AU FIL DES JOURS...

Carême 2026

20/01/2026

Ce temps fort démarrera le mercredi 18 février.

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS LUE PAR LE CARDINAL ANGELO COMASTRI

 

Marie de Magdala, voyant que la pierre du tombeau avait été roulée, se mit à courir pour aller le dire à Pierre et à Jean. De même, les deux disciples, après avoir reçu la nouvelle bouleversante, sont sortis et – dit l’Évangile – « ils couraient tous les deux ensemble » (Jn 20, 4). Les protagonistes des récits de Pâques courent tous ! Et ce fait de “courir” exprime, d’une part, la préoccupation qu’on aurait emporté le corps du Seigneur ; mais, d’autre part, la course de Marie-Madeleine, de Pierre et de Jean exprime le désir, l’élan du cœur, l’attitude intérieure de ceux qui partent à la recherche de Jésus. En effet, il est ressuscité et n’est donc plus dans le tombeau. Il faut le chercher ailleurs.

C’est l’annonce de Pâques : il faut le chercher ailleurs. Le Christ est ressuscité, il est vivant ! Il n’est pas resté prisonnier de la mort, il n’est plus enveloppé dans le linceul, et donc on ne peut pas l’enfermer dans une belle histoire à raconter, on ne peut pas en faire un héros du passé ou penser à Lui comme à une statue placée dans la salle d’un musée ! Au contraire, nous devons le chercher, et pour cela nous ne pouvons pas rester immobiles. Nous devons nous mettre en mouvement, sortir pour le chercher : le chercher dans notre vie, le chercher sur le visage de nos frères, le chercher dans le quotidien, le chercher partout sauf dans ce tombeau.

Le chercher toujours. Car s’il est ressuscité, Il est présent partout, Il demeure parmi nous, Il se cache et se révèle aujourd’hui encore dans les sœurs et les frères que nous rencontrons sur notre chemin, dans les situations les plus anonymes et les plus imprévisibles de notre vie. Il est vivant et reste toujours avec nous, pleurant les larmes de ceux qui souffrent et multipliant la beauté de la vie dans les petits gestes d’amour de chacun de nous.

C’est pourquoi la foi pascale, qui nous ouvre à la rencontre avec le Seigneur Ressuscité et nous dispose à l’accueillir dans notre vie, est tout sauf un arrangement statique ou une installation paisible dans une quelconque assurance religieuse. Au contraire, Pâques nous met en mouvement, elle nous pousse à courir comme Marie de Magdala et comme les disciples ; elle nous invite à avoir des yeux capables de “voir au-delà”, pour entrevoir Jésus, le Vivant, comme le Dieu qui se révèle et qui, aujourd’hui aussi, se rend présent, nous parle, nous précède, nous surprend. Comme Marie de Magdala, nous pouvons faire chaque jour l’expérience de perdre le Seigneur, mais chaque jour nous pouvons courir pour le chercher encore, en sachant avec certitude qu’Il se laisse trouver et qu’Il nous éclaire de la lumière de sa résurrection.

Frères et sœurs, voici la plus grande espérance de notre vie : nous pouvons vivre cette existence pauvre, fragile et blessée en nous accrochant au Christ, car Il a vaincu la mort, Il a vaincu nos ténèbres et Il vaincra les ténèbres du monde, pour nous faire vivre avec Lui dans la joie, pour toujours. Vers ce but, comme le dit l’Apôtre Paul, nous courons nous aussi, en oubliant ce qui est derrière nous et en nous projetant vers ce qui est devant nous (cf. Ph 3, 12-14). Nous nous hâtons alors à la rencontre du Christ, avec le pas rapide de Marie-Madeleine, de Pierre et de Jean.

Le Jubilé nous appelle à renouveler en nous le don de cette espérance, à y plonger nos souffrances et nos angoisses, à contaminer ceux que nous rencontrons sur le chemin, à confier à cette espérance l’avenir de nos vies et le destin de l’humanité. Nous ne pouvons donc pas parquer notre cœur dans les illusions de ce monde ou l’enfermer dans la tristesse ; nous devons courir, pleins de joie. Courons à la rencontre de Jésus, redécouvrons la grâce inestimable d’être ses amis. Laissons sa Parole de vie et de vérité éclairer notre chemin. Comme le grand théologien Henri de Lubac a eu à le dire : « il nous suffira de comprendre ceci : le christianisme, c’est le Christ. Non, il n’y a rien d’autre que cela. Dans le Christ, nous avons tout » (Les responsabilités doctrinales des catholiques dans le monde d’aujourd’hui, Paris 2010, 276).

Et ce “tout” qu’est le Christ ressuscité ouvre notre vie à l’espérance. Il est vivant, Il veut encore renouveler nos vies aujourd’hui. À Lui, vainqueur du péché et de la mort, nous voulons dire :

« Seigneur, en cette fête, nous te demandons ce don : d’être nous aussi nouveaux pour vivre cette nouveauté éternelle. Secoue-nous, ô Dieu, la triste poussière de l’habitude, de la lassitude et du désenchantement ; donne-nous la joie de nous réveiller, chaque matin, avec des yeux émerveillés de voir les couleurs invisibles de ce matin, unique et différent de tous les autres. […] Tout est nouveau, Seigneur, et rien n’est répété, rien n’est vieux » (A. Zarri, Quasi una preghiera).

Sœurs, frères, dans l’émerveillement de la foi pascale, portant dans nos cœurs toute attente de paix et de libération, nous pouvons dire : avec Toi, Seigneur, tout est nouveau. Avec Toi, tout recommence.

 


MESSAGE POUR LA BÉNÉDICTION URBI ET ORBI

Le Christ est ressuscité, alléluia !

Frères et sœurs, joyeuses Pâques !

Aujourd’hui, l’Alléluia résonne enfin dans l’Église, se répercutant de bouche en bouche, de cœur à cœur, et son chant fait couler des larmes de joie dans le peuple de Dieu du monde entier.

Du tombeau vide de Jérusalem nous parvient l’annonce sans précédent : Jésus, le Crucifié, « n’est pas ici, il est ressuscité » (Lc 24, 6). Il n’est pas dans le tombeau, il est vivant !

L’amour a vaincu la haine. La lumière a vaincu les ténèbres. La vérité a vaincu le mensonge. Le pardon a vaincu la vengeance. Le mal n’a pas disparu de notre histoire, il restera jusqu’à la fin, mais il n’a plus le dessus, il n’a plus de pouvoir sur ceux qui accueillent la grâce de ce jour.

Sœurs et frères, surtout vous qui êtes dans la souffrance et l’angoisse, votre cri silencieux a été entendu, vos larmes ont été recueillies, pas même une seule n’a été perdue ! Dans la passion et la mort de Jésus, Dieu a pris sur lui tout le mal du monde et, dans son infinie miséricorde, il l’a vaincu : il a déraciné l’orgueil diabolique qui empoisonne le cœur de l’homme et sème partout la violence et la corruption. L’Agneau de Dieu a vaincu ! C’est pourquoi aujourd’hui nous proclamons : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence pascale).

Oui, la résurrection de Jésus est le fondement de l’espérance : à partir de cet événement, espérer n’est plus une illusion. Non. Grâce au Christ crucifié et ressuscité, l’espérance ne déçoit pas ! Spes non confundit ! (cf. Rm 5, 5). Et ce n’est pas une espérance évasive, mais engageante ; elle n’est pas aliénante, mais responsabilisante.

Ceux qui espèrent en Dieu mettent leurs mains fragiles dans sa main grande et forte, se laissent relever et se mettent en route : avec Jésus ressuscité, ils deviennent des pèlerins d’espérance, des témoins de la victoire de l’Amour, de la puissance désarmée de la Vie.

Le Christ est ressuscité ! Cette annonce renferme tout le sens de notre existence, qui n’est pas faite pour la mort mais pour la vie. Pâques est la fête de la vie ! Dieu nous a créés pour la vie et veut que l’humanité ressuscite ! À ses yeux, chaque vie est précieuse ! Celle de l’enfant dans le ventre de sa mère, comme celle de la personne âgée ou malade, considérées dans un nombre croissant de pays comme des personnes à rejeter.

Que de volonté de mort nous voyons chaque jour dans les nombreux conflits qui touchent différentes parties du monde ! Que de violence nous voyons souvent aussi dans les familles, à l’égard des femmes ou des enfants ! Que de mépris se nourrit parfois envers les plus faibles, les marginalisés, les migrants !

En ce jour, je voudrais que nous recommencions à espérer et à avoir confiance dans les autres, même dans ceux qui ne sont pas proches de nous ou qui viennent de pays lointains avec des usages, des modes de vie, des idées et des coutumes différents de ceux qui nous sont les plus familiers, car nous sommes tous enfants de Dieu !

Je voudrais que nous recommencions à espérer que la paix est possible ! Depuis le Saint-Sépulcre, l’église de la Résurrection, où cette année Pâques est célébrée le même jour par les catholiques et les orthodoxes, que la lumière de la paix rayonne sur toute la Terre Sainte et sur le monde entier. Je suis proche des souffrances des chrétiens de Palestine et d’Israël, ainsi que de tout le peuple israélien et de tout le peuple palestinien. Le climat d’antisémitisme croissant qui se répand dans le monde entier est préoccupant. En même temps, mes pensées vont à la population et en particulier à la communauté chrétienne de Gaza, où le terrible conflit continue de semer la mort et la destruction et de provoquer une situation humanitaire dramatique et ignoble. J’appelle les belligérants : cessez le feu, que les otages soient libérés et que l’aide précieuse soit apportée à la population affamée qui aspire à un avenir de paix !

Prions pour les communautés chrétiennes du Liban et de Syrie qui aspirent à la stabilité et à participer au destin de chaque nation, alors que ce dernier pays traverse une période délicate de son histoire. J’exhorte l’Église tout entière à accompagner les chrétiens du Moyen-Orient bien-aimé par l’attention et la prière.

J’adresse également une pensée particulière au peuple du Yémen, qui connaît l’une des pires crises humanitaires “prolongées” au monde, en raison de la guerre, et j’appelle tout le monde à trouver des solutions par le biais d’un dialogue constructif.

Que le Christ Ressuscité répande le don pascal de la paix sur l’Ukraine meurtrie et encourage tous les acteurs à poursuivre les efforts pour parvenir à une paix juste et durable.

En ce jour de fête, pensons au Caucase du Sud et prions pour que soit rapidement signé et mis en œuvre un Accord de paix définitif entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, conduisant à la réconciliation tant désirée dans la région.

Que la lumière de Pâques inspire des propositions de concorde dans les Balkans occidentaux et aide les acteurs politiques à œuvrer pour éviter la montée des tensions et des crises, ainsi que les acteurs de la région à rejeter les comportements dangereux et déstabilisants.

Que le Christ Ressuscité, notre espérance, accorde la paix et le réconfort aux populations africaines victimes de violences et de conflits, en particulier en République Démocratique du Congo, au Soudan et au Soudan du Sud, et qu’il soutienne ceux qui souffrent des tensions au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et dans la région des Grands Lacs, sans oublier les chrétiens qui, en de nombreux endroits, ne peuvent pas professer librement leur foi.

Aucune paix n’est possible là où il n’y a pas de liberté religieuse ni de liberté de pensée et d’expression, ni de respect des opinions d’autrui.

Aucune paix n’est possible sans véritable désarmement ! Le besoin de chaque peuple de pourvoir à sa propre défense ne peut se transformer en une course générale au réarmement. Que la lumière de la Pâques nous pousse à abattre les barrières qui créent des divisions et qui sont lourdes de conséquences politiques et économiques. Qu’elle nous pousse à prendre soin les uns des autres, à accroître notre solidarité mutuelle, à œuvrer pour favoriser le développement intégral de toute personne humaine.

Ces jours, aidons le peuple birman, tourmenté depuis des années par un conflit armé, et qui affronte avec courage et patience les conséquences du tremblement de terre dévastateur à Sagaing ayant causé la mort de milliers de personnes et provoqué la souffrance de nombreux survivants, parmi lesquels des orphelins et des personnes âgées. Nous prions pour les victimes et leurs proches et remercions de tout cœur tous les généreux bénévoles qui participent aux opérations de secours. L’annonce d’un cessez-le-feu par divers acteurs du pays est un signe d’espérance pour tout le Myanmar.

J’appelle tous ceux qui, dans le monde, ont des responsabilités politiques, à ne pas céder à la logique de la peur qui enferme, mais à utiliser les ressources disponibles pour aider les personnes dans le besoin, lutter contre la faim et favoriser des initiatives qui promeuvent le développement. Ce sont là les “armes” de la paix : celles qui construisent l’avenir, au lieu de semer la mort !

Que le principe d’humanité ne soit jamais abandonné, car il est la clé de voûte de notre action quotidienne. Face à la cruauté des conflits qui impliquent des civils sans défense, qui s’en prennent aux écoles et aux hôpitaux ainsi qu’aux agents humanitaires, nous ne pouvons pas nous permettre d’oublier que ce ne sont pas des cibles qui sont touchées, mais des personnes avec une âme et une dignité.

Et en cette année jubilaire, que Pâques soit aussi l’occasion de libérer les prisonniers de guerre et les prisonniers politiques !

Chers frères et sœurs,

dans la Pâques du Seigneur, la mort et la vie se sont affrontées dans un duel prodigieux, mais le Seigneur vit désormais pour toujours (cf. Séquence pascale) et nous donne la certitude que nous sommes nous aussi appelés à participer à la vie qui ne connaît pas de déclin, dans laquelle on n’entendra plus le fracas des armes ni les échos de la mort. Confions-nous à Lui qui seul peut faire toutes choses nouvelles (cf. Ap 21, 5) !

Joyeuses Pâques à tous !

 

 

Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Jour 6 en audio

MESSE POUR LES MEMBRES DES INSTITUTS DE VIE CONSACRÉE
ET DES SOCIÉTÉS DE VIE APOSTOLIQUE

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

 

Alors que le peuple attendait le salut du Seigneur, les prophètes annonçaient sa venue. Comme le déclare le prophète Malachie : « Il viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. Le messager de l’Alliance que vous désirez, le voici qui vient » (3, 1). Siméon et Anne sont l’image et la figure de cette attente. Ils voient le Seigneur entrer dans son temple et, éclairés par l’Esprit Saint, ils le reconnaissent en l’Enfant que Marie porte dans ses bras. Ils l’avaient attendu toute leur vie : Siméon, « un homme juste et religieux qui attendait la Consolation d’Israël » (Lc 2, 25) ; Anne, qui « ne s’éloignait pas du Temple » (Lc 2, 37).

Il nous est bon de regarder ces deux personnes âgées, patientes dans l’attente, vigilantes en esprit et persévérantes dans la prière. Leur cœur est resté éveillé, comme une torche toujours allumée. Ils sont avancés en âge mais ils ont la jeunesse du cœur ; ils ne se laissent pas consumer par le temps car leurs yeux restent tournés vers Dieu dans l’attente (cf. Ps 145, 15). Tournés vers Dieu dans l’attente, toujours dans l’attente. Ils ont connu des difficultés et des déceptions sur le chemin de la vie, mais ils n’ont pas cédé au défaitisme : ils n’ont pas “mis à la retraite” l’espérance. Alors, en contemplant l’Enfant, ils reconnaissent que les temps sont accomplis, que la prophétie s’est réalisée : Celui qu’ils cherchaient et désiraient, le Messie des nations, est arrivé. En tenant éveillée l’attente du Seigneur, ils deviennent capables de l’accueillir dans la nouveauté de sa venue.

Frères et sœurs, l’attente de Dieu est également importante pour nous, pour notre chemin de foi. Chaque jour, le Seigneur nous visite, Il nous parle, Il se révèle de manière inattendue et, à la fin de la vie et du temps, Il viendra. C’est pourquoi Lui-même nous exhorte à rester éveillés, à veiller, à persévérer dans l’attente. La pire chose qui puisse nous arriver serait de tomber dans le “sommeil de l’esprit” : l’endormissement du cœur, l’anesthésie de l’âme, le rangement de l’espérance dans les coins sombres de la déception et de la résignation.

Je pense à vous, frères et sœurs consacrés, et au don que vous êtes. Je pense à chacun de nous, chrétiens d’aujourd’hui : sommes-nous encore capables de vivre l’attente ? Ne sommes-nous pas trop pris parfois par nous-mêmes, par les choses et les rythmes intenses de tous les jours, au point d’oublier Dieu qui sans cesse vient? Ne sommes-nous pas trop pris par nos bonnes œuvres, au risque de transformer la vie religieuse et chrétienne en “beaucoup de choses à faire”, et de négliger la recherche quotidienne du Seigneur ? Ne risquons-nous pas de programmer parfois notre vie personnelle et la vie communautaire en calculant les chances de succès, au lieu de cultiver avec joie et humilité la petite graine qui nous est confiée, avec la patience de ceux qui sèment en ne prétendant à rien et de ceux qui savent attendre les temps et les surprises de Dieu ? Parfois – nous devons l’admettre – nous avons perdu cette capacité d’attendre. Cela est dû à plusieurs obstacles, je voudrais en souligner deux.

Le premier obstacle qui nous fait perdre la capacité d’attendre est la négligence de la vie intérieure. C’est ce qui arrive lorsque la fatigue l’emporte sur l’étonnement, lorsque l’habitude remplace l’enthousiasme, lorsque nous perdons la persévérance dans le cheminement spirituel, lorsque les expériences négatives, les conflits ou les fruits qui semblent tarder à venir nous transforment en personnes amères et aigries. Il n’est pas bon de ruminer l’amertume car, dans une famille religieuse – comme dans toute communauté et famille –, les personnes amères “au visage sombre” appesantissent l’atmosphère ; ces personnes qui semblent avoir du vinaigre dans le cœur. Il faut alors retrouver la grâce perdue : revenir en arrière et, par une vie intérieure intense, revenir à l’esprit de joyeuse humilité, de gratitude silencieuse. Et cela se nourrit de l’adoration, du travail des genoux et du cœur, de la prière concrète qui lutte et intercède, capable de réveiller le désir de Dieu, l’amour d’antan, l’étonnement du premier jour, le goût de l’attente.

Le deuxième obstacle est l’adaptation au style du monde qui finit par se substituer à l’Évangile. Et notre monde est un monde qui court souvent à grande vitesse, qui exalte le “tout et tout de suite”, qui se consume dans l’activisme et cherche à exorciser les peurs et les angoisses de la vie dans les temples païens de la consommation ou dans le divertissement à tout prix. Dans un tel contexte où le silence est banni et perdu, l’attente n’est pas facile car elle requiert une saine passivité, le courage de ralentir le pas, de ne pas se laisser submerger par les activités, de faire place en nous à l’action de Dieu comme l’enseigne la mystique chrétienne. Veillons donc à ce que l’esprit du monde n’entre pas dans nos communautés religieuses, dans la vie ecclésiale et dans le cheminement de chacun, sinon nous ne porterons pas de fruits. La vie chrétienne et la mission apostolique ont besoin que l’attente, mûrie dans la prière et la fidélité quotidienne, nous libère du mythe de l’efficacité, de l’obsession de la performance, et surtout de la prétention d’enfermer Dieu dans nos catégories, parce qu’Il vient toujours de manière imprévisible, Il vient à des moments qui ne sont pas les nôtres et d’une manière qui n’est pas celle que nous attendons.

Comme l’affirme la mystique et philosophe française Simone Weil, nous sommes l’épouse qui attend dans la nuit l’arrivée de l’époux. « La part de la future mariée est l’attente […]. Désirer Dieu et renoncer à tout le reste : en cela seul consiste le salut » (S. Weil, Attente de Dieu, Milan 1991, 152). Sœurs, frères, cultivons dans la prière l’attente du Seigneur et apprenons la bonne “passivité de l’Esprit” : nous pourrons ainsi nous ouvrir à la nouveauté de Dieu.

Comme Siméon, prenons, nous aussi, dans nos bras l’Enfant, le Dieu de la nouveauté et des surprises. En accueillant le Seigneur, le passé s’ouvre à l’avenir, ce qui est vieux en nous s’ouvre au nouveau qu’Il suscite. Ce n’est pas facile – nous le savons – parce que, dans la vie religieuse comme dans la vie de tout chrétien, il est difficile de s’opposer à la “force de ce qui est ancien” : « Il n’est pas facile en effet que l’ancien qui est en nous accueille l’enfant, ce qui est nouveau – accueillir le nouveau, dans notre vieillesse accueillir le nouveau –. […]. La nouveauté de Dieu se présente comme un enfant et nous, avec toutes nos habitudes, nos peurs, nos craintes, nos envies – pensons aux envies ! –, nos préoccupations, nous sommes face à cet enfant. Allons-nous l’embrasser, l’accueillir, lui faire de la place ? Cette nouveauté entrera-t-elle vraiment dans notre vie, ou tenterons-nous plutôt de mettre ensemble l’ancien et le nouveau, en essayant de nous laisser déranger le moins possible par la présence de la nouveauté de Dieu » (C.M. Martini, Qualcosa di così personaleMeditazioni sulla preghiera, Milano 2009, 32-33).

Frères et sœurs, ces questions sont pour nous, pour chacun de nous, elles sont pour nos communautés, elles sont pour l’Église. Laissons-nous inquiéter, laissons-nous mouvoir par l’Esprit, comme Siméon et Anne. Si, comme eux, nous vivons l’attente dans la garde de la vie intérieure et en cohérence avec le style de l’Évangile, si, comme eux, nous vivons l’attente, nous embrasserons Jésus qui est lumière et espérance de la vie.

 

Source : vatican.va
Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Cap sur le Burundi

Aujourd’hui, le Burundi est l’un des pays les plus pauvres du monde. Les autorités ont placé l’éducation au cœur de leur stratégie de développement. Mais malgré ces efforts, les défis demeurent immenses : explosion démographique, manque de personnel formé, classes surchargées… À Gitega, la jeune capitale perchée à 1500 mètres d’altitude, certains élèves sont plus de 100 par salle. Dans ces conditions et malgré la présence de cinq établissements supérieurs, apprendre devient un luxe, et décrocher, la norme.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Parmi les vices capitaux, il en est un qui est souvent négligé, peut-être à cause de son nom que beaucoup ne comprennent pas : Je parle de l’acédie. C’est pourquoi, dans le catalogue des vices, le terme acédie est souvent remplacé par un autre beaucoup plus usité : la paresse. En réalité, la paresse est plus un effet qu’une cause. Lorsqu’une personne est oisive, indolente, apathique, nous disons qu’elle est paresseuse. Mais, comme l’enseigne la sagesse des anciens pères du désert, souvent la racine de cette paresse est l’acédie, qui signifie littéralement, en grec, « manque de soin ».

C’est une tentation très dangereuse qu’il ne faut pas prendre à la légère. La personne qui en est victime est comme écrasée par une pulsion de mort : elle éprouve du dégoût pour tout, sa relation avec Dieu lui paraît ennuyeuse, et même les actes les plus saints, ceux qui dans le passé lui avaient réchauffé le cœur, lui semblent désormais tout à fait inutiles. La personne commence à regretter le temps qui passe et la jeunesse qui est irrémédiablement derrière elle.

L’acédie est définie comme le « démon de midi » : elle nous surprend au milieu de la journée, lorsque la fatigue est à son comble et que les heures à venir semblent monotones, impossibles à vivre. Dans une description célèbre, le moine Évagre représente ainsi cette tentation : « l’œil de celui qui est sous l’acédie cherche continuellement les fenêtres, et son esprit fantastique est habité de ses visiteurs. […] Quand il lit, celui qui est sous l’acédie bâille souvent et se laisse facilement gagner par le sommeil, il plisse les yeux, se frotte les mains et, détournant les yeux du livre, fixe le mur ; puis, les tournant à nouveau vers le livre, il lit encore un peu […] ; enfin, baissant la tête, il dépose le livre en dessous, s’endort d’un sommeil léger, jusqu’à ce que la faim le réveille et le pousse à s’occuper de ses besoins » ; en conclusion, « celui qui est sous l’acédie n’accomplit pas avec sollicitude l’œuvre de Dieu » [1].

Les lecteurs contemporains voient dans ces descriptions quelque chose qui rappelle beaucoup le mal de la dépression, tant d’un point de vue psychologique que philosophique. En effet, pour ceux qui sont saisis par l’acédie, la vie perd son sens, prier devient ennuyeux, toute bataille semble dénuée de sens. Même si nous avions nourri des passions dans la jeunesse, elles nous paraissent aujourd’hui illogiques, des rêves qui ne nous ont pas rendus heureux. Alors on se laisse aller et la distraction, l’absence de pensée, apparaissent comme la seule issue : on aimerait être hébété, avoir l’esprit complètement vide… C’est un peu comme mourir par anticipation, et c’est déplorable.

Face à ce vice que l’on sait si dangereux, les maîtres de la spiritualité envisagent divers remèdes. Je voudrais signaler celui qui me semble le plus important et que j’appellerais la patience de la foi. Si, sous le fouet de l’acédie, le désir de l’homme est d’être « ailleurs », de fuir la réalité, il faut au contraire avoir le courage de rester et d’accueillir dans mon « ici et maintenant », dans ma situation telle qu’elle est, la présence de Dieu. Les moines disent que la cellule est pour eux le meilleur maître de vie, parce qu’elle est le lieu qui te parle concrètement et quotidiennement de ton histoire d’amour avec le Seigneur. Le démon de l’acédie veut détruire précisément cette joie simple de l’ici et maintenant, cette crainte reconnaissante de la réalité ; il veut te faire croire que tout est vain, que rien n’a de sens, qu’il ne vaut pas la peine de se préoccuper de rien ni de personne. Dans la vie, nous rencontrons des gens « sous l’emprise de l’acédie », des gens dont nous disons : « Mais qu’il est ennuyeux ! » et nous n’aimons pas être avec eux ; des personnes qui ont aussi une attitude d’ennui contagieuse. C’est l’acédie.

Combien de personnes, sous l’emprise de l’acédie, mues par une inquiétude sans visage, ont stupidement abandonné le chemin du bien qu’elles avaient emprunté ! L’acédie est une bataille décisive, qu’il faut gagner à tout prix. Et c’est une bataille qui n’a pas épargné même les saints, parce que dans tant de leurs diaires, il y a quelques pages qui révèlent des moments terribles, de véritables nuits de la foi, où tout semblait obscur. Ces saints et saintes nous enseignent à traverser la nuit dans la patience en acceptant la pauvreté de la foi. Ils nous ont recommandé, sous l’oppression de l’acédie, de tenir une plus petite mesure d’engagement, de nous fixer des objectifs plus accessibles, mais en même temps de résister et de persévérer en nous appuyant sur Jésus, qui jamais n’abandonne dans la tentation.

La foi, tourmentée par l’épreuve de l’acédie, ne perd pas sa valeur. Bien au contraire, c’est la vraie foi, la foi très humaine qui, malgré tout, malgré l’obscurité qui l’aveugle, croit encore humblement. C’est cette foi qui reste dans le cœur, comme les braises sous la cendre. Elle reste toujours. Et si l’un de nous tombe dans ce vice ou dans la tentation de l’acédie, qu’il s’efforce de regarder à l’intérieur de soi et d’entretenir les braises de la foi : c’est ainsi que l’on va de l’avant.

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[1] Évagre le Pontique, Traité des huit esprits de malice, 14.

 

Source : vatican.va
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A découvrir au Jesus Festival 2025,

Louange du mercredi 19 octobre

SAINT FRANÇOIS D’ASSISE (1181-1226)

Jésus déclare à sainte Marguerite-Marie que François d’Assise est «un des plus aimés favoris de son Cœur» pour avoir configuré sa vie à celle de Jésus. Il nous laisse dans cette prière d’offrande totale un véritable appel à nous laisser saisir par l’amour du Christ :

« Seigneur, je t’en prie, que la force brûlante et douce de ton amour prenne possession de mon âme et l’arrache à tout ce qui est sous le ciel, afin que je meure par amour de ton amour, comme Tu as daigné mourir par amour de mon amour. Amen»

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Méditation : Contre le découragement, la confiance !

 

A notre désir de progresser et de travailler à devenir meilleur, s’opposent souvent nos imperfections, nos lenteurs à nous convertir, nos peines à lutter contre un péché répétitif etc… Alors, le découragement pointe vite son nez !

Le découragement, c’est cette petite voix qui vient nous seriner que de toutes façons notre projet est trop grand pour nous, qu’on n’y arrivera pas. Celui qui apparaît quand au lieu de se tourner avec confiance vers Dieu et de compter sur lui, on cherche à s’en sortir par ses propres forces, vient alors le désespoir quant à son incapacité à se « bonifier » par soi-même.

La recette du jour contre le découragement est issue de Mère Térésa, une courte motion intérieure à actualiser à chaque tentation : « Jésus, j’ai plus confiance en ta miséricorde qu’en ma faiblesse »

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Cap sur Madagascar

Malgré son potentiel, Madagascar reste marqué par une pauvreté généralisée : en 2022, 75 % de la population vivait en dessous du seuil national de pauvreté. L’accès aux services de base comme la santé, l’éducation ou l’eau potable demeure très limité.

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Chants (n° de page dans le carnet Il est Vivant) 

76 Criez, criez de joie
907 Saint est son nom
49 Il est bon de chanter
97 Acclamons le roi du ciel

Esprit, Esprit Saint, en nos cœurs descends (sans partitions)

Actes 11, 7-11 : J’entendis une voix qui me disait : “Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange !” Je répondis : “Certainement pas, Seigneur ! Jamais aucun aliment interdit ou impur n’est entré dans ma bouche.” Une deuxième fois, du haut du ciel la voix répondit : “Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit.” Cela se produisit par trois fois, puis tout fut remonté au ciel. Et voici qu’à l’instant même, devant la maison où j’étais, survinrent trois hommes qui m’étaient envoyés de Césarée. L’Esprit me dit d’aller avec eux sans hésiter. Les six frères qui sont ici m’ont accompagné, et nous sommes entrés chez le centurion Corneille.

1 Pierre 3, 8-9 Vous tous, enfin, vivez en parfait accord, dans la sympathie, l’amour fraternel, la compassion et l’esprit d’humilité. Ne rendez pas le mal pour le mal, ni l’insulte pour l’insulte ; au contraire, invoquez sur les autres la bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin de recevoir en héritage cette bénédiction.

 

Trouvez-nous maintenant sur l’application Découvrir Dieu et/ou par courriel : prieraujourdhui.com

Groupe de musique Bande de Prêtres : https://open.spotify.com/artist/31pQQlE8PzlKS30t3UgJYk De Prêtres

Trouvez-nous aussi sur notre podcast : https://anchor.fm/lumiere-de-la-joie

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Quatrième dimanche de l’Avent

Dieu est humble et le plus humble de tous les êtres. Dieu n’est pas humble dans le sens où il serait déficient ou faible, mais parce qu’Il nous aime infiniment sans nous regarder de haut. Alors que nous, nous sommes humbles en reconnaissant que nous sommes de pauvres hommes.

Regardons notre expérience de l’amour humain. Il n’est pas possible à un homme, dans l’acte même d’aimer, de se croire supérieur à sa femme, ou inversement. Un regard qui surplombe ou qui regarde d’en haut peut-il être un regard d’amour ? Comme le rappelait souvent le père Varillon : « Il faut plus de puissance d’amour pour s’effacer que pour s’exhiber », voilà la véritable humilité.

En cette quatrième semaine de l’Avent, contemplons l’humilité de Dieu pour nous mettre à son école.

Méditation proposée par le Père Benoît Roze.

RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS, LES REPRÉSENTANTS DE
LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LE CORPS DIPLOMATIQUE

DISCOURS DU SAINT-PÈRE

Madame la Présidente de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Membres distingués du Gouvernement et du Corps diplomatique
Autorités et Représentants illustres de la société civile,
Mesdames et Messieurs !

Je vous salue cordialement et je remercie Madame la Présidente pour son accueil et aussi pour ses aimables et profondes paroles. La politique naît de la ville, de la polis, d’une passion concrète pour la vie en commun, dans la garantie des droits et le respect des devoirs. Peu de villes nous aident à y réfléchir comme Budapest, qui n’est pas seulement une capitale majestueuse et vitale, mais un lieu central de l’histoire : témoin de tournants importants au cours des siècles, elle est appelée à être protagoniste du présent et de l’avenir ; ici, comme l’a écrit l’un de vos grands poètes, « Du Danube qui est futur, passé, présent, les doux flots ne cessent de s’embrasser » (A. József, Au bord Danube). Je voudrais donc vous faire part de quelques réflexions, en m’inspirant de Budapest en tant que ville d’histoire, ville de ponts et ville de saints.

1. Ville d’histoire. Cette capitale a des origines anciennes, comme en témoignent les vestiges celtiques et romains. Sa splendeur nous ramène cependant à la modernité, lorsqu’elle était capitale de l’Empire austro-hongrois pendant cette période de paix connue sous le nom de belle époque, qui a duré à partir des années de sa fondation jusqu’à la Première Guerre mondiale. Née en temps de paix, elle a connu de douloureux conflits: non seulement les invasions d’autrefois mais, au siècle dernier, les violences et les oppressions causées par les dictatures nazie et communiste – comment oublier 1956 ? Et, pendant la Seconde Guerre mondiale, la déportation de dizaines et de dizaines de milliers d’habitants, avec le reste de la population d’origine juive enfermée dans le ghetto et soumis à de nombreux massacres. Dans ce contexte, il y a eu beaucoup de justes valeureux – je pense au Nonce Angelo Rotta, par exemple -, beaucoup de résilience et un grand engagement dans la reconstruction, de sorte que Budapest est aujourd’hui une des villes européennes ayant le plus grand pourcentage de population juive, centre d’un pays qui connaît la valeur de la liberté et qui, après avoir payé un lourd tribut aux dictatures, porte en elle la mission de garder le trésor de la démocratie et le rêve de la paix.

À ce propos, je voudrais revenir sur la fondation de Budapest qui est célébrée cette année de manière solennelle. Elle a eu lieu, en efet, il y a 150 ans, en 1873, par l’union de trois villes : Buda et Óbuda à l’ouest du Danube avec Pest, située sur la rive opposée. La naissance de cette grande capitale au cœur du continent rappelle le chemin unitaire entrepris par l’Europe, dans laquelle la Hongrie trouve son berceau vital. Après la guerre, l’Europe a été, avec les Nations Unies, le grand espoir dans l’objectif commun que des liens plus étroits entre les nations empêcheraient de nouveaux conflits. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Cependant, dans le monde où nous vivons, la passion pour la politique communautaire et le multilatéralisme semble être un beau souvenir du passé : on semble assister au triste déclin du rêve choral de paix, tandis que les solistes de la guerre prennent la place. D’une manière générale, l’enthousiasme pour la construction d’une communauté des nations pacifique et stable semble s’être désintégré dans les esprits, tandis que l’on marque les zones, que l’on marque les différences, que les nationalismes recommencent à gronder et que l’on exacerbe les jugements et les tons à l’égard des autres. Au niveau international, il semble même que la politique ait pour effet d’enflammer les esprits plutôt que de résoudre les problèmes. Elle oublie la maturité acquise des horreurs de la guerre et régresse vers une sorte d’infantilisme belliqueux. Mais la paix ne viendra jamais de la poursuite d’intérêts stratégiques particuliers, mais plutôt de politiques capables de considérer l’ensemble, le développement de tous : attentives aux personnes, aux pauvres et à l’avenir, et pas seulement au pouvoir, aux gains et aux opportunités du moment.

Dans ce moment historique, l’Europe est fondamentale. Parce que, grâce à son histoire, elle représente la mémoire de l’humanité et elle est donc appelée à jouer le rôle qui lui correspond : celui d’unir ceux qui sont loin, d’accueillir en son sein les peuples et de ne laisser personne être un ennemi pour toujours. Il est donc essentiel de retrouver l’âme européenne : l’enthousiasme et le rêve des pères fondateurs, des hommes d’État qui ont su regarder au-delà de leur époque, au-delà des frontières nationales et des besoins immédiats, en mettant en œuvre des diplomaties capables de recoudre l’unité et non d’élargir les déchirures. Je pense au moment où De Gasperi, lors d’une table ronde à laquelle participaient également Schuman et Adenauer, a dit : « C’est pour elle-même, et non pour l’opposer aux autres, que nous envisageons une Europe unie… nous travaillons pour l’unité et non pour la division » (Allocution à la Table ronde de l’Europe, Rome, 13 octobre 1953). Et encore, à ce que Schuman a dit : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques », parce que – paroles mémorables ! – « la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent » (Déclaration Schuman, 9 mai 1950). Dans ce moment historique, les dangers sont nombreux ; mais, je me demande, en pensant également à l’Ukraine meurtrie, où sont les efforts créatifs pour la paix ?

2. Budapest est une ville de ponts. Vue d’en haut, la “perle du Danube” montre son caractère unique grâce aux ponts qui relient ses parties, harmonisant sa configuration avec celle du grand fleuve. Cette harmonie avec l’environnement m’amène à saluer l’attention écologique que ce pays poursuit avec beaucoup d’engagement. Mais les ponts, qui relient des réalités différentes, nous suggèrent également de réfléchir à l’importance d’une unité qui n’est pas synonyme d’uniformité. À Budapest, cela se traduit par la variété remarquable de circonscriptions qui la composent, plus de vingt. L’Europe des vingt-sept elle aussi, construite pour créer des ponts entre les nations, a besoin de la contribution de tous sans diminuer la spécificité de chacun. À cet égard, un père fondateur préconisait : « L’Europe existera et rien de ce qui a fait la gloire et le bonheur de chaque nation ne sera perdu. C’est précisément dans une société plus vaste, dans une harmonie plus puissante, que l’individu peut s’affirmer » (Intervention cit.). Cette harmonie est nécessaire : un tout qui n’aplatit pas les parties et des parties qui se sentent bien intégrées dans le tout, en conservant leurs identités propres. La Constitution hongroise est significative à cet égard lorsqu’elle affirme : « La liberté individuelle ne peut se développer qu’en collaboration avec les autres » ; et encore : « Nous considérons que notre culture nationale est une riche contribution à l’unité européenne multicolore ».

Je pense donc à une Europe qui ne soit pas l’otage des partis, en proie aux populismes autoréférentiels, mais qui ne se transforme pas non plus en une réalité fluide, voire gazeuse, en une sorte de supranationalisme abstrait, oublieux de la vie des peuples. C’est la voie néfaste des “colonisations idéologiques” qui éliminent les différences, comme dans le cas de ladite culture du genre, ou qui font passer des conceptions réductrices de liberté avant la réalité de la vie, par exemple en vantant un “droit insensé à l’avortement”, qui est toujours un échec tragique. Qu’il est beau, au contraire, de construire une Europe centrée sur la personne et sur les peuples, où existent des politiques efficaces pour la natalité et la famille – il y a en Europe des pays où l’âge moyen est de 46-48 ans -, soigneusement poursuivies dans ce pays, où différentes nations forment une famille dans laquelle la croissance et l’unicité de chacun sont préservées. Le plus célèbre pont de Budapest, celui des chaînes, nous aide à imaginer à une Europe semblable, composée de nombreux grands anneaux différents, qui trouvent leur solidité dans la formation de liens solides entre eux. En cela, la foi chrétienne est une aide et la Hongrie peut servir de “pont”, en tirant parti de son caractère œcuménique spécifique : ici, différentes Confessions coexistent sans antagonisme – je me souviens de la rencontre que j’ai eue avec elles il y a un an et demi -, collaborant avec respect, dans un esprit constructif. Mon esprit et mon cœur se portent sur l’Abbaye de Pannonhalma, l’un des grands monuments spirituels de ce pays, un lieu de prière et un pont de fraternité.

3. Cela m’amène à considérer le dernier aspect : Budapest ville de saints – Madame la Présidente a parlé de Sainte Elisabeth -, comme nous le suggère également le nouveau tableau placé dans cette salle. Notre pensée ne peut que se porter sur saint Étienne, premier roi de Hongrie, qui a vécu à une époque où les chrétiens d’Europe étaient en pleine communion. Sa statue, à l’intérieur du château de Buda, domine et protège la ville, tandis que la basilique qui lui est dédiée au cœur de la capitale est, avec celle de Esztergom, l’édifice religieux le plus imposant du pays. L’histoire hongroise est donc née sous le signe de la sainteté, et pas seulement celle d’un roi, mais celle de toute une famille : son épouse, la bienheureuse Giselle, et leur fils, saint Émeric. Ce dernier reçut de son père des recommandations qui constituent une sorte de testament pour le peuple magyar. Aujourd’hui l’on m’a promis de m’offrir cet ouvrage, je l’attends ! Nous y lisons des paroles très actuelles : « Je te recommande d’être bon non seulement envers ta famille et ta parenté, ou envers les puissants et les personnes aisées, ou envers ton voisin et tes habitants, mais aussi envers les étrangers ». Saint Étienne justifie cela par un véritable esprit chrétien, en écrivant : « C’est la pratique de l’amour qui conduit au bonheur suprême ». Et il conclut en disant : « Sois doux pour ne jamais combattre la vérité » (Admonitions, X). Il associe ainsi de manière inséparable la vérité et la douceur. C’est un grand enseignement de la foi : les valeurs chrétiennes ne peuvent être témoignées à travers la rigidité et les fermetures, car la vérité du Christ implique douceur, suppose amabilité, dans l’esprit des Béatitudes. C’est là que s’enracine cette bonté populaire hongroise, révélée dans certaines expressions du langage courant, telles que : “jónak lenni jó” [il est bien d’être bon] et “jobb adni mint kapni” [il est préférable de donner que de recevoir].

De cela transparaît non seulement la richesse d’une solide identité, mais la nécessité d’ouverture aux autres, comme le reconnaît la Constitution lorsqu’elle déclare : « Nous respectons la liberté et la culture des autres peuples, nous nous engageons à coopérer avec toutes les nations du monde ». Elle affirme encore : « Les minorités nationales qui vivent avec nous font partie de la communauté politique hongroise et font partie intégrante de l’État », et propose l’engagement « pour le soin et la protection […] des langues et des cultures des minorités nationales en Hongrie ». Cette perspective est véritablement évangélique, contrecarrant une certaine tendance, parfois justifiée au nom des traditions et même de la foi, à se replier sur soi-même.

Le texte constitutif, en quelques paroles décisives empreintes d’esprit chrétien, affirme également : « Nous déclarons que l’assistance aux nécessiteux et aux pauvres est une obligation ». Cela rappelle le déroulement de l’histoire de la sainteté hongroise, racontée par les nombreux lieux de culte de la capitale : du premier roi qui a jeté les bases de la vie communautaire, l’on passe à une princesse qui élève l’édifice à une plus grande pureté. Il s’agit de sainte Élisabeth, dont le témoignage est parvenu à toutes les latitudes. Cette fille de votre terre mourut à vingt-quatre ans après avoir renoncé à toute richesse, tout donné aux pauvres. Elle se consacra jusqu’au bout, dans l’hôpital qu’elle avait fait construire, au soin des malades, est un joyau de l’Évangile.

Distinguées Autorités, je voudrais vous remercier pour la promotion des œuvres caritatives et éducatives inspirées par ces valeurs et dans lesquelles la communauté catholique locale est engagée, ainsi que pour le soutien concret apporté à tant de chrétiens éprouvés dans le monde, en particulier en Syrie et au Liban. Une collaboration fructueuse entre l’État et l’Église est féconde, mais pour l’être, elle doit sauvegarder les distinctions appropriées. Il est important que chaque chrétien s’en souvienne, en gardant l’Évangile comme point de référence, pour adhérer aux choix libres et libérateurs de Jésus et ne pas se prêter à une sorte de connivence avec les logiques du pouvoir. De ce point de vue, une saine laïcité, qui ne tombe pas dans le laïcisme généralisé se montrant allergique à tout ce qui est sacré pour s’immoler ensuite sur les autels du profit, est une bonne chose. Ceux qui se professent chrétiens, accompagnés par les témoins de la foi, sont avant tout appelés à témoigner et à marcher avec tous, en cultivant un humanisme inspiré de l’Évangile et cheminant sur deux voies fondamentales : se reconnaître fils bien-aimés du Père et aimer chacun comme un frère.

En ce sens, saint Étienne laissait à son fils d’extraordinaires paroles de fraternité, en disant que ceux qui viennent avec des langues et des coutumes différentes « ornent le pays ». Car, écrivait-il, « un pays qui n’a qu’une seule langue et une seule coutume est faible et décadent. C’est pourquoi je te recommande d’accueillir bien volontiers les étrangers et de les considérer avec honneur, afin qu’ils préfèrent rester chez toi plutôt qu’ailleurs » (Admonitions, VI). C’est un sujet, celui de l’accueil, qui suscite beaucoup de débats à notre époque et qui est certainement complexe. Cependant, pour ceux qui sont chrétiens, l’attitude de base ne peut pas être différente de celle que saint Étienne a transmise, après l’avoir apprise de Jésus qui s’est identifié à l’étranger à accueillir (cf. Mt 25, 35). C’est en pensant au Christ présent en tant de frères et sœurs désespérés qui fuient les conflits, la pauvreté et le changement climatique, qu’il faut aborder le problème sans excuses ni retards. C’est un thème qui doit être abordé ensemble, communautairement, aussi parce que, dans le contexte où nous vivons, les conséquences affecteront tôt ou tard tout le monde. C’est pourquoi il est urgent, en tant qu’Europe, de travailler à des voies sûres et légales, à des mécanismes partagés face à un défi historique qui ne pourra être maîtrisé par le rejet, mais qui doit être accueilli pour préparer un avenir qui, s’il n’est pas ensemble, ne sera pas. Cela appelle en première ligne ceux qui suivent Jésus et veulent suivre l’exemple des témoins de l’Évangile.

Il n’est pas possible de citer tous les grands confesseurs de la foi de la Pannonie sacrée, mais je voudrais au moins mentionner saint Ladislas et sainte Marguerite, et faire référence à certaines figures majestueuses du siècle dernier, telles que le cardinal József Mindszenty, les bienheureux évêques martyrs Vilmos Apor et Zoltán Meszlényi, le bienheureux László Batthyány-Strattmann. Ils sont, avec beaucoup de justes de diverses confessions, les pères et les mères de votre patrie. C’est à eux que je voudrais confier l’avenir de ce pays qui m’est si cher. Et tout en vous remerciant d’avoir écouté ce que j’avais à partager – merci de votre patience -, je vous assure de ma proximité et de ma prière pour tous les Hongrois, et je le fais avec une pensée particulière pour ceux qui vivent hors de la patrie et pour ceux que j’ai rencontrés dans la vie et qui m’ont fait tant de bien. Je pense à la communauté religieuse hongroise que j’ai connue à Buenos Aires. Isten, áldd meg a magyart ! (Que Dieu bénisse les Hongrois !)

 

Source : vatican.va
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Voyage apostolique du pape Léon XIV en Turquie et au Liban, avec un pèlerinage à Iznik (Turquie), à l’occasion du 1700ème anniversaire du premier Concile de Nicée (27 novembre – 2 décembre 2025)

Rencontre avec les jeunes

Place devant le Patriarcat d’Antioche des Maronites (Bkerké), lundi 1er décembre 2025

Assalamu lakum ! (la paix soit avec vous !)

Chers jeunes du Liban, la paix soit avec vous ! “Assalamu lakum!

C’est la salutation du Christ ressuscité (cf. Jn 20, 19) et elle alimente la joie de notre rencontre : l’enthousiasme que nous éprouvons dans notre cœur exprime la proximité aimante de Dieu qui nous réunit en tant que frères et sœurs pour partager notre foi en Lui et la communion entre nous.

Je vous remercie tous pour l’accueil chaleureux que vous m’avez réservé, comme je remercie Sa Béatitude pour ses paroles cordiales de bienvenue. Je salue d’une façon particulière les jeunes venus de Syrie et d’Irak, ainsi que les Libanais venus de divers pays dans leur patrie. Nous sommes réunis ici pour nous écouter les uns les autres, en demandant au Seigneur d’inspirer nos choix futurs. À ce propos, les témoignages qu’Anthony et Maria, Elie et Joëlle nous ont partagés nous ouvrent vraiment le cœur et l’esprit.

Leurs récits témoignent de courage dans la souffrance. Ils témoignent d’espérance dans la déception, de paix intérieure dans la guerre. Ils sont comme des étoiles brillantes dans une nuit sombre, dans laquelle on aperçoit déjà la lueur de l’aurore. Dans ce contraste, beaucoup d’entre nous peuvent reconnaître leurs propres expériences, bonnes ou mauvaises. L’histoire du Liban est tissée de pages glorieuses, mais elle est aussi marquée par des blessures profondes qui ont du mal à cicatriser. Ces blessures ont des causes qui dépassent les frontières nationales et s’enchevêtrent dans des dynamiques sociales et politiques très complexes. Très chers jeunes, vous regrettez peut-être d’avoir hérité d’un monde lacéré par les guerres et défiguré par les injustices sociales. Pourtant, il y a de l’espérance, et il y a de l’espérance en vous ! Vous avez un don qui, à maintes reprises, semble désormais nous échapper, à nous les adultes. Vous avez de l’espérance, vous avez le temps ! Vous avez plus de temps pour rêver, organiser et accomplir le bien. Vous, vous êtes le présent et, entre vos mains, l’avenir est déjà en train de se construire ! Et vous avez l’enthousiasme nécessaire pour changer le cours de l’histoire !  La véritable résistance au mal n’est pas le mal, mais l’amour, capable de guérir blessures personnelles tout en soignant celles des autres.

Le dévouement d’Anthony et de Maria envers ceux qui se trouvent dans le besoin, la persévérance d’Elie et la générosité de Joëlle sont des prophéties d’un avenir nouveau à annoncer par la réconciliation et par l’entraide. Ainsi s’accompliront les paroles de Jésus : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage ». « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 5.9). Chers jeunes, vivez à la lumière de l’Évangile, et vous serez heureux sous le regard du Seigneur !

Votre patrie, le Liban, fleurira à nouveau belle et vigoureuse comme le cèdre, symbole de l’unité et de la fécondité du peuple. Vous savez bien que la force du cèdre réside dans ses racines qui sont généralement de la même taille que ses branches. Le nombre et la force des branches correspondent au nombre et à la force des racines. De la même manière, tout le bien que nous voyons aujourd’hui dans la société libanaise est le résultat du travail humble, caché et honnête de nombre d’acteurs du bien, de nombre de bonnes racines qui ne cherchent pas à faire pousser seulement une branche du cèdre libanais, mais l’arbre tout entier, dans toute sa beauté. Puisez dans les bonnes racines de l’engagement de ceux qui servent la société et ne “s’en servent” pas pour leurs intérêts personnels. Généreusement engagés en faveur de la justice, projetez ensemble un avenir de paix et de développement. Soyez la sève d’espérance que le pays attend !

Dans cette perspective, vos questions permettent de tracer un chemin, certes exigeant, mais, précisément pour cette raison, passionnant.

Vous m’avez demandé où trouver le point d’ancrage pour persévérer dans l’engagement en faveur de la paix. Très chers amis, ce point d’ancrage ne peut être une idée, un contrat ou un principe moral. Le véritable principe d’une vie nouvelle c’est l’espérance qui vient d’en haut : c’est le Christ Lui-même ! Jésus est mort et ressuscité pour le salut de tous. Lui, le Vivant, est le fondement de notre confiance ; Il est le témoin de la miséricorde qui rachète le monde de tout mal. Comme le rappelle saint Augustin en faisant écho à l’apôtre Paul, « c’est toujours en Lui, par Lui que nous avons la paix » (Commentaire sur l’Évangile de Jean, LXXVII, 3). La paix n’est pas authentique si elle n’est que le fruit d’intérêts partisans, mais elle est vraiment sincère lorsque moi, je fais à l’autre ce que je voudrais qu’il me fasse (cf. Mt 7, 12). Bien inspiré, saint Jean-Paul II disait qu’il n’y a « pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon » (Message pour la 35ème Journée mondiale de la Paix, 1er janvier 2002). Il en est ainsi : du pardon naît la justice qui est le fondement de la paix.

Votre deuxième question peut alors trouver sa réponse précisément dans cette dynamique. C’est vrai, nous vivons à une époque où les relations personnelles semblent fragiles et sont utilisées comme s’il s’agissait d’objets. Même chez les plus jeunes, quelques fois l’intérêt individuel s’oppose à la confiance dans le prochain, le profit personnel est préféré au dévouement envers l’autre. Ces attitudes rendent superficielles même les paroles aussi belles que celles de l’amitié et de l’amour qui, souvent, sont confondues avec un sentiment de satisfaction égoïste. Si au centre d’une relation d’amitié ou d’amour se trouve le moi, cette relation ne peut être féconde. De même, on n’aime pas vraiment si l’on aime à terme, tant que dure un sentiment. Un amour à durée déterminée est un amour de piètre qualité. Au contraire, l’amitié est véritable lorsqu’elle dit “toi” avant “moi”. Ce regard respectueux et accueillant envers l’autre nous permet de construire un “nous” plus grand, ouvert à la société tout entière, à toute l’humanité. Et l’amour n’est authentique et ne peut durer pour toujours que lorsqu’il reflète la splendeur éternelle de Dieu, Dieu qui est amour (cf. 1 Jn 4, 8). Des relations solides et fécondes se construisent ensemble sur la confiance réciproque, sur ce “pour toujours” qui palpite en toute vocation à la vie familiale et à la consécration religieuse.

Très chers jeunes, qu’est-ce qui exprime plus que tout autre chose la présence de Dieu dans le monde ? L’amour, la charité ! La charité parle un langage universel parce qu’elle parle à chaque cœur humain. Celle-ci n’est pas un idéal, mais une histoire révélée dans la vie de Jésus et des saints qui sont nos compagnons dans les épreuves de la vie. Regardez en particulier les nombreux jeunes qui, comme vous, ne se sont pas laissé décourager par les injustices et les contre-témoignages reçus, y compris au sein de l’Église, mais ont essayé de tracer de nouvelles voies à la recherche du Royaume de Dieu et de sa justice. Avec la force que vous recevez du Christ, construisez un monde meilleur que celui que vous avez trouvé ! Vous, les jeunes, vous êtes plus directs dans vos relations avec les autres, même avec ceux qui sont différents en raison de leurs origines culturelles et religieuses. Le véritable renouveau que désire un cœur jeune commence par des gestes quotidiens : en commençant par l’accueil du voisin ou de qui vient de loin, par la main tendue à l’ami ou au réfugié, par le difficile mais nécessaire pardon de l’ennemi.

Regardons les merveilleux exemples que nous ont laissés les saints ! Pensons à Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis, deux jeunes qui ont été canonisés en cette année sainte du Jubilé. Regardons les nombreux saints libanais. Quelle beauté singulière se manifeste dans la vie de sainte Rafqua qui a résisté pendant des années avec force et douceur à la souffrance de la maladie ! Combien de gestes de compassion a accomplis le bienheureux Yakub El-Haddad en aidant les personnes les plus abandonnées et oubliées de tous !

Quelle puissante lumière émane de la pénombre dans laquelle a décidé de se retirer saint Charbel, lui qui est devenu l’un des symboles du Liban dans le monde. Ses yeux sont toujours représentés fermés, comme pour retenir un mystère infiniment plus grand. À travers les yeux de saint Charbel, fermés pour mieux voir Dieu, nous continuons à percevoir plus clairement la lumière de Dieu. Le chant qui lui est dédié est magnifique : « Ô toi qui dors et dont les yeux sont lumière pour les nôtres, sur tes paupières a fleuri un grain d’encens ». Chers jeunes, qu’en vos yeux aussi la lumière divine brille et que s’épanouisse l’encens de la prière. Dans un monde de distractions et de vanités, prenez chaque jour un temps pour fermer les yeux et pour regarder seulement Dieu. S’Il semble parfois silencieux ou absent, Il se révèle à ceux qui le cherchent dans le silence. Tout en vous efforçant de faire le bien, je vous demande d’être contemplatifs comme saint Charbel : en priant, en lisant l’Écriture Sainte, en participant à la messe, en vous attardant à l’adoration. Le Pape Benoît XVI disait aux chrétiens du Levant : « Je vous invite à cultiver en permanence une véritable amitié avec Jésus par la force de la prière » (Exhort. ap. Ecclesia in Medio Oriente, 63).

Mes très chers amis, parmi tous les saints et toutes les saintes, resplendit la Toute Sainte, Marie, Mère de Dieu et notre Mère. Beaucoup de jeunes portent toujours avec eux un chapelet, dans leur poche, au poignet ou autour du cou. Comme il est beau de regarder Jésus avec les yeux du cœur de Marie ! Ici même, où nous nous trouvons en ce moment, combien il est doux de lever les yeux vers Notre-Dame du Liban, avec espoir et confiance !

Chers jeunes, permettez-moi enfin de vous transmettre cette prière, simple et magnifique, attribuée à saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix, Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie ». Que cette prière maintienne vive en vous la joie de l’Évangile et l’enthousiasme chrétien. “Enthousiasme” signifie “avoir Dieu dans l’âme”. Lorsque le Seigneur habite en nous, l’espérance qu’Il nous donne devient féconde pour le monde. L’espérance, voyez-vous, est une vertu pauvre car elle se présente les mains vides : ce sont des mains libres pour ouvrir les portes qui semblent fermées par la fatigue, la douleur ou la déception.

Le Seigneur sera toujours avec vous, et soyez assurés du soutien de toute l’Église dans les défis décisifs de votre vie et dans l’histoire de votre cher pays. Je vous confie à la protection de la Mère de Dieu et Notre-Dame, qui, du sommet de cette montagne contemple cette nouvelle floraison. Jeunes Libanais, grandissez vigoureux comme les cèdres et faites fleurir le monde d’espérance !

[Bénédiction]

Merci à tous ! Shukran !

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Place Saint-Pierre, samedi 20 décembre 2025

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

À l’approche de Noël, nous pouvons dire : le Seigneur est proche ! Sans Jésus, cette affirmation – le Seigneur est proche – pourrait presque ressembler à une menace. En Jésus, au contraire, nous découvrons que, comme l’avaient pressenti les prophètes, Dieu est un sein de miséricorde. L’Enfant Jésus nous révèle que Dieu a des entrailles de miséricorde, à travers lesquelles il engendre sans cesse. En Lui, il n’y a pas de menace, mais le pardon.

Très chers amis, c’est aujourd’hui la dernière des audiences jubilaires du samedi, commencées en janvier dernier par le pape François. Le Jubilé touche à sa fin, mais l’espérance que cette Année nous a donnée ne s’éteint pas : nous resterons des pèlerins de l’espérance ! Nous avons entendu saint Paul dire : « C’est dans l’espérance que nous avons été sauvés » (Rm 8, 24). Sans espérance, nous sommes morts ; avec l’espérance, nous venons à la lumière. L’espérance est génératrice. En effet, c’est une vertu théologale, c’est-à-dire une force de Dieu, et en tant que telle, elle engendre, elle ne tue pas, mais elle fait naître et renaître. C’est là la véritable force. Ce qui menace et tue n’est pas une force : c’est de l’arrogance, c’est une peur agressive, c’est un mal qui n’engendre rien. La force de Dieu fait naître. C’est pourquoi je voudrais vous dire enfin : espérer, c’est engendrer.

Saint Paul écrit aux chrétiens de Rome quelque chose qui nous fait réfléchir : « Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Rm 8, 22). C’est une image très forte. Elle nous aide à écouter et à porter dans la prière le cri de la terre et le cri des pauvres. « Tout entière », la création est un cri. Mais beaucoup de puissants n’entendent pas ce cri : la richesse de la terre est entre les mains de quelques-uns, très peu nombreux, de plus en plus concentrée – injustement – entre les mains de ceux qui souvent ne veulent pas entendre les gémissements de la terre et des pauvres. Dieu a destiné à tous les biens de la création, afin que tous y prennent part. Notre tâche est de générer, non de voler. Pourtant, dans la foi, la douleur de la terre et des pauvres est celle d’un accouchement. Dieu génère toujours, Dieu crée encore, et nous pouvons générer avec Lui, dans l’espérance. L’histoire est entre les mains de Dieu et de ceux qui espèrent en Lui. Il n’y a pas seulement ceux qui volent, il y a surtout ceux qui génèrent.

Sœurs et frères, si la prière chrétienne est si profondément mariale, c’est parce que nous voyons en Marie de Nazareth l’une des nôtres qui engendre. Dieu l’a rendue féconde et il est venu à notre rencontre avec ses traits, comme chaque enfant ressemble à sa mère. Elle est la Mère de Dieu et la nôtre. « Notre espérance », disons-nous dans le Salve Regina. Elle ressemble à son Fils et son Fils lui ressemble. Et nous ressemblons à cette Mère qui a donné un visage, un corps, une voix à la Parole de Dieu. Nous lui ressemblons, car nous pouvons engendrer la Parole de Dieu ici-bas, transformer le cri que nous entendons en un accouchement. Jésus veut naître à nouveau : nous pouvons lui donner un corps et une voix. Voici l’accouchement que la création attend.

Espérer, c’est engendrer. Espérer, c’est voir ce monde devenir le monde de Dieu : le monde où Dieu, les êtres humains et toutes les créatures marchent à nouveau ensemble, dans la ville-jardin, la nouvelle Jérusalem. Que Marie, notre espérance, accompagne toujours notre pèlerinage de foi et d’espérance.

Enfin, ma pensée va aux jeunes, aux malades et aux jeunes mariés. Approchez-vous du mystère de Bethléem avec les mêmes sentiments de foi et d’humilité que ceux de Marie, afin de devenir riches d’espérance et de joie.

À tous, ma bénédiction !

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Méditation :

La docibilitas ou apprendre à recevoir

 

Le pape Francois parle beaucoup de la docibilitas. A ne pas confondre avec la docilité (docilitas). Alors que la docilité se présente comme un acquiescement à la volonté d’un autre, la docibilitas se situe, elle, dans le fait de se laisser affecter, en toute liberté, par la vie et par les autres. Cette attitude intérieure prédispose à revisiter sa vie en y découvrant toutes les ressources de formation dont le quotidien est révélateur.

Le pape Francois dans cette docibilitas parle « d’une purification des motivations, une fidélité toujours plus ferme et cohérente aux grandes options de vie, une conscience réaliste du besoin d’être aidé par les autres, jointe à une liberté effective de demander cette aide ». La personne véritablement en formation permanente, apprend à recevoir de manière continue avec cette conviction que la vie est un lieu permanent où Dieu se dit et forme son cœur !

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