la fidélité humble et persévérante de ceux qui se laissent guider par l’Esprit.

Sur ce chemin vous accompagne aussi saint Jean d’Avila, patron du clergé espagnol, en cette année où nous commémorons le cinquième centenaire de son ordination sacerdotale. Saint Paul VI l’a défini comme « un maître de vie spirituelle bienveillant et sage, un rénovateur exemplaire de la vie ecclésiale et des mœurs chrétiennes » et, en même temps, « un simple prêtre ». (2) En ce saint docteur, l’Église reconnaît la vie sacerdotale que chaque évêque est appelé à préserver et à faire grandir au sein de son propre presbyterium.

En le regardant, je pense à ceux qui sont les plus proches compagnons des évêques dans ce cheminement, à ces “simples prêtres” au sens le plus noble et le plus exigeant du terme. Notre cheminement avec eux devrait transmettre la valeur de cette essence : être des prêtres épris du Christ, enracinés dans la prière, fidèles à l’Église, proches du peuple et capables d’allier une doctrine solide, un zèle apostolique et une charité pastorale. Des prêtres qui trouvent dans l’évêque non seulement une autorité reconnue, mais un père qui les accompagne ; et dans les autres prêtres, des frères avec lesquels partager les fatigues et les joies de ce pèlerinage riche en rencontres, au cours duquel nous cherchons tous le Christ.

Concluons ce pèlerinage spirituel par une prière du saint docteur qui nous rappelle que tout renouveau ecclésial naît d’un cœur configuré au Christ : « Si tu me commandes, Seigneur, de faire ce que tu as fait, donne-moi ton cœur » (Sermon 57, 20). Que telle soit aussi notre supplication : Seigneur, donne-nous ton cœur, un cœur capable de lever les yeux vers toi, de se mettre en route, d’écouter, de discerner, de servir, de corriger avec charité, d’écouter avec patience et d’annoncer avec joie. Car l’Église qui reçoit le cœur du Christ porte en elle la colonne de feu qui la guide, la soutient, la défend et la réconforte, le bagage nécessaire pour affronter n’importe quel défi.

Que Dieu vous bénisse. Merci beaucoup.

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(1) Homélie lors de la célébration de la Parole et de l’Acte marial national, Saragosse, 6 novembre 1982, 1.

(2) Homélie lors de la canonisation du bienheureux Jean d’Avila, 31 mai 1970.

Rencontre avec les membres du Parlement espagnol. Discours.

Congrès des députés (Madrid), lundi 8 juin 2026

Monsieur le Président du Gouvernement,
Madame la Présidente du Congrès des Députés,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de la Cour Constitutionnelle,
Madame la Présidente de la Cour suprême et du Conseil Général du Pouvoir Judiciaire,
Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,
Mesdames et Messieurs,

Je remercie Madame la Présidente pour ses aimables paroles, ainsi que pour l’invitation que le Siège Apostolique a reçue à l’occasion de mon voyage dans ce pays, et pour l’honneur qui m’est fait aujourd’hui d’être accueilli dans ce Palais historique du Congrès des Députés, lieu éminent de la vie institutionnelle, juridique et démocratique du Royaume d’Espagne. Je me présente devant vous tous en tant qu’évêque de Rome et pasteur de l’Église catholique, conscient que la mission confiée au Successeur de l’apôtre Pierre, en tant que principe et fondement de l’unité des évêques et des fidèles (cf. Lumen gentium, 23), place le Saint-Siège, d’une manière particulière, en dialogue avec les peuples et les États.

Ma présence parmi vous se veut un geste de proximité envers l’Espagne, dans le cadre de notre coopération mutuelle, et un message inspiré par le service de la personne humaine. L’Église « chemine avec l’humanité », partage ses espoirs et ses blessures, écoute les interrogations de chaque époque et se laisse interpeller « par tout ce qui concerne l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui ». C’est pourquoi, lorsqu’elle intervient dans la vie publique, elle le fait en respectant la mission propre des institutions et la responsabilité légitime de ceux qui ont reçu le mandat de légiférer. Elle reconnaît « l’autonomie des réalités terrestres » et « la distinction entre communauté ecclésiale et communauté politique » ; et, précisément à partir de cette conscience, elle apporte une réflexion née du désir de servir le bien commun et de rappeler ce qui rend véritablement humaine la vie en société (cf. Magnifica humanitas, nn. 18-19).

Dans cet hémicycle, la vie en société prend une forme juridique. Ici, les divergences sont écoutées, mises en ordre et, lorsque cela est possible, se transforment en décision commune. C’est pourquoi, au-delà de la légitime diversité des positions, toute tâche législative finit par se confronter à une question décisive : quelle conception de la personne humaine inspire les lois et quel type de société ces lois construisent-elles ?

Face à cette question, l’Espagne possède une mémoire particulièrement riche. Son identité géographique et politique s’est tissée au fil d’une histoire où la foi et la raison, l’art et le droit, la tradition et la pensée ont su se rencontrer de manière féconde. Dans ses cathédrales et ses universités, dans sa littérature immortelle, dans ses institutions juridiques et dans l’esprit même de son peuple, demeure vivant un héritage qui a façonné une manière de vivre la liberté, de pratiquer la justice et d’ordonner la vie commune.

Depuis les pages universelles du Don Quichotte, où Cervantes proclamait que « la liberté […] est l’un des dons les plus précieux que le ciel ait fait aux hommes » (Don Quichotte de la Manche, II, 58), jusqu’à la profondeur spirituelle de sainte Thérèse d’Ávila, et de la grande tradition juridique espagnole à l’inquiétude métaphysique d’Unamuno, qui rappelait que l’homme « ne se résigne pas à mourir tout à fait » (Du sentiment tragique de la vie, I), l’Espagne a su considérer l’être humain comme bien plus qu’un simple rouage de l’ordre social, économique ou politique : elle l’a reconnu comme une créature ouverte à la vérité, dotée de liberté et animée par une soif d’éternité qu’aucune réalité temporelle ne parvient à éteindre ; en un mot, comme quelqu’un dont la dignité précède toute utilité et au service duquel l’action législative est soumise.

Pour cette raison, lorsque l’on évoque aujourd’hui la personne humaine, ce souvenir nous conduit naturellement à Salamanque et à la pensée qui y a mûri. La présence symbolique dans cette salle des rois Isabelle et Ferdinand renvoie à ce moment où l’Espagne s’est trouvée confrontée à des responsabilités historiques d’une portée universelle ; quelques années plus tard, Salamanque allait assumer, avec une lucidité singulière, la réflexion morale et juridique qu’exigeait ce contexte. Dans cette université, il y a cinq cents ans, alors que s’ouvraient de nouveaux mondes et d’immenses possibilités dans les relations entre les peuples, certains maîtres ont compris que la raison ne pouvait être invoquée pour légitimer tout ce que la force ou l’intérêt présentaient comme opportun. Ils ont ainsi introduit dans la réflexion historique la question de la valeur irréductible de tout être humain et des limites morales du pouvoir. Il faut reconnaître que la société et l’Église elle-même n’ont pas toujours été à la hauteur des intuitions qui trouvaient un écho dans leur propre tradition chrétienne.

Cependant, cette interrogation a ouvert un horizon intellectuel et moral qui a dépassé son propre contexte historique. L’intuition du totus orbis, d’une communauté humaine plus vaste que n’importe quel pouvoir particulier, permettait d’affirmer l’existence de liens juridiques et moraux entre les peuples. Depuis l’Espagne, la réflexion de l’École de Salamanque — et en particulier celle de frère Francisco de Vitoria, ainsi que d’autres dominicains et jésuites — a contribué à forger une conscience juridique et morale capable de rappeler que l’autorité s’accompagne toujours d’une responsabilité et que tout être humain doit être reconnu comme sujet de droits et de devoirs. Cette aspiration continue de résonner aujourd’hui encore : que la dignité, la justice et le bien commun soient la mesure des relations sociales, tant au niveau national qu’international.

C’est là l’un des grands héritages de l’Espagne : avoir su unir l’action historique à la lucidité de la raison morale. Cette contribution, née sur les rives du Tormes, a transcendé les salles de classe et les bibliothèques, pour s’inscrire dans une conscience plus large, partagée par la communauté internationale qui continue de se demander comment construire la paix sur la reconnaissance de la personne et non sur l’imposition de la force. Cet héritage vit également au sein de ces Cortes, chaque fois que le législateur se demande comment faire en sorte que le possible soit juste, que le légal soit véritablement humain et que la volonté de la majorité préserve les biens qui appartiennent à tous et respecte ce qu’aucune majorité ne peut légitimement enfreindre.

La question de Salamanque continue d’accompagner la tâche de ceux qui servent la vie publique. Aujourd’hui, les nouveaux mondes qui s’ouvrent à nous ne se dessinent plus sur les cartes : ils se déploient dans la technique, l’économie, la biomédecine et l’univers numérique, où le pouvoir humain touche des domaines de plus en plus sensibles de la vie personnelle et sociale.

Le progrès offre des possibilités admirables, et nous le voyons aujourd’hui de manière singulière dans le développement de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies. Comme je l’ai rappelé dans ma récente Encyclique, la technologie en soi n’est pas neutre car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent (cf. Magnifica humanitas, n. 9) ; c’est pourquoi, face aux transformations de notre temps, notre discernement doit se concentrer sur la place qu’occupe la personne humaine dans nos décisions, et sur la manière dont se posent aujourd’hui, sous un jour nouveau, la dignité du travail, la solidarité, la politique sociale et le bien commun.

Ce discernement part d’un postulat fondamental : toute société véritablement juste se fonde sur la reconnaissance de la dignité inviolable de la personne humaine. Cette dignité précède toute concession de l’État et ne peut être subordonnée à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment (cf. Benoît XVI, Discours devant le Parlement fédéral allemand, 22 septembre 2011). Elle appartient à tout être humain du simple fait qu’il existe, et c’est pourquoi elle doit guider tout ordre juridique positif. La foi chrétienne la proclame à partir de la Révélation ; la raison humaine peut la reconnaître comme une exigence inscrite dans la vérité de l’homme (cf. ibid.). Lorsque cette conviction reste vivante, le droit devient une protection pour tous et une garantie face à l’imposition d’intérêts et d’agendas particuliers.

Sur cette base, il m’appartient aujourd’hui de prononcer une parole sereine et ferme devant ceux qui ont la grave responsabilité d’organiser juridiquement la vie en société. Cette vie en société peut être menacée par la culture du rejet, comme l’a si souvent mis en garde le Pape François (cf. Discours à l’Assemblée plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 27 septembre 2021). En ce sens, si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles avoir ? Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui laisse dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en silence ou celui qui dépend entièrement des soins d’autrui ? La défense de la vie humaine n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel : c’est un objectif de civilisation. Toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son déclin naturel, dans toutes les circonstances de son existence. Lorsque cette certitude s’estompe, les plus vulnérables sont les premières victimes et la loi perd son sens le plus profond : servir et protéger chaque personne. C’est pourquoi la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à accompagner, protéger et aimer les vies qui traversent la plus grande fragilité.

Le bien commun est, d’une certaine manière, “la forme sociale de la dignité humaine” (cf. Magnifica humanitas, n. 59). Il ne consiste pas en une simple somme d’intérêts particuliers, mais en « l’ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux associations et à chacun de leurs membres d’atteindre plus pleinement et plus facilement leur propre perfection » (Gaudium et spes, n. 26). Lorsque le bien commun cesse d’être un horizon partagé, l’action publique risque de se fragmenter en intérêts partiels, incapables de préserver ce qui appartient à tous.

Dans ce contexte, la famille revêt une importance particulière, en tant que première réalité humaine et fondement naturel de la communauté. C’est au sein du foyer que se côtoient les générations et que se transmet une mémoire vivante qui assure la continuité intérieure de la société. Là où la famille est soutenue, la stabilité spirituelle et sociale des nations s’en trouve également renforcée. La famille sera toujours la première école d’humanité où l’on apprend, avant tout autre lieu, la grammaire élémentaire de la vie en communauté : accueillir la vie, prendre soin de l’autre, pardonner, servir et appartenir.

Les organismes éducatifs occupent eux aussi une place déterminante dans cette tâche. C’est là que les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et la dignité de chaque personne. C’est pourquoi de nombreux parents, désireux que leurs enfants apprennent à nouer des relations, à penser de manière critique et à acquérir des valeurs solides, placent en eux de grands espoirs, les considérant comme de précieux alliés dans l’éducation de leurs enfants. Cette collaboration doit toujours respecter le “droit premier et inaliénable” des parents de “choisir le type d’éducation et de formation que reçoivent leurs enfants, en cohérence avec leurs propres convictions morales, culturelles et religieuses” (cf. Magnifica humanitas, n. 143 ; cf. Pacte international relatif aux droits civils et politiques, art. 18. 4).

L’affirmation de la dignité humaine ne peut rester abstraite alors que tant de personnes sont contraintes de tout quitter pour rechercher la paix, la sécurité et un avenir. Le drame tragique de la migration interpelle aujourd’hui la conscience des nations et les fondements éthiques de l’ordre international. De nombreux hommes, femmes et enfants sont contraints, par des circonstances souvent dramatiques, de quitter leurs communautés et de laisser derrière eux leurs proches, leur histoire et leurs liens. Cette réalité dépasse toute lecture purement démographique ou économique : elle constitue une question éminemment morale et juridique. Là où une personne est victime de discrimination en raison de son origine nationale, ethnique, religieuse ou linguistique, ou de sa condition économique ou sociale, le principe universel de l’égale dignité de tous les êtres humains est gravement bafoué.

La situation des migrants et des réfugiés exige une réponse qui se concentre sur les personnes, s’attaque aux causes qui les obligent à partir et aille au-delà de la simple gestion des flux. Il en découle une double exigence de justice sociale : offrir des voies sûres et légales, un accueil respectueux et de réelles possibilités d’intégration ; et promouvoir, en même temps, le droit de rester sur sa propre terre, en œuvrant pour que personne ne soit contraint de quitter son foyer par manque de paix, de sécurité ou de conditions de vie dignes, en raison des inégalités économiques et des effets de la crise climatique (cf. Magnifica humanitas, n. 81).

Ces dernières années, les itinéraires de plus en plus dangereux ont mis en évidence le coût extrêmement élevé de cette réalité si souvent occultée ou ignorée. De nombreuses personnes restent aux mains de trafiquants et de passeurs qui profitent de leur désespoir. Il est nécessaire de renforcer la prévention, le sauvetage et l’aide aux victimes, notamment dans le cadre d’une coopération régionale et multilatérale.

Aucune nation ne peut relever seule un défi de cette ampleur. C’est pourquoi une réponse coordonnée, solidaire et efficace est indispensable, capable de garantir la protection, l’accueil et de réelles opportunités d’intégration à ceux qui émigrent. Lorsque la réponse institutionnelle est proche, juste et coordonnée, les frontières cessent d’être des lieux d’abandon et peuvent devenir des espaces de protection responsable de la dignité humaine.

Mesdames et Messieurs,

Le monde traverse une profonde crise spirituelle et culturelle, qui se manifeste par de multiples formes de violence, de polarisation et de méfiance réciproque. Dans ce contexte, la paix apparaît comme une aspiration politique et, plus encore, comme une véritable exigence morale. Elle exige un discours public respectueux de ceux qui pensent différemment, des institutions au service de la rencontre, une mémoire historique en quête de vérité et de réconciliation, ainsi qu’une vie sociale capable de soutenir l’amitié civique et le respect mutuel au milieu des divergences.

Sur le plan international, la paix exige du courage diplomatique, un sens des responsabilités éthiques et une vision d’avenir fondée sur le respect de l’identité de chaque peuple et sur l’obligation pour les États de régler leurs différends par les voies pacifiques qu’offre le droit international. Toute guerre constitue, en fin de compte, une douloureuse défaite de la capacité à négocier, mais aussi de cette conscience commune de l’humanité qui reconnaît les liens de justice entre les nations. Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable.

C’est pourquoi il est préoccupant de voir, en divers endroits du monde, et aussi en Europe, le réarmement se présenter à nouveau comme une réponse presque inévitable face à la fragilité du contexte international. La véritable sécurité, en revanche, naît de la justice, du dialogue patient, du respect du droit international et d’une politique capable de faire passer la vie des peuples avant les intérêts qui tirent profit de la guerre. Le développement des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire exige également une vigilance éthique rigoureuse, afin que les décisions concernant la vie et la mort ne soient jamais confiées à des automatismes ni soustraites à la responsabilité morale de la personne humaine (cf. Discours à l’Université « la Sapienza », 14 mai 2026).

La communauté internationale est appelée à redécouvrir la valeur indispensable du dialogue comme voie patiente vers des accords justes et durables, fondés sur le respect des traités, sur la transparence de l’action diplomatique et sur la volonté sincère de faire passer la paix avant le recours à la force. C’est de là que naissent la confiance et l’espoir.

Comme le rappelle la devise de l’Union Européenne, In varietate concordia, la véritable unité n’uniformise pas, mais crée une cohésion dans la diversité, faisant des cultures, des sensibilités et des traditions une occasion d’enrichissement mutuel.

Il est également urgent de construire une culture de la réciprocité au sein même des sociétés. La pluralité politique ne devrait pas dégénérer en une disqualification permanente de l’adversaire. Dans une coexistence mûre, même le conflit peut devenir un chemin vers la paix, lorsque les différences sont atténuées par l’écoute et orientées vers la reconnaissance des besoins, des aspirations et des capacités de chacun.

Mais la paix n’est pas seulement une réalité politique ou institutionnelle. Elle naît aussi dans la conscience, là où la rancœur, l’indifférence et la haine cèdent la place à la réconciliation. C’est pourquoi elle s’instaure et se protège aussi à travers le langage. Les mots peuvent ouvrir des chemins ou les fermer ; ils peuvent éclairer la réalité ou la déformer jusqu’à rendre la rencontre impossible. Ceux qui exercent une responsabilité publique ont donc une obligation particulière de veiller sur la parole afin de « désarmer le langage » (Message pour le Carême 2026, 13 février 2026). La fermeté n’exige pas le mépris ; la divergence n’entraîne pas l’humiliation.

De ce respect de l’autre découle également le devoir de préserver l’espace où mûrissent ses convictions, sa conscience et sa relation avec Dieu. L’attention portée à cette sphère intérieure permet de mieux comprendre une question décisive pour toute société véritablement démocratique : la liberté de pensée, de conscience et de religion, droit fondamental qui protège la sphère la plus intime des personnes. La liberté sur laquelle se fonde l’État contemporain, si elle est authentique, reconnaît la dimension religieuse de l’être humain, la respecte et la protège juridiquement ; elle évite que quiconque doive renoncer à contribuer à la société dans laquelle il vit en raison de sa foi.

Sans confondre le plan juridique avec le plan moral, il convient également de rappeler que la liberté a besoin d’une pleine compréhension d’elle-même. Être libre ne signifie pas seulement être exempt de contraintes ou disposer de nombreuses possibilités de choix ; cela signifie pouvoir reconnaître le bien et y adhérer de manière responsable. C’est pourquoi toute société véritablement libre exige également une juste délimitation du pouvoir public, afin que la liberté des personnes, des communautés et des associations ne soit pas indûment restreinte (cf. Dignitatis humanae, n. 1). Dans cette perspective, l’autonomie légitime de l’ordre temporel ne doit jamais être interprétée comme une hostilité envers le phénomène religieux. La foi ne prétend pas s’imposer par des privilèges ou des contraintes ; cependant, elle ne peut pas non plus être reléguée au silence comme si elle était sans importance pour la vie publique.

Dans ce contexte, le secret sacramentel de la confession revêt une importance particulière pour l’Église catholique. Il s’inscrit dans le cadre plus large de la liberté religieuse qui garantit aux communautés croyantes un espace propre de vie, d’organisation et de discipline interne (cf. Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, Acte final d’Helsinki, 1er août 1975, Principe VII). Le protéger juridiquement, comme c’est le cas de manière analogue dans certaines professions, signifie préserver un espace sacré de liberté intérieure, où le croyant peut ouvrir son âme à Dieu sans craindre de pressions extérieures, comme le reconnaissent également les normes internationales (cf. Cour pénale internationale, Règlement de procédure et de preuve, règle 73. 3).

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de m’attarder un instant sur certaines images qui ornent cette Assemblée. Dans cette Salle des Séances, la lumière naturelle pénètre par la verrière qui surplombe la salle. Cette lumière venue d’en haut peut nous rappeler que la politique doit elle aussi reconnaître une dimension qui la précède et la dépasse.

De même, les peintures qui évoquent, en haut du mur principal, la réception de l’Évangile et du Décalogue, rappellent quelque chose d’essentiel. Sans confondre l’ordre politique avec l’ordre religieux, ces signes invitent à reconnaître que la liberté moderne a également été préparée par une longue éducation de la conscience, profondément marquée par la tradition chrétienne. Dans cette école intérieure, les peuples ont appris que le droit doit servir le bien, que la justice impose des limites à la force, que le pouvoir a besoin de légitimité, que les pauvres font pleinement partie de la communauté, que l’étranger doit être accueilli conformément à sa dignité et que la vie humaine ne peut jamais être traitée comme une marchandise.

Une loi n’atteint pas sa véritable grandeur par le simple fait d’avoir été formellement approuvée ; elle l’atteint lorsque, en plus d’être valide dans sa forme, elle peut se présenter devant la dignité de la personne et sortir de cet examen sans honte.

Je vous invite donc à lever les yeux : non pas pour vous éloigner de la réalité, mais pour vous rappeler que toute décision des autorités publiques touche des personnes en chair et en os, en particulier celles qui ont le moins de force pour se faire entendre. Car la hauteur de vue consiste précisément à regarder avec plus de profondeur ce qui est en jeu dans chaque décision publique. C’est pourquoi, outre les réponses techniques et les réformes juridiques, un renouveau moral s’impose également.

L’Espagne a beaucoup à offrir sur cette voie. Elle possède une langue qui unit les continents ; une tradition culturelle, juridique et spirituelle qui a su mettre en dialogue la foi et la raison, le droit et la conscience, l’unité et la pluralité. Cette expérience historique rappelle également la valeur de la concorde et de l’effort patient pour construire une coexistence pacifique et juste.

Que cette noble nation ne perde jamais la mémoire de ses racines ni l’audace de regarder vers l’avenir. Que l’Espagne continue d’être une terre de rencontre, de culture, de solidarité et d’espoir. Et que sa vie publique sache toujours allier la fermeté des convictions à la noblesse du dialogue et à la grandeur du service.

Que Dieu accorde la paix à toutes les nations de la terre, la concorde aux familles et la sérénité aux consciences. Et que, sur le Royaume d’Espagne, marqué par l’empreinte apostolique de saint Jacques et par la présence maternelle de la Virgen del Pilar, descendent des jours de prospérité, de justice et de paix durable. Merci beaucoup.

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