

Messe en la solennité de la Très Sainte Mère de Dieu
59ème Journée mondiale de la Paix
Homélie du pape Léon XIV
Basilique Saint-Pierre, jeudi 1er janvier 2026
Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, en cette solennité de Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, qui marque le début de la nouvelle année civile, la liturgie nous offre le texte d’une très belle bénédiction : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’Il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’Il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26).
Dans le livre des Nombres, elle fait suite aux indications concernant la consécration des nazirs, soulignant la dimension sacrée et féconde du don dans la relation entre Dieu et le peuple d’Israël. L’homme offre au Créateur tout ce qu’il a reçu et Celui-ci répond en tournant vers lui son regard bienveillant, comme au commencement du monde (cf. Gn 1, 31).
Le peuple d’Israël, à qui cette bénédiction s’adressait, était un peuple de libérés, d’hommes et de femmes nés de nouveau après un long esclavage, grâce à l’intervention de Dieu et à la réponse généreuse de son serviteur Moïse. En Égypte, ce peuple jouissait de certaines sécurités — la nourriture ne manquait pas, tout comme un toit et une certaine stabilité —, mais cela au prix de la servitude, de l’oppression d’une tyrannie qui réclamait toujours plus en donnant toujours moins (cf. Ex 5, 6-7). À présent, dans le désert, beaucoup de ces certitudes du passé ont disparu, mais il y a en échange la liberté qui se concrétise par une voie ouverte vers l’avenir, par le don d’une loi de sagesse et la promesse d’une terre où vivre et grandir sans plus de chaînes ni de fers : en somme, une nouvelle naissance.
Ainsi, la liturgie nous rappelle, en ce début de nouvelle année, que chaque jour peut devenir, pour chacun, le début d’une vie nouvelle grâce à l’amour généreux de Dieu, à sa miséricorde et à la réponse de notre liberté. Il est beau de penser l’année qui commence comme un chemin ouvert à découvrir et où nous aventurer, libres par grâce et porteurs de liberté, pardonnés et dispensateurs de pardon, confiants dans la proximité et la bonté du Seigneur qui nous accompagne toujours.
Nous gardons tout cela à l’esprit alors que nous célébrons le mystère de la Maternité Divine de Marie qui, par son “oui”, a contribué à donner un visage humain à la Source de toute miséricorde et de toute bienveillance : le visage de Jésus dont l’amour du Père nous touche et nous transforme, par ses yeux d’enfant, puis de jeune homme.
En ce début d’année, alors que nous nous mettons en route vers les jours nouveaux et uniques qui nous attendent, demandons au Seigneur de sentir à chaque instant, autour de nous et sur nous, la chaleur de son étreinte paternelle et la lumière de son regard bienveillant, afin de comprendre de mieux en mieux et d’avoir toujours à l’esprit qui nous sommes et vers quelle destinée merveilleuse nous avançons (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 41). Mais en même temps, rendons-Lui gloire par la prière, par la sainteté de notre vie et en devenant les uns pour les autres le reflet de sa bonté.
Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte.
Tel est le visage de Dieu que Marie a laissé se former et grandir dans son sein, changeant complètement sa vie. C’est le visage qu’elle a annoncé par la lumière joyeuse et fragile de son regard de future mère ; le visage dont elle a contemplé la beauté jour après jour, tandis que Jésus grandissait dans sa maison, enfant, adolescent et jeune homme ; et qu’elle a ensuite suivi avec son cœur d’humble disciple, alors qu’Il parcourait les sentiers de sa mission, jusqu’à la croix et à la résurrection. Pour cela, elle aussi a abaissé toutes ses défenses en renonçant à ses attentes, à ses prétentions et à ses garanties – comme savent le faire les mères -, en consacrant sans réserve sa vie à son Fils qu’elle a reçu par grâce, afin de le redonner à son tour au monde.
Dans la Maternité Divine de Marie, nous voyons la rencontre de deux immenses réalités “désarmées” : celle de Dieu qui renonce à tous les privilèges de sa divinité pour naître selon la chair (cf. Phil 2, 6-11), et celle de la personne qui, avec confiance, embrasse totalement sa volonté, Lui rendant l’hommage, dans un acte parfait d’amour, de sa plus grande puissance : la liberté.
Saint Jean-Paul II, méditant sur ce mystère, invitait à regarder ce que les bergers avaient trouvé à Bethléem : « La tendresse désarmante de l’Enfant, la pauvreté surprenante dans laquelle Il se trouve, l’humble simplicité de Marie et de Joseph » ont transformé leur vie en faisant d’eux des « messagers du salut » (Homélie lors de la messe de Marie, Mère de Dieu, 34ème Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2001).
Il le disait à la fin du grand Jubilé de l’an 2000, avec des mots qui peuvent nous faire réfléchir nous aussi : « Combien de dons – affirmait-il – combien d’occasions extraordinaires le grand Jubilé a-t-il offert aux croyants ! Dans l’expérience du pardon reçu et donné, dans le souvenir des martyrs, dans l’écoute du cri des pauvres du monde […] nous avons nous aussi ressenti la présence salvifique de Dieu dans l’histoire. Nous avons comme touché de façon tangible son amour qui renouvelle la face de la terre » (ibid.), et il concluait : « Comme aux pasteurs qui accourent pour l’adorer, le Christ demande aux croyants, auxquels il a offert la joie de le rencontrer, une disponibilité courageuse afin de repartir pour annoncer son Évangile, ancien et toujours nouveau. Il les invite à vivifier l’histoire et les cultures des hommes avec son message salvifique » (ibid.).
Chers frères et sœurs, en cette fête solennelle, au début de la nouvelle année, à l’approche de la fin du Jubilé de l’espérance, approchons-nous avec foi de la crèche comme le lieu par excellence de la paix “désarmée et désarmante”, lieu de bénédiction où nous nous souvenons des prodiges que le Seigneur a accomplis dans l’histoire du salut et dans notre existence, afin de repartir comme les humbles témoins de la grotte, en « glorifiant et louant Dieu » (Lc 2,20) pour tout ce que nous avons vu et entendu. Que ce soit notre engagement, notre résolution pour les mois à venir, pour notre vie chrétienne.
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Angelus
Place Saint-Pierre, jeudi 1er janvier 2026
Chers frères et sœurs, bonne année !
Alors que le rythme des mois se répète, le Seigneur nous invite à transformer notre époque en inaugurant enfin une ère de paix et d’amitié entre tous les peuples. Sans ce désir du bien, il serait inutile de tourner les pages du calendrier et de remplir nos agendas.
Le Jubilé qui touche à sa fin nous a enseigné la manière de cultiver l’espérance d’un monde nouveau : en tournant notre cœur vers Dieu afin de transformer les fautes en pardon, la souffrance en consolation, les résolutions vertueuses en bonnes œuvres. C’est ainsi que Dieu Lui-même habite l’histoire et la sauve de l’oubli, en donnant au monde le Rédempteur : Jésus. Il est le Fils unique qui devient notre frère, Il éclaire les consciences de bonne volonté, afin que nous puissions construire l’avenir comme une maison accueillante pour tout homme et toute femme qui vient au jour.
À cet égard, la fête de Noël nous conduit aujourd’hui à tourner notre regard vers Marie qui fut la première à sentir battre le cœur du Christ. Dans le silence de son sein virginal, le Verbe de la vie s’annonce comme une palpitation de grâce.
Depuis toujours, Dieu, qui est un créateur bon, connaît le cœur de Marie et notre cœur. Il nous fait connaître le sien en se faisant homme : c’est pourquoi le cœur de Jésus bat pour chaque homme et pour chaque femme. Pour ceux qui sont prêts à l’accueillir, comme les bergers, et pour ceux qui ne le veulent pas, comme Hérode. Son cœur n’est pas indifférent à ceux qui n’ont pas de cœur envers leur prochain : il bat pour les justes afin qu’ils persévèrent dans leur dévouement, et pour les injustes afin qu’ils changent de vie et trouvent la paix.
Le Sauveur vient dans le monde en naissant d’une femme : arrêtons-nous pour adorer cet événement qui resplendit en Marie Très Sainte et se reflète dans chaque enfant à naître, révélant l’image divine qui est imprimée dans notre corps.
En cette Journée, prions tous ensemble pour la paix : d’abord entre les nations ensanglantées par les conflits et la misère, mais aussi dans nos foyers, dans les familles blessées par la violence et la souffrance. Certains que le Christ, notre espérance, est le soleil de justice qui ne s’éteint jamais, demandons avec confiance l’intercession de Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Église.
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À l’issue de l’Angélus
Chers frères et sœurs,
Je vous salue tous avec affection, vous qui êtes réunis sur la place Saint-Pierre en ce premier jour de l’année. Tous mes vœux de paix et de bonheur ! Avec ma profonde gratitude, je les transmets en retour au président de la République italienne Sergio Mattarella.
Depuis le 1er janvier 1968, par la volonté du Pape Saint Paul VI, nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de la paix. Dans mon Message, j’ai voulu reprendre le vœu que le Seigneur m’a suggéré en m’appelant à ce service : « Que la paix soit avec vous tous ! ». Une paix désarmée et désarmante, qui vient de Dieu, don de son amour inconditionnel, confiée à notre responsabilité.
Très chers amis, avec la grâce du Christ, commençons dès aujourd’hui à construire une année de paix, en désarmant nos cœurs et en nous abstenant de toute violence.
J’exprime ma gratitude pour les innombrables initiatives promues à cette occasion dans le monde entier. Je rappelle en particulier la Marche nationale qui s’est déroulée hier soir à Catane et je salue les participants à celle organisée aujourd’hui par la Communauté de Sant’Egidio.
Je salue également le groupe d’étudiants et d’enseignants de Richland, dans le New Jersey, ainsi que tous les Romains et les pèlerins présents.
En ce début d’année, marquée par le huitième centenaire de la mort de saint François, je voudrais adresser à chacun sa bénédiction, tirée de l’Écriture Sainte : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ; qu’il te montre son visage et te fasse miséricorde ; qu’il tourne son regard vers toi et te donne la paix ».
Que la Sainte Mère de Dieu nous guide sur le chemin de cette nouvelle année. Meilleurs vœux à chacun.
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Salle Paul VI, mercredi 11 février 2026
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous méditerons sur le lien profond et vital qui existe entre la Parole de Dieu et l’Église, lien exprimé par la Constitution conciliaire Dei Verbum, au chapitre six. L’Église est le lieu propre de l’Écriture Sainte. Sous l’inspiration du Saint-Esprit, la Bible est née du peuple de Dieu et est destinée au peuple de Dieu. Elle a pour ainsi dire son habitat dans la communauté chrétienne : c’est en effet dans la vie et dans la foi de l’Église qu’elle trouve l’espace où révéler sa signification et manifester sa force.
Vatican II rappelle que « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. » De plus, « l’Église eut et elle a toujours pour règle suprême de sa foi les Écritures, conjointement avec la sainte Tradition » (Dei Verbum, 21).
L’Église ne cesse jamais de réfléchir à la valeur des Saintes Écritures. Après le Concile, un moment très important à cet égard a été l’Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », en octobre 2008. Le Pape Benoît XVI en a récolté les fruits dans l’exhortation post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), où il affirme : « Le lien intrinsèque entre la Parole et la foi met vraiment en évidence que l’authentique herméneutique de la Bible ne peut se situer que dans la foi ecclésiale, qui a dans le ‘oui’ de Marie, son paradigme. […] Le lieu originaire de l’interprétation scripturaire est la vie de l’Église. » (n. 29).
Dans la communauté ecclésiale, l’Écriture trouve donc le cadre dans lequel elle peut accomplir sa tâche particulière et atteindre son but : faire connaître le Christ et ouvrir au dialogue avec Dieu. « L’ignorance de l’Écriture est en effet ignorance du Christ ». (1) Cette célèbre expression de saint Jérôme nous rappelle le but ultime de la lecture et de la méditation de l’Écriture : connaître le Christ et, à travers Lui, entrer en relation avec Dieu, relation qui peut être comprise comme une conversation, un dialogue. Et la Constitution Dei Verbum nous a présenté la Révélation précisément comme un dialogue, dans lequel Dieu parle aux hommes comme à des amis (cf. DV, 2). Cela se produit lorsque nous lisons la Bible dans une attitude intérieure de prière : alors Dieu vient à notre rencontre et entre en conversation avec nous.
La Sainte Écriture, confiée à l’Église, gardée et expliquée par elle, joue un rôle actif : en effet, par son efficacité et sa puissance, elle soutient et fortifie la communauté chrétienne. Tous les fidèles sont appelés à s’abreuver à cette source, tout d’abord dans la célébration de l’Eucharistie et des autres Sacrements. L’amour des Saintes Écritures et la familiarité avec elles doivent guider ceux qui exercent le ministère de la Parole : évêques, prêtres, diacres, catéchistes. Le travail des exégètes et de ceux qui pratiquent les sciences bibliques est précieux ; et la place de l’Écriture est centrale pour la théologie, qui trouve dans la Parole de Dieu son fondement et son âme.
Ce que l’Église désire ardemment, c’est que la Parole de Dieu puisse atteindre chacun de ses membres et en nourrir le cheminement de foi. Mais la Parole de Dieu pousse également l’Église au-delà d’elle-même, elle l’ouvre continuellement à la mission envers tous. En effet, nous vivons entourés de tant de paroles, mais combien d’entre elles sont vides ! Parfois, nous entendons aussi des paroles sages, mais qui ne touchent pas notre destin ultime. La Parole de Dieu, en revanche, répond à notre soif de sens, de vérité sur notre vie. Elle est la seule Parole toujours nouvelle : en nous révélant le mystère de Dieu, elle est inépuisable, elle ne cesse jamais d’offrir ses richesses.
Très chers amis, en vivant dans l’Église, on apprend que l’Écriture Sainte est entièrement relative à Jésus-Christ, et on expérimente que c’est là la raison profonde de sa valeur et de sa puissance. Le Christ est la Parole vivante du Père, le Verbe de Dieu fait chair. Toutes les Écritures annoncent sa Personne et sa présence salvatrice, pour chacun de nous et pour l’humanité tout entière. Ouvrons donc notre cœur et notre esprit pour accueillir ce don, à l’école de Marie, Mère de l’Église.
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(1) S. Jérôme, Commentaire sur Isaïe, Prol. : PL 24, 17 B.
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Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins venus du Burundi, et de France, spécialement les étudiants de divers collèges et instituts.
Frères et sœurs, à l’école de Marie, Mère de l’Église, accueillons le Christ, Parole vivante de Dieu, qui réalise notre conversion intérieure, renouvelant notre esprit et notre cœur pour vivre selon l’Évangile.
Que Dieu vous bénisse !
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Dimanche dernier, le pape François a commenté l’Evangile du Jeune homme riche. Voici un court extrait de son homélie.
« L’Evangile s’ouvre par le récit d’une rencontre. Un homme va à la rencontre de Jésus, s’agenouille devant lui, et pose une question décisive : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la Vie éternelle ? » (v. 17) Une demande aussi importante réclame de l’attention, du temps, de la disponibilité à rencontrer l’autre et à se laisser interpeller par son inquiétude. De fait, le Seigneur ne se met pas à distance, il ne se montre pas agacé ou dérangé ; au contraire, il s’arrête avec lui. Il est disponible à la rencontre. Rien ne le laisse indifférent, tout le passionne. Rencontrer les visages, croiser les regards, partager l’histoire de chacun : voilà la proximité de Jésus. Il sait qu’une rencontre peut changer une vie. Et l’Evangile est parsemé de ces rencontres avec le Christ qui relèvent et guérissent. Jésus n’était pas pressé, il ne regardait pas sa montre pour terminer la rencontre en avance. Il était toujours au service de la personne qu’il rencontrait, pour l’écouter. »

L’élection d’Israël
—- Job —-
Nous vous proposons aujourd’hui de prendre le temps de relire ces passages de la Bible : Job 1-2 ; Job 3 ; Job 19 ; Job 38-39 ; Job 42
Si vous n’avez pas de Bible avec vous, cliquez sur ce lien ?

Basilique Sainte-Sabine, mercredi 5 mars 2025.
Homélie du pape François lue par le cardinal Angelo De Donatis.
Les cendres sacrées vont être répandues sur nos têtes ce soir. Elles ravivent en nous la mémoire de ce que nous sommes, mais aussi l’espérance de ce que nous serons. Elles nous rappellent que nous sommes poussière, mais nous conduisent vers l’espérance à laquelle nous sommes appelés, car Jésus est descendu dans la poussière de la terre et, par sa Résurrection, il nous entraîne avec Lui dans le cœur du Père.
C’est ainsi que se déroule le chemin du Carême vers la Pâque, entre la mémoire de notre fragilité et l’espérance qu’à la fin de la route le Ressuscité nous attendra.
Tout d’abord, nous faisons mémoire. Nous recevons les cendres en inclinant la tête, comme pour nous regarder nous-mêmes, pour nous regarder à l’intérieur. Les cendres, en effet, nous aident à nous rappeler la fragilité et la petitesse de notre vie : nous sommes poussière, nous avons été créés à partir de la poussière et nous retournerons à la poussière. Et il y a de nombreux moments où, en regardant notre vie personnelle ou la réalité qui nous entoure, nous nous rendons compte que « l’homme ici-bas n’est qu’un souffle. […] Rien qu’un souffle, tous ses tracas ; il amasse, mais qui recueillera ? » (Ps 38, 6-7).
Cela nous est enseigné avant tout par l’expérience de la fragilité, que nous expérimentons dans nos fatigues, dans les faiblesses que nous devons assumer, dans les peurs qui nous habitent, dans les échecs qui nous brûlent de l’intérieur, dans le caractère éphémère de nos rêves, dans la prise de conscience que les choses que nous possédons sont éphémères. Faits de cendres et de terre, nous touchons du doigt la fragilité dans l’expérience de la maladie, de la pauvreté, de la souffrance qui s’abat parfois soudainement sur nous et nos familles. Et encore, nous nous rendons compte que nous sommes fragiles lorsque nous sommes exposés, dans la vie sociale et politique de notre temps, à la “poussière subtile” qui pollue le monde : l’opposition idéologique, la logique de la prévarication, le retour des vieilles idéologies identitaires qui théorisent l’exclusion des autres, l’exploitation des ressources de la terre, la violence sous toutes ses formes et la guerre entre les peuples. Autant de “poussières toxiques” qui obscurcissent l’air de notre planète, empêchent la coexistence pacifique, alors que l’incertitude et la peur de l’avenir grandissent en nous chaque jour.
Enfin, cette condition de fragilité nous rappelle le drame de la mort que nous tentons d’exorciser de multiples façons dans nos sociétés d’apparence et même de marginaliser dans nos langages, mais qui s’impose comme une réalité à laquelle nous devons faire face, signe de la précarité et de la fugacité de notre vie.
Ainsi, malgré les masques que nous portons et les artifices souvent créés avec art pour nous distraire, les cendres nous rappellent qui nous sommes. Cela nous fait du bien. Cela nous remodèle, met en évidence les aspérités de nos narcissismes, nous ramène à la réalité, nous rend plus humbles et disponibles les uns envers les autres : aucun de nous n’est Dieu, nous sommes tous en chemin.
Mais le Carême est aussi une invitation à faire renaître l’espérance en nous. Si nous recevons les cendres la tête inclinée pour rappeler ce que nous sommes, le temps du Carême ne veut pas nous laisser la tête baissée mais, au contraire, il nous exhorte à la lever vers Celui qui surgit des profondeurs de la mort, nous entraînant, nous aussi, des cendres du péché et de la mort vers la gloire de la vie éternelle.
Les cendres nous rappellent alors l’espérance à laquelle nous sommes appelés parce que Jésus, le Fils de Dieu, s’est mêlé à la poussière de la terre, l’élevant jusqu’au ciel. Il est descendu dans les profondeurs de la poussière, mourant pour nous et nous réconciliant avec le Père, comme nous l’a dit l’Apôtre Paul : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché » (2 Co 5, 21).
Ceci est, frères et sœurs, l’espérance qui ravive les cendres que nous sommes. Sans cette espérance, nous sommes condamnés à subir passivement la fragilité de notre condition humaine et, surtout face à l’expérience de la mort, nous sombrons dans la tristesse et la désolation, finissant par raisonner comme des imbéciles : « Notre existence est brève et triste, rien ne peut guérir l’homme au terme de sa vie. […] Le corps s’en ira en cendres, et l’esprit se dissipera comme l’air léger » (Sg 2, 1-3). L’espérance de Pâques vers laquelle nous nous dirigeons, en revanche, nous soutient dans nos fragilités, nous rassure sur le pardon de Dieu et, alors même que nous sommes enveloppés dans les cendres du péché, elle nous ouvre à la joyeuse confession de la vie : « Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant, que, le dernier, il se lèvera sur la poussière » (Jb 19, 25). Souvenons-nous de ceci : « L’homme est poussière et il retournera à la poussière, mais il est une poussière précieuse aux yeux de Dieu, parce que Dieu a créé l’homme en le destinant à l’immortalité » (Benoît XVI, Audience générale, 17 février 2010).
Frères et sœurs, avec les cendres sur la tête, nous marchons vers l’espérance de Pâques. Convertissons-nous à Dieu, revenons à Lui de tout notre cœur (cf. Jl 2, 12), remettons-Le au centre de notre vie, afin que la mémoire de ce que nous sommes – fragiles et mortels comme des cendres dispersées par le vent – soit enfin éclairée par l’espérance du Ressuscité. Et orientons notre vie vers Lui, en devenant un signe d’espérance pour le monde : apprenons par l’aumône à sortir de nous-mêmes pour partager les besoins des autres et nourrir l’espérance d’un monde plus juste. Apprenons par la prière à découvrir que nous avons besoin de Dieu ou, comme le disait Jacques Maritain, “mendiants du ciel”, à nourrir l’espérance que, dans nos fragilités et à la fin de notre pèlerinage terrestre, un Père aux bras ouverts nous attend. Apprenons par le jeûne que nous ne vivons pas seulement pour satisfaire nos besoins, mais que nous avons faim d’amour et de vérité, et que seul l’amour de Dieu et des autres peut vraiment nous rassasier et nous donner l’espérance d’un avenir meilleur.
Puissions-nous toujours être accompagnés par la certitude que, depuis que le Seigneur est venu dans les cendres du monde, « l’histoire de la terre est l’histoire du ciel. Dieu et l’homme sont liés dans un même destin » (C. Carretto, Le désert dans la ville, Rome 1986), et Il balaiera toujours les cendres de la mort pour nous faire resplendir d’une vie nouvelle.
Avec cette espérance dans le cœur, mettons-nous en route. Et laissons-nous réconcilier avec Dieu.
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Messe chrismale
Basilique Saint-Pierre, jeudi saint 2 avril 2026
Chers frères et sœurs,
Nous sommes désormais aux portes du Triduum pascal. Une fois encore, le Seigneur nous conduit au sommet de sa mission pour que sa passion, sa mort et sa résurrection deviennent le cœur de notre mission. Ce que nous sommes sur le point de revivre, en effet, a en soi la force de transformer ce que l’orgueil humain a généralement tendance à rigidifier : notre identité, notre place dans le monde. La liberté de Jésus change les cœurs, soigne les blessures, parfume et fait rayonner nos visages, réconcilie et rassemble, pardonne et ressuscite.
En cette première année où je préside la messe chrismale en tant qu’évêque de Rome, je souhaite réfléchir avec vous sur la mission à laquelle Dieu nous consacre en tant que Peuple qui lui appartient. C’est la mission chrétienne, celle-là même de Jésus, et non pas une autre. Chacun y participe selon sa propre vocation et dans une obéissance très personnelle à la voix de l’Esprit ; mais jamais sans les autres, jamais en négligeant ou en rompant la communion ! Évêques et prêtres, en renouvelant nos promesses, nous sommes au service d’un peuple missionnaire. Avec tous les baptisés, nous formons le Corps du Christ, oints de son Esprit de liberté et de consolation, Esprit de prophétie et d’unité.
Ce que Jésus vit dans les moments culminants de sa mission est anticipé dans l’oracle d’Isaïe qu’Il dit, dans la synagogue de Nazareth, être une Parole qui s’accomplit « aujourd’hui » (cf. Lc 4, 21). À l’heure de Pâques, en effet, il devient définitivement clair que Dieu consacre pour envoyer. Jésus dit : « Il m’a envoyé » (Lc 4, 18), décrivant ce mouvement qui lie son Corps aux pauvres, aux prisonniers, à ceux qui tâtonnent dans l’obscurité et à ceux qui sont opprimés. Et nous, membres de son Corps, nous appelons “apostolique” une Église envoyée, poussée au-delà d’elle-même, consacrée à Dieu dans le service de ses créatures : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).
Nous savons qu’être envoyé demande avant tout un détachement, c’est-à-dire le risque de quitter ce qui est familier et sûr pour s’aventurer vers la nouveauté. Il est intéressant de noter que « dans la puissance de l’Esprit » (Lc 4, 14) descendu sur Lui après son baptême dans le Jourdain, Jésus retourne en Galilée et vient « à Nazareth, où il avait été élevé » (Lc 4, 16). C’est le lieu qu’Il doit désormais quitter. Il se déplace « selon son habitude » (v. 16), mais pour inaugurer un temps nouveau. Il devra désormais quitter définitivement ce village afin que mûrisse ce qui y a germé, sabbat après sabbat, dans l’écoute fidèle de la Parole de Dieu. De même, Il appellera d’autres personnes à partir, à prendre des risques afin qu’aucun lieu ne devienne une clôture, aucune identité une tanière.
Chers amis, nous suivons Jésus qui « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais qui s’est anéanti » (Ph 2, 6-7). Toute mission commence par ce genre de dépouillement dans lequel tout renaît. Notre dignité d’enfants de Dieu ne peut pas nous être enlevée, ni se perdre, pas plus que les affections, les lieux, les expériences qui sont à l’origine de notre vie ne peuvent être effacés. Nous sommes les héritiers de tant de biens et, à la fois, des limites d’une histoire dans laquelle l’Évangile doit apporter lumière et salut, pardon et guérison. Il n’y a donc pas de mission sans réconciliation avec nos origines, avec les dons et les limites de la formation reçue. Mais, en même temps, il n’y a pas de paix sans départs, il n’y a pas de conscience sans détachement, il n’y a pas de joie sans risque. Nous sommes le Corps du Christ si nous allons de l’avant, en faisant le point sur le passé sans en être prisonniers. Tout se retrouve et se multiplie si l’on a d’abord su lâcher prise, sans crainte. C’est un premier secret de la mission. Et on ne l’expérimente pas une seule fois, mais à chaque nouveau départ, à chaque nouvel envoi.
Le cheminement de Jésus nous révèle que la disponibilité à se perdre, à se dépouiller, n’est pas une fin en soi mais une condition à la rencontre et à l’intimité. L’amour n’est véritable que s’il est désarmé. Il n’a besoin que de peu de choses, d’aucune ostentation. Il préserve délicatement la faiblesse et la nudité. Nous avons du mal à nous lancer dans une mission aussi exposée, et pourtant il n’y a pas de “bonne nouvelle pour les pauvres” (cf. Lc 4, 18) si nous allons vers eux avec les signes du pouvoir ; ni de véritable libération si nous ne nous libérons pas de ce que nous possédons. Nous touchons ici à un deuxième secret de la mission chrétienne. Après la loi du détachement, il y a celle de la rencontre. Nous savons qu’au cours de l’histoire, la mission a souvent été dénaturée par des logiques de domination, tout à fait étrangères à la voie de Jésus-Christ. Saint Jean-Paul II a eu la lucidité et le courage de reconnaître qu’ « en raison du lien qui, dans le Corps mystique, nous unit les uns aux autres, nous tous, bien que nous n’en ayons pas la responsabilité personnelle et sans nous substituer au jugement de Dieu qui seul connaît les cœurs, nous portons le poids des erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés ». (1)
En conséquence, il est désormais primordial de rappeler que, ni dans le domaine pastoral, ni dans le domaine social ou politique, le bien ne peut découler de l’abus de pouvoir. Les grands missionnaires sont les témoins d’approches discrètes, dont la méthode repose sur le partage de la vie, le service désintéressé, le renoncement à toute stratégie calculatrice, le dialogue et le respect. C’est la voie de l’incarnation qui prend, toujours et encore, la forme de l’inculturation. Le salut, en effet, ne peut être accueilli par chacun que dans sa langue maternelle. « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? » (Ac 2, 8). La surprise de la Pentecôte se répète lorsque nous ne prétendons pas dominer les temps de Dieu, mais que nous avons confiance en l’Esprit Saint qui « est là, aujourd’hui encore, comme au temps de Jésus et des Apôtres : il est là et il agit, il arrive avant nous, il travaille plus que nous et mieux que nous ; il ne nous appartient ni de le semer ni de le réveiller, mais avant tout de le reconnaître, de l’accueillir, de le suivre, de lui faire place, de marcher à sa suite. Il est là et n’a jamais perdu courage face aux temps que nous vivons ; au contraire, il sourit, danse, pénètre, envahit, enveloppe, arrive même là où nous n’aurions jamais imaginé ». (2)
Pour établir cette harmonie avec l’invisible, il faut se rendre là où l’on est envoyé avec simplicité, en honorant le mystère que chaque personne et chaque communauté porte en elle. Nous sommes des hôtes. Nous le sommes en tant qu’évêques, prêtres, religieux et religieuses, chrétiens. Pour accueillir, nous devons apprendre à nous laisser accueillir. Même les lieux où la sécularisation semble la plus avancée ne sont pas une terre de conquête ou de reconquête : « De nouvelles cultures continuent à naître dans ces énormes géographies humaines où le chrétien n’a plus l’habitude d’être promoteur ou générateur de sens, mais reçoit d’elles d’autres langages, symboles, messages et paradigmes qui offrent de nouvelles orientations de vie, souvent en opposition avec l’Évangile de Jésus. […] Il est indispensable d’arriver là où se forment les nouveaux récits et paradigmes, d’atteindre avec la Parole de Jésus les éléments centraux les plus profonds de l’âme de la ville ». (3) Cela ne se produit que si, dans l’Église, nous marchons ensemble ; si la mission n’est pas l’aventure héroïque d’une personne, mais le témoignage vivant d’un Corps aux membres nombreux.
Il existe ensuite une troisième dimension, peut-être la plus radicale, de la mission chrétienne. La dramatique “possibilité de l’incompréhension et du rejet” se manifeste déjà dans la violente réaction des habitants de Nazareth face à la parole de Jésus : « À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas » (Lc 4, 28-29). Bien que la lecture liturgique ait omis cette partie, ce que nous nous apprêtons à célébrer à partir de ce soir nous engage à ne pas fuir, mais à “passer au milieu” de l’épreuve, comme Jésus qui, « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30). La croix fait partie de la mission : l’envoi devient plus amer et effrayant, mais aussi plus gratuit et libérateur. L’occupation impérialiste du monde est alors interrompue de l’intérieur, la violence qui, jusqu’à aujourd’hui fait loi, est démasquée. Le Messie pauvre, prisonnier, opprimé, plonge dans les ténèbres de la mort, mais c’est ainsi qu’Il met en lumière une création nouvelle.
De combien de résurrections sommes-nous aussi les témoins, lorsque, libérés de toute attitude défensive, nous nous engageons à servir comme une semence dans la terre ! Dans la vie, nous pouvons traverser des situations où tout semble fini. Nous nous demandons alors si la mission n’a pas été vaine. C’est vrai, contrairement à Jésus, nous connaissons aussi des échecs qui dépendent de nos insuffisances ou de celles des autres, souvent d’un enchevêtrement de responsabilités, d’ombres et de lumières. Mais nous pouvons faire nôtre l’espérance de nombreux témoins. J’en retiens un qui m’est particulièrement cher. Un mois avant sa mort, dans son cahier des Exercices spirituels, le saint évêque Óscar Romero notait ceci : « Le nonce du Costa Rica m’a mis en garde contre un danger imminent, précisément cette semaine… Les circonstances imprévues seront affrontées avec la grâce de Dieu. Jésus-Christ a aidé les martyrs et, si le besoin s’en fait sentir, je le sentirai très proche lorsque je lui confierai mon dernier souffle. Mais, plus que le dernier instant de la vie, ce qui compte, c’est de lui donner toute ma vie et de vivre pour Lui… Il me suffit, pour être heureux et confiant, de savoir avec certitude que c’est en Lui que se trouvent ma vie et ma mort ; que, malgré mes péchés, j’ai placé ma confiance en Lui et que je ne serai pas désorienté, et que d’autres poursuivront, avec plus de sagesse et de sainteté, le travail pour l’Église et pour la patrie ».
Cher frères et sœurs, ce sont les saints qui font l’histoire. Tel est le message de l’Apocalypse. « À vous, la grâce et la paix […] de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre » (Ap 1, 5). Cette salutation résume le parcours de Jésus dans un monde déchiré entre des puissances qui le ravagent. En son sein naît un peuple nouveau, non pas de victimes, mais de témoins. En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort. Renouvelons notre “oui” à cette mission qui exige de nous l’unité et qui apporte la paix. Oui, nous sommes là ! Surmontons le sentiment d’impuissance et de peur ! Nous annonçons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, dans l’attente de ta venue.
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(1) Saint Jean-Paul II, Bulle d’indiction du Grand Jubilé de l’an 2000 Incarnationis mysterium (29 novembre 1998), n. 11.
(2) Martini, C.M., Tre racconti dello Spirito, Milan 1997, 11.
(3) François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 73-74.
Messe de la Cène du Seigneur
Basilique Saint-Jean-de-Latran, jeudi saint 2 avril 2026
Chers frères et sœurs,
La liturgie solennelle de ce soir nous fait entrer dans le Triduum de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur. Nous franchissons ce seuil, non comme spectateurs ou par inertie, mais parce que Jésus lui-même nous y implique spécialement : en qualité d’invités à la Cène où le pain et le vin deviennent pour nous Sacrement du salut. Nous participons à un banquet au cours duquel le Christ, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). Son amour se fait geste et nourriture pour tous, en révélant la justice de Dieu. Là même où le mal fait rage dans le monde, Jésus aime définitivement, pour toujours, de tout son être.
Au cours de cette dernière Cène, Il lave les pieds de ses apôtres, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 15). Le geste du Seigneur ne fait qu’un avec la table à laquelle Il nous invite. C’est un exemple du sacrement : tout en en confirmant le sens, Il nous confie une tâche que nous voulons assumer comme nourriture pour notre vie. L’évangéliste Jean choisit le mot grec hupódeigma pour raconter l’événement auquel il a assisté. Il signifie “ce qui est présenté juste sous les yeux”. Ce que le Seigneur nous montre, en prenant l’eau, la vasque et le tablier, est bien plus qu’un modèle moral. Il nous confie sa propre forme de vie. Laver les pieds est un geste qui résume la révélation de Dieu, signe exemplaire du Verbe fait chair, sa mémoire incomparable. En s’appropriant la condition du serviteur, le Fils révèle la gloire du Père, bouleversant les critères mondains qui ternissent notre conscience.
Au même titre que la surprise muette de ses disciples, l’orgueil humain nous ouvre les yeux sur ce qui se passe : à l’instar de Pierre, qui résiste d’abord à l’initiative de Jésus, nous devons nous aussi « réapprendre sans cesse que la grandeur de Dieu diffère de notre conception de la grandeur, […] car nous désirons systématiquement un Dieu de succès et non de Passion » (Homélie de la messe in coena Domini, 20 mars 2008). Ces paroles du Pape Benoît XVI reconnaissent lucidement que nous sommes toujours tentés de rechercher un Dieu qui “nous serve”, qui nous fasse gagner, qui soit utile comme l’argent et le pouvoir. Nous ne comprenons pas, en revanche, que Dieu nous sert vraiment, certes, mais par le geste gratuit et humble du lavement des pieds : voilà la toute-puissance de Dieu. C’est ainsi que s’accomplit la volonté de consacrer sa vie à celui qui, sans ce don, ne peut exister. Le Seigneur s’agenouille pour laver l’homme, par amour pour lui. Et le don divin nous transforme.
Par son geste, en effet, Jésus purifie non seulement notre image de Dieu des idolâtries et des blasphèmes qui l’ont souillée, mais il purifie notre image de l’homme qui se croit puissant quand il domine, qui veut vaincre en tuant ceux qui lui sont égaux, qui se croit grand quand il est craint. Vrai Dieu et vrai homme, le Christ nous donne au contraire un exemple de dévouement, de service et d’amour. Nous avons besoin de son exemple pour apprendre à aimer, non pas parce que nous en sommes incapables mais pour nous éduquer nous-mêmes, les uns les autres, à l’amour véritable. Apprendre à agir comme Jésus, Signe que Dieu inscrit dans l’histoire du monde, est la tâche de toute une vie.
Il est le critère authentique, le « Maître et Seigneur » (Jn 13, 13) qui fait tomber tous les masques du divin et de l’humain. Il ne donne pas cet exemple quand tout le monde est heureux et l’aime, mais durant la nuit où il était trahi, dans l’obscurité de l’incompréhension et de la violence, afin qu’il soit bien clair que le Seigneur ne nous aime pas parce que nous sommes bons et purs. Il nous aime, et c’est pourquoi Il nous pardonne et nous purifie. Le Seigneur nous aime non pas à condition de nous faire laver par sa miséricorde : il nous aime, et c’est pourquoi il nous lave, afin que nous puissions répondre à son amour.
Apprenons de Jésus ce service réciproque. Il ne nous demande pas en effet de le lui rendre, mais de le partager entre nous : « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Le Pape François commentait ainsi : « C’est un devoir qui me vient du cœur : je l’aime. J’aime cela et j’aime le faire parce que le Seigneur m’a enseigné ainsi » (Homélie de la messe in coena Domini, 28 mars 2013). Il ne parlait pas d’un impératif abstrait, d’un commandement formel et vide, mais il exprimait sa ferveur obéissante pour la charité du Christ, source et modèle de notre charité. L’exemple donné par Jésus, en effet, ne peut être imité par convenance, à contrecœur ou par hypocrisie, mais uniquement par amour.
Se laisser servir par le Seigneur est donc une condition pour servir comme Il l’a fait, Lui. « Si tu ne te laisses pas laver – dit Jésus à Pierre – tu n’auras pas part avec moi » (Jn 13, 8). Si tu ne m’accueilles pas comme serviteur, tu ne peux pas croire en moi et me suivre comme Seigneur. En lavant notre chair, Jésus purifie notre âme. En Lui, Dieu a donné un exemple non de la manière dont on domine, mais de celle dont on libère ; de la manière de donner sa vie, non celle de la détruire.
Alors, face à une humanité à genoux, face à de nombreux exemples de brutalité, agenouillons-nous nous aussi en tant que frères et sœurs des opprimés. C’est ainsi que nous voulons suivre l’exemple du Seigneur, en accomplissant ce que nous avons entendu dans le livre de l’Exode : « Ce jour sera pour vous un mémorial » (Ex 12, 14). Oui, toute l’histoire biblique converge vers Jésus, véritable agneau pascal. À travers Lui, les figures anciennes trouvent leur pleine signification, car le Christ sauveur célèbre la Pâque de l’humanité, ouvrant à chacun le passage du péché au pardon, de la mort à la vie éternelle : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11, 24).
En renouvelant les gestes et les paroles du Seigneur, précisément ce soir, nous faisons mémoire de l’institution de l’Eucharistie et de l’Ordre sacré. Le lien intrinsèque entre ces deux sacrements représente le don parfait de Jésus, Grand Prêtre et Eucharistie vivante pour l’éternité : dans le pain et le vin consacrés se trouve en effet le « sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal, dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné » (Const. dogm. Sacrosanctum Concilium, 47). Dans les évêques et les prêtres, constitués « prêtres de la nouvelle Alliance » selon le commandement du Seigneur (Concile de Trente, De Missae Sacrificio, 1), réside le signe de sa charité envers tout le Peuple de Dieu que nous sommes appelés à servir, chers confrères, de tout notre être.
Le Jeudi Saint est donc un jour de profonde gratitude et de fraternité authentique. Que l’adoration eucharistique de ce soir, dans chaque paroisse et chaque communauté, soit un moment pour contempler le geste de Jésus, en nous mettant à genoux comme Il l’a fait, et en demandant la force de l’imiter dans le service avec le même amour.
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Chers frères et sœurs,
Après avoir vu la dernière fois que l’annonce chrétienne est joie, nous nous arrêtons aujourd’hui sur un second aspect : c’est pour tous, l’annonce chrétienne est joie pour tous. Quand nous rencontrons vraiment le Seigneur Jésus, l’émerveillement de cette rencontre envahit notre vie et demande à être porté au-delà de nous. C’est ce qu’Il veut, que son Évangile soit pour tous. En lui en effet, existe une « force humanisante », une plénitude de vie qui est destinée à tout homme et à toute femme, car pour tous Christ est né, est mort, est ressuscité. Pour tous : personne n’est exclu.
Dans Evangelii gaudium, on peut lire : « Tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme, mais « par attraction » » (n. 14). Frères, sœurs, considérons-nous au service de la destination universelle de l’Évangile, c’est pour tous ; et distinguons-nous par notre capacité à sortir de nous-mêmes, – une annonce pour être une vraie annonce doit sortir de l’égoïsme même – et avoir aussi la capacité – de dépasser toutes les frontières. Les chrétiens se rassemblent sur le parvis plus que dans la sacristie, et vont « sur les places et dans les rues de la ville » (Lc 14,21). Ils doivent être ouverts et expansifs, les chrétiens doivent être « extravertis », et ce caractère leur vient de Jésus, qui a fait de sa présence dans le monde un déplacement continuel, visant à aller à la rencontre de tous, apprenant même de certaines de ses rencontres.
Dans ce sens, l’Évangile rapporte la surprenante rencontre de Jésus avec une femme étrangère, une Cananéenne qui le supplie de guérir sa fille malade (cf. Mt 15, 21-28). Jésus refuse en disant qu’il n’a été envoyé qu’ « aux brebis perdues de la maison d’Israël » et qu’ « il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » (v. 24.26). Mais la femme, avec l’insistance typique des gens simples, répliqua que même « les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres » (v. 27). Jésus en reste impressionné et lui dit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » (v. 28). Cette rencontre avec cette femme a quelque chose d’unique. Non seulement quelqu’un fait changer d’avis à Jésus, et c’est une femme, étrangère et païenne, mais le Seigneur lui-même y trouve la confirmation que sa prédication ne doit pas se limiter au peuple auquel il appartient, mais s’ouvrir à tous.
La Bible nous montre que lorsque Dieu appelle une personne et conclut une alliance avec elle, le critère est toujours le suivant : il élit quelqu’un pour en atteindre d’autres, ceci est le critère de Dieu, de l’appel de Dieu Tous les amis du Seigneur ont fait l’expérience de la beauté, mais aussi de la responsabilité et du poids d’avoir été « choisis » par Lui. Et tous ont éprouvé le découragement face à leurs propres faiblesses ou la perte de leurs sécurités. Mais la tentation peut-être plus grande est celle de considérer l’appel reçu comme un privilège, s’il vous plait non, l’appel n’est pas un privilège, jamais. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes privilégiés par rapport aux autres, non. L’appel est pour un service. Et Dieu choisit un pour aimer tous, pour arriver à tous.
Aussi pour prévenir la tentation d’identifier le christianisme avec une culture, avec une ethnie, avec un système. Mais de cette façon, il perd sa nature vraiment catholique, c’est-à-dire pour tous, universelle : il ne s’agit pas d’un petit groupe d’élus de première classe. Ne l’oublions pas : Dieu choisit quelqu’un pour aimer tous. Cet horizon de l’universalité. L’Évangile n’est pas seulement pour moi, il est pour tous, ne l’oublions pas. Merci.
Source : vatican.va
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HOMÉLIE DE LA MESSE DOMINICALE
Kilamba (Angola), dimanche 19 avril 2026
Chers frères et sœurs,
C’est le cœur rempli de gratitude que je célèbre l’Eucharistie parmi vous. Merci à Dieu pour ce don et merci à vous pour cet accueil chaleureux !
En ce troisième dimanche de Pâques, le Seigneur nous a parlé à travers l’Évangile des disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Laissons-nous éclairer par cette Parole de vie.
Deux disciples du Seigneur, le cœur meurtri et triste, partent de Jérusalem pour retourner dans leur village d’Emmaüs. Ils ont vu mourir ce Jésus en qui ils avaient mis leur confiance et qu’ils avaient suivi, et maintenant, déçus et vaincus, ils rentrent chez eux. En chemin, « ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé » (v. 14). Ils ont besoin d’en parler, de se raconter encore ce qu’ils ont vu, de partager ce qu’ils ont vécu, au risque toutefois de rester prisonniers de la douleur, fermés à l’espérance.
Frères et sœurs, je vois dans cette scène d’ouverture de l’Évangile le reflet de l’histoire de l’Angola, de ce pays magnifique et meurtri, qui a soif et faim d’espoir, de paix et de fraternité. En effet, la conversation des deux disciples sur le chemin qui repensent avec découragement à ce qui est arrivé à leur Maître, rappelle la douleur qui a marqué votre pays : une longue guerre civile avec son cortège d’hostilités et de divisions, de ressources gaspillées et de pauvreté.
Quand on est plongé depuis longtemps dans une histoire ainsi marquée par la douleur, on court le risque des deux disciples d’Emmaüs : perdre l’espoir et rester paralysé par le découragement. En effet, ils marchent, mais ils sont encore figés sur les événements survenus trois jours plus tôt, lorsqu’ils ont vu Jésus mourir ; ils conversent entre eux, mais sans espérer une voie de sortie ; ils parlent encore de ce qui s’est passé, avec la peine de ceux qui ne savent pas comment recommencer, ni même si c’est possible.
Très chers amis, la Bonne Nouvelle du Seigneur, aujourd’hui encore pour nous, est précisément celle-ci : Il est vivant, Il est ressuscité et Il marche à nos côtés tandis que nous parcourons le chemin de la souffrance et de l’amertume, ouvrant nos yeux pour que nous puissions reconnaître son œuvre et nous accordant la grâce de repartir et de reconstruire l’avenir.
Le Seigneur se joint aux deux disciples déçus et à court d’espoir et, en devenant leur compagnon de route, il les aide à rassembler les morceaux de cette histoire, à regarder au-delà de la douleur, à découvrir qu’ils ne sont pas seuls sur le chemin et qu’un avenir, où habite encore le Dieu de l’amour, les attend. Et lorsqu’Il s’arrête pour dîner avec eux, qu’Il s’assoit à table et rompt le pain, alors « leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent » (v. 31).
Voici tracé pour nous aussi, pour vous, chers frères et sœurs angolais, le chemin pour recommencer : d’une part, la certitude que le Seigneur nous accompagne et a compassion de nous ; d’autre part, l’engagement qu’Il nous demande.
Nous faisons l’expérience de la compagnie du Seigneur surtout dans notre relation avec Lui, dans la prière, dans l’écoute de sa Parole qui fait brûler nos cœurs comme celui des deux disciples, et surtout dans la célébration de l’Eucharistie. C’est ici que nous rencontrons Dieu. C’est pourquoi il faut toujours veiller sur ces formes de religiosité traditionnelle qui appartiennent certes aux racines de votre culture, mais en même temps risquent de confondre et de mélanger des éléments magiques et superstitieux qui n’aident pas dans le chemin spirituel. Restez fidèles à ce que l’Église enseigne, ayez confiance en vos pasteurs et gardez le regard fixé sur Jésus qui se révèle en particulier dans la Parole et dans l’Eucharistie. Dans les deux, nous faisons l’expérience que le Seigneur ressuscité marche à nos côtés et, unis à lui, nous aussi, nous vainquons les morts qui nous assiègent et nous vivons comme des ressuscités.
À cette certitude de ne pas être seuls sur le chemin s’ajoute également un engagement généreux, capable d’apaiser les blessures et de raviver l’espoir. En effet, si les deux disciples d’Emmaüs reconnaissent Jésus lorsqu’il rompt le pain pour eux, cela signifie que nous devons nous aussi le reconnaître ainsi : non seulement dans l’Eucharistie, mais partout où une vie se fait pain rompu, partout où quelqu’un se fait don de compassion à l’instar de Lui.
L’histoire de votre pays, les conséquences encore difficiles que vous supportez, les problèmes sociaux et économiques et les différentes formes de pauvreté réclament la présence d’une Église qui sache vous accompagner sur le chemin et recueillir le cri de ses enfants. Une Église qui, à la lumière de la Parole et nourrie de l’Eucharistie, sait raviver l’espérance perdue. Une Église faite de personnes comme vous qui se donnent, tout comme Jésus rompt le pain pour les deux disciples d’Emmaüs. L’Angola a besoin d’évêques, de prêtres, de missionnaires, de religieuses et de religieux, de laïcs qui aient à cœur le désir de rompre leur propre vie et de la donner les uns aux autres, de s’engager dans l’amour et le pardon mutuels, de construire des espaces de fraternité et de paix, d’accomplir des gestes de compassion et de solidarité envers ceux qui en ont le plus besoin.
Par la grâce du Christ Ressuscité, nous pouvons devenir ce pain rompu qui transforme la réalité. Et tout comme l’Eucharistie nous rappelle que nous formons un seul corps et un seul esprit, unis à l’unique Seigneur, nous aussi, nous pouvons et nous voulons construire un pays où les vieilles divisions seront définitivement surmontées, où la haine et la violence disparaîtront, où le fléau de la corruption sera guéri par une nouvelle culture de justice et de partage. Ce n’est qu’ainsi qu’un avenir d’espoir sera possible, surtout pour les nombreux jeunes qui l’ont perdu.
Frères et sœurs, aujourd’hui, il faut regarder vers l’avenir avec espérance et construire l’espérance de l’avenir. N’ayez pas peur de le faire ! Jésus Ressuscité, qui chemine avec vous et qui, pour vous, se donne comme le pain, vous encourage à être les témoins de sa résurrection et les acteurs d’une nouvelle humanité et d’une nouvelle société.
Sur ce chemin, très chers amis, vous pouvez compter sur la proximité et la prière du Pape ! Mais moi aussi, je sais que je peux compter sur vous, et je vous en remercie ! Je vous confie à la protection et à l’intercession de la Vierge Marie, Notre-Dame de Muxima, afin qu’elle vous soutienne toujours dans la foi, l’espérance et la charité.
REGINA CAELI
Kilamba (Angola), dimanche 19 avril 2026
Chers frères et sœurs,
Unissons-nous maintenant dans la prière à Marie Regina Caeli, Reine du Ciel, pour partager avec elle, notre Mère et compagne de chemin, la joie de la Résurrection.
Par ce chant joyeux, nous ne voulons ni effacer ni étouffer le cri de ceux qui souffrent, mais plutôt l’embrasser et l’unir à nos voix, dans une harmonie nouvelle, afin que, même dans la douleur, la lumière de la foi reste vivante, et avec elle l’espérance d’un monde meilleur.
Je déplore profondément la récente intensification des attaques contre l’Ukraine, qui continuent de frapper également les civils. J’exprime ma proximité à ceux qui souffrent et j’assure de mes prières tout le peuple ukrainien. Je renouvelle l’appel à faire taire les armes et à poursuivre la voie du dialogue.
La trêve annoncée au Liban est en revanche un motif d’espérance, elle représente le germe d’un soulagement pour le peuple libanais et pour le Levant. J’encourage ceux qui œuvrent en faveur d’une solution diplomatique à poursuivre les pourparlers de paix, afin de rendre permanente la cessation des hostilités dans tout le Moyen-Orient.
Le Christ a vaincu la mort, et c’est avec cette certitude que chacun de nous, unis à Lui et en Lui comme un seul corps, nous nous engageons aujourd’hui et chaque jour à faire croître autour de nous les fruits de Pâques qui sont l’amour, la vraie justice et la paix, en dépassant tout obstacle et toute difficulté.
Que la Mère de Jésus, Mère du Cœur, nous aide à ressentir toujours vivante et forte, près de nous, la présence de son Fils ressuscité.
DISCOURS AU TERME DE LA PRIÈRE DU ROSAIRE
Sanctuaire Mama Muxima, dimanche 19 avril 2026
Chers frères et sœurs,
Très chers jeunes, membres de la Légion de Marie et fidèles de Mama Muxima, la Mère du cœur, c’est avec joie que je partage avec vous ce moment de prière mariale.
Nous avons prié ensemble le Saint Rosaire, une dévotion ancienne et simple, née dans l’Église comme une prière pour tous. Saint Jean-Paul II l’a définie comme la prière d’un christianisme qui a conservé la « fraîcheur des origines et qui se sent poussé par l’Esprit de Dieu à « avancer au large » […] pour redire, et même pour “crier” au monde, que le Christ est Seigneur et Sauveur » (Lett. ap. Rosarium Virginis Mariae, n. 1).
En vous regardant tous, Église vivante et jeune d’Angola, et en partageant ce moment intense et plein de ferveur, il me semble que les paroles de mon saint prédécesseur s’appliquent tout particulièrement à cette grande communauté, où l’on ressent assurément la fraîcheur de la foi et la force de l’Esprit.
Nous nous trouvons dans un sanctuaire où, depuis des siècles, tant d’hommes et de femmes ont prié, dans les moments de joie, mais aussi dans les circonstances tristes et très douloureuses de l’histoire de ce pays. Ici, depuis longtemps, Mama Muxima œuvre dans l’ombre pour maintenir vivant et battant le cœur de l’Église, un cœur formé de cœurs : les vôtres, et ceux de tant de personnes qui aiment, prient, célèbrent, pleurent et parfois même, dans l’impossibilité de venir physiquement, confient leurs demandes et leurs vœux par des lettres et des messages postaux, comme l’a rappelé Son Excellence. Mama Muxima accueille tout le monde, écoute tout le monde et prie pour tout le monde.
Nous avons médité les mystères glorieux de la vie de Jésus, en contemplant dans sa glorification notre destin et dans son amour notre mission. Le Christ, à Pâques, a vaincu la mort, nous montrant le chemin pour retourner vers le Père. Et pour que nous puissions, nous aussi, parcourir ce chemin lumineux et exigeant, en faisant participer le monde entier à sa beauté, il nous a donné son Esprit, qui nous anime et nous soutient dans notre cheminement et notre mission. Comme Marie, nous sommes nous aussi faits pour le Ciel, et c’est vers le Ciel que nous marchons avec joie, en regardant vers Elle, Mère bonne et modèle de sainteté, pour porter la lumière du Ressuscité à nos frères et sœurs que nous rencontrons, comme nous l’avons fait symboliquement au début de chaque “dizaine”, avec des représentants de chaque vocation et de tout âge.
Comme l’a rappelé Mgr Sumbelelo, ce sanctuaire, dédié à l’Immaculée Conception, a été spontanément “rebaptisé” par les fidèles Sanctuaire de la “Mère du cœur”. C’est un très beau titre, qui nous fait penser au Cœur de Marie : un cœur limpide et sage, capable de conserver et de méditer les événements extraordinaires de la vie du Fils de Dieu (cf. Lc 2,19.51). En priant ensemble, nous avons nous aussi fait de même, en nous laissant accompagner par Marie dans le souvenir de Jésus. Nous avons retracé avec Elle divers moments de la vie de son Fils, afin de nourrir en nous un amour universel comme le sien (cf. Rosarium Virginis Mariae, n. 11).
Réciter le Rosaire nous engage donc à aimer chaque personne avec un cœur maternel, de manière concrète et généreuse, et à nous dépenser pour le bien les uns des autres, en particulier celui des plus pauvres. Une mère aime tous ses enfants, bien qu’ils soient différents les uns des autres, de la même manière et de tout son cœur. Nous aussi, devant la Mère de notre cœur, nous voulons promettre de faire de même, en nous dévouant sans réserve pour que personne ne manque d’amour, et avec lui, du nécessaire pour vivre dignement et être heureux : pour que ceux qui ont faim aient de quoi se nourrir, pour que tous les malades puissent recevoir les soins nécessaires, pour que les enfants aient accès à une Instruction adéquate, pour que les personnes âgées puissent vivre sereinement leurs années de vieillesse. Une mère pense à toutes ces choses : Marie pense à toutes ces choses, et elle nous invite, nous aussi, à partager sa sollicitude.
Chers jeunes, chers membres de la Légion de Marie, chers frères et sœurs, la Vierge Marie nous demande de nous laisser toucher par les sentiments de son cœur, afin d’être, comme elle, des artisans de justice et des porteurs de paix. Un grand projet est en cours ici : la construction d’un nouveau sanctuaire, capable d’accueillir tous ceux qui viennent en pèlerinage. Prenez cela comme un signe, surtout vous, les jeunes. À vous aussi, en effet, la Mère du Ciel confie un grand projet : celui de construire un monde meilleur, accueillant, où il n’y ait plus ni guerres, ni injustices, ni misère, ni malhonnêteté, et où les principes de l’Évangile inspirent et façonnent toujours davantage les cœurs, les structures et les programmes, pour le bien de tous.
C’est l’amour qui doit triompher, non la guerre ! C’est ce que nous enseigne le cœur de Marie, le cœur de notre Mère à tous. Partons donc de ce sanctuaire en tant qu’“anges-messagers” de vie, pour apporter à tous la tendresse de Marie et la bénédiction de Dieu.
Mama Muxima, tueza kokué, Mama Muxima, tutambululé : “Mère du cœur, nous venons vers toi pour tout t’offrir”. C’est ce que dit l’hymne à Mama Muxima, qui poursuit : “Nous venons te demander ta bénédiction”.
Chers amis, offrons tout à Marie, en nous donnant tous à nos frères, et accueillons avec joie, par son intercession, la bénédiction du Seigneur, afin de la transmettre à tous ceux que nous rencontrons. Amen.
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Sur cette majestueuse place Saint-Pierre, où le pape François a célébré tant de fois l’Eucharistie et préside de grandes rencontres au cours de ces 12 années, nous sommes rassemblés en prière autour de sa dépouille mortelle, le cœur triste, mais soutenus par les certitudes de la foi, qui nous assure que l’existence humaine ne s’achève pas dans la tombe, mais dans la maison du Père, dans une vie de bonheur qui ne connaîtra pas de crépuscule.
Au nom du Collège des Cardinaux, je remercie cordialement chacun d’entre vous pour votre présence. Avec une profonde émotion, j’adresse un salut respectueux et mes vifs remerciements aux chefs d’État, aux chefs de gouvernement et aux délégations officielles venus de nombreux pays pour exprimer leur affection, leur vénération et leur estime envers le Pape qui nous a quittés. Le plébiscite des manifestations d’affection et de participation, que nous avons vu ces derniers jours après son passage de cette terre vers l’éternité, nous montre à quel point le pontificat intense du pape François a touché les esprits et les cœurs.
Sa dernière image, qui restera gravée dans nos yeux et dans nos cœurs, est celle de dimanche dernier, jour de la solennité de Pâques, lorsque le pape François, malgré ses graves problèmes de santé, a voulu nous donner la bénédiction depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, puis est descendu sur cette place pour saluer depuis la papamobile découverte toute la foule venue assister à la messe de Pâques.
Par notre prière, nous voulons maintenant confier l’âme du bien-aimé Pontife à Dieu, afin qu’Il lui accorde la félicité éternelle dans l’horizon lumineux et glorieux de son immense amour. La page de l’Évangile, où résonne la voix même du Christ interpellant le premier des Apôtres, nous éclaire et nous guide : «Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?». Et la réponse de Pierre fut immédiate et sincère : «Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime». Et Jésus lui confia la grande mission : «Pais mes brebis»”. Ce sera là la tâche constante de Pierre et de ses successeurs, un service d’amour à la suite du Maître et Seigneur Jésus-Christ qui «n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude» (Mc 10, 45).
Malgré sa fragilité dernière et sa souffrance, le pape François a choisi de suivre cette voie du don jusqu’au dernier jour de sa vie terrestre. Il a suivi les traces de son Seigneur, le bon Pasteur, qui a aimé ses brebis jusqu’à donner sa vie pour elles. Et il l’a fait avec force et sérénité, proche de son troupeau, l’Église de Dieu, en se souvenant de la phrase de Jésus citée par l’apôtre Paul : «Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir» (Ac 20, 35).
Lorsque le Cardinal Bergoglio a été élu le 13 mars 2013 par le Conclave pour succéder au pape Benoît XVI, il avait derrière lui des années de vie religieuse dans la Compagnie de Jésus et surtout il était enrichi par l’expérience de 21 ans de ministère pastoral dans l’archidiocèse de Buenos Aires, d’abord comme auxiliaire, puis comme coadjuteur et enfin, surtout, comme archevêque. La décision de prendre le nom de François est immédiatement apparue comme le choix d’un programme et d’un style sur lesquels il souhaitait fonder son pontificat, en cherchant a s’inspirer de l’esprit de saint François d’Assise.
Il a conservé son tempérament et sa manière de guider son troupeau, et a immédiatement imprimé sa forte personnalité dans la gouvernance de l’Église, en établissant un contact direct avec les individus et les populations, désireux d’être proche de tous, avec une attention particulière pour les personnes en difficulté, se dépensant sans compter, en particulier pour les plus démunis, les exclus. Il a été un pape parmi les gens, avec un cœur ouvert à tous. Il a également été un pape attentif à ce qui émergeait de nouveau dans la société et a ce que l’Esprit Saint suscitait dans l’Église. Avec son vocabulaire caractéristique et son langage riche en images et en métaphores, il a toujours cherché à éclairer les problèmes de notre temps par la sagesse de l’Évangile, en offrant une réponse à la lumière de la foi et en encourageant à vivre en chrétiens les défis et les contradictions de ces années de changements, qu’il aimait qualifier de «changement d’époque».
Il avait une grande spontanéité et une manière informelle de s’adresser a chacun, même aux personnes éloignées de l’Église. Riche de chaleur humaine et profondément sensible aux drames actuels, le pape François a véritablement partagé les angoisses, les souffrances et les espoirs de notre époque de mondialisation, et s’est dépensé pour réconforter et encourager chacun par un message capable de toucher le cœur des gens de manière directe et immédiate. Son charisme de l’accueil et de l’écoute, unis a une manière d’être en phase avec la sensibilité d’aujourd’hui, a touché les cœurs, cherchant à réveiller les énergies morales et spirituelles. Le primat de l’évangélisation a été le guide de son pontificat, diffusant, avec une empreinte missionnaire évidente, la joie de l’Évangile, qui a été le titre de sa première exhortation apostolique Evangelii gaudium. Une joie qui remplit de confiance et d’espérance le cœur de tous ceux qui se confient à Dieu.
Le fil conducteur de sa mission a également été la conviction que l’Église est une maison pour tous, une maison dont les portes sont toujours ouvertes. Il a souvent utilisé l’image de l’Église comme «hôpital de campagne» après une bataille qui a fait de nombreux blessés ; une Église désireuse de prendre en charge avec détermination les problèmes des personnes et les grandes souffrances qui déchirent le monde contemporain ; une Église capable de se pencher sur chaque homme, au-delà de toute croyance ou condition, pour soigner ses blessures.
Ses gestes et ses exhortations en faveur des réfugiés et des personnes déplacées sont innombrables. Son insistance à œuvrer en faveur des pauvres a également été constante. Il est significatif que le premier voyage du pape François ait été celui à Lampedusa, île symbole du drame de l’émigration avec des milliers de personnes noyées en mer. Dans la même ligne, il y a eu également le voyage à Lesbos, avec le patriarche œcuménique et l’archevêque d’Athènes, ainsi que la célébration d’une messe a la frontière entre le Mexique et les États-Unis, à l’occasion de son voyage au Mexique.
Parmi ses 47 voyages apostoliques intenses, celui qu’il a effectué en Irak en 2021, au péril de sa vie, restera particulièrement grave dans les mémoires. Cette difficile visite apostolique a été un baume sur les plaies ouvertes du peuple irakien, qui a tant souffert des actes inhumains de Daech. Ce voyage a également été important pour le dialogue interreligieux, autre dimension importante de son œuvre pastorale. Avec sa visite apostolique de 2024 dans quatre pays d’Asie-Océanie, le pape a atteint «la périphérie la plus périphérique du monde».
Le pape François a toujours mis au centre l’Évangile de la miséricorde, soulignant à plusieurs reprises que Dieu ne se lasse pas de nous pardonner : Il pardonne toujours, quelle que soit la situation de celui qui demande pardon et revient sur le droit chemin. Il a voulu le Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, afin de mettre en évidence que la miséricorde est «le cœur de l’Évangile». Miséricorde et joie de l’Évangile sont deux mots-clés du pape François.
En opposition à ce qu’il a défini comme «la culture du déchet», il a parlé de la culture de la rencontre et de la solidarité. Le thème de la fraternité a traversé tout son pontificat avec des accents vibrants. Dans la lettre encyclique Fratelli tutti, il a voulu faire renaître une aspiration mondiale à la fraternité, car nous sommes tous enfants du même Père qui est aux cieux. Il a souvent rappelé avec force que nous appartenons tous à la même famille humaine. En 2019, lors de son voyage aux Émirats arabes unis, le pape François a signe un document sur la «Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune», rappelant la paternité commune de Dieu.
S’adressant aux hommes et aux femmes du monde entier, la lettre encyclique Laudato si’ a attiré l’attention sur les devoirs et la coresponsabilité envers notre maison commune. «Personne ne peut se sauver seul». Face à la fureur des nombreuses guerres de ces dernières années, avec leurs horreurs inhumaines, leurs innombrables morts et destructions, le pape François n’a cessé d’élever la voix pour implorer la paix et appeler à la raison, a des négociations honnêtes afin de trouver les solutions possibles, car la guerre, disait-il, n’est que mort d’êtres humains, destruction de maisons, d’hôpitaux et d’écoles. La guerre laisse toujours le monde pire qu’il n’était auparavant : elle est toujours une défaite douloureuse et tragique pour tous.
«Construire des ponts et non des murs» est une exhortation qu’il a répétée à plusieurs reprises et son service de foi en tant que Successeur de l’Apôtre Pierre a toujours été lié au service de l’homme dans toutes ses dimensions.
En union spirituelle avec toute la Chrétienté, nous sommes nombreux ici à prier pour le pape François afin que Dieu l’accueille dans l’immensité de son amour. Le pape François avait l’habitude de conclure ses discours et ses rencontres en disant : «N’oubliez pas de prier pour moi». Cher Pape François, nous te demandons maintenant de prier pour nous et que, du ciel, tu bénisses l’Église, bénisses Rome, bénisses le monde entier, comme tu l’as fait dimanche dernier depuis le balcon de cette basilique, dans une dernière étreinte avec tout le peuple de Dieu, mais aussi, idéalement, avec l’humanité qui cherche la vérité avec un cœur sincère et qui tient haut le flambeau de l’espérance.
Cardinal Giovanni Battista Re



Place Saint-Pierre, mercredi 27 mai 2026
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps » (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir « à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie » (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but « de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église » (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Église. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s’y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50è anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
* * *
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins venus du Liban et de France.
Frères et sœurs, invoquons l’Esprit Saint pour qu’un renouveau liturgique, fidèle à la Tradition authentique, consolide la communion ecclésiale et la pleine participation des fidèles.
Que Dieu vous bénisse !
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Les Mages se mettent en route à la recherche du Roi qui est né. Ils sont l’image des peuples en chemin à la recherche de Dieu, des étrangers qui sont désormais conduits sur la montagne du Seigneur (cf. Is 56, 6-7), des personnes qui sont loin qui peuvent maintenant entendre l’annonce du salut (cf. Is 33, 13), de tous les égarés qui entendent l’appel d’une voix amicale. Car maintenant, dans la chair de l’Enfant de Bethléem, la gloire du Seigneur s’est révélée à toutes les nations (cf. Is 40, 5) et « tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3, 6). C’est le pèlerinage humain de chacun d’entre nous, de la distance à la proximité.
Les Mages ont le regard tourné vers le ciel, mais les pieds qui marchent sur la terre, et le cœur prosterné en adoration. Je répète : le regard tourné vers le ciel, les pieds qui marchent sur terre, le cœur prosterné en adoration.
Tout d’abord, les Mages ont le regard tourné vers le ciel. Ils sont habités par la nostalgie de l’infini et leur regard est attiré par les astres. Ils ne vivent pas en regardant le bout de leurs pieds, repliés sur eux-mêmes, prisonniers d’un horizon terrestre, se traînant dans la résignation ou la plainte. Ils lèvent la tête, pour attendre une lumière qui éclaire le sens de leur vie, un salut qui vienne d’en haut. Et ainsi, ils voient surgir une étoile, plus brillante que toutes, qui les attire et qui les met en route. C’est la clé qui révèle le vrai sens de notre existence : si nous vivons enfermés dans le périmètre étroit des choses terrestres, si nous marchons tête baissée, otages de nos échecs et de nos regrets, si nous sommes affamés de biens et de consolations mondaines – qui sont là aujourd’hui et disparaîtront demain – au lieu de rechercher lumière et amour, notre vie s’éteint. Les Mages, qui sont pourtant étrangers et qui n’ont pas encore rencontré Jésus, nous enseignent à regarder vers le haut, à regarder vers le ciel, à lever les yeux vers les montagnes d’où viendra l’aide, car notre aide vient du Seigneur (cf. Ps 121, 1-2).
Frères et sœurs, le regard tourné vers le ciel ! Nous devons avoir le regard tourné vers le haut pour apprendre aussi à voir la réalité d’en haut. Nous en avons besoin sur le chemin de la vie pour nous faire accompagner par l’amitié du Seigneur, par son amour qui nous soutient, par la lumière de sa Parole qui nous guide comme une étoile dans la nuit. Nous en avons besoin sur le chemin de la foi, afin qu’elle ne se réduise pas à un ensemble de pratiques religieuses ou à un habit extérieur, mais qu’elle devienne un feu qui brûle en nous et qu’elle nous fasse devenir des chercheurs passionnés du visage du Seigneur et des témoins de son Évangile. Nous en avons besoin dans l’Église, où, au lieu de nous diviser selon nos idées, nous sommes appelés à remettre Dieu au centre. Nous en avons besoin pour abandonner les idéologies ecclésiastiques, pour retrouver le sens de notre Sainte Mère l’Église, l’habitus ecclésial. Idéologies ecclésiastiques, non ; vocation ecclésiale, oui. Le Seigneur, et non nos idées ou nos projets, doit être au centre. Repartons de Dieu, cherchons-en Lui le courage de ne pas nous arrêter devant les difficultés, la force de surmonter les obstacles, la joie de vivre dans la communion et dans la concorde.
Les Mages ne regardent pas seulement l’étoile, les choses élevées, mais ils ont également les pieds en marche sur la terre. Ils se mettent en route vers Jérusalem, et demandent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui » (Mt 2, 2). Une seule chose : des pieds en lien avec la contemplation. L’astre qui brille dans le ciel les renvoie parcourir les routes de la terre ; en levant la tête, ils sont poussés à descendre ; en cherchant Dieu ils sont envoyés pour le trouver dans l’homme, dans un Enfant couché dans une mangeoire, car Dieu qui est infiniment grand s’est révélé dans ce petit, infiniment petit. Il faut de la sagesse, il faut l’assistance de l’Esprit-Saint pour comprendre la grandeur et la petitesse de la manifestation de Dieu.
Frères et sœurs, les pieds en marche sur la terre ! Le don de la foi ne nous est pas fait pour rester fixer le ciel (cf. Ac 1, 11), mais pour marcher sur les routes du monde comme témoins de l’Évangile ; la lumière qui éclaire notre vie, le Seigneur Jésus, ne nous est pas donnée seulement pour être consolés dans nos nuits, mais pour ouvrir des trous de lumière dans les ténèbres denses qui enveloppent tant de situations sociales ; le Dieu qui vient nous rendre visite, nous ne le trouvons pas en restant immobiles dans une quelconque belle théorie religieuse, mais seulement en nous mettant en chemin, en cherchant les signes de sa présence dans les réalités de chaque jour et, surtout, en rencontrant et en touchant la chair des frères. Contempler Dieu est une bonne chose, mais elle n’est féconde que si nous prenons le risque, le risque du service, de porter Dieu. Les Mages cherchent Dieu, le grand Dieu, et trouvent un Enfant. Cela est important : rencontrer Dieu en chair et en os, sur les visages qui passent chaque jour à nos côtés, en particulier ceux des plus pauvres. Les Mages, en effet, nous enseignent que la rencontre avec Dieu nous ouvre toujours à une espérance plus grande qui nous fait changer de style de vie et qui nous fait transformer le monde. Benoît XVI affirmait : « Si la véritable espérance manque, on recherche le bonheur dans l’ivresse du superflu, dans les excès, et l’on se ruine soi-même, ainsi que le monde. […] C’est pourquoi il y a besoin d’hommes qui nourrissent une grande espérance et qui possèdent donc beaucoup de courage. Le courage des Mages, qui entreprirent un long voyage en suivant une étoile, et qui surent s’agenouiller devant un Enfant et lui offrir leurs dons précieux » (Homélie, 6 janvier 2008).
Enfin, considérons aussi que les Mages ont le cœur prosterné en adoration. Ils regardent l’étoile dans le ciel, mais ne se réfugient pas dans une dévotion détachée de la terre ; ils se mettent en voyage, mais ils n’errent pas comme des touristes sans but. Ils arrivent à Bethléem et, quand ils voient l’Enfant, « ils se prosternent devant lui et l’adorent » (Mt 2, 11). Ensuite ils ouvrent leurs coffrets et lui offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. « Celui qu’ils adorent, les mages le proclament donc aussi par leurs présents mystiques : comme roi par l’or, comme Dieu par l’encens, comme mortel par la myrrhe » (Saint Grégoire le Grand, Homélie X le jour de l’Épiphanie, 6). Un roi qui est venu nous servir, un Dieu qui s’est fait homme. Devant ce mystère, nous sommes appelés à plier le cœur et les genoux pour adorer : adorer le Dieu qui vient dans la petitesse, qui habite la normalité de nos maisons, qui meurt par amour. « Si les astres révélaient [Dieu] au loin dans le ciel, il fallait le chercher pour le trouver dans un étroit réduit ; et s’Il était faible dans ce petit corps et enveloppé des langes de l’enfance, Il n’en était pas moins adoré par les Mages et redouté des méchants » (saint augustin, Sermons, 200). Frères et sœurs, nous avons perdu l’habitude d’adorer, nous avons perdu cette capacité que l’adoration nous donne. Redécouvrons le goût de la prière d’adoration. Reconnaissons Jésus comme notre Dieu, comme notre Seigneur, et adorons. Aujourd’hui, les Mages nous invitent à l’adoration. C’est l’adoration qui fait défaut parmi nous aujourd’hui.
Frères et sœurs, comme les Mages, tournons le regard vers le ciel, mettons-nous en chemin à la recherche du Seigneur, courbons le cœur en adoration. Regarder le ciel, marcher et adorer. Et demandons la grâce de ne jamais perdre le courage : le courage d’être des chercheurs de Dieu, des hommes d’espérance, des rêveurs intrépides qui scrutent le ciel, le courage de la persévérance dans la marche, avec la fatigue du vrai chemin, et le courage d’adorer, le courage de regarder le Seigneur qui illumine tout homme. Que le Seigneur nous donne cette grâce, surtout celle de savoir adorer.
Source : vatican.va
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Place Saint-Pierre, dimanche 18 mai 2025
Chers frères Cardinaux,
Frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
Distinguées autorités et membres du Corps diplomatique,
Frères et sœurs,
C’est avec un cœur plein de gratitude que je vous salue tous au début du ministère qui m’a été confié. Saint Augustin écrivait : « Tu nous avez faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi » (Les Confessions, 1.1.1).
Ces derniers jours, nous avons vécu un moment particulièrement intense. La mort du pape François a rempli nos cœurs de tristesse et, dans ces heures difficiles, nous nous sommes sentis comme ces foules dont l’Évangile dit qu’elles étaient « comme des brebis sans berger » (cf. Mt 9, 36). Le jour de Pâques, cependant, nous avons reçu sa dernière bénédiction et, à la lumière de la résurrection, nous avons affronté ce moment dans la certitude que le Seigneur n’abandonne jamais son peuple, qu’il le rassemble lorsqu’il est dispersé et qu’il le « garde comme un berger son troupeau » (Jr 31, 10).
Dans cet esprit de foi, le Collège des cardinaux s’est réuni pour le Conclave ; issus d’histoires et de parcours différents, nous avons remis entre les mains de Dieu le désir d’élire le nouveau successeur de Pierre, l’Évêque de Rome, un pasteur capable de garder le riche héritage de la foi chrétienne et, en même temps, de jeter son regard au loin pour répondre aux questions, aux inquiétudes et aux défis d’aujourd’hui. Accompagnés par votre prière, nous avons senti l’action de l’Esprit Saint qui a su accorder les différents instruments de musique en faisant vibrer les cordes de nos cœurs en une mélodie unique.
J’ai été choisi sans aucun mérite et, avec crainte et tremblements, je viens à vous comme un frère qui veut se faire le serviteur de votre foi et de votre joie, en marchant avec vous sur le chemin de l’amour de Dieu, qui veut que nous soyons tous unis en une seule famille.
Amour et Unité : ce sont les deux dimensions de la mission confiée à Pierre par Jésus.
C’est ce que nous raconte le passage de l’Évangile qui nous conduit au lac de Tibériade, là même où Jésus avait commencé la mission reçue du Père : “pêcher” l’humanité pour la sauver des eaux du mal et de la mort. En passant sur la rive de ce lac, il avait appelé Pierre et les autres premiers disciples à être comme Lui « pêcheurs d’hommes » et désormais, après la résurrection, c’est à eux de poursuivre cette mission, de jeter le filet encore et encore pour plonger dans les eaux du monde l’espérance de l’Évangile, de naviguer sur la mer de la vie pour que tous puissent se retrouver dans l’étreinte de Dieu.
Comment Pierre peut-il s’acquitter de cette tâche ? L’Évangile nous dit que cela n’est possible que parce qu’il a expérimenté dans sa propre vie l’amour infini et inconditionnel de Dieu, y compris à l’heure de l’échec et du reniement. C’est pourquoi, lorsque Jésus s’adresse à Pierre, l’Évangile utilise le verbe grec agapao, qui se réfère à l’amour que Dieu a pour nous, à son offrande sans réserve et sans calcul, différent de celui utilisé pour la réponse de Pierre, qui décrit plutôt l’amour de l’amitié, que nous avons entre nous.
Lorsque Jésus demande à Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (Jn 21, 16), il fait donc référence à l’amour du Père. C’est comme si Jésus lui disait : ce n’est que si tu as connu et expérimenté cet amour de Dieu, qui ne manque jamais, que tu pourras paître mes agneaux ; ce n’est que dans l’amour de Dieu le Père que tu pourras aimer tes frères un « encore plus », c’est-à-dire en offrant ta vie pour tes frères.
À Pierre est donc confiée la tâche « d’aimer davantage » et de donner sa vie pour le troupeau. Le ministère de Pierre est précisément marqué par cet amour oblatif, car l’Église de Rome préside à la charité et sa véritable autorité est la charité du Christ. Il ne s’agit jamais d’emprisonner les autres par la domination, la propagande religieuse ou les moyens du pouvoir, mais il s’agit toujours et uniquement l’aimer comme Jésus l’a fait.
Lui – affirme l’apôtre Pierre lui-même – « est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle » (Ac 4, 11). Et si la pierre est le Christ, Pierre doit paître le troupeau sans jamais céder à la tentation d’être un meneur solitaire ou un chef placé au-dessus des autres, se faisant maître des personnes qui lui sont confiées (cf. 1 P 5, 3). Au contraire, il lui est demandé de servir la foi de ses frères, en marchant avec eux : en effet, nous sommes tous constitués « pierres vivantes » (1 P 2, 5), appelés par notre baptême à construire l’édifice de Dieu dans la communion fraternelle, dans l’harmonie de l’Esprit, dans la coexistence des diversités. Comme l’affirme saint Augustin : « L’Église est constituée de tous ceux qui sont en accord avec leurs frères et qui aiment leur prochain » (Discours 359, 9).
Cela frères et sœurs, je voudrais que ce soit notre premier grand désir : une Église unie, signe d’unité et de communion, qui devienne ferment pour un monde réconcilié.
À notre époque, nous voyons encore trop de discorde, trop de blessures causées par la haine, la violence, les préjugés, la peur de l’autre, par un paradigme économique qui exploite les ressources de la Terre et marginalise les plus pauvres. Et nous voulons être, au cœur de cette pâte, un petit levain d’unité, de communion, de fraternité. Nous voulons dire au monde, avec humilité et joie : regardez le Christ ! Approchez-vous de Lui ! Accueillez sa Parole qui illumine et console ! Écoutez sa proposition d’amour pour devenir son unique famille : dans l’unique Christ, nous sommes un. Et c’est la route à parcourir ensemble, entre nous, mais aussi avec les Églises chrétiennes sœurs, avec ceux qui suivent d’autres chemins religieux, avec ceux qui cultivent l’inquiétude de la recherche de Dieu, avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, pour construire un monde nouveau où règne la paix !
Tel est l’esprit missionnaire qui doit nous animer, sans nous enfermer dans notre petit groupe ni nous sentir supérieurs au monde ; nous sommes appelés à offrir à tous l’amour de Dieu, afin que se réalise cette unité qui n’efface pas les différences, mais valorise l’histoire personnelle de chacun et la culture sociale et religieuse de chaque peuple.
Frères et sœurs, c’est l’heure de l’amour ! La charité de Dieu qui fait de nous des frères est au cœur de l’Évangile et, avec mon prédécesseur Léon XIII, aujourd’hui, nous pouvons nous demander si on ne verrait pas « l’apaisement se faire à bref délai, si ces enseignements pouvaient prévaloir dans les sociétés ? » (Lett enc. Rerum Novarum, n. 21).
Avec la lumière et la force du Saint Esprit, construisons une Église fondée sur l’amour de Dieu et signe d’unité, une Église missionnaire, qui ouvre les bras au monde, annonce la Parole, se laisse interpeller par l’histoire et devient un levain d’unité pour l’humanité.
Ensemble, comme un seul peuple, comme des frères tous, marchons vers Dieu et aimons-nous les uns les autres.
© Traduction Le Jour du Seigneur
Jour 8 en audio
Veillée de prière au stade olympique de Barcelone
Stade olympique Lluís Companys, mardi 9 juin 2026
Questions, et réponses du Saint-Père
Saint-Père, nous grandissons en entendant dire que le seul but de la vie est de produire, de réussir et de soigner notre image. J’ai moi-même essayé, mais je n’y ai trouvé qu’un immense vide. En cherchant des réponses, ma vie a pris un tournant et, à Pâques dernier, j’ai reçu le baptême. Maintenant que ce chemin est nouveau pour moi, je vous demande : comment pouvons-nous garder les yeux levés vers ce qui compte vraiment, alors que la société nous pousse à regarder constamment vers le sol ou uniquement vers nous-mêmes ? Comment pouvons-nous découvrir notre véritable vocation au milieu de ce courant ?
Merci pour ce témoignage. Je voudrais avant tout partager ta joie et celle de tous ceux qui, à Pâques cette année, ont reçu le sacrement du Baptême.
De nombreux jeunes et adultes redécouvrent la foi chrétienne, peut-être après une période de leur vie où ils s’étaient un peu éloignés de Dieu. Il s’agit là d’un pas vraiment important. En effet, tout ce que nous découvrons, accueillons et vivons progressivement au fil du chemin contribue certainement à notre croissance, à notre maturité et à l’élargissement des espaces de vie en nous. Mais, en même temps, au milieu des joies, des succès et des échecs, nous nous rendons compte que nous avons besoin d’une autre eau pour nous combler plus profondément. Notre désir de vérité et de bonheur a besoin d’un horizon plus vaste. Et cette soif est un don que Dieu lui-même nous a fait : nous sommes faits pour l’infini et c’est pourquoi tout horizon fini, chaque étape, chaque conquête, tout en nous comblant, nous pousse en même temps à aller de l’avant et nous invite à continuer à chercher, à chercher en avançant, mais surtout à chercher en “descendant intérieurement”, c’est-à-dire en allant au plus profond de nous-mêmes.
Et j’en reviens à la question avec deux brèves réflexions. La première : il faut cultiver cette saine inquiétude. Dans nos sociétés, en effet, l’idolâtrie du profit et de la performance, la soif de devoir toujours produire et de devoir toujours gagner, ainsi que le culte de l’image de soi, ne sont que des anesthésiants destinés à endormir notre conscience et à l’adapter à une certaine idée de la société. Lorsque les personnes apprennent à s’arrêter, à donner de la valeur aux choses importantes, à apprécier le temps d’une manière nouvelle et à réfléchir à leur propre vie en se laissant éclairer par l’Évangile, elles développent également un esprit critique à l’égard d’un système social qui ne place pas la personne au centre et provoque des situations d’injustice et de pauvreté existentielles à divers niveaux. C’est pourquoi l’inquiétude fait peur, tout comme la découverte de l’intériorité, de la spiritualité et, plus encore, de l’Évangile.
La deuxième idée : c’est dans ce monde-ci que nous devons cultiver l’inquiétude, et non dans un autre. C’est au sein de cette société que toi et tant d’autres avez découvert la valeur d’une vie plus humaine, plus épanouie, ouverte à la rencontre avec Dieu et à la joie de la foi. Cela signifie que, malgré les difficultés, le lieu où Dieu se rend présent et où nous devons trouver ses traces, c’est toujours la réalité dans laquelle nous nous trouvons. Nous croyons que le Saint-Esprit agit et œuvre silencieusement dans toutes les situations de la vie et de l’histoire, même dans celles qui semblent les plus difficiles. Mais nous devons cultiver cette inquiétude et lui faire de la place ; comme je le disais, “chercher en nous-mêmes”, en essayant de ne pas nous laisser submerger par le rythme effréné et les séductions extérieures, en cultivant des moments de silence, en prenant peut-être quelques minutes par jour pour lire l’Évangile et parler avec Dieu, et en essayant aussi de faire ce chemin intérieur avec d’autres, en nous laissant accompagner dans les parcours ecclésiaux et en nous confrontant aux prêtres, aux religieux, aux personnes qui, comme nous, ont entrepris ce chemin.
Saint-Père, dans un monde où les choses sont dites haut et fort, certains aspects de la vie restent tus, par honte ; comme la dépression, une maladie silencieuse qui touche de nombreuses personnes, jeunes et adultes, et qui s’accompagne de ténèbres, d’isolement et d’une douleur incommensurable. Parfois, cette douleur est si accablante que l’idée de disparaître semble être la seule issue. J’ai moi-même lutté pour sortir de cette maladie, en silence pendant des années, et un vendredi soir, j’ai perdu la bataille et j’ai tenté de mettre fin à mes jours. Je suis ici parce que Dieu m’a donné une seconde chance, et je lui en serai éternellement reconnaissante, mais il y en a beaucoup d’autres qui continuent de faire face à cette obscurité. C’est pourquoi je vous demande de tout mon cœur : où pouvons-nous voir Dieu quand l’obscurité est totale et que nous n’en pouvons plus ? Comment pouvons-nous faire confiance à Dieu, quand il semble que rien, pas même soi-même, n’en vaille la peine ?
Avant tout, merci de partager aujourd’hui ton expérience de la souffrance. Je suis ému que tu puisses en parler, que tu sois ici parmi nous et que tu aies trouvé la force d’accueillir cette seconde chance que le Seigneur t’a donnée. Tu t’es relevée et tu as repris le chemin, et c’est là un merveilleux miracle que l’on retrouve chez de nombreux personnages de l’Évangile : au contact de Jésus, même celui qui se sent perdu retrouve confiance en la vie, guérit de sa maladie et peut se relever pour recommencer à vivre.
Dans ta question, tu as tout d’abord évoqué la “maladie silencieuse” qu’est la dépression, et il est important de prendre conscience de la manière dont la santé mentale est de plus en plus menacée dans le contexte de sociétés qui se considèrent comme avancées. C’est le signe qu’il y a quelque chose de profondément erroné dans une certaine conception de la croissance qui soumet les individus à des pressions, des attentes et des tensions qui compromettent des équilibres fondamentaux. C’est pourquoi il faut un système de santé qui inclue parmi ses priorités ce mal-être invisible et généralisé, qui touche également les jeunes.
Tes paroles nous ont toutefois également montré que la souffrance met à l’épreuve la foi et le sens que nous donnons à la vie. Cela vaut pour tout le monde, et pas seulement pour ceux qui, à un moment donné, sont confrontés à l’épreuve de la maladie.
En t’écoutant, j’ai pensé à ces heures d’obscurité, d’angoisse et de douleur que Jésus a vécues à l’approche de l’heure de sa mort. Les Évangiles, lors du dernier souper et de la prière à Gethsémani, soulignent que le soir tombait, que la nuit s’installait, tout comme, peu avant sa mort sur la croix, ils nous disent que “toute la terre fut plongée dans les ténèbres”. Mais, en réalité, il ne s’agit pas seulement d’une souffrance personnelle ; le Fils de Dieu assume dans sa propre chair toute l’angoisse, la solitude et la souffrance de l’humanité. Dans ces heures sombres, mourant sur la croix, Jésus partage notre douleur et nous révèle le visage d’un Dieu compatissant qui porte nos peines, souffre avec nous, pleure nos larmes et reste à nos côtés par sa présence pleine d’amour et de miséricorde.
Vivre cette expérience est difficile, comme en témoignent à plusieurs reprises les Écritures. Il y a des moments d’obscurité et de souffrance que notre société réduit au silence, car certains modèles culturels veulent justement que nous soyons toujours vainqueurs et parfaits et, pour cette raison, la limite, la fragilité et la douleur doivent être éliminées, ou confinées dans le silence assourdissant de la solitude, voire de la honte. Et, dans ces moments-là, nous pouvons instinctivement penser que Dieu aussi nous a abandonnés. Mais la croix de Jésus nous dit que Dieu ne nous abandonne pas, qu’Il reste crucifié avec nous dans les moments de douleur et de solitude extrême, qu’Il recueille non seulement nos larmes, mais aussi le cri de notre souffrance que les autres n’entendent pas, un cri que Jésus a fait sien sur la croix en disant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Il existe une catéchèse sur les dernières heures de Jésus, dans laquelle Benoît XVI dit que sa souffrance se transforme en prière et en cri, et que cela vaut également pour nous : face aux situations les plus difficiles et les plus douloureuses, lorsque Dieu semble absent, nous devons lui confier une fois de plus les fardeaux que nous portons dans notre cœur, même en criant vers Lui, même en protestant comme Job, sûrs qu’Il se rend présent d’une manière ou d’une autre et qu’Il est proche même quand Il semble se taire. Mais je pense que nous ne pouvons pas le faire seuls. Dans les moments de douleur, du moins dans la mesure du possible, nous devons nous ouvrir à quelqu’un qui nous aide à formuler une prière simple, nous accompagne avec discrétion sans se presser de nous expliquer cette douleur, nous prend par la main et nous fait sortir de ce cri.
Ces expériences adressent également un message à nous, croyants, à toute l’Église : nous ne devons pas spiritualiser la douleur, en la ramenant de manière superficielle à la “volonté de Dieu” ou à un de ses mystérieux projets, car cela risque de minimiser cette souffrance, de la réduire au silence, de blesser les personnes. Dieu ne veut pas la souffrance, Il la porte avec nous et nous invite à Lui faire confiance avec persévérance. Rappelons-nous ce que disait le Pape François : avec Dieu, la vie renaît toujours.
Bonsoir, Saint-Père. Je viens d’une famille d’un quartier très modeste de Barcelone. Quand j’étais petite, mon père a tenté de tuer ma mère qui a eu la vie sauve grâce à l’intervention d’un garçon qui a perdu la vie. Mon père a été incarcéré et ma mère a sombré dans la toxicomanie. À l’âge de dix ans, les services sociaux m’ont prise en charge et m’ont emmenée au centre pour mineurs de San José de la Montaña. Au début, ça a été dur, car je m’étais construit un mur pour me protéger, dans lequel je ne laissais entrer personne. Mais petit à petit, j’ai fait l’expérience de l’amour familial pour la première fois, et mon cœur s’est ouvert. Là-bas, on m’a parlé de Jésus, j’ai commencé à prier et j’ai reçu le baptême. Cependant à l’adolescence, je me suis souvent rebellée contre Dieu. On m’a alors invitée à une retraite et c’est là que j’ai fait l’expérience de l’amour de Dieu pour la première fois. Cela fait déjà quelques mois, et j’ai encore du mal à pardonner à mon père. Et parfois, je lève les yeux vers le ciel et je lui demande : où étais-tu quand j’étais petite ? Saint-Père, comment puis-je pardonner à mon père qui a failli me priver de ma mère ? Comment puis-je me réconcilier véritablement avec Dieu ?
Merci pour ton témoignage et merci également pour ta question sur le pardon. C’est vraiment un signe de la grâce de Dieu que cette question surgisse d’un passé si marqué par la souffrance et que, malgré la douleur, on ait le courage de se demander comment il est possible de pardonner à celui qui nous a fait du mal. Je voudrais également dire deux choses à ce sujet.
La première complète ce que je disais précédemment sur la présence de Dieu dans les moments de souffrance ; au fond, toi aussi, tu poses cette question à propos de ton enfance, mais le contexte dans lequel se sont déroulés les événements de ta vie nous invite à élargir le champ de notre question : devons-nous nous demander “où était Dieu” ou devons-nous nous interroger sur l’homme et sur l’humanité, sur la façon dont nous sommes parfois prisonniers du mal au point de devenir violents envers les autres, sur notre incapacité à cultiver l’amour et à respecter les autres dans leur dignité et leur liberté ?
Tant de faits divers, encore aujourd’hui, témoignent d’un climat malsain dans les relations familiales, marquées par les abus et l’oppression, et en particulier par la violence à l’égard des femmes, qui débouche malheureusement souvent sur des féminicides. Nous sommes tous appelés à nous attaquer à cette réalité dramatique, qui a des racines anthropologiques et culturelles, que ce soit à titre personnel ou en tant que société, car il nous appartient de l’affronter sous tous ses aspects. Nous ne pouvons pas attribuer à Dieu ce qui a été confié à notre responsabilité. Nous ne pouvons pas imaginer que Dieu, d’en haut, réponde automatiquement à nos besoins ou empêche miraculeusement le mal de se produire. Il nous a dotés d’intelligence et de volonté, Il nous a donné une conscience, Il nous a revêtus de dignité et de liberté, et surtout, Il est venu à notre rencontre pour nous indiquer, en son Fils Jésus-Christ, le chemin à suivre afin que notre vie soit pleinement humaine et que la justice, la paix et la fraternité règnent dans notre société. Il nous a donné son Esprit, précisément pour que l’amour soit la clé de toutes nos relations humaines. Si la violence existe, si l’égoïsme l’emporte, si même l’amour entre proches se transforme en haine, c’est nous-mêmes, les dynamiques de notre société, la culture de l’individualisme, la tentation de la violence que nous devons interroger, et non Dieu.
Une deuxième réflexion concerne le pardon. Nous devons apprendre à considérer le pardon, ce remède puissant contre le mal qui guérit nos blessures intérieures, comme faisant partie d’un processus, d’un cheminement. L’Évangile lui-même, si nous le lisons comme un livre de consignes, de commandements et de devoirs, risque de nous causer beaucoup de découragement et de frustration, car Jésus nous invite au pardon et nous constatons que nous n’en sommes pas capables. Or, il n’en est rien. C’est avant tout au Seigneur que nous devons implorer le pardon ; continuer à demander – peut-être toute notre vie durant – que le Seigneur élargisse en nous l’espace de l’amour précisément là où nous avons été blessés, qu’il nous aide à nous réconcilier avec nous-mêmes et avec cette partie de notre histoire marquée par la souffrance, qu’il transforme lentement le ressentiment en miséricorde et en compassion.
C’est un long chemin, c’est un processus qui demande beaucoup de patience, c’est un travail que nous devons accomplir sur nous-mêmes, tant sur le plan personnel qu’à travers d’autres parcours d’accompagnement et de réconciliation intérieure. Il ne faut pas se décourager : dans le pardon, on avance à petits pas. La réconciliation avec l’histoire est progressive et, surtout, nous ne devons pas penser que le pardon équivaut toujours et dans tous les cas à revenir à la situation antérieure ou à vivre une relation épanouie avec ceux qui nous ont blessés, en particulier lorsque le fait a également été marqué par la violence. On peut garder un cœur ouvert envers cette personne, rejeter toute forme de haine ou de vengeance, s’efforcer de réparer la relation dans la mesure du possible et, peut-être, prier pour elle. Tout cela nous aide à entrer de plus en plus dans la dynamique du pardon et à nous réconcilier avec Dieu et avec les autres. Nous sommes des pécheurs pardonnés, nous sommes en paix et nous sommes capables de pardonner. Nous sommes ainsi capables d’être des artisans de paix.
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Homélie du Saint-Père
Chers frères et sœurs, fils et filles bien-aimés de Dieu. Nous aussi, nous sommes comme Nicodème, des pèlerins dans la nuit. Cette image évangélique nous transmet avant tout un message sur le chemin de la vie.
Notre cheminement, nos désirs et tout ce que nous embrassons et vivons au quotidien, dans les joies et les défaites, dans les aspirations et les projets, sont l’expression de notre quête permanente : nous sommes des mendiants d’amour, nous avons faim et soif de vérité, nous sommes en quête d’un sens profond qui nous soutienne, nous anime et nous aide à comprendre le mystère de notre vie. Alors que nous avançons lentement, à petits pas, nous sommes appelés à dialoguer avec la pénombre de notre propre condition humaine : la vérité nous manque, nous ne connaissons pas en profondeur le mystère de nous-mêmes et le vrai visage des autres, nous ne parvenons pas toujours à comprendre la vérité cachée de la réalité qui nous entoure et des événements qui se présentent à nos yeux. Nous cherchons une lumière qui éclaire le chemin.
Mais Nicodème nous parle aussi du chemin de la foi. Il ne s’agit pas d’un chemin parallèle à celui de notre existence humaine, mais ces deux parcours sont toujours intimement liés. Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, Dieu a tant aimé le monde qu’Il nous a donné son Fils unique et, en Lui, s’est uni pour toujours à notre chair. Il est toujours auprès du Père et auprès de nous ; ainsi, chaque fois que le mystère de notre vie se déploie à la lumière d’un nouveau jour, dans tout ce que nous sommes et faisons, nous sommes en présence de Dieu et nous sommes gardés par son étreinte éternelle : notre vie « est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Et pourtant, nous faisons parfois l’expérience de la nuit de la foi, de la fatigue de croire, de la lassitude de l’esprit, du sentiment de disproportion face à l’appel de l’Évangile, de l’amertume de nos échecs et de la peur de ne pas être à la hauteur.
Frères et sœurs, Nicodème nous enseigne que ces nuits — qui accompagnent notre vie, notre chemin de foi et l’histoire dans laquelle nous vivons — sont un lieu de bénédiction, un espace de renaissance, un sein qui donne toujours naissance à une vie nouvelle. Ces nuits nous dépouillent et nous ramènent à l’essentiel ; elles nous enlèvent les masques humains et religieux que nous portons le jour, pour ne pas être reconnus ou pour donner une image de nous-mêmes différente de ce que nous sommes ; elles nous laissent à nu, dans nos lumières et dans nos ombres, nous ramenant à l’humilité de savoir nous regarder en vérité, au-delà de la présomption de penser que notre chemin est déjà accompli et que nous avançons comme si nous avions une lumière claire sur tout, sur tous et même sur Dieu.
Cet “espace vide” que la nuit crée, même lorsqu’il se présente sous la forme de la souffrance ou de l’insatisfaction, de la désillusion ou de l’incrédulité, peut être l’occasion de recevoir une vie nouvelle, de changer et de se renouveler, de “renaître d’en haut”, comme le dit Jésus à Nicodème. Dieu, en effet, n’est pas venu pour juger le monde avec son péché et la nuit de son infidélité, mais il a envoyé son Fils pour le sauver, pour donner au monde la vie éternelle.
Pour cela nous sommes aussi appelés à ne pas juger les “nuits” ; ni les nuits de notre vie, ni celles de l’Église, ni celles de la société qui nous entoure. Dans la nuit, nous devons au contraire nous mettre en route comme le fait Nicodème, continuer à interroger le Seigneur, nous ouvrir au souffle de l’Esprit pour accueillir la nuit non plus comme le signe d’un échec, mais comme le début d’une vie nouvelle.
En réfléchissant à notre cheminement personnel, mais aussi aux “nuits” de notre chemin ecclésial et de l’Espagne, dans ses villes, de ses pauvretés anciennes et nouvelles, de sa société et de sa culture, nous pouvons alors nous demander : quelles sont les “nuits” que nous traversons ? Que nous suggèrent-elles ? En y pénétrant et en regardant avec humilité et sans préjugés la réalité de ce que nous sommes, qu’est-ce que nous sommes appelés à changer ? Où devons-nous nous renouveler, dans quelle direction voulons-nous aller, quelle société voulons-nous construire ?
Ne cessons pas de chercher, de nous interroger et de dialoguer, avec Dieu et entre nous, même au cœur de la nuit. Marchons ensemble dans la foi qui harmonise la diversité de nos idées et de nos sensibilités, pour rechercher la vérité qui nous guide vers le bien commun, afin que ce pays soit un espace accueillant pour tous, où chacun est respecté dans sa dignité de personne et aimé pour ce qu’il est. Ouvrons-nous au don de l’Esprit, en cherchant le Seigneur comme Nicodème et en accueillant la lumière de son Évangile, avec la certitude que nous ferons l’expérience en nous d’une vie nouvelle, d’une présence qui bénit, d’un amour gratuit qui nous aidera à passer de la nuit à la lumière. Car Dieu veut que rien ne se perde et désire dès maintenant nous donner la vie éternelle, pour nous conduire vers le bonheur qui n’a pas de fin.
Que le Seigneur nous accorde, par l’intercession de la Vierge Marie, de nous ouvrir à Lui et de nous laisser embraser par le souffle de son Esprit.
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Rencontre avec la communauté diocésaine au stade olympique de Madrid (le 8 juin).
Stade Santiago Bernabéu (Madrid), lundi 8 juin 2026
Chers frères et chères sœurs, bonsoir !
J’imagine que, pour un footballeur, marquer un but dans ce stade est quelque chose qui marque un peu sa vie. Mais, Don José : aujourd’hui, l’Église de Madrid a marqué un but magnifique pour l’éternité !
Merci.
Cette soirée est un grand hymne de foi et je suis heureux d’unir ma voix à la vôtre pour louer Dieu et renforcer les liens d’une si magnifique famille ecclésiale qui apprend l’art de la polyphonie, c’est-à-dire de l’unité dans la diversité. Je remercie votre archevêque, Don José, d’avoir introduit la parabole du chant qui montre que les chiffres, les données et les faits ne suffisent pas à créer une communauté : notre cœur a besoin de chanter, c’est-à-dire d’interpréter les événements et les situations en célébrant avec les autres le sens qu’ils diffusent. Pour l’Église, cela se produit de manière singulière dans la liturgie, le grand Mémorial de l’histoire qui nous a sauvés.
Chanter est un besoin qui imprègne la vie en communauté et interpelle la culture, l’incite à rester ouverte et en constante évolution. Vous êtes l’Église diocésaine au sein d’un peuple qui aime la musique, la danse et le fait d’être ensemble, mais qui connaît aussi les conflits, la résignation et, parfois, le désespoir, situations dans lesquelles l’Évangile peut ouvrir un chemin vers l’espérance. Vous témoignez de l’Évangile dans la capitale d’un grand pays européen, siège d’institutions et d’organisations dans lesquelles sont prises des décisions importantes pour le présent et pour l’avenir, mais aussi destination de millions de visiteurs et de frères et sœurs en quête de nouvelles opportunités. Votre joie sera contagieuse si, au lieu d’être une émotion passagère, elle devient un mode d’être stable, un sentiment profond renouvelant les personnes, les groupes et la communauté diocésaine. Ce n’est pas un hasard si les apôtres, dans leurs écrits, invitent souvent les Églises à la joie, la recommandant presque comme un commandement. C’est l’Evangelii gaudium, une réponse unanime à l’œuvre de Dieu en Jésus-Christ : sa vie, sa mort et sa résurrection ont changé à jamais la perception de l’histoire de ceux qui l’ont rencontré et suivi, même si c’est sous des formes et par des chemins différents. Aujourd’hui encore, l’amour du Christ nous presse (cf. 2 Co 5, 14) — le verbe utilisé par saint Paul signifie aussi « nous fascine » ; « nous maintient unis » ; « nous possède » — et nous appelle ainsi à la responsabilité de l’action.
Oui, chers frères et sœurs, comme certains d’entre vous en ont témoigné ce soir, le baptême change véritablement la vie. Nos sensibilités, nos origines et nos priorités se rejoignent dans le Christ et reçoivent de sa vie la sève, comme les sarments de la vigne. Concrètement, cela signifie qu’une grande partie de ce qui était déjà en nous se transforme, parce qu’en s’orientant vers le service, elle cesse d’être un don privé et sert le bien commun. Il n’y a pas lieu de craindre que cela ne produise jamais d’uniformité. À cet égard, le Nouveau Testament témoigne, dans la variété de ses voix, de la communion dans la diversité, c’est-à-dire de la compréhension qui a disparu à Babel où, selon le récit biblique, tous, contraints à un projet totalitaire et purement humain, ont fini par ne plus comprendre leur prochain.
Dans l’encyclique Magnifica humanitas, j’ai proposé, comme alternative à l’homogénéisation et à la confusion, la figure de Néhémie, mobilisant toute la communauté pour reconstruire les murs de Jérusalem. « Reconstruire aujourd’hui, c’est reconnaître que, dans la pluralité des voix et des visions rappelant parfois la dispersion des langues, il existe néanmoins une possibilité lumineuse : celle de bâtir ensemble, en transformant la diversité en ressource et en faisant de l’écoute comme du dialogue le terrain d’entente sur lequel faire grandir la justice et la fraternité. Au sein de cette œuvre commune, les chrétiens trouvent leur propre manière de construire : orienter l’action vers Dieu afin que, à sa lumière, le pluralisme ne se disperse pas dans le désordre, mais devienne, dans l’exercice de la synodalité, l’espace où l’humanité retrouve ses fondements solides et sa fin ultime. » (Magnifica humanitas, n. 10).
Il existe donc un lien particulier entre l’Église et la ville, qui revêt une importance encore plus grande en cette période de changement que nous traversons : un lien qui, naturellement, se concrétise entre des personnes de chair et de sang, dans les relations de travail et de proximité, mais aussi au sein des différentes communautés, associations ou organismes de quartier. La spécificité de la mission chrétienne au sein des grandes réalités urbaines, dans lesquelles « une culture inédite palpite et se projette » (Evangelii gaudium, n. 73), devient de plus en plus évidente. La clarté sur ce point a beaucoup mûri tout au long du chemin synodal, ce qui nous a permis de nous connaître et de nous écouter plus profondément dans les contextes où la communauté diocésaine vit et se configure. La question qui devient la plus importante est la suivante : ce que nous sommes et ce que nous faisons comme chrétiens, est-ce que cela parvient « là où se forment les nouveaux récits et paradigmes », c’est-à-dire aux « éléments centraux les plus profonds de l’âme de la ville » (ibid. 74) ? Il est certes difficile d’y répondre, mais cela est possible si nous cherchons ensemble la vérité.
C’est pourquoi il est si important de ne pas nous disperser ni de nous enfermer chacun dans le groupe ou dans l’environnement dans lequel nous nous sentons déjà en sécurité, parmi des personnes qui chantent toujours la même mélodie. Pour atteindre le cœur de la ville, il faut cultiver la conscience que la vérité est symphonique et qu’elle nous dépasse toujours, cultiver le désir de rencontrer le Ressuscité qui marche toujours devant nous, nous précède et est peut-être déjà présent là où nous ne l’avons pas encore cherché. C’est pourquoi le chercher et le suivre est la condition pour le désigner : sinon, il n’y a pas d’évangélisation, et nous pouvons aujourd’hui mieux comprendre cela que par le passé. Dans les grandes villes, plus qu’ailleurs, il nous semble parfois que nous n’avons plus les repères nécessaires pour nous déplacer en toute sécurité. Il faut donc réapprendre l’art spirituel de la cordialité sans lequel l’annonce elle-même de l’Évangile court le risque de devenir une répétition impersonnelle et, en perdant de son efficacité, de laisser place à la frustration et à la méfiance.
Chers frères et sœurs, Madrid est une grande ville où cohabitent des traditions et des « âmes » différentes. Dieu connaît chacun des cœurs de ses habitants. Il les connaît comme Lui seul sait et peut le faire, c’est-à-dire dans l’amour et, par conséquent, dans la liberté. Il est miséricorde infinie et veut que tous soient sauvés. Il le désire au point de s’incarner et de prendre sur lui tout le péché, le mal et ce qu’il y a de négatif dans le monde. Voici Jésus-Christ ! Voici la Bonne Nouvelle, la grâce que nous avons reçue et que nous sommes appelés à partager avec tous ! Car nous sommes tous, sans exception, faits pour la vie et la vie en plénitude. La présence de l’Église dans une grande ville est une parabole de ce mystère du salut. Je pense au livre de Jonas, un joyau de la Bible que je vous invite à lire ou à relire, personnellement et en communauté. Il n’est pas fortuit que ce soit précisément dans les villes que les apôtres aient implanté l’Église naissante, rencontrant non seulement le rejet, mais aussi l’accueil là où, de la manière la plus naturelle, les personnes sont confrontées à la diversité et au changement.
Que rien ne vous trouble, que rien ne vous effraie ! Ensemble, en tant qu’Église diocésaine, vous pouvez offrir le témoignage évangélique qui libère les meilleures forces d’une humanité bombardée d’images et de mots, mais affamée de justice et assoiffée de vérité. Ayez confiance dans le fait de plus en plus évident qu’on peut revenir à la foi ou la découvrir pour la première fois à l’âge adulte. Préparez-vous à accueillir les nouveaux « commençants » non pas comme une exception, mais comme la règle de la mission. L’investissement dans les conseils paroissiaux et diocésains n’a pas d’autre objectif que celui-ci : modifier la sensibilité de chacun grâce à une écoute plus profonde de ce que l’Esprit dit à l’Église. Il serait dommage de les réduire à de simples formalités bureaucratiques. Ce sont des espaces d’écoute réciproque pour l’exercice du discernement, sans lequel non seulement chacun suit son propre chemin, si bien que nous courons le risque de ne pas comprendre où le Seigneur nous veut, ce qu’Il attend de nous, à quelles conversions Il nous appelle. Lorsque nous prenons soin de ces espaces, alors le culte se transforme en vie et des liens de fraternité ainsi que des projets de solidarité entre les personnes apparaissent.
J’invite les prêtres à envisager la pratique du discernement communautaire comme l’une des plus grandes opportunités que la synodalité offre à leur ministère. Chers frères, sans vous éloigner de l’essentiel, le fait de vous arrêter régulièrement avec votre peuple pour interpréter la vie des quartiers, les changements culturels, les tensions sociales et les pratiques ecclésiales à la lumière de l’Évangile enrichira et consolera votre ministère. Cela aidera également chacun comme chaque communauté à sortir de l’isolement et à faire l’expérience de la joie de l’Esprit Saint. En effet, quand nous réduisons la vie ecclésiale à une routine dans laquelle chacun reste enfermé dans ses habitudes ou dans son rôle, ce qui nous manque, c’est l’Esprit. Celui-ci suscite des vocations et les unit, provoquant parfois agitation, discussion, recherche de nouveaux équilibres. Ne vous effrayez pas de tout cela, mais profitez-en.
Les anecdotes que nous avons entendues ce soir nous racontent, ou plutôt « nous chantent », combien il y a de vie dans cette Église. L’un d’entre vous a donné le témoignage suivant : « Je peux dire sans hésiter que j’aime profondément l’Église, famille de Dieu, où nous avons tous une place ». Un autre a dit : « J’ai ressenti une grande joie et une grande responsabilité en devenant un membre plus actif de la communauté et en partageant mes dons avec le reste des membres de l’Église ». Et d’autres encore ont dit : « Pour nous, servir dans ces programmes n’est pas seulement une façon d’aider, mais aussi une manière de rendre tout l’amour et le soutien que nous avons reçus ». Voici l’Église, chers frères et sœurs ! Voici la musique de l’Évangile, avec son rythme contagieux. Quand elle touche le cœur, elle fait dire qu’on s’est senti accueilli à bras ouverts, comme cette sœur venue du Pérou à Madrid. Beaucoup, comme elle et sa famille, ont d’abord peur de s’approcher, car ils ont entendu parler de préjugés et de déceptions. La bonté, même si elle ne vient que de quelques-uns, peut vaincre la peur de beaucoup. Soyez, pour tous, comme une Bible ouverte : que l’on puisse trouver la Parole de Dieu sur vos visages et dans votre vie. L’amour, en effet, est le langage qui fait que tous se sentent chez eux. Merci beaucoup.
Prions ensemble avec les paroles que Jésus nous a enseignées.
Notre Père
Bénédiction
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Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !
Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !
Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !
Retrouvez les grandes figures de l’histoire de l’Église au fil des siècles et leurs liens au Sacré-Cœur. Ce dernier est bien plus vaste que ce que nous en percevons : Il habite votre cœur et Il a habité le cœur de bien des Saints auparavant !



HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Canonisation des bienheureux Jean Baptiste Scalabrini & Artemide Zatti
Alors que Jésus est en chemin, dix lépreux viennent à sa rencontre en criant : « Aie pitié de nous » (Lc 17, 13). Les dix sont guéris, mais un seul d’entre eux revient pour remercier Jésus : c’est un Samaritain, une sorte d’hérétique pour les juifs. Au début, ils marchent ensemble, mais ensuite ce Samaritain fait la différence lorsqu’il revient « en louant Dieu à haute voix » (v. 15). Arrêtons-nous sur ces deux aspects que nous pouvons recueillir dans l’Évangile d’aujourd’hui : marcher ensemble et rendre grâce.
Tout d’abord, marcher ensemble. Au début du récit, il n’y a aucune différence entre le Samaritain et les neuf autres. On parle simplement de dix lépreux, qui font groupe et, sans division, vont à la rencontre de Jésus. La lèpre, comme nous le savons, n’était pas seulement un fléau physique – qu’aujourd’hui encore nous devons nous efforcer d’éradiquer – mais aussi une « maladie sociale », car à l’époque, par peur de la contamination, les lépreux devaient rester en dehors de la communauté (cf. Lv 13, 46). Par conséquent, ils ne pouvaient pas entrer dans les centres habités, ils étaient tenus à l’écart, relégués en marge de la vie sociale et même religieuse, isolés. Marchant ensemble, ces lépreux expriment leur désarroi contre une société qui les exclut. Et notons bien : le Samaritain, même s’il est considéré comme un hérétique, un « étranger », fait groupe avec les autres. Frères et sœurs, la maladie et la fragilité communes font tomber les barrières et dépasser toute exclusion.
C’est une belle image pour nous aussi : si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous nous rappelons que nous sommes tous malades dans le cœur, que nous sommes tous pécheurs, tous dans le besoin de la miséricorde du Père. Et nous cessons alors de nous diviser sur la base des mérites, des rôles que nous jouons ou de tout autre aspect extérieur de la vie, et les murs intérieurs tombent, les préjugés tombent. Alors, enfin, nous nous redécouvrons frères. Naaman le syrien aussi – nous le rappelle la première Lecture – bien que riche et puissant, a dû, pour être guéri, faire une chose simple : se plonger dans le fleuve dans lequel tous les autres se baignaient. Il a dû d’abord enlever son armure, ses vêtements (cf. 2 R 5) : comme il est bon pour nous d’enlever nos armures extérieures, nos barrières défensives, et prendre un bon bain d’humilité, en nous rappelant que nous sommes tous fragiles à l’intérieur, que nous avons tous besoin de guérison, tous frères. Rappelons-nous ceci : la foi chrétienne nous demande toujours de marcher ensemble avec les autres, jamais d’être des marcheurs solitaires ; elle nous invite toujours à sortir de nous-mêmes vers Dieu et vers nos frères et sœurs, jamais de nous refermer sur nous-mêmes ; elle nous demande toujours de reconnaître que nous avons besoin de guérison et de pardon, et de partager les fragilités de ceux qui nous entourent, sans nous sentir supérieurs.
Frères et sœurs, vérifions si dans notre vie, dans nos familles, dans les lieux où nous travaillons et que nous fréquentons chaque jour, nous sommes capables de marcher ensemble avec les autres, nous sommes capables d’écouter, de surmonter la tentation de nous barricader dans notre autoréférence et de ne penser qu’à nos besoins. Mais marcher ensemble – c’est-à-dire être « synodal » – c’est aussi la vocation de l’Église. Demandons-nous dans quelle mesure nous sommes réellement des communautés ouvertes et inclusives envers tout le monde ; si nous sommes capables de travailler ensemble, prêtres et laïcs, au service de l’Évangile ; si nous avons une attitude d’accueil – non seulement avec des mots mais avec des gestes concrets – envers ceux qui sont loin et envers tous ceux qui s’approchent de nous, ne se sentant pas à la hauteur à cause de leurs parcours de vie mouvementés. Les faisons-nous sentir qu’ils font partie de la communauté ou bien les excluons-nous ? J’ai peur quand je vois des communautés chrétiennes diviser le monde entre les bons et les mauvais, entre les saints et les pécheurs : c’est ainsi qu’on finit par se sentir meilleurs que les autres et écarter nombre de ceux que Dieu veut embrasser. S’il vous plait, toujours inclure, dans l’Église comme dans la société, encore marquée par tant d’inégalités et de marginalisations. Inclure tout le monde. Et aujourd’hui, le jour où Scalabrini devient saint, je voudrais penser aux migrants. L’exclusion des migrants est scandaleuse ! En fait, l’exclusion des migrants est criminelle, elle les fait mourir devant nous. Et ainsi, aujourd’hui nous avons la Méditerranée qui est le plus grand cimetière du monde. L’exclusion des migrants est dégoûtante, elle est immorale, elle est criminelle. Ne pas ouvrir les portes à ceux qui sont dans le besoin. “Non, nous ne les excluons pas, nous les renvoyons” : dans les camps, où ils sont exploités et vendus comme esclaves. Frères et sœurs, aujourd’hui, pensons à nos migrants, à ceux qui meurent. Et ceux qui sont capables d’entrer, les recevons-nous comme des frères ou les exploitons-nous? Je laisse la question, seulement.
Le deuxième aspect est l’action de grâce. Dans le groupe des dix lépreux, il n’y en a qu’un seul qui, se voyant guéri, retourne louer Dieu et montrer de la gratitude à Jésus. Les neuf autres sont guéris, mais partent ensuite chacun de son côté, oubliant Celui qui les a guéris. Oublier les grâces que Dieu nous donne. Le Samaritain, en revanche, fait du don qu’il a reçu le début d’un nouveau chemin : il retourne vers Celui qui l’a guéri, il va pour connaître Jésus de près, il commence une relation avec Lui. Son attitude de gratitude n’est donc pas un simple geste de courtoisie, mais le début d’un parcours de reconnaissance : il se prosterne aux pieds du Christ (cf. Lc 17, 16), c’est-à-dire qu’il fait un geste d’adoration ; il reconnaît que Jésus est le Seigneur, et qu’Il est plus important que la guérison reçue.
Et frères et sœurs, c’est une grande leçon aussi pour nous qui bénéficions chaque jour des dons de Dieu, mais qui suivons souvent notre propre chemin, oubliant de cultiver une relation vivante, réelle avec Lui. C’est une vilaine maladie spirituelle : tout considérer comme acquis, même la foi, même notre relation avec Dieu, au point de devenir des chrétiens qui ne savent plus s’étonner, qui ne savent plus dire “merci”, qui ne se montrent pas reconnaissants, qui ne savent pas voir les merveilles du Seigneur. “Chrétiens à l’eau de rose”, comme disait une dame que j’ai connue. C’est ainsi que nous finissons par penser que tout ce que nous recevons chaque jour est évident et dû. La gratitude, le fait de savoir dire « merci », nous amène au contraire à affirmer la présence du Dieu-amour. Et aussi à reconnaître l’importance des autres, en surmontant l’insatisfaction et l’indifférence qui enlaidissent le cœur. Il est fondamental de savoir rendre grâce. Chaque jour, dire merci au Seigneur, chaque jour, savoir nous remercier les uns les autres : en famille, pour ces petites choses que nous recevons parfois sans même nous demander d’où elles viennent ; dans les lieux que nous fréquentons quotidiennement, pour les nombreux services dont nous bénéficions et pour les personnes qui nous soutiennent ; dans nos communautés chrétiennes, pour l’amour de Dieu que nous expérimentons à travers la proximité des frères et sœurs qui, souvent en silence, prient, offrent, souffrent, marchent avec nous. S’il vous plait, n’oublions pas ce mot clé : merci ! N’oublions pas d’entendre et de dire “merci” !
Les deux saints canonisés aujourd’hui nous rappellent l’importance de marcher ensemble et de savoir rendre grâce. L’évêque Scalabrini, qui fonda deux Congrégations pour le soin des migrants, une masculine et une féminine, affirmait que dans la marche commune de ceux qui émigrent, il ne faut pas voir seulement des problèmes, mais aussi un dessein de la Providence : « C’est justement à cause des migrations forcées par les persécutions – disait-il – que l’Église a dépassé les frontières de Jérusalem et d’Israël et est devenue « catholique » ; grâce aux migrations d’aujourd’hui, l’Église sera un instrument de paix et de communion entre les peuples » (L’emigrazione degli operai italiani, Ferrara 1899). Il y a une migration, en ce moment, ici en Europe, qui nous fait beaucoup souffrir et nous pousse à ouvrir notre cœur : la migration des Ukrainiens qui fuient la guerre. N’oublions pas aujourd’hui l’Ukraine meurtrie ! Scalabrini regardait au-delà, il regardait en avant, vers un monde et une Église sans barrières, sans étrangers. Pour sa part, le frère salésien Artemide Zatti, avec sa bicyclette, a été un exemple vivant de gratitude : guéri de la tuberculose, il a consacré toute sa vie à gratifier les autres, à soigner les malades avec amour et tendresse. On dit qu’il a été vu portant le cadavre d’un de ses malades sur ses épaules. Plein de gratitude pour ce qu’il avait reçu, il voulut dire son « merci » en prenant sur lui les blessures des autres. Deux exemples.
Prions pour que nos saints frères nous aident à marcher ensemble, sans murs de séparation, et à cultiver cette noblesse d’âme si agréable à Dieu qu’est la gratitude.
Source : vatican.va
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Louange du dimanche 16 octobre