AU FIL DES JOURS...

– edition du 05/04/2025

05/04/2025

Julienne de Cornillon

Basilique Saint-Pierre, Autel de la Confession, mardi 24 juin 2025

Merci, merci à tous !

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La paix soit avec vous !

Éminences, Excellences, formateurs et surtout vous tous, séminaristes, bonjour à tous !

Je suis très heureux de vous rencontrer et je vous remercie tous, séminaristes et formateurs, pour votre présence chaleureuse. Merci avant tout pour votre joie et pour votre enthousiasme. Merci, car avec votre énergie, vous alimentez la flamme de l’espérance dans la vie de l’Église !

Aujourd’hui, vous n’êtes pas seulement pèlerins, mais aussi témoins d’espérance : vous me le témoignez, ainsi qu’à tous, parce que vous vous êtes laissés entraîner dans l’aventure fascinante de la vocation sacerdotale à une époque qui n’est pas facile. Vous avez accueilli l’appel à devenir des annonciateurs doux et forts de la Parole qui sauve, des serviteurs d’une Église ouverte et d’une Église en sortie missionnaire.

Y digo una palabra también en español, gracias por haber aceptado con valentía la invitación del Señor a seguir, a ser discípulo, a entrar en el seminario. Hay que ser valientes y no tengan miedo.

[Et je dis aussi quelques mots en espagnol : merci d’avoir accepté avec courage l’invitation du Seigneur à le suivre, à devenir ses disciples, à entrer au séminaire. Il faut être courageux et n’ayez pas peur !]

Au Christ qui vous appelle, vous dites « oui » avec humilité et courage ; et ce « me voici », que vous lui adressez, germe dans la vie de l’Église, et se laisse accompagner par le nécessaire chemin de discernement et de formation.

Jésus, vous le savez, vous appelle avant tout à vivre une expérience d’amitié avec Lui et avec vos compagnons de route (cf. Mc 3, 13) ; une expérience appelée à grandir de manière permanente, même après l’ordination, et qui touche tous les aspects de la vie. Rien en vous ne doit être écarté, en effet, tout doit être assumé et transfiguré dans la logique du grain de blé, afin de devenir des personnes et des prêtres heureux, des « ponts » et non des obstacles à la rencontre avec le Christ pour tous ceux qui vous côtoient. Oui, Il doit grandir et nous diminuer, pour pouvoir devenir des pasteurs selon son cœur (1).

A propos du Cœur de Jésus Christ, comment ne pas rappeler l’encyclique Dilexit nos, que nous a donnée le bien-aimé pape François (2) Précisément en ce temps que vous vivez, c’est-à-dire celui de la formation et du discernement, il est important de porter votre attention vers le centre, vers le « moteur » de tout votre chemin : le cœur ! Le séminaire, quelle que soit la manière dont on l’envisage, devrait être une école des affections. Aujourd’hui plus que jamais, dans un contexte social et culturel marqué par le conflit et le narcissisme, nous avons besoin d’apprendre à aimer et à le faire comme Jésus (3).

Comme le Christ a aimé avec un cœur d’homme (4), vous êtes appelés à aimer avec le cœur du Christ ! Amar con el corazón de Jesús. Mais pour apprendre cet art, il faut travailler sur son intériorité, là où Dieu fait entendre sa voix et d’où partent les décisions les plus profondes ; lieu également de tensions et de luttes (cf. Mc 7, 14-23), à convertir pour que toute votre humanité respire l’Évangile. Le premier travail doit donc se faire sur l’intériorité. Souvenez-vous bien de l’invitation de saint Augustin à revenir au cœur, car c’est là que nous retrouvons les traces de Dieu. Descendre dans son cœur peut parfois faire peur, car on y trouve aussi des blessures. N’ayez pas peur de les soigner, laissez-vous aider : car c’est de ces blessures que naîtra votre capacité à être proches de ceux qui souffrent. Sans vie intérieure, la vie spirituelle n’est pas possible, car c’est dans notre cœur que Dieu nous parle. Dios nos habla en el corazón, tenemos que saber escucharlo. [Dieu nous parle dans notre cœur, il faut savoir l’écouter]. Ce travail intérieur inclut aussi l’apprentissage à reconnaître les mouvements du cœur : pas seulement les émotions rapides et immédiates, caractéristiques de l’âme des jeunes, mais surtout vos sentiments profonds, qui vous aident à découvrir la direction de votre vie. Si vous apprenez à connaître votre cœur, vous deviendrez toujours plus authentiques et vous n’aurez pas besoin de porter de masques. Et le chemin privilégié qui nous conduit à l’intériorité est la prière : à une époque d’hyperconnexion, il devient toujours plus difficile de faire l’expérience du silence et de la solitude. Sans la rencontre avec Lui, nous ne pouvons pas non plus véritablement nous connaître nous-mêmes.

Je vous invite à invoquer fréquemment l’Esprit Saint, pour qu’il façonne en vous un cœur docile, capable de percevoir la présence de Dieu, également en écoutant les voix de la nature, de l’art, de la poésie, de la littérature (5), de la musique, mais aussi des sciences humaines (6). Dans le travail rigoureux des études théologiques, sachez aussi écouter avec un esprit et un cœur ouverts les voix de la culture, comme les défis récents de l’intelligence artificielle et celles des médias sociaux (7). Surtout, à l’exemple de Jésus, sachez entendre le cri souvent silencieux des petits, des pauvres et des opprimés, et de tant de personnes, surtout des jeunes, qui cherchent un sens à leur vie.

Si vous prenez soin de votre cœur, avec des moments quotidiens de silence, de méditation et de prière, vous apprendrez l’art du discernement. Cela aussi est un travail important : apprendre à discerner. Quand on est jeune, on porte en soi beaucoup de désirs, de rêves et d’ambitions. Le cœur est souvent encombré et il arrive de se sentir confus. Au contraire, à l’image de la Vierge Marie, notre intériorité doit devenir capable de conserver et de méditer.  Capable de synballein — comme l’écrit l’évangéliste Luc (2, 19.51) : rassembler les fragments (8). Fuyez la superficialité, et assemblez les morceaux de votre vie dans la prière et la méditation, en vous demandant : qu’est-ce que m’apprend ce que je vis ? Qu’est-ce que cela dit à mon chemin ? Où le Seigneur me conduit-il ?

Très chers amis, ayez un cœur doux et humble comme celui de Jésus (cf. Mt 11, 29). A l’exemple de l’apôtre Paul (cf. Ph 2, 5sq), puissiez-vous avoir les sentiments du Christ, pour grandir en maturité humaine, surtout affective et relationnelle. Il est important, même nécessaire, dès le temps du séminaire, de miser beaucoup sur la maturation humaine, en rejetant tout faux-semblant ou hypocrisie. En gardant le regard fixé sur Jésus, il faut apprendre à nommer et à exprimer aussi la tristesse, la peur, l’angoisse, l’indignation, en apportant tout dans la relation à Dieu. Les crises, les limites, les fragilités ne doivent pas être occultées : elles sont au contraire des occasions de grâce et d’expérience pascale.

Dans un monde souvent marqué par l’ingratitude et la soif de pouvoir, où semble parfois prévaloir la logique du rejet, vous êtes appelés à témoigner de la gratitude et de la gratuité du Christ, de l’exultation et de la joie, de la tendresse et de la miséricorde de son cœur. A pratiquer le style de l’accueil et de la proximité, du service généreux et désintéressé, en laissant l’Esprit Saint « oindre » votre humanité avant l’ordination.

Le cœur du Christ est animé d’une immense compassion : Il est le Bon Samaritain de l’humanité, et Il nous dit : « Va, et toi aussi fais de même » (Lc 10, 37). Cette compassion le pousse à rompre pour les foules le pain de la Parole et du partage (cf. Mc 6, 30-44), en préfigurant le geste du Cénacle et de la Croix, quand Il se donnera Lui-même en nourriture, et Il nous dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37), c’est-à-dire : faites de votre vie un don d’amour.

Chers séminaristes, la sagesse de notre Mère l’Église, assistée par l’Esprit Saint, cherche au fil du temps les formes les plus appropriées de former les ministres ordonnés, selon les exigences des lieux. Quelle est votre tâche dans cet effort ? Celle de ne jamais jouer au rabais, de ne pas vous contenter, de ne pas être de simples récepteurs passifs, mais de vous passionner pour la vie sacerdotale, en vivant le présent et en regardant vers l’avenir avec un cœur prophétique. J’espère que notre rencontre aidera chacun de vous à approfondir votre dialogue personnel avec le Seigneur, dans lequel lui demander d’assimiler toujours davantage les sentiments du Christ, les sentiments de son cœur. Ce cœur qui bat d’amour pour vous et pour toute l’humanité.

Bon cheminement ! Je vous accompagne de ma bénédiction.

______________

(1) Cf. S. Jean Paul II, Exhort. ap. Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 43.

(2) Lett. enc. Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus Christ (24 octobre 2024).

(3) Cf. ivi, 17.

(4) Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 22.

(5) Cf. François, Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation, 17 juillet 2024.

(6) Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 62.

(7) Congrégation pour le clergé, Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, Le don de la vocation presbytérale (8 décembre 2016), n. 97.

(8) Cf. François, Lettre enc. Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ (24 octobre 2024), n. 19.

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Louange du mercredi 12 octobre

Méditation :

 

Noël est la fête du don suprême : la naissance de Jésus. Par amour pour nous, Dieu envoie Son fils pour nous sauver.

Mais pour autant, pourquoi nous offrir des cadeaux ? Sans doute parce qu’ils expriment de façon concrète l’amour que nous avons les uns pour les autres. Nous avons tous besoin d’attention et de tendresse. Or les cadeaux, choisis avec amour, sont le signe de la reconnaissance que l’on porte à chacun. Un cadeau peut être un moyen de dire « je t’aime », « je tiens à toi » ou encore « merci ». La réponse de l’homme à l’admirable don de Noël est la visite des Rois Mages et des bergers dans la crèche. Elle met d’ailleurs en perspective une scène de dons. La myrrhe, l’or et l’encens, mais aussi l’adoration offerts par des Rois et bergers venus de tous horizons sont un geste qui exprime une gratitude et reconnaissance devant ce si grand don !

 

Message du pape Léon XIV pour la 111ème Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2025, qui se tiendra les 4 et 5 octobre 2025

Migrants, missionnaires d’espérance

Du Vatican, le 25 juillet 2025, fête de saint Jacques Apôtre

Chers frères et sœurs,

La 111ème Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, que mon prédécesseur a voulu faire coïncider avec le Jubilé des migrants et du monde missionnaire, nous offre l’occasion de réfléchir sur le lien entre espérance, migration et mission.

Le contexte mondial actuel est tristement marqué par les guerres, les violences, les injustices et les phénomènes météorologiques extrêmes qui obligent des millions de personnes à quitter leur terre d’origine pour chercher refuge ailleurs. La tendance généralisée à ne se préoccuper que des intérêts de communautés restreintes constitue une menace grave pour le partage des responsabilités, la coopération multilatérale, la réalisation du bien commun et la solidarité mondiale au profit de toute la famille humaine. La perspective d’une nouvelle course aux armements et le développement de nouvelles armes, y compris nucléaires, le peu de considération accordée aux effets néfastes de la crise climatique actuelle et les profondes inégalités économiques rendent les défis présents et futurs de plus en plus difficiles.

Face aux théories de dévastation mondiale et aux scénarios effrayants, il est important que grandisse dans le cœur de chacun le désir d’espérer un avenir de dignité et de paix pour tous les êtres humains. Un tel avenir est une partie essentielle du projet de Dieu sur l’humanité et le reste de la création. Il s’agit de l’avenir messianique annoncé par les prophètes : « Les vieux et les vieilles reviendront s’asseoir sur les places de Jérusalem, le bâton à la main, à cause de leur grand âge ; les places de la ville seront pleines de petits garçons et de petites filles qui viendront y jouer […] Oui, il y aura une semence de paix : la vigne donnera son fruit, la terre donnera son produit, le ciel donnera sa rosée » (Za 8, 4-5.12). Et cet avenir a déjà commencé, car il a été inauguré par Jésus-Christ (cf. Mc 1, 15 et Lc 17, 21) et nous croyons et espérons en sa pleine réalisation, car le Seigneur tient toujours ses promesses.

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne : « La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes » (n° 1818). Et c’est certainement la recherche du bonheur – et la perspective de le trouver ailleurs – qui est l’une des principales motivations de la mobilité humaine contemporaine.

Ce lien entre migration et espérance se révèle clairement dans de nombreuses expériences migratoires de notre temps. Beaucoup de migrants, de réfugiés et de personnes déplacées sont des témoins privilégiés de l’espérance vécue au quotidien, à travers leur confiance en Dieu et leur endurance face à l’adversité, dans la perspective d’un avenir où ils entrevoient l’approche du bonheur, du développement humain intégral. L’expérience itinérante du peuple d’Israël se renouvelle en eux : « Dieu, quand tu sortis en avant de ton peuple, quand tu marchas dans le désert, la terre trembla ; les cieux mêmes fondirent + devant la face de Dieu, le Dieu du Sinaï, devant la face de Dieu, le Dieu d’Israël. Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse, et quand il défaillait, toi, tu le soutenais. Sur les lieux où campait ton troupeau, tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre » (Ps 68, 8-11).

Dans un monde assombri par les guerres et les injustices, même là où tout semble perdu, les migrants et les réfugiés se dressent comme des messagers d’espérance. Leur courage et leur ténacité sont le témoignage héroïque d’une foi qui voit au-delà de ce que nos yeux peuvent voir, et leur donne la force de défier la mort sur les différentes routes migratoires contemporaines. On peut également trouver ici une analogie évidente avec l’expérience du peuple d’Israël errant dans le désert, qui affronte tous les dangers avec confiance dans la protection du Seigneur : « C’est lui qui te sauve des filets du chasseur et de la peste maléfique ; il te couvre et te protège. Tu trouves sous son aile un refuge : sa fidélité est une armure, un bouclier. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour, ni la peste qui rôde dans le noir, ni le fléau qui frappe à midi » (Ps 90, 3-6).

Les migrants et les réfugiés rappellent à l’Église sa dimension pèlerine, perpétuellement tendue vers l’atteinte de la patrie définitive, soutenue par une espérance qui est une vertu théologale. Chaque fois que l’Église cède à la tentation de la “sédentarisation” et cesse d’être civitas peregrina – peuple de Dieu en pèlerinage vers la patrie céleste (cf. Augustin, De civitate Dei, Livre XIV-XVI), elle cesse d’être “dans le monde” et devient “du monde” (cf. Jn 15, 19). Cette tentation était déjà présente dans les premières communautés chrétiennes, à tel point que l’apôtre Paul doit rappeler à l’Église de Philippes que « nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. » (Ph 3, 20-21).

De manière particulière, les migrants et les réfugiés catholiques peuvent devenir aujourd’hui des missionnaires d’espérance dans les pays qui les accueillent, en poursuivant de nouveaux chemins de foi là où le message de Jésus-Christ n’est pas encore arrivé ou en engageant des dialogues interreligieux faits de quotidienneté et de recherche de valeurs communes. En effet, par leur enthousiasme spirituel et leur vitalité, ils peuvent contribuer à revitaliser des communautés ecclésiales figées et alourdies, où le désert spirituel avance de manière menaçante. Leur présence doit alors être reconnue et appréciée comme une véritable bénédiction divine, une occasion de s’ouvrir à la grâce de Dieu qui donne une nouvelle énergie et une nouvelle espérance à son Église : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges » (He 13, 2).

Le premier élément de l’évangélisation, comme le soulignait saint Paul VI, est généralement le témoignage : « tous les chrétiens sont appelés et peuvent être, sous cet aspect, de véritables évangélisateurs. Nous pensons spécialement à la responsabilité qui revient aux migrants dans les pays qui les reçoivent » (Evangelii nuntiandi, n. 21). Il s’agit d’une véritable missio migrantium – mission réalisée par les migrants – pour laquelle une préparation adéquate et un soutien continu, fruits d’une coopération inter-ecclésiale efficace, doivent être assurés.

D’autre part, les communautés qui les accueillent peuvent également être un témoignage vivant d’espérance. Espérance comprise comme promesse d’un présent et d’un avenir où la dignité de tous en tant qu’enfants de Dieu est reconnue. Ainsi, les migrants et les réfugiés sont reconnus comme des frères et sœurs, membres d’une famille où ils peuvent exprimer leurs talents et participer pleinement à la vie communautaire.

À l’occasion de cette journée jubilaire où l’Église prie pour tous les migrants et les réfugiés, je voudrais confier tous ceux qui sont en chemin, ainsi que ceux qui se dépensent pour les accompagner, à la protection maternelle de la Vierge Marie, réconfort des migrants, afin qu’elle garde vivante dans leur cœur l’espérance et les soutienne dans leur engagement à construire un monde qui ressemble toujours plus au Royaume de Dieu, la véritable patrie qui nous attend à la fin de notre voyage.

LÉON PP. XIV

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Cap sur Colombie

Avec une pauvreté grandissante et des conditions sanitaires difficiles, la Colombie traverse une situation sociale préoccupante. La dépendance aux drogues connaît une forte augmentation, avec une explosion des cas de surdoses. Bien que des initiatives comme la création de centres de consommation supervisée aient été mises en place, ces efforts demeurent insuffisants face à l’ampleur du phénomène.

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“Ne m’abandonne pas dans la vieillesse” (cf. Ps 70, 9)

Chers frères et sœurs !

Dieu n’abandonne pas ses enfants, jamais. Même lorsque l’âge avance et que les forces diminuent, lorsque les cheveux blanchissent et que le rôle social disparaît, lorsque la vie devient moins productive et risque de paraître inutile. Il ne regarde pas les apparences (1 S 16, 7) et n’hésite pas à choisir ceux qui, aux yeux d’un grand nombre, semblent insignifiants. Il n’écarte aucune pierre. Au contraire, les plus “anciennes” sont la base solide sur laquelle les pierres “nouvelles” peuvent s’appuyer pour construire ensemble l’édifice spirituel (cf. 1 P 2, 5).

Toute l’Écriture Sainte est un récit de l’amour fidèle du Seigneur d’où émerge une certitude réconfortante : Dieu continue à nous montrer sa miséricorde, toujours, dans toutes les phases de la vie et dans n’importe quelle condition où nous sommes, même dans nos trahisons. Les psaumes sont remplis de l’émerveillement du cœur humain devant Dieu qui prend soin de nous, malgré notre petitesse (cf. Ps143, 3-4). Ils nous assurent que Dieu nous a tous tissés dès le sein maternel (cf. Ps 138,13) et qu’il n’abandonnera pas notre vie (cf. Ps 15,10), même dans les enfers. Nous pouvons donc être sûrs que, même dans la vieillesse, Il sera proche de nous d’autant plus que, dans la Bible, vieillir est signe de bénédiction.

Et pourtant nous trouvons aussi dans les psaumes cette invocation pressante faite au Seigneur : « Ne me rejette pas maintenant que j’ai vieilli » (Ps 70, 9). Une expression forte, très crue. Elle fait penser à la souffrance extrême de Jésus qui cria sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46).

Nous trouvons donc dans la Bible la certitude de la proximité de Dieu en toute saison de la vie et, en même temps, la crainte de l’abandon, en particulier dans la vieillesse et dans les moments de souffrance. Ce n’est pas contradictoire. En regardant autour de nous, nous n’avons pas de mal à voir comment ces expressions reflètent une réalité plus qu’évidente. Trop souvent, la solitude est la compagne amère de notre vie, nous qui sommes des personnes âgées et des grands-parents. En tant qu’évêque de Buenos Aires, il m’est souvent arrivé de visiter des maisons de retraite et de me rendre compte à quel point ces personnes recevaient rarement des visites : certaines n’avaient pas vu leurs proches depuis de nombreux mois.

Les causes de cette solitude sont nombreuses. Dans de nombreux pays, surtout les plus pauvres, les personnes âgées se retrouvent seules parce que les enfants sont contraints d’émigrer. Ou encore, je pense aux nombreuses situations de conflit : combien de personnes âgées sont seules parce que les hommes – jeunes et adultes – sont appelés à combattre et les femmes, surtout les mères avec des enfants en bas âge, quittent le pays pour mettre leurs enfants en sécurité. Dans les villes et les villages ravagés par la guerre, beaucoup de vieillards et de personnes âgées restent seuls, uniques signes de vie dans des lieux où règnent l’abandon et la mort. En d’autres parties du monde, il y a une fausse conviction, très enracinée dans certaines cultures locales, qui engendre l’hostilité envers les personnes âgées soupçonnées de recourir à la sorcellerie pour ôter des énergies vitales aux jeunes. C’est pourquoi, en cas de mort prématurée, de maladie ou de sort malheureux touchant un jeune, la faute est rejetée sur une personne âgée. Cette mentalité doit être combattue et éradiquée. Elle est l’un de ces préjugés infondés, dont la foi chrétienne nous a libérés, qui alimente un conflit générationnel entre jeunes et personnes âgées.

Si nous y réfléchissons bien, cette accusation adressée aux personnes âgées de “voler l’avenir aux jeunes” est très présente aujourd’hui partout. Elle se retrouve aussi, sous d’autres formes, dans les sociétés les plus avancées et les plus modernes. Par exemple, la conviction que les personnes âgées font peser sur les jeunes le coût de l’assistance dont elles ont besoin s’est désormais répandue, soustrayant ainsi des ressources au développement du pays, et donc aux jeunes. Il s’agit d’une perception déformée de la réalité. C’est comme si la survie des personnes âgées mettait en danger celle des jeunes ; comme si, pour favoriser les jeunes, il fallait négliger les personnes âgées ou même les supprimer. L’opposition entre les générations est une duperie et un fruit empoisonné de la culture de l’affrontement. Monter les jeunes contre les personnes âgées est une manipulation inacceptable : « Ce qui est en jeu est l’unité des âges de la vie : c’est-à-dire le point de référence réel pour la compréhension et l’appréciation de la vie humaine dans son intégralité » (Catéchèse, 23 février 2022).

Le psaume cité précédemment – où l’on supplie de ne pas être abandonné dans la vieillesse – parle d’une conjuration qui se resserre autour de la vie des personnes âgées. Ces paroles semblent excessives, mais on les comprend si l’on considère que la solitude et le rejet des personnes âgées ne sont ni fortuites ni inéluctables, mais le fruit de choix – politiques, économiques, sociaux et personnels – qui ne reconnaissent pas la dignité infinie de toute personne, « en toutes circonstances et dans quelque état ou situation qu’elle se trouve » (Décl. Dignitas infinita, n. 1). Cela se produit lorsque l’on perd le sens de la valeur de chacun et que les personnes deviennent seulement un coût, trop élevé à payer dans certains cas. Le pire est que, souvent, les personnes âgées elles-mêmes finissent par être sous l’emprise de cette mentalité et en viennent à se considérer comme un poids, voulant elles-mêmes s’effacer.

D’autre part, nombreuses sont les femmes et les hommes aujourd’hui qui cherchent leur épanouissement personnel dans une existence aussi autonome et indépendante que possible des autres. Les appartenances communes sont en crise et les individualités s’affirment ; le passage du “nous” au “je” apparaît comme l’un des signes les plus évidents de notre époque. La famille, qui est la première et la plus radicale contestation de l’idée que l’on peut se sauver tout seul, est l’une des victimes de cette culture individualiste. Mais lorsqu’on vieillit, au fur et à mesure que les forces diminuent, le mirage de l’individualisme, l’illusion de n’avoir besoin de personne et de pouvoir vivre sans liens se révèle pour ce qu’elle est. On se retrouve au contraire à avoir besoin de tout, mais désormais seul, sans aide, sans personne sur qui compter. C’est une triste découverte que beaucoup font quand il est trop tard.

La solitude et le rejet sont devenus des éléments récurrents dans le contexte où nous sommes immergés. Ils ont des racines multiples : dans certains cas, ils sont le fruit d’une exclusion programmée, une sorte de triste “conjuration sociale”. Dans d’autres cas, il s’agit malheureusement d’une décision personnelle. D’autres fois encore, on les subit en prétendant qu’il s’agit d’un choix autonome. « Nous avons perdu le goût de la fraternité » (Lett. enc. Fratelli tutti, n. 33) et nous avons de plus en plus de mal à imaginer quelque chose de différent.

Nous pouvons noter chez de nombreuses personnes âgées ce sentiment de résignation dont parle le livre de Ruth lorsqu’il raconte comment Noémi, âgée, après la mort de son mari et de ses enfants, invite ses deux belles-filles, Orpa et Ruth, à retourner chez elles dans leur pays d’origine (cf. Rt 1, 8). Noémi – comme tant de personnes âgées aujourd’hui – craint de rester seule mais elle ne peut imaginer autre chose. Elle est consciente que, veuve, elle a peu d’importance aux yeux de la société et elle est convaincue d’être un fardeau pour ces deux jeunes qui, contrairement à elle, ont toute la vie devant elles. C’est pourquoi elle pense qu’il vaut mieux se retirer et elle-même invite les jeunes belles-filles à la quitter et à construire leur avenir en d’autres lieux (cf. Rt 1, 11-13). Ses paroles sont un concentré de conventions sociales et religieuses qui semblent immuables et qui marquent son destin.

À ce moment le récit biblique nous présente deux options différentes face à l’invitation de Noémi et donc face à la vieillesse. L’une des deux belles-filles, Orpa, qui aime aussi Noémi, l’embrasse avec affection mais accepte ce qui lui semble être la seule solution possible, et elle s’en va. Ruth, par contre, ne se détache pas de Noémi et lui adresse des mots surprenants : « Ne me force pas à t’abandonner » (Rt1, 16). Elle n’a pas peur de défier les coutumes et le sentiment commun, elle sent que cette femme âgée a besoin d’elle et, avec courage, reste à ses côtés dans ce qui sera le début d’un nouveau voyage pour toutes les deux. Ruth nous enseigne, à nous qui sommes habitués à l’idée que la solitude est un destin inéluctable, qu’à l’invocation “ne m’abandonne pas !” il est possible de répondre “je ne t’abandonnerai pas !”. Elle n’hésite pas à renverser ce qui semble être une réalité immuable : vivre seul ne peut être l’unique alternative ! Ce n’est pas par hasard si Ruth – celle qui reste proche de Noémi âgée – est une ancêtre du Messie (cf. Mt 1, 5), de Jésus, l’Emmanuel, celui qui est le “Dieu avec nous”, celui qui apporte la proximité de Dieu à tous les hommes, de toutes conditions, de tous âges.

La liberté et le courage de Ruth nous invitent à prendre une nouvelle voie : suivons ses pas, mettons-nous en route avec cette jeune femme étrangère et avec la vieille Noémi, n’ayons pas peur de changer nos habitudes et d’imaginer un avenir différent pour nos personnes âgées. Notre gratitude va à toutes les personnes qui, malgré de nombreux sacrifices, ont suivi l’exemple de Ruth et prennent soin d’une personne âgée ou montrent simplement leur proximité quotidienne à des parents ou des connaissances qui n’ont plus personne. Ruth a choisi de rester près de Noémi et a été bénie : par un mariage heureux, une descendance, une terre. Cela vaut toujours et pour tous : en étant proches des personnes âgées, en reconnaissant le rôle irremplaçable qu’elles ont dans la famille, dans la société et dans l’Église, nous recevrons nous aussi de nombreux dons, de nombreuses grâces, de nombreuses bénédictions !

En cette 4ème Journée Mondiale qui leur est dédiée, ne privons pas de notre tendresse les grands-parents et les personnes âgées de nos familles, visitons ceux qui sont découragés et qui n’espèrent plus qu’un avenir différent est possible. À l’attitude égoïste qui conduit au rejet et à la solitude, opposons le cœur ouvert et le visage heureux de celui qui a le courage de dire “je ne t’abandonnerai pas !” et de prendre un chemin différent.

Que ma bénédiction, accompagnée par la prière, vous parvienne à tous, très chers grands-parents et personnes âgées, et à tous ceux qui vous sont proches. Et vous aussi, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 25 avril 2024

François

 

Source : vatican.va
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Chers enfants, nous sommes ici pour prier, pour prier ensemble, pour prier Dieu. Vous êtes d’accord ? Vous êtes d’accord ? Oui ? Et nous prions Dieu, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. Combien y a-t-il de “Dieux” ? Un seul en trois personnes : le Père qui nous a tous créés, qui nous aime beaucoup. Et quand nous prions Dieu le Père, quelle est la prière, quelle est la prière que nous prions tous ? [réponse : le Notre Père].

Nous demandons toujours à Dieu, dans le Notre Père, de nous accompagner dans la vie et de nous faire grandir. Et quel est le nom du Fils ? Quel est le nom du Fils ? [Réponse : Jésus] Je n’entends pas bien ! Jésus, nous prions Jésus pour qu’il nous aide. Pour qu’il soit près de nous, et quand nous communions, nous recevons Jésus, et Jésus nous pardonne tous nos péchés. Est-ce vrai que Jésus pardonne tout ? [réponse : oui] On n’entend pas… C’est vrai ? Oui, mais est-ce qu’il pardonne toujours tout ? [réponse : oui] Toujours, toujours, toujours ? [réponse : oui] Et s’il y a un homme ou une femme, pécheur, pécheur, pécheur, avec beaucoup de péchés, est-ce que Jésus lui pardonne ? [réponse : oui] Est-ce qu’il pardonne même au plus vilain des pécheurs ? [réponse : oui] Oui ! N’oubliez pas ceci : Jésus pardonne tout et pardonne toujours et nous devons avoir l’humilité de demander le pardon. “Pardonne-moi, Seigneur, j’ai mal agi. Je suis faible. La vie m’a mis en difficulté mais tu pardonnes tout. Je voudrais changer de vie et tu m’aides”. Mais je n’ai pas bien entendu, est-ce vrai qu’il pardonne tout ? [réponse : oui] Eh bien, n’oubliez pas cela.

Le problème est le suivant : qui est le Saint-Esprit ? Eh, ce n’est pas facile, parce que l’Esprit Saint est Dieu, il est en nous. Nous recevons l’Esprit Saint par le baptême, nous le recevons par les sacrements. L’Esprit Saint est celui qui nous accompagne dans la vie. On le pense et on le dit ensemble : “L’Esprit Saint nous accompagne dans la vie”. Tous ensemble : “L’Esprit Saint nous accompagne dans la vie”. Il est celui qui nous dit dans nos cœurs les bonnes choses que nous devons faire. Encore une fois : “L’Esprit Saint nous accompagne dans la vie”. Il est celui qui, lorsque nous faisons quelque chose de mal, nous réprimande intérieurement. “L’Esprit Saint…” Avez-vous oublié, je n’entends pas… Une autre fois ! L’Esprit Saint est celui qui nous donne la force, qui nous console dans les difficultés. Ensemble : “L’Esprit Saint nous accompagne dans la vie”.

Alors, chers frères et sœurs, garçons et filles, nous sommes tous heureux parce que nous croyons. La foi nous rend heureux. Et nous croyons en Dieu qui est “Père, Fils et Saint-Esprit”. Tous ensemble : “Père, Fils et Saint-Esprit”. Le Père qui nous a créés, Jésus qui nous a sauvés, et le Saint-Esprit qui fait quoi ?

Merci beaucoup, mais pour être sûrs, nous chrétiens, nous avons aussi une maman. Comment s’appelle notre maman ? Quel est le nom de notre Mère du ciel ? [réponse : Marie] Vous savez prier la Vierge Marie ? [réponse : oui] Vous êtes sûrs ? Faisons-le maintenant, je veux entendre… [ils récitent l’Ave Maria] Bons garçons et bonnes filles, bons garçons et bonnes filles, vous êtes bons. Le Père nous a créés, le Fils nous a sauvés et qu’a fait l’Esprit Saint ? Bravo ! Que Dieu vous bénisse, priez pour nous, pour que nous puissions aller de l’avant, nous tous, priez pour vos parents, priez pour vos grands-parents, priez pour les enfants malades. Il y a ici, derrière moi, beaucoup d’enfants malades. Priez toujours et surtout priez pour la paix, pour qu’il n’y ait pas de guerres. Nous continuons maintenant la messe, mais n’oublions pas ce qu’a fait l’Esprit Saint ? Bravo ! En avant !

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Place Saint-Pierre, XXVIIe dimanche du Temps ordinaire, 5 octobre 2025

Chers frères et sœurs,

Nous célébrons aujourd’hui le Jubilé du Monde missionnaire et des Migrants. C’est une belle occasion de raviver en nous la conscience de notre vocation missionnaire, qui naît du désir d’apporter à tous la joie et la consolation de l’Évangile, en particulier à ceux qui vivent une histoire difficile et blessée. Je pense en particulier à nos frères migrants, qui ont dû quitter leur terre, souvent en laissant leurs proches, traversant des nuits de peur et de solitude, vivant dans leur chair la discrimination et la violence.

Nous sommes ici parce que, près de la tombe de l’apôtre Pierre, chacun de nous doit pouvoir dire avec joie : toute l’Église est missionnaire, et il est urgent – comme l’a affirmé le Pape François – qu’elle « sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 23).

L’Esprit nous envoie poursuivre l’œuvre du Christ dans les périphéries du monde, parfois marquées par la guerre, l’injustice et la souffrance. Face à ces scénarios sombres, resurgit le cri qui s’est souvent élevé vers Dieu au cours de l’histoire : pourquoi, Seigneur, n’interviens-tu pas ? Pourquoi sembles-tu absent ? Ce cri de souffrance est une forme de prière qui traverse toute l’Écriture et, ce matin, nous l’avons entendu chez le prophète Habacuc : « Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? […] Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? » (Ha 1, 1.3).

Le Pape Benoît XVI, qui avait recueilli ces questions lors de sa visite historique à Auschwitz, est revenu sur ce thème dans une catéchèse, affirmant : « Dieu se tait, et ce silence déchire l’âme de l’orant, qui appelle sans cesse, mais sans trouver de réponse. […] Dieu semble si distant, si distrait, si absent » (Catéchèse, 14 septembre 2011).

La réponse du Seigneur, cependant, nous ouvre à une espérance. Si le prophète dénonce la force inéluctable du mal qui semble prévaloir, le Seigneur, quant à lui, annonce que tout cela aura une fin, une échéance, car le salut viendra et ne tardera pas : « Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité » (Ha 2, 4).

Il y a donc une vie, une nouvelle possibilité de vie et de salut qui vient de la foi, car elle nous aide non seulement à résister au mal en persévérant dans le bien, mais elle transforme notre existence au point d’en faire un instrument du salut que Dieu veut encore aujourd’hui opérer dans le monde. Et, comme Jésus le dit dans l’Évangile, il s’agit d’une force douce : la foi ne s’impose pas par la puissance et de manière extraordinaire ; il suffit d’un grain de sénevé pour faire des choses impensables (cf. Lc 17, 6), car il porte en lui la force de l’amour de Dieu qui ouvre les voies du salut.

C’est un salut qui se réalise lorsque nous nous engageons personnellement et que nous prenons soin, avec la compassion de l’Évangile, de la souffrance de notre prochain ; c’est un salut qui se fraye un chemin, silencieux et apparemment inefficace, dans les gestes et les paroles quotidiennes, qui deviennent comme la petite graine dont nous parle Jésus ; c’est un salut qui grandit lentement lorsque nous nous faisons “serviteurs inutiles”, c’est-à-dire lorsque nous nous mettons au service de l’Évangile et de nos frères sans rechercher nos propres intérêts, mais uniquement pour apporter l’amour du Seigneur dans le monde.

Avec cette confiance, nous sommes appelés à renouveler en nous le feu de la vocation missionnaire. Comme l’affirmait saint Paul VI, « il nous appartient de proclamer l’Évangile en ce moment extraordinaire de l’histoire humaine, une époque vraiment sans précédent, où des sommets du progrès jamais atteints auparavant s’associent à des abîmes de perplexité et de désespoir, eux aussi sans précédent » (Message pour la Journée missionnaire mondiale, 25 juin 1971).

Frères et sœurs, aujourd’hui s’ouvre une nouvelle ère missionnaire dans l’histoire de l’Église.

Si, pendant longtemps, nous avons associé la mission au “départ”, au fait de partir vers des terres lointaines qui n’avaient pas connu l’Évangile ou qui vivaient dans la pauvreté, aujourd’hui, les frontières de la mission ne sont plus géographiques, car la pauvreté, la souffrance et le désir d’une plus grande espérance viennent à nous. En témoignent l’histoire de tant de nos frères migrants, le drame de leur fuite devant la violence, la souffrance qui les accompagne, la peur de ne pas y arriver, le risque de traversées périlleuses le long des côtes, leur cri de douleur et de désespoir : frères et sœurs, ces bateaux qui espèrent apercevoir un port sûr où s’arrêter et ces yeux chargés d’angoisse et d’espérance qui cherchent une terre ferme où accoster, ne peuvent et ne doivent pas trouver la froideur de l’indifférence ni la stigmatisation de la discrimination !

Il ne s’agit pas tant de “partir” que de “rester” pour annoncer le Christ à travers l’accueil, la compassion et la solidarité : rester sans nous réfugier dans le confort de notre individualisme, rester pour regarder en face ceux qui arrivent de terres lointaines et tourmentées, rester pour leur ouvrir les bras et le cœur, les accueillir comme des frères, être pour eux une présence de consolation et d’espérance.

Il y a beaucoup de missionnaires, mais aussi de croyants et de personnes de bonne volonté qui travaillent au service des migrants et pour promouvoir une nouvelle culture de la fraternité sur le thème de la migration, au-delà des stéréotypes et des préjugés. Mais ce précieux service interpelle chacun d’entre nous, dans la mesure de ses modestes possibilités : le moment est venu, comme l’affirmait le pape François, de nous mettre tous dans un « état permanent de mission » (Evangelii gaudium, n. 25).

Tout cela exige au moins deux grands engagements missionnaires : la coopération missionnaire et la vocation missionnaire.

Tout d’abord, je vous demande de promouvoir une coopération missionnaire renouvelée entre les Églises. Dans les communautés de tradition chrétienne ancienne comme celles d’Occident, la présence de nombreux frères et sœurs du Sud du monde doit être saisie comme une opportunité d’échange qui renouvelle le visage de l’Église et suscite un christianisme plus ouvert, plus vivant et plus dynamique. En même temps, chaque missionnaire qui part pour d’autres terres est appelé à habiter les cultures qu’il rencontre avec un respect sacré, en orientant vers le bien tout ce qu’il trouve de bon et de noble, et en y apportant la prophétie de l’Évangile.

Je voudrais ensuite rappeler la beauté et l’importance des vocations missionnaires. Je m’adresse en particulier à l’Église européenne : aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouvel élan missionnaire, de laïcs, de religieux et de prêtres qui offrent leur service dans les terres de mission, de nouvelles propositions et expériences vocationnelles capables de susciter ce désir, en particulier chez les jeunes.

Chers amis, j’adresse avec affection ma bénédiction au clergé local des Églises particulières, aux missionnaires et à ceux qui sont en discernement vocationnel. Aux migrants, je dis : soyez toujours les bienvenus ! Les mers et les déserts que vous avez traversés sont, dans l’Écriture, des “lieux de salut”, où Dieu s’est rendu présent pour sauver son peuple. Je vous souhaite de trouver ce visage de Dieu dans les missionnaires que vous rencontrerez !

Je vous confie tous à l’intercession de Marie, première missionnaire de son Fils, qui marche avec hâte vers les montagnes de Judée, portant Jésus dans son sein et se mettant au service d’Élisabeth. Qu’elle nous soutienne, afin que chacun de nous devienne collaborateur du Royaume du Christ, Royaume d’amour, de justice et de paix.

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Chers frères et sœurs, bonjour, Bienvenue !

Nous poursuivons notre catéchèse sur l’Esprit Saint qui guide l’Église vers le Christ, notre espérance. Lui est le guide. La dernière fois, nous avons contemplé l’œuvre de l’Esprit dans la création ; aujourd’hui, nous la voyons dans la révélation, dont la Sainte Écriture est un témoignage qui fait autorité et qui est inspiré par Dieu.

La deuxième lettre de Saint Paul à Timothée contient cette affirmation : « Toute l’Écriture est inspirée de Dieu » (3,16). Et un autre passage du Nouveau Testament dit : « Animés par l’Esprit Saint, ces hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 P 1,21). Ceci est la doctrine de l’inspiration divine des Écritures que nous proclamons comme article de foi dans le Credo, lorsque nous disons que le Saint-Esprit « a parlé par les prophètes ». L’inspiration divine de la Bible.

L’Esprit Saint, qui a inspiré les Écritures, est aussi celui qui les explique et les rend éternellement vivantes et actives. D’inspirées, il les rend inspirantes. « Les Saintes Écritures, inspirées par Dieu – écrit le Concile Vatican II – et consignées une fois pour toutes par écrit, elles communiquent immuablement la Parole de Dieu lui-même et font résonner dans les paroles des prophètes et des Apôtres la voix de l’Esprit Saint » (n° 21). L’Esprit Saint poursuit ainsi, dans l’Église, l’action de Jésus Ressuscité qui, après Pâques, « ouvrit l’intelligence des disciples à la compréhension des Écritures » (cf. Lc 24, 45).

Il peut arriver, en effet, qu’un passage de l’Écriture, que nous avons lu tant de fois sans émotion particulière, nous le lisions un jour dans un climat de foi et de prière, et alors ce texte s’illumine soudain, il nous parle, il éclaire un problème que nous vivons, il rend claire la volonté de Dieu pour nous dans une certaine situation. À quoi ce changement est-il dû, sinon à une illumination de l’Esprit Saint ? Les paroles de l’Écriture, sous l’action de l’Esprit, deviennent lumineuses ; et dans les cas que nous touchons de nos propres mains, combien est vraie l’affirmation de la Lettre aux Hébreux : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; […] » (4,12).

Frères et sœurs, l’Église se nourrit de la lecture spirituelle de l’Écriture Sainte, c’est-à-dire de la lecture faite sous la conduite de l’Esprit Saint qui l’a inspirée. En son centre, comme un phare qui illumine tout, se trouve l’événement de la mort et la résurrection du Christ, qui accomplit le plan du salut, réalise toutes les figures et les prophéties, dévoile tous les mystères cachés et offre la vraie clé de lecture de toute la Bible. La mort et la résurrection du Christ sont le phare qui éclaire toute la Bible, et qui éclaire aussi notre vie. L’Apocalypse décrit tout cela avec l’image de l’Agneau brisant les sceaux du livre “écrit au-dedans et à l’extérieur, scellé de sept sceaux” (cf. 5,1-9), c’est-à-dire l’Écriture de l’Ancien Testament. L’Église, Épouse du Christ, est l’interprète autorisé du texte de l’Écriture inspiré, l’Église est la médiatrice de sa proclamation authentique. Comme l’Église est dotée de l’Esprit Saint – pour cela elle est interprète -, elle est « le pilier et le soutien de la vérité » (1 Tm 3,15). Pourquoi ? Parce qu’elle est inspirée, gardée ferme par l’Esprit Saint. L’Église a pour tâche d’aider les fidèles et tous ceux qui cherchent la vérité à interpréter correctement les textes bibliques.

Une façon de faire une lecture spirituelle de la Parole de Dieu est ce qu’on appelle la Lectio Divina, une parole dont nous ne comprenons peut-être pas bien la signification. Elle consiste à consacrer un moment de la journée à la lecture personnelle et méditative d’un passage de l’Écriture. Et ceci est très important : chaque jour, prends un temps pour écouter, pour méditer, en lisant un passage de l’Ecriture. Et pour cela, je vous recommande d’avoir toujours un Évangile de poche et de le porter dans votre sac, dans vos poches… Ainsi, quand vous voyagez ou quand vous êtes un peu libre, vous le prenez et vous lisez… Cela est très important pour la vie. Prenez un Évangile de poche et, au cours de la journée, lisez-le une fois, deux fois, quand l’opportunité se présente. Mais la lecture spirituelle de l’Écriture par excellence est la lecture communautaire qui se fait dans la Liturgie dans la Sainte Messe. C’est là que nous voyons comment un événement ou un enseignement, donné dans l’Ancien Testament, trouve son plein accomplissement dans l’Évangile du Christ. Et l’homélie, ce commentaire que fait le célébrant, doit aider à faire passer la Parole de Dieu du livre à la vie. Mais l’homélie doit être courte : une image, une pensée, un sentiment. L’homélie ne doit pas durer plus de huit minutes, parce qu’au-delà, l’attention se perd et les gens s’endorment, et avec raison. Une homélie doit être ainsi. Et c’est ce que je veux dire aux prêtres, qui parlent beaucoup, très souvent, et l’on ne comprend pas ce dont ils parlent. Une homélie brève : une pensée, un sentiment et une indication pour l’action, pour le comment faire. Pas plus de huit minutes. Parce que l’homélie doit aider à transférer la Parole de Dieu du livre à la vie. Et parmi les nombreuses paroles de Dieu que nous entendons chaque jour à la Messe ou dans la Liturgie des Heures, il y en a toujours une qui nous est spécialement destinée. Quelque chose qui touche le cœur. Si nous l’accueillons dans le cœur, elle peut illuminer notre journée, animer notre prière. Encore faut-il ne pas la laisser tomber dans le vide !

Terminons par une pensée qui peut nous aider à aimer la Parole de Dieu. Comme certains morceaux de musique, l’Écriture Sainte a aussi une note sous-jacente qui l’accompagne du début à la fin, et cette note, c’est l’amour de Dieu. « Toute la Bible – observe saint Augustin – ne fait que raconter l’amour de Dieu » [1]. Et saint Grégoire le Grand appelle l’Écriture « une lettre du Dieu tout-puissant à sa créature », comme une lettre de l’Époux à son épouse, et nous exhorte à « apprendre à connaître le cœur de Dieu dans les paroles de Dieu » [2]. « Par cette révélation – dit encore Vatican II – le Dieu invisible, s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis et il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie » ( Dei Verbum, 2).

Chers frères et sœurs, continuez à lire la Bible ! Mais n’oubliez pas l’Évangile de poche : le porter dans le sac, dans la poche, et en lire un passage à un moment de la journée. Cela vous rapprochera beaucoup de l’Esprit Saint qui est dans la Parole de Dieu. Que l’Esprit Saint, qui a inspiré les Ecritures et qui maintenant souffle à partir des Ecritures, nous aide à saisir cet amour de Dieu dans les situations concrètes de notre vie. Je vous remercie.

[1] De catechizandis rudibus, I, 8, 4: PL 40, 319.

[2] Registrum Epistolarum, V, 46 (ed. Ewald-Hartmann, pp. 345-346).

 

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Place Saint-Pierre, mercredi 22 octobre 2025

Jésus-Christ notre espérance IV. La résurrection du Christ et les défis du monde actuel – 2. La résurrection du Christ, réponse à la tristesse de l’être humain

Chers frères et sœurs, bonjour ! Et bienvenu à tous !

La résurrection de Jésus-Christ est un événement que l’on ne cesse jamais de contempler et de méditer, et plus on l’approfondit, plus on s’émerveille, plus on est attiré, comme par une lumière insoutenable mais fascinante. C’est une explosion de vie et de joie qui a changé le sens de toute la réalité, du négatif au positif ; cependant, elle ne s’est pas produite de manière retentissante, encore moins violente, mais douce, cachée, on pourrait dire humble.

Aujourd’hui, nous réfléchirons à la manière dont la résurrection du Christ peut guérir l’une des maladies de notre temps : la tristesse. Envahissante et répandue, la tristesse accompagne les journées de tant de personnes. C’est un sentiment de précarité, parfois de profond désespoir, qui envahit l’espace intérieur et semble l’emporter sur tout élan de joie.

La tristesse enlève sens et vigueur à la vie, qui devient comme un voyage sans direction ni signification. Cette expérience très actuelle nous renvoie à la célèbre histoire des deux disciples d’Emmaüs dans l’Évangile de Luc (24, 13-29). Déçus et découragés, ils quittent Jérusalem, laissant derrière eux les espoirs placés en Jésus, crucifié et enseveli. Dans les premières lignes, cet épisode montre un paradigme de la tristesse humaine : la fin de l’objectif sur lequel on a investi tant d’énergie, la destruction de ce qui semblait être l’essentiel de la vie. L’espoir s’est évanoui, la désolation s’est emparée du cœur. Tout a implosé en très peu de temps, entre le vendredi et le samedi, dans une dramatique succession d’événements.

Le paradoxe est vraiment emblématique : ce triste parcours de défaite et de retour à l’ordinaire se déroule le même jour que la victoire de la lumière, de la Pâque pleinement consommée. Les deux hommes tournent le dos au Golgotha, à la terrible scène de la croix encore gravée dans leurs yeux et dans leurs cœurs. Tout semble perdu. Il faut retourner à sa vie d’avant, en faisant profil bas, en espérant ne pas être reconnu.

À un moment donné, un voyageur rejoint les deux disciples, peut-être l’un des nombreux pèlerins qui se sont rendus à Jérusalem pour Pâques. C’est Jésus ressuscité, mais ils ne le reconnaissent pas. La tristesse voile leur regard, annihile la promesse que le Maître a faite à plusieurs reprises : qu’il serait tué et que le troisième jour il ressusciterait. L’inconnu s’approche et s’intéresse à ce qu’ils disent. Le texte dit que les deux « s’arrêtèrent, le visage triste » (Lc 24,17). L’adjectif grec utilisé décrit une tristesse intégrale : sur leurs visages transparaît la paralysie de l’âme.

Jésus les écoute, les laisse exprimer leur déception. Puis, avec une grande franchise, il leur reproche d’être « sans intelligence et lents de cœur à croire à tout ce qu’ont dit les prophètes » (v. 25) et, à travers les Écritures, il montre que le Christ devait souffrir, mourir et ressusciter. Dans le cœur des deux disciples, la chaleur de l’espérance se rallume et, alors que le soir tombe et qu’ils arrivent à destination, ils invitent leur mystérieux compagnon à rester avec eux.

Jésus accepte et se met à table avec eux. Il prend le pain, le rompt et l’offre. À ce moment-là, les deux disciples le reconnaissent… mais il disparaît immédiatement de leur vue (v. 30-31). Le geste du pain rompu rouvre les yeux du cœur, illumine à nouveau la vue obscurcie par le désespoir. Et alors tout devient clair : le chemin partagé, la parole tendre et forte, la lumière de la vérité… Aussitôt, la joie se ravive, l’énergie circule à nouveau dans les membres fatigués, la mémoire devient gratitude. Et tous deux se hâtent de retourner à Jérusalem, pour tout raconter aux autres.

« Le Seigneur est vraiment ressuscité » (cf. v. 34). Dans cet adverbe, vraiment, s’accomplit sûrement notre histoire d’êtres humains. Ce n’est pas un hasard si c’est la salutation que les chrétiens échangent le jour de Pâques. Jésus n’est pas ressuscité avec des paroles, mais avec des faits, avec son corps qui conserve les marques de la passion, le sceau éternel de son amour pour nous. La victoire de la vie n’est pas un vain mot, mais un fait réel et concret.

Que la joie inattendue des disciples d’Emmaüs soit pour nous un doux rappel dans les moments difficiles. C’est le Ressuscité qui change radicalement la perspective, répandant l’espérance qui remplit le vide de la tristesse. Sur les sentiers du cœur, le Ressuscité marche avec nous et pour nous. Il témoigne de la défaite de la mort, il affirme la victoire de la vie, malgré les ténèbres du Calvaire. L’histoire a encore beaucoup à espérer en bien.

Reconnaître la Résurrection signifie changer notre regard sur le monde : revenir à la lumière pour reconnaître la Vérité qui nous a sauvés et qui nous sauve. Sœurs et frères, restons vigilants chaque jour dans l’émerveillement de la Pâque de Jésus ressuscité. Lui seul rend possible l’impossible !

* * *

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins venus de Suisse, de Belgique, du Canada, de France, spécialement des diocèses de Marseille, de Pontoise, Rouen, de Chartres, de Coutances et Avranches, avec leurs Pasteurs respectifs.

Frères et sœurs, adressons-nous fréquemment à Notre Dame du Rosaire en ce mois d’octobre qui lui est dédié. Demeurons vigilants chaque jour dans l’émerveillement de la Pâque de Jésus ressuscité, Lui qui rend possible l’impossible.

Que Dieu vous bénisse !

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Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons nos catéchèses ; le thème que nous avons choisi est : “La passion d’évangéliser, le zèle apostolique”. Parce qu’évangéliser, ce n’est pas dire : « Regarde, blablabla » et rien de plus ; il y a une passion qui mobilise tout : l’esprit, le cœur, les mains, aller… tout, toute la personne est impliquée dans cette proclamation de l’Évangile, et c’est pourquoi nous parlons de passion d’évangéliser. Après avoir vu en Jésus le modèle et le maître de l’annonce, passons aujourd’hui aux premiers disciples, à ce que les disciples ont fait. L’Évangile dit que Jésus « en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3, 14) deux choses : pour qu’ils restent avec Lui et les envoyer prêcher. Il y a un aspect qui semble contradictoire : Il les invite pour être avec Lui et pour qu’ils aillent prêcher. On dirait : soit l’un, soit l’autre, soit rester, soit aller. Pourtant non : pour Jésus, on ne peut aller sans rester et inversement on ne peut rester sans aller. Ce n’est pas facile à comprendre, mais c’est ainsi. Cherchons de comprendre un peu quel est le sens dans lequel Jésus exprime ces choses.

Tout d’abord, on ne peut aller sans rester : avant d’envoyer les disciples en mission, le Christ – dit l’Évangile – « les appelle à lui » (cf. Mt 10,1). L’annonce naît de la rencontre avec le Seigneur ; toute activité chrétienne, et surtout la mission, part de là. On n’apprend pas dans une académie : non ! Cela commence par la rencontre avec le Seigneur. Témoigner de Lui, en effet, signifie Le rayonner ; mais, si nous ne recevons pas Sa lumière, nous serons éteints ; si nous ne Le fréquentons pas, nous porterons nous-même au lieu de Lui – je me porte moi-même et non Lui -, et cela sera totalement vain. Donc, peut porter l’Évangile de Jésus la personne qui reste avec Lui. Celui qui ne reste pas avec Lui ne peut pas porter l’Evangile. Il apportera des idées, mais pas l’Évangile. De même, cependant, on ne peut rester sans aller. En effet, suivre le Christ n’est pas un acte intimiste : sans annonce, sans service, sans mission, la relation avec Jésus ne croît pas. Notons que dans l’Évangile, le Seigneur envoie les disciples avant d’avoir achevé leur préparation : peu après les avoir appelés, il les envoie déjà ! Cela signifie que l’expérience de la mission fait partie de la formation chrétienne. Rappelons alors ces deux moments constitutifs pour tout disciple : rester avec Jésus et aller, envoyés par Jésus.

Après avoir appelé les disciples à lui et avant de les envoyer, le Christ leur adresse un discours, connu comme le « discours missionnaire » – c’est ainsi qu’on le définit dans l’Evangile. Il se trouve au chapitre 10 de l’Évangile de Matthieu et est comme la  » constitution  » de l’annonce. De ce discours, dont je vous recommande la lecture aujourd’hui – c’est une petite page seulement de l’Evangile -, je tire trois aspects : pourquoi annoncer, quoi annoncer et comment annoncer.

Pourquoi annoncer. La motivation réside dans cinq paroles de Jésus, qu’il est bon de rappeler : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (v. 8). Cela fait cinq mots. Mais pourquoi annoncer ? Parce que j’ai reçu gratuitement et que je dois donner gratuitement. L’annonce ne part pas de nous, mais de la beauté de ce que nous avons reçu gratuitement, sans mérite : rencontrer Jésus, le connaître, découvrir que nous sommes aimés et sauvés. C’est un don si grand que nous ne pouvons le garder pour nous, nous ressentons le besoin de le répandre ; mais dans le même style, c’est-à-dire dans la gratuité. En d’autres termes : nous avons un don, nous sommes donc appelés à nous faire don ; nous avons reçu un don et notre vocation est de nous transformer en don pour les autres ; nous éprouvons la joie d’être enfants de Dieu, elle doit être partagée avec nos frères et sœurs qui ne la connaissent pas encore ! C’est cela la justification de l’annonce. Aller et porter la joie de ce que nous avons reçu.

Deuxièmement : Quoi, donc, annoncer ? Jésus dit : « proclamez que le royaume des Cieux est tout proche  » (v. 7). Voici ce qu’il faut dire, avant tout et en tout : Dieu est proche. Mais n’oubliez jamais ceci : Dieu a toujours été proche du peuple, Il le dit Lui-même au peuple. Il dit : « Regardez, quel Dieu est aussi proche des nations comme je le suis de vous ? ». La proximité est l’une des choses les plus importantes de Dieu. Il y a trois choses importantes : la proximité, la miséricorde et la tendresse. Il ne faut pas l’oublier. Qui est Dieu ? Le Proche, le Tendre, le Miséricordieux. Telle est la réalité de Dieu. Dans la prédication, nous incitons souvent les gens à faire quelque chose, et c’est bien, mais n’oublions pas que le message principal est que Lui est proche : proximité, miséricorde et tendresse. Accueillir l’amour de Dieu est plus difficile parce que nous voulons toujours être au centre, nous voulons être protagonistes, nous sommes plus enclins à faire qu’à nous laisser modeler, à parler qu’à écouter. Mais, si ce que nous faisons passe en premier, nous serons encore les protagonistes. Au contraire, l’annonce doit donner la primauté à Dieu : laisser la primauté à Dieu, Dieu au premier plan, et donner aux autres l’opportunité de l’accueillir, de se rendre compte qu’il est proche. Et moi, derrière.

Troisième point : comment annoncer. C’est l’aspect sur lequel Jésus s’attarde le plus : comment annoncer, quelle est la méthode, quelle doit être le langage pour annoncer ; c’est significatif : il nous dit que la manière, le style est essentiel dans le témoignage. Le témoignage n’implique pas seulement l’esprit et le fait de dire quelque chose, des concepts : non. Il implique tout, l’esprit, le cœur, les mains, tout, les trois langages de la personne : le langage de la pensée, le langage de l’affection et le langage de l’action. Les trois langages. On ne peut pas évangéliser seulement avec l’esprit ou seulement avec le cœur ou seulement avec les mains. Tout participe. Et, dans le style, l’important est le témoignage, comme le veut Jésus. Il dit ceci :  » Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups  » (v. 16). Il ne nous demande pas d’être capables d’affronter les loups, c’est-à-dire d’être capables d’argumenter, de contre-argumenter et de nous défendre : non. Nous penserions ainsi : devenons pertinents, nombreux, prestigieux, et le monde nous écoutera et nous respectera et nous vaincrons les loups : non, ce n’est pas ainsi. Non, je vous envoie comme des brebis, comme des agneaux – voilà ce qui est important. Si tu ne veux pas être brebis, le Seigneur ne te défendra pas contre les loups. Arrange-toi comme tu peux. Mais si tu es brebis, sois assuré que le Seigneur te défendra contre les loups. Être humbles. Il nous demande d’être ainsi, d’être doux et avec le désir d’être innocents, d’être prêts au sacrifice ; c’est ce que représente en fait l’agneau : douceur, innocence, dévouement, tendresse. Et Lui, le berger, reconnaîtra ses agneaux et les protégera des loups. Au lieu de cela, des agneaux déguisés en loups sont démasqués et malmenés. Un Père de l’Église écrivait : « Tant que nous serons des agneaux, nous vaincrons, et même si nous sommes entourés de nombreux loups, nous les vaincrons. Mais si nous devenons des loups, nous serons vaincus, car nous serons privés de l’aide du berger. Il ne fait pas paître les loups, mais les agneaux » (Saint Jean Chrysostome, Homélie 33 sur l’Évangile de Matthieu). Si je veux être au Seigneur, je dois laisser que Lui soit mon berger, et Lui n’est pas un berger de loups, Il est un berger d’agneaux, doux, humbles, agréables au Seigneur.

Toujours sur comment annoncer, il est frappant de constater que Jésus, au lieu de prescrire ce qu’il faut apporter en mission, dit ce qu’il ne faut pas apporter. Parfois, on voit quelque apôtre, une personne qui déménage, un chrétien qui dit qu’il est apôtre et qu’il a donné sa vie au Seigneur, et il emporte tant de bagages : mais ce n’est pas du Seigneur, le Seigneur te déleste de l’équipage et te dit ce qu’il ne faut pas emporter : « Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac de voyage, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton » (v. 9-10). Ne rien emporter. Il dit de ne pas s’appuyer sur les sécurités matérielles, d’aller dans le monde sans mondanité. Voilà ce qu’il faut dire : je vais dans le monde non pas avec le style du monde, non pas avec les valeurs du monde, non pas avec la mondanité – pour l’Église, tomber dans la mondanité est le pire qui puisse arriver. J’y vais avec simplicité. Voilà comment on annonce : en montrant Jésus plutôt qu’en parlant de Jésus. Et comment montrons-nous Jésus ? Par notre témoignage. Et enfin, en allant ensemble en communauté : le Seigneur envoie tous les disciples, mais personne ne va seul. L’Église apostolique est toute missionnaire et dans la mission elle retrouve son unité. Donc : aller doux et bons comme des agneaux, sans mondanité, et aller ensemble. C’est là que se trouve la clé de l’annonce, voilà la clé du succès de l’évangélisation. Accueillons ces invitations de Jésus : que ses paroles soient notre point de référence.

Source : vatican.va
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Méditation :

 

« Qu’est-ce que la vérité ? » demande Pilate à Jésus. Jésus lui-même n’a pas répondu à cette question dans l’Évangile ! Si Jésus ne répond pas, c’est peut-être que la réponse n’est pas théorique. On ne peut pas y répondre sur un plan purement conceptuel. La question de la vérité, et la réponse, ne peuvent s’élaborer que dans une relation. Jésus est la vérité. Oui, mais quand Il affirme : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », il affirme qu’il faut considérer les trois mots ensemble. La vérité est au centre, elle est encadrée par le chemin et par la vie. Autrement dit, la vérité se révèle sur un chemin, celui de l’existence et celui de l’Évangile.

La vérité est une personne avec laquelle nous sommes en relation, par la prière, par l’Évangile, par le chemin parcouru a ses côtés. Mais nous ne possédons pas cette vérité : nous la fréquentons. Le chemin qui y conduit est donc celui de l’Évangile où Jésus se dévoile comme la Vie des hommes  !

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La nuit s’achève et les premières lueurs de l’aube apparaissent lorsque les femmes se mettent en route vers le tombeau de Jésus. Elles avancent incertaines, perdues, le cœur déchiré par la douleur de la mort qui a emporté le Bien-Aimé. Mais en arrivant sur place et voyant le tombeau vide, elles rebroussent chemin, elles changent de route. Elles quittent le tombeau et courent annoncer aux disciples un chemin nouveau : Jésus est ressuscité et les attend en Galilée. Dans la vie de ces femmes, la Pâques, qui signifie passage, a eu lieu. En effet, elles passent de la marche triste vers le tombeau à la course joyeuse vers les disciples, pour leur dire non seulement que le Seigneur est ressuscité, mais qu’une destination est à atteindre immédiatement, la Galilée. C’est là qu’a lieu le rendez-vous avec le Ressuscité. La renaissance des disciples, la résurrection de leur cœur passe par la Galilée. Entrons, nous aussi, dans cette marche des disciples qui va du tombeau à la Galilée.

Les femmes, dit l’Évangile, « vinrent pour regarder le sépulcre » (Mt 28, 1). Elles pensent que Jésus se trouve au lieu de la mort et que tout est fini pour toujours. Il nous arrive parfois aussi de penser que la joie de la rencontre avec Jésus appartient au passé, alors que dans le présent nous connaissons surtout des tombes scellées : celles de nos déceptions, de nos amertumes et de nos découragements, celles du “il n’y a plus rien à faire”, “les choses ne changeront jamais”, “mieux vaut vivre au jour le jour” parce que “du lendemain, il n’y a pas de certitude”. Nous aussi, si nous avons été rongés par le chagrin, opprimés par la tristesse, humiliés par le péché, aigris par un échec ou assaillis par des soucis, nous avons connu le goût amer de la lassitude et nous avons vu s’éteindre la joie de notre cœur.

Parfois, nous avons simplement ressenti la difficulté de bien gérer le quotidien, fatigués de prendre des risques personnels face au mur de caoutchouc d’un monde où les lois du plus malin et du plus forts semblent toujours prévaloir. D’autres fois, nous nous sommes sentis impuissants et découragés face à la puissance du mal, aux conflits qui déchirent les relations, aux logiques du calcul et de l’indifférence qui semblent gouverner la société, au cancer de la corruption –il y en a beaucoup -, à la propagation de l’injustice, aux vents glacés de la guerre. Il se peut aussi que nous ayons été confrontés à la mort, parce qu’elle nous a arraché la douce présence de nos proches, ou parce qu’elle nous a frôlés dans la maladie ou dans les calamités, et que nous ayons été facilement en proie à la déception et que la source de l’espérance se soit tarie. Ainsi, en raison de ces situations ou d’autres encore – chacun de nous connaît les siennes -, nos chemins s’arrêtent devant des tombes, et nous restons immobiles à pleurer et à regretter, seuls et impuissants à nous répéter nos “pourquoi”. Cette chaine des “pourquoi”…

Au contraire, les femmes de Pâques ne sont pas restées paralysées devant un tombeau, mais, nous dit l’Évangile, « elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples » (v. 8). Elles apportent la nouvelle qui changera à jamais la vie et l’histoire : le Christ est ressuscité ! (cf. v. 6). Et, en même temps, elles gardent et transmettent la recommandation du Seigneur, son invitation aux disciples : qu’ils aillent en Galilée, car c’est là qu’ils le verront (cf. v. 7). Mais, frères et sœurs, nous nous demandons aujourd’hui : que signifie aller en Galilée ? Deux choses : d’une part, sortir de la fermeture du cénacle pour aller dans la région habitée par les peuples (cf. Mt 4,15), sortir de la clandestinité pour s’ouvrir à la mission, échapper à la peur pour marcher vers l’avenir. Et d’autre part – et c’est très beau -, cela signifie revenir aux origines, car c’est précisément en Galilée que tout a commencé. C’est là que le Seigneur avait rencontré et appelé les disciples pour la première fois. Aller en Galilée, c’est revenir donc à la grâce originelle, c’est retrouver la mémoire qui régénère l’espérance, la “mémoire de l’avenir” dont nous avons été marqués par le Seigneur Ressuscité.

Voilà donc ce que fait la Pâque du Seigneur : elle nous pousse à avancer, à sortir du sentiment de défaite, à rouler la pierre des tombeaux dans lesquels nous enfermons souvent l’espérance, à regarder l’avenir avec confiance, parce que le Christ est ressuscité et a changé le cours de l’histoire ; mais, pour cela, la Pâque du Seigneur nous ramène à notre passé de grâce, elle nous fait retourner en Galilée, là où notre histoire d’amour avec Jésus a commencé, où le premier appel a eu lieu. Elle nous demande de revivre ce moment, cette situation, cette expérience dans laquelle nous avons rencontré le Seigneur, fait l’expérience de son amour et reçu un regard nouveau et lumineux sur nous-mêmes, sur la réalité, sur le mystère de la vie. Frères et sœurs, pour ressusciter, pour recommencer, pour reprendre notre route, nous avons toujours besoin de retourner en Galilée, c’est-à-dire de retourner non pas à un Jésus abstrait, idéal, mais à la mémoire vivante, à la mémoire concrète, palpitante de notre première rencontre avec Lui. Oui, pour marcher, il faut se souvenir ; pour espérer, il faut nourrir la mémoire. Telle est l’invitation : souviens-toi et marche ! Si tu retrouves le premier amour, l’émerveillement et la joie de la rencontre avec Dieu, tu avanceras. Souviens-toi et marche.

Souviens-toi de ta Galilée et marche vers ta Galilée. C’est le “lieu” où tu as connu Jésus en personne, où pour toi Il n’est pas resté un personnage historique comme les autres, mais est devenu la personne de la vie : non pas un Dieu lointain, mais le Dieu proche, qui te connaît plus que tout autre et qui t’aime plus que n’importe qui. Frère, sœur, fais mémoire de la Galilée, de ta Galilée : de ton appel, de cette Parole de Dieu qui t’a parlé à un moment précis ; de cette forte expérience dans l’Esprit, de la plus grande joie du pardon ressentie après cette Confession, de ce moment de prière intense et inoubliable, de cette lumière qui s’est allumée à l’intérieur et qui a transformé ta vie, de cette rencontre, de ce pèlerinage… Chacun de nous sait où se trouve sa Galilée, chacun connaît son lieu de résurrection intérieure, le premier, le fondement, celui qui a changé les choses. Nous ne pouvons pas le laisser au passé, le Ressuscité nous invite à y aller pour faire la Pâque. Souviens-toi de ta Galilée, fais-en mémoire, ravive-la aujourd’hui. Retourne à cette première rencontre. Demande-toi comment c’était et quand c’était, reconstruis-en le contexte, l’époque et le lieu, éprouves-en de nouveau l’émotion et les sensations, revis-en les couleurs et les saveurs. Car c’est quand tu as oublié ce premier amour, c’est quand tu as oublié cette première rencontre, que la poussière a commencé à se déposer sur ton cœur. Et tu as connu la tristesse et, comme pour les disciples, tout t’a semblé sans perspective, avec un rocher pour sceller l’espérance. Mais aujourd’hui, frère et sœur, la force de Pâques invite à rouler les pierres de la déception et de la défiance ; le Seigneur, expert dans le renversement des pierres tombales du péché et de la peur, veut illuminer ta mémoire sainte, ton plus beau souvenir, rendre actuelle cette première rencontre avec Lui. Souviens-toi et marche : reviens à Lui, trouve en toi la grâce de la résurrection de Dieu ! Retourne en Galilée, retourne à ta Galilée.

Frères, sœurs, suivons Jésus en Galilée, rencontrons-le et adorons-le là où il attend chacun de nous. Ravivons la beauté du moment où, l’ayant découvert vivant, nous l’avons proclamé Seigneur de notre vie. Retournons en Galilée, la Galilée du premier amour : que chacun retourne dans sa Galilée, celle de la première rencontre, et ressuscitons à la vie nouvelle !

 

Source : vatican.va
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Jésus n’est pas un démagogue qui nous vend du rêve avec des affiches en couleur.

La mission, cela passe par des persécutions et par la croix, comme l’Evangile d’aujourd’hui le souligne : “Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire.” (Lc 12 8-12).

Mais dans ce monde manifestement hostile dans lequel nous sommes envoyés en mission, nous ne sommes pas seuls ! L’Esprit Saint est toujours là pour nous inspirer les mots et les attitudes qui consolent, encouragent et qui relèvent.

Il nous faut donc faire preuve de courage et de confiance dans l’annonce.

A ce titre, arrivant bientôt au terme de cette Semaine Missionnaire Mondiale, continuons à méditer avec le Pape François la parabole évangélique de l’invitation aux noces (Mt 22, 1-14). Ecouter notre Pape commenter le comportement des serviteurs du Roi envoyés pour inviter largement aux noces : “Comme on peut l’imaginer, ces serviteurs-messagers transmettaient l’invitation du souverain avec urgence mais aussi avec grand respect et gentillesse. La mission de porter l’Évangile à toute créature doit nécessairement prendre le style même de Celui qui est annoncé. Les disciples-missionnaires proclament au monde « la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 36), avec joie, magnanimité et bienveillance, fruits de l’Esprit Saint en eux (cf. Ga 5, 22) ; sans obligation, contrainte, prosélytisme ; toujours avec la proximité, la compassion et la tendresse qui reflètent la manière d’être et d’agir de Dieu.

Le voilà le “style” du missionnaire : inlassablement généreux, persévérant, joyeux, et dans l’invitation plutôt que la contrainte. Évangéliser, ce n’est pas faire du prosélytisme. Faisons nôtre cette parole de Ste Bernadette Soubirous : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire.« 

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L’Évangile nous présente Bartimée. C’est un aveugle contraint de mendier sur le bord de la route, un rejeté sans espérance qui, en entendant Jésus passer, se met à crier vers lui. C’est tout ce qu’il lui reste à faire : crier sa douleur et présenter à Jésus son désir de recouvrer la vue. Et, alors que tous lui font des reproches parce que sa voix les dérange, Jésus s’arrête. Dieu entend toujours le cri des pauvres, il n’ignore aucun cri de souffrance.

Aujourd’hui, au terme de l’Assemblée générale du Synode des évêques, alors que nos cœurs sont dans la gratitude pour ce que nous avons pu partager, nous nous arrêtons sur ce qui arrive à cet homme. Au début, il « mendiait, […] assis au bord du chemin » (Mc 10, 46), tandis qu’à la fin, après avoir été appelé par Jésus et avoir recouvré la vue, « il suivait Jésus sur le chemin » (v. 52).

La première chose que l’Évangile nous dit à propos de Bartimée est qu’il est assis en train de mendier. Sa position est typique d’une personne enfermée dans son chagrin, assise au bord de la route comme s’il n’y avait rien d’autre à faire que de recevoir quelque chose des pèlerins qui passent dans la ville de Jéricho à l’occasion de la Pâque. Mais, comme nous le savons, pour vivre vraiment, on ne peut pas rester assis : vivre, c’est toujours se mettre en mouvement, se mettre en route, rêver, faire des projets, s’ouvrir à l’avenir. L’aveugle Bartimée représente aussi cette cécité intérieure qui nous bloque, nous fait rester assis, nous rend immobiles sur les bords de la vie, sans espérance.

Et cela peut nous faire réfléchir non seulement sur notre vie personnelle, mais aussi sur le fait que nous sommes l’Église du Seigneur. Beaucoup de choses sur le chemin peuvent nous rendre aveugles, incapables de reconnaître la présence du Seigneur, non préparés à affronter les défis de la réalité, parfois incapables de savoir comment répondre aux nombreuses questions qui nous interpellent comme Bartimée l’a fait avec Jésus. Cependant, face aux questions des femmes et des hommes d’aujourd’hui, aux défis de notre temps, aux urgences de l’évangélisation et aux nombreuses blessures qui affligent l’humanité, sœurs et frères, nous ne pouvons pas rester assis. Une Église assise, qui, presque sans s’en rendre compte, se retire de la vie et se cantonne aux marges de la réalité, est une Église qui risque de rester dans l’aveuglement et de s’installer dans son propre mal-être. Et si nous restons assis dans notre aveuglement, nous continuons à ne pas voir nos urgences pastorales et les nombreux problèmes du monde dans lequel nous vivons. S’il vous plaît, demandons au Seigneur qu’il nous donne le Saint-Esprit afin que nous ne restions pas assis dans notre aveuglement, un aveuglement qui peut s’appeler mondanité, qui peut s’appeler confort, qui peut s’appeler un cœur fermé. Ne restons pas assis dans notre aveuglement.

Au contraire, souvenons-nous de ceci : le Seigneur passe, le Seigneur passe chaque jour, le Seigneur passe toujours et s’arrête toujours pour soigner notre cécité. Et moi, est-ce que je l’entends passer ? Ai-je la capacité d’entendre les pas du Seigneur ? Ai-je la capacité de discerner quand le Seigneur passe ? Et il est beau que le Synode nous exhorte à être Église à l’image de Bartimée : communauté de disciples qui, en entendant le Seigneur passer, ressentent le frisson du salut, se laissent réveiller par la force de l’Évangile et commencent à crier vers Lui. Elle le fait en reprenant le cri de toutes les femmes et de tous les hommes de la terre : le cri de ceux qui souhaitent découvrir la joie de l’Évangile et de ceux qui s’en sont éloignés ; le cri silencieux de ceux qui sont indifférents ; le cri de ceux qui souffrent, des pauvres, des marginaux, des enfants esclaves du travail, réduits en esclavage dans tant de régions du monde pour le travail ; la voix brisée, entendons cette voix brisée de ceux qui n’ont même plus la force de crier vers Dieu, soit parce qu’ils n’ont pas de voix, soit parce qu’ils se sont résignés. Nous n’avons pas besoin d’une Église qui s’assoit et abandonne, mais d’une Église qui accueille le cri du monde et – je tiens à le dire, peut-être que certains seront scandalisés – une Église qui se salit les mains pour servir le Seigneur.

Nous arrivons ainsi au deuxième aspect : si au début Bartimée était assis, nous voyons qu’à la fin, au contraire, il le suit sur la route. Il s’agit d’une expression typique de l’Évangile qui signifie : il est devenu son disciple, il s’est mis à sa suite En effet, après avoir crié vers lui, Jésus s’est arrêté et l’a fait appeler. Bartimée, tout assis qu’il était, se lève d’un bond et, immédiatement après, retrouve la vue. Désormais, il peut voir le Seigneur, il peut reconnaître l’œuvre de Dieu dans sa vie et il peut enfin marcher à sa suite. Il en va de même pour nous, frères et sœurs : Lorsque nous sommes assis et installés, lorsque même en tant qu’Église nous ne trouvons pas la force, le courage et l’audace, la parrhésie nécessaire pour nous relever et reprendre le chemin, s’il vous plaît, souvenons-nous de toujours revenir au Seigneur, de revenir à l’Évangile. Revenir au Seigneur, revenir à l’Évangile. Encore et encore, quand il passe, nous devons écouter son appel, qui nous remet debout et nous sort de l’aveuglement. Et puis le suivre à nouveau, marcher avec lui sur la route.

Je le répète : de Bartimée, l’Évangile dit qu’ « il suivait Jésus sur le chemin ». C’est une image de l’Église synodale : le Seigneur nous appelle, il nous relève quand nous sommes assis ou tombés, il nous redonne la vue pour que, à la lumière de l’Évangile, nous puissions voir les angoisses et les souffrances du monde ; et ainsi, remis debout par le Seigneur, nous faisons l’expérience de la joie de le suivre sur la route. Nous suivons le Seigneur sur la route, nous ne le suivons pas enfermé dans notre confort, nous ne le suivons pas dans les labyrinthes de nos idées : nous le suivons sur la route. Et souvenons-nous toujours : ne pas marcher seuls ou selon les critères du monde, mais marcher sur la route, ensemble, derrière Lui et avec marcher avec Lui.

Frères, sœurs : pas une Église assise, une Église debout. Pas une Église silencieuse, une Église qui entend le cri de l’humanité. Pas une Église aveugle, mais une Église éclairée par le Christ qui apporte aux autres la lumière de l’Évangile. Pas une Église statique, une Église missionnaire, qui marche avec le Seigneur sur les routes du monde.

Et aujourd’hui, alors que nous rendons grâce au Seigneur pour le chemin parcouru ensemble, nous pouvons voir et vénérer la relique antique de la Chaire de saint Pierre, soigneusement restaurée. En la contemplant avec l’émerveillement de la foi, rappelons-nous qu’il s’agit de la chaire de l’amour, elle est la chaire de l’unité, elle est la chaire de la miséricorde, conformément au commandement que Jésus a donné à l’apôtre Pierre de ne pas dominer les autres, mais de les servir dans la charité. Et en admirant le majestueux baldaquin du Bernin, plus resplendissant que jamais, nous redécouvrons qu’il encadre le véritable point focal de toute la basilique, à savoir la gloire de l’Esprit Saint. Telle est l’Église synodale : une communauté dont la primauté réside dans le don de l’Esprit, qui nous rend tous frères dans le Christ et nous élève jusqu’à Lui.

Sœurs et frères, poursuivons donc, avec confiance, notre chemin ensemble. À nous aussi, aujourd’hui, la Parole de Dieu répète, comme à Bartimée : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle ». Est-ce que je me sens appelé ? Voici la question à poser. Est-ce que je me sens appelé ? Je me sens faible et je ne peux pas me lever ? Est-ce que je demande de l’aide ? S’il vous plaît, déposons le manteau de la résignation et confions nos cécités au Seigneur. Levons-nous et apportons la joie de l’Évangile, portons-la dans les chemins du monde.

 

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Cap sur le Brésil

Malgré sa puissance économique, le Brésil reste marqué par de profondes inégalités sociales : près d’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et l’accès aux services de base varie fortement selon les régions.

Cap sur le Pérou

Le Pérou est un pays qui fait face à de nombreux défis de développement, notamment dans le domaine de l’éducation. Les parents n’ont pas toujours les moyens de financer les fournitures scolaires et l’uniforme, à leur charge. Par ailleurs, la moitié des jeunes de 15 ans n’ont pas les compétences suffisantes en lecture pour poursuivre leur scolarisation. Chaque année, ce sont plusieurs milliers d’enfants qui abandonnent leur cursus scolaire.

Méditation :

Nos limites humaines, notre finitude (je ne suis pas tout) ; impliquent une capacité à recevoir qui est essentielle. Je suis certes « le riche » de quelqu’un par mes capacités, les talents qui m’ont été donnés et que je mets au service de mes frères et sœurs, et c’est une joie. Mais je suis aussi le pauvre d’un autre, de mon frère de ma sœur dans une bienheureuse interdépendance qui manifeste mon besoin de recevoir.

Donner, recevoir, sont aussi vitaux que le souffle de la respiration. Si je suis le pauvre d’un de mes frères, je lui donne l’occasion de se donner. Et par son don j’expérimente aussi la joie de recevoir.

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