AU FIL DES JOURS...

– edition du 07/06/2026

07/06/2026

Cambodge

Méditation : Se laisser rencontrer

 

Prendre soin, c’est être attentif ou encore veiller à. C’est aussi aider, protéger, ou tendre la main. C’est ce que le Seigneur veut faire pour chacune de nos vies.

Car, Il a pour chacun de nous des projets, une orientation intime qu’il veut donner à notre vie. Dieu prend et prendra toujours soin de nous, et cela, mieux que nous-mêmes. Seulement, nous devons nous approcher de Lui avec assurance et Lui faire confiance. Dans la foi chrétienne cela s’appelle Le rencontrer !

Benoît XVI, dans Deus Caritas I l’affirme « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et, par-là, son orientation décisive. (…) »

Cap sur l’Égypte

Confrontée à une crise énergétique et à une forte hausse des prix alimentaires et des carburants, la population égyptienne traverse de nombreuses difficultés. Les défis économiques et la situation politique actuelle font persister les problématiques sociales du pays, puisque près de 30% des Egyptiens vivent sous le seuil de pauvreté. Dans la vie quotidienne, beaucoup peinent à accéder à des services essentiels comme les soins de santé, l’éducation ou une alimentation suffisante, tandis que les coupures d’électricité sont devenues fréquentes, notamment en été.

Chers amis,

Je vous remercie de me donner l’occasion de m’adresser à vous en cette toute fin de Ramadan. C’est une heureuse coïncidence, cette année, que le mois sacré de l’Islam s’achève quelques jours après la célébration de Pâques, la fête la plus importante pour les chrétiens.

Mais ce moment de joie, qui nous pousse à lever les yeux vers le ciel et à adorer le Seigneur « miséricordieux et tout-puissant »(Nostra Aetate, 3), contraste fortement avec la tristesse du sang qui coule sur les terres bénies du Moyen-Orient.

Frères et sœurs, notre père Abraham a levé les yeux vers le ciel pour regarder les étoiles : la lumière de la vie, qui nous enveloppe et nous embrasse d’en haut, nous demande de vaincre la nuit de la haine pour que, selon la volonté du Créateur, ce soient les étoiles qui illuminent la terre, et non la terre qui brûle, ravagée par les flammes des armes qui embrasent le ciel !

Dieu est paix et veut la paix. Celui qui croit en Lui ne peut que répudier la guerre, qui ne résout pas, mais augmente les conflits. La guerre, je ne me lasse pas de le répéter, est toujours et uniquement une défaite : c’est un chemin sans but ; elle n’ouvre pas de perspectives, mais éteint l’espérance.

Je suis bouleversé par le conflit en Palestine et en Israël : cessez immédiatement le feu dans la bande de Gaza, où se produit une catastrophe humanitaire ; que l’aide arrive à la population palestinienne qui souffre tant ; que les otages enlevés en octobre soient libérés ! Et je pense à la Syrie martyrisée, au Liban, à tout le Moyen-Orient : ne laissons pas s’attiser les flammes du ressentiment, poussées par les vents mortels de la course aux armements ! Ne laissons pas la guerre s’étendre ! Arrêtons l’inertie du mal !

Je pense aux familles, aux jeunes, aux travailleurs, aux personnes âgées, aux enfants : je suis certain que dans leur cœur, dans le cœur des gens ordinaires, il y a une grande aspiration à la paix. Et que, face à l’expansion de la violence, alors que les larmes coulent de leurs yeux, un seul mot sort de leur bouche : « assez ». Assez ! – Moi aussi, je le répète – à ceux qui ont la grave responsabilité de gouverner les nations : assez, stop ! S’il vous plaît, arrêtez le bruit des armes et pensez aux enfants, à tous les enfants, comme à vos propres enfants. Regardons tous l’avenir avec les yeux des enfants. Ils ne demandent pas qui est l’ennemi à détruire, mais qui sont les amis avec lesquels ils peuvent jouer ; ils ont besoin de maisons, de parcs et d’écoles, pas de tombes et de fosses !

Mes amis, je crois que les déserts peuvent fleurir : comme dans la nature, il en va de même dans le cœur des gens et dans la vie des peuples. Mais les pousses d’espoir ne germeront des déserts de haine que si nous savons grandir ensemble, côte à côte ; si nous savons respecter les croyances des autres ; si nous savons reconnaître le droit de chaque peuple à exister et le droit de chaque peuple à avoir un État ; si nous savons vivre en paix sans diaboliser qui que ce soit. Je crois et j’espère en cela, et avec moi les chrétiens qui, au milieu de nombreuses difficultés, vivent au Moyen-Orient : je les embrasse et les encourage, en demandant qu’ils aient toujours et partout le droit et la possibilité de professer librement leur foi, qui parle de paix et de fraternité.

Je vous remercie de votre attention. Je vous salue avec affection, en vous assurant que je porte le Moyen-Orient dans mon cœur. À chacun d’entre vous, je souhaite tout le bien et la bénédiction du Très-Haut.

Shukran! [merci].

 

Texte original en italien. Traduction en français non officielle
Copyright © Dicastère pour la Communication – Libraire Editrice Vaticane

Salle Paul VI, mercredi 20 août 2025

Jésus-Christ notre espérance – III. La Pâque de Jésus. 3.  Le pardon. « Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,2)

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, nous nous arrêtons sur l’un des gestes les plus bouleversants et lumineux de l’Évangile : le moment où Jésus, lors de la Dernière Cène, tend une bouchée à celui qui s’apprête à le trahir. Ce n’est pas seulement un geste de partage, c’est bien plus : c’est l’ultime tentative de l’amour de ne pas se rendre.

Saint Jean, avec sa profonde sensibilité spirituelle, nous décrit ainsi ce moment : « Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer […]  Jésus, sachant que son heure était venue […] les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1-2). Aimer jusqu’au bout : telle est la clé pour comprendre le cœur du Christ. Un amour qui ne s’arrête pas face au rejet, à la déception, ni même à l’ingratitude.

Jésus connaît l’heure, mais ne la subit pas : il la choisit. C’est lui qui reconnaît le moment où son amour devra endurer la blessure la plus douloureuse, celle de la trahison. Et au lieu de se retirer, d’accuser, de se défendre… il continue d’aimer : il lave les pieds, imbibe le pain et l’offre.

« C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper » (Jn 13, 26). Par ce geste simple et humble, Jésus montre pleinement son amour. Non pas qu’il ignore ce qui se passe, mais précisément parce qu’il voit clairement. Il a compris que la liberté des autres, même quand on se perd dans le mal, peut encore être atteinte par la lumière d’un geste doux.  Car il sait que le véritable pardon n’attend pas le repentir, mais s’offre d’abord, comme don gratuit, avant même d’être reçu.

Judas, malheureusement, ne comprend pas. Après la bouchée — dit l’Évangile — « Satan entra en lui » (v. 27). Ce passage nous frappe : comme si le mal, jusque-là caché, se manifestait après que l’amour eut montré son visage le plus désarmé. Et c’est précisément pour cela, frères et sœurs, que cette bouchée est notre salut : parce qu’elle nous dit que Dieu fait tout — absolument tout — pour aller vers nous, même à l’heure où nous le rejetons.

C’est ici que le pardon se révèle dans toute sa puissance et manifeste le visage concret de l’espérance. Il n’est ni oubli, ni faiblesse. Il est la capacité de laisser l’autre libre, tout en l’aimant jusqu’au bout. L’amour de Jésus ne nie pas la vérité de la douleur, mais il ne permet pas au mal d’avoir le dernier mot. Tel est le mystère que Jésus accomplit pour nous, auquel nous aussi, parfois, nous sommes appelés à participer.

Combien de relations se brisent, combien d’histoires se compliquent, combien de non-dits restent suspendus. Pourtant, l’Évangile nous montre qu’il y a toujours une façon de continuer à aimer, même lorsque tout semble irrémédiablement compromis. Pardonner ne signifie pas nier le mal, mais l’empêcher d’engendrer un autre mal. Il ne s’agit pas de dire qu’il ne s’est rien passé, mais de tout faire pour que le ressentiment ne décide pas de l’avenir.

Quand Judas quitte la pièce, « il faisait nuit » (v. 30). Mais aussitôt après, Jésus dit : « Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié » (v. 31). La nuit est encore là, mais une lumière a déjà commencé à briller. Et elle brille parce que le Christ reste fidèle jusqu’au bout, et ainsi son amour est plus fort que la haine.

Chers frères et sœurs, nous aussi, nous vivons des nuits douloureuses et difficiles. Des nuits de l’âme, des nuits de déception, des nuits où quelqu’un nous a blessés ou trahis. Dans ces moments-là, la tentation est de se renfermer, de se protéger, de riposter. Mais le Seigneur nous montre l’espérance qui existe, d’une autre voie qui existe toujours. Il nous enseigne que nous pouvons offrir une bouchée même à ceux qui nous tournent le dos. Que nous pouvons répondre par le silence de la confiance. Et que nous pouvons avancer avec dignité, sans renoncer à l’amour.

Demandons aujourd’hui la grâce de savoir pardonner, même lorsque nous nous sentons incompris, même lorsque nous nous sentons abandonnés. Car c’est précisément dans ces moments-là que l’amour peut atteindre son apogée. Comme Jésus nous l’enseigne, aimer signifie laisser l’autre libre — même de trahir — sans jamais cesser de croire que même cette liberté, blessée et perdue, peut être arrachée aux illusions des ténèbres et ramenée à la lumière du bien.

Lorsque la lumière du pardon parvient à filtrer à travers les  fissures les plus profondes du cœur, nous comprenons qu’il n’est jamais inutile. Même si l’autre ne l’accepte pas, même s’il semble vain, le pardon libère celui qui le donne: il dissout le ressentiment, restaure la paix et nous rend à nous-mêmes.

Jésus, par le geste simple du pain offert, montre que toute trahison peut devenir une occasion de salut, si elle est choisie comme espace d’un amour plus grand. Il ne cède pas au mal, mais le vainc par le bien, l’empêchant d’éteindre ce qu’il y a de plus vrai en nous: la capacité d’aimer.

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APPEL

Vendredi prochain, 22 août, nous célébrerons la mémoire de la Bienheureuse Vierge Marie Reine. Marie est la Mère des croyants ici sur terre et est invoquée également comme Reine de la paix. Tandis que notre terre continue d’être blessée par des guerres en Terre Sainte, en Ukraine et dans beaucoup d’autres régions du monde, j’invite tous les fidèles à vivre la journée du 22 août dans le jeûne et la prière, en suppliant le Seigneur de nous accorder la paix et la justice et de sécher les larmes de ceux qui souffrent à cause des conflits armés en cours.

Que Marie, Reine de la paix, intercède afin que les peuples trouvent la voie de la paix.

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Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les groupes de pèlerins venus du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, du Sénégal et de France.

Demandons aujourd’hui, à la ressemblance de Jésus, la grâce de savoir pardonner, même lorsque nous ne nous sentons pas compris, même lorsque nous nous sentons abandonnés. C’est précisément dans ces moments-là que l’amour peut atteindre son sommet.

Que Dieu vous bénisse !

 

 

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Méditation :

Dieu qui est « communauté d’amour » nous a créés par amour, pour participer en ensemble, en Église, à sa vie d’amour et d’unité. Cette « assomption communautaire » à laquelle nous sommes appelés n’empêche pas l’intimité de chaque personne avec Dieu. Notre vocation est de communier personnellement à la vie divine, mais surtout d’y communier ensemble. Notre joie sera d’autant plus grande que nous aimerons Dieu ensemble et que nous nous aimerons les uns les autres du même amour dont Il aime chacun.

Notre amour fraternel sera d’autant plus ardent que nous aurons dès ici-bas travaillé ensemble à établir cette communion d’amour et à préparer l’Église éternelle. Nous goûterons alors la vérité de ce psaume « Voyez qu’il est bon et doux d’habiter en frères tous ensemble ! » (Ps 132, 1)

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Parler avec le cœur.
« Selon la vérité, dans la charité » (Ep 4, 15)

 

Chers frères et sœurs !

Après avoir réfléchi, les années précédentes, sur les verbes  » aller et voir  » et  » écouter  » comme conditions d’une bonne communication, je voudrais, avec ce message pour la 57 ème Journée Mondiale des Communications, m’arrêter sur « parler avec le cœur ». C’est le cœur qui nous a poussé à aller, voir et écouter, et c’est le cœur qui nous pousse à une communication ouverte et accueillante. Après nous être formés à l’écoute, qui demande attente et patience, ainsi que le renoncement à affirmer au préalable notre point de vue, nous pouvons entrer dans la dynamique du dialogue et du partage, qui est précisément celle du fait de communiquer cordialement. Une fois que nous aurons écouté l’autre avec un cœur pur, nous réussirons également à parler selon la vérité dans l’amour (cf. Ep 4, 15). Nous devons avoir peur non pas de proclamer la vérité, même si elle est parfois inconfortable, mais de le faire sans charité, sans cœur. Parce que « le programme du chrétien – comme l’a écrit Benoît XVI – est « un cœur qui voit » » [1] . Un cœur qui, par ses pulsations, révèle la vérité de notre être et qui, pour cette raison, doit être écouté. Cela incite celui qui écoute à se mettre sur la même longueur d’onde, au point de pouvoir sentir dans son propre cœur les pulsations de l’autre. Alors le miracle de la rencontre peut se produire, qui nous amène à nous regarder les uns les autres avec compassion, accueillant avec respect les fragilités de chacun, plutôt que de juger par ouï-dire et de semer la discorde et les divisions.

Jésus nous avertit que tout arbre se reconnaît à ses fruits (cf. Lc 6, 44) : « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (v. 45). Par conséquent, pour pouvoir communiquer selon la vérité dans la charité, l’on doit purifier son propre cœur. Ce n’est qu’en écoutant et en parlant avec un cœur pur que nous pouvons voir au-delà des apparences et surmonter le bruit indistinct qui, également dans le domaine de l’information, ne nous aide pas à discerner dans la complexité du monde où nous vivons. L’appel à parler avec le cœur interpelle radicalement notre temps, tellement enclin à l’indifférence et à l’indignation, parfois même sur la base de la désinformation qui falsifie et instrumentalise la vérité.

Communiquer cordialement

Communiquer cordialement signifie que celui qui nous lit ou nous écoute est amené à saisir notre participation aux joies et aux craintes, aux espoirs et aux souffrances des femmes et des hommes de notre temps. Celui qui parle ainsi aime l’autre parce qu’il se soucie de lui et veille sur sa liberté, sans la violer. Nous pouvons voir ce style dans le mystérieux Voyageur qui converse avec les disciples sur le chemin d’Emmaüs après la tragédie advenue sur le Golgotha. Jésus ressuscité leur parle avec le cœur, accompagnant respectueusement le chemin de leur douleur, se proposant plutôt que s’imposant, leur ouvrant avec amour l’esprit à la compréhension du sens plus profond de ce qui est arrivé. En effet, ils peuvent s’exclamer avec joie que leur cœur brûlait intérieurement tandis qu’Il conversait en chemin et leur expliquait les Écritures (cf. Lc 24, 32).

Dans une période de l’histoire marquée par des polarisations et contrapositions – dont, malheureusement, la communauté ecclésiale n’est pas exempte – l’engagement pour une communication « à cœur et à bras ouverts » ne concerne pas seulement les professionnels de l’information, mais est une responsabilité de tout un chacun. Nous sommes tous appelés à rechercher et à dire la vérité, et à le faire avec charité. Nous chrétiens, en particulier, sommes continuellement exhortés à garder notre langue du mal (cf. Ps 34, 14), puisque, comme l’enseigne l’Écriture, avec elle nous pouvons aussi bien bénir le Seigneur et maudire les hommes créés à l’image de Dieu (cf. Jc 3, 9). De notre bouche ne devraient pas sortir de paroles mauvaises, « mais plutôt une parole bonne et constructive, profitable à ceux qui écoutent » (Ep 4, 29).

Parfois, un discours aimable ouvre une brèche dans les cœurs les plus endurcis. Nous en trouvons également des traces dans la littérature. Je pense à cette page mémorable du chapitre 21 du roman Les Fiancés (Promessi Sposi) où Lucia parle avec son cœur à l’Inconnu jusqu’à ce que celui-ci, désarmé et tourmenté par une crise intérieure salutaire, cède à la douce force de l’amour. Nous en faisons l’expérience dans la coexistence civique, où la gentillesse n’est pas seulement une question de “bonnes manières”, mais un véritable antidote à la cruauté, qui malheureusement peut empoisonner les cœurs et envenimer les relations. Nous en avons besoin dans les médias, afin que la communication ne nourrisse pas un ressentiment qui exaspère, génère de la colère et mène à la confrontation, mais qu’elle aide les gens à réfléchir calmement, à décrypter, avec un esprit critique et toujours respectueux, la réalité dans laquelle ils vivent.

La communication de cœur à cœur : « Il suffit d’aimer bien pour bien s’exprimer ».

L’un des exemples les plus lumineux et les plus fascinants du « parler avec le cœur » est celui de saint François de Sales, Docteur de l’Église, à qui j’ai récemment dédié la lettre apostolique Totum amoris est, 400 ans après sa mort. Parallèlement à cet important anniversaire, il me plaît de rappeler en la circonstance un autre anniversaire en cette année 2023 : le centenaire de sa proclamation comme patron des journalistes catholiques par Pie XI avec l’Encyclique Rerum omnium perturbationem. Intellectuel brillant, écrivain prolifique, théologien d’une grande profondeur, François de Sales est évêque de Genève au début du XVIIe siècle, dans des années difficiles marquées par de vives disputes avec les calvinistes. Sa douceur, son humanité, sa disposition à dialoguer patiemment avec tout le monde et surtout avec ceux qui s’opposaient à lui, firent de lui un témoin extraordinaire de l’amour miséricordieux de Dieu. On pouvait dire de lui que « la parole agréable attire de nombreux amis, le langage aimable attire de nombreuses gentillesses » (Sir 6,5). D’ailleurs, l’une de ses déclarations les plus célèbres, « le cœur parle au cœur », a inspiré des générations de fidèles, dont saint John Henry Newman qui en a fait sa devise, Cor ad cor loquitur : « Il suffit de bien aimer pour bien s’exprimer », était l’une de ses convictions. Cela montre comment, pour lui, la communication ne doit jamais être réduite à un artifice, à – nous dirions aujourd’hui – une stratégie de marketing, mais doit être le reflet de l’âme, la surface visible d’un noyau d’amour invisible aux yeux. Pour saint François de Sales, c’est précisément « dans le cœur et par le cœur que s’accomplit ce processus d’unification subtil et intense en vertu duquel l’homme reconnaît Dieu ». [2] En « aimant bien », saint François est parvenu à communiquer avec le sourd-muet Martin, devenant son ami ; c’est pourquoi on se souvient aussi de lui comme protecteur des personnes souffrant de handicap de communication.

C’est à partir de ce « critère de l’amour » que, par ses écrits et son témoignage de vie, le saint évêque de Genève nous rappelle que « nous sommes ce que nous communiquons ». Une leçon qui va à contre-courant aujourd’hui, à une époque où, comme nous le vivons notamment sur les réseaux sociaux, la communication est souvent instrumentalisée pour que le monde nous voie comme nous voudrions être et non comme nous sommes. Saint François de Sales diffusa de nombreux exemplaires de ses écrits dans la communauté genevoise. Cette intuition « journalistique » lui valut une réputation qui rapidement dépassa le périmètre de son diocèse et qui perdure encore de nos jours. Ses écrits, comme l’a fait remarquer saint Paul VI, constituent « une lecture extrêmement agréable, instructive et stimulante » [3] . Si l’on observe le paysage de la communication aujourd’hui, ne s’agit-il pas précisément des caractéristiques auxquelles doit satisfaire un article, un reportage, une émission de radio ou de télévision ou un post sur les réseaux sociaux ? Puissent donc les professionnels de la communication se laisser inspirer par ce saint de la tendresse, en recherchant et en racontant la vérité avec courage et liberté, tout en rejetant la tentation d’utiliser des expressions percutantes et agressives.

Parler avec le cœur dans le processus synodal

Comme je l’ai souligné, « même dans l’Église, il y a un grand besoin d’écouter et de s’écouter. C’est le don le plus précieux et le plus généreux que nous pouvons offrir les uns les autres ». [4] D’une écoute sans préjugés, attentive et disponible, naît une « prise de parole » selon le style de Dieu, nourrie de proximité, de compassion et de tendresse. Nous avons un besoin urgent dans l’Église d’une communication qui embrase les cœurs, qui soit un baume sur les blessures et qui éclaire le chemin de nos frères et sœurs. Je rêve d’une communication ecclésiale qui sache se laisser guider par l’Esprit Saint, douce et en même temps prophétique, qui sache trouver de nouvelles formes et modalités pour la merveilleuse annonce qu’elle est appelée à porter dans le troisième millénaire. Une communication qui mette au centre la relation avec Dieu et le prochain, en particulier les plus démunis, et qui sache allumer le feu de la foi plutôt que préserver les cendres d’une identité autoréférentielle. Une communication dont les fondements sont l’humilité dans l’écoute et la parresia dans le parler, qui ne sépare jamais la vérité de la charité.

Désarmer les esprits en promouvant un langage de paix

« Une langue délicate peut broyer un os » dit le livre des Proverbes (25,15). Parler avec le cœur est plus que jamais nécessaire aujourd’hui pour promouvoir une culture de la paix là où il y a la guerre ; pour ouvrir des sentiers qui permettent le dialogue et la réconciliation là où la haine et l’inimitié font rage. Dans le contexte dramatique de conflit mondial que nous connaissons, il est urgent d’affirmer une communication qui ne soit pas hostile. Il est nécessaire de surmonter « l’habitude de disqualifier instantanément l’adversaire en lui appliquant des épithètes humiliantes, en lieu et place d’un dialogue ouvert et respectueux ». [5] Nous avons besoin de communicateurs disposés au dialogue, impliqués dans la promotion du désarmement intégral et engagés à dissiper la psychose de la guerre qui se niche dans nos cœurs, comme l’exhortait prophétiquement saint Jean XXIII dans l’encyclique Pacem in Terris : « La vraie paix ne peut s’édifier que dans la confiance mutuelle » (n. 61). Une confiance qui a besoin de communicateurs qui ne soient pas retranchés, mais audacieux et créatifs, prêts à prendre des risques pour trouver un terrain d’entente où se rencontrer. Comme il y a 60 ans, nous vivons aujourd’hui une heure sombre où l’humanité craint une escalade de la guerre, qu’il faut endiguer au plus vite, y compris au niveau de la communication. On est consterné d’entendre avec quelle facilité sont prononcés des paroles appelant à la destruction de peuples et de territoires. Des propos qui, malheureusement, se transforment souvent en actions guerrières d’une violence féroce. C’est pourquoi toute rhétorique belliqueuse doit être rejetée, de même que toute forme de propagande qui manipule la vérité, la défigurant à des fins idéologiques. Au contraire, il faut promouvoir à tous les niveaux une communication qui aide à créer les conditions pour résoudre les conflits entre les peuples.

En tant que chrétiens, nous savons que c’est vraiment grâce à la conversion du cœur que se décide le sort de la paix, puisque le virus de la guerre vient de l’intérieur du cœur humain. [6] Du cœur jaillissent les paroles justes pour dissiper les ombres d’un monde fermé et divisé et construire une civilisation meilleure que celle que nous avons reçue. Il s’agit d’un effort demandé à chacun d’entre nous, mais qui exige tout particulièrement un sens des responsabilités de la part des professionnels de la communication, pour qu’ils exercent leur profession comme une mission.

Que le Seigneur Jésus, Parole pure jaillissant du cœur du Père, nous aide à rendre notre communication libre, limpide et cordiale.

Que le Seigneur Jésus, Verbe fait chair, nous aide à nous mettre à l’écoute de la pulsation des cœurs, à nous redécouvrir frères et sœurs, et à désarmer l’hostilité qui divise.

Que le Seigneur Jésus, Parole de vérité et d’amour, nous aide à dire la vérité dans la charité, afin de nous sentir gardiens les uns des autres.

 

Rome, St Jean de Latran, 24 janvier 2023, mémoire de St François de Sales.

FRANÇOIS

 


[1] Let. enc. Deus caritas est, n. 31.

[2] Let. Apost. Totum amoris est (28 décembre 2022).

[3] Lettre Apostolique Sabaudiae gemmaà l’occasion du quatrième centenaire de la naissancede saint François de Sales, Docteur de l’Église (29 janvier 1967).

[4] Message pour la LVIe Journée Mondiale des Communications Sociales (24 janvier 2022).

[5] Let. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 201.

[6] Cf. Message pour la 56ème Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2023.

 

Source : vatican.va
Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

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Méditation :

Prends tout, Seigneur !

« […] Jésus regardait la foule qui mettait de l’argent dans le tronc.
De nombreux riches mettaient beaucoup. Vint une veuve pauvre qui mit deux petites pièces, quelques centimes. » Marc 12.41-44

Le défi qu’a relevé de manière idéale la veuve de l’Evangile avec son obole n’est pas tant de donner beaucoup que de bien donner. Car la manière dont je donne est l’image du don que je fais librement de moi-même. Cette veuve restera un modèle indépassable. Pourquoi ? Parce qu’elle t’offre tout… Elle donne le tout du peu qu’elle a dans une confiance complète.

En Te donnant ces deux piécettes, au fond elle te donne sa vie, puisque c’était tout ce qu’elle avait pour vivre.  Seigneur si nous allons plus loin, Tu ne veux pas tant de ce que nous avons, que ce que nous sommes. Jésus, nous voulons T’offrir notre vie avec ses ombres et ses lumières, le tout du peu que nous sommes nous Te le donnons. Prends tout Seigneur !

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Méditation :

Philippiens 2, 4 « Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. »

 

Pour nous chrétiens, il s’agit d’un devoir fondamental lié à notre création à l’image de Dieu. Je suis invité à accueillir, aimer mon prochain comme Dieu l’a fait le premier.

 Nous avons été créés pour nous servir les uns les autres. Cela fait partie de notre mandat et c’est notre nature la plus profonde. Mais le péché originel, autrement appelé « la chute », bouscule cet ordre naturel. Il nous divise entre une propension à l’altruisme et à l’égocentrisme. Nous avons besoin d’une parole plus forte que notre égoïsme pour nous sortir de nous-même et cette invitation se fait sous la forme d’un commandement : tu aimeras ton prochain comme toi-même. En renonçant à soi et en choisissant de laisser de l’espace, de la place à l’autre, j’accomplis l’œuvre de Dieu en moi !

La vocation : grâce et mission

Chers frères et sœurs, chers jeunes !

C’est la soixantième fois que nous célébrons la Journée mondiale de prière pour les vocations, instituée par saint Paul VI en 1964, au cours du Concile œcuménique Vatican II. Cette initiative providentielle vise à aider les membres du Peuple de Dieu, personnellement et en communauté, à répondre à l’appel et à la mission que le Seigneur confie à chacun dans le monde d’aujourd’hui, avec ses blessures et ses espoirs, ses défis, ses succès.

Cette année, je vous propose de réfléchir et de prier en étant guidés par le thème « Vocation : grâce et mission ». C’est une occasion précieuse pour redécouvrir avec émerveillement que l’appel du Seigneur est une grâce, un don gratuit, et qu’il s’agit en même temps d’un engagement à partir, à sortir pour apporter l’Évangile. Nous sommes appelés à témoigner de la foi, qui lie fortement la vie de la grâce, à travers les sacrements, la communion ecclésiale, et l’apostolat dans le monde. Animé par l’Esprit, le chrétien se laisse interpeller par les périphéries existentielles et est sensible aux drames humains, en gardant toujours à l’esprit que la mission est l’œuvre de Dieu et qu’elle ne s’accomplit pas seul, mais dans la communion ecclésiale, avec ses frères et sœurs, guidés par les pasteurs. Car tel est, depuis toujours et pour toujours, le rêve de Dieu : que nous vivions avec Lui dans une communion d’amour.

« Choisis avant la création du monde ».

L’apôtre Paul ouvre devant nous un horizon merveilleux : Dieu le Père « nous a choisis dans le Christ, avant la création du monde pour que nous soyons saints, immaculés devant lui dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté » (Ep 1, 4-5). Ce sont des mots qui nous permettent de voir la vie dans sa pleine signification : Dieu nous « conçoit » à son image et à sa ressemblance et veut que nous soyons ses enfants : nous avons été créés par l’Amour, par amour et avec amour, et nous sommes faits pour aimer.

Au cours de notre vie, cet appel, inscrit dans les fibres de notre être et porteur du secret du bonheur, nous rejoint, par l’action de l’Esprit Saint, d’une manière toujours nouvelle, éclaire notre intelligence, donne de la vigueur à notre volonté, nous émerveille et fait brûler notre cœur. Parfois, elle fait même irruption à l’improviste. Ce fut le cas pour moi le 21 septembre 1953, lorsque, me rendant à la fête annuelle des étudiants, j’ai ressenti le besoin d’entrer dans une église et de me confesser. Ce jour a changé ma vie et l’a façonnée d’une manière qui dure encore aujourd’hui. Mais l’appel divin au don de soi se fait progressivement, à travers un cheminement : au contact d’une situation de pauvreté, dans un moment de prière, grâce à un témoignage clair de l’Évangile, à travers une lecture qui nous ouvre l’esprit, lorsque nous écoutons une Parole de Dieu et que nous sentons qu’elle nous est adressée, dans le conseil d’un frère ou d’une sœur qui nous accompagne, dans un temps de maladie ou de deuil… L’imagination de Dieu qui nous appelle est infinie.

Et son initiative et son don gratuit attendent notre réponse. La vocation est « l’entrelacement du choix divin et de la liberté humaine » [1]. C’est une relation dynamique et stimulante qui a pour interlocuteurs Dieu et le cœur de l’homme. Ainsi, le don de la vocation est comme une graine divine qui germe dans le sol de notre vie, nous ouvre à Dieu et aux autres pour partager avec eux le trésor que nous avons trouvé. Telle est la structure fondamentale de ce que nous entendons par vocation : Dieu appelle en aimant et nous, reconnaissants, répondons en aimant. Nous nous découvrons fils et filles aimés par le même Père et nous nous reconnaissons frères et sœurs entre nous. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, lorsqu’elle a enfin « vu » clairement cette réalité, s’est exclamée : « Ma vocation je l’ai enfin trouvée ! Ma vocation, c’est l’Amour ! Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Église […]. Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour » [2].

« Je suis une mission sur cette terre »

L’appel de Dieu, comme nous l’avons dit, comprend l’envoi. Il n’y a pas de vocation sans mission. Et il n’y a pas de bonheur ni de pleine réalisation de soi sans offrir aux autres la nouvelle vie que nous avons trouvée. L’appel divin à l’amour est une expérience qui ne peut être réduite au silence. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile », s’exclame saint Paul (1 Co 9, 16). Et la première Lettre de Jean commence ainsi : Ce que nous avons entendu, vu, contemplé et touché, c’est-à-dire le Verbe fait chair, nous vous l’annonçons aussi pour que notre joie soit complète (cf. 1, 1-4).

Il y a cinq ans, dans l’Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, je m’adressais ainsi à chaque baptisé : « Toi aussi, tu dois concevoir la totalité de ta vie comme une mission » (n. 23). Oui, parce que chacun de nous, sans exception, peut dire : « Je suis une mission sur cette terre, et c’est pourquoi je suis dans ce monde » (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 273).

La mission commune à tous les chrétiens est de témoigner joyeusement, en toute situation, par des attitudes et des paroles, de ce que nous vivons en étant avec Jésus et dans sa communauté qu’est l’Église. Elle se traduit par des œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, par un style de vie accueillant et doux, capable de proximité, de compassion et de tendresse, à contre-courant de la culture du rejet et de l’indifférence. Être le prochain, comme le bon Samaritain (cf. Lc 10, 25-37), nous permet de comprendre le « cœur » de la vocation chrétienne : imiter Jésus-Christ qui est venu pour servir et non pour être servi (cf. Mc 10, 45).

Cette action missionnaire ne découle pas simplement de nos capacités, de nos intentions ou de nos projets, ni de notre volonté, ni même de notre effort pour pratiquer les vertus, mais d’une expérience profonde avec Jésus. Ce n’est qu’alors que nous pouvons devenir les témoins de Quelqu’un, d’une Vie, et cela fait de nous des « apôtres ». C’est alors que nous nous reconnaissons « marqués par cette mission d’éclairer, de bénir, de vivifier, d’élever, de guérir, de libérer » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 273).

Les deux disciples d’Emmaüs sont une icône évangélique de cette expérience. Après leur rencontre avec Jésus ressuscité, ils se confient l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » ( Lc 24, 32). En eux, nous pouvons voir ce que signifie avoir « un cœur brûlant et des pieds en marche » [3]. C’est ce que je souhaite également pour les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse de Lisbonne, que j’attends avec joie et dont la devise est : « Marie se mit en route avec empressement » ( Lc 1, 39).Que chacun se sente appelé à se lever et à partir en hâte, avec un cœur ardent !

Appelés ensemble : convoqués

L’évangéliste Marc raconte le moment où Jésus appela à lui douze disciples, chacun par son nom. Il les constitua pour être avec lui et pour les envoyer prêcher, guérir les maladies et chasser les démons (cf. Mc 3,13-15). Le Seigneur a ainsi posé les fondements de sa nouvelle Communauté. Les Douze étaient des personnes issues de milieux sociaux et de professions différents, n’appartenant pas aux catégories les plus importantes. Les Évangiles nous racontent ensuite d’autres appels, comme celui des soixante-douze disciples que Jésus envoya deux par deux (cf. Lc 10, 1).

L’Église est précisément l’Ekklesía, terme grec qui signifie : assemblée de personnes appelées, convoquées, pour former la communauté des disciples missionnaires de Jésus-Christ, engagés à vivre son amour au milieu d’eux (cf. Jn 13, 34 ; 15, 12) et à le répandre parmi tous, pour que vienne le Royaume de Dieu.

Dans l’Église, nous sommes tous des serviteurs et des servantes, selon des vocations, des charismes et des ministères différents. La vocation au don de soi dans l’amour, commune à tous, se déploie et se concrétise dans la vie des laïcs chrétiens, hommes et femmes, engagés dans la construction de la famille comme petite église domestique et dans le renouvellement des différents milieux de la société avec le levain de l’Évangile ; dans le témoignage des personnes consacrées, toutes données à Dieu pour leurs frères et sœurs comme prophétie du Royaume de Dieu ; dans les ministres ordonnés (diacres, prêtres, évêques) mis au service de la Parole, de la prière et de la communion du peuple saint de Dieu. Ce n’est que dans la relation avec toutes les autres que chaque vocation spécifique dans l’Église se révèle pleinement avec sa vérité et sa richesse propres. En ce sens, l’Église est une symphonie vocationnelle, avec toutes les vocations unies et distinctes dans l’harmonie et ensemble « en sortie » pour rayonner dans le monde la vie nouvelle du Royaume de Dieu.

Grâce et mission : don et engagement

Chers frères et sœurs, la vocation est un don et une charge, une source de vie nouvelle et de joie véritable. Que les initiatives de prière et d’animation associées à cette Journée renforcent la conscience vocationnelle dans nos familles, dans les communautés paroissiales et dans les communautés de vie consacrée, dans les associations et dans les mouvements ecclésiaux. Que l’Esprit du Seigneur ressuscité nous arrache à l’apathie et nous donne la sympathie et l’empathie, afin que nous puissions vivre chaque jour régénérés en tant que fils du Dieu Amour (cf. 1 Jn 4, 16) et être à notre tour générateurs d’amour : capables d’apporter la vie partout, en particulier là où il y a exclusion et exploitation, dénuement et mort. Pour que les espaces de l’amour s’élargissent [4] et que Dieu règne toujours plus dans ce monde.

Que la prière composée par saint Paul VI pour la première Journée mondiale des vocations, le 11 avril 1964, nous accompagne sur ce chemin :

Ô Jésus, divin Pasteur des âmes, qui as appelé les Apôtres à être des pêcheurs d’hommes, attire de nouveau à toi les âmes ardentes et généreuses des jeunes, pour en faire tes disciples et tes ministres ; fais-les participer à ta soif de Rédemption universelle, […] ouvre-leur les horizons du monde entier, […] afin que, répondant à ton appel, ils prolongent ta mission ici-bas, construisent ton Corps mystique, qui est l’Église, et soient « sel de la terre », « lumière du monde » (Mt 5, 13).

Que la Vierge Marie vous accompagne et vous protège. Avec ma bénédiction.

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 30 avril 2023, 4ème dimanche de Pâques.

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[1] Document final de la 15ème Assemblée générale ordinaire du Synode des Evêques (2018), Jeunes, foi er discernement vocationnel, n.78.

[2] Manuscrit B, écrit durant sa dernière retraite (septembre 1896): Oeuvres completes, Paris 1992, p. 226.

3] Cf. Message pour la 97ème Journée Missionnaire Mondiale (6 janvier 2023).

[4] « Dilatentur spatia caritatis»: Saint Augustin, Sermon 69: PL 5, 440.441.

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Source : vatican.va
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Voyage apostolique du pape Léon XIV en Turquie et au Liban, avec un pèlerinage à Iznik (Turquie) à l’occasion du 1700è anniversaire du premier Concile de Nicée (27 novembre – 2 décembre 2025)

Rencontre avec Sa Sainteté Bartholomée Ier et signature de la Déclaration commune

Palais Patriarcal (Istanbul), samedi 29 novembre 2025

DÉCLARATION COMMUNE

« Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour »
Psaume 106 (105) : 1

À la veille de la fête de saint André, premier apôtre appelé, frère de l’apôtre Pierre et patron du Patriarcat œcuménique, nous, le Pape Léon XIV et le Patriarche œcuménique Bartholomée, rendons grâce à Dieu, notre Père miséricordieux, pour le don de cette rencontre fraternelle. À l’exemple de nos vénérables prédécesseurs et conformément à la volonté de notre Seigneur Jésus-Christ, nous continuons à marcher avec une ferme détermination sur le chemin du dialogue, dans l’amour et la vérité (cf. Eph 4, 15), vers le rétablissement de la pleine communion tant espérée entre nos Églises sœurs. Conscients que l’unité des chrétiens n’est pas seulement le fruit des efforts humains, mais un don qui vient d’en haut, nous invitons tous les membres de nos Églises – clergé, moines, personnes consacrées et fidèles laïcs – à rechercher sincèrement l’accomplissement de la prière que Jésus-Christ a adressée au Père : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi… pour que le monde croie » (Jn 17, 21).

La commémoration du 1700anniversaire du premier Concile œcuménique de Nicée, célébrée à la veille de notre rencontre, a été un moment de grâce extraordinaire. Le Concile de Nicée, tenu en 325 après J.-C., fut un événement providentiel d’unité. Cependant, le but de cette commémoration n’est pas simplement de rappeler l’importance historique du Concile, mais de nous inciter à rester ouverts au même Esprit-Saint qui a parlé à Nicée, alors que nous sommes confrontés aux nombreux défis de notre temps. Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à tous les dirigeants et délégués des autres Églises et communautés ecclésiales qui ont bien voulu participer à cet événement. Outre la reconnaissance des obstacles qui empêchent le rétablissement de la pleine communion entre tous les chrétiens – obstacles que nous cherchons à surmonter par le dialogue théologique –, nous devons également reconnaître que ce qui nous unit, c’est la foi exprimée dans le Credo de Nicée. Il s’agit de la foi salvatrice en la personne du Fils de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, homoousios avec le Père, qui pour nous et pour notre salut a pris chair et a habité parmi nous, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, est monté au ciel et reviendra pour juger les vivants et les morts. Par la venue du Fils de Dieu, nous sommes initiés au mystère de la Sainte Trinité – Père, Fils et Saint-Esprit – et invités à devenir, en et par la personne du Christ, enfants du Père et cohéritiers avec le Christ par la grâce du Saint-Esprit. Fort de cette confession commune, nous pouvons relever les défis qui nous sont communs en témoignant de la foi exprimée à Nicée dans le respect mutuel, et œuvrer ensemble à des solutions concrètes avec une espérance authentique.

Nous sommes convaincus que la commémoration de cet anniversaire important peut inspirer de nouvelles avancées courageuses sur la voie de l’unité. Parmi ses décisions, le premier Concile de Nicée a également fourni les critères permettant de déterminer la date de Pâques, commune à tous les chrétiens. Nous remercions la divine providence d’avoir permis que le monde chrétien tout entier célèbre Pâques le même jour cette année. C’est notre désir commun de poursuivre le processus d’exploration d’une solution possible permettant de célébrer ensemble la Fête des fêtes chaque année. Nous espérons et prions pour que tous les chrétiens, « en toute sagesse et intelligence spirituelle » (Col 1, 9), s’engagent dans le processus visant à parvenir à une célébration commune de la glorieuse résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.

Cette année, nous commémorons également le 60e anniversaire de la Déclaration commune historique de nos vénérables prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Patriarche œcuménique Athénagoras, qui a mis fin à l’échange d’excommunications de 1054. Nous rendons grâce à Dieu que ce geste prophétique ait incité nos Églises à poursuivre « dans un esprit de confiance, d’estime et de charité mutuelles, le dialogue qui les amènera, Dieu aidant, à vivre de nouveau, pour le plus grand bien des âmes et l’avènement du règne de Dieu, dans la pleine communion de foi, de concorde fraternelle et de vie sacramentelle qui exista entre elles au cours de premier millénaire de la vie de l’Église » (Déclaration commune du pape Paul VI et du patriarche œcuménique Athénagoras, 7 décembre 1965). Dans le même temps, nous exhortons ceux qui hésitent encore à toute forme de dialogue à écouter ce que l’Esprit dit aux Églises (cf. Ap 2, 29), qui, dans le contexte actuel de l’histoire, nous exhorte à présenter au monde un témoignage renouvelé de paix, de réconciliation et d’unité.

Convaincus de l’importance du dialogue, nous exprimons notre soutien continu au travail de la Commission mixte internationale pour le Dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe, qui, dans sa phase actuelle, examine des questions qui ont été historiquement considérées comme sources de division. Outre le rôle irremplaçable que joue le dialogue théologique dans le processus de rapprochement entre nos Églises, nous saluons également les autres éléments nécessaires à ce processus, notamment les contacts fraternels, la prière et le travail commun dans tous les domaines où la coopération est déjà possible. Nous exhortons vivement tous les fidèles de nos Églises, et en particulier le clergé et les théologiens, à accueillir avec joie les fruits obtenus jusqu’à présent et à œuvrer pour qu’ils continuent à croître.

L’objectif de l’unité chrétienne comprend celui de contribuer de manière fondamentale et vivifiante à la paix entre tous les peuples. Nous élevons ensemble nos voix avec ferveur pour invoquer le don de la paix de Dieu sur notre monde. Malheureusement, dans de nombreuses régions du monde, les conflits et la violence continuent de détruire la vie de nombreuses personnes. Nous appelons ceux qui ont des responsabilités civiles et politiques à tout mettre en œuvre pour que la tragédie de la guerre cesse immédiatement et nous invitons toutes les personnes de bonne volonté à soutenir notre requête.

Nous rejetons notamment toute utilisation de la religion et du nom de Dieu pour justifier la violence. Nous croyons qu’un dialogue interreligieux authentique, loin d’être une source de syncrétisme et de confusion, est essentiel à la coexistence des peuples aux traditions et cultures différentes. Conscients du 60e anniversaire de la déclaration Nostra Aetate, nous exhortons tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté à œuvrer ensemble pour construire un monde plus juste et plus solidaire, et à prendre soin de la création qui nous a été confiée par Dieu. Ce n’est qu’ainsi que la famille humaine pourra surmonter l’indifférence, la soif de domination, la cupidité et la xénophobie.

Bien que nous soyons profondément alarmés par la situation internationale actuelle, nous ne perdons pas espoir. Dieu n’abandonnera pas l’humanité. Le Père a envoyé son Fils unique pour nous sauver, et le Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ, nous a donné le Saint-Esprit, afin de nous faire participer à sa vie divine, préservant et protégeant le caractère sacré de la personne humaine. Grâce au Saint-Esprit, nous savons et nous expérimentons que Dieu est avec nous. C’est pourquoi, dans notre prière, nous confions à Dieu chaque être humain, en particulier ceux qui sont dans le besoin, ceux qui souffrent de la faim, de la solitude ou de la maladie. Nous invoquons toutes les grâces et toutes les bénédictions sur chaque membre de la famille humaine, afin que « leurs cœurs soient remplis de courage et pour que, rassemblés dans l’amour, ils accèdent à la plénitude de l’intelligence dans toute sa richesse, et à la vraie connaissance du mystère de Dieu », qui est notre Seigneur Jésus-Christ (Col 2, 2).

Du Phanar, le 29 novembre 2025

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Basilique Saint-Pierre, IIIe dimanche de l’Avent, 14 décembre 2025

Chers frères et sœurs,

Nous célébrons aujourd’hui le Jubilé de l’espérance pour le monde carcéral, pour les détenus et pour tous ceux qui s’occupent de la réalité pénitentiaire. Par un choix lourd de sens, nous le faisons ce troisième dimanche de l’Avent, que la liturgie dit de “Gaudete !”, d’après les mots qui ouvrent l’antienne d’entrée de la messe (cf. Ph 4, 4). Dans l’année liturgique, c’est le dimanche “de la joie” qui nous rappelle la dimension lumineuse de l’attente : la confiance que quelque chose de beau, de joyeux va arriver.

À ce propos, le 26 décembre dernier, le pape François, en ouvrant la Porte Sainte de l’église du Notre Père, dans la maison d’arrêt de Rebibbia, lançait une invitation à chacun : « Je vais vous dire deux choses – affirmait-il – Premièrement : la corde en main, avec l’ancre de l’espérance. Deuxièmement : ouvrez en grand les portes du cœur ». En faisant référence à l’image d’une ancre lancée vers l’éternité, au-delà de toute barrière d’espace et de temps (cf. He 6,17-20), il nous invitait à garder vivante la foi en la vie qui nous attend, et à toujours croire en la possibilité d’un avenir meilleur. Mais en même temps, il nous exhortait à être, avec un cœur généreux, des artisans de justice et de charité dans les milieux où nous vivons.

À l’approche de la clôture de l’Année jubilaire, nous devons reconnaître que, malgré les efforts d’un grand nombre, il y a encore beaucoup à faire en ce sens, également dans le monde carcéral. Les paroles du prophète Isaïe que nous avons entendues – « Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête » (Is 35,10) – nous rappellent que Dieu est Celui qui rachète, qui libère, et elles résonnent comme une mission importante et exigeante pour nous tous. Certes, la prison est un environnement difficile, et les meilleures intentions peuvent y rencontrer nombre d’obstacles. C’est précisément pour cette raison qu’il ne faut pas se lasser, se décourager ou reculer, mais aller de l’avant avec ténacité, courage et esprit de collaboration. Nombreux sont ceux en effet qui ne comprennent pas encore qu’il faut pouvoir se relever après une chute, qu’aucun être humain ne se résume à ses actes et que la justice est toujours un processus de réparation et de réconciliation.

Mais lorsque, y compris dans des conditions difficiles, on préserve la beauté des sentiments, la sensibilité, l’attention aux besoins des autres, le respect, la capacité de miséricorde et de pardon, alors des fleurs merveilleuses s’épanouissent du sol dur de la souffrance et du péché, et des gestes, des projets et des rencontres uniques dans leur humanité mûrissent, même entre les murs des prisons. Il s’agit d’un travail sur ses propres sentiments et pensées, nécessaire aux personnes privées de liberté, mais avant tout à ceux qui ont la lourde charge de représenter la justice auprès d’elles et pour elles. Le Jubilé est un appel à la conversion et, à ce titre, il est source d’espérance et de joie.

C’est pourquoi il est important de regarder avant tout vers Jésus, vers son humanité, vers son Royaume où « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent […], les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Mt 11, 5). Toutefois, si parfois ces miracles se produisent grâce à des interventions extraordinaires de Dieu, ils sont le plus souvent confiés à notre compassion, à l’attention, à la sagesse et à la responsabilité de nos communautés et de nos institutions.

Cela nous amène à une autre dimension de la prophétie que nous avons entendue : l’engagement à promouvoir dans tous les milieux – et aujourd’hui, nous insistons particulièrement sur les prisons – une civilisation fondée sur de nouveaux critères, et en fin de compte sur la charité, comme le disait Saint Paul VI à la fin de l’Année jubilaire 1975 : « Celle-ci – la charité – voudrait être, surtout sur le plan de la vie publique, […] le principe de la nouvelle heure de grâce et de bonne volonté que le calendrier de l’histoire ouvre devant nous : la civilisation de l’amour ! » (Audience générale, 31 décembre 1975).

À cette fin, le Pape François souhaitait notamment que, pour l’Année sainte, puissent être accordées « des formes d’amnistie ou de remise de peine visant à aider les personnes à retrouver confiance en elles-mêmes et dans la société » (Bulle Spes non confundit, n. 10), et que de réelles possibilités de réinsertion soient offertes à tous (cf. ibid.). J’espère que de nombreux pays donneront suite à son souhait. Le Jubilé, comme nous le savons, dans son origine biblique était précisément une année de grâce où chacun se voyait offrir la possibilité de recommencer à bien des égards (cf. Lv 25, 8-10).

L’Évangile que nous avons entendu nous en parle également. Jean-Baptiste, tout en prêchant et en baptisant, invitait le peuple à se convertir et à traverser à nouveau symboliquement le fleuve, comme au temps de Josué (cf. Jos 3, 17), pour entrer en possession de la nouvelle “terre promise”, c’est-à-dire un cœur réconcilié avec Dieu et avec les frères. Sa figure de prophète est éloquente en ce sens : il était droit, austère, franc au point qu’il se fera emprisonner pour le courage de ses paroles, car il n’était pas « un roseau agité par le vent » (Mt 11, 7). Et en même temps, il était riche de miséricorde et de compréhension envers ceux qui, sincèrement repentis, cherchaient difficilement à changer (cf. Lc 3, 10-14).

À ce propos, saint Augustin, dans son célèbre commentaire sur l’épisode évangélique de la femme adultère pardonnée (cf. Jn 8, 1-11), conclut en disant : « Les bourreaux une fois partis, il n’y avait plus effectivement que la misère et la miséricorde. Et le Seigneur lui dit : […] garde-toi de pécher à l’avenir (Jn 8, 10-11) » (Sermo 302, 14).

Chers amis, la tâche que le Seigneur vous confie – à tous, détenus et responsables du monde carcéral – n’est pas facile. Les problèmes à affronter sont nombreux. Pensons à la surpopulation, à l’engagement encore insuffisant pour garantir des programmes éducatifs stables de réhabilitation et des opportunités de travail. Et n’oublions pas, au niveau plus personnel, le poids du passé, les blessures du corps et du cœur à guérir, les déceptions, la patience infinie qu’il faut avoir envers soi-même et envers les autre lorsqu’on entreprend des chemins de conversion, et la tentation d’abandonner ou de ne plus pardonner. Mais le Seigneur, au-delà de tout cela, continue de nous répéter qu’une seule chose est importante : que personne ne soit perdu (cf. Jn 6, 39) et que tous « soient sauvés » (1 Tm 2, 4).

Que personne ne soit perdu ! Que tous soient sauvés ! C’est ce que veut notre Dieu, c’est son Royaume, c’est le but de son action dans le monde. À l’approche de Noël, nous voulons nous aussi embrasser son rêve avec encore plus de force, constants dans notre engagement (cf. Jc 5, 8) et confiants. Car nous savons que, même devant les plus grands défis, nous ne sommes pas seuls : le Seigneur est proche (cf. Ph 4, 5), il marche avec nous et, avec Lui à nos côtés, quelque chose de beau et de joyeux arrivera toujours.

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Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons ce cycle de catéchèses en parlant du zèle apostolique, c’est-à-dire ce que ressent le chrétien pour bien effectuer l’annonce de Jésus-Christ. Et aujourd’hui, je voudrais vous présenter un autre grand exemple de zèle apostolique : nous avons parlé de saint François Xavier, de saint Paul, du zèle apostolique des grands zélateurs ; aujourd’hui, nous parlerons d’un Italien, mais qui est allé en Chine : Matteo Ricci.

Originaire de Macerata, dans la région des Marches en Italie, après avoir étudié dans les écoles des Jésuites et être entré lui-même dans la Compagnie de Jésus, enthousiasmé par les rapports des missionnaires qu’il écoutait et il s’est enthousiasmé comme tant d’autres jeunes qui ressentaient cela, il demanda à être envoyé dans les missions de l’Extrême-Orient. Après la tentative de François Xavier, vingt-cinq autres jésuites avaient vainement tenté d’entrer en Chine. Mais Ricci et l’un de ses confrères se préparèrent très bien, étudiant soigneusement la langue et les coutumes chinoises, et réussirent finalement à s’établir dans le sud du pays. Il leur a fallu dix-huit ans, avec quatre étapes dans quatre villes différentes, avant d’arriver à Pékin, qui était le centre. Avec persévérance et patience, animé d’une foi inébranlable, Matteo Ricci a pu surmonter les difficultés et les dangers, les méfiances et oppositions. Imaginez à l’époque, à pied ou à cheval, tant de distances… et il persistait. Mais quel a été le secret de Matteo Ricci ? Par quel chemin le zèle l’a-t-il poussé ?

Il a suivi toujours la voie du dialogue et de l’amitié avec toutes les personnes qu’il rencontrait, ce qui lui a ouvert de nombreuses portes pour annoncer la foi chrétienne. Son premier ouvrage en chinois fut d’ailleurs un traité Sur l’amitié, qui eut un impact considérable. Pour s’adapter à la culture et à la vie chinoises, il s’est d’abord habillé comme les bonzes bouddhistes, selon la coutume du pays, mais il a ensuite réalisé que le meilleur moyen était d’adopter le style de vie et la tenue des gens de lettres, comme les professeurs d’université, les gens de lettres s’habillaient : il s’est donc habillé comme eux. Il étudia en profondeur leurs textes classiques, afin de pouvoir présenter le christianisme en dialogue positif avec leur sagesse confucéenne et les coutumes de la société chinoise. C’est ce qu’on appelle une attitude d’inculturation. Ce missionnaire a su « inculturer » la foi chrétienne dans le dialogue, comme les Pères de l’Antiquité avec la culture grecque.

Ses remarquables connaissances scientifiques suscitèrent l’intérêt et l’admiration des hommes de culture, à commencer par sa célèbre mappemonde, la carte du monde entier connu à l’époque, avec les différents continents, qui révéla pour la première fois aux Chinois une réalité extérieure à la Chine, beaucoup plus vaste qu’ils ne l’avaient imaginée. Il leur a montré que le monde était encore plus grand que la Chine, et ceux-ci comprenaient – parce qu’ils étaient intelligents. Mais les connaissances mathématiques et astronomiques de Ricci et de ses disciples missionnaires contribuèrent également à une rencontre féconde entre la culture et la science de l’Occident et de l’Orient, qui connaîtra alors l’une de ses périodes les plus heureuses, sous le signe du dialogue et de l’amitié. En effet, l’œuvre de Matteo Ricci n’aurait jamais été possible sans la collaboration de ses grands amis chinois, tels que les célèbres « Docteur Paul » (Xu Guangqi) et « Docteur Leo » (Li Zhizao)

Toutefois, la renommée de Ricci comme homme de science ne doit pas occulter la motivation la plus profonde de tous ses efforts : c’est-à-dire, l’annonce de l’Évangile. Lui, il poursuivait le dialogue scientifique, avec les gens de science, mais il témoignait de sa propre foi, de l’Évangile. La crédibilité obtenue par le dialogue scientifique lui donnait l’autorité nécessaire pour proposer la vérité de la foi et de la morale chrétiennes, qu’il aborde en profondeur dans ses principales œuvres chinoises, comme La véritable signification du Seigneur du Ciel – c’est le titre de ce livre. Outre la doctrine, c’est son témoignage de vie religieuse, de vertu et de prière : ces missionnaires priaient. Ils allaient prêcher, étaient actifs au plan politique, tout cela : ils priaient. C’est ce qui alimente la vie missionnaire, une vie de charité, ils aidaient les autres, humblement, avec un total désintérêt pour les honneurs et les richesses, qui a poussé beaucoup de ses disciples et de ses amis à embrasser la foi catholique. Car ils voyaient un homme si intelligent, si sage, si astucieux – dans le bon sens du terme – pour faire avancer les choses, et si croyant qu’ils disaient : « Mais, ce qu’il prêche est vrai parce que c’est une personne qui rend témoignage : il témoigne par sa propre vie de ce qu’il annonce ». Telle est la cohérence des évangélisateurs. Et cela nous concerne tous, nous chrétiens qui sommes évangélisateurs. Je peux dire le Credo par cœur, je peux dire tout ce que nous croyons, mais si ta vie n’est pas cohérente avec cela, cela ne sert à rien. Ce qui attire les gens, c’est le témoignage de la cohérence : nous, chrétiens, vivons ce que nous disons, et non pas prétendre vivre en chrétiens et vivre comme des mondains. Faites attention à cela, observez ces grands missionnaires – et c’est un Italien, hein ? – en observant ces grands missionnaires, nous voyons que la plus grande force, c’est la cohérence : ils sont cohérents.

Dans les derniers jours de sa vie, à ses proches qui lui demandaient comment il se sentait, « il répondit qu’il se demandait à ce moment-là si étaient plus grande la joie et l’allégresse qu’il ressentait intérieurement à l’idée de la proximité de son voyage pour aller savourer la présence de Dieu, ou la tristesse que pouvait lui causer le fait de quitter ses compagnons de toute la mission qu’il aimait tant, et le service qu’il pouvait encore rendre à Dieu Notre Seigneur dans cette mission » (S. DE URSIS, Rapport sur M. Ricci, Archivio Storico Romano S.I.). C’est la même attitude que l’apôtre Paul (cf. Ph1, 22-24), qui voulait aller vers le Seigneur, retrouver le Seigneur, mais « je reste pour vous servir ».

Matteo Ricci meurt à Pékin en 1610, à l’âge de 57 ans, un homme qui a donné toute sa vie à la mission. L’esprit missionnaire de Matteo Ricci est un modèle à suivre aujourd’hui. Son amour pour le peuple chinois est un modèle, mais ce qui représente un itinéraire actuel, c’est sa cohérence de vie, le témoignage de sa vie de chrétien. Il a apporté le christianisme en Chine ; il est grand, oui, parce qu’il est un grand scientifique, il est grand parce qu’il est courageux, il est grand parce qu’il a écrit tant de livres, mais il est surtout grand parce qu’il a été cohérent avec sa vocation, cohérent avec son désir de suivre Jésus-Christ. Frères et sœurs, aujourd’hui, chacun de nous se demande en son for intérieur : « Suis-je cohérent, ou suis-je un peu comme ci comme ça ? »

 

Source : vatican.va
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Salle Paul VI, mercredi 14 janvier 2026

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous avons ouvert le cycle de catéchèse sur le Concile Vatican II. Aujourd’hui, nous commençons à approfondir la Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine. Il s’agit de l’un des documents les plus beaux et les plus importants du concile et, pour nous y introduire, il peut être utile de rappeler les paroles de Jésus : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15). C’est un point fondamental de la foi chrétienne, que Dei Verbum nous rappelle : Jésus-Christ transforme radicalement la relation de l’homme avec Dieu, qui sera désormais une relation d’amitié. C’est pourquoi l’unique condition de la nouvelle alliance est l’amour.

Saint Augustin, dans son commentaire sur ce passage du quatrième Évangile, insiste sur la perspective de la grâce, seule capable de nous rendre amis de Dieu dans son Fils (Commentaire sur l’Évangile de Jean, Homélie 86). En effet, une ancienne devise disait “Amicitia aut pares invenit, aut facit”, “l’amitié naît entre égaux, ou rend tels”. Nous, nous ne sommes pas égaux à Dieu, mais Dieu lui-même nous rend semblables à Lui dans son Fils.

C’est pourquoi, comme nous pouvons le voir dans toute l’Écriture, il y a dans l’Alliance un premier moment de distance, dans la mesure où le pacte entre Dieu et l’homme reste toujours asymétrique : Dieu est Dieu et nous sommes des créatures ; mais, avec la venue du Fils dans la chair humaine, l’Alliance s’ouvre à sa fin ultime : en Jésus, Dieu fait de nous ses enfants et nous appelle à devenir semblables à Lui dans notre fragile humanité. Notre ressemblance avec Dieu ne s’obtient donc pas par la transgression et le péché, comme le suggère le serpent à Ève (cf. Gn 3, 5), mais dans la relation avec le Fils fait homme.

Les paroles du Seigneur Jésus que nous avons rappelées – “je vous ai appelés amis” – sont reprises dans la Constitution Dei Verbum, qui affirme : « Par cette révélation, en effet, Dieu invisible (cf. Col 1, 15 ; 1Tm 1, 17), dans son grand amour, parle aux hommes comme à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15) et il s’entretient avec eux (cf. Bar 3, 38), pour les inviter et les admettre à la communion avec lui » (n° 2). Le Dieu de la Genèse conversait déjà avec les premiers parents, dialoguant avec eux (cf. Dei Verbum, 3) ; et lorsque ce dialogue est interrompu par le péché, le Créateur ne cesse de rechercher la rencontre avec ses créatures et d’établir à chaque fois une alliance avec elles. Dans la Révélation chrétienne, lorsque Dieu, pour venir à notre rencontre, s’incarne dans son Fils, le dialogue qui avait été interrompu est définitivement rétabli : l’Alliance est nouvelle et éternelle, rien ne peut nous séparer de son amour. La Révélation de Dieu a donc le caractère dialogique de l’amitié et, comme dans l’expérience de l’amitié humaine, elle ne supporte pas le mutisme, mais se nourrit de l’échange de paroles vraies.

La Constitution Dei Verbum nous le rappelle également : Dieu nous parle. Il est important de saisir la différence entre la parole et le bavardage : ce dernier s’arrête à la surface et ne réalise pas de communion entre les personnes, tandis que dans les relations authentiques, la parole ne sert pas seulement à échanger des informations et des nouvelles, mais à révéler qui nous sommes. La parole possède une dimension révélatrice qui crée une relation avec l’autre. Ainsi, en nous parlant, Dieu se révèle à nous comme un Allié qui nous invite à l’amitié avec Lui.

Dans cette perspective, la première attitude à cultiver est l’écoute, afin que la Parole divine puisse pénétrer nos esprits et nos cœurs ; en même temps, nous sommes appelés à parler avec Dieu, non pas pour lui communiquer ce qu’il sait déjà, mais pour nous révéler à nous-mêmes.

D’où la nécessité de la prière, dans laquelle nous sommes appelés à vivre et à cultiver l’amitié avec le Seigneur. Cela se réalise tout d’abord dans la prière liturgique et communautaire, où ce n’est pas nous qui décidons ce que nous voulons entendre de la Parole de Dieu, mais c’est Lui-même qui nous parle à travers l’Église ; cela se réalise également dans la prière personnelle, qui se déroule dans l’intimité du cœur et de l’esprit. Le temps consacré à la prière, à la méditation et à la réflexion ne peut manquer dans la journée et la semaine du chrétien. Ce n’est que lorsque nous parlons avec Dieu que nous pouvons aussi parler de Lui.

Notre expérience nous montre que les amitiés peuvent prendre fin à cause d’un geste spectaculaire de rupture, ou d’une série de négligences quotidiennes qui effritent la relation jusqu’à la perdre. Si Jésus nous appelle à être amis, essayons de ne pas laisser cet appel sans réponse. Accueillons-le, prenons soin de cette relation et nous découvrirons que c’est précisément l’amitié avec Dieu qui est notre salut.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins de langue française.

Nous venons de commencer le temps liturgique ordinaire, un temps où nous sommes appelés à soigner notre relation d’amitié avec Dieu dans le quotidien de la vie et de nos engagements. Puissions-nous mettre la prière personnelle au cœur de chacune de nos journées, afin d’entendre la Parole de Dieu résonner en nous et vivre une authentique relation filiale avec Lui.

Que Dieu vous bénisse.

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Méditation :

Le Vatican, le 6 février 2026

Chers frères et sœurs,

À l’occasion de la célébration des 25Jeux Olympiques d’hiver, qui se dérouleront entre Milan et Cortina d’Ampezzo du 6 au 22 février prochain, et des 14e Jeux Paralympiques, qui se dérouleront dans les mêmes localités du 6 au 15 mars, je désire saluer et adresser mes meilleurs vœux à toutes les personnes directement impliquées et saisir cette occasion pour proposer une réflexion destinée à tout le monde. La pratique sportive, nous le savons, peut être de nature professionnelle, hautement spécialisée : sous cette forme, elle correspond à une vocation réservée à quelques-uns suscitant l’admiration et l’enthousiasme dans le cœur de beaucoup d’autres, qui vibrent au rythme des victoires ou des défaites des athlètes. Mais la pratique sportive est une activité commune, ouverte à tous et salutaire pour le corps et l’esprit, au point de constituer une expression universelle de l’humain.

Sport et construction de la paix

À l’occasion des Jeux Olympiques passés, mes prédécesseurs ont souligné combien le sport peut jouer un rôle important pour le bien de l’humanité, en particulier pour la promotion de la paix. Par exemple, en 1984, saint Jean-Paul II, s’adressant à de jeunes athlètes venus du monde entier, cita la Charte olympique (1) qui considère le sport comme un facteur « de meilleure compréhension mutuelle et d’amitié, afin de construire un monde meilleur et plus pacifique ». Il encouragea les participants en ces termes : « Faites que vos rencontres soient un signe emblématique pour toute la société et un prélude à cette nouvelle ère où « jamais nation contre nation ne lèvera l’épée » ( Is 2, 4) ». (2)

C’est dans cette optique que s’inscrit la Trêve olympique qui, dans la Grèce antique, était un accord visant à suspendre les hostilités avant, pendant et après les Jeux Olympiques, afin que les athlètes et les spectateurs puissent voyager librement et que les compétitions se déroulent sans interruption. L’institution de la Trêve découle de la conviction que la participation à des compétitions réglementées (agones) constitue un cheminement individuel et collectif vers la vertu et l’excellence (aretē). Lorsque le sport est pratiqué dans cet esprit et dans ces conditions, il favorise l’approfondissement de la cohésion communautaire et du bien commun.

La guerre, au contraire, naît d’une radicalisation du désaccord et du refus de coopérer les uns avec les autres. L’adversaire est alors considéré comme un ennemi mortel, à isoler et si possible à éliminer. Les preuves tragiques de cette culture de la mort sont sous nos yeux : vies brisées, rêves anéantis, traumatismes des survivants, villes détruites, comme si la coexistence humaine était réduite superficiellement au scénario d’un jeu vidéo. Mais cela ne doit jamais nous faire oublier que l’agressivité, la violence et la guerre sont « toujours une défaite de l’humanité ». (3)

La Trêve olympique a été récemment proposée opportunément à nouveau par le Comité International Olympique et l’Assemblée Générale des Nations Unies. Dans un monde assoiffé de paix, nous avons besoin d’instruments qui mettent « fin à la prévarication, à l’étalage de la force et à l’indifférence envers le droit ». (4) J’encourage vivement toutes les nations, à l’occasion des prochains Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver, à redécouvrir et à respecter cet instrument d’espérance qu’est la Trêve olympique, symbole et prophétie d’un monde réconcilié.

La valeur éducative du sport

« Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10). Ces paroles de Jésus nous aident à comprendre l’intérêt de l’Église pour le sport et la manière dont le chrétien l’aborde. Jésus a toujours placé les personnes au centre, il en a pris soin désirant pour chacune d’elles la plénitude de la vie. C’est pourquoi, comme l’a affirmé saint Jean-Paul II, la personne humaine « est la première route que l’Église doit parcourir en accomplissement de sa mission ». (5) Selon la vision chrétienne, la personne doit donc toujours rester au centre du sport dans toutes ses expressions, y compris dans celles de l’excellence compétitive et professionnelle.

À bien y regarder, on trouve une base solide à cette prise de conscience dans les écrits de saint Paul, connu comme l’Apôtre des gentils. À l’époque où il écrivait, les Grecs avaient déjà depuis longtemps des traditions athlétiques. Par exemple, la ville de Corinthe parrainait les jeux isthmiques tous les deux ans depuis le début du VIe siècle avant J.-C. C’est pourquoi, écrivant aux Corinthiens, Paul a utilisé des images sportives pour les initier à la vie chrétienne : « Vous savez bien que, dans le stade, tous les coureurs participent à la course, mais un seul reçoit le prix. Alors, vous, courez de manière à l’emporter. Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas » (1 Co 9, 24-25).

Suivant la tradition paulinienne, de nombreux auteurs chrétiens ont utilisé des images athlétiques comme métaphores pour décrire les dynamiques de la vie spirituelle. Cela nous fait aujourd’hui réfléchir sur l’unité profonde entre les différentes dimensions de l’être humain. Bien qu’il ne manque pas dans les époques passées d’écrits chrétiens – influencés par des philosophies dualistes – ayant une vision plutôt négative du corps, le courant principal de la théologie chrétienne a souligné la bonté du monde matériel en affirmant que la personne est une unité de corps, d’âme et d’esprit. En effet, les théologiens de l’Antiquité et du Moyen Âge ont vigoureusement réfuté les doctrines gnostiques et manichéennes, précisément parce qu’elles considéraient le monde matériel et le corps humain comme intrinsèquement mauvais. Selon ces conceptions, le but de la vie spirituelle consisterait à se libérer du monde et du corps. Au contraire, les théologiens chrétiens ont fait appel aux convictions fondamentales de la foi : la bonté du monde créé par Dieu, le fait que le Verbe s’est fait chair et la résurrection de la personne dans l’harmonie de son corps et de son âme.

Cette compréhension positive de la réalité physique a favorisé le développement d’une culture dans laquelle le corps, uni à l’esprit, est pleinement impliqué dans les pratiques religieuses : pèlerinages, processions, drames sacrés, sacrements et prières faisant appel à des images, des statues et diverses formes de représentations.

Avec l’affirmation du christianisme dans l’Empire romain, les spectacles sportifs typiques de la culture romaine, en particulier les combats de gladiateurs, ont progressivement perdu de leur importance sociale. Cependant, le Moyen Âge a été marqué par l’émergence de nouvelles formes de pratiques sportives telles que les tournois chevaleresques sur lesquels l’Église concentra son attention éthique, contribuant également à leur réinterprétation dans une perspective chrétienne, comme en témoigne la prédication de l’abbé saint Bernard de Clairvaux.

À la même époque, l’Église reconnut la valeur éducatrice du sport, grâce notamment à la contribution de figures telles que Hugues de Saint-Victor et saint Thomas d’Aquin. Dans son ouvrage Didascalicon, Hugues souligna l’importance des activités physiques dans le programme des études, contribuant ainsi à façonner le système éducatif médiéval. (6)

La réflexion de saint Thomas d’Aquin sur le jeu et l’exercice physique met au premier plan la “modération” comme trait fondamental d’une vie vertueuse. Selon Thomas, celle-ci ne se limite pas seulement au travail et aux occupations considérées comme sérieuses, mais nécessite également du temps pour le jeu et le repos. Thomas d’Aquin écrit : « Comme le dit Augustin : “enfin je veux que tu te ménages : car il est bon que le sage relâche de temps en temps la vigueur de son application au devoir.” Or, une certaine détente de l’esprit par rapport au devoir s’obtient par les paroles et les actions de jeu. Il appartient donc au sage et au vertueux d’en faire parfois usage ». (7) Thomas reconnaît que l’on joue parce que le jeu est source de plaisir et qu’il est donc pratiqué donc pour lui-même. Répondant à une objection selon laquelle un acte vertueux doit être orienté vers une fin, il observe que « Si ces jeux ne se proposent pas de fin extrinsèque, ils tendent au bien du sujet, qui y trouve un plaisir ou un repos ». (8) Cette “éthique du jeu” élaborée par Thomas d’Aquin a exercé une influence considérable sur la prédication et l’éducation.

Le sport, école de vie et aréopage contemporain

L’humaniste Michel de Montaigne s’inscrivait dans cette longue tradition lorsqu’il écrivait, dans un essai sur l’éducation : « Ce n’est pas une âme, ce n’est pas un corps qu’on dresse ; c’est un homme : il n’en faut pas faire deux ». (9) C’est la raison qu’il invoquait pour justifier l’intégration de l’éducation physique et du sport dans la journée scolaire. Ces principes furent appliqués dans les écoles jésuites, selon les écrits de saint Ignace de Loyola, en particulier les Constitutions de la Compagnie de Jésus et la Ratio Studiorum. (10)

C’est dans ce contexte que s’inscrit également l’œuvre de grands éducateurs, de saint Philippe Néri à saint Jean Bosco. Ce dernier, à travers la promotion des oratoires, établit un pont privilégié entre l’Église et les nouvelles générations, faisant également du sport un domaine d’évangélisation. (11) Dans cette ligne, on peut également citer l’encyclique Rerum novarum (1891) de Léon XIII. Celle-ci stimula la création de nombreuses associations sportives catholiques, répondant ainsi sur le plan pastoral aux nouvelles exigences de la vie moderne – on pense aux conditions des ouvriers après la révolution industrielle – et aux nouvelles habitudes émergentes. (12)

À la charnière entre le XIX e et le XX e siècle, le sport est devenu un phénomène de masse. De plus, les Jeux Olympiques de l’ère moderne virent le jour (1896). Les laïcs et les pasteurs ont alors porté un regard plus attentif et plus systématique sur cette réalité. À partir du pontificat de saint Pie X (1903-1914), on constate un intérêt croissant pour le sport, comme en témoignent de nombreuses déclarations pontificales. Dans celles-ci, l’Église catholique, par la voix des papes, propose une vision du sport centrée sur la dignité de la personne humaine, son développement intégral, l’éducation et la relation avec l’autre, en soulignant sa valeur universelle comme instrument de promotion de valeurs telles que la fraternité, la solidarité et la paix. La question posée par le vénérable Pie XII dans un discours adressé aux athlètes italiens en 1945 est emblématique : « Comment l’Église pourrait-elle ne pas s’intéresser [au sport] ? ». (13)

Le Concile Vatican II a inscrit son évaluation positive du sport dans le cadre plus large de la culture, recommandant que « les loisirs soient bien employés pour se détendre et pour fortifier la santé de l’esprit et du corps ; […] également par des exercices physiques et des activités sportives qui aident à conserver un bon équilibre psychique, individuellement et aussi collectivement, et à établir des relations fraternelles entre les hommes de toutes conditions, de toutes nations ou de races différentes ». (14) Grâce à la lecture des signes des temps, la conscience ecclésiale de l’importance de la pratique sportive s’est donc accrue. Le Concile a représenté un essor dans ce domaine : la réflexion sur le sport en relation avec la vie de foi s’est développée et une multitude d’expériences pastorales dans le domaine sportif ont révélé leur force génératrice au cours des décennies suivantes. Les dicastères du Saint-Siège ont également promu des initiatives valables en dialogue avec ce domaine humain. (15)

Deux Jubilés du Sport célébrés par saint Jean-Paul II ont été très significatifs : le premier le 12 avril 1984, Année de la Rédemption ; le second, le 29 octobre 2000, au Stade Olympique de Rome. Le Jubilé de 2025 s’est inscrit dans cette même ligne, relançant explicitement la valeur culturelle, éducative et symbolique du sport en tant que langage humain universel de rencontre et d’espérance. C’est cette orientation qui a motivé le choix d’accueillir le Tour d’Italie au Vatican : cette grande compétition cycliste est un événement sportif mais aussi un récit populaire capable de traverser les territoires, les générations et les différences sociales, et de parler au cœur de la communauté humaine en marche.

Bien au-delà des lieux de tradition chrétienne la plus ancienne, il semble évident que le sport soit largement présent dans les cultures dont nous avons connaissance. Celles qui sont traditionnellement orales ont également laissé des traces de terrains de jeu, d’équipements sportifs, ainsi que des images ou des sculptures liées à leurs pratiques sportives. Il y a donc beaucoup à apprendre des traditions sportives des cultures indigènes, des pays africains et asiatiques, des Amériques et d’autres régions du monde.

Aujourd’hui encore, le sport continue de jouer un rôle significatif dans la plupart des cultures. Il offre un espace privilégié de relation et de dialogue avec nos frères et sœurs appartenant à d’autres traditions religieuses, comme avec ceux qui ne se reconnaissent dans aucune d’entre elles.

Sport et développement de la personne

Certains chercheurs en sciences sociales peuvent nous aider à mieux comprendre la signification humaine et culturelle du sport et, par conséquent, sa signification spirituelle. Les recherches sur ce qu’on appelle l’ expérience optimale (ou “flux”) dans le sport et dans d’autres domaines de la culture en sont un exemple pertinent. (16) Une telle expérience se produit généralement chez des personnes engagées dans une activité qui exige de la concentration et des compétences, lorsque le niveau de difficulté correspond ou est légèrement supérieur à leur niveau déjà acquis. Nous pensons, par exemple, à un échange prolongé au tennis : la raison pour laquelle l’un des moments les plus divertissants d’un match est celui où chaque joueur pousse l’autre à la limite de son niveau de compétence. L’expérience est exaltante et les deux joueurs se poussent mutuellement à s’améliorer. Cela vaut autant pour deux enfants de dix ans que pour deux champions professionnels.

De nombreuses recherches ont montré que les personnes ne sont pas seulement motivées par l’argent ou la renommée, mais qu’elles peuvent aussi éprouver de la joie et des satisfactions intrinsèques aux activités qu’elles accomplissent, c’est-à-dire en les réalisant et en les appréciant pour leur valeur propre. Il a en particulier été observé que les personnes éprouvent de la joie lorsqu’elles se consacrent pleinement à une activité ou à une relation et dépassent le stade où elles se trouvaient, avec une sorte de mouvement vers l’avant. De telles dynamiques favorisent la croissance de la personne dans sa globalité.

De plus, lors d’une expérience sportive, la personne concentre souvent entièrement son attention sur ce qu’elle fait. Il se produit une fusion entre l’action et la conscience, au point qu’il ne reste plus de place pour une attention explicite à soi-même. En ce sens, l’expérience interrompt la tendance à l’égocentrisme. En même temps, les personnes décrivent un sentiment d’union avec ce qui les entoure. Dans les sports d’équipe, cela est généralement vécu comme un lien ou une unité avec les coéquipiers : le joueur n’est plus replié sur lui-même, car il fait partie d’un groupe qui tend vers un objectif commun. Le Pape François souligna cet aspect à plusieurs reprises lorsqu’il encouragea les jeunes athlètes à être des joueurs d’équipe. Il a par exemple déclaré : « Soyez des joueurs d’équipe. Appartenir à un club sportif c’est refuser toute forme d’égoïsme et d’isolement ; c’est une occasion de rencontrer les autres et d’être avec les autres, de s’entraider, de se confronter dans le respect mutuel et de grandir dans la fraternité ». (17)

Lorsque les sports d’équipe ne sont pas pollués par le culte du profit, les jeunes “s’impliquent” pour une chose qui leur tient à cœur. Il s’agit là d’une formidable opportunité éducative. Il n’est pas toujours facile de reconnaître ses propres capacités ou de comprendre en quoi ils peuvent être utiles à l’équipe. De plus, travailler avec des camarades du même âge implique parfois de devoir faire face à des conflits, gérer des frustrations et des échecs. Il faut même apprendre à pardonner (cf. Mt 18, 21-22). C’est ainsi que se forment des vertus personnelles, chrétiennes et civiques fondamentales.

Les entraîneurs jouent un rôle fondamental dans la création d’un environnement où ces dynamiques peuvent être vécues, en accompagnant les joueurs à travers celles-ci. Compte tenu de la complexité humaine mise en jeu, il est très utile qu’un entraîneur soit animé par des valeurs spirituelles. Il y a de nombreux entraîneurs de ce type dans les communautés chrétiennes et dans d’autres réalités éducatives, comme au niveau compétitif et professionnel de haut niveau. Ils décrivent souvent la culture de l’équipe comme fondée sur l’amour, qui respecte et soutient chaque personne, l’encourageant à exprimer le meilleur d’elle-même pour le bien du groupe. Lorsqu’un jeune fait partie d’une équipe de ce type, il apprend quelque chose d’essentiel sur ce que signifie être humain et grandir. En effet, « Ce n’est qu’ensemble que nous devenons authentiquement nous-mêmes. Ce n’est que dans l’amour que notre intériorité devient profonde et notre identité forte ». (18)

En élargissant encore davantage le regard, il est important de rappeler que le sport devrait être accessible à toutes les personnes qui souhaitent le pratiquer précisément parce qu’il est source de joie et favorise le développement personnel et les relations sociales. Dans certaines sociétés qui se considèrent comme avancées, où le sport est organisé selon le principe du “payer pour jouer”, les enfants issus de familles et de communautés plus pauvres ne peuvent pas se permettre les frais de participation et restent exclus. Dans d’autres sociétés, les filles et les femmes ne sont pas autorisées à pratiquer une activité sportive. Parfois, dans la formation à la vie religieuse, en particulier féminine, la méfiance et la crainte à l’égard de l’activité physique et sportive persistent. Il convient donc de s’engager pour que le sport soit rendu accessible à tous. Ceci est très important pour le développement de la personne. Les témoignages émouvants des membres de l’Équipe Olympique des Réfugiés ou bien des participants aux Jeux Paralympiques, aux Special Olympics et à la Homeless World Cup me l’ont confirmé. Comme nous l’avons vu, les valeurs authentiques du sport s’ouvrent naturellement à la solidarité et à l’inclusion.

Les risques qui mettent en danger les valeurs sportives

Après avoir examiné comment le sport contribue au développement des personnes et favorise le bien commun, nous devons maintenant mettre en évidence les dynamiques qui peuvent compromettre ces résultats. Cela se produit principalement en raison d’une forme de “corruption” qui se trouve sous les yeux de tous. Dans de nombreuses sociétés, le sport est étroitement lié à l’économie et à la finance. Il est évident que l’argent est nécessaire pour soutenir les activités sportives promues par les institutions publiques, d’autres organismes civiques ainsi que par les institutions éducatives, et celles privées de niveau compétitif et professionnel. Les problèmes surviennent lorsque le business devient la motivation principale ou exclusive. Les choix ne sont plus alors dictés par la dignité des personnes ni par ce qui favorise le bien-être de l’athlète, son développement intégral et celui de la communauté.

Lorsque l’on cherche à maximiser les profits, on surévalue ce qui peut être mesuré ou quantifié au détriment de dimensions humaines d’une importance incalculable : “seul compte ce qui peut être compté”. Cette mentalité envahit le sport lorsque l’attention se concentre de manière obsessionnelle sur les résultats obtenus et sur les sommes d’argent que l’on peut tirer de la victoire. Dans de nombreux cas, même au niveau amateur, les impératifs et les valeurs du marché finissent par occulter d’autres valeurs humaines du sport qui méritent pourtant d’être préservées.

Le Pape François a attiré l’attention sur les effets négatifs que ces dynamiques peuvent avoir sur les athlètes, affirmant : « Lorsque le sport est considéré uniquement selon des paramètres économiques ou de poursuite de la victoire à tout prix, on court le risque de réduire les athlètes à une simple marchandise dont on peut tirer profit. Les athlètes eux-mêmes entrent dans un mécanisme qui les emporte, ils perdent le sens véritable de leur activité, la joie de jouer qui les a attirés lorsqu’ils étaient jeunes et qui les a poussés à de nombreux et véritables sacrifices et à devenir des champions. Le sport est harmonie, mais si prévaut la recherche effrénée de l’argent et du succès, cette harmonie se brise ». (19)

Même les athlètes de haut niveau et les professionnels, lorsque l’intérêt économique devient l’objectif principal ou exclusif, risquent de se concentrer sur eux-mêmes et sur la performance, affaiblissant ainsi la dimension communautaire du jeu et trahissant sa valeur sociale et civile. Au contraire, le sport est une pratique qui possède des valeurs partagées par tous ceux qui y participent et qui est capable d’humaniser la coexistence, même dans des situations difficiles. Une attention disproportionnée à l’argent, au contraire, ramène l’attention de manière explicite et réductrice sur soi-même. Dans ce cas également, la parole de Jésus s’applique : « Nul ne peut servir deux maîtres » (Mt 6, 24).

Un risque particulier apparaît lorsque les avantages financiers découlant de la réussite sportive sont considérés comme plus importants que la valeur intrinsèque de la participation : la dictature de la performance peut conduire à l’utilisation de substances dopantes et à d’autres formes de fraude, et peut amener les joueurs de sports d’équipe à se concentrer sur leur bien-être économique plutôt que sur la loyauté envers leur discipline. Lorsque les incitations financières deviennent le seul critère, il peut arriver que des individus et des équipes subordonnent leurs résultats à la corruption et à l’ingérence de l’industrie du jeu. Ces différentes formes de fraude corrompent non seulement les activités sportives elles-mêmes, mais elles contribuent également à désillusionner le grand public et à miner la contribution positive du sport à la société en général.

Compétition et culture de la rencontre

Si l’on élargit notre regard au niveau des compétitions sportives, celles-ci aussi peuvent contribuer à favoriser l’unité entre les personnes. Il est intéressant de noter que le mot compétition provient de deux racines latines : cum – “ensemble” – et petere – “demander”. Dans une compétition, on peut donc dire que deux personnes ou deux équipes recherchent ensemble l’excellence. Elles ne sont pas des ennemis mortels. Et avant ou après la compétition, elles ont généralement l’occasion de se rencontrer et de faire connaissance.

C’est précisément pour cette raison que la compétition sportive, lorsqu’elle est authentique, suppose un pacte éthique partagé : l’acceptation loyale des règles et le respect de la vérité de la confrontation. Par exemple, le refus du dopage et de toute forme de corruption n’est pas seulement une question disciplinaire, mais touche au cœur même du sport. Altérer artificiellement la performance ou acheter le résultat c’est briser la dimension du cum-petere, transformant la recherche commune de l’excellence en une domination individuelle ou de parties.

Le vrai sport, en revanche, éduque à un rapport serein avec les limites et les règles. La limite est un seuil à franchir : c’est ce qui rend l’effort significatif, le progrès intelligible, le mérite reconnaissable. La norme est la “grammaire” commune qui rend le jeu possible. Sans règles, il n’y a ni compétition, ni rencontre, mais seulement chaos ou violence. Accepter les limites de son corps, du temps, de la fatigue, et respecter les règles communes c’est reconnaître que la réussite naît de la discipline, de la persévérance et de la loyauté.

En ce sens, le sport offre une leçon décisive qui dépasse le cadre du terrain de compétition : il enseigne que l’on peut aspirer au maximum sans nier sa propre fragilité, que l’on peut gagner sans humilier, que l’on peut perdre sans être vaincu en tant que personne. La compétition équitable conserve ainsi une dimension profondément humaine et communautaire : elle ne sépare pas, mais met en relation ; elle ne rend pas le résultat absolu, mais valorise le chemin ; elle n’idolâtre pas la performance, mais reconnaît la dignité de ceux qui jouent.

La juste compétition et la culture de la rencontre ne concernent pas seulement les joueurs, mais aussi les spectateurs et les supporters. Le sentiment d’appartenance à son équipe peut être un élément très important de l’identité de nombreux supporters : ils partagent les joies et les déceptions de leurs héros et trouvent un sentiment de communauté avec les autres supporters. C’est généralement un facteur positif dans la société, source de rivalités amicales et de plaisanteries, mais cela peut devenir problématique lorsque cela se transforme en une forme de polarisation qui conduit à la violence verbale et physique. Alors, d’expression de soutien et de participation, le soutien des supporters se transforme en fanatisme ; le stade devient un lieu d’affrontement plutôt que de rencontre. Alors, le sport ne rassemble pas, mais radicalise, il n’éduque pas, mais déséduque, car il réduit l’identité personnelle à une appartenance aveugle et conflictuelle. Cela est particulièrement préoccupant lorsque le soutien est lié à d’autres formes de discriminations politique, sociale et religieuse et est utilisé indirectement pour exprimer des formes plus profondes de ressentiment et de haine.

Les compétitions internationales, en particulier, offrent une occasion privilégiée de faire l’expérience de notre humanité commune dans toute la richesse de sa diversité. En effet, il y a quelque chose de profondément émouvant dans les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques, lorsque nous voyons les athlètes défiler avec les drapeaux nationaux et les costumes traditionnels de leurs pays. De telles expériences peuvent nous inspirer et nous rappeler que nous sommes appelés à former une unique et même famille humaine. Les valeurs promues par le sport – telles que la loyauté, le partage, l’accueil, le dialogue et la confiance dans les autres – sont communes à chaque personne, indépendamment de son origine ethnique, de sa culture et de sa croyance religieuse. (20)

Sport, relation et discernement

Le sport naît comme une expérience relationnelle : il met en contact les corps et, à travers les corps, les histoires, les différences, les appartenances. S’entraîner ensemble, rivaliser loyalement, partager la fatigue et la joie du jeu favorise les rencontres et crée des liens qui dépassent les barrières sociales, culturelles et linguistiques. En ce sens, le sport est un puissant facilitateur de relations sociales : il crée des communautés, éduque au respect des règles communes, enseigne qu’aucun résultat n’est le fruit d’un parcours solitaire. Cependant, précisément parce qu’il mobilise des passions profondes, le sport comporte également des limites.

La dimension éducative du sport se révèle particulièrement dans la relation entre la victoire et la défaite. Gagner ne signifie pas simplement être le meilleur, mais reconnaître la valeur du chemin accompli, de la discipline, de l’engagement partagé. Perdre ne coïncide pas avec l’échec de la personne, mais peut devenir une école de vérité et d’humilité. Le sport enseigne ainsi une compréhension plus profonde de la vie, dans laquelle le succès n’est jamais définitif et l’échec n’est jamais le dernier mot. Accepter la défaite sans désespoir et la victoire sans arrogance c’est apprendre à être dans la réalité avec maturité, en reconnaissant ses limites et ses possibilités.

Il n’est pas rare, en outre, que le sport soit investi d’une fonction quasi religieuse. Les stades sont perçus comme des cathédrales laïques, les matchs comme des liturgies collectives, les athlètes comme des figures salvifiques. Cette sacralisation révèle un besoin authentique de sens et de communion, mais risque de vider à la fois le sport et la dimension spirituelle de l’existence. Lorsque le sport prétend se substituer à la religion, il perd son caractère ludique et de service rendu à la vie, devenant absolu, totalisant, incapable de se relativiser.

Dans ce contexte s’inscrit également le danger du narcissisme qui traverse aujourd’hui toute la culture sportive. L’athlète peut rester fixé sur le miroir de son corps performant, de son succès mesuré en termes de visibilité et de popularité. Le culte de l’image et de la performance, amplifié par les médias et les plateformes numériques, risque de fragmenter la personne, en séparant le corps de l’esprit et de l’âme. Il est urgent de réaffirmer une prise en charge intégrale de la personne humaine dans laquelle le bien-être physique n’est pas dissocié de l’équilibre intérieur, de la responsabilité éthique et de l’ouverture aux autres. Il convient de redécouvrir les figures qui ont su allier passion sportive, sensibilité sociale et sainteté. Parmi les nombreux exemples que je pourrais citer, je voudrais rappeler saint Pier Giorgio Frassati (1901-1925), un jeune Turinois qui alliait parfaitement foi, prière, engagement social et sport. Pier Giorgio était passionné d’alpinisme et organisait souvent des excursions avec ses amis. Aller en montagne, s’immerger dans ces paysages majestueux lui permettait de contempler la grandeur du Créateur.

Une autre distorsion se manifeste dans l’instrumentalisation politique des compétitions sportives internationales. Lorsque le sport est soumis à des logiques de pouvoir, de propagande ou de suprématie nationale, sa vocation universelle est trahie. Les grands événements sportifs devraient être des lieux de rencontre et d’admiration mutuelle, et non des tribunes pour l’affirmation d’intérêts politiques ou idéologiques.

Les défis contemporains s’intensifient encore davantage avec l’impact du transhumanisme et de l’intelligence artificielle sur le monde du sport. Les technologies appliquées à la performance risquent d’introduire une séparation artificielle entre le corps et l’esprit, transformant l’athlète en un produit optimisé, contrôlé, amélioré au-delà des limites naturelles. Lorsque la technique n’est plus au service de la personne mais prétend la redéfinir, le sport perd sa dimension humaine et symbolique, devenant un laboratoire d’expérimentation désincarné.

À l’opposé de ces dérives, le sport conserve une extraordinaire capacité d’inclusion. Pratiqué de manière adéquate, il ouvre des espaces de participation à des personnes de tous âges, de toutes conditions sociales et de toutes capacités, devenant ainsi un instrument d’intégration et de dignité.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’expérience de l’Athletica Vaticana. Créée en 2018 en tant qu’équipe officielle du Saint-Siège et sous la direction du Dicastère pour la Culture et l’Éducation, elle témoigne de la manière dont le sport peut également être vécu comme un service ecclésial, en particulier envers les plus pauvres et les plus fragiles. Ici, le sport n’est pas un spectacle, mais une proximité ; il n’est pas une sélection, mais un accompagnement ; il n’est pas une compétition exacerbée, mais un cheminement partagé.

Enfin, il convient de s’interroger sur l’assimilation croissante du sport à la logique des jeux vidéo. La ludification extrême de la pratique sportive, la réduction de l’expérience à des scores, des niveaux et des performances reproductibles, risque de dissocier le sport du corps réel et de la relation concrète. Le jeu, qui est toujours risque, imprévu et présence, est remplacé par une simulation qui promet un contrôle total et une gratification immédiate. Restituer la valeur authentique du sport signifie donc lui redonner sa dimension incarnée, éducative et relationnelle, afin qu’il reste une école d’humanité et non un simple dispositif de consommation.

Une pastorale du sport pour une vie en abondance

Une bonne pastorale du sport naît de la conscience que le sport est l’un des lieux où se forment les imaginaires, où se façonnent les modes de vie et où s’éduquent les jeunes générations. C’est pourquoi il est nécessaire que les Églises particulières reconnaissent le sport comme un espace de discernement et d’accompagnement qui mérite un engagement d’orientation humaine et spirituelle. Dans cette perspective, il semble opportun qu’au sein des conférences épiscopales existent des bureaux ou des commissions dédiées au sport, où élaborer et coordonner la proposition pastorale, en mettant en dialogue les réalités sportives, éducatives et sociales présentes dans les différents territoires. En effet, le sport traverse les paroisses, les écoles, les universités, les patronages, les associations et les quartiers : stimuler une vision commune permet d’éviter la fragmentation et de valoriser les expériences déjà existantes.

Au niveau local, la nomination d’un responsable diocésain et la constitution d’équipes pastorales pour le sport répondent au même besoin de proximité et de continuité. L’accompagnement pastoral du sport ne se limite pas à des moments de célébration, mais se réalise dans le temps, en partageant les efforts, les attentes, les déceptions et les espoirs de ceux qui vivent quotidiennement le terrain, le gymnase, la rue. Cet accompagnement concerne tant le phénomène sportif dans son ensemble, avec ses transformations culturelles et économiques, que les personnes concrètes qui le vivent. L’Église est appelée à se rapprocher là où le sport est vécu comme une profession, comme une compétition de haut niveau, comme une occasion de succès ou d’exposition médiatique, tout en ayant particulièrement à cœur le sport de base, souvent marqué par le manque de ressources mais très riche en relations.

Une bonne pastorale du sport peut contribuer de manière significative à la réflexion sur l’éthique sportive. Il ne s’agit pas d’imposer des normes de l’extérieur, mais d’éclairer de l’intérieur le sens de l’activité sportive en montrant comment la recherche du résultat peut coexister avec le respect de l’autre, des règles et de soi-même. En particulier, l’harmonie entre le développement physique et le développement spirituel doit être considérée comme une dimension constitutive d’une vision intégrale de la personne humaine. Le sport devient ainsi un lieu où l’on apprend à prendre soin de son être sans l’idolâtrer, à se dépasser sans se renier, à rivaliser sans perdre la fraternité.

Concevoir et mettre en œuvre la pratique sportive comme un outil communautaire ouvert et inclusif est une autre tâche décisive. Le sport peut et doit être un espace d’accueil, capable d’impliquer des personnes d’origines sociales, culturelles et physiques différentes. La joie d’être ensemble qui naît du jeu partagé, de l’entraînement commun et du soutien mutuel, est l’une des expressions les plus simples et les plus profondes de l’humanité réconciliée.

Dans cette perspective, les sportifs constituent un modèle qui doit être reconnu et accompagné. Leur expérience quotidienne parle d’ascèse et de sobriété, de travail patient sur soi-même, d’équilibre entre discipline et liberté, de respect des rythmes du corps et de l’esprit. Ces qualités peuvent éclairer toute la vie sociale. La vie spirituelle, à son tour, offre aux sportifs un regard qui va au-delà de la performance et du résultat. Elle introduit le sens de l’exercice comme une pratique qui forme l’intériorité. Elle aide à donner un sens à l’effort, à vivre la défaite sans désespoir et le succès sans présomption, transformant l’entraînement en discipline humaine.

Tout cela trouve son horizon ultime dans la promesse biblique qui donne son titre à cette Lettre : la vie en abondance. Il ne s’agit pas d’une accumulation de succès ou de performances, mais d’une plénitude de vie qui intègre le corps, les relations et l’intériorité. D’un point de vue culturel, la vie en abondance invite à libérer le sport des logiques réductrices qui le transforment en simple spectacle ou consommation. D’un point de vue pastoral, elle incite l’Église à se faire présence pour accompagner, discerner et susciter l’espérance. Le sport peut ainsi devenir véritablement une école de vie, où l’on apprend que l’abondance ne naît pas de la victoire à tout prix, mais du partage, du respect et de la joie de cheminer ensemble.

Du Vatican, le 6 février 2026

LÉON PP. XIV

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(1)  Comité Olympique International, Olympic Charter 1984 (Lausanne 1983), p. 6.

(2) S. Jean-Paul II, Homélie de la messe pour le Jubilé des sportifs (Rome, Stade olympique, 12 avril 1984), n. 3.

(3) Id., Discours au Corps diplomatique (13 janvier 2003), 4.

(4) Rencontre internationale de prière pour la paix. Religions et cultures en dialogue. (Rome, 28 octobre 2025).

(5) S. Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 14.

(6) Cf. Hugues de Saint Victor, Didascalicon, II, XXVII : = ed. aux soins de C.H. Buttimer, Washington 1939, 44.

(7) S. Thomas d’Aquin, Somme Théologique, II-II, q. 168, art. 2.

(8) Ibid., I-II, q. 1, art 6, ad 1.

(9) M. de Montaigne, Essais, Paris 1847, p. 120.

(10) Cf. M. Kelly, I cattolici e lo sport. Una visione storica e teologica, in La Civiltà Cattolica 2014 IV, 567-568.

(11) Cf. A. Stelitano – A. M. Dieguez – Q. Bortolato, I Papi e lo sport, Citté du Vatican 2015.

(12) Cf. Léon XIII, Lett. enc. Rerum novarum (15 mai 1891), n. 36.

(13) Pie XII, Discours aux athlètes italiens (20 mai 1945).

(14) Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 61.

(15) Cf. Dicastère pour les Laics, la Famille et la Vie, Dare il meglio di sé. Documento sulla prospettiva cristiana dello sport e della persona umana (1 juin 2018).

(16) Cf. M. Csikszentmihalyi, Beyond Boredom and AnxietyThe Experience of Play in Work and Games. San Francisco, 1975.

(17) François, Discours aux participants à la rencontre promue par le Centre Sportif Italien (7 juin 2014).

(18) Rencontre avec les Autorités, les représentants de la société civile et le Corps diplomatique (Ankara, Turquie, 27 novembre 2025).

(19) François, Discours au Comité olympique européen (23 novembre 2013).

(20) Cf. François, Discours au footballeurs et aux promoteurs du Match interreligieux pour la paix (1 er septembre 2014).

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